CHAPITRE VIL
Continuation des révolutions de Florence.
Jean vîsconiî Florcucc goûtait un repos qu'elle avait acheté aux Fioreniin,. chèrement, lorsqu'une peste terrible lui enleva fi348. quatre-vingt-seize mille citoyens. Quoiqu'à peine délivrée de ce fléau, elle fut cependant en état de se défendre contre Jean Visconti , archevêque et prince de Milan, qui porta la guerre jusqu'à ses portes. La principauté de Milan était depuis environ trente ans dans la famille de Visconti. Dès que la paix fut faite, les dissensions recommencèrent à Florence.
DifWrens ^^ Y ^vait cu Italie une multitude de soldats
partis qui cou- l * r • ^ n l i
raient l'Italie, auglais, irauçais et allemands , que les empereurs et les papes, qui étaient alors à Avignon , avaient envoyés en différens temps pour soutenir chacun leur parti. Ces troupes, qu'on avait cessé de payer, couraient sous différens chefs , et mettaient à contribution les villes trop faibles pour les repousser. Il en vint une en Toscane qui répandit l'alarme
MonFRiiR. 38i
dans cette province. I..es Florentins pourvurent aussitôt à leur défense, et les principaux citoyens armèrent pour leur compte.
De ce nombre étaient les Albi/i et les Ricci, »•• "j-v deux familles jalouses, qui voulaient chacune à ^^^SZ iS^ Texclusion de Tautre parvenir seule aux magistratures. Elles n'avaient encore laissé voir leur haine que dans les conseils, où elles aimaient à se contredire : mais toute la ville se trouvant en armes, elles furent sur le point d*en venir aux mains, parce qu'im faux bruit s'étant répandu qu'elles marchaient Tune contre l'autre, elles y marchèrent en effet, chacune des deux se croyant attaquée; les magistrats eurent bien de la peine à les contenir. Vous voyez que les citadins puissans ont pris Fesprit de la noblesse , et qu'ils ne seront pas moins dangereux.
La haine ayant éclaté entre ces deux familles, elles s'appliquèrent plus que jamais à se perdre réciproquement. Mais il s'agissait d'employer des moyens détournés ; parce que l'égalité , rétablie à peu près depuis la ruine des nobles , donnait au gouvernement plus de force , et le faisait plus respecter.
Il y avait une loi qui excluait les gibelins de r^ y* ftg toutes les magistratures , et à laquelle cependant '-^'• on ne tenait plus la main, depuis que ce parti, devenu faible, cessait de faire ombrage. Uguccionc Ricci entreprit de la faire renouveler, parce qu'on
en fait.
soupçonnait les Albizi d'être de la faction gibeline. Mais Pierre Albizi para le coup, en appuyant la demande de Ricci ; et par cette adresse il écarta si bien tout soupçon qu'il fut chargé lui-même de faire exécuter le nouveau règlement. En conséquence il ordonna aux capitaines des quartiers de rechercher les gibelines ou ceux qui en descendaient, et de les avertir que, s'ils entraient jamais en charge , ils subiraient les peines portées par la loi. On s'accoutuma dès lors à désigner par le nom à' avertis tous ceux qui étaient exclus des magistratures.
Abus qu'on Ou avait commencé les recherches en iSSy et en iSya; il y avait déjà plus de deux cents avertis. Les capitaines, abusant de leur autorité, eîxcluaient des charges tous ceux qu'ils jugeaient à propos; et, ne consultant que leurs passions, ils privaient la république des services des meilleurs citoyens, et se rendaient redoutables à tous.
On y remédie. Ricci, ayant été fait seigneur, voulut remédier à un mal dont il était la cause, et qui tournait à l'avantage de ses ennemis. Dans cette vue, il fit arrêter qu'aux six capitaines déjà en exercice, on en ajouterait trois, dont deux seraient pris parmi les petits artisans, et qu'aucun citoyen ne serait réputé gibelin qu'après que le jugement des capitaines aurait été confirmé par vingt-quatre guelfes nommés à cette effet. Ce règlement arrêta d'abord
rai)us des avertissemens; mais ou trouva bicutot le moyen de le reudre inutile.
