XII
Les scolastiques la cherchaient dans
dons encore , et nous restons convaincus de l'obligation où nous sommes de lui rendre un culte. Lorsque la révélation vient au secours de ceux que la raison n'éclaire pas, elle répand une nouvelle lumière dans l'esprit des autres, et elle nous montre plus clairement la fin à laquelle nous sommes destinés.
Ce n'est pas dans ces sources que les scolas-
CUiiicui. uniis . 11* *1 ** 11 1
Arisiote, qu'ils tiqucs allaicut puiser les principes de la morale ;
n'enlendaienl ^ , ^ *^ ^
ÏHaienl ""'it c'cst daus l'Ethiquc qu'Aristote avait faite pour ilsMloudre""' s'accommoder à l'esprit d'une cour telle que celle de Philippe. Certainement ils auraient pu en tirer de bonnes choses ; mais ils n'oubliaient pas leur dialectique; et ils raisonnaient sans savoir seulement ce que ce philosophe entendait par vertu. On demandait si la morale est pratique ou spéculative , si c'est un art ou une science. On disputait en général sur la fin, les moyens, les actes, les habitudes, les actions libres et volontaires. On supposait des cas extraordinaires, ou même impossibles, et on parlait à peine des plus communs. En un mot, on agitait beaucoup de questions , et on donnait peu de préceptes. 11 n'y eut plus Lcs disputcs répaudircut bientôt des doutes sur
que des proba- ' r^
biiiiés en mo- la moralc, comme sur les autres sciences. On ne
raie. '
vit plus que des probabilités, et on jugea de l'opinion la plus probable par le nombre des syllogismes; car alors on prouvait en accumulant les raisons et non pas en les choisissant.
MODERNF. JQI
Delà nous verrons naître dans la suite tine au. n«i ••
«aiiram.
morale monstniense. On établira pour principe, qu on pourra suivre sans risque une opinion probable ; on arrêtera qu'une opinion est probable lorsqu'elle est soutenue par un auteur grave : la scolastique fournira de pareils aifteurs , pour et contre, dans tous les cas : et on conclura qu'on peut tout se permettre en sûreté de conscience. Voilà les abîmes horribles , où se perdent des esprits qui s'égarent. On n'en était pas encore là dans le moyen âge ; mais vous pouvez juger ce que c'était que la morale , si vous vous rappelez qu'avec de l'argent on faisait faire sa pénitence par xxti autre, et qu'on croyait se racheter de tous ses crimes, en mourant dans un froc, en faisant tm pèlerinage , ou en fondant un monastère. On voit bien dans quel esprit les scolastiques, qui étaient clercs, écrivaient sur la morale.
La politique peut être considérée par rapport q-'I d»»»; au gouvernement intérieur de l'état , et par rap- '• H'»^port aux puissances voisines. Dans le premier cas, son principal objet est certainement la police, la discipline et les moeurs; dans le second, c'est de tendre à établir entre les nations des devoirs réciproques, comme il y en a entre les citoyens d'une même république ; en sorte que tous les peuples fiissent portés à se regarder comme ne formant qu'une même société. Voilà , dis-je, le but auquel, elle devrait tendre, quoiqu'elle ne puisse pas se*
flatter d'y atteindre ; mais il ne faudrait pas chercher cette poUtique clans le moyen âge , puisqu'on ne la trouverait pas encore dans le siècle où nous vivons.
capable ""de '"f Qucllc était douc la politique de ces temps?
connaître. jugez-cu par Ics désordrcs dont je vous ai donné une légère idéee. La haine qui divisait tous les corps ; la force qui réglait tout ; la foi des sermens violée; les guerres entreprises contre toute justice; la tyrannie des princes, qui appauvrissaient leurs sujets , pour s'appauvrir bientôt eux-mêmes; les révoltes fréquente^ des peuples; les prétentions des grands et du clergé : les entreprises des papes et les croisades : tout cela prouve assez qu'alors la vraie politique n'était point du tout connue. Lesscoiasii- Lcs scolastiqucs la cherchèrcut douc dans Aris-
ques cherclicnt
ArïïlotlT' ''^"^ tote, c'est-à-dire dans un ouvrage que ce philosophe avait fait, en considérant l'état de la Grèce. Or la situation de l'Europe était toute différente. Il aurait donc fallu bien de la sagacité, pour appliquer avec discernement au moyen âge ce qu'Aristote avait appliqué lui-même aux Grecs. Hssubtinseni Lcs scolastioucs u'avaicut pas ccttc saeacité-là. Ils subtilisèrent donc sur la politique , comme sur tout le reste, et chacun se fit un devoir de soutenir les opinions les plus favorables au parti qu'il avait embrassé. Ainsi leur dialectique ne contribua qu'à rendre la politique encore plus ténébreuse. Voilà pourquoi on a mal raisonné, lors-
défendanl mal les mcii leurs droits.
