XII. ay
Le royaume Lcs Napolltalns avaleiit été plus heureux sous
de Naples avait A ^ W
Sus Alphonse"! AlphoDSC , qui prit le premier le titre de roi René d'Anjou, des Deux - Siciles. Il préféra ce royaume aux autres qu'il possédait, le rendit plus florissant qu'il n'avait jamais été, le laissa par sa mort, en i458, à Ferdinand duc de Calabre, son fils naturel , et disposa des royaumes d'Aragoii et de Valence en faveur de Jean, roi de Navarre, son frère.
Troubles sous Alors tout chaugea. Les premiers troubles fu-
Ferdir\and son
'^'«- rent causés par Calixte III , qui déclara que Fer-
dinand était un enfant supposé, et que la couronne des Deux-Siciles était dévolue au saintsiége. Ils finirent bientôt par la mort de ce pape , et il en survint de plus grands; car Jean d'Anjou, appelé par des seigneurs qui s'étaient révoltés, fut au moment de se rendre maître du royaume. Ferdinand dut son salut à un corps de troupes que lui envoya François Sforze , duc de Milan , à l'adresse de Robert Saint-Séverin , qui sut ramener les principaux rebelles , et à un héros qu'il n'attendait pas : c'était Scanderberg, qui n'avait pas oublié les secours qu'Alphonse lui avait envoyés, lorsqu'il avait été attaqué paivles Turcs.
La prospérité dévoila des vices qu'on entrevoyait déjà dans Ferdinand. Malheureusement on les découvrit encore dans son fils Alphonse. Avares et cruels l'un et l'autre, ils se rendirent odieux et soulevèrent encore les. peuples. Cepen-
MODF.RNK. /f^lQ
<)ant les dernières années de ce règiu* fiirciit tranquilles.
Pendant que Ferdinaïui régnait a tapies, et tjmf^tn. que Ludovic était plutôt souverain de Milan que tJJrZ^luib tuteur de son neveu , Laurent Médici gouveniait Florence. Ce sage citoyen, Tâme de sa république, tenait dans la balance les différens princes dltalie, et maintenait toutes les puissances en équilibre. Il importait au salut de sa patrie qu*aucune ne s'agrandît ; c'était même l'intérêt bien entendu de toutes ensemble ; mais, divisées de tout temps, toujours occupées à s'observer avec défiance, et ne cessant jamais de former des prétentions , était* il possible qu'elles connussent leurs vrais intérêts.
Le roi des Deux-Siciles avait des droits sur Milan, et d'ailleurs Alphonse souffrait impatiemment que Jean Galéas, à qui il avait donné sa fille, et qui était âgé de plus de vingt ans, n'eîit que le nom de duc, pendant que Ludovic usurpait toute l'autorité. Il sollicitait donc Ferdinand, son père , à prendre les armes contre cet usurpateur. Pour écarter cet orage, Ludovic, inquiet et ambitieux, devait naturellement chercher à susdter des troubles dans le royaume de Naples; et il le pouvait facilement, en se prêtant ai« vue» des papes, toujours prêts à favoriser la maison d*Aii» jou, tant qu'elle n'aurait que des prétentions. Les Vénitiens, dont toute l'ambition était de s étendre
xit. «9
M«wMi Art f*^
4 5o HISTOIRE
dans la Lombardie, voyaient avec plaisir toutes ces semencesde divisions, disposés à prendre les armes pour l'un ou pour l'autre parti, suivant les circonstances , et à profiter de la faiblesse des deux. Les Florentins, forcés par leur situation à prendre part à toutes les guerres qui s'élevaient en Italie, étaient dans le cas d'en éprouver tous les maux, sans en retirer aucun avantage. Ils étaient donc placés pour mieux voir les intérêts de tous, et ils avaient pour leur bonheur les yeux de Médici. iwta.ide lîn. Ferdiuaud , quoiqu'il eût des vices, avait des nand e't de Lui lumicrcs. Il était digne du trône à bien des égards :
dovic t d'entrer ^
LÎTarlnV""^' scs malfacurs Pavaient éclairé, et Laurent acheva de lui ouvrir les yeux; il reconnut qu'il ne serait puissant dans son royaume qu'autant qu'il n'aurait point d'ennemis étrangers.
