‹ OEuvres, publiéesChapitre 23 sur 50 · UM · texte numérisé non relu

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(lu pcTipatôlisiiic et de la doctrine chrétienne; mais la canonisation de saint Thomas , qui se fit alors, fournit de nouvelles armes aux frères prêcheurs. En effet devait -on craindre de suivre l'exemple d'un saint, et pouvait- on blâmer la' méthode qu'il avait adoptée ? Cet argument était fort dans un temps où l'on ne savait pas que les saints du premier siècle de l'Église avaient tous rejeté Aristote.

La cour de Rome, entraînée elle-même par «—>»<-l'autorité du saint qu'elle avait canonisé et par 5";, fn,"*î".'û les sollicitations des frères mendians, cessa de défendre la lecture des ouvrages de ce philosophe ; elle fit plus, elle en recommanda l'étude. Le légat chargé de réformer l'université de Paris, vere le milieu du quinzième siècle, enjoignit d'enseigner la dialectique, la métaphysique, la physique et la morale de ce philosophe, et défendit de recevoir aux grades ceux qui n'en seraient pas suffisamment instruits. Il est assez singulier que, dans des écoles où il n'y avait guère que des clercs ou des hommes qui se destinaient à l'Église, on ait regardé comme un préliminaire nécessaire à la théologie les idées vagues d'Aristote commentées par Averroès. Si l'on croyait que c'était là la vraie source de la théologie, il n'y avait donc point eu de théologiens jusqu'alors.

Mais une chose qui ne parait pas moins singulière , et qui est cependant bien dans le carac- XII. 18

tère de l'esprit humain , c'est que la lecture de cette mauvaise philosophie, qui a été proscrite dans le treizième siècle sans qu'on sût trop pourquoi , a été ordonnée dans le quinzième , où il y avait de bons esprits qui s'élevaient avec connaissance contre Aristote et contre Averroès. Chacun le Dcs quc tous Ics professeurs furent obligés d'en-

commcnle, et il ^

se forme pi.i- sciffucr Aristotc , chacun crut aussi pouvoir s ar-

sieurs sectes de o ' V

peripaiei.sme. j,ç^„^^ j^ droit dc Ic commcutcr à sa manière. De là naquirent quantité de sectes péripatéticiennes, et vous pouvez vous imaginer ce que devinrent la philosophie et la théologie. Les subtilités des frères mineurs, dans leur différent avec Jean XXII qui les condamna, suffisent pour vous faire juger les philosophes et les théologiens du quinzième siècle, occam, qui Occam, uu dc ces frères mineurs, philosophe et

avait écrit pour i,i- 'il T -i-i*

Philippe le Bel théolofi^icn, sc signala dans cette dispute. Ennemi

et pour Louis de u ' iJ 1

?e1ïe"b'Tec"ë déclaré de la cour de Kome, il avait déjà écrit

des nominaux. .^| ... 1t»1'1'"'». t

pour Philippe le Bel; il écrivit encore pour Louis de Bavière , et on remarque qu'il ne défendit les droits de l'empire que par des sophismes et des subtilités, manière de raisonner dans laquelle il était supérieur à tous les péripatéticiens de son temps.

Quoiqu'il fût sorti de l'école des scotistes, qui étaient réalistes ainsi que les thomistes, il renouvela la secte des nominaux alors presque éteinte, et il entraîna dans son opinion tous les

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frères mineurs qui Tavaient pour chef contre Jean XXII. Alors cette secte fit de giands progrès en Allemagne, où Louis de Bavière protégea tous les moines avec qui il avait un ennemi commun dans le pape.

Les nominaux, toujours odieux aux thomistes i^»..»»». et aux scolistes qui les accusaient de détruire toute science , devinrent donc encore odieux au saint-siége, contre qui Occam et ses sectateurs s'étaient soulevés. Cette haine excita contre eux une longue persécution , qui éclata surtout lorsque les papes eurent recouvré leur autorité en Allemagne. Alors la guerre fut ouverte entre les réalistes et les nominaux; ils disputèrent, ils répandirent du sang, ils se chassèrent réciproquement des universités, et ils attirèrent enfin l'attention des souverains , qui crurent devoir employer l'autorité pour les rédnire au silence. Louis, fils et successeur de Charles VII , proscrivit les livres des nominaux , et chassa des écoles de France tous ceux de cette secte. Cependant ces misérables disputes ne cessèrent pas. Elles continuent même encore dans la poussière des écoles, et elles continueront tant qu'il y aura des thomistes et des scotistes ; heureusement elles n'occupent plus le monde. Au reste il ne faut pas s'étonner si les nominaux ont été condamnés ; ils avaient trop d'ennemis pour vaincre, et ils soutenaient une bonne thèse par les plus pitoyables raisons.