MODERNE. aÇ)3
qu'on a voulu établir les droits respectifs des souverains et des peuj>les, lorsqu'on a voulu défendre ceux de l'empire contre les entreprises du sacerdoce, et lorsqu'on a voulu enlever au clergé les justices dont il s'était saisi.
D'après ces considérations, vous prévoyez que n. •*(.».!•«. le droit civil et le droit canonique ne pouvaient J-^^^^ pas être traités avec plus de succès. C'étaient les ecclésiastiques séculiers qui s'appliquaient plus particulièrement à cette étude , car les moines s'étaient réservé ce qu'on appelait alors philosophie et théologie.
Il aurait fallu bien du jugement et bien de l'impartialité pour se faire des idées saines du di-oit dans ces temps de troubles , où l'usage avait force de loi, et où les exemples, variant continuellement, établissaient par conséquent des droits contraires. Or les ecclésiastiques pouvaient-ils avoir ce jugement et cette impartialité? Ils raisonnèrent donc en scolastiques , et leurs différens intérêts brouillèrent tout.
C'eût été à la philosophie à rechercher les vrais principes du droit civil, ou à choisir au moins ce qu'il y avait de plus raisonnable dans les coutumes; mais dans ces siècles d'ignorance, ce travail était trop fort , même pour les plus grands esprits.
Le droit canonique offrait de moindres difïî- . o*ii.r. cultes, car on l'aurait aisément reconnu, si on !»•<'■'*•'■" eût consulté l'Écriture, la tradition, les décrets
des conciles, les Ipis des empereurs, les capitulaires de Charlemagne, etc. Mais ce n'était pas l'intérêt du clergé de l'aller chercher dans ces sources, et on avait perdu l'habitude d'y remonter. On se contentait des fausses décrétales, du décret de Gratien , et de quelques autres compilations des bulles des papes , également favorables aux prétentions des ecclésiastiques. On adoptait aveuglément tous ces écrits; on croyait y trouver toute la jurisprudence; on les commentait; on s'éloignait de plus en plus des maximes de l'antiquité ; le droit variait arbitrairement, suivant les intérêts des jurisconsultes ; et on n'étudiait que l'art d'éluder toutes les lois. Les efforts de quelques conciles pour déraciner ces abus font voir jusqu'à quels excès ils avaient été portés.
Combien ils Si Ics canouistcs lisaient l'Écriture , ce n'était
raisonnaient ^ i • i
rrUurè''^'"'^" guère que pour y trouver des passages qui , mal entendus, venaient à l'appui, des opinions nouvelles. Dans cette vue ils abandonnèrent le sens littéral, et ils firent un grand usage des allégories. Ils imaginèrent , par exemple, que les deux glaives des apôtres désignent les deux puissances, et ils en conclurent que les rois tiennent de l'Eglise toute leur autorité. Ils dirent aussi que le grand luminaire, qui éclaire par sa propre lumière, est le sacerdoce ; et que le petit luminaire, qui n'a qu'une lumière empruntée, est l'empire; et ils tirèrent encore la même conséquence. Voilà les grands
MODRIINK. 9^
principes sur lesquels ou a fondé, depuis Grégoire VII, toutes les prétentions extraordinaires (lu saint-siége.
