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CHAPITRE VI

Considérations sur les causes des dissensions de Florence. , , , Si à Rome et à Florence les dissensions ont

Lors de la

Rome?n"pensau produit dcs cffcts bicu coutraircs , il en faut chertoyens .levaient chcr la causc daus la différence des mœurs.

jouirdes mêmes

droits. Lorsque les Romains commencèrent , on pen-

sait que les hommes sont nés pour être égaux, c'est-à-dire pour jouir également des droits de citoyen , chacun dans sa patrie ; ce préjugé , si c'en est un, était généralement répandu, nonseulement en Italie, mais encore dans toute l'Europe. On ne voyait alors que des cités gouvernées par des magistrats ; ou si quelque part un citoyen usurpait l'autorité, il ne la conservait qu'autant que le peuple croyait retrouver en lui un magistrat qui respectait ses droits. Une plus grande ambition lui devenait funeste.

On pensait Ou pcusait bicu différemment dans le treizième

bien diffe'rem- . , , \ ,-,1 i

ment, lorsque sicclc , OU Fiorctice tcuta de se gouverner en repu-

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blique. Alors un homme était-il assez riche pour é»m^ bâtir une forteresse et pour soudoyer quelques soldats , il devenait aussitôt seigneur ; il acquérait tous les droits du plus fort sur ceux qui n'avaient que des maisons ou des chaumières. Changeant par-là tout à coup de nature, il produisait une race de nobles; et ses descendans n'avaient rien de commun avec ceux qui n'avaient pas ime pareille origine.

Puisque les hommes sont condamnés à se conduire par les opinions , deux façons de penser si différentes devaient produire des effets contraires.

Quel que fût l'orgueil des patriciens après l'ex- i^« r-"«» pulsion des rois, ils n'imaginèrent pas de défendre leurs prétentions, en se fortifiant dans des châteaux. Un pareil projet ne pouvait pas même s'offrir à leur esprit; il était trop contraire aux opinions reçues , et ils voyaient trop qu'ils auraient échoué dans l'exécution.

N'étant pas mieux armés que les plébéiens, se trouvant en plus petit nombre, et leurs maisons ne pouvant pas être un asile pour eux, il leur était impossible d'user de violence. Il ne leur restait donc que l'adresse et la ruse.

Comme les patriciens ne s'armaient pas contre m w« les plébéiens, les plébéiens ne s'armèrent pas J^ contre eux ; et c'est pourquoi les dissensions n'é» taient jamais sanglantes. Le peuple , jaloux de la puissance que les grands s'arrogeaient , leur aban-

foriifer émtê

donne la ville, bien assuré qu'on ne p6urra pas se passer de lui; et il revient quand il a obtenu des magistrats qui le doivent protéger. 11 n'était pas naturel qu'il employât d'autres moyens, tant qu'il jugeait que ceux-là devaient lui réussir. Il continua donc sur ce plan , et il réussit encore. daie?t"avec efc ^cs patricicus , qui ne cédaient que peu à peu,

pérance de re- • 1 •- 1 1 • i

«ouvrer; avaicut un dédommagement dans ce qui leur res-

tait, et conservaient l'espérance de quelque évé nement où ils recouvreraient ce qu'ils avaient perdu ; dans leur impuissance , ils ne pouvaient prendre d'autre parti que de céder et d'attendre.

El les plébéiens Le Dcuple , oui sentait ses forces, sentait aussi

ne songeaient l l ' i '

Jïuiiîer'' *de qu'il u'avait pas besoin de s'en servir, puisqu'il

loute autorité, , . • ^ i

acquérait toujours, par la nécessité ou Ion était de le ménager; mais ce sentiment de ses forces faisait encore qu'il ne craignait pas de voir une partie de la puissance entre les mains des patriciens , dont il connaissait la faiblesse. Il n'ambitionnait donc pas de les dépouiller tout-à-fait; il se contentait de partager l'autorité , et il s'appuyait sur ce que tous les citoyens devaient être égaux. Cette façon de penser et d'agir a duré tant qu'il n'y a pas eu dans la république des hommes assez puissans pour opprimer la liberté, ou pour oser le tenter, c'est-à-dire tant que Rome a été pauvre, et que les plus riches n'avaient guère au delà du nécessaire.