vaient m ment cont écoles

Lei meilleurs Voiis vovez combleii la république des lettres

esprits s'éle- ^ * ^

^•*5*; était troublée, et que ces troubles répandaient encore partout de nouveaux désordres; en vain les bons esprits, car il y en avait alors, recommandaient d'étudier les langues, les pères de l'Église, la tradition, l'histoire ecclésiastique et civile; ils ne pouvaient pas réformer les universités où les frères mendians dominaient. Il était commode à ces moines de n'avoir besoin que d'un livre, et de supposer qu'on trouvait toutes les sciences dans saint Thomas ou dans Scot. <2ueique».uns Lcs écolcs pubHqucs devinrent donc toujours

commencent à -il • ' 1 •

faire de meii- plus mauvaiscs daus le quatorzième et le qiun-

leures études. i *■ ^

zième siècle; mais heureusement les différens entre le sacerdoce et l'empire , et les hérésies de Wiclef et de Jean Hus ouvrirent enfin les yeux sur la nécessité de faire de meilleures études. On apprit le grec, l'hébreu et le latin, qu'on savait mal. On fouilla dans la tradition, on lut les pères, on vouhit savoir l'histoire, en un mot, on connut que l'antiquité méritait d'être étudiée. Gerson est, sans contredit, celui qui se distingua le plus dans le petit nombre de ceux qui tentèrent il'acquérir des connaissances utiles; et c'est lui qui a commencé à dissiper les ténèbres dont on avait enveloppé la théologie.

L'éloquence et la poésie furent encore cultivées

On commence

à cultiver l'e'lo- • > i 1 a r • r

quence et la (jans CCS ocux sicclcs ; le goût se formait et préparait à mieux raisonner. Mais c'est à l'Italie qu'on

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doit ces coniincnccnicns, et nous en parlerons bientôt.

11 importe peu, Monseigneur, que vous cou- n naissiez à fond les questions, les erreurs, les hérésies , les subtilités et les mauvaises études du moyen âge. Cependant je ne devais pas vous laisser tout-à-fait ignorer ces choses. Il faut connaître les vices de l'esprit humain, si vous voulez remonter aux principes de bien des maux; et si vous voulez remédier à ces vices, il £aut encore en connaître les causes. C'est ce que j'ai tâché de vous développer.

Vous avez vu les hommes, pendant plusieurs ro««««ii«*

opinion*

siècles, ne faire des efforts que pour s'égarer de Jl" \jj;; plus en plus, aller échouer les uns après les autres ÎTe"!».',' contre les mêmes écueils, en chercher de nouveaux sur une mer plus iaconnue, et se précipiter de dangers en dangers sans les prévoir. L'expérience ne peut les éclairer, parce qu'ib sont iii« capables de réfléchir; ils suivent opiniâtrement une route tracée par les naufrages, sans jeter la sonde , sans revenir sur leurs pas; ils craindraient trop de découvrir leurs égaremens, et ils les découvriraient qu'ils n'en conviendraient pas.

C'est que les opinions les plus absurdes doivent durer, lorsqu'elles intéressent un parti. Il fallait que les peuples, les grands et les rois, dans leur ignorance, fussent les victimes de ces clercs et de ces moines, qu'ils regardaient avecstupidilé comme

savans. Il fallait que tous les citoyens fissent de mauvaises études, parce que les frères prêcheurs et les frères mineurs en avaient fait de mauvaises. Ces moines pouvaient-ils permettre qu'on acquît des connaissances qui devaient mettre leur ignorance dans tout son jour?

etsouverneniie Ccs pliilosophcs, CCS théologicus, CCS sopHistcs, je ne sais quel nom leur donner, voulaient gouverner le monde par leurs opinions, et quelquefois ils le gouvernaient en effet. Ils intéressaient la religion et l'état à leurs disputes aussi frivoles que subtiles. Les questions les plus méprisables en elles-mêmes devenaient importantes par l'attention que l'Eglise et le gouvernement daignaient y donner; et on voit seulement que chacun se piquait de connaître la vérité , et que personne ne la cherchait sincèrement. Toute l'ambition était de vaincre dans la dispute , et d'abuser de la crédulité du peuple.

C'est «ne Les malheurs de tant de siècle^ , Monseigneur,

leçon pour les . , • .. .

princes. doivcut VOUS apprcudrc combien il est important

de juger des choses par ce qu'elles sont en ellesmêmes ; c'est surtout le devoir d'un souverain de démêler la vérité au milieu de cette confusion que forment les passions des hommes, et les intérêts des différens partis. Il doit plus qu'aucun autre la respecter; mais il doit plus qu'aucun autre mépriser tout ce qui lui est étranger. Il faut qu'il connaisse les abus et qu'il en voie la source,

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à'il veut pouvoir les corriger sans commettre d'imprudence. Cette étude demande bien des soins de sa part ; mais , s'il sait étudier l'histoire, il trouvera de grandes leçons dans tous les siècles, et surtout dans les plus barbares. ^

Min* k »'tm «ira HB« iiit.

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