XII. 3o
Charles.
lieue. Alors les ennemis, dont ils n'étaient plus séparés que par le Taro, passèrent ce torrent, et attaquèrent en même temps l'avant et Parrièregarde. Si nous avons blâmé Charles de former inconsidérément des projets de conquête , il faut lui rendre justice ; il était capable , dans un jour d'actioiî, de soutenir avec courage les enti'eprises les plus hasardeuses. Le péril l'appelait aux premiers rangs : il se montrait partout où ses troupes étaient prêtes à céder ; et le soldat , ranimé à la vue de son roi en danger d'être frappé ou fait prisonnier, combattait plus pour le sauver que pour remporter la victoire. L'action durait depuis une heure, lorsque des troupes légères des ennemis, ayant tourné l'armée française, se jetèrent sur les bagages , et les pillèrent sans résistance. Cet appât en attira d'autres , le désordre se mit parmi eux; et les Français, saisissant le moment, les mirent en déroute. Cette bataille sanglante, et par cette raison mémorable pour les Italiens, ne coûta pas deux cents hommes au roi de France, et les confédérés en perdirent trois mille.
Mort de Charles , à peine de retour en France , apprit qu'il avait perdu le royaume de Naples. Il tourna ses armes contre Ferdinand le Catholique, qui
4y.s. faisait des courses dans le Languedoc. Ses troupes, commandées par Saint -André, eurent des succès; et il mourut lorsqu'il méditait de nouvelles expéditions. Comines a dit de ce prince, qu'il n'était
pas /wssii/le €ie voir meilleure créature, fin il pouvait être cela dans son (loroestique ; pour qu'un roi soit une bonne créature par rap» port à son peuple, il faut bien des qualités.
Cbarles VIII étant mort sans enfuis, Louis, tMbn» duc d'Orléans , premier prince du sang et desœn- ^i » i'*«^ dant de Charles V, monta sur le trône. Après î.lir*'*' ** avoir été rebelle lorsqu'il était sujet, il acquit étant roi le titre glorieux de Père du peuple. Sans haine contre les sujets fidèles qui lavaient combattu dans le temps de sa révolte, il dit à Toccasion de la Trémouille, qui l'avait fait prisonnier : Le roi de France ne venge pas les injures faites au duc d'Orléans, A ce trait qui caractérise sa bienfaisance et son équité ajoutons qu'il diminua les impots, qu'il réforma des abus, et qu'il fit plusieurs règlemens qui annonçaient un règne heureux. Mais les temps étaient arrivés où les rois absolus au-dedans devaient former des entreprises au-dehors , et abuser de leur puissance. Louis XII qui, dit-on, aimait ses sujets comme ses enfans, eût encore mieux mérité le titre de père du peuple, s'il n'eût pas sacrifié le royaume à son ambition.
{iittans doute il pouvait se flatter de conquérir le mé»wdHfH louché de Milan et le royaume de Naples aux* «-JR-Jr-. quels il avait des droits. Mais |)our peu qu'il ré> fléchît sur l'état de l'Italie et sur les poiwacw de l'Europe, intéressées à s*opposer k son af>ran«
clissement, il devait prévoir qu'il susciterait des ennemis à la France , et qu'il ne conserverait pas ses conquêtes.
Circonstances Tout offrait d'abord des succès faciles. Le roi
qui les ren- . i , • IT • T •
£"' ^*"'" ^ pouvait compter sur la mesmtelligence qui divisait les confédérés depuis que Charles avait repassé les Alpes. Le duc de Milan, qui croyait avoir disposé à son gré du sort de l'Italie, s'enivrait dans sa prospérité , et ne conservait plus d'alliés. Les Vénitiens , qui ne demandaient que des troubles, étaient prêts d'entrer dans les vues du roi de France, s'ils partageaient avec lui les dépouilles de Ludovic. Les Florentins devaient encore le favoriser, s'il s'engageait à faire rentrer sous leur domination la ville de Pise, à laquelle Charles avait rendu la liberté. D'autres princes moins puissans, tels que le marquis de IVJantoue et le duc de Ferrare, n'étaient pas difficiles à gagner; et pour obtenir du pape l'investiture, il ne fallait qu'offrir quelque chose à son ambition. Louis négocia avec toutes ces puissances, et donna le duché de Valentinois à César Borgia, fils du pape.