Ludovic, dans une position encore plus critique, craignait tout à la fois les partisans de son neveu, l'ambition des Vénitiens et les prétentions du roi de Naples ; il avait donc tout à craindre au dedans et au dehors.
Tou.iroisH- Il eî»t vraisemblable que Ludovic et Ferdinand
gue's ensemble , . . . 1 ' Ji a
lU assurent la nc sc scraieut jamais rapproches a eux-mêmes.
paix, malgré le
fe'vJnitTcy Laurent, qui jugeait de leurs intérétsmieux qu'eux, se fit leur médiateur, et leur persuada de former avec Florence une ligue pour établir et maintenir la paix en Italie. Après divers accidens qui retardèrent ou rompirent d'abord cette confédération , elle se renouvela pour vingt-cinq ans, et
modrunk. /|5t
elle força tous les princes à eiUrcr dans •€• took Il est vrai qu'Innocent VIII , élevé sur la àmn «n». <le saint Pierre en i48/|, voulut encore eicker des troubles dans le royaume de Naples : trop faible néanmoins lui seul contre les puissances liguées, il fut contraint de se soumettre ; et il ne se conduisit plus que par les conseils de Laurent. Ce fut le bonheur des papes, si c est un bonheur pour eux d'être souverains : leur autorité s'affermit dans le calme, et le peuple se fit peu à peu une habitude de voir un maître dans un pontife^ dont Laurent et Ferdinand faisaient respecter la puissance, jusqu'alors au moins contestée.
Venise, plus forte qu'aucune de ces puissances prises séparément , ne pouvait rien entreprendre, tant qu'elles seraient unies; et Laurent se servait de la crainte qu'on avait de cette république, comme d'un frein pour contenir ses alliés. Mab la considération qu'il avait acquise cimentait seule cette union; car les jalousies invétérées continuaient toujours de sid>stister.
L*Italie était heureuse. Une population abon- lius», dante remplissait les villes de citoyens industrieux, ***** et les campagnes de laboureurs qui cultivaient jusqu'aux lieux les plus stériles. Les arts étaient florissans , les talens se multipliaient , l'abondance se répandait partout ; en un mot tout prospérait sous des princes qui connaiflsaieiil leurs intérêts; et le génie de Médici veillait sur les peuples et
Lm*
sur les princes. Voilà le pays dont Charles VIII sera bientôt le fléau.
Il meurt, re- Ccs teuips Heurcux paraissaient devoir durer,
grelté de toute
l'Europe. puisquc Médici n'avait encore que trente-six ans ; par où vous voyez combien il était jeune, lorsqu'en 1466 il fut à la tête de sa république. Mais il mourut en 1492, dans la quarante-quatrième année de son âge; perte funeste pour Florence, pour l'Italie entière , et à laquelle toute l'Europe prit part. Cette mort fut suivie de celle d'Innocent VIII , dont la vie , inutile d'ailleurs au bien public , était du moins utile en une chose : c'est qu'il avait sacrifié son ambition aux plaisirs du repos.
RodrigueBor- Sou successcur , Rodrigue Borgia, Espagnol, dre'vi, ZT^il acheta iiubliquement le pontificat avec de l'argent
chaire de Saint ^ ^ i- i t
Pierre. ^^ ^^qq (j^g promcsscs. Ferduiaiid , dit Guichar-
din , qui n'avait pas coutume de pleurer , versa des larmes , lorsqu'il apprit l'élévation d'Alexandre VI , c'est le nom que prit Borgia , et il prétendit que ce pape serait funeste à l'Italie et à toute la chrétienté. En effet ce pontife déshonora bientôt le saint-siége par son ambition , par son avarice , par ses cruautés et par ses débauches. Pierre 11 sur- Picrrc II succéda sans opposition à Laurent,
cède à Laurent. ^ , .
son père. Il n'en eut ni les talens m les vertus. D'autant plus jaloux de l'autorité , qu'il la méritait moins , il dédaigna , contre l'usage , de consulter le conseil dans les affaires importantes; et
oepciidaiU îl se livra tout-à-fait à Virgile des Ursins , homme dévoué k la cour de Naplen. I^es liaisons qu'il prit avec Ferdinand donnèrent bientôt de l'inquiétude à Ludovic Sforze.
