‹ OEuvres, publiéesChapitre 6 sur 50 · fait Ar% rtgl · texte numérisé non relu

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cela l'exemple de ses prédécesseurs. Il fit au {^f"*,^'"^o„*: contraire des règlemens pour rétablir la monnaie ; """ et on les trouva si sages, que, lorsque dans la suite elle fut affaiblie, on demandait toujours qu'elle fut remise dans l'état où ce saint roi l'avait laissée.

C'est conformément à ces règlemens. que Phi- phiupp» le b«i lippe le Bel, les premières années de son reene, ^''•''k*' ^.p*"fit fabriquer les espèces qui eurent cours. Mais bientôt H les altéra; et depuis i 296 jusqu'en i3o6, il fit plusieurs changemens dans la monnaie. En i^oi et en i3o5, on faisait huit livres dix sous avec un marc d'argent, dont, au commencement de son règne, on n'avait fait que deux livres

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quinze sous six deniers ; et un denier de l'aneienrre monnaie en valut trois de la nouvelle. Les espèces n'avaient donc plus , par le poids , que le tiers de la valeur qui leur était attribuée par le roi.

En 1 3o6 , il fit faire une monnaie aussi forte que celle de saint Louis ; mais il laissa subsister la faible, et ne se mit point en peine de proportionner l'une à l'autre. Ce fut la source de beaucoup de désordres; car ceux qui devaient, voulaient payer en monnaie faible ; et ceux à qui il était dû, voulaient être payés en monnaie forte. Cela occasiona même une grande sédition à Paris.

Le roi affaiblit encore la monnaie en i3io. Il rétablit ensuite la monnaie forte en i3i3, et il ne ne la laissa subsister que jusqu'au mois d'août i3i4- On peut juger combien ces variations causaient de dommages; puisqu'en i3o3, le clergé offrit au roi les deux vingtièmes du revenu de tous les bénéfices, s'il voulait s'engager pour lui et pour ses successeurs à ne plus affaiblir les monnaies , à moins d'une nécessité indispensable , dont les seigneurs et les prélats du royaume seraient juges. Cette proposition ne fut pas acceptée. Tviauvaîs effets Lorsqu'cu 1 3o 1 ct i3o5, la livre, réduite au

de ces variations.

tiers de sa valeur, était cependant encore comptée pour une livre, les seigneurs ne tiraient plus qu'un tiers des droits qu'ils levaient eu argent sur leurs sujets, et par cela seul ils se trouvaient rui-

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nés. Mais \e peuple , qui payait les detix tiers moins, se ruinait aussi, (iar chacun était payé à son tour dans les mêmes espèces; et, par la circulation de l'argent, il se trouvait enfin que tout le monde avait perdu. Il fallait encore que le roi perdît aussi comme les autres ; car les revenus en argent qu'il tirait de ses domaines ou des impositions , diminuaient nécessairement des deux tiers , puisqu'on ne pouvait le payeF qu'avec les monnaies auxquelles il avait donné cours. Enfin le grand gain qu'il y avait à contrefaire ces monnaies affaiblies , produisit au dedans et au dehors du royaume quantité de faux-monnoyeurs , qui remplissaient la France de mauvaises espèces , et en enlevaient toutes les bonnes. Philippe, voulant au moins empêcher des fraudes dont il ne retirait pas le profit , engagea Clément V à publier contre les faux-monnoyeurs une bulle d'excommunication. Mais pouvait- il se flatter qu'on respecterait des censures qu'il méprisait lui-même ? 11 continua donc d'y avoir des faux-monnoyeurs, et tout concourut à la ruine du royaume.

Le titre et le poids des espèces est une chose arbitraire. Pourvu qu'on n'y fasse pas de changement , elles se mettent d'elles-mêmes en proportion avec les denrées, et on fait le commerce avec une monnaie faible comme avec une monnaie forte. Au contraire, lorsque la valeur des espèces hausse et baisse tour à tour, cette proportion ne

peut plus s'établir. Dans la crainte d'être trompé, chacun veut vendre cher, chacun veut acheter bon marché : le commerce ne se fait plus, et cette cessation achève la ruine de tout le monde. Voilà ce qui arriva sous Philippe le Bel. Par conséquent, si ce prince fit du mal en répandant une monnaie faible, il en fit encore lorsqu'il répandit une monnaie forte.