Il fait celle l^^s qu'll cut assuré ses frontières par des trai-
I anais. ^^^ g^yQQ Ics rois d'Auglcterrc et d'Espagne , et a.wp le fils de Maximilien, l'archiduc Philippe, seigneur
,4gg. des Pays-Bas, son armée marcha , soumit le Milanais en vingt jours , et il arriva peu après pour faire son entrée à Milan. Il en revint presque
aussitôt, laissant k Jacques Trivulcc le ment de cette provinci
Alors Ludovic, qui s ctail retiré en Allrmagne, 1.. reparut avec luie armée, et par une révolution •'" aussi subite que la première, il avait recouvré presque tous ses états, lorsque de nouveaux secours arrivèrent de France. Autre révolution : les Suisses, qui faisaient la principale force de Ludovic, demandèrent leur congé , déclarant qu'ils ne voulaient pas combattre contre leurs compatriotes, qui étaient dans Tarmée de France. Ainsi ce prince abandonné , et forcé à se déguiser pour s'enfuir, fut trahi , livré au roi , conduit en France, et enfermé dans le château de Loclies , où il mourut quelques années après. II restait à faire la èonquéte du royaume de Naples, où Frédéric III régnait , car Ferdinand , son neveu , venait de mourir.
Louis , craignant de trouver des obstacles de la part de Ferdinand le Catholique , imagina de Tas- J^îi^ré socier à son entreprise et de partager avec lui î'Jir'Lrli ce royaume. Us le conquirent en i5oi, ib le partagèrent, et en i5o5 il resta tout entier à Ferdinand. Frédéric n'eut de ressource que dans la générosité du roi de France, qui lui donna le duché d'Anjou avec trente mille ducat<» de rente. t..es droits de ce prince à la couronne de Naples ont passé depuis, par les filles, dans la maison de la Trémouille.
tiens' "à&V. Maximilien , à qui Tempire avait refusé des
dudesseinTar! secouFS , ii'avait pu s'opposer au succès de Louis; cependant il ne désespérait pas de le chasser de l'Italie. Il vit le moment où la diète de Constance, sollicitée par le pape Jules II et par les Vénitiens, entrait dans ses vues. Tout l'empire allait armer, si Louis, par sa prudence et par son argent, n'eût écarté cet orage. L'empereur obtint seulement douze mille hommes pour aller à Rome recevoir la couronne impériale, et on ne promit de les entretenir que pendant six mois.
Maximilien, En i5o8, il fit dcmandcr aux Vénitiens le pas-
qui ne peut pas ■■
pr7nd°r""ti sage par leurs terres : la république ne le lui acempereureu. ^^^.^^ ^^^j^ coiiditiou qu'il uc conduirait point de troupes; et le voyage de Rome fut rompu. Cependant il voulait prendre le titre d'empereur, et s'il le prenait sans avoir été couronné , il craignait d'offenser le saint-siége. Dans cette position, il imagina un parti moyen; et, se contentant du titre d'empereur éiu des Romains^ il ordorma que désormais on le lui donnât dans tous les actes. Jules II n'étant point curieux de couronner un roi des Romains, qui ne viendrait à Rome qu'avec une armée, se hâta de donner une bulle pour confirmer ce titre à Maximilien , titre que les rois d'Allemagne ont depuis toujours porté; auparavant ils se contentaient d'ordinaire, jusqu'à leul' couronnement , de celui de roi des Romains. i« Vénitiens, Maximilieu déclara la guerre aux Vénitiens,
dont il voulait se venger. Elle ne fut pas heiiveuie ; ^[^^ mais ces républicains oflensèrent le roi <le France , u!J!SZ qui leur avait donné des secours ; car Ijo\iï& ayant dcmaudé d'être compris dans la trêve qu'ils négocièrent, ils firent leur traité sans Vy comprendre. Cependant Tempereur, plus irrité par les pertes qu'il avait faites, n'attendait que l'occasion de recommencer la guerre. Ainsi la trêve faisait perdre un allié à la république, et lexposait par conséquent à de plus grands dangers. En effet cette imprudence des Vénitiens réunit l'empereur et le roi de Finance, qui jusqu'alors avaient été ennemis , et attira sur l'Italie des calamités pires que les précédentes.