11 suffisait de répondre, comme le remarque l'abbé Fleuri, que les deux luminaires ne sont que le soleil et la lune, et que les deux glaives ne sont que deux glaives ; on n'en savait pas assez pour faire une réponse aussi simple. Non-seulement les docteurs insistaient sur ces allégories : « Mais ce qui est plus surprenant , ajoute le même « écrivain , les princes mêmes , et ceux qui les décc fendaient contre les papes, ne les rejetaient pas. « C'était l'effet de l'ignorance crasse des laïques, « qui les rendait esclaves des clercs pour tout ce « qui regardait les lettres et la doctrine. Or, ces « clercs avaient tous étudié aux mêmes écoles, et a puisé la même doctrine dans les mêmes livres : « aussi avez-vous vu que les défenseurs de Tem- « pereur Henri IV contre le pape Grégoire VII se « retranchaient à dire qu'il ne pouvait être cx- « communié, convenant que s'il l'eut été, il devait « perdre l'empire. Frédéric II se soumettait au « jugement du concile universel, et convenait que « s'il était convaincu des crimes qu'on lui imputait, « particulièrement d'hérésie , il méritait d'être « déposé. Le conseil de saint Ix>uis n'en savait pas « davantage, et abandonnait Frédéric, au cas qu'il « fut coupable : voilà jusqu'où vont les effels des « mauvaises études. »
Combien il Cepcndaiit il était difficile qu'on en fit de meil-
clait difficile *■ ^
Temeur^ étu! leurcs. Il aurait fallu que des docteurs, auxquels on donnait les surnoms d'irréfragable, d'illuminé , de subtil , de grand , de résolu , de solennel , d'universel, etc., que les docteurs, dis-je, éblouis de leurs grands titres et de leur grande réputation , eussent reconnu qu'ils ne savaient rien , et eussent eu l'humilité de recommencer dès la grammaire. Il aurait fallu qu'on eût renoncé à une science qui conduisait aux honneurs, aux dignités, aux richesses , et avec laquelle on se faisait des droits de toutes ses prétentions. Pouvait -on compter sur des sacrifices de cette espèce ?
Les esprits les Lcs évcqucs Ics micux intentionnés, élevés dans
mieux intcn- ^ a , i }
tionncs étaient les mcmcs ccolcs , n en savaient pas assez pour
trop ignorans ' ■• A
pour les réfor- pej^^ji^p ^ qq^ maux. Pcu capablcs de les voir dans toute leur étendue, ils n'étaient choqués que des excès les plus frappans ; c'est pourquoi , lorsqu'ils font des règlemens, ils s'arrêtent sur de petits détails, et ne vont jamais au principe du mal.
La cour de L^s légats qui étaient chargés de mettre la
tararrogëVfns- réformc daus les universités étaient également
pection sur les *-'
voilait point de iguoraus , et peut-être moins bien intentionnés.
rôforme. . . .^ . i i
Ils proscrivaient ou ils approuvaient au hasard, sans savoir ce qu'ils devaient défendre ou permettre. Seulement ils avaient attention qu'on n'enseignât rien que de conforme aux intérêts de la cour de Rome , et ils faisaient jurer de défendre
MODERNK. ^97
le pape contre tous. Cette inspection, que le saintsiége s'arrogeait sur les écoles, et le serment qu*on était obligé de prétet, étaient toute liberté de penser, et paraissaient devoir perpétuer à jamais l'ignorance.
J'ai dit au commencement de ce chapitre, que pwfcwn/i. les études du moyen âge nous apprendraient ^.'llynr'i' peut-être à bien étudier nous-mêmes : voyons mmlltST* donc comment les scolastiques pourraient nous donner des leçons.
Je vois d'abord qu'ils m'indiquent l'ordre que nous devons suivre ; car il n'y a qu'à prendre à rebours celui qu'ils ont suivi, c'est-à-dire commencer par la physique et finir par la grammaire.
Je vois en second lieu qu'il n'y a que deux ma- i>u»r««r nières d'étudier une science : l'une , qui se borne J^i^„ïl**''" à se faire des idées abstraites et des principes généraux ; l'autre , qui consiste à bien observer. Or les abstractions n'ont pas réussi aux scolastiques. Bornons-nous donc à faire des observations.
Tout tombe sous les sens en physique , quelle FinH.r,d ,u,ni que soit la partie dont on veuille faire l'étude. 11 nous sera donc facile de contracter l'habitude d'observer; et, si nous mettons de l'ordre dans nos observations, nous acquerrons un certain nombre de connaissances que nous pourrons toujours retrouver au besoin.
C'est déjà beaucoup que de savoir observer les corps , car cela nous prépare à nous observer nous-
mêmes. Essayons donc de découvrir ce que faisait notre esprit , lorsqu'en physique nous acquérions des connaissances. N'apercevons-nous pas aussitôt l'origine et la génération des idées? ne faisons-nous pas l'analise des opérations de l'entendement ? nous voilà donc métaphysiciens ; car la bonne métaphysique n'est que cela.