Les princes chrétiens étoient dans Fusage d en- r*^4* uvoyer des ambassadeurs à chaque nouveau pape , "^jf^Ç; pour adorer dans le pontife le vicaire de Jésus* S£S^ *" Christ. Ludovic, qui se piquait de prudence, et qui aimait à se distinguer par des idées singutièies, pensa que tous les ambassadeurs des coolëdMs devraient arrivera Rome le même jour, aller ensemble à l'audience, et un dieux haranguer au nom de tous. Son dessein était de faire voir que la confédération formait de tant de princes un seid état.
Ferdinand approuva volontiers ce projet , et
Pierre n'osa le combattre dans le conseil de Flo- c^^. ^ rence, où il fut également approuvé. 11 y était cependant contraire, parce qu'ayant fait ses préparatifs pour paraître à Rome avec pompe , il craignaitd'étre confondu avec lesautres ambassadeurs. C'était une puérilité sans doute; mais tel était son esprit : et il fallut que Ferdinand , pour lui plaire, fit abandonner ce projet à Ludovic.
Cette condescendance (ju.roi des Deux-Siâks i^f f. ^ confirma les soupçons de Ludovic. Il la regarda CI^?*'jiî£ comme une preuve de la trop grande intelligence qu'il supposait entre Pierre et Ferdinand; et de ce jour, il crut devoir prendre des mesures cbns la crainte qu'ils n'ârmasHcnt ensemble pour réta-
qni commençaient entre eux et Alexandre
blir Jean Galéas dans ses droits. Ferdinand en prenait aussi conjointement avec Pierre contre le nouveau pape , et dans cette vue il venait de faire acheter à Virgile des Ursins plusieurs petits châteaux qui étaient auprès de Rome. Cependant comme c'étaient des fiefs qui relevaient du saintsiége , Alexandre se plaignait qu'on en eût disposé sans son agrément.
11 fomente Ludovic alluma la colère du pape; il lui fit
des divisions * *
sentir combien il importait pour lui que son autorité ne fut pas méprisée dès le commencement de son pontificat; il l'enhardit par des secours d'argent et de troupes. En même temps il exhorta le roi de Naples à satisfaire Alexandre; et il invita Pierre à suivre l'exemple de Laurent, qui, au lieu de former des partis, était, par sa médiation, le pacificateur de l'Italie.
Ce pape éiaii Nil olas II I , dc la maison des Ursins , qui monta
prêt à tout , 1 1 • 1 • T^- 1
pourvu qu'il ob- gm» la chairc de samt Pierre en 1277, est le pape
tint des princi- I i ' 1 J
Eveux!*""" qui forma le premier les projets les plus ambitieux pour élever sa famille; car, sous prétexte de donner des défenseurs à l'Église de Rome, il voulait établir deux de ses parens, l'un roi de Lombardie, et l'autre. roi de Toscane. Depuis ce temps , le népotisme est devenu comme un droit aux plus grands honneurs, et l'histoire est pleine de neveux que les papes ont faits princes. Quel-^ qu€s-uns même ont eu cette ambition pour des fils qu'ils ne devaient pas avouer, et que pour
■OOBMIB. 45S
cette raison ils appelaient neveux. (>r, Alexan* dre YI en avait plusieurs, qu'il appelait sans roys* tère du nom de fils; et quelque jaloux qu'il parût des droits du saint-siégc, il était prêt à les sacrifier à la fortune de ses enfans. il en voulait marier un avec une fille naturelle d'Alphonse, demandant pour dot une principauté dans le royaume de Naples. Ferdinand n'était pas éloigné d y consentir; mais Alphonse n'en voulait pas entendre parler. Cependant , n'osant montrer la répugnance qu'il avait pour ce mariage, il se contentait de faire naître des difficultés , et de gagner du temps.