Maximilien avait perdu Pbilippe,son fils; et i..|~^< l'archiduc Charles, son petit-fils, étant trop jeune pour gouverner par lui-même, il avait donné la régence des Pays-Bas à sa fille Marguerite, celle princesse que Charles VIII avait renvoyée. Or, la guerre que Marguerite avait avec le duc de Cueldre, parut à l'empereur une occasion favorable pour former secrètement une ligue contre les Vénitiens. Sous prétexte de négocier U paix des Pays-BaSf les ambassadeurs des puissances ennemies de Venise pouvaient se rassembler saoft se rendre suspects à cette république, et trailer des moyens de l'humilier. Ceux de Louis, du roi d'Espagne et de Jules II se rendirent donc à Cambrai ; Marguerite y recul les pleins |xiuvoirs de
son père; et on y forma une ligne, célèbre par les maux qu'elle causa.
Préieniions Ou pubHa seulcmeut que ces puissances avaient
àes puissances , /» i •
liguées. fait une confédération pour assurer entre elles
une paix perpétuelle. Mais l'article secret était la guerre contre les Vénitiens, et chacune d'elles voulait faire valoir des droits sur quelques parties des domaines de cette république. Le pape redemandait Faenza, Rimini, Ravenne et Cervia : Maximilien, Padoue, Vicence et Vérone, comme étant des fiefs usurpés sur l'empire ; et Trévise avec le Frioul, comme appartenant à la maison d'Autriche. Le roi de France réclamait Crémone , Brescia, Cresme et Bergame, qui avaient été pris sur le Milanais. Enfin le roi d'Espagne, comme roi de Naples, voulait rentrer en possession de Brindes, de Trani et d'Otrante, que Ferdinand avait engagés aux Vénitiens.
Le roi de France était tenu par le traité à commencer la guerre en personne, le i^^ d'avril de l'année suivante iSog. Les troupes du pape et celles du roi catholique devaient aussi entrer en campagne dans le même temps, et l'empereur, quarante jours après les premières hostiUtés. Afin que ce prince eût une raison pour rompre la trêve ([u'il avait faite avec les Vénitiens, on était convenu que Jules l'appellerait comme avoué de l'Église au secours du saint-siége. Je ne dois pas oublier que les confédérés, voulant couvrir leur
Article dont on riait convenu.
entreprise cfiin zèle de piété , déclaraient qu'ils ne voulaient faire la guerre à la république de Venise que par le désir qu'ils avaient de porter ensuite leurs armes contre les Turcs , ennemis du nom chrétien.
Ce traité n'était que l'ouvrage de Maximilien c#( et de Louis, ou plutôt de Maximilien seul, qui ne ^' faisait commencer la guerre à ses alliés qu'afin de moins hasarder lui-même , et de se conduire d'après l'événement. Le pape et Ferdinand n'avaient point donné de pouvoir à leurs ambassadeurs pour accéder à une pareille confédération; mais l'empereur et le roi de France pensaient qu'ils ne s'y refuseraient pas, soit parce qu'ils ne l'oseraient, soit parce qu'ils y trouveraient leur avantage. En effet le roi d'Espagne ratifia ce traité, quoique dans le fond il n'approuvât pas une ligue qui tendait k l'accroissement de la monarchie française, et qu'il ne jugeât pas devcgr risquer le royaume de Naples pour reprendre quelques places sur les Vénitiens.