Depuis qiie la noblesse avait |)crdu tout son crt^dit, les nobles ne pouvaient entrer dans les njagist ratures qu'après qu'ils avaient été reçus dans Tordre du peuple, et on n'accordait cette faveur qu'à ceux qui avaient rendu des services à la république. Benchi, de la maison Buondelmonti , l'ayant obtenue, comptait d'être clioisi pour l'un des seigneurs, lorsqu'on fit une loi qui excluait de cette magistrature jusqu'aux gentilshommes faits citadins. Irrité de voir ses espérances déçues, il se joignit à Pierre Albizi, et prit avec lui des mesures pour exclure des charges le petit peuple , et tous ceux qui leur seraient contraires. Tout leur réussit : ils intriguèrent si bien , que les capitaines et les vingtquatre furent tout-à-£ait à leur dévotion, et l'aver* tissement recommença avec plus de désordres qu'auparavant.
Les seigneurs, ouvrant les yeux sur ces abus, et d'ailleurs sollicités par les citoyens les mieux 'jj;^ intentionnés, nommèrent cinquante-six persoiUMS pour travailler à la réforme de l'état. Il n'en eût fallu qu'une, et la bien choisir; car c'est lÀ une chose qui ne peut pas être l'ouvrage de plusieurs. Cette commission était une espèce de dictature , à laquelle on avait recours dans des cas extraordinaires. Ceux à qui on la donnait s'appelaient
guerres
uomini di balia , et ils abdiquaient aussitôt qu'ils croyaient avoir rétabli l'ordre.
La république étant née avec des factions , on devait prévoir qu'elle ne se réglerait jamais en vue du bien public ; que la faction dominante dicterait toujours les lois; qu'elle les ferait pour elle seule ; et que , se divisant bientôt , il en naîtrait de nouvelles factions qui produiraient de nouveaux troubles. Ce gouvernement était un bâtiment qu'il fallait reprendre par les fondemens : puisqu'on avait mal commencé , il fallait recommencer, et déraciner surtout l'esprit de parti. Je ne sais pas si la chose était possible , mais les cinquante-six n'y songèrent pas. Ils firent pis encore; car, au lieu de concilier les deux factions , ou de les réprimer par de bons règlemens , ils ne voulurent que les affaiblir l'une et l'autre. Ils les aigrirent par-là toutes deux ; et ils s'y prirent si maladroitement , qu'ils accrurent la puissance des Albizi.
Différentes Peudaut quc les Florentins étaient ainsi divisés, les Pisans, les Lucquois et le patriarche d'Aquilée leur firent successivement la guerre : et les légats de Grégoire XI, qui étaient encore à Avignon, en commencèrent une qui ne leur réussit pas, et qui donna de nouvelles forces à l'esprit de faction. Ils envoyèrent des troupes dans la Toscane pour détruire toute la récolte , voulant augmenter la famine qui se faisait déjà sentir, et se flattant d'en
MODERRR. 385
lairc ciisinto facilement la conquête. Heureusement c*étaient des soldats étrangers, (jui passèrent volontiers de la solde du pape à celle des Florentins. Ainsi la république dut son salut à son argent, comme c'était aloi*s l'usage.
Ne craignant plus rien, et se voyaul eu forces, l< rr *»elle voulut se yenger. Ayant donc fait révolter ïïyjïSSj plusieurs villes de Tétat ecclésiastique, et fait une puissante ligue, elle soutint la guerre avec succès pendant trois ans.
Cette guerre releva le parti des liicci , parce qu'on en donna la conduite à huit citadins, qui s'étaient toujours déclarés contre les guelfes, et qui par conséquent étaient opposés aux Albizi. On fut si content d'eux, qu'on les continua dans le commandement, d'une année à l'autre ; et pendant qu'à la cour du pape on les appelait les ex- # communies, à Florence on les appelait les saints. Cependant Grégoire jeta un interdit sur la république , condamna tous les citoyens à l'esclavage, et donna leurs biens à qui voudrait ou pourrait les prendre. Mais Urbain VI , son successeur, leur accorda la paix en 1378, et leva l'excommunication.
Alors les deux factions méditaient réciproque- u*JU9%f»€ ment leur ruine. Dans celle des guelfes ou des »••' '•— Albizi étaient tous les anciens nobles, et la plus grande partie des citadins puissans avec les capitaines des]quartiers, qu'on respectait et qu'on crai-
gnait beaucoup plus que la seigneurie même. Dans l'autre étaient les huit chefs de la dernière guerre, tous les citadins d'une fortune moins considé^ rable , les Ricci , les Alberti et les Médici. Le reste de la multitude , penchant tantôt d'un côté , tantôt d'un autre, grossissait toujours le parti mécontent.