Lorsque j'.ai recueilli d'urj champ que je cultive les denrées nécessaires à ma consommation , le surplus des productions m'est inutile, si, je ne puis pas l'échanger contre les denrées qui me manquent. Je ne me croirai donc pas plus riche pour avoir ce surplus ; je ne travaillerai donc pas à me le procurer ; je laisserai donc en friche une partie de mon champ. En effet que m'importe d'avoir dans mes greniers une quantité de blé que je ne pourrai ni consommer ni échanger? Mais lorsqu'après avoir prélevé le blé nécessaire à ma consommation, je puis, en échangeant ce qui me reste, acquérir d'autres denrées et des commodités de toutes espèces , c'est alors seulement que ce surplus devient une richesse pour moi ; c'est alors qu'il m'est avantageux de recueillir la plus grande quantité de blé, et de donner tous mes soins à la culture de mon champ. Le pouvoir d'échanger rend donc richesse ce qui , sans ce pouvoir, ne serait qu'un superflu inutile. Voilà comment le commerce nous enrichit : il

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ne produit pas les ricliessos, mais il rend ricliesse ce qui sans lui serait inutile, et par conséquent (le nulle valeur.

Si on fait des chemins, si on construit des ponts, si on creuse des canaux, si on rend les rivières navigables, c'est afin que le transport des marchandises soit plus facile et moins dispendieux ; c'est afin qu'une quantité de denrées qui serait inutile dans le lieu qui l'a produite devienne par l'échange une richesse, en passant dans le lieu qui ne la produit pas. Le commerce ne nous enrichit donc qu'à proportion que les échanges se font avec plus de facilité ; et si l'on ôte tous les moyens d'échanger, il ne peut plus y avoir de richesse.

Or l'argent monnoyé est un moyen de plus pour faciliter les échanges, et pour rendre richesse ce qui ne serait qu'un superflu inutile. Mais ce n'est un moyen qu'autant que les espèces ont un prix fixe. Si ce prix variait arbitrairement, cette variation détruirait la confiance ; car je ne vous donnerai pas ma marchandise pour un écu qui demain vaudra moins qu'aujourd'hui ; et vous ne me donnerez pas votre écu, si vous croyez qu'il vaudra davantage. Voilà donc le commerce arrêté. Dès lors ce qui était auparavant une richesse deviendra un superflu inutile. On ne songera donc plus à se procurer ce superflu. I^e fabricant démontera une partie de ses métiers; le laboureui:

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laissera une partie de ses champs en friche ; la misère se répandra donc dans les campagnes et dans les villes. Les journaliers seront forcés à mendier, parce que les cultivateurs ne les emploieront plus : les artisans abandonneront une patrie où, faute de travail, ils ne pourront plus gagner leur pain ; des familles entières périront, parce qu'elles ne pourront ni trouver dans le pays , ni chercher ailleurs de quoi subsister. En un mot, la nation s'appauvrira et se dépeuplera de jour en jour. Comment donc le souverain pourrait-il ne pas s'appauvrir lui-même? Telle est l'influence d'une administration qui gène le commerce.

Défense qui Ccpcndant on se serait mis à l'abri des pertes que causait la variation des monnaies , si on eût compté par marcs et sans égard pour la valeur chimérique des espèces courantes. Mais ce moyen n'était pas praticable dans le commerce continuel des petites denrées; et lorsqu'on le tenta dans les contrats de vente et d'emprunt, PhiUppe , comme s'il eût juré la ruine de son peuple, ordonna de compter, suivant l'ancienne coutume, par livres, sous et deniers.

Si ce prince trouvait une ressource dans l'affaiblissement des monnaies, elle n'était que passagère, puisqu'il partageait bientôt les pertes. L'a ruine des seigneurs était l'avantage le plus réel qu'il retirait de cette misérable politique : cejMiii-

les ellelsde ces lialiuiis.

(laut Citait un moyen bien éirangc quv t\v ruiner la France même pour ruiner les seigneurs franrats.

Les désordres étaient au comble : on murmu- * iviewpi*

At Philippe li>

rait ; mais le roi ne craignait pas un soulèvement rol',LVii,*nî"!é* général, parce que les grands vassaux suivaient son exemple, et faisaient les mêmes fraudes dans leurs terres. Les seigneurs les plus puissans paraissaient avoir formé une ligue pour opprimer le reste de la nation.

