CHAPITRE V
Des principaux états de l'Europe depuis la mort de Philippe IV, dit le Bel, jusqu'à celle de Charles IV, dit \t Bel.
Mécontente- A la mort dc Philippe le Bel y tous les ordres
menl général, \ \t f a
mais sans cffei. dc 1 ctat , ct mcmc toutcs les provinces, portaient avec impatience un joug qui s'était appesanti sur toute la nation. Le mécontentement était général ; mais chacun se plaignait séparément , suivant ses
é\f sjn* effet.
MODERNK. 6l
intérêts particuliers; et il ne pouvait y avoir d'accord entre le clergé , les seigneurs et le peuple , puisque, toujours divisés, ils n'avaient jamais cessé <le .^e nuire : voilà ce qui maintint Tautorité royale. Il faut convenir qu'un souverain qili se lend odieux a besoin de diviser les ordres de l'état.
Les règnes faibles et courts des trois fils de Poorqooîiia Philippe le Bel qui montèrent successivement sur le trône , étaient im temps bien favorable -à une révolution. Si les trois ordres avaient su se réunir, il leur aurait été facile de mettre des bornes à la puissance du monarque et de recouver une partie de leurs droits ; mais, comme ils agissaient chacun séparément , ils menaçaient plutôt de se soulever qu'ils ne se soulevaient ; et parce que dans cette position ils sentaient leur faiblesse, chacun d'eux saisissait l'occasion de traiter avec le roi , et ils se soumettaient tour à tour, souvent sur des promesses vagues, dont rien n'assurait l'exécution. Si les seigneurs , par exemple , demandent que les baillis soient destitués, lorsqu'ils auront entrepris quelque chose contre les coutumes établies, le roi l'accorde ; mais c'est en insérant pour clause que les coupables ne perdront pas leur emploi , s'ils ont agi de bonne foi , ou s'il veut leur faire grâce ; il n'accordait donc rien. D'ailleurs , il était bien difficile de déterminer ce que c'était que les cou-
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tûmes établies , chez un peuple où il n'y avait jamais eu rien de fixe, et où un s€ul exemple tenait souvent lieu de coutume et de loi. Les seigneurs obtiiïrent encore comme une faveur, que le rdï enverrait tous les trois ans des commissaires dans les provinces, pour réformer les abus commis par les baillis : ils ne prévoyaient pas que les réformateurs, étant officiers du roi , s'occuperaient uniquement des moyens d'accroître l'autorité royale. Ainsi toutes leurs précautions tournaient contre eux - mêmes, tant ils étaient ignorans des droits qu'ils avaient eus , de ceux qu'ils conservaient encore et de ceux qu'ils étaient menacés de perdre. Leur aveuglement fut le bonheur de la France ; car avec plus de lumières ils auraient pu ramener tous les désordres du gouvernement féodal.
Division q,,i Une autre cause contribuait à mettre tes sei-
tend à la ruine
des vassaux, gnçux's assujcttis dans l'impuissance de se relever. Les états-généraux, établis par Philippe le Bel , avaient proprement partagé le royaume en deux parties : parce que les ducs de Bourgogne , d'Aquitaine , de Bretagne et le comte de Flandre , ayant négligé de se rendi^e à des assemblées où ils n'étaient appelés que pour contribuer, s'accoutumèrent à se regarder comme étrangers à la France , et la France les regarda bientôt comme ennemis. Ils auraient dû prévoir que la ruine des barons entraînerait tôt ou tard la leur; il était
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donc de leur intérêt de les protéger, et par conséquent de se rendre aux états. En tenant une conduite différente, ils s'exemptèrent'^ la vérité de porter les charges ; mais ils aigrirent contre eux les barons qu'ils abandonnaient. Ils croyaient sans doute avoir gagné beaucoup, parce qu'ils n'avaient pas été assujettis comme les autres , et que le roi ne conservait sur eux que les droits de suzerain : cependant ce suzerain devenait bien Fedoutal>le , puisqu'il était monarque dans tout le reste du royaume, et qu'il n'y trouvait qu'une faible résistance à ses ordres. Tel a été l'état de la France sous les fils Philippe le Bel.
Louis X, dit Hutin, ayant succédé à son père, «3./,. apaisa les mécontens , en faisant des promesses aux grands qui revenaient à lui , et en sacrifiant à la haine publique Enguerrand de Marigny, qui avait été ministre de son père , et qui fut pendu pour des crimes qu'il n'avait pas commis. Ce prince ensuite surchargea le peuple d'impôts, vendit les offices de judicature, leva des décimes sur le clergé, et força les serfs de ses terres à racheter leur liberté : ce sont les moyens qu'il imagina pour fournir aux frais de la guerre qu'il voulait faire au comte de Flandre. Il fit en effet cette guerre, mais sans succès; il mourut la seconde année de son règne. Un édit, par lequel il déclara que le droit de battre monnaie n'appartenait qu'à lui, fait voir combien Philippe le Bel
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avait enhardi ses successeurs à dépouiller les barons.