Outre les domaines que le pape revendiquait, ^€m>^4m^ il avait encore à se plaindre de la république de Venise , où son autorité ¥tait peu respectée. Cependant il ne voyait pas sans inquiétude le roi de France étendre sa domination en Italie, et le passé lui faisait assez comprendre combien il importait au saint««iége d'en exclure tout-à-fait les empereurs. Il tenta donc de négocier avec k»
Vénitiens ; il leur apprit la ligue qui avait été faite en son nom , mais à laquelle il n'avait pas consenti, et il leur offrit de s'y opposer par toutes sortes de moyens, s'ils voulaient lui restituer Faenza et Rimini , les assurant qu'il ne négligerait rien de son côté pour empêcher en Italie l'accroissement de la puissance des barbares. C'est ainsi qu'on nommait les Allemands, les Espagnols et les Français. Il eût été bien à souhaiter pour ces barbares même , comme pour les Italiens , que les papes ne les eussent jamais appelés en Italie. Si CCS repu- Si le sénat de Venise eût accepté les offres de îa"ii «"edt^e'îe* ^^ poutifc , Ic roi catholiquc aurait trouvé, dans sans effet. |^ rcspcct dû au saint-siégc, un prétexte pour se séparer des ligués auxquels il s'était joint malgré lui. Louis, qui ne pouvait guère compter sur l'empereur, aurait vraisemblablement suspendu ses démarches ; et il y a tout lieu de présumer que la ligue aurait été sans effet. Il fallait peu de chose poui* rompre des liens qui faisaient violence à des puissances naturellement ennemies. Peut-être les Vénitiens prévoyaient-ils que cette confédération ne pouvait pas subsister, et ils avaient raison; mais, pour peu qu'elle durât, ils étaient écrasés. Ils perdent Alors daus un état florissant , les Vénitiens
presque tout ce , i • \ a i > î-i
aa'iis possc- crovaicut devoir à eux-mêmes des succès qu ils
daient en terre */ -l
ferme. n'avaicut dus qu'à la faiblesse de leurs voisins.
Ils méprisèrent donc les puissances liguées , et ils furent battus par Louis XII près d'Agnadel. Abat-
tus |>ar œ rerers, ils s'humilièrent devant rempereur et devant le pape; ils abaadontierent tout ce qu'ils possédaient .en terre ferme; et TréYÎse lut la seule place qui leur resta , non parce qu'ils la conservèrent, mais parce qu'elle voulut être fidèle , et que Tempereur, dans le partage duquel elle tombait, n'y envoya point de troupes.
Maximilien , Jules , Ferdinand et plusieurs princes d'Italie recueillirent, ainsi que Louis, les fruits de la victoire. Le roi ne se saisit que des places qui lui étaient acconlées par le traité; il remplit seul ses engagemens, et l'empereur n'ayant point paru, il revint en France.
L'exemple de Trévise et la lenteur de Maxi- ib^, milien, qui n'avait ni soldats ni argent, fît voir aux »». Vénitiens que, comme ils avaient d'abord eu trop djc confiance , ils avaient ensuite tro|> tôt déses|iéré. Ils sortirent flonc de leurs lagunes, et ils avaient tléjà recouvré quelques places, lorsque lempereur parut , mais avec une armée si faible , qu'il penlait un jour ce qu'il avait pris l'autre. Les actions se succédaient ; aucune n'était décisive : il semblait que de part et d'autre on ne voulut que désoler le pays.
L'empereur, hors d'état de Êiire de ffÊmàts j,w.u entreprises, proposait aux confédérés le siège de v^T Venise. Louis ne s'en éloignait pas; mais Jules et Ferdinand n'approuvaient pas un projet dont le succès ne serait pas pour eux. Le pape, qui dési-
Loui
rait au contraire de chasser d'Italie les Barbares, se rapprocha des Vénitiens; et ayant obtenu du sénat tout ce qu'il voulait, il leur accorda l'absolution des censures qu'il avait fulminées contre la république. I^e roi d'Espagne , à qui les places de la Fouille avaient été restituées, et qui n'avait plus rien à demander pour lui , promettait peu de secours à ses alliés, et en donnait encore moins. On n'était qu'au commencement de la seconde année de la guerre , et déjà éclatait la désunion , qui avait commencé sourdement dès la première. Cependant Malgré l'absolutioii accordéc , Louis s'imaginait
is XII veut o \ o
surce%TTr" ^^^ ^^ pape ne l'abandonnerait pas pour les Vénitiens. Il était assez simple pour faire des traités avec lui , et pour compter sur des traités, tant il çtait loin de soupçonner les dispositions de Jules; et cependant il n'était pas difficile de les connaître. Étant la puissance la plus redoutable au saintsiége , comment pouvait-il penser que ce pontife contribuerait à l'affermir en Italie ? Il eut bientôt occasion d'ouvrir les yeux; car Jules et Ferdinand travaillèrent à réconcilier l'empereur avec les Vénitiens; et ils y auraient réussi , si ces républicains, dont la confiance revenait avec les succès, n'avaient pas fait des propositions qui ne pouvaient s'accepter.