siivestro Les guelfes , considérant que les avertissemens
Médici est fait '^. \ i • l
gonfaionier. soulevaicnt coutrc eux la plus grande partie du peuple , songeaient à chasser de la ville ceux qu'ils avaient déjà exclus des charges, et à réduire toute la république à leur seule faction. Si cela leur eût réussi, ils se seraient bientôt divisés eux-mêmes, Mais , lorsqu'il fallut en venir à l'exécution , ils balancèrent, et cependant Silvestro Médici fut faitgonfalonier, malgré toutes les oppositions qu'ils '^ y apportèrent»
11 arme le Médici , à qui cette place donnait une autorité
pire passer une prcsquô souvcraiiic , assembla le collège des seigneurs et le conseil, et proposa une loi qui renou* vêlait les ordres de la justice contre les grands , diminuait la puissance des capitaines , et rouvrait les magistratures aux avertis. En même temps, Benoît Alberti fit prendre les armes au peuple pour vaincre toute opposition ; de sorte que, le collège et le conseil n'ayant plus à délibérer, la loi fat reçue.
Désordres Maisou u'armc point impunément une populace
que cause la . i i /• r
popdace armée, facticuse. Plusicurs maisons des guelfes lurent
NODKRICK. .^87
pillc^cs on brûlées; on alla jusque dans les couvens enlever les effets que quelques citoyens y avaient cachés , et ces désordres se commettaient lorsque le conseil, qui les voulait prévenir, donnait pou* voir aux seigneurs, aux collèges, aux huit, atn capitaines et aux syndics des arts, de réformer l'état à la satisfaction de tout le monde, Le tiunulte ne finit qu'avec le jour.
Ceux qu'on avait nommés pour la réforme abo- nw •^wm Urent les lois que les guelfes avaient faites contre r««««jiuu'J! les gibelins; ils déclarèrent coupables de rébellion quelques-uns des chefs de ce parti , et ils permirent aux avertis de pouvoir parvenir aux magistratures dans trois ans. Mais ceux-ci , étant mécontens de ce délai, les corps de métiers se rassemblèrent encore; de sorte que la seigneurie et le conseil furent obligés d'accorder que désormais personne ne pourrait être exclus des charges, ni averti comme gibelin.
Cependant ceux qui craignaient d'être recher- nw • «i^ii chés pour les vols et les incendies, armèrent de '*" nouveau la populace ; et , pour échapper aux châtimens qu'ils méritaient, ils pillèrent et brûlèrent encore. Les magistrats, qui n'avaient pas prévu Témeute, ou qui avaient mal pris leurs mesures, s'épouvantèrent; et, se retirant les uns après les autres , ils abandonnèrent le gouvernement aux rebelles, qui s'en saisirent.
Ijes derniers du peuple étant maîtres de la »• *f-i
de tout avec ca. républlquc, disposèrcnt de tout avec tant de caprice et de confusion, qu'ils accordaient des grâces à plusieurs de ceux dont ils avaient brûlé les maisons, et même à quelques bons citoyens. Tel était Silvestro Médici, qu'ils firent chevalier. Michel de Ils prirent pour gonfalonier Michel de Lando,
lonier",' sl"°au cardcur de laine; c'était un homme qui avait de
respecter. ^
l'intelligence et de la fermeté. Il commença par arrêter les désordres, cassa tous les magistrats, fit de nouveaux seigneurs, et divisa le peuple en trois classes. Cependant, parce qu'il favorisa les citoyens les plus puissans, il souleva contre lui ceux mêmes qui l'avaient fait gonfalonier; mais il sut bientôt les faire rentrer dans le devoir. La populace Lc pcuplc , houtcux lui-niêmc des magistrats magisTraTurcs" Qu'il s'était douués , arma encore, et demanda
mais les peliti *■
fa' phls' /rand"e qu'aucuu hommc de la populace ne pût entrer ^"* dans le corps des seigneurs. Pour le satisfaire, on
fit une nouvelle réforme , et on ne conserva dans les charges que Lando et quelques autres qui avaient montré du mérite. Les magistratures furent ensuite partagées entre les grands et les petits métiers , de manière néanmoins que les petits artisans eurent plus d'autorité que les principaux citoyens; mais du moins la populace ne conserva pas de part au gouvernement.
Pour ne pas confondre les factions, je distinguerai les citoyens en plusieurs classes, sans y comprendre les anciens nobles. Je nommerai cita-
dins les |uiiKi|Kt(i\, et tons ceux <|iii « «Mii|Mi>.iii*nt les corps des grands mt^tiers. J'entendrai par plébéiens ceux des petits métiers ; et je mettrai ce qui est au-dessous dans le petit peuple, par où j'entends les moindres artisans et la populace.
