CHAPITRE II
Des papes dans le quinzième siècle, et de l'origine du luthéranisme dans le seizième.
Lapuisssance La oécessité de réformer l'Église dans son chef
«le la cour de il*
Rome empè- et datts ses membres a été reconnue dans le qmn-
cnait la reforme ^
deiLgi.se; ^ième siècle, et c'est tout le fruit qu'on a retiré des conciles de Constance et de Baie. Pouvait-on travailler efficacement à la réforme , tant que les papes étaient assez puissans pour éluder les décrets des conciles œcuméniques ? Il fallait d'abord abattre leur puissance : c'est à quoi ils ont contribué eux-mêmes.
Mai, celte Plus la cour de Rome était ambitieuse et témé-
puissance s'af- . ii , • ,i • ^ 1 -■ • 1
faiblissait elle- pairc , plus ellc était éloignée de prévoir les cir-
raeme eu vou- 'F o l
iTlve"^ ' '" constances , de les préparer et de les tourner à son avantage. Sa politique devait donc échouer parce qu'elle avait réussi ; car n'ayant d'abord dû ses grands succès qu'à certaines conjonctures, elle n'en devait plus avoir de pareilles, dès que les conjonctures n'étaient plus les mêmes. Déjà on lui résistait ; et résister c'était commencer de vaincre, puisque les papes, faibles par eux-mêmes, n'étaient puissans que par l'opinion.
Elle avait Avant Charlcs VIÏI , les puissances de l'Europe
se formaient séparément; elles S observaient peu, jjgrJLfli parce que, ne pouvant encore tenter (renlrcprises considérables au-<lehors, aucune n'était capable de donner de lombrage à toutes les autres. On necounaissait pointées confédérations,qui tendent à faire de FEurope un corps politique , dont toutes les parties se balancent. Les papes seuls pouvaient quelquefois remuer tous les peuples, comme dans le temps des croisades. A Fabri d'une autorité dont on respectait jusqu'aux abus, ils se faisaient une monarchie universelle contre laquelle on ne se liguait pas, soit parce qu'on n'osait la combattre, soit parce qu'il se trouvait toujours des princes intéressés à la reconnaître. Dans ces circonstances favorables à leur ambition, ils étaient le centre où se dirigeaient toutes les forces, et d'où elles s'échappaient avec efTort pour exciter des commotions de côté et d'autre. Ils remuaient à la vérité l'Europe pour y causer des désordres ; mais eui seids pouvaient en remuer ensemble toutes les parties.
On ouvrit enfin les yeux sur l'abus qu'ils fai- ^^J^ jjj saient de leur puissance. Cependant tous les princes *"* se seraient ligués, qu'ils auraient été trop faibles. Puisque la superstition armait les peuples pour les papes, il fallait que le clergé, forcé k se défendre, étudiât et répandit des lumières; il falbit que la nécessité de se soustraire aux vexations de la cour de Rome lui Ht un intérêt de combattre
une soumission aveugle qu'il avait prêchée luimême; il fallait qu'un long schisme apprît à juger des censures, et que des pontifes ennemis fussent dans la nécessité de mendier la protection des souverains ; il fallait, en un mot, que l'Église assemblée avouât ses désordres, et entreprît de se réformer.
File s'affaiblit La faiblesse même des empereurs porta coup
lorsqu'elle pa-
Te "piurgrlnd ^ '^ puissance du saint -siège. Leur impuissance
avanla
^''' ayant fait cesser les querelles entre le sacerdoce et l'empire, le pape cessa d'être l'objet de l'attention de toute l'Europe. En perdant un ennemi redoutable , il parut moins redoutable lui-même ; il ne conserva plus toute la considération qu'il • avait usurpée; et on retrancha de celle qui lui était due.