A l'exemple Lcs sci^ncurs , avides de saisir toutes les occa-
de Louis X, les ^ t > 15
deniTaîLrte"à sious de fairc de l'argent , vendirent a 1 exemple de Louis Hutin, la liberté à leurs serfs. Les serfs différaient des esclaves , en ce qu'ils avaient ou pouvaient avoir des terres ou d'autres biens en propre ; mais ils étaient attachés à la glèbe , comme on s'exprimait alors, c'est-à-dire qu'ils ne pouvaient point sortir du domaine de leur seigneur, qui exerçait sur eux une puissance arbitraire. Vous jugerez par-là qu'en général leur sujétion était dure, et que cependant elle n'était pas la même par-tout.
c'étaît une Lcs sciffucurs , en affranchissant les serfs de leurs
fausse Je'marclie ^
de leur part, ^errcs , fircut par avarice une fausse démarche; car ces hommes, qu'ils avaient vexés jusqu'alors, devaient devenir leurs ennemis en devenant libres, et chercher par conséquent dans la puissance du roi une protection contre eux.
DiificuUe's qui A la mort de Louis, Philippe le Lonff, son frère
avaient empê- ^ -"^ "
tnJcJsZ'l ^t son héritier, était à Lyon , où il avait eu bien de la peine à rassembler les cardinaux, et où il n'en avait pas moins à les accorder sur le choix d'un pape. Depuis deux ans et trois mois que Clément était mort , on ne lui avait pas encore donné un successeur. Les cardinaux s'étaient d'abord assemblés à Carpentras, sans pouvoir s'accorder, parce que les Gascons et les Italiens voulaient chacun
mc)I)i:r«i:. 65
un pape (If leur nalion; niais le peu[)lc, las de la longueur (lu conclave, imagina , pour le faire finir, (le mettre le feu au lieu où il se tenait, et les cardinaux se dispers(îrent. Sans les précautions que prirent Philippe le Bel et Louis Hutin, il y aurait eu sans doute un schisme. Enfin Philippe le Long mit les cardinaux dans la nécessité de terminer; car il les enferma dans le couvent des frères prêcheurs de Lyon , et il donna ordre de ne les point laisser sortir qu'ils n'eussent élu un pape.
Il eut lui-même d'autres contestations au sujet un* aï»*nibife
'' déclare que la
de la couronne , à laquelle Jeanne , fille de Louis, îv";,Tne J^x
, I . . I . I , passer aux fil Ici,
prétendait avou' droit; car je ne parie pas de Jean F^, dont la reine douairière accoucha, et qui ne vécut que huit jours. Les prétentioi^ de Jeanne ayant été examinées dans une assemblée, il fut décidé que la loi salique exclut les femmes du trône. On n'avait pas eu occasion depuis Hugues Capet d'agiter de pareilles questions, parce que la couronne avait toujours passé en ligne directe de père en fils.
L'édit, par lequel Louis Hutin s'était attribué i.e. «a»sa,., à lui seul le droit de battre monnaie trouva tant ^ J»»'"*'""'' de résistance, que ce prince avait été obligé de se borner à prescrire aux barons le poids , le titre et la marque des espèces qu'ils fabriqueraient ; mais, bien loin d'observer ses^èglemens, ils avaient affaibli les monnaies; ils avaient même contrefait celles du roi, et la fortune des particuliers était à
HISTOIRF
la discrétion de ces tyrans aveugles , qui ruinaient leurs sujets sans songer qu'ils se ruinaient euxmêmes par contre-coup.
Philippe V Philippe le Lone^, voulant arrêter ce désordre,
s'attriLue fins- FF O^
mounaieV ''"" cu voj a dcs commissaircs dans toutes les provinces, pour examiner la conduite des seigneurs, et pour les forcer à se conformer aux règlemens. Le roi d'Angleterre ne fut pas exempt de cette recherche; car on saisit à Bordeaux et dans toute la Guienne ses coins et les espèces qu'il faisait fabriquer. Il achète les Un priucc qui Commandait ainsi n'était pas
monnaies de T 1 I
quelques-uns. j^-^^ j^-^^ d'cnlcvcr aux barons le droit de battre monnaie ; mais, pour y trouver moins d'obstacles, il crut devoir traiter avec les pluspuissans. Il acheta donc de Charles, son oncle, comte de Valois, les les monnaies de Chartres et d'Anjou ; et de Louis de Clermont, seigneur de Bourbon , celles de Clermont et du Bourbonnais. Il projetait d'établir dans toute la France un seul poids, une seule mesure, une seule monnaie : projets qui s'évanouirent avec lui. Sa mort précipitée ne lui permit pas d'en essayer l'exécution.
