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CHAPITRE VI

Des leUres en Occident dans les quatorzième et quinzième siècles.

comnirni les Lcs ordi'cs religicux sont des républiques où

circonstances

!uKmL7si'es' l^spi"it «^ premier législateur ne se conserve pas.

MODFRNE. 369

long-temps : les fondateurs survivent, comme p'^» > . Solon , au gouvernement qu'ils ont établi. Ce sont les circonstances qui font d'abord prendre à ce» différens ordres ime nouvelle façon de penser; et ils la prennent conformément aux conjonctures <jui concourent à leurs premiers succès. Alors, pféférant le monde et les avantages qu'il offre aux vues bornées d'un solitaire qui les destinait à la retraite, ils se font un système de conduite pour conserver la considération et les richesses qu'ils ont acquises, et pour en acquérir encore. C'est ainsi que le caractère des Romains, formé d'après les circonstances, établit peu à peu un plan de gouvernement qui préparait à la conquête du monde. Cette comparaison est si noble , qu'il ne faut pas l'abandonner sitôt.

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Romulus certainement ne projetait .pas de con- co»«mm

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quérir l'Afrique, l'Espagne, les Gaules, la Grèce *'*^ et l'Asie; le Latium seul devait lui paraître une conquête difficile, et il ne songeait guère qu'à se défendre sur le mont Palatin. Mais l'ambition vint avec les succès; et les Romains, toujours entraînés d'une guerre dans une autre, s'accoutumèrent à regarder tous les peuples voisins comme autant de peuples ennemis, ou même comme des sujets rebelles; en un mot, ils crurent avoir des droits sur toutes les nations.

Il en est de même des moines. Il serait absurde de penser qu'ils se sont établis dans la vue de gou-

Q-yO HISTOIRE

verner un jour le monde, et que dès le commencement ils ont eu un plan fait de le troubler pour s'en rendre maîtres. Mais tout corps a un esprit républicain , une espèce de patriotisme , qui porte chaque membre à se dévouer pour l'intérêt commun , et ce patriotisme est d'autant plus fort , qu'on y attache plus de considération, et qu'il en paraît rejaillir plus de gloire sur chaque membre. Lorsque le zèle est à un certain point, un corps n'a plus d'autre règle que son avantage; il juge de la justice de ses entreprises par Futilité qu'il en retire. Il ne se borne donc pas à se défendre dans ses limites ; il tend au contraire continuellement au delà, e\ il saisit toutes les circonstances favorables.

Les moines pouvaient - ils donc se refuser à l'ambition, lorsque l'ignorance et la superstition venaient mettre à leurs pieds les richesses et Tes dignités ? Il fallait bien qu'ils s'accoutumassent à croire que ces choses étaient à eux, puisqu'on les leur donnait. Or, dès qu'une lois ils pensent ainsi, ils croiront bientôt avoir des droits sur ce qu'on ne leur donne pas ; et quiconque osera contester leurs prétentions sera déclaré rebelle. Si Sparte, je continue toujours de relever les petites choses par de grandes comparaisons, si Sparte, dis -je, malgré les sages précautions de Lycurgue, est enfin devenue ambitieuse, qui nous assurera que les capucins n'auront pas un jour l'ambition

MOOKRHE. %Ji

<ie gouverner le monde? Faites naître les circonstances, et l*ambition naîtra. Vous avez vu les prétentions du clergé et celles des papes; vous avez vu que les avantages temporels des ministres de rÉglise étaient la suprême loi ; et que quiconque ne se soumettait pas était traité comme ennemi de la religion même. Or ce sont les ecclésiastiques religieux, plus que les séculiers, qui ont été Tàme <le ces entreprises étonnantes. Cependant rien n'e^t plus contraire à l'esprit de l'Église , tant il est vrai que les corps sont toujours faits pour oublier les principes de leur première institution.

Il est de l'intérêt des mpines d'entretenir l'igno- n, •rtf»i;«irance qui est le pnncipal appui de leur autorité : f„7„\v**'*rt ils l'entretiendront par conséquent. Je ne veux KLV»4«pJ!ï pas dire qu'ils forment le projet de s'opposer aux eiwi». lumières qui pourraient se répandre. Ils sont trop iguorans pour cela, et ils ne prévoient pas encore qu'il puisse venir de quelque part d'autres lumières que les leurs; au contraire ils croient savoir tout ce qui peut être su. Mais si l'aurore commence, ils entreverront le danger qui les me* nace, et ils craindront le jour. Alors, sentant le besoin des ténèbres, ils tenteront tout pour couvrir le ciel de nouveaux nuages.

Or cette aurore a commencé vers le milieu du quatorzième siècle, et cependant le soleil était encore bien loin de paraître ; une nuit de plusieurs siècles lui avait fait oublier son cours. De

si faibles rayons ne pouvaient donc pas percer dans les sombres réduits des écoles. Elles leur étaient d'ailleurs fermées ; car les yeux ne pouvaient pas soutenir cette lumière étrangère. En effet les études non-seulement continuèrent d'être aussi mauvaises qu'auparavant, elles furent pires encore ; et si de bons esprits osèrent proposer une réforme, la haine arma contre eux tous les péripapéticiens.

D'ailleurs ils C'cst quc Ic péhpatétismc était devenu l'esprit célébrité aux (les ordres religieux qui l'enseignaient. Ils lui de-

futilités qu'ils D T. O

enseignaient, y^iicut toutc Icur cousidératiou , toute leur célébrité ; ils n'étaient plus rien, si cette hydre venait à tomber sous les coups d'un Hercule ; ils devaient donc le défendre avec un patriotisme fanatique. Comment le Eu iustituaut tous Ics ordrcs mendians, saint

. péripatétisme <»- .

lecte^'dûminait Domiuiquc ct saint François n'avaient pas sans doute prétendu fonder des sectes de péripatéticiens; mais ces moines se saisirent habilement des écoles; et, devenus disciples d'Aristote, on plutôt d'Averroès, ils se rendirent les maîtres des universités, dès le treizième siècle où ils avaient commencé.

Ce sont eux qui firent enfin prévaloir Aristote. Il est vrai que dans la faculté de théologie de Paris il y avait encore, au commencement du quatorzième siècle, des docteurs qui blâmaient saint Thomas d'avoir appuyé les dogmes sur l'autorité de ce philosophe, et d'avoir fait un mélange

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