Ensuite l'aride Vous convicndrcz que, connaissant les opéra-
raisonner. ■•■ ^
tions de l'esprit, et qu'ayant contracté l'habitude de les bien conduire , il ne sera pas difficile de découvrir les règles du raisonnement. Nous serons donc encore logiciens.
Enfin l'art de Mais, si uous conuaissous le système de nos idées,
parler. '^
celui des opérations de notre âme, et l'art de raisonner, il ne tiendra qu'à nous de connaître aussitôt le système des langues, de savoir l'art dç parler, et de faire, si nous voulons, une bonne grammaire et une bonne rhétorique ; voilà pourtant ce que les scolaStiqiies nous apprennent. En effet il Hs uc savaicut pas parler, ils ne savaient pas
faut bien parier i i ' 1
net'ava.u'd'èn raisouucr ; et ils ont voulu commencer par aprègies. prendre les règles de l'art de parler et de l'art de
raisonner : cela ne leur a pas réussi. Nous devons donc commencer par bien raisonner, et puis nous en apprendrons lesrègles. En effet les Grecs avaient déjà de bons poètes, de bons orateurs, de bons écrivains dans tous les genres; et ils n'avaient encore ni grammaire, ni rhétorique, ni poétique, ni logique. Il n'est donc pas dans l'ordre de la
MODKRifK. agg
nature de commencer notre instruction par Tétude de ces sortes de livres; commençons plutôt par des livres bien écrits et bien raisonnes.
Il ne faut pas entreprendre de forcer la nature i.i.i.i»ir. 4« à entrer dans la route où notre imagination vou- J'^.VS).',!!,! drait Tengager. Ce n'est pas à elle à nous obéir; FillirEîC * c'est à nous à la suivre dans le chemin qu'elle nous trace. Elle a guidé les Grecs ; les Européens ont cru la guider. En voilà assez pour notre instruction; car si après ces deux exemples nous choisissions une mauvaise méthode, ce serait bien notre faute. Il me semble que les Grecs font voir que rien n'est si simple que d'apprendre bien des choses; et que les Européens font voir, au contraire , que rien n'est si laborieux que de les apprendre mal. Je ne crois pas. Monseigneur, que vous aimiez le travail inutile. Soyez donc pour ce qui est simple.
Les scolastiques se sont appliqués à traiter u« k»!».!. séparément tous les arts et toutes les sciences ; je JnJ*iJÎ2il remarque encore que cela ne leur avait pas réussi. **"** Nous ne devons donc pas nous attacher à toutes ces divisions.
Les Grecs viennent une seconde fois pour con- E«Gr*«.«« firmer ma pensée, les Grecs, dis-je, qui nous [7*^ii*^u\
. , Kimcr».
ont beaucoup mstruits, et qui nous auraient instruits davantage, si nous avions mieux su los étudier.
fin effet voiij pouvez vous rappeler qu'eu
3oO HlàTOlllE
Grèce, un savant cultivait à la fois tous les arts et toutes les sciences connues. Son esprit se fortifiait donc de tous les secours que ces arts et ces sciences se donnent mutuellement, et ils faisaient de grands progrès.
Les étudier J'ai fait voir ailleurs que les Grecs durent à
tout -à 'fait se'-
nîireT«pro'g"s ccttc couduitc Icur supériorité sur les Romains : esprit. pourquoi donc nous obstiner à étudier les sciences les unes après les autres ? Jugeons de la république des lettres par les républiques anciennes. Jamais celles-ci ne furent plus fécondes en sujets capables de servir la patrie, que lorsque le même citoyen s'étudiait à pouvoir remplir un jour également tous les emplois; mais lorsqu'on eut des capitaines qui ne savaient pas le métier de magistrat, et des magistrats qui ne savaient pas le métier de capitaine , les- bons capitaines et les bons magistrats devinrent tous les jours plus rares. La nature nous montre donc par mille exemples qu'il y a des choses qu'il ne faut pas étudier séparément. £n effet un grammairien ne sera jamais que médiocre ou mauvais, s'il n'est que grammairien. Il en est de même d'un rhéteur, de même d'un logi- ^ cien, etc. Nous serons donc nous-mêmes mal instruits dans ces arts, tant que nous les étudierons séparément.
