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CHAPITRE ni

Idée gëfK^rair cl« rrpiibliqtien d'îffllir.

J'ai voulu, dans le chapitre précédent, vous préparer à juger par vous-même des républiques d'Italie. Encore quelques réflexions générales , et vous pourrez deviner le fond de leur histoire.

Il ne pouvait Cc lî'était Das dans les provinces du royaume

pas se former *■ *■ ^

tL'&yiume ^^^ Naplcs qu'îl devait se former des républiques. Les peuples, de tout temps subjugués, s'étaient fait une habitude d'obéir; et, toujours enveloppés dans des révolutions , ils étaient entraînés par une force qui ne leur permettait pas de s'arrêter sur eux-mêmes , et de penser seulement qu'ils pouvaient être libres. La ville de Naples avait à la vérité connu la liberté, et elle en avait conservé quelques-uns des privilèges sous les rois normands; mais il ne lui était plus possible de la re- • couvrer.

Il ^taii difficile Après la mort de Conrad IV, fils de Frédéric 11,

qu'iU'ciilormât

îlnrJie? '^'*"' ^^^ désordrcs de l'Allemagne paraissaient offi'ir la liberté aux villes de Lombardie , d'autant plus que les papes n'y pouvaient pas causer des troubles aussi facilement que dans le royaume de Naples. Cependant, parce que les Lombards étaient accoutumés au joug, ainsi que les Napolitains, il fut facile aux gouverneurs de se rendre maîtres chacun dans sa province. Ce sont par conséquent des principautés qui devaient se former dans cette partie de l'Italie. Quelques villes à la vérité, profitant des circonstances qu'offraient les querelles du sacerdoce et de l'empire, avaient tenté auparavant de se gouverner en république ; mais elles jouirent peu de leur liberté; car je ne comprends pas dans la Lombardie Venise, non plus que Gênes. Depuis long- temps ces deux dernières

MODP.nNK.

avaient trouvé loccasioii d'établir un gouvernement républicain.

Dans Tétat que nous nommons aujounriiui vntt •**uecclésiastique, les papes, trop faibles pour y do- "r^njr

miner, étaient assez forts pour troubler tous les ^llbitiM r* gouvernemens. La multitude des affaires qu'ils embrassaient, et l'Europe entière sur laquelle ils étendaient leurs soins apostoliques , ne leur permettaient pas toujours de soutenir les déraarclies qu'ils avaient faites dans la vue de s'assurer des villes du patrimoine de saint Pierre. Élevés sur le saint-siége pour l'ordinaire dans un âge avancé , souvent sans l'avoir prévu, et par conséquent sans y être préparés, il était difficile qu'ils eussent assez de lumières pour gouverner un état si mal affermi, qu'il était toujours à conquérir. £nfin, ne faisant pour la plupart que passer sur la chaire de saint Pierre, aucun n'y restait assez long-temps pour achever ce qu'il avait commencé ; et cependant chacun y portait ses vues particulières, comme son esprit et son caractère. L'un précipitait, un autre ralentissait, un autre ne faisait rien , un autre revenait à quelque vieux projet , un autre formait une entreprise qu'un autre abandonnait, (i < laquelle un autre revenait encore; de sorte que c'était presque à chaque |)ontiûcat nouveau plan, nouveau système, nouvelle politique, et quelquefois rien. Ajoutons que les circonstances |K)uvaienl encore forcer le uiénie pape à changer île conduite..

La cour de Rome n'avait donc et ne devait avoir ni principes , ni règles. Il est vrai que son objet était en général de tout soumettre, et qu'à cette fin elle employait d'ordinaire les excommunications; mais d'ailleurs ses ressources et ses moyens variaient comme les temps et les pontifes. De pareils défauts se trouvent nécessairement dans les états électifs, lorsque le prince content de jouir, sans penser à l'État ni à ses successeurs, n'est pas forcé par l'esprit du gouvernement à suivre un plan donné.

Il devait .'y Voilà pourquoi les papes, si puissans pour trou^ ^Z'^^us^^"'" bler et pour affaiblir, ont tant de peine à s'établir solidement dans leurs propres domaines. Or ces troubles et cette faiblesse qu'ils causent, sont aussi contraires au gouvernement républicain que favorables aux ambitieux qui veulent usurper l'autorité quelque part ; car les citoyens d'une ville ne peuvent parvenir à se gouverner eux-mêmes, qu'autant qu'ils ont l'avantage des forces, ou qu'ils jouissent d'un plus grand calme.