Le pape, qui connut enfin qu'on le jouait, voyait „,,,.^.^ dans l'état ecclésiastique Virgile des Ursins, les w. vI«,r.lJ!r Colonnes et plusieurs autres seigneurs puissans, qui étaient dévoués au roi de Naples, et qui en recevaient des pensions. La crainte se joignant donc au dépit, il fit, en 149^9 une ligue avec Ludovic et avec les Vénitiens , qui s'engagèrent à la défense de l'état ecclésiastique, et qui lui envoyèrent des troupes. L'objet de cette confédération était aussi de maintenir Ludovic dans Milan.
Cependant Ludovic, comptant peu sur ses ^^^^^ alliés, imagina d'inviter Charles Vlll à la con- ^'ZStnt quête du royaume de Naples, sans considérer que cette démarche pourrait être par ses suites pire que les craintes qu'il voulait écarter. Il fit
même adopter ce projet au pape, auquel il le montra comme le plus sûr pour se venger de Ferdinand, et pour procurer des principautés à ses fils.
Ferdinand né- Lc roi dcs Dcux-Sicilcs négocia inutilement raent piur dé- avcc la cour de France pour faire abandonner à
tourner Charles *
de celte entre- charlcs VIII Ic dcssciu dc passcr en Italie. En vain il tenta 'de corrompre avec de l'argent ceux qui avaient du crédit sur ce prince. Ce moyen, presque toujours infaillible, ne réussit pas, et cependant il aurait été heureux pour la France même qu'il eût réussi.
iiscréconcî- Fcrdiuaud se réconcilia avec le pape en le sais il ne pcui tisfaisant sur les châteaux de Vireile des Ursins ,
ligner Ludo- *-'
et en lui donnant pour un de ses fils une fille d'Alphonse avec la principauté de Squilaci. Il lui restait à ramener Ludovic : il tenta tout à cet effet, jusque-là qu'il offrit d'abandonner les intérêts de Jean Galéas; car il ne doutait pas que la crainte d'être chassé de Milan ne l'eût seule déterminé à prendre un parti aussi extrême. Ces offres étaient appuyées . par les sollicitations du pape et de Pierre Médici; et on se flattait de lui faire abandonner l'alliance des Français, qu'il était bien hasardeux pour lui d'attirer en Italie. Mais il aima mieux en courir les hasards, persuadé que lorsqu'on ne craindrait plus Charles VIII, on ne tiendrait pas les promesses qu'on lui faisait. Il répondit donc vaguement ; il parut se
ma
regagnei
vie
^rendre quelquefois : en un mot il amusa les Italiens, et il donna aux Français le tem|>s de faire leurs préparati£<i. Sur ces entrefaites, Ferdinand mourut au commencement de i494; Alphonse reçut du pape Tinvestiture du royaume de Naples, et fit avec lui une ligue pour leur défense commune.
Charles VIII passe enfin les Alpes. Il ne va pas r^acWfHM à une guerre ; c'est un voyage qu'il fait en caravane. 11 ne lui manque que de l'argent; il^esl obligé d'engager des pierreries; et, pour peu que les vivres fussent chers, il ne serait pas sûr d'arriver à Naples ; cependant les temps de calamités vont recommencer pour l'Italie , et dureront.
Pierre Médici avait refusé le passage de la ïos- n ,.,^ « cane, imprudence d'autant plus grande qu'il n'é- i''*<^. tait pas en état de le fermer, et il était naturellement désapprouvé par ses concitoyens. Il n'eut pas été prudent aux Français de laisser derrière eux une province ennemie; il fallait d'abord la soumettre. Le refus de Médici fut donc une raison de plus pour s'ouvrir un chemin par la Toscane.
L'armée se rendit à Pontremoli , qui appartenait sm à» rm^ au duc de Milan. De là elle entra dans la Lunigiana, dont les Malaspina occu|>ent encore une partie ; une autre était aux Florentins , et les Génois y avaient quelques châteaux. Finizauo assiégé et pris \ la garnison passée au fil de l'épée, heaticoup d'habitans égorgés, furent un objet
d'épouvante pour les Italiens, qui depuis longtemps étaient en quelque sorte moins accoutumés à faire la guerre qu'à la voir comme un spectacle.