Les citadins voyaient avec regret que les plé- a.imi s» béiens avaient le plus d'autorité, et ceux-ci cepen- j^;;;;; *• '** dant ambitionnaient d'accroître encore leftr puissance. Le petit peuple craignait de perdre juscfu'aux moindres privilèges qu'il avait conservés ; enfui les anciens nobles épiaient l'occasion de se relever parmi les troubles , et favorisaient les citadins.
De ces différens intérêts naquirent continuel- A|.««.bit«4M lement de nouveaux soupçons. Tous les partis p^'ij****^ s'observaient avec une égale méfiance : souvent aux mains, toujours prêts à prendre les armes, ils se battaient quelquefois dans plusieurs quartiers de la ville en même temps. On avertissait, on bannissait, on faisait périr des citoyens sur l'échafaud; et le plus innocent était la victime d'un ennemi qui le sacrifiait à sa haine partiadière, sous le prétexte du bien public. Ces désordres continuèrent pendant trois ans, c'est-à-dire jusqu'en i38i , que les citadins prévalurent. Alors on supprima deux corps d'arts, qui avaient été faiu en faveur du petit peuple; on priva les plébéiens du droit de donner à leur tour un gonfalonier de leur corps; on ne leiu* permit d'occuper que le tiers des magistratures, et, pour les affaiblir encore
plus, on transporta les principaux d'entre eux dans la classe des citadins.
Ce nouveau gouvernement ne fut pas moins odieux, les citadins persécutant par l'avertissement ou par le bannissement tous ceux qu'ils soupçonnaient de désapprouver leur conduite, ou de favoriser les plébéiens ; et la république fut ainsi agitée jusqu'en iSSy, que les plébéiens furent réduit^ à ne posséder plus que la quatrième partie des magistratures. Alors la tranquillité ayant été rétablie au-dedans, on en jouit jusqu'en i393; mais une guerre, qui commença en 1390, et qui ne finit qu'en i4o2, parut mettre la république bien près de sa ruine.
Guerre Jes L'enncmi qui se rendit si redoutable, fut ùsi^
Florentins avec x '
Gaieas v.scor- j^^^ Viscouti , pHnce de Milan , à qui Wenceslas avait donné le titre de duc. Après avoir soumis la Lombardie, il voulait conquérir la Toscane, et se faire reconnaître roi d'Italie. II s'en fallut de peu qu'il ne réussît dans ses projets.
Les Florentins, qui se défendirent avec courage, firent d'abord alliance avec le Bolonais, leà princes de Ferrare, de Mantoue, de Padoue, de Ravenne , de Fayence , d'Imola, et les seigneurs de Forli et Malatesta. Ils s'allièrent ensuite des Vénitiens; et quelque temps après, l'empereur Robert, successeur de Wenceslas, vint à leur secours. Enfin ils trouvèrent encore un allié dans Boniface IX , qui voulait recouvrer les villes que
MOI»i.UNfe. M^t
le duc lie Milan lui avait onlevccH. (Contre tant trenneniis, Visconti eut de grands succès, inc^lés cependant de quelques revers. Il était maître de lk>logne, de Pise, de Përouse, de Sienne; et il comptait Tètre bientôt de Florence, où il voulait se faire couronner roi d'Italie ; mais la mort am''ta tous ses grands projets.
Pendant cette guerre, de nouveaux troubles, mh qu'on voulait apaiser, en occasionèrent de plus l;,''^; grands. Les plébéiens, irrités de la sévérité avec *^' laquelle on avait traité quelques artisans, prirent les armes, et invitèrent Véri Médici à se saisir du gouvernement, et à les délivrer des tyrans qui les vexaient. Ce citoyen eût été le souverain de sa patrie, s'il eût voulu; il aima mieux être médiateur entre le peuple et la seigneurie, et il apaisa le tumulte. Les seigneurs ne se conduisirent pas avec la même sagesse, car, ayant levé un corps de deux mille hommes pour se précautionner contre de nouvelles émeutes, ils redoublèrent de violence. Ils aigrissaient par- là les esprits, et ils offensaient Médici, qu'ils rendaient suspect au peuple.