II s'y forma Daus Ic quatorzièmc siècle , les papes , ayant s^rlfcëVe'! 1' abandonné Rome pour Avignon , perdirent beaupcsàAvignon. ^^^^^ ^^ ^^ puissaucc qu'ils avaient en Italie. Cette conjoncture étant favorable à la liberté, plusieurs villes de l'état ecclésiastique en surent profiter. De ce nombre fut Bologne qui, du tem|>s des croisades, avait déjà été une république assez puissante. Cependant, ces villes ne jouirent jamais

mODBMIlB. lu 7

àe la liberté que |iar intcrvuUos, parce (|u'i*lU'A irétaiciil pas c«ipal)los de se (lùfeiulrc, lurscpic le» j>apes recx>uvraiul leur siutorité.

De toutes les provinces iritalio, la To6cano r.v«i»«TM. était située le plus avantageusement pour se gou- •••' *• '•'^'

verner eUe-méme; car les papes n'étaient pas assea puissans pour s'en rendre maître , et la I^ombardie, qui se soulevait souvent, était une barrière entre elle et les empereurs. 11 s'y forma donc plusieurs républiques. Mais si vous considérez la position de Venise et de Gènes, vous la trouverez encore plus favorable; et vous ne serez pas étonné que ces deux républiques aient cqmraencé longtemps avant les autres.

S'il y avait en Italie des positions plus favo- M...eiiMdr

* \ vjirtir nrr rnr-

rables au gouvernement républicain, il n'y en "u^'|'"^"« • avait point où un peuple put jouir de sa liberté sanis ressentir quelque commotion, lors des secousses violentes qu^ causaient les papes, les rois de Naples, les empereurs, les Français, les Espagnols et une multitude de tyrans répandps dans les provinces. Les républiques étaient, pour ainsi dire, entourées de volcans qui menaçaient de les abiiper; et vous prévoyez que tout ce qui les environne doit leur penriettre rarement de se gouverner dans im grand calme. Il nous reste k lef considérer en elles-mêmes.

Après avoir été successivement sous la domi- '"••^»'*« nation des Romains, des liérules, des Gotbs, deè "^ ** ^*

Grecs, des Lombards, des Français et des Allemands, les peuples d'Italie désirèrent enfin de secouer le joug des étrangers , et quelques-uns se flattèrent de pouvoir jouir d'une liberté que les circonstances paraissaient leur offrir. Il était bien difficile néanmoins qu'ils apprissent à se gouverner eux-mêmes ; et il y avait lieu de craindre qu'ils ne formassent leurs républiques avec les débris de ces monarcliies qu'une mauvaise constitution avait détruites. Ils n'eurent jamais de législateurs. Cependant il en eût fallu de bien habiles pour leur faire abandonner leurs vieilles coutumes , et leur en faire prendre de plus conformes à leur nouvelle situation. Ils voulurent donc vivre, à bien des égards, dans des républiques, comme ils avaient vécu dans de mauvaises monarchies. C'était allier les deux contraires.

L'égalité est La Grècc et l'ancienne Rome avaient été

le fondement ilu

rîpuïiicZ!"' plus heureuses, parce que les républiques s'y étaient formées dans des temps où les hommes étaient à peu près égaux, ou du moins dans des circonstances où il fallait peu d'efforts pour les ramener à l'égalité. Les citoyens étaient sobres , tempérans , faits à la fatigue ; le luxe , qu'ils ignoraient, ne leur avait pas enlevé les vertus; ils n'imaginaient pas que pour être puissant il faut être riche ; enfin ils naissaient égaux , et ils ne connaissaient pas cette noblesse et cette rotui^e qui est la plus odieuse de toutes les inéga-

MODKRNK. . .laQ

Htc's, puisque de deux hommes elle fait deux espèces différentes.