Situation cm- ^a pctitc villc dc Sarzane et Sarzanello, forte- Français. ' " resses bâties au-dessus , pouvaient faire plus de résistance, quoique le sac de Finizano y eût déjà répandu la frayeur, et que les Florentins n'y eussent pas mis une garnison assez forte. Cependant l'armée française ne pouvait subsister long-temps dans un pays stérile, resserré par la mer et la montagne, et où les vivres ne pouvaient venir que de loin et difficilement. Il est vrai qu'elle pouvait prendre sa route par Lucques, qui offrait d'ouvrir ses portes; mais, en abandonnant la première place qui résistait, Charles diminuait de la réputation de ses armes , et encourageait les autres à résister davantage. La fortune le servit.
pierre«ibiâ. DcDuis le sac de Finizano, on blâmait plus
me de les aroir ^ *
armés contre sa hautcmcut quc jamais l'imprudence de Médici qui, sans aucune connaissance de la guerre, et sans avoir suffisamment pourvu à la défense de sa patrie , avait armé les Français contre la république. Déjà odieux par ses hauteurs, il le devenait encore par sa témérité; et moins il était digne de gouverner, plus il enhardissait contre lui les citoyens, jaloux de voir toute la puissance dans une seule famille.
Pour réparer Eu 1 479, Floreiicc ^taiit en guerre avec le pape
MODKRNE. /|59
Sixte IV et avec le roi de^ Deiix-Sicilej* , I^urent •^>*»^* prit sur lui d^aller à Naples pour négocier avec •"^* Ferdinand. Gelte démarche était d'autant plu» délicate , que les ennemis déclamient n'avoir armé que |K)ur délivrer les Florentins de la domination des Médici. Elle eut cependant tout le succès qu'on pouvait désirer ; et Laurent revint avec la paix, couvert de gloire, chéri et respecté de s<$ concitoyens.
Si ceux qui manquent de lumières font dos £siutes lorsqu'ils veulent se conduire d'après eux, ils sont condamnés encore à en faire de plus grandes , lorsqu'ils osent se conduire d'après l'exemple d'un grand homme. C'est qu'ils jugent mal de la différence des circonstances; et que, quand elles seraient les mêmes, ils n'ont pas les mêmes talens. Vous prévoyez que Pierre se rendra au camp du roi de France.
Il y vint donc. Il mit au pouvoir de Charles, Sarzane, Sarzanello, Pierra-Santa ; il lui promit Pise, Livourne , deux cent mille ducats; et, après avoir ouvert aux Français le chemin de Florence, il y revint , en fut chassé, et Charles y entra.
Charles entra , dis-je , armé de toutes pièces , u j»*m^ monté sur un cheval bardé , la lance en arrêt. Il ^p*,;;^ ^ conclut de là que Florence était à lui par droit de LmmTZ'tC conquête. Après plusieurs négociations inutiles, et qui aigrissaient les esprits, il faisait lire aux députés de la république les conditions qu'il im-
46o HISTOIRE
posait en vainqueur, lorsqu'un d'eux, Pierre Capponi, impatient de cette lecture, prit le papier, le déchira , et dit : « Puisque vous osez faire de pareilles propositions, sonnez vos trompettes, nous sonnerons nos cloches : voilà ma réponse ». A cette fermeté , les Français ne virent plus que le danger que courait le roi avec une armée de plus de vingt mille hommes , dans une ville peuplée d'artisans; et au lieu de traiter les Florentins en sujets, on se contenta de les avoir pour alliés et pour amis.
A l'approche Lc Toi m archa sans trouver de résistance j usqu'à
de Charles , le tï .| i. ^ i i
pape s'enferme Komc i il sc Tcudit maitrc (Ic tous les environs ,
dans le château
Saint Ange. ^j jjg voulut cutendrc parler d'aucun accommodement, qu'après que le pape lui aurait ouvert les portes de la ville. Alexandre éprouvait les plus vives inquiétudes. Il se reprochait d'avoir appelé les Français ; il se repentait d'avoir épousé les intérêts du roi de Naples; il sentait qu'il n'avait fait que des fautes jusqu'alors; il voyait, quelque parti qu'il prît, c[u'il en allait faire encore. Il n'ignorait pas qu'on parlait de le déposer et d'élire un autre pape. Il était donc dangereux de céder, et cependant il était impossible de résister. La nécessité lui tint lieu de conseil. Il se retira dans le château Saint- Ange, et Charles entra dans Rome aux flambeaux avec son cheval , son armure et sa lance en arrêt. Charles se rc- Offcusé dc la méfiancc quc montrait Alexandre ,
MOOF.RWF. /|6|
le roi, qui voulait sincrrenricnt sr m oiicilier avec «^ui. .... lui, fît tourner deux fois son canon contre le château Saint-Ange, afin d'engager le pape à devenir sonallié et son ami. Ces instances ayant produit leur effet, il fit un traité avec Alexandre, lui baisa les pieds, le servit k la messe, et continua son voyage.