Après la mort du duc de Mibn, les Florentins vnru furent tranquilles au dedans et au dehors pen- ^Tj* dant huit ans. Ensuite commença la guerre avec u^nu. Philippe, fils de Galéas Viscxjnti; guerre qui fut suspendue par une paix faite en 14*7, mais cpii ne finit entièrement qu en i44« • L^ Florentins la
Sga HISTOIRE
firent avec gloire ;"car elle ne les empêcha pas d'ac* quérir Arezzo , Sienne, Pise , Cortone , Livourne, Monte - Pulciano ; et ils auraient fait d'autres conquêtes , s'ils avaient été moins divisés. Cependant Ladislas les avait mis en grand danger, et ils auraient peut-être perdu leur liberté, si ce roi ne fût mort à propos pour eux, comme Galéas Visconti.
jpj^j's Les troubles furent surtout occasionés par les "en^ie p^pieT impositious qu'il fallut mettre pour soutenir la guerre. Ils s'accrurent par la dureté de ceux qui furent chargés de lever les impôts; et la bauteur des citoyens qui avaient la plus grande part au gouvernement, aigrissait encore les esprits. Cependant la multitude sentait ses forces; elle murmurait, elle s'enhardissait par intervalle; elle paraissait chercher un chef, et elle pouvait le trouver dans les Médici, qui, de père en fils, humains, généreux et populaires, étaient déjà puissans par leurs richesses , et le devenaient tous les jours davantage , parce qu'ils se faisaient aimer de tous et respecter de ceux qui les craignaient. Jean Médici Lcs citadius imaginèrent que comme on s'était
n'approuve pas " ■'•
îauiorité "Tll servi des plébéiens pour abaisser les nobles , il "enlever ^^ul fallait sc scrvlr des nobles humiliés, pour ôter
petits artisans.
toute l'autorité aux corps des petits métiers ; mais on connut qu'on ne pouvait exécuter ce projet, si Jean Médici y était contraire, et on le lui proposa.
MODRRfTR. 3g3
Médici jugea qu'il n*y avait point (ravantage à rendre les honneurs j\ ceux qui , sV'tant accoutumés à s*en voir privés, étaient si loin de remuer, qu'ils ne songeaient même plus à se plaindre; qu'au contraire, il y arait plus de danger à les enlever à ceux qui les avaient obtenus, et qui se croyaient en droit de les conserver; que les uns seraient plus sensibles à Tinjure que les autres au bienfait ; que par conséquent on ferait beaucoup plus d'ennemis à l'état qu'on ne lui acquerrait d'amis; et que si ceux qui formaient ce projet pouvaient réussir, la multitude trouverait bientôt des citoyens jaloux qui se serviraient d'elle pour les culbuter. Il conclut que si l'on ne voulait pas nourrir et multiplier les factions , le parti le plus sage était de ne rien changer au gouvernement , et de travailler à concilier les esprits.
Ces délibérations ayant été sues , la faveur de Médici en fut plus grande, et on en conçut plus de haine contre ceux dont il avait arrêté les desseins. Plusieurs de ses amis auraient voulu qu'il eût accru sa puissance en poursuivant ses ennemis , et en favorisant ses partisans : il était bien loin de tenir une pareille conduite.
Les impositions étant si injustement réparties, s» qu'elles retombaient sur les moins riches , on J^*. ^^ proposa un règlement , pai* lequel les citoyens * *"'*^ devaient être chargés à proportion de leurs biens. Les riches s'y opposèrent : Médici l'approuva seul.
i(jt\ HisfoIRE
et le fit passer. Mais le peuple ayant demandé qu'on recherchât dans les temps antérieurs, et qu'on fît payer à ceux qui n'avaient pas été imposés dans cette proportion, il lui fit voir combien il était odieux de donner à une loi une force rétroactive, et il lui persuada de renoncer à une chose qui causerait plus de dommage aux familles que de profit au trésor public. C'est ainsi qu'en lui accordant ce qui était juste, il savait aussi l'arrêter lorsqu'il demandait trop ; et par ces moyens , sa sagesse étouffa souvent les factions. Il mourut généralement regretté en 1428. Il n'avait jamais formé de parti; et s'il paraissait comme un chef dans la république, ses vertus avaient seules brigué pour lui. Peu redoutable par le mal qu'il pouvait faire , il était craint parce qu'il était aimé et respecté. Sans jalousie, sans intrigue, il louait les bons , plaignait les médians , aimait tous les citoyens : il ne rechercha aucun honneur, et il parvint à tous. Enfin il laissa de grandes richesses et une réputation plus grande encore ; héritage qui fut conservé et même accru par Côme, son fils. Les Médici, Monseigneur, me font presque oublier de vous parler des troubles de Florence. En îeffet j'enai assez dit pour vous faire connaître les Vices du gouvernement de cette république , et je m'arrête sur une famille dont l'histoire devient intéressante. Otte maison , qui commence et où il n'y a encore eu que des marchands, va s'éleV^r
MODERNF. Iç).^
au niveau des maisons où Ton compte une longue suite de souverains; et les Médici vous intcresserojQt , tant qu'ils auront des vertus.
