‹ OEuvres, publiéesChapitre 20 sur 50 · XII. i · texte numérisé non relu

XII. i

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écrit de manière à n'être entendus que par des lecteurs qui y sont fort versés.

undesmeii- Dc tous Ics écrivaius qu'on lisait alors, celui

leurs eût été '

saint Augustin. ^^^ pQuvait foumir le plus de lumières est sans doute saint Augustin, le plus beau génie du quatrième et du cinquième siècles. D'une intelligence, d'une mémoire et d'une imagination singulières, il avait acquis, par une grande lecture, des connaissances dans tous les genres ; et, comme avant de se convertir il avait cherché la vérité dans les principales sectes, il connaissait surtout les opinions des différens philosophes. Mais on n'en savait pas assez dans le moyen âge pour le lire avec fruit; et, faute d'avoir le talent de l'imiter dans ses excellentes qualités, on l'imita dans ses défauts.

C'est dans les platoniciens d'Alexandrie que saint Augustin puisa sa philosophie ; il en adopta surtout la dialectique. Son esprit curieux et son imagination vive ne lui permirent pas d'être toujours en garde contre les vices de cette méthode; et il fut quelquefois trop subtil. Il a plus raisonné sur les mystères que personne n'avait fait avant lui. Il agita beaucoup de questions auxquelles on n'avait jamais pensé ; enfin , il avança quantité de sentimens nouveaux qui n'étaient que probables. Il est vrai que la prudence modère la fougue de son esprit, et qu'il s'attache toujours à la doctrine de l'Église ; mais ceux qui l'étudièrent dans le

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inoycii Age, prirent sa dialectique pour pfiiide, sans imiter sa prudence. Ils raisonnèrent donc, ils subtilisèrent, ils disputèrent. Un ouvrage, faussement attribué à ce saint père, concourut encore à les jeter dans Terreur. C'était une dialectique plus mauvaise, s'il est possible, que celle des platoniciens; car elle portait sur les principes du Portique. Enfin une autre source d'égaremeni, ce fut Victorinus, platonicien du quatrième siècle, dont on avait les ouvrages, et que saint Augustin avait beaucoup loué.

Rien dans ces siècles ne pouvait donc seconder ,^, „„,»ii., les efforts de Charlemagne. Puisque les lettres irop"m»«»«i.».

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étaient si fort tombées , qu'en général on eût été ''«"*»'>""• honteux de paraître instruit, et qu'on méprisait ceux qui cherchaient à s'instruire, comment les écoles, qu'on multipliait, auraient-elles détruit un préjugé que l'ignorance générale défendait avec orgueil? Les maîtres, qui, sans méthodes, barbotaient, si j'ose dire, dans de mauvaises sources, ou puisaient sans discernement dans les bonnes, devaient aliéner les meilleurs esprits, et n'apprendre aux autres qu'un jargon qui, pire que l'ignorance, était un nouvel obstacle au progrès des arts.

Ils se piquaient d'enseigner les arts libéraux, o. ...y c'est-à-dire les arts dignes d'un homme libre, et, ^^^•••«•••'•'î comme cette notion est vague, les philosophes ne j;7,^'' *■**• se sont point accordés sur le nombre des arts libéraux. Platon, qui ne juge l'âme libre qu'autant

qu'elle se sépare du corps pour s'élever aux vérités éternelles , croit que sa métaphysique est le seul art libéral; et le stoïcien n'en connaît pas d'autre que cette sagesse par laquelle il s'imagine être impassible , et qui fait dire de lui : Sijractus illabatur orbis^ impavidum ferlent ruinœ. Au contraire Philon , étendant l'acception de ce mot , met parmi les arts libéraux tous ceux qui préparent à la sagesse, depuis la grammaire jusqu'à la philosophie. Saint Augustin se fait à peu près les mêmes notions, distinguant les arts en deux classes, l'une de ceux qui servent à l'usage de la vie, et l'autre de ceux qui conduisent à la connaissance des choses. Enfin Cassiodore adopte cette distinction , conservant aux premiers le nom d'arts , et donnant aux autres celui de discipline ou de science. De toutes ces idées mal déterminées, et dont la différence est tout-à-fait arbitraire, il naîtra de grandes disputes, et on sera plusieurs sfècles sans savoir si la logique, par exemple, est un art ou une science.

Cours (iciude. Cc fut d'aprcs saint Augustin et Cassiodore que, dans le moyen âge, on arrêta le plan des études. On en fit deux cours : dans l'un , nommé trivium, on enseigna la grammaire , la rhétorique et la dialectique ; et dans l'autre , nommé quadrwiuniy on enseigna la musique , l'arithmétique et l'astronomie.

craffiî\,*lV'"" ^^*^ ^^ ^^ ^^ faisait de tous ces arts que des

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idées fort imparfaites, car on n'avail de livres classiques que la mauvaise dialectique faussement attribuée à saint Augustin ; les écrits de Capella et Cassiodore, qui avaient plutôt fait de mauvaises compilations que des traités ; et ceux de Victorin, de Boéce et d'autres électiques , où l'on trouvait épars confusément des lambeaux de platgnisme, de stoïcisme et de péripatétisme. Si Platon , Aristote et Zenon connaissaient trop peu Tart de raisonner, jugez comment on raisonnait dans ces siècles où Ton connaissait si mal ces philosophes, et où l'on s'imaginait les avoir pour guides.