Une partie de ses troupes avait pris les devans. t. »m» On se soulevait dans le royaume de Naples; et «^ Alphonse II, odieux à ses sujets, abandonnait la couronne à son fils Ferdinand, pour aller prendre un fi-oc en Sicile. Ferdinand II était aimé. Peutêtre eût-il été en état de défendre son royaume, si son père eût embrassé plus tôt la vie monastique; mais il n'était plus temps. Plusieurs villes s'étaient déjà rendues; les autres se laissaient entraîner par l'exemple ; et le nouveau roi fut contraint de se retirer dans l'île d'Ischia , qui est à trente milles de Naples.
Charles, plus heureux que César, vainquit avant r^ri» é» d'avoir vu. Il arriva à Naples le ai février; et, un ""• mois après il fit une entrée publique, monté sur »*»*• un cheval richement enhamaché, une couronne d'or sur la tète , une pomme d'or à la main droite, un sceptre à gauche, et revêtu d'un manteau d'écarlate, fourré d'hermine. Cétait ïk les attributs de la dignité impériale; et on prétend que cette entrée donna de Tinquiétude k Maximilien; mais c'est de Constantinople que Charles se croyait
empereur. Il publiait qu'il en allait faire la conquête; et il avait déjà acquis tous les droits des Paléologues. André, neveu de Constantin, détrôné par Mahomet II , les lui avait cédés à Rome. Maïimîiîen La diètc dc l'empire , où se sont faits la plupart
tente inutile- i , 1 i •
rAUema^nT'" "^^ rcglcmeus dont j ai parle plus haut, se tenait contre Charles. ^|^j,g ^ Worms ; ct Maximilicu y demandait des secours contre Charles VIII , qu'il accusait d'enlever les provinces de l'empire. 11 n'en obtint pas , parce qu'il importait peu aux princes allemands que l'empereur redevînt encore suzerain de l'Italie; et Maximilien, sans argent et sans soldats, paraissait dans l'impossibilité de rien entreprendre , lorsqu'il se forma une ligue qui entra dans ses vues.
L'Italie et Ludovic , alors duc de Milan, car son neveu
l'Espagne se li- . . ^
^guent avec ^j.^j|- ^lort , ct Ics Véniticus, frappés des progrès rapides de Charles, voyaient avec inquiétude que ce prince conservait des places dans la Toscane et dans l'état ecclésiastique. Craignant donc qu'il ne bornât pas son ambition à la conquête des Deux-Siciles, ils prirent des mesures pour mettre un terme à ses succès. Ferdinand le Catholique et Isabelle , qui régnaient en Espagne , n'étaient pas moins intéressés à s'opposer à l'agrandissement des rois de France. Il çst vrai qu'ils s'étaient engagés à ne pas troubler la conquête du royaume de Naples; mais la défense du saint -siège leur parc\issait un prétexte pour prendre les armes. Ils
MoltFRlfK. 463
avaient déjà envoyé une flotte sur len c&Uê de Sicile, et ils faisaient espérer de plus giAds secotm au roi détrôné.
Toutes ces puissances formèrent, avec Maiimilien, une ligue dans laquelle le pape entra. Les Vénitiens, qui devaient conduire par mer des troupes dans les provinces maritimes de Naples, et le duc de Milan , qui se chargeait de s'opposer aux nouveaux secours qui pourraient arriver, promirent de donner à lempereur et à Ferdinand le Catholique Targent nécessaire pour les mettre en état de porter la guerre en France.