Tels furent les Romains après la création des .^••JJ;' tribuns. Si le plébéien n'était pas encore égal au ^^XUSm patricien , tout tendait à les rendre Tun et l'autre égaux par la naissance , et à leur assurer également tous les droits de citoyen. H est vrai qu'ils ne parvinrent jamais à établir parfaitement cette égalité; ils ne le pouvaient pas même, et c'est pourquoi leur république a toujours eu des vices fondamentaux. Mais c'est en la cherchant qu'il formèrent, comme à leur insu, le meilleur gouvernement pour un peuple conquérant. Ils furent assez heureux pour trouver plus qu'ils n'avaient d'abord cherché; mais ils devaient trouver ce qu'ils ne cherchaient pas , puisque nous avons vu que de l'égalité naissent tous les avantages des républ iques.

Or les Italiens ne songèrent jamais à chercher ^,j^ ••jjjj l'égalité. Ils étaient donc bien loin de parvenir à ««•••'^«•*'' se gouverner sagement. Quand on considère cette ignorance , commune alors à toutes les nations , on dirait que l'empire romain ne s'était élevé sur les ruines de tant de peuples libres, que pour enfouir avec lui le secret de la liberté.

En effet l'inégalité , destructive de tout gouver- UM««m». nement libre, s'était accrue continuellement sous ^^^^'^**'^ l'anarchie des fiefe , et croissait encore tous les '^Z^HT'^iM jours à mesure qu'on acquérait «le plus grandes» richesses. Gomme elle avait d'abord pris sii source

33o HISTOIRE

dans la différence humiliante des nobles et des roturiers , elle puisa de nouvelles forces dans le commerce auquel on s'appliqua par préférence à tout : deux inconvéniens dont les républiques doivent se garantir.

11 n'en restait Lcs gcntilshommcs , dit Machiavel, sont ceux

aucune trace

vinTes'où V\% ^^^ vivent du produit de leurs terres dans Fabon- ^rgentushom- daucc ct daus Toisiveté. De pareils hommes sont

mes. ^

la peste d'une république ; mais les plus pernicieux sont ceux qui ont des châteaux, des forteresses et des fiefs.

Ce même écrivain remarque que le royaume de Naples, l'état ecclésiastique et la Lombardic, étaient remplis de ces sortes de gentilshommes. D'où il juge, avec raison, que les peuples de ces provinces n'étaient pas fi^its pour se gouverner en république. A peine étaient-ils capables de soupirer quelquefois après la liberté : ceux du royaume de Naples n'en avaient pas même conservé le moindre sentiment.

DansiaTos- Mais la Toscauc , remarque encore Machiavel,

cane, où il y ^

se"forme''ireVrt:l ^^^^^ hcureuscment très-peu de gentilshommes. SlXu'tnm! Aussi vit-on non-seulement se former dans un

Lîées , parce

crre/es'eniiTs- P^t^t cspacc trois républiqiics , Florence , Sienne lommes. ^^ Lucqucs ; mais on voyait encore plusieurs autres villes conserver l'esprit républicain jusque dans la servitude , et quelquefois jouir par intervalles de la liberté. Cepend^mt si les gentilshommes étaient en trop petit nombre pour empêcher les

répiil)liqnc8 de se former, il y en avait trop encore pour leur permettre de s'établir solidement. l>c là naîtront bien des troubles.

Comme Tltalie cultivait les arts et le commerce nu* mm plus qu'aucune autre province de l'Europe, elle *•*"' était aussi la plus riche de toutes. Les républiques, entraînées par l'esprit général, devinrent donc ^

commerçantes. Elles s'enrichirent d'autant plus, qu'elles gênaient moins le commerce : elles devinrent par-là plus puissantes ; cependant elles préparaient leur ruine.

L'inécalité qu'amènent les richesses est d*au- fjw««vi« tant plus destructive , qu'une république ne |>cut •«"«•*i"«. alors avoir que des troupes mercenaires , soit qu'elle se serve de soldats étrangers, soit qu'elle arme ses propres citoyens.

Il arrive de là quelle est mal défendue; et que r.omn^n cependant il lui en coûte beaucoup pour se dé- p-^ 'Jè*umfendre. Les victoires sont presque aussi chères que les défaites; le trésor public s'épuLse; le jieuple gémit sous les impots qui se multiplient ; l'état, qui contractecontinuellement de nouvelles dettes, ne se soutient que par son crédit; il n'est plus riche que par l'opinion qu'on a de ses richesses imaginaires ; et il est ruiné , si l'opinion change.