Elle s'affermit Dcpuîs Ic milicu du quinzièmc siècle , ces pon-
dans Home à . r. . , . -,
mesure quelle tifcs, qui auparavaut étaient en quelque sorte par- '*'*"• tout, paraissaient se retirer peu à peu pour se
renfermer dans l'Italie : les mouvemens qu'excite leur ambition inquiète ne s'étendent guère plus au delà ; et leur influence sur le reste de l'Europe diminue tous les jours. De petites guerres entre de petits princes et de petites républiques deviennent plus que suffisantes pour les occuper, et encore parmi ces petites guerres, ils se trouvent petits eux-mêmes. S'ils osent former de grands projets , comme de faire marcher tous les princes chrétiens contre les Turcs , on ne les écoute pas.
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Il est vrai qtic leur «mibitiaii étant plus bornée, elle eut aussi plus de succès : car c est principalement pendant cet intervalle qu'ils achevèrent (raffermir leur autorité dans Rome. Mais vous voyez le rôle subalterne qu'ils jouent lorsque, placés entre le roi de Naples, les Florentins, le duc de Milan et les Vénitiens, ils sont forcés de passer continuellement d'une alliance dans une autre. I^ur faiblesse se montre encore davantage , quand les Français, les Allemands et les Espagnols paraissent en Italie. N'oublions pas que quelques-uns ont contribué à diminuer leur puissatice temporelle, lorsqu'ils ont sacrifié les intérêts du saint-siége à l'ambition d'élever leur famille.
Cependant quelque faibles que fussent les papes, ^^jt ^^
ils étaient encore assez puissans |K)ur empêcher rWi,^«ér l'exécution des décrets des conciles de Constance .•rxk...*.r*ii et de Baie, et ils entretenaient tous les abus qui '•'•^• enrichissaient la chambre apostolique , c'est à dire l'appel de toutes les affaires au saint-siége , la collation de tous les bénéfices , les réserves, les grâces expectatives, lesannates, les indulgences, les dispenses , les décimes et les dépouilles des bénificiers qui mouraient. Car les papes s'étaient établis héritiers de tous les bénéficiers ; et non-seulement on sesaisissait des fruilsrcstaos du bénéfice, mais encore des ornemens des églises ou même des bicM qu'un bénéficier tenait de sa famille : si
les parens voulaient y mettre quelque opposition? on les excommuniait.
Ces abus trou- Giaunoue ^ remarque que ces abus régnaient
vaientpeud'obs- ^ ■*■ ^
tacies en Italie, surtout cu Italie, ct qu'll y en avait même eu de plus grands à Naples sous les rois de la maison d'Anjou; car ces princes, forcés de ménager la cour de Rome, n'avaient jamais osé s'opposer à * aucune de ses entreprises. Il n'en fut pas tout-à-
fait de même sous les rois de la maison d'Aragon : ils remédièrent à quelques-uns; autant du moins qu'ils le purent sans employer des moyens violens. Alphonse I, par exemple, ne permit point à la chambre apostolique de s'approprier les dépouilles des bénéficiers qui mouraient.
En Allemagne Ou réslstait davautagc en Allemagne à toutes
on s'en plaignait . 1 .a. î i . • i
h^uicment. CCS cxactious , OU plutôt on s en plaignait plus haut. Depuis i45o les diètes ont toujours été occupées des moyens de les empêcher; mais Frédéric III était trop indolent pour y porter remède, et Maximilien avait trop de ménagemens à garder avec les papes.
ii5 paraissent C'cst cu Fraucc seulcnient que la résistance pro-
délruitseoFran-
ïragmÉcde ^^islt tout l'effct qu'ou pouvait désirer; car la
pragmat Charles 1
iqucde
pragmatique-sanction, rédigée par le clergé d'après les décrets du concile de Baie, fut approuvée par
' Dans son histoire de Naples, ouvrage qui m'a clé fort utile. Aucun écrivain n*a mieux connu les abus qui se sont introduits dans la discipline de l'Eglise. ^
MODKRNK. 4^
Charles VII, en i438, et publiée |X)iir t'tre ol»servéedans toute Tétendue du royaume. Tant que ce prince vécut , elle eut force de loi : ni les négociations des papes, ni les censures dont ils menaçaient le roi, ne purent la faire révoquer.