iiyaraitdonc Dès quc Ics patriciciis connaissaient devoir mé-

nager le peuple, et que, d'un autre coté, le peuple, i-H»«r^ •< content de parvenir peu à peu à toutes les m*igi&- h;Ï,7T„K.' tratures, ne se proposait pas de les en exclure l'^i^mù absolument, c était une conséquence qu'on cherchât toujours de part et d'autre à terminer les dissensions par quelque accord. Comme aucun des deux partis n'imaginait d'en venir aux mains, aucun n'imaginait d'appeler l'étranger, et d'attaquer avec ce secours le parti opposé, qui n'armait pas contre lui. De pareilles idées devaient être bien loin des Romains. Se regardant comme égaux, ou du moins le plus faible se flattant de pouvoir être un jour égal au plus puissant, ils prenaient tous le même intérêt à la conservation de larépubhque. Ils oubliaient leurs querelles, et ils se réunissaient lorsqu'elle était menacée; parce que le plébéien , comme le patricien, voyait que si elle n'était plus, il ne serait plus rien lui-même. Les dissensions n'étaient donc pas de natiu'e à faire perdre de vue le bien public. Elles portaient au contraire chaque citoyen à mériter par des services signalés les magistratures qu'il ambitionnait; et en nourrissant l'émulation, elles rendaient les Romains d'autant plus redoutables qu'ils avaient p.u-u plus désunis. C'est ainsi qu'ils devinrent guerriers par état, et que Rome eut autant de soldats que de citoyens. Supposez que cette république cul été sané dissensions , ou que les patriciens armés eussent enfin assujetti le peuple, vous jugerez qu elle

n'aurait plus renfermé que des tyrans et des esclaves , et vous comprendrez que , bien loin de faire des conquêtes, elle n'aurait pas pu se défendre long- temps. Il n'en était pas de Rome comme de Carthage : trop pauvre pour acheter des soldats , il fallait qu'elle en trouvât dans ses citoyens ; mais sa puissance n'en était que plus assurée, parce que les guerres, même malheureuses, n'épuisent pas une république militaire, et que les guerres les plus heureuses peuvent épuiser une république marchande.

La politique Uu pcuplc richc se fait aujourd'hui des amis et

des Romains , *■ *■

Fe7peupies co"n- ^^^ alUés , cu donuaut de l'argent aux nations qui effèV des' c"r- qui u'cu oiit pas ; et parce qu'il a toujours des

constances où

Hs se sont trou- tTOupcs à sa soldc , c cst avec des garnisons qu'il maintient sous son obéissance les provinces conquises. Les Romains, qui ne pouvaient pas employer de pareils moyens, furent forcés d'en chercher d'autres, et ils en trouvèrent de meilleurs. Je veux parler de leurs colonies, et de la conduite qu'ils tenaient avec les villes qu'ils avaient soumises. Je ne répéterai pas ce que j'ai dit à ce sujet : je remarquerai seulement que leur politique, à laquelle on ne peut trop applaudir, était moins un effort de génie de leur part , qu'une suite de circonstances par où ils avaient passé. Devenus redoutables par des succès qui les avaient couverts de gloire , ils ne laissaient aux peuples vaincus, trop faibles^ séparément pour secouer le joug, que l'espérance

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d^obtenir des conditions plus avantageuses; mais puisqu'ils n'avaient pas mérité d'être tous traités aussi favorablement, les Romains ne durent pas accorder les mêmes grâces à tous. Ils n'eurent donc pas beaucoup à méditer pour imaginer de gouverner un peuple par des préfets, de permettre à un autre de se gouverner lui-même, et de donner à quelques-uns les titres d'amis, d'alliés et même de citoyen. Quant aux colonies , l'usage en était plus ancien qu'eux. Si nous venons actuellement aux Florentins, nous verrons qu'ils n'ont rien pu faire de ce que les Romains ont fait , et qu'au contraire ils ont été forcés à tenir une conduite toute différente.