Ses précau. Philippe avait pris des mesures qui le mettaient
tions poar ac- 111 a
. ro.tre son au- ^^ ^^^^ ^^ ^^^^^ ^^^^ j^ ^^^^^ TcmpU Ic Toyaumc de ses sauve-gardes ; il s'était attaché des familles roturières, qu'il avait ennoblies par de simples lettres. Les bourgeois ne pouvaient plus armer que pour lui, parce qu'il leur avait fait déposer leurs armes dans des arsenaux, et elles ne devaient
luriie
MODRRNK. f)7
leur être rendues que pour marcher sons les ordres des capitaines qu'il avait mis dans les villes principales; enfin il avait placé dans chaque bailliage lui capitaine général qui , étant à la tête des milices^ tenait les seigneurs dans la soumission. Ce dernier établissement avait encore l'avantage de diminuer la puissance des baillis qui pouvaient s'être rendus suspects, parce que jusqu'alors ils avaient réuni la justice, les finances et la guerre.
Sous le rèene de Charles IV, dit le Bel, qui suc- piu,ieor„ei. céda à Philippe IV, son frère , plusieurs seigneurs '""h,"^"",*;" vendirent le droit qu'ils avaient de battre mon- ?»àut^^d7 ^^â
pire.
naie, jugeant que le roi était assez puissant pour '^" le leur enlever tôt ou tard : ainsi leur avarice hâta une révolution qui paraissait avantageuse. Je dis, qui paraissait; car il eût fallu que les rois n'eussent pas commis eux-mêmes lesabusqu'ilsreprochaient aux barons. Or Charles le Bel affaiblit les monnaies, pour fournir aux frais de la guerre de Guienne contre le roi d'Angleterre.
Cet expédient si ruineux sera encore une ressource pour ses successeurs ; et vous êtes étonné ^ans doute de l'aveuglement de tous ces rois. C'est l'effet de leur ignorance, Monseigneur: c'est qu'incapables de connaître par eux-mêmes leurs vrais intérêts, ils se livrent à des ministres qui, partageant les dépouilles des sujets, ne se mettent pas en peine des pertes que fera bientôt leur maître. C'est assez pour leur justification.
qu'ils ne fassent que les fautes qu'on a faites avant eux; car, lorsqu'il s'agit d'administration publique, il semble que l'exemple suffise pour autoriser les abus.
à,ariesiYam. Eu iSsS, Charlcs Ic Bel porta ses vues sur
Intionne I em- -' i
^""'' l'empire; mais ses petites intrigues furent sans
succès ; elles me fournissent seulement une transition pour passer aux affaires d'Allemagne et d'Italie.
Troubles à Après un interrègne d'environ ciuatorze mois,
roccasioiîdei e- 1 O 1 ■
ènïreuï.Louis Ics élccteurs partagcs donnèrent, en i3i4, deux
de Bavière et ^ , . -, , . ,
1 réfitric d'Au- successcurs à Henri VII , Louis , duc de Bavière ,
I riche. -^ ' '
et Frédéric, duc d'Autriche. La guerre que se firent ces deux concurrens agita non-seulement toute l'Allemagne, elle alluma encore les factions en Italie ; les gibelins et le roi de Sicile s'étant déclarés pour Louis , tandis que les guelfes et le roi de Naples prenaient le parti de Frédéric. ^ Jean XXII, successeur de Clément V, voyait ces troubles d'Avignon , où il tenait sa cour. Il ne se déclarait encore ouvertement pour aucun des deux empereurs ; mais il penchait pour Frédéric, dont il était plus ménagé, et dont les guelfes avaient épousé les intérêts. Cette guerre (jura huit ans , et fut terminée par la défaite de Frédéric, qui fut fait prisonnier.
Jeanxxhfui, Alors Ic papc déclara l'empire vacant, somma Torre^^'^'s" Louis de se soumettre au saint-siée^e , défendit de
que les diètes ^
défendent. recouuaitr^ ce prince pour roi des Romains, et
IVTODKRNr. 6f)
raisonna comnie ses prédécesseurs en |>areil cas; mais inie diète, tenue à Nureinbere;, n'eut pas de i>eine à réfuter des raisonneraens qui devenaient bien faibles depuis que les lumières commençaient à se répandre. Les Allemands suivirent Texemple que les Français leur avaient donné; ils appelèrent au futur concile général.
Le pape publia des bulles, fulmina des excommunications; et une nouvelle diète l'accusa de troubler l'empire, d'attenter sur les droits des princes, de piller les églises, et d'enseigner une doctrine hérétique.
Les armes spirituelles n'étant pai» suffisantes, jMni.ve„„» Jean leva des troupes avec des mduleences pie- '"duigi-nr^s «t
'■ Cl dcscxaclions.
nières. Elles marchèrent contre les gibelins ; elles furent défaites , et la guerre ne pouvait plus se continuer sans argent. Le clergé de France en fournit; car le pape, ayant accordé les décimes au roi, obtint la permission de lever une taxe sur les églises; elle fut si exorbitante, qu'elle em- |)orta presque le revenu d'une année de tous les bénéfices. Ce fut dans cette conjoncture que Charles, à la sollicitation du pape, négocia inutilement pour se faire élire roi des Romains.
Cependant le parti des gibelins prévalait en i... *»..«,« Italie : les Romains avaient chassé de leur ville 1^;™,,'.''"'* •'* les partisans du pape, et Louis V, profitant des circonstances, avait passé les Alpes. Ayant été .3.7. couronné à Milan roi d'Italie, il vint à Rome, où *
pajx?