La guerre enrichissait Rome et appauvrissait i^^.,, Carthage : c est que Rome, toute mihtairc , armait ^•>^»'"" à j>cu de frais, et que Carthage, commerçante, n'avait des trou|>cs qu'autant qu'elle les payait.

nent même avec des succè

Les républiques dltalie, qui croyaient s'enrichir par là voie des armes , devaient donc se ruiner, si elles armaient pour étendre à l'envi leur commerce; car alors, se nuisant les unes aux autres, elles l'arrêtaient nécessairement dans ses progrès. Cependant , lorsque cette source de richesses se tarissait, c'est alors que l'argent devenait plus nécessaire : il fallait lever de nouvelles troupes, construire de nouveaux vaisseaux, acheter de nouvelles alliances. On s'appauvrissait donc encore par les efforts qu'on faisait pour réparer ses pertes. Kiies se rui- Rcmportait-ou des avantages ? Ils avaient coûté

ml mêini> Avp<- *■ O

trop cher, et on n'était plus assez riche pour les soutenir. On mécontentait les alliés qui ne trouvaient jamais leurs services assez payés ; on s'en faisait des ennemis; et, parce qu'après une victoire on avait besoin de ressources comme après une défaite le vaincu avait réparé ses forces lorsque le vainqueur ne pouvait pas encore suivre ses premiers succès : souvent même il se trouvait le premier en état de reprendre les armes, et il recouvrait ce qu'il avait perdu, avant qu'on eut tout préparé pour repousser ses hostilités. Ainsi les guerres, après des succès alternatifs et ruineux pour les deux partis, finissaient par un épuisement général ; et quelque temps après on les recommençait, jusqu'à ce qu'on fût encore épuisé. On ne pouvait pas douter que l'argent ne fût deiafiucrre. alors Ic ucrf dc la guerre; mais cela n'était vrai,

L argent csl pour elles le nerf

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que parce que les goiivenicmens étaient vicieux. CetteiTiaxime,familièreanx polit i(|iies(l'al(»rH, était ignorée dans les beaux temps de la Grrce et de Rome : elle Tétait au moins des Grecs et des Romains ; car je conviens que les Perses et les Carthaginois la connaissaient. .

Les républiques d'Italie avaient donc, lors- fj*m«h4h qu'elles se fondèrent, les mêmes vices ou de plus ^"' j^7^ grands encore que les républiques anciennes, lors- llT"*****^ qu'elles tombaient en ruine. Par conséquent sans moeurs, et toujours déchirées par des factions, elles offriront les mêmes désordres que nous avons déjà vus dans l'histoire générale de l'Italie. Le bien public sera toujours sacrifié à des intérêts particuliers; les partis qui domineront tour à tour, ne cesseront de changer la forme du gouvernement ; les lois , toujours partiales , ne seront jamais respectées; les règlemens les plus sages seront ceux qui trouveront le plus d'obstacles; les citoyens puissans se regarderont avec méfiance jusque dan* les temps de calme; ils armeront les uns contre les autres sur les plus légers soupçons; et une faction livrera la patrie à l'étranger, plutôt que de se soumettre à une faction contraire. En un mot il n'y aura de liberté pour ces républiques que lorsqu'un citoyen habile et vertueux, se trouvant à la tête du gouvernement, fera respecter les lois dans sa personne. Mais les Timoléons sont rares.

Machiavel, que je cite encore , parce que je rai- p^^m^ b.

334 HisTmRE

répubiîq«« de sonne sur les principes qu'il a développés dans m^inf '"''m"i son histoire de Florence et dans ses discours sur coustitutes. j^ première décade de Ïite-Live, Machiavel, disje , ayant remarqué que les républiques de Suisse et quelques-unes d'Allemagne avaient des mœurs, et qu'elles n'étaient pas sujettes aux mêmes désordres que celles d'Italie , en donne pour raison qu'elles ne permettent pas qu'aucun de leurs citoyens soit gentilhomme; et que, ne songeant point à s'enrichir, elles se contentent des vêtemens et des alimens que leur pays peut leur fournir. N'ayant donc pas besoin de commercer avec les Français, avec les Espagnols, ni avec les Italiens, elles ne prennent pas les mœurs de ces nations, le qtiali^ dit-il, tutte insiemesono la corruttela del jnondo.

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