Charlemagne, qui étudia tout ce qu'on ensei- n m *«ria.t gnait dans le trwium et dans le quadnvium, s ap- jV*'""^'^;,Yj; pliqua surtout à l'astronomie; sans doute parce ^^'cï.«diIuc*. que parmi de mauvais raisonnemens , il trouvait au moins des observations propres à satisfaire un esprit aussi bon que le sien. Son exemple ne fut pas suivi. Les laïques n'allèrent pas chercher dans des cathédrales ou dans des monastères des connaissances qu'ils méprisaient; et les ecclésiastiques , après avoir à peine achevé le irivium , ne commencèrent le second cours que pour l'abandonner aussitôt. Peu curieux d'apprendre l'arithmétique, la géométrie et l'astronomie , ils se croyaient assez habiles , lorsqu'ils savaient chantera l'église; c'est à quoi l'on se bornait d'ordinaire, et il ne sortait des écoles que des chantres médiocres et de mauvais dialecticiens.

Dans le ..eu- CharlemaËjne , qui dans d'autres temps aurait

v.eme sifeclc , C ' 1 1

ben^"'"nJor"] ^It flcurir les lettres , put donc à peine faire rou-

Pourquoi, , • 1 1 •

gir quelques Français de leur ignorance, vous pouvez par-là juger de ce que devinrent les études sous ses successeurs. Louis le Débonnaire et Charles le Chauve tentèrent à la vérité de soutenir les écoles; mais que pouvait la protection de ces princes qui se rendaient tous les jours plus méprisables? Si vous vous rappelez que, pendant leur règne , le peuple tombait en servitude , que les grands ne songeaient qu'à s'arroger de nouveaux droits , et que le clergé , devenu maître du gouvernement, commençait à juger les souverains, vous concevrez que, parmi tant de troubles, le besoin de s'instruire était celui qu'on devait le moins sentir. N'était-il pas naturel que les ecclésiastiques, abandonnant les écoles, ne s'occupassent plus que des moyens d'étendre leur autorité, et de défendre leurs biens temporels contre les usurpations des seigneurs laïques? Il fallait que la barbarie fût bien grande au neuvième siècle , puisqu'on recommandait aux évéques de ne pas élever un homme au sacerdoce, qu'auparavant ils ne se fussent assurés s'il savait bien lire l'évangile, et s'il pouvait au moins l'entendre littéralement. Cependant les conciles exhortèrent souvent les princes à veiller sur les écoles. On en rétablit quelques-unes , on en fonda même de nouvelles , et on fit venir des professeurs de Grèce , d'Irlande

et (les autres lioux, où les études iirtaiiiit pas loul-à-fait tombées.

Ces soins firent renaître le goût des lettres, et u mmi* è> ou en recueillit les fruits vers le milieu de ce -•"T'i* , •/• siècle; mais ce fut avec les abus que produisent """"• les mauvaises études, lorsqu'on prend pour science ce qui n'est qu'un jargon. Tout le mal vient de cette méchante dialectique dont j'ai parlé, et qui, devenant tous les jours plus à la mode, éleva des disputes, et jeta dans des erreurs. Un moine ngiumé Jean Scot Érigène se rendit surtout célèbre en ce genre. La connaissance du grec lui avait ouvert une nouvelle source de philosophie dans les livres des platoniciens. Sa dialectique devenue par-là plus subtile le faisait regarder comme la lumière de son siècle ; et sur sa réputation, Charles le Chauve l'avait appelé en France. Pouvait -il ne pas s'attacher à une méthode qui lui valait de si grands succès? Jl l'appliqua donc comme les autres à la théologie , où les questions commençaient k se multiplier avec les subtilités, et il tomba bientôt dans des hérésies sur la grâce et sur la prédestination, en voulant combattre celles d'un autre moine nommé Gotescalque.

Louis le Débonnaire avait reçu de Michel le upiâioniM.» Bègue, empereur de Constant inople, un ouvrage »'^« •<»''•« m.' faussement attribué à Denis l'Aréopagite. Comme on était en France dans l'erreur de croire que ce saint était ce Denis mèine qui avait été l'apotre

des Gaules , Charles le Chauve , qui désh^ait de connaître son ouvrage , chargea Jean Scot de le traduire : sa curiosité ne fit qu'introduire en France le platonisme d'Alexandrie, et l'introduisit sous un nom qui devait accréditer l'erreur.