Charles étant mort en i46i , le pape Pie II promit le chapeau de cardinal à Jouflfroi, évéque d'Arras , s'il réussissait k faire abolir la pragmatique. Louis XI y consentit , parce qu'on lui fit espérer que le pape favoriserait les droits de René twthx» d'Anjou sur le royaume de Naples , et qu'il aurait ••«••^ en France un légat qui nommerait aux bénéfices, afin d'empêcher l'argent de sortir du royaume. L'évêque d'Arras, chargé de porter cette nouvelle à Pie II, apprit en chemin que le pape, satisfait de ses services, l'avait nommé cardinal. Alors, pénétré de reconnaissance, il n'eut rien de plus pressé que de lui communiquer l'abrogation de la pragmatique , et il oublia tout-à-fait l'article du légat et celui du royaume de Naples. Mais Louis , voyant qu'il avait été trompé , ne se mit pas en peine de faire publier et enregistrer l'édit de révocation, de sorte que les choses restèrent à peu près dans l'état où elles étaient aupai'avant.
Paul II , successeur de Pie, reprit cette affaire, « »*^2^ et promit encore le chapeau a Uallue, évéquc d'Évreux, qui avait beaucoup de part à la confiance de Louis XL Les rois sont presque toujotin mal servis, lorsque leiu^ ministres attendent des
grâces d'une cour étrangère; la pragmatique fut donc révoquée pour la seconde fois ; mais le parlement refusa d'en enregistrer l'édit; l'université en appela au futur concile.
11 n'y a plus Ccttc coiiduitc du roi ne fit que causer des
rien de déler- , •'■
minéàcesujei. troublcs daus l'Eglise de France. D'un côté, Pie et Paul prétendirent, en conséquence de la révocation , disposer des bénéfices , des grâces expectatives, etc., comme avant la pragmatique; et de l'autre, le parlement, l'université et le clergé ne. cessèrent de crier icontre les abus qui se renouvelaient. En 1478, Louis XI, mécontent de la cour de Rome , parut vouloir rétablir la pragmatique; cependant rien ne fut décidé. Charles YIII laissa les choses dans l'état où il les avait trouvées. En 1499? Louis XII ordonna que la pragmatique serait inviolablement observée; quelque temps après , l'empire présenta aussi un mémoire à Maximilien sur les vexations de la cour de Rome, et ' proposa d'adopter en Allemagne la pragmatique de Charles VII. Enfin ce fut sous prétexte de réformer l'Église, que l'empereur et le roi de France firent convoquer le concile de Pise , auquel ils citèrent Jules II; mais les guerres d'Italie, pendant lesquelles les intérêts variaient continuellement, ne permettaient pas de suivre les projets qu'on avait formés, et on ne terminait jamais rien. Concordat de La victoirc de Marignaii avait forcé le pape à
rîaâïoisf! ' s'allier avec la France; il avait même été obligé
HODBRITR. 4gi
crabandbnner Parme et Plaisance, que le saintsîége avait acquis pendant les guerre» de Ixniis XII. Cette circonstance parut donc favorable h François V^, pour régler tous les différens qu'il avait avec la cour de Rome ; et il eut à cet effet une entrevue à Bologne avec Léon. La conclusion des conférences fut un concordat qui est conforme à la pragmatique dans quelques articles, qui en abroge plusieurs, qui en modifie d'autres, et qui en omet k dessein. On n*a garde, par exemple, d*y parler des annates , ni de Fautorité des conciles. C'est que sur ces deux points on voulait laisser aller les prétentions de la cour de Rome , sans paraître ni les combattre ni les autoriser.
La collation des bénéfices est ce que le concordat a de plus particulier; car, sans aucun égard pour les élections, qui étaient de droit par la pragmatique , il y est déclaré que les sujets seront nommés par le roi et pourvus par le pape.
Pdf cet accord le roi crut acquérir du pape la nomination dont le pape n'avait pas droit de ciisposer; le saint-siége conserva les annates, parce que , quoiqu'on n'en parlât point , l'intention n'était pas de donner les bulles pour rien; et les chapitres perdirent le droit d'élire. Ce qu'il y â de plus singulier, c'est que le roi ait eu besohi de la cour de Rome pour s'arroger la disjiositicm des bénéfices, et ce qui Test plus encore, c'est qu'on croie en France que le roi n'en puisse au-
jourd'hui disposer qu'en vertu de ce concordat. On a tort ea Cc coiicordat cut dc la peine à passer en France.