Voilà pour- Pourquoi donc nos grammaires, nos rhéto-
quol nous n'a- ^ ^
mruvail"'ivres fiqucs , uos logîqucs et nos traités élémentaires
élcnienlàires. .'li • i'** C ' l 'i
sont-ils tous ou mauvais ou du monis impartaits <:
MODERHE. 3oi
C'est qu'on s'opiniâtre à séparer des choses qui , par leur nature étant faites pour s'éclairer mutuellement , demanderaient au contraire d'être mêlées jusqu'à un certain point. Cet abus est tel, $ que celui qui sait un livre élémentaire, sait quelquefois à peine au delà de son livre.
Mais, direz-vous, il faut bien traiter les sciences n • , d^c à*, séparément ; car autrement on finirait par tout j^*J;^« r^ confondre. Sans doute; et les Grecs eux-mêmes Sli* iTi^Tî..
objcljdiff^ftM.
les ont traitées ainsi ; mais ils ont commencé par étudier ensemble tout ce qu'ils pouvaient apprendre de chacune en même temps, et ils n'ont songé à les séparer que lorsque la multitude des connaissances ne permettait plus de suivre cette méthode. Voilà comment ils ont travaillé à leur propre éducation. Ce secret s'est perdu avec eux, parce qu'au lieu de chercher par quels moyens ils avaient commencé à s'instruire, nous avons étudié dans les ouvrages qu'ils avaient faits lorsqu'ils étaient déjà instruits.
Il faut donc non-seulement changer tout l'ordre dans lequel les scolastiques ont traité les sciences, il faut encore abandonner les divisions qu'ils en ont faites ; et il est démontré que nous n'aurons un bon cours d'éducation que lorsque nous saurons mêler ensemble les études qui ne veulent pas être séparées.
Jusqu'ici cependant on a suiyi servilement m~«o«»'»«i l'ordre et les divisions des scolastiques : on a ""*'••
même encore plus divisé qu'eux ; et on paraît craindre que les arts et les sciences ne s'éclairent mutuellement. Voilà ce qui a donné naissance à des ontologies, des psychologies , des cosmologies, etc.
De sorie qu'on C'cst daus l'histoirc des peuples qu'on devrait
ne trouve nulle ■*■ *■ ^
Ki'faut^^u- trouver au moins des commencemens de connais-
dier en même ■. i i • i
temps. sances sur les gouvernemens , sur les lois, sur le
droit public, sur la guerre, sur la police, sur le commerce, sur les arts, sur les sciences; en un mot sur tout ce que l'esprit humain a pu découvrir pour contribuer à l'avantage des sociétés. Cependant nos historiens ne savent communément ramasser que des faits ; et si nous voulons nous instruire des gouvernemens, des lois, du droit public, etc., nous sommes obligés de lire des traités qui se renferment chacun dans un seul de ces objets. On ne trouve donc nulle part d'ensemble ; c'est pourquoi on n'acquiert que des connaissances bornées, imparfaites, et souvent fausses.
Les meilleurs ]Sfous suivons par habitude les plans consacrés
esprits, subju- ■* ■■■
fùgés^neretS^- p^r l'usagc ; et quoique depuis la renaissance des
lent pas à la , , . i r i
sonrce de cet lettrcs OU sc plaiguc quc les études sont mauvaises, personne ne sait encore remonter à la source du mal. C'est que les meilleurs esprits ont de la peine à se défaire de tous leurs préjugés. Ils s'engagent avec tout le monde dans les chemins battus. Parce qu'ils s'aplanissent un peu dans
MODItRirB. 3o3
quelques endroits, ils se tlattent qu'il ne reste plus rien à faire, et ils ne s'aperçoivent pas qu'il fallait se frayer une nouvelle route. Je répète donc que tant qu'on voudra traiter séparément et dans cet ordre la grammaire, la rhétorique, la logique, la métaphysique, on ne fera que des efforts inutiles. C'est une chose bien singulière que dans le dix-huitième siècle, où des hommes de génie se sont appliqués aux sciences avec d'aussi grands succès, on soit encore à chercher la meilleure méthode de les enseigner. Pourquoi ceux qui les ont apprises ou même créées ne découvrent-ils pas comment lis se sont instruits eux - mêmes ? Nous sommes encore plus scolastiques que nous ne pensons.
3o4 HISTOIRE