Corne, puissant et vertueux comme son père, excita la jalousie |les citoyens ambitieux. Ib '" avaient un moyen bien sûr de diminuer son crédit ; c'était d'être humains , compatissans , généreux , et d'aimer la patrie. I/C peuple se fut partagé entre ses bienfaiteurs, sans se réunir par préférence en faveur d'aucun ; et de pareilles factions n'auraient causé aucun trouble.
Mais les ennemis de Côme lui faisant un crime de ses richesses et de TamoUr que le peuple lui portait, le firent citer devant les seigneu»s comme aspirant à la souveraineté. Côme, qui n^avait rien à se reprocher, aurait pu méprber de pareils ordres : il aima mieux obéir, et il comparut malgré les conseils de ses amis. Il fut banni dans un conseil extraordinaire de deux cents j>ersonnes, où les uns opinèrent pour le bannisse^ ment, d'autres pour la mort, et où le plus grand nombre se tut.
Après le départ de ce citoyen, ses ennemi.^ pa<* •«>< rurent aussi étonnés que ses partisans. Ils virent qu'en voulant lui nuire ils avaient accru Tamoar qu'on avait pour lui, et qu'ils s'étaient attiré l'indi* gnation publique. Ils se consumaient en projets ; ils ne savaient quel parti prendre ; ils se conduisaient témérairement, lorscprenfui le |>euple aiM
semblé nomma un conseil qui rappela Médici et bannit ses ennemis. Ce fut en 14^4? environ un an après sa condamnation , qu'il rentra dans Florence au milieu des acclamations du peuple , qui l'appelait son bienfaiteur et le père de la patrie. A la têie des H pouvait comptcr plus que jamais sur l'amour
de"a'répubii! dc SCS coucitoyeus , et il ne craignait rien de ses ennemis, que le bannissement avait réduits à un petit nombre hors d'état de remuer. Il est vrai qu'il en avait beaucoup coûté à la république; mais le sort de Florence était d'être déchirée par des factions, ou de n'acheter la paix que par la perte d'une partie de ses citoyens. Pendant vingtun ans, depuis i434 jusqu'à i4^5, toute l'autorité fut confiée à une commission extraordinaire, c'est-à-dire à un petit nombre de ces magistrats qu'on nommait uomini di balia. Cette commission , qui n'était jamais que pour un temps limité, fut renouvelée six fois par le peuple assemblé, et toujours confirmée aux Médici, et à ceux qui leur étaient agréables. Côme , qui en était le chef, exerçait donc une espèce de dictature perpétuelle, et il était le prince de la république. L^s pa'iiîj^^^"* Le peuple, heureux sous ce gouvernement, ne
foVrce^s"er"u sougcait poiut à reprendre son autorité; mais, lorsque la faction contraire, éteinte ou tout-àfait humiliée , ne fut plus à redouter, les partisans de Côme commencèrent à se désunir. Jaloux de sa puissance, les principaux voulurent la dimi-
commission.
MODF.BHK. 3^
nuer, et ils proposèrent de ne plt» continuer la commission , et d'en revenir aux anciens magistrats.
Corne aurait pu se maintenir par la force : il préféra de respecter la liberté des citoyens ; il pouvait d'ailleurs prévoir qu'on reviendrait à lui. On rétablit donc Tancienne forme du gouvernement, et toutes les familles cpurcnt gagner beaucoup, parce qu'elles avaient l'espérance de parvenir tour à tour aux magistratures.
Ceux qui avaient le plus désiré ce changement n»i»^^»M ne furent pas long-temps à reconnaître qu'ils ^.^J^ÇJ^ avaient plus perdu que Médici, car ils furent ilUvJUSS!' moins considérés. L'espérance de partager les honneurs avec lui ne les dédommagea pas de la dépendance où ils s'étaient mis de la multitude. Ils l'invitèrent bientôt à reprendre l'autorité, et à les tirer de l'abaissement où ils étaient tombés par leur faute. Corne répondit qu'il le voulait bien, pourvu que la chose se fit sans violence, et que les citoyens eussent la liberté de refuser comme d'accorder la commission.