70 HlSTOlllJi
il fat reçu au milieu des acclamations du peuple, et couronné empereur.
Ui Romains H v avait déjà quelque temps que les Romains
lui (lemandent *^ J J. X 11
dviirunTuïë avaient invité Jean à venir faire sa résidence à Rome, et l'avaient menacé, sur son refus , d'élire un autre pape. Ils demandèrent donc à l'empereur qu'il leur fût permis de procéder à cette élection , et ce prince y consentit sans peine , irrité d'ailleurs contre Jean , qui ne cessait de publier des bulles où il le traitait d'hérétique et d'excommunié.
V, Il fit une loi par laquelle le pape qui serait élu ne pourrait résider ailleurs qu'à Rome, et serait déchu du pontificat s'il s'éloignait plus de trois journées, et s'il demeurait plus de trois mois absent. Ce fut sans doute une condescendance qu'il voulut avoir pour le peuple romain ; car un empereur n'avait point intérêt que les papes résidassent à Rome, et il eût été avantageux pour toute la chrétienté qu'ils n'eussent jamais remis le pied en Italie. Il déposa ensuite dans une rassemblée Jacques de Cahors : c'est ainsi qu'il nommait Jean XXII; il le condamna même à mort, comme convaincu d'hérésie et de crime de lèse-majesté ; enfin il fit élire Pierre Rainalluci de Corbario, de l'ordre des frères mineurs. Cet antipape prit le nom de Nicolas V.
Je vais vous arrêter un moment sur les hérésies qu'on attribuait à Jean XXII ; car elles vous.
MODI-HNF. -I
feront connaître la frivolité des (|Htstiuiis <lonl on soccnpait alors; mais il faut reprendre les choses de plus haut.
En iai5, le concile de Latran défendit de fon- in'on»éni.n, der de nouveaux ordres religieux; et, dès le qua- rrirrrengie*!'.* trième siècle, les abus qui pouvaient naître de leur multitude étaient si connus, que saint Basile, quoique fondateur de monastères, pensait qu'on ne devait pas souffrir dans un même lieu deux communautés différentes, ni même deux maisons d'une même congrégation. En effet tous les ordres sont autant de petites républiques, qui, ayant des intérêts différens, sèment leurs divisions dans l'Église et dans l'état; et qui, méconnaissant tout« autorité, lorsque leurs prétentions sont menacées, se soulèvent aisément contre les princes , contre les évéques et contre les papes mêmes. Il ne fallait que réfléchir légèrement sur le cœur humain , pour prévoir que ces inconvéniens devaient naître de pareilles institutions , et l'histoire ne prouve que trop qu'on aurait bien prévu. J'y renvoie, et au discours de l'abbé Fleuri sur les ordres religieux.
Malgré la défense du concile de Latran , les ln,li^fi..n communautés religieuses se multiplièrent plus ^''" que jamais. Bientôt on vit paraître les frères mendians, nommés frères prêcheurs et frères mineurs; les premiers fondés par saint Dominique, «'t les seconds par saint François.
fifs ordres infi
y 2 HISTOIRE
Sans préjudice de la sainteté de ces deux fondateurs , on peut se défier de leurs lumières, dit Tabbé Fleuri. Ils crurent que leur règle était l'évangile même , parce qu'ils prirent à la lettre ces paroles : ne possédez ni or ni argent; et ils conclurent qu'il fallait être pauvre et mendier. Leurs disciples mêmes s'imaginèrent atteindre à une plus haute perfection , en renonçant au travail que ces saints leur avaient recommandé. Ils voulurent ne vivre que d'aumônes , et ils regardèrent la mendicité comme l'état le plus saint. Ainsi s'établirent des ordres qui devinrent à charge aux peuples déjà trop foulés.
Subtilités des On subtilisa sur cette pauvreté , jusque-là que
îres mineurs ^ *■
riL?-°"e"ge"' Ta ^^^ fi^èrcs miucurs pensèrent qu'ils n'avaient pas q»'iu la propriété de leur pain, lorsqu'ils le mangeaient ou même lorsqu'ils l'avaient mangé. Ils jugèrent que la vie évangélique , que Jésus - Christ et les apôtres avaient suivie , consistait dans cette désappropriation entière ; en conséquence , ils donnèrent généreusement au saint-siége la propriété de toutes les choses qu'ils consommaient par l'usage, sans songer que si les papes acceptaient ce don, ils s'écarteraient eux-mêmes de la vie évangélique. Ils l'acceptèrent cependant , et plusieurs donnèrent des bulles , par lesquelles ils décidèrent que les frères mineurs n'avaient pas la propriété des choses qu'ils consommaient.