Mais pendant que la puissance des Français effrayait TAllemagne, TEspagne et la Lombardie, ÛT^ît^fj elle commepçait à diminuer dans le royaume de y^SHTi '7m Naples. A l'ombre de leurs laiuriers , occupés de fêtes et de jeux, ils ne s'arrachaient aux plaisirs que pour travailler insolemment à leur fortune. Le roi , à la vérité , était humain et généreux ; mais incapable de soins, il abandonnait tout à des ministres qui, par avarice ou par incapaoité, fai* saient haïr son gouvernement. Le 'jMîuple était vexé; la noblesse napolitaine se voyait sans considération ; on ne ménageait ni les ennemis de la maison d'Aragon , ni les partisans de la oiaison d'Anjou; on vendait les grâces au lieu de les accorder aux services; on donnait à l'un sans raison ce qu'on ôtait à l'autre sans raîsoD encore ; et , conune la fortune avait présidé k la conquête *
le hasard seul paraissait gouverner. On regrettait donc déj^krdinand II, et même Alphonse, son père. ^^ Et Charles se Telle était la situation du roytiume de Naples,
retire , lorsqne " L '
fommenfait " ^^ ^^ restalt même quelques places dont les Fran-
recouvrer son . , , . ai ^-~,i
royaume. çais u ctaicut pas encore maîtres, lorsque Charles apprit la ligue qui se formait contre lui; cette nouvelle hâta son retour, qu'il avait déjà projeté par inquiétude. Mais il ne lui était pas facile de conserver sa conquête et de s'ouvrir un passage à travers des provinces ennemies. Des forces divisées ne suffisaient pas à ce double objet, et cependant il fallut les diviser. Charles partit vers le milieu du mois de mai avec environ neuf mille hommes, lorsque Ferdinand II commençait à recouvrer la Calabre, et que la flotte des Vénitiens paraissait à la vue de la Fouille. Les progrès de l'ennemi ne diminuèrent point l'impatience que le roi avait de revenir en France. Il croyait que tout dépendait d'obtenir l'investiture; il l'avait négociée jusqu'alors inutilement, et il se flattait qu'aussitôt qu'il serait à Rome, le pape la lui accorderait; Alexandre ne l'y attendit pas.
ciiariesappro- L'arméc dcs confédérés se rassemblait dans le
chcdeFornovo. ... -il
Parmesan; et c était avec tant de lenteur que, si Charles n'avait pas séjourné à Sienne, à Pise et ailleurs , il aurait pu passer sans obstacles. Elle était catnpée à Giarola , à trois milles de Fornovo, .495. où l'avant-garde des Français parut le 3 de juillet.
MUDF.RNr. ^65
Le reste de l'année ii arriva que le 5 : la diffi*. culte fie traîner le caiiun par les Apennitis Tavail rctarilée.
I^s confédérés, qui n*avaieiit pas su profit/er de cet intervalle , commencèrent à s'efîrayer* Comme ils étaient trois contre un^ ils avaient mis jusque-là leur confiance dans le nombre; et Us s'étaient imaginés que Charles n oserait jamais se présenter devant eux, parce qu'il n'avait que neuf mille hommes, en comptant deux mille valets qu'on avait armés. Quand ils virent qu'au lieu de s'en retourner par mer, comme ils levaient présumé , le roi avait Taudace de prendre son chemin par la Lombardie, ils s'effrayèrent, parce que leur ennemi ne s'effrayait pas. Ils délibérèrent s'ils le laisseraient passer librement, ou s'ils l'attaqueraient au passage. Ils dépéchèrent un Courier au duc de Milan pour avoir son avLs; et ce prince en dépécha un autre à Venise |)our avoir celui du sénat.
Pendant des délibérations aussi inutiles que longues, les Français marchèrent, ayant le Taro à leur droite. Le maréchal de Gié et Trivulce commandaient l'avant-garde ; le roi était au corps de bataille avec la Trémouille, et l'arrière-garde suivait, sous les ordres du comte de Foix. Ix.*s bagages étaient sur la gauche <de l'armée , avec une ^rès- faible escorte.
Ils marchèrent dans cet ordre pend;uit une