Mais Jules Ccttc tcutativc ayant échoué, l'empereur et le
s'allie des Véni- . , ' , . , . n ,
tiens, cl prend foi QC F raucc , dIus uuis qu auparavant , nrent
les armes. ' l x 1
un nouveau traité, par lequel ils se proposaient
modfuivf. ^77
la concjiirir li le partage de rit.'iln-. s.ms ilnutc qu'il eùl été «le ce partage comme de celui de Naples. Ces grands projets avortèrent ; car Maximilien ne donnant que de faibles secours, î^uis^ ennuyé de fournir seul aux frais de la guerre, rappela ses troupes dans le Milanais, après avoir enlevé quelques places. Les Vénitiens les reprirent bientôt, et le pape, devenu leur allié, marcha contre le duc de Ferrare, qui était entré dans Talliance du roi de France et de Tempereur. (3n était à la fin de décembre , le froid était violent , et cependant Jules fit le siège de la Mirandole en personne. Il allait aux tranchées, il visitait les batteries, il courait à cheval pour animer les soldats; et la ville ayant capitulé, il entra par la brèche en vainqueur.
Les affaires de l'Europe se brouillent plus que ,u^"J|;;;,"J jamais. On convoque un concile à Pise, où Louis ^"*" et Maximilien citent le pape, qui a formé une ligue contre la France ; et Jules défendant , sous peine d'excommunication, de se rendre à ce concile, en convoque un autre k Latran : il a dans son alliance les Vénitiens, Ferdinand, le roi d'Angleterre et les Suisses qui, depuis I>ouis XI, étaient au service de la France, et que Jjouïs avait mécontentés en refusant d'augmenter leur» pensions.
Sur ces entrefaites, Jules tombe dangereufle- n^m^m^ ment malade , et Maximilien songe à se bire pape JJ^jy *
lui-même; mais le rétablissement de la santé du souverain pontife fait évanouir ce projet singulier; et les choses, qui auraient pu changer par sa mort, subsistent dans le même état de crise. Maximiiicn Lc roi dc Fraucc avait trop d'ennemis. A la
Sforie esl réia- *
de wHan.'^"'^' véHté SCS géuéraux gagnent des batailles, qui donnent de la frayeur au pape; et il se flatte de ramener Jules à la paix , en lui rendant toutes les conquêtes faites sur l'état de l'Église; ou plutôt, partageant les troubles qui déchirent l'âme timorée de la reine , il fait cette restitution plus par remords que par politique. Il désavoue ainsi le succès de ses armes; il perd bientôt plus qu'il ne voulait rendre , et les Suisses lui enlèvent le Milanais. Il n'y conservait en i5i2 que les châteaux de Milan , de Novare , de Crémone et quelques autres places. Alors l'empereur l'abandonne , il fait luie trêve avec les Vénitiens à la sollicitation du pape , et il rétablit dans le duché de Milan , Maximilien Sforze, fils de Ludovic.
jeand'AiLret Jcau d'Albrct , roi de Navarre, était le seul
perd la Navarre. n., . a -i-i-, t i»
allié qui restât au roi de France. Le pape l excommunia par cette raison, et en conséquence, Ferdinand envahit la Navarre, qui depuis n'a plus été qu'une province du royaume d'Espagne. Louis reprend Lcs cnncmis dc Louis ne restent pas long-temps
et reperd le Mi- . , . . , , 1 D
lana.s. viiiis .' Ics Vcnitiens , mecontens du pape et de 1 em-
pereur, font avec lui une ligue offensive et défeni5.3. si ve ; il fait une trêve d'un an avec le roi d'Espagne i
MODFRlft. /|^Q
son armée reptBse les Al|>es, repreml le Milanais, est défaite par les Suisses, revient en France, et ses conquêtes lui échappent avec la même rapidité qu'il les avait faites. Les Vénitiens eurent seuls à supporter tout le poids de la guerre.
Jules II était mort dans le même temps que le is.s.