Jean xxii ne On cu était là lorsquc Jean XXII fut élevé au
frère
^alnl-slege propriété des choses consomment.
pontifiait. Ce pape , ne trouvant aucun profit y^^^^^ ^^""iJ* pour lui dans cette propriété , jugea avec raison ;i[,îi'îf,i"ae'cr.* qu'il était ridicule, en pareil cas, de distinguer la proptiété de l'usage; que si ces frères voulaient réellement renoncer à toute propriété, ils seraient obligés d'aller nus, de n'avoir ni feu ni lieu , de mourir de faim ; et que leur intention n'étant pas que le saint-siége profitât des choses dont ils usaient eux - mêmes, leur pauvreté absolue n'était qu'une illusion ; en conséquence il donna deux décrétales, dans lesquelles il condamna les opinions de ces moines : il décida que ni Jésus-Christ , ni les apôtres n'avaient jamais songé à cette pauvreté chimérique , et que c'était une hérésie de soutenir que Jésus-Christ n'avait pas eu de propriété sur les choses dont il avait eu l'usage; mais les frères mineurs, s'obstinant dans leurs subtilités, soutinrent que ce qu'ils consommaient ne leur appartenait pas ; que c'était la vraie doctrine de l'évangile , et que le pape qui la condamnait était un hérétique.
Ces moines, qui ne voulaient point du pain l, forme dnn
. capur.bon d*-
qu'ils mangeaient, avaient formé un grand schisme >*"?'!»«!" ^" sur les habits qu'ils usaient, comme s'ils avaient ** "" »'^'"*"'' été à eux. Les uns qui , comme plus rigides , se faisaient appeler les frères spirituels , portaient un petit capuchon pointu , une robe étroite et coiirte et d'une très-grosse étoffe; tandis qlie les autres , qu'on nommait frères de communauté ,
rjl^ HISTOIRE
portaient scandaleusement un grand capuchon , une robe large, longue et d'une étoffe moins grossière. Nicolas IV et Clément V tentèrent inutilement de réunir ces moines divisés sur la grande question de la forme, du volume et delà qualité de leur vêtement. Ils ne firent que les aigrir de plus en plus , et les frères spitituels se séparèrent tout-à-fait des autres.
Jean xxH Cc sctiismc cût ccssé bien vite , si l'on eût
donne une bulle
choIiTpcmS' voulu ne pas s'apercevoir comment tous ces moines étaient habillés; car l'attention du public donne de l'importance aux choses les plus frivoles. Je suis étonné que la cour de Rome , avec toute sa politique, n'ait pas eu occasion de découvrir cette vérité triviale. Les papes ne savaientils pas qu'ils n'auraient jamais eu de cour, si on n'avait jamais donné à eux que l'attention qu'ils méritaient comme chefs de l'Eglise? Pourquoi donc Nicolas IV et Clément V traitent-iis sérieusement une question de cette nature? Pourquoi Jean XXII, à leur exemple, publie-t-il une bulle contre les frères spirituels? Pourquoi leur ordonne-t-il de quitter leur capuchon pointu et leur habit court ? Il arriva ce qui devait arriver, ces frères dirent que leur capuchon et leur habit étaient leur règle; que leur règle leur tenait lieu d'évangile; que, par conséquent, vouloir faire un changement à leur capuchon et à leur habit, c'était enseigner tme doctrine contraire à la foi.
MODERNi:. 75
vi ils prêchèrent qu'il ne fallait pas obéir au pape.
Alors Taffaire devint sérieuse : il eût été iiulé- onimi^re...
cent que la puissance des papes , si terrible pour v»* r'-""*" »
qui ne veniriil r^noncfr " capuchon*.
df» fr^re»
neurs contre Jean X\ll.
les couronnes, se fût émoussée contre des capuchons. L'inquisiteur eut donc ordre de poursuivre les rebelles , et cet inquisiteur était un frère de communauté. Quatre frères spirituels furent saisis : ils persistèrent dans leur désobéissance. Ces malheureux, qu'il fallait enfermer aux petitesmaisons , c'est-à-dire dans leur couvent , furent condamnés au feu , comme hérétiques , et exécutés à Marseille en i3i8.
Martyrs de leur robe , ils passèrent pour mar- Dérhaînmeni tyrs de la foi aux yeux de leurs confrères , qui se déchaînèrent sans retenue contre Jean XXII : ils publièrent qu'il n'était pas pape, qu'il était le précurseur de l'Antéchrist , l'Antéchrist même ; que l'église de Rome était la synagogue de Satan ; enfin ils annoncèrent hautement qu'ils étaient prêts à souffrir la mort pour la défense de ce qu'ils appelaient la vérité, et quelques-uns furent assez fous pour se présenter au martyre. C'est ainsi que les frères mineurs se soulevèrent contre le saint-siége , eux qui dans les commencemens en avaient été les plus zélés défenseurs , et avaient outenu et prêché partout les prétentions des papes. Si la bulle sur les habits n'en aliéna qu'une partie, les décrétales sur la propriété les révol-
^6 HfSTOIRK
tèrent presque tous. Ils se mirent en Allemagne sous la protection de Louis V, et ce sont eux ({ni donnèrent à ce prince la liste des erreurs de Jean XXII. Vous pouvez juger par-là ce que c'était (jue ces prétendues hérésies qu'on imputait à ce pontife. On lui foisait, par exemple, un crime d'avoir dit que Jésus -Christ a eu quelque cliosc en propre, et on l'accusait d'entre ennemi d(; la pauvreté évangcliquc; mais il n'est pas nécessaire d'entrer dans de plus grands détails k ce sujet.