France de re- •*•
fol^" "omml ^^ parlement refusa d'abord de l'enregistrer; il
l'enregistra ensuite en protestant; et lorsqu'il y
eut des procès entre un élu et un nommé, il jugea
toujours en faveur du premier.
François 1 le Lc coucordat n'étant pas exécuté , devenait
fait exécuter. ••il • i* o ii*
donc mutile : le roi, pour lui donner force de loi, ota la connaissance des causes bénéficiales à son parlement, et la donna au grand conseil. Depuis ce temps les rois de France ont joui , sans contestation , du droit de nommer ; droit que le royaume paie au saint-siége à chaque bénéfice qui vaque ; et cependant le saint-siége n'en pouvait pas disposer, puisqu'il appartenait au roi seul, dès que le peuple ne le conservait pas. Mais enfin le concordat a fait un bien , parce qu'au moins on sait ce qu'on doit payer ; au lieu que quand il n'y avait rien de réglé , les prétentions illimitées de la cour de Rome pouvaient toujours causer des troubles. L'Allemagne en est la preuve.
Les aisposî- Léon était magnifique , généreux et même dis- ^pui^ent ie7res. sipatcur. Lcs revenus du saint-siége, quels qu'ils
sources (lu saint- , «i
"'^s*'' fussent , ne pouvaient suffire à ses dépenses ; il
avait épuisé ses trésors et ses ressources. La guerre contre les Turcs , qu'on projetait toujours et qu'on ne faisait pas , était un prétexte si usé, que les Espagnols, quoique dévoués à la cour de Rome^ ne se laissaient plus prendre à ce piège. Ils ve-
nnient île se refuser k une bulle (|tii ordonnait aux ecck^iastiqtics «le payer le dixième de leur» revenus; et le pape sVlait vu dans la néccMilé de désavouer son lëgat. Les Italiens avaient été plus dociles, car cet impôt fut levé à la rigueui*, surtout dans IVtat ecclésiastique. Enfin I>^n avait partagé avec les rois d'A ngleterre et de France les décimes qu'il leur avait accordés sur le clergé , et que ces princes étaient dans Thabitude de demander au pape, comme au souverain qui pouvait seul en disposer. Tout cela était d'un faible secours pour ce pontife. Ce[>endant il voulait achever l'église de saint Pierre, que Jules II avait commencée, et qui devait coûter des sommes immenses ; cette église était donc un prétexte pour de nouvelles exactions , dont une partie devait être employée à toute autre chose.
Il ne douta pas que toute la chrétienté ne dût . n ' 'p«.' et ne voulût contribuer à cet édifice; et il pensa i;;,J:,:" que s'il est des cas où l'on peut donner des indulgences pour de l'argent, c'est, sans contredit, celui où l'on se propose de bâtir un temple an prince des apôtres. Il en fit donc publier dans toute l'Europe en 1 517, et il les offrit à des conditions si aisées à ceux qui voudraient contribuer de quelque somme, qu'on ne pouvait s'y refuser.
Jusqu'alors les peuples d'Allemagne avaient ^p^mj-m-v. recherché les indulgences avec plus de pasAÏou --TTh-I
gnent de cet a- Quc Ics aiitTes : il v a un terme à tout, et les diètes
bus, les augus- a »/
S'dTnWrê se plaignaient que ce commerce devenait ruineux
pas l'instru- 15 /• r^ 1 • 5 • a
raent. pour i état. Ces plamtes n auraient peut-être pro-
duit aucun effet, si les augustins, auparavant en pîossession de prêcher les indulgences , n'avaient " vu avec jalousie qu'on donnait cette commission aux dominicains. Ce fut la principale cause des troubles qui s'élevèrent.