Il (ail te ^«
roi de France formait cette dernière entreprise Hî^JT* "^ sur le duché de Milan; et Jean Médici , frère de Pierre, qui prit le nom de Léon X , avait été élevé sur le saint-siége. Cétait une conjoncture assez embarrassante pour un nouveau pape, que celle où les Français, les Allemands et les Espagnols se disputaient Tltalie. Il eût été de son intérêt de n'y souffrir ni les uns ni les autres; ne pouvant les chasser tous , il se décida contre la France, qui lui parut plus redoutable. Louis eut donc pour ennemis le pape, Maximilien, Ferdinand et les Suisses. Il négocia et fit la paix avec tous, dans le coui-s de i5i4. L'année suivante il formait encore de nouveaux projets sur le Milanais, et fai« sait même déjà des préparatifs, mais la France le j>erdit. Je dis le perdit, parce que ce fut en effet une perte. Brave, équitable, appliqué, humain, il fit rendre la justice , il mit la discipline dans ses troupes , il aima véritablement ses sujets et il en fiit aimé. Quelcjue dispendieuses qu'aient été ses guerres , il ne s'est jamais permis d^augmenter les impôts, qu'il avait diminués cunsidérabletncul au commencement de son règne. Il soutint ses en-
/j8o HISTOIRK
treprises en mettant de l'ordre dans ses finances , et en se retranchant le superflu, si nécessaire au commun des grands. Il est vrai qu'il a mal connu les intérêts des puissances qui l'environnaient; mais l'Europe était dans une situation bien nouvelle, et cela peut l'excuser. S'il fut la dupe de Maximilien, de Jules et de Ferdinand le Catholique , qui était fourbe , et qui faisait gloire de l'être, ce fut moins l'effet d'un défaut de lumières que de la droiture de son âme. Enfin , s'il n'a pas eu toutes les qualités d'un grand prince, il a du moins montré pour son peuple toutes celles d'un bon père ; et on aurait également retrouvé en lui les unes et les autres, s'il n'eût pas porté ses armes en Italie. 11 a réuni la Bretagne à la couronne.
François I Louis u'ajaut point laissé d'enfant mâle, Fran-
veut encore con- , . ,^ ,,
nucrir le duché çois , comtc d Augoulemc , dune autre branche de la maison d'Orléans, lui succéda. Ce nouveau roi, dans la vingt-unième année de son âge, plein de courage et de feu, avec une belle âme, un cœur généreux, de l'esprit, beau, bien fait, rempli de grâces (car tout cela donne de la confiance); flatté, parce qu'il était sur le trône, et digne en effet de louanges , parce qu'aucun prince n'avait donné de plus grandes espérances (vous voyez qu'il va faire quelque faute); ce roi, dis-je, trouvait des préparatifs déjà tout faits pour une conquête; il avait la paix avec tous ses voisins, les
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MODPHNR. /i$%
Vénitiens, ses allii^, rappelaient; des cmirtisans, jeunes comme lui, lui prodiguaient d*avance \eê titres de duc de Milan, de roi d'Italie : que ne pouvait-il pas conquérir? Tout Tinvitait donc, et nous n'avons plus qu'à If suivre. Il marcha, de» is»s. la première année de son rè^ne, après avoir renouvelé les traités de paix avec Tarchiduc Charles, et avec les rois d'Angleterre et d'Espagne. Pour-' quoi faut-il que les princes s'aveuglent au point d'aller tous échouer contre le même écueil ?
Pour passer les Alpes , il n'y avait en apparence n que deux chemins praticables : l'un par le Mont- Cenîs , l'autre par le Mont-Genèvre ; mais les Suisses s'en étaient saisis. Fiers de leurs dernières victoires, ils se regardaient comme les arbitres de l'Europe; et il n'avait pas été possible de les ramener dans l'alliance de la France. Entreprendre de forcer ces passages, c'eût été exposer l'armée k être retardée , et par conséquent à manquer de vivres; car il eût été impossible d'en conduire pour long-temps. Il fallut donc prendre un chemin que les Suisses ne gardaient pas , parce qu'on le croyait assez défendu par les lieux qu'on jugeait inaccessibles. Il fallut rompre des rochers, jeter des ponts, élever avec des machines lartillerie, la descendre de même, et recommencer ces travaux à chaque montagne qui s'élevait encore. Cependant l'avant-garde arriva en cinq jours dans une plaine à deux lieues de Coni.