Le schisme causé par l'élection d'im antipape dura ])eu; car, en i33o, Nicolas, saisi, couduil à Avignon et livré k Jean XXII , reconnut sa faïUe et se soumit. Quant k la suite des démêlés entre le sacerdoce et l'empire, nous en parlerons après avoir vu ce qui va se passer en France , on Charles le Bel était mort au commencement de i328.
CHAPITUE VI.
De l'élal dt; la J^'ranco sous les irgniîH <l(: IMiiIi|)|)«î <I(! Valois, de Jcîaii 11, de Cliarlott V; et de rAiiglelcrrr, sous celui d'Edouard III.
i>.'»uiJr* K,;. Toute riMuope esldivisée. Il n'y .i encore (Klois nulle part; il n'y a [)as même de puissance
r.h.rlr. UB«I, H»iii ronrttr-
MODKHNK. 77
capable de faire respecter aucune œuluuie. Le clergé, la noblesse, le peuple et le souverain, partout ennemis, cèdent tour à tour aux cira)nstances; et vous devez prévoir qu'il arrivera encore de grands désordes avant que les étals de THurope puissent prendre une meilleure forme de gouvernement.
CJiarles le IJel ayant laissé sa femme enceinte, ,.,,^^,;;.7'J;|' deux concurrens prétendirent à la régence du tlL\\ royaume. L*un était Edouard MI, fils et successeur d*Édouard , qui avait été déposé et fjui était mort Tannée précédente, i^j/j; il se fondait sur ''*• ce qu'étant fils crisabelle, fjlle de Philippe le Bel, il avait, comme plus proche parent, plus de droit que personne k la couronne de France. L'autre était Philippe de Valois , fils de (Iharles , comte de Valois , frère de Philippe le IJel, et (jui par a)nséquent était dans un degré plus éloigné, mais qui tirait son droit par les maies.
I>a régence fut donnée à Philippe ; et la reine pini.ppr d* ayant accouché d'une fille , il fut reconnu roi à """••' Texclusion d'Kdr)uard. i^a loi sali(|ue fut encore citée, comme elle lavait été après la mort de Louis Hutin.
Ce n'est pas qu'il y eut alors une loi écrite, par „vu '•"' ""2" laquelle les fdles fussent formellement exclues dr.t7,'u.c7f^ du trône, c'est qu'elles n'avaient jamais eu occasion iVy monter. Or, parce que parmi les Français lui exemple faisait loi, ils crurent (prime
chose n'était sans exemple que parce que la loi l'avait défendue.
Cette loi salique n'était donc qu'une coutume immémoriale, coutume que la force aurait pu changer si les circonstances l'avaient permis, et il ne fallait qu'un exemple : c'est ce que nous voyons être arrivé dans la succession aux fiefs ; car tantôt les filles y étaient appelées et tantôt elles en étaient exclues.
Avantages de Philippe Ic Louff ct Philippe de Valois ont été
celte loi, lors- \^ " ^ ^
"TÙs'ronlest'/e" ^sscz puissaus pour défendre les droits que la coutume leur donnait. Il en coûtera cher à leurs successeurs pour les conserver ; mais enfin la loi salique ne sera plus sujette à aucune contestation, et ce sera un bonheur pour la France. L'histoire des autres royaumes fait voir que les droits des filles à la couronne sont la source (\p bien des maux. LeMroubies Édouard était dans sa seizième année. Quoi-
fontinueiit en ^
da"ft''*îeT'^*"' ^^^ ^ parlement eut nommé les régens qui ded'EdTuard"m? vaient gouverner, Isabelle, sa mère, s'était saisie de toute l'autorité. Les passions de cette femme avaient été une des principales causes des troubles de l'Angleterre et des malheurs du dernier roi ; elles causèrent encore des désordres jusqu'en i33i, qu'Edouard, ouvrailt les yeux sur les crimes de sa mère, la fit enfermer dans le château de Rising. Il prit alors les rênes du gouvernement, et il gagna l'affection des peuples qu'Isabelle avait aliénés.
Edouard, dans les premières années d'un récrie c'"« p?»'-
~ V u qnoi ri» prinre
aussi troublé, ne pouvant faire valoir les préten- f/n'oôVr? ï",^*!
»•! /» • I T-» • 1 prrifnlion» >ur
I ions qu II formait sur la France , avait rendu '» ^'•""• hommage à Philippe pour la Guienne; et, dissiimilant ses desseins sans y renoncer, il avait fait alliance avec le duc de Brabant et avec plusieurs autres seigneurs. En attendant une conjoncture qu'il put saisir, il arma contre l'Ecosse pour se relever d'un traité honteux que sa mère avait fait.
Philippe le Long et Charles le Bel avaient piniipp* ê.