Les domînî. Lcs nouvcaux prédicatcurs donnèrcut dcs armcs
cains les prê- ^ . 1 T i i
chent avec Scan- contrc cux. Soit pour sc rendre dignes de la prér \ férence, soit pour augmenter leurs profits, ils exagérèrent ridiculement le prix des indulgences , et ils avancèrent des maximes toutes nouvelles. Leur conduite ajouta encore au scandale de leur doctrine; car on les voyait tenir leurs bureaux dans des cabarets , et consujner en débauches ce que le peuple superstitieux refusait à ses besoins.
L'électeur de Ccs désordrcs se cp^imettaient en Saxe, où le
Saxe protège , ,
l" Martin' Lui vicairc-géuéral des augustms avait be;iucoup de """ *""' crédit, parce qu'il était allié et ami de l'électeur. Il fit donc à ce sujet des représentations à ce prince, un des plus puissans de l'Allemagne ; et il n'eut pas de peine à l'indisposer contre les indulgences et contre les dominicains. Ce fut alors que les augustins, assurés de la protection de l'électeur, saisirent l'occasion de se venger. Martin Luther, qui avait parmi eux le plus de réputation, arma le premier. Il ne contesta pas à l'Église le
MODF.RIfF.
droit d'iicxorclor <lcs indulgences; il montra même i\u respect pour le saiiit-sii^ge et |)onr In |)enionne du pape, et il n attaqua crabord que les abus.
Il est vraisemblable que Léon aurait |)révenu ia* i im les maux dont on était menacé, si, dans ces coro- •" ^^ ^^ mencemens, se conduisant avec quelque modération, il eût seulement paru vouloir remédier aux abus dont tout le monde se plaignait. Mais, pendantque les dominicains défendaient jusqu'aux abus des indulgences, et que les augustins, dans la cbaleur de la dispute, étaient tentés d attaquer les indulgences mêmes, le pape citait Lutber, publiait des bulles contre lui, et sollicitait les puissances (KAllemagne à le punir.
Les diètes auxquelles Léon portait ses plaintes nw. r^i». étaient bien éloignées d'entrer dans ses vues. Elles [J,*;"';;;j2rS ne voyaient encore rien à reprendre dans b doc- L'.*" * **" trine de Luther, puisqu'il s'élevait contre des abus qu'elles condamnaient depuis long-temps; ou, s'il enseignait des erreurs, elles déclaraient quelles n'en pouvaient être juges. Elles demandaient donc une réforme , un concile général ; et en attendant, elles représentaient les griefs de r Allemagne conire les entreprises du saint-siége. Celle de Nuremberg, entre autres, fit quelque temps après, k ce sujet , un mémoire qui renfermait cent articles.
Luther, se voyant soutenu par les puissances, i^a^m ne garda plus de mesures contre le pa|)e qui le ■«•^ poursuivait. Toujours plus bardi et plus violent.
i,es peuples le croient des
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il défendait une thèse qu'on lui contestait, en avançant une thèse encore plus téméraire. Il demanda raison de l'autorité que les papes s'arrogeaient; il vit des abus dans les usages les plus anciens et les plus généralement reçus; et agitant d'autant plus de questions qu'on le contredisait davantage, il prétendit trouver des erreurs jusque dans les dogmes.
.Pies Cependant le nombre de ses partisans augmen-
l'Ëgiise.'*''^''" t^i*^ to^^s les jours, parce que plus les esprits s'échauffaient, moins on était capable de remarquer et de blâmer les excès auxquels il s'abandonnait. Déjà son nom retentissait dans toute l'Europe ; les peuples semblaient lui demander ce qu'ils devaient croire, et il paraissait destiné à les éclairer. Ils attendent Alusi , dcvcnu plus opluiâtrc , autant par les
forme générale, contradictious quc par les applaudissemens, il se vit engagé plus avant qu'il n'avait pu prévoir. Il ne voulait que relever quelques abus, et cependant on attend de lui qu'il entreprenne une réforme générale. Il est étonné lui-même du personnage qu'il joue dans le monde; mais ce personnage flatte sa vanité , et il n'a plus d'autre ambition que de le soutenir.