Philippe se conduisit pourtant avec adresse, KAr^s^rAt^^

* * ' prinre pfliiriciir

pendant que les autres ne daignaient seulement de'Vaurl'mon! pas pallier leur brigandage ; il publia que l'affaiblissement des monnaies était une suite des circonstances où il se trouvait. Il supplia ses sujets de recevoir avec confiance les mauvaises espèces auxquelles il donnait cours ; il promit de les retirer en dédommageant ceux qui les rapporteraient, et engagea à cette fin ses domaines prcsens et à venir, et tous ses revenus.

11 parut tenir à sa parole , lorsqu en 1 3o6 il fit fabriquer des espèces à deux livres quinze sous six deniers le marc. Le peuple, qui , à la première lueur, croit voir la fin de ses mau^f, fut assez dupe pour applaudir à la générosité du roi. Cependant Philippe prouva , par sa conduite , qu'il avait d'autres vues que de soulager la misère publique. En effet , k peine se vit - il assuré de la confiance de la nation, que, sous prétexte d'empêcher les fraudes qu'il avait faites lui-même , et

qu'il devait faire encore , il entreprit d'enlever à tous les seigneurs le droit de battre monnaie. Bientôt ses officiers firent dans chaque seigneurie l'essai des espèces qui s'y fabriquaient, pour reconnaître si elles étaient du poids et du titre dont elles devaient être. Il défendit ensuite aux prélats et aux barons d'en frapper jusqu'à nouvel ordre. Il ordonna à tous leurs officiers monétaires de se rendre dans ses monnaies, sous prétexte qu'il avait beaucoup d'espèces à faire fabriquer. Il enjoignit au duc de Bourgogne de se conformer aux ordonnances qu'il avait faites au sujet des monnaies; et des commissaires, qu'il envoya dans le duché d'Aquitaine, s'y comportèrent à cet égard avec toute l'autorité/ qu'il s'arrogeait. Ainsi, par la manière dont il traitait d'aussi grands vassaux, on peut juger combien il ménagait peu les autres.

Les seigneurs se soumirent, parce qu'ils craignaient que leur résistance ne les exposât au soulèvement de leurs sujets. En effet le peuple s'imaginait que Philippe songeait sincèrement à remédier aux abus, tandis qu'il voulait jouir "seul du droit de les commettre. Le droit que ce prince acquit par-là sur les monnaies seigneuriales le rendit maître de la fortune des seigneurs. Il pouvait les appauvrir, s'il changeait encore le prix de Fargent, et il le changea.

$es succès- L'cxcmplc dc Philippe le Bel aurait dû faire

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comprendre à ses successeurs (lu'il n'y a rien de »*o"...rroniH.

I 1 «/ fe droit |H»iir

plus ruineux pour un état que la variation des ^««'(«1*1'.* monnaies. Ils ne le comprendront pas cependant. Ils regarderont, au contraire, comme une grande ressource de pouvoir s'approprier une partie de l'argent de leurs sujets. Mais avec cette conduite ils tiendront la France dans un état de faiblesse d'où elle aura bien de la peine à sortir. Philippe parait avoir enfin reconnu lui-même les conséquences de cet abus; car, peu avant sa mort, il fit des règlemens pour y remédier , et il recom manda fort#i son fils le rétablissement de la monnaie.

Pendant que Philippe le Bel établissait sa puis- rhiiipp«.ieBei

M- i i- i- fumentf les di-

sance sur la ruine des vassaux , il songeait à oi-dw.*^" *""* profiter des divisions qui étaient entre les trois ordres, ou même à les fomenter, afin de les assujettir les uns par les autres.

A force de tyrannie, les seigneurs s'étaient rendus odieux au tiers-état, qui était déjà dans l'usage de se mettre sous la protection du roi ; et le clergé, dont les biens excitaient Ten vie du peuple, haïssait les seigneurs laïques, et n'en était pas moins haï. .