Valois rend
conservé le royaume de Navarre, ou du moins Nav.irreajr»n-
'J nr. bllr ()« Louis
nr, Gllr ()« Louis Hiilin.
l'avaient gouverné comme régens pendant la mi norité de Jeanne, fille de Louis Hutin. Philippe de Valois, dès la première année de son règije, rendit à cette princesse la couronne qui lui appartenait. Par-là le comte d'Évreux, qui l'avait épousée, devint roi de Navarre.
La même année il prit les armes pour le comte r.o«<rii qn-n (le Flandre contre les Flamands qui s'étaient sou- ••' n««dr«. levés. Il les soumit, et, après avoir représenté au comte que sa conduite pouvait avoir donné lieu à la révolte, il lui conseilla de mieux gouverner son peuple. Ces premières démarches annonçaient un prince juste, et prévenaient favorablement pour la suite de son règne.
Vous avei vu comment se sont établis les tri- Eotreprise a*.
ina(;islraU s \r% iutlirr» t rlrMa«liqM>.
ina(;islraU sur
bunaux ecclésiastiques, et comment, à l'ombre de l^;.,'"*'*"* "-
l'ignorance et de l'anarchie, le clergé, sous diffé-
rens prétextes, attirant à lui toutes les causes, usurpait continuellement sur les juges laïques. Cependant le différent entre Philippe le Bel et Boniface VIII avait commencé de faire ouvrir les yeux. Puisqu'on avait osé résister au pape , il n'était pas naturel que les magistrats abandonnassent la juridiction temporelle aux évéques. Déjà Philippe le Long avait donné une ordonnance par laquelle il excluait tous les prélats du parlement, disant qu'il se faisait conscience de les empêcher de vaquer au gouvernement de leur église. Il est vrai que, par une contradiction où les princes tombent quelquefois, il conserva dans son conseil ceux qui s'y trouvaient, et que plusieurs prirent encore séance au parlement ; mais les magistrats et les baillis, plus conséquens, continuaient de former des entreprises sur les justices ecclésiastiques. On ne parlait que des violences qu'ils commettaient , et de leur mépris pour les excommunications que les évéques fulminaient contre eux.
Assenbie'etie Philippe dc Valois , voulant faire cesser ce
magistrats et ^ * *
fermirrceTi- scaudalc , coiivoqua , dès la première année de son règne , les évéques et les officiers de justice pour entendre les plaintes qui se faisaient de part et d'autre, et terminer, s'il était possible, cette grande contestation. Pierre de Cugnières, chevalier et conseiller du roi, exposa dans soixante-six articles les abus que commettaient les tribunaux
MODERNE. 8l
ecclésiastiques, et débita sur les deux puissances des lieux communs qui ne prouvaient pas grand'chose. L'archevêque de Sens et Tévéqcie d'Autun répondirent pour le clergé , après avoir protesté qu'ils ne prétendaient pas soumettre les droits de rÉglise à aucun tribunal, et qu'ils parleraient seulement pour éclairer la conscience du roi. Ayant ainsi supposé ce qui était en question, ils parlèrent long-temps sur ce dont il ne s'agissait pas, et ils prouvèrent que les deux juridictions ne sont pas incompatibles, quoique le point qu'on agitait fut de savoir à quel titre ils prétendaient avoir une juridiction temporelle. Était-ce comme seigneurs ? Ils l'avaient de droit dans leurs terres. Était-ce comme évéques? Ils l'avaient de fait, puisqu'ils l'exerçaient dans leurs diocèses. Mais la nation leur avait-elle accordé cette puissance , ou l'avaient -ils usurpée? Était-ce un droit qu'il fallait respecter, ou un abus que le souverain devait réprimer? C'est ce que le clergé n'examinait pas : il prétendait que la justice temporelle lui appartenait de droit divin comme la juridiction spirituelle. Il le prouvait par des maximes et par des usages que les préjugés ne permettaient presque plus d'examiner ; et il le prouvait encore par des écrits, auxquels l'ignorance avait donné de la célébrité, et dont elle avait fait des livres classiques.
Tel est entre autres un ouvrage qui parut vers uncm de
Gr«ii
Si HISTOIRE
le milieu du douzième siècle, et qui avait pour titre : la Concorde des canons discordans , ou le Décret, Gr-^tien, religieux bénédictin, auteur de cet ouvrage, l'avait fait pour établir ou même pour étendre les prétentions de la cour de Rome et des ecclésiastiques. Il voulait prouver que le pape est au-dessus des canons, que les clercs ne sauraient être soumis au jugement des laïques, etc. Il s'appuyait sur les fausses décrétales, sur des citations infidèles, sur de rnauvais raisonnemens ; et il comptait sans doute encore sur l'ignorance de son siècle, ainsi que sur l'intérêt des ecclésiastiques qui passaient pour savans , et dont le suffrage pouvait par conséquent faire la fortune d'un livre. Il ne se trompait pas : son décret eut le plus grand succès ; il fut enseigné dans les écoles ; il fut commenté par des canonistes ; et les papes lui durent une partie de l'autorité qu'ils ont exercée dans le treizième siècle et dans les suivans. Mauvais rai- L'évêquc d'Autuu , qui avait professé le droit
sonnemens des - *
évèques. à Montpellier, passait pour un des grands canonistes de l'Église. Il avait sans doute étudié le décret, et il raisonna comme Gratien. Des passages de l'Écriture mal interprétés, et la double puissance des prêtres de l'ancienne loi, étaient les principes d'où le clergé concluait que ses immunités et toute son autorité étaient de droit divin. Une raison de bienséance venait à l'appui : une grande partie de nos revenus consiste, disaient
MODERNK. 83
les prélats, dans les émoliimeiis de nos justices. Nous serions donc ruinés, si Ton nous otait nos tribunaux. Le royaume n'aurait donc plus que de j)auvres évéques. 11 perdrait donc un de ses plus grands avantages ; car peut-on douter que Téclat (Fun clergé riche ne contribue à la splendeur du royaume? Mais ce raisonnement ne prouvait pas ([ue les richesses des ecclésiastiques sont de droit divin ; il prouvait seulement que les évéques du quatorzième siècle ne pensaient pas comme les apôtres.