A Florence , le peuple ne pouvait pas , comme * à Rome , borner son ambition à partager les magistratures avec la noblesse. Voyant que les nobles r^^^'^ ■»• étaient ambitieux de commander, qu'ils regardaient même la souveraineté comme une prérogative de leur naissance , et qu'ils avaient des forteresses et des partis toujours prêts à prendre les armes, il devait craindre qu'ils ne se saisissent de toute l'autorité, s'il leur en laissait seulement une partie. Il fut donc dans la nécessité de faire des efforts pour les exclure tout-à-fait du gouvernement; et parce que la noblesse était armée, il fallut qu'il s'armât lui-même.

Ces dissensions sanglantes pouvaient ^r sii>- m •» fn^fi pendre par intervalles; mais elle» ne pouvaient SÊSJÎ'*^

•« rnStraïf*.

jamais se terminer par un accord qui ramenât le calme pour long-temps; car si l'un des deux partis cédait quelquefois , c'était par nécessité : ni l'un ni l'autre ne voulaient de partage.

Les factions Lcs mcmcs jalousics qui éclataient entre la no-

devaient se muU '' •■•

ll^paÎHVà'ïe" blesse et le peuple devaient éclater encore entre les différentes factions qui divisaient les nobles; et il fallait que ces factions combattissent les unes contre les autres pour l'autorité, comme elles avaient combattu ensemble contre le peuple. Il ne faut donc pas s'étonner si chaque parti , cherchant des secours, appelle l'étranger et lui livre la patrie , plutôt que d'obéir à d'autres citoyens. Vous voyez déjà naître de ces causes toutes les révolutions de cette république.

Florence ne Au miUcu dc taut dc désordrcs , comment les

pouvait cm-

pftij'ie ""fJîc Florentins auraient-ils pu connaître la politique quises." ''*'"' des Romains; et de quel usage leur eût-il été de la connaître? Par quelle faveur Florence, toujours affaiblie par ses divisions, pouvait^elle s'attacher les villes conquises ? Quels titres avaitelle à leur offrir? Et de quels citoyens aurait-elle formé ses colonies , étant si peu assurée de ceux qu'elle renfermait dans ses murs ? Elle était condamnée à ne pouvoir pas seulement se conserver elle-même , et à se donner un maître pour se défendre.

Elle est au Ellc aura néanmoins des temps florissans, parce

tontraîre dans » 11 i • r • • i •

la nécessite da- Qu ellc 3. ucs cutovcns laits pour vamcre les vices

cheter des amis ■*■ ./ 1

et des alliés.

moderur. 379

de son goiivcnienient ; mais dans sa plus grande prospérité, elle ne sera jamais assez puissante pour faire recherclier sa protection. C'est elle qui achètera des amis et des alliés : elle donnera de l'argent à tous ses voisins ; et il n'y aura pas de petits seigneurs dans la Romagne à qui elle n'en donne encore. Ainsi elle deviendra tributaire de ceux qui paraissaient devoir lui payer tribut à elle-même. Elle ne sera forcée à tenir une conduite si différente de celle de la république romaine, que parce que son gouvernement ne lui permettant jamais d'être forte à proportion «lu nombre de ses citoyens , elle sera dans la nécessité d'acheter les secours qui lui manquent. C'est ainsi que se conduisait la république de Venbe, qui, par la nature de son gouvernement, trouvait peu de 'soldats parmi ses citoyens. C'est ainsi que se sont conduits les empereurs qui, dans la décadence de l'empire , ruinaient leurs sujets pour payer des tributs aux Barbares. Mais tous -les peuples qui ont tenu cette conduite ont prouvé qu'on ne défend pas les états avec de l'or.

Par cette comparaison de Rome et de Florence , inf,,, vous voyez qu'il n'est arrivé à l'une et à lautre [^y**^ £ que ce qui devait naturellement leur arriver; et u.^r!.'^; que le premier avantage des Romains est d'avoir •^••i*i% commencé dans des temps plus heureux. Pour prévoir ce que deviendra un peuple, il suffît sou-

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vent d'en connaître les commencemens : il n'en faut pas davantage , pour savoir ce que deviendra un prince ou un particulier.

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