II fait une re'- La révolutiou que fit ce novateur fut si subite,
volution qu'on . . ^ • 1
n'avait pas pré. que Ics meillcurs esrmts eurent a peme le temps
vue, et qu lin a> 1. *■ *■
vait pas proje. j^ j^ prcsscutir ; c'est ce qu'on voit par la manière dont en parle Érasme, qui vivait alors, et qui était l'homme le plus éclairé de son siècle. « Lu-
MOnFBNF. 4(j^
tber, dit-il, s'<^tait acquis clans les commenccmeiis* une grande considération , parce qu'il avait attaqué avec intrépidité les mœurs du siècle. Il n'épargnait ni les carilinaux ni la majesté même du souverain pontife. Cette hardiesse tenait les esprits en suspens ; on s'imaginait que Tamour de la vertu^ de la vérité, et le désir d'être utile au genre humain, le faisaient agir. Il conservait encore de la modestie dans ses mœurs; il paraissait fort éloigné de vouloir défendre avec opiniâtreté ses senti* mens ; il ne Tétait pas moins des paradoxes monstrueux qu'il a depuis hasardés; il se soumettait au jugement des gens de bien et à la décision de l'Église catholique. Je l'avouerai, cet homme m'en avait presque imposé : je me persuadais voir ed lui un homme zélé qui pouvait être dans l'eri^eur; mais qui n'avait {>oint enyie de tromper, et qui reprenait seulement avec trop de violence des mœurs d'ailleurs très-repréhensibles. »
Si Luther en imposa à Érasme, il eu imposa à bien d'autres; et j'ajoute qu'il s'en imposa à luî^ même^ car il n'avait probablement pas formé k projet qu'il exécuta. On ne connut donc le mal que quand il avait fait ses progrès ; et, comme il était trop tard pour y remédier, ceux qui s*é» taient engagés dans l'erreur se trouvèrent trop avancés pour reculer. Les disciples de Luther se multiplièrent; ils défendirent à l'en vi la doctrine lie leur maître; ils l'enhardirent paf leur fana-
tisme. Chacun d'eux, animé du même esprit, ambitionna d'avoir part à la réforme ; chacun se crut fait pour régler la croyance des peuples , et s'ils se divisèrent , cette division même entretenait une sorte de fermentation qui contribuait à répandre l'erreur , et qui , brouillant tout , ne permettait presque plus à la multitude de connaître la vérité. On compte jusqu'à trente-neuf sectes sorties du luthéranisme, toutes ennemies, mais toutes réunies contre l'Eglise.
Causes de la Daus ccttc confusioD , les peuples ne voyaient
rapidité tle cette ' * "^
révolution. qyg içg ^jj^g contre lesquels les luthériens s'élevaient , et auxquels on désirait un remède ; c'est aussi sous cet abri que les novateurs répandaient le venin de leur doctrine. Ils paraissaient apporter la réforme , et ils corrompaient la foi ; cependant ils intéressaient les princes à les protéger, parce qu'ils leur montraient les richesses des églises comme des biens qui avaient été usurpés sur eux , et qu'ils étaient en droit de reprendre. Ils entraînaient même dans leur parti un grand nombre d'ecclésiastiques et de moines ; parce qu'en condamnant le célibat et les vœux monastiques , ils ouvraient les portes des couvens à tous ceux qui se dégoûtaient du cloître et de la chasteté. Ils offraient donc des appâts à tout le monde : à la multitude , la réforme des abus ; au clergé , la licence ; et aux souverains , les trésors de l'Église ; telles sont les principales causes de la rapidité
i^toiiiiante (lu liithénuii^mc. En i5i9, qtie Léon inotinit, il y avait cifu| am que cette hérëiiie avait commencé, et cependant la prétendue réforme était déjà établie k Ziiricli : elle était protégée en Saxe ; elle avait des sectateurs dans presque toute r Allemagne; enfin plusieurs princes do reropiré, et les diètes même, paraissaient dispotées à la recevoir. Ces erreurs s'étendront encore davan- "^ tage, et ce sera une source de calamités.
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