Cette affaire était de nature à ne pouvoir être u «ji^ traitée que dans une assemblée du peuple. On ^J;;*»* ^ proposa donc aux magistrats de le convoquer, KT' »* ^ mais ce fut sans succès; et Come voyait avec plaisir les obstacles que trouvaient à lui rendre l'autorité ceux qui avaient voulu l'en priver. U se refusa aux iustances qu'ils lui firent de demander
liiL-méme cette assemblée. Donato Cocchi crut pouvoir en faire la proposition à la seigneurie parce qu'il était gonfalonier de justice; mais Médici le fit si fort baffouer, qu'il en perdit l'esprit. Cependant, comme il ambitionnait de gouverner, il n'eût pas été prudent de tenir trop longtemps une pareille conduite. Ainsi Luc Pitti, entreprenant et audacieux, ayant succédé à Cocchi, il jugea à propos de le laisser faire, pensant que si la tentative ne réussissait pas, tout le blâme retomberait sur cet homme.
La commis- Pitti réussit , mais ce fut en usant de violence.
$ionestrétai)lie,
t cheT '" ^'' Cependant , pour laisser au moins le nom de liberté lorsqu'il ôtait la chose, il voulut que les prieurs des arts se nommassent les prieurs de la liberté; et, afin que le ciel parût concourir à son entreprise, il fit faire des processions publiques pour lui rendre grâces de ce succès. Le peuple vint en foule le remercier lui-même* On le fit chevalier ; la seigneurie , Médici et les principaux citoyens lui firent des présens considérables , et de ce jour il devint riche et puissant.
Ce nouveau gouvernement fut dur et tyrannique , parce que Pitti commandait. Côme, affaibli par l'âge et les infirmités, ne pouvait plus prendre la même part aux affaires. Il mourut huit ans après, en i46/j. On grava sur son tombeau, Père de la patrie^ titre que seâ vertus avaient gravé dans les cœurs. Quoique maître
MODKRItR. Spf)
en quelque sorte de la répiihliqiio poiulnnl trente ans, il ne se montra jamais que a)mmc un simple citoyen; et, s'il parut toujours au-dessus de* autres, ce fut moins |>ûi' sa puissance que |iar ses bienfaits.
Pierre, fds de Come, était infirme, parconsé- ?^^2fX quent peu propre aux affaires publiques, et même £llAiurÎ3 hors d'état de conduire celles de sa maison. Il p^»«. ' **" confia les unes et les autres à Diotisalvi Neroni , citoyen puissant , dont son père lui avait conseillé de suivre les avis. Neroni conçut bientôt l'ambition de s'élever par la ruine de cette famille, et il engagea Pierre dans des démarches qui aliénèrent un grand nombre de citoyens.
Comme la commission était sur le point d'ex- r«.;.r«iiMi pirer, les ennemis de Médici voulurent profiter du mécontentement du peuple pour empêcher de la continuer; mais un d'eux révéla tout, et le parti contraire fut assez puissant pour rompre toutes les mesures. Alors ils formèrent le projet d'assassiner Pierre ; et, afin d'abattre ensuite toiii ses partisans, ils firent entrer dans leur conjuration le marquis de Ferrare, qui promit de les venir joindre avec ses troupes.
Pierre, alors malade à sa campagne, fiit îns- im «i 4^
C*#S^fW • 9%
truit assez tôt pour les prévenir. Il arma, et vint rî;;™^ .""• à Florence , où tous ceux qui lui étaient attachés s'empressèrent à lui montrer leur zdc I^cs eoo« jurés , qui n'avaient pas encore tout d w|k>m^ , furtlil
pris au dépourvu. Il fallut céder et songer à un accommodement. On s'assembla chez Médici, ils y vinrent eux-mêmes , et ils osèrent lui reprocher d'avoir pris les armes. Il se justifia en dévoilant le secret de la conjuration ; il fit voir qu'il , n'avait armé que pour sa défense , et il ajouta que, désirant de jouir du repos dans l'éloignement des affaires , il approuverait telle forme de gouvernement que la seigneurie voudrait établir. On se sépara sans rien conclure. Peu de temps après, en 1466, Robert Lioni, fait gonfalonier, convoqua le peuple, et fit continuer la commission. Alors la faction contraire fut entièrement ruinée : les uns s'enfuirent , d'autres furent bannis , ou punis de mort, et la puissance des Médici se trouva plus affermie que jamais. ' Maisi! ne peut Picrrc, qui ne pouvait veiller par lui-même au
point apoortcr ,. . » 1 • 1
ie remèàes aux gouvemcment , n Ignorait pas qu on abusait de •son nom pour vexer le peuple. Il voulut en vain réprimer les abus ; tous ses efforts furent inutiles. Il mourut lorsqu'il se proposait de rappeler les bannis , afin de mettre un frein à ceux-mêmes de son parti. Il laissa deux fils encore fort jeunes, Laurent et Julien.