En effet Jean Scot, adoptant les opinions du faux Denis, mêla sans discernement les dogmes du christianisme avec les principes des platoniciens, et se fit un système dans lequel il renouvela ces émanations qui avaient passé d'Orient en Egypte , d'Egypte dans la Grèce , et qui jusque alors n'avaient pas encore pénétré en Occident. Ce que j'ai dit sur ces philosophes, sortis de l'école d'Alexandrie, me dispense d'entrer dans des détails sur les erreurs de ce nouveau platonicien ; car il importe peu de savoir quelle forme il a fait prendre à ce système absurde.

Sur la fin du Tel était le sort des lettres en France sur la fin

neuvième sicde,

û'/'ttirer"ln ^^ neuvième siècle, lorsqu'Alfred le Grand les Angeierre. protégcalt cu Angleterre, fondant comme Charlemagne des écoles, s'instruisant comme lui, et composant même des ouvrages. Mais à peine commençaient-elles à fleurir, qu'elles furent moissonnées par les Danois qui firent des incursions fréquentes dans cette île.

Malgré la Dans le dixième siècle , elles fiarent protégées

protection «les

i^ldème ' siècle ^^ Allcmague par les Othons , et ce fut avec peu i'^g'm,ranî,comme dc succès ; Ics téuèbrcs s'accrurent encore. Aussi

le plus corrompe' les circonstances ne pouvaient pas être moins

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favorables aux lettres, puisque les vices qui n'avaieut jamais été ni plus généraux ni plus répandus, produisaient de toutes parts des désordres dans la chrétienté.

Les mœurs scandaleuses des ecclésiastiques de- e,^ p^, vinrent encore funestes aux lettres. On s'imamna A«« v.'r qu'ils étaient vicieux, parce qu'ils étaient savans; '^i^^'^^' et {es laïques , qui n'étaient pas moins corrompus , ne se lassaient point de crier que la science n'est bonne qu'à corrompre les mœurs. Cependant il était si difficile de se corrompre par cette voie, que Gerbert, depuis pape sous le nom de Sylvestre II , fut obligé d'aller en Espagne chercher des connaissances dans les écoles des Arabes; mais quand il revint en France on le prit pour un magicien. Il enseigna néanmoins dans l'église de Reims, et il eut parmi ses disciples Robert, fils de Hugues Capet, qui ne fit pas de grands progrès. Il trouva de meilleures dispositions dans Othon III, dont il fiit ensuite le précepteur.

Les ténèbres continuèrent dans le siècle suivant. . d.m u ••- De nouvelles superstitions naquirent de la barba- e"i„ {SSS!

rie, et on crut que les calamités annonçaient la fin a^V. tTimira.

* ^ nent l'icaorMi-

du monde. Ce n'était donc plus la peine d'acquérir fî^îïlJ*" *** des connaissances; oji ne sentait que le besoin des indulgences, et les croisades en offrirent. Quand il serait encore resté quelques traces de lettres, n'auraient-elles pas été effacées dans cette commotion générale que le fanatisme fit en Europe.'^

Pendant ce siècle, elles ne furent protégées par aucun prince, et les querelles du sacerdoce et de l'empire troublèrent toute l'x'^llemagne, le seul pays où elles avaient eu des protecteurs dans le siècle précédent. Elles n'avaient donc plus d'asile nulle part ; l'ignorance insolente de Grégoire VIT, et l'ignorance stupide des peuples, vous ont fait voir à quel point de barbarie l'Europe était réduite.

Cependant Cependant , comme les prétentions du clergé

les abus qu on 1 ' 1 ~

fom culuve^Ma avaicut au moins besoin d'être appuyées quelquelois sur de mauvais raisonnemens, la dialectique ne fut pas abandonnée ; elle fut même fort cultivée sur la fin de ce siècle ; et elle devint, comme les esprits, toujours plus ténébreuse. Il arriva encore que , parce que les ecclésiastiques ne savaient que chanter au lutrin, on prit pour philosophe consommé tout homme qui chantait comme eux. On faisait même un si grand cas de ce qu'on prenait pour de la musique, que la flatterie ne put pas mieux louer Robert , roi de France , qu'en disant qu'il chantait fort bien l'office avec les clercs. C'est dans ce siècle que le moine Guide Arétin devint célèbre pour avoir exprimé la gamme par ces mots , «^ , re , mi, fa , sol^ la; cependant il eût été aussi commode de continuer à se servir des premières lettres de l'alphabet que saint Grégoire avait employées à cet usage.

Vous voyez combien on était ignorant dans les

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Siècles que je viens de mettre sous vos yeux. Un fera encore long-temps de vains efforts pour s*insti'uire, parce qu\)n sera long-temps avant de savoir comment il faut étudier , et même ce qu'il faut apprendre

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