Aucun des trois ordres ne connaissait ses vrais . siio««io«efnintérêts. Le clergé seul formait un corps , parce ''"^*' qu'ils s'assembbit quelquefois. Il pouvait donc mieux concerter ses démarches ; mais il se trouvait entre deux puissances qui paraissaient se dis-

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puter ses dépouilles. Tantôt il se mettait sous la protection des papes , pour ne pas contribuer aux charges de l'état; et d'autres fois il avait recours à celle des rois , pour se soustraire aux exactions de la cour de Rome.

Entre ces deux écueils également dangei^iix , il ne savait comment diriger sa manœuvre; de sorte qu'il échoua contre tous deux à la fois, après avoir heurté tour à tour contre l'un €t contre l'autre ; en un mot , il fut en même temps la proie des rois et celle des papes ; car vous avez vu que Clément V accorda les décimes à Philippe le Bel , et que Philippe souffrit toutes les extorsions de Clément. Dans de pareilles occasions , où il était si difficile de prendre un bon parti , le clergé se divisait et s'affaiblissait encore luimême.

sîiuaiion des Lcs scigucurs étaient dans la plus grand€ igno-

seigneurs et du T • ^ Tl

tiers-etai. raucc ; ils ne formaient pas un corps. Il ne pouvait plus y avoir de concert parmi eux depuis qu'ils avaient cessé de venir au parlement. En un mot, aucun intérêt commun n'était capable de • les réunir , car chacun , depuis long - temps , ne connaissait que le sien propre. Quant au tiersétat , il ne se soutenait que par la protection du roi.

Philippe le Bel Philipoc lugea qu'il n'en serait pas de ces trois

projette d'as- 1 1 J O J. l

o£spl»rTZ ordres , s'il les rassemblait , comme de la- diète

dre sa protection ii i ii i i 1> i I il *

h tous, sans lac- <i Allemagne ou du parlement d Ansjieterre. Il vit

corder à aucun. o i o

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(|u*ils ne se rapprocheraient que [)oijr se plaindre los uns des autres; quiis s'aigriraient de plus en plus; qu'ils se ^>ousseraient à Tenvi iious le joug; qu'en jouant lui-même le personnage de média- Uiir, il serait^ùr de plaire à deux, lorsqu'il eu humilierait un; que par conséquent il pourrait les humilier tour à tour, et qu'en offrant à tous sa protection , sans jamais l'accorder à aucun , il les mettrait dans la nécessité d'avoir pour lui des complaisances , c'est - à - dire de lui accorder des subsides.

Ce prince assembla donc les états-généraux du réuT"'" '*" royaume, et tout lui réussit comme il l'avait prévu. La nation entière concourut , sans le savoir, à tous ses desseins. 11 obtint des dons gratuits ; il fut en état d'avoir toujours sur pied unie armée considérable, et il éleva l'autorité royale à un degré de puissance qui ne pouvait manquer d'achever la ruine du gouvernement féodal. 11 est évident que les barons allaient perdre le droit de guerre , le seul qui leur fût resté jusqu'alors; mais vous verrez ailleurs ces choses exposées dans un plus grand détail '.

On ne peut pas nier qu'il n'y ait beaucoup d'à- l» HJiiq«, dresse dans la conduite de Philippe le Bel: mais, i»i"»'«^' •»»* Monseigneur, saint Louis, dans les mêmes circonstances , eut fait de plus grandes choses , et il eut

* Observaliofu $ur l'Histoire de France.

crsseurs.

Go HISTOIRE

été juste : c'est cependant la politique de Philippe qu'on suivra dans la suite. Vous verrez la puissance royale s'accroître, parce que les différens ordres se détruiront mutuellement. Vous remarquerez qu'on aura pour maxime : dmsez et vous commanderez. Cependant vous verrez combien le souverain est faible, lorsqu'il n'est puissant qu'en divisant son peuple , et l'événement vous fera voir si c'est ainsi qu'on doit régner. iwnnionfa.ie Philippc Ic Bcl , par son mariage avec Jeanne

a la couronne. ^ ^-^ , . , , , ,

de ]}^avarre, réunit a la couronne le royaume de

Navarre et les comtés de Champagne et de Brie.

Cours souve- Ilrcudit sédcutaircs à Paris le parlement, à Troyes

raines rcTidufs , ^ ni'*

sédeniaires. jes graiids jours, et a Rouen 1 échiquier; trois cours souveraines* auxquelles ressortissaient les juridictions subalternes.

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