Thomas So- Tfiomas Sodérlui, alors fort cousldéré à Florcuce
dérini conserve - . , l .
l'aaioriié aux et daus toutc 1 Italic , voyant qu on venait a lui
deux fils de ^ J 1
*''""• comme à l'homme qui devait être désormais le
chef de la république, assembla les principaux citoyens dans le couvent de Saint- Antoine, et il
MODKRlfK. /|OI
y fit yenir Laurent et Julien. Là il discuta les intérêts de sa patrie, en considérant co qu'elle était en elle-même, et comment elle devait se codduire avec ses voisins. Il fit voir qu'elle ne serait puissante , qu autant qu'elle serait unie; et prouvant qu'on ferait naître de nouvelles factions, si l'on voulait transporter l'autorité dans une nouvelle famille, il conclut qu'il fallait laisser le gouvernement aux Médici, entre les mains de qui on était accoutumé de le voir. Laurent répondit avec une modestie qui promettait de lui ce qu'il devint dans la suite; et, avant de se séparer, tous jurèrent de le regarder lui et son frère comme leurs propres fils.
La puissance des Médici était alors si bien cimentée, qu'il n'était plus possible de former un parti pour l'attaquer ouvertement. La jalousie en croissait davantage dans le secret ; les citoyens les plus considérables souffrant impatiemment d'obéir à deux bommes dont ils se croyaient les égaux. Tels entre autres étaient les Pazzi, qui , d'ailleurs songeant à se venger pour quelque sujet particulier de mécontentement, conjurèrent la mort des deux Médici.
Dans le dessein de les assassiner ensemble , ils essayèrent deux fois de les réunir, en les invitant à des repas ; le basard ayant fait que Julien ne s'était trouvé à aucun, ils prirent la résolution d'exécuter leur complot dans une église. Julien tomba XII. »6
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SOUS les coups de ses assassins, tandis que Laurent eut le temps de se défendre , et d'échapper à ceux qui l'attaquaient.
Laurent gou- Toutc la viUc fut blcntôt en armes. On punit
îrne avec *•
gloire. içg coupables : le peuple les mit en pièces, répan-
dit leurs membres dans les rues , et assouvit sa rage sur les Pazzi, et sur tous ceux qu'il jugea complices. Depuis cet événement, arrivé en i477) Laurent gouverna avec gloire jusqu'en 1492? que la mort l'enleva à la république de Florence, à l'Italie, où il maintenait la paix, et qu'il faisait fleurir. Nous aurons occasion de parler de la sagesse de son gouvernement.
Jugement de Daus cct iutervallc où je me suis borné à par-
Machiavel, snr '' *■
le^^tTiieS'faii ^er des Médici, les papes, les rois de Naples, les ^M^ux v^^^rtf. y^j^^jgj^j,^ l^g ducs de Milan et d'autres princes
ont souvent causé des troubles, auxquels les Florentins ont pris part : mais pour vous donner une idée générale de toutes ces guerres , il me suffira de mettre sous vos yeux le jugement qu'en porte Machiavel. Se non nacquero tempi, che fussero per lunga pace quieti^ nonfurono anche per Vasprezza délia guerra pericolosi ; perche pace non si puo affermare che sia^ dove spesso i princlpati con Varmi Vuno e Valtro s'assaltano : guerre ancora non si possono chiamare quelle y nelle quali gli uomini non siammazzano^ le città non si saccheggiano^ i principati'non si distruggono ; perche quelle guerre in lanta debolezza vennero che le si
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cominciavcuio senza paura^ trattavansi senza nericolo, efinivansi senza danno. Tanio che quella virtu^ cheper una Itinga pace si soiepa neWaUre proi'inciespegncrCy/u dallavihà di quelle in Ualia spenta, Dove si vedrà corne alla fine s'ajyerse dinuovo la via a* Barbarie e riposcsitltalia nrlla sejvUii diquelli.
Les peuples d'Italie ne savaient donc plus ni conserver la paix, ni faire la guerre. Jaloux les uns des autres, ils ne pouvaient cesser de se tracasser, mais leurs guerres devaient paraître des jeux, depuis que les principales puissances n'étaient que des républiques marchandes, où des artisans et des négocians commandaient , après avoir détruit ou opprimé la noblesse. Ce qui est arrivé en Italie pourrait arriver quelque jour sur un plus grand théâtre, si la noblesse éprouvait par des voies lentes les mêmes revers que de "violentes secousses lui ont fait éprouver à Florence : car il n'y aurait plus de valeur, parce que c'est la noblesse qui la conserve et la communique à tous.
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