Pour décider cette question, il aurait fallu re- Pour ^rminfr
IJ 1 1 • • • » I 1 i»T^ !• *"** conle»U-
monterd abord aux six premiers siècles de l Eglise; •'""*' '• "'•''
t^ D 7 fallu remonler
on aurait vu quels étaient alors les véritables droits î,"rs "m^^^' <lu clergé. En étudiant ensuite les siècles postérieurs , on aurait découvert sans doute des privilèges et des biens qu'il avait acquis par des voies justes, qui lui appartenaient moins comme clergé que comme corps de citoyens, et que par con-
• quent il pouvait conserver. On aurait aussi reconnu des usurpations ou des concessions arra-
liées à l'ignorance des peuples et des rois. Philippe de Valois ne savait pas l'histoire. Per- i^ .rr«pair,
1 1 > 1 4 *^* Philippe ctr
sonne dans ces temps de ténèbres n était en état .*' '* *'"""•"' (le l'éclairer. Il fut effrayé : confondant, comme les ' "^' < véques , les intérêts spirituels de la l'eligion avec les intérêts temporels de ses ministres, il cnit qu'on attaquait la religion même. Accoutumé sans <1oute à se cmire un David , il n'eut pas de peine
84 inSTOlRE
k penser que les évêques étaient des Moïse , des Aaron , ou des Samuel. Il ne soutint donc pas les magistrats. Il semble pourtant qu'il aurait voulu ne pas décider : il avait de la peine à donner une réponse positive ; mais enfin le clergé se retira vainqueur.
Mais celte Ccttc victoirc était un faible avantage : elle prépremière alla- A n .a i / r • -r
r,ne (les magis- parait, cUc anuoncait même une deiaite. Les ma-
trais en présage * ' ^
ron."pTus^"he«I gistrats n'avaient pas porté leurs regards sur les prétentions des prélats pour cesser tout à coup les hostilités. Ils continueront donc leurs entreprises; ils s'appliqueront à les tenter avec plus de succès; ils acquerront enfin des lumières : et cependant le clergé, tenant toujours le langage des siècles d'ignorance, parlera encore dans des siècles éclairés d'un droit divin dont on ne parlait point dans les premiers siècles de l'Église. Edouard jii ^^^ Fraucc et l'Angleterre furent en paix jus-
prend le titre de ) O O O * 1 r • . ^
roi de France, qu cu I oJo ; mais la guerre se préparait depuis
cl commence la
guerre. quclqucs auiiécs. Edouard songeait aux moyens
d'augmenter le nombre de ses alliés, lorsque les Flamands, soulevés par Jacques d'Artevelle, qu'on dit brasseur de bierre, se déclarèrent pour lui. Ils exigèrent seulement qu'en conséquence de ses prétentions il prît le titre de roi de France ; jugeant que c'était un expédient pour se révolter sans être rebelles.
iibatiesFran- Gcttc gucrrc, intcrrompuc par quelques trêves, désola toute la France jusqu'à la mort de Philippe,
MODRRnK.
arrivée en 1 35o. Ce prince , en 1 3^6, perdit, la bataille deCréci, quoiqu'il eût près de cent mille honïines, et qu'Edouard n'en eut que quarante mille. IjCS environs de Paris furent ravagés par les Anglais, ainsi que tout le pays depuis l'extrémité de la basse Normandie jusqu'aux frontières de Picardie. Ils ne firent pas de moindres maux dans le Poitou, dans la Saintonge et dans les autres provinces méridionales. On remarque qu'ils avaient de l'artillerie : on en faisait déjà quelque usage depuis peu d'années.
On commence ici à voir sensiblement les effets , L*sdiT!,i„., de cette politique par laquelle les rois croyaient ro''n!''f!!^e'.« i
, . 1 T • • 1 1 Philippr de Va-
se rendre puissans en semant la division dans le •"».
royaume. Philippe de Valois put connaître toute sa faiblesse, lorsqu'il eut la guerre avec Edouard. Il ne trouva pas dans ses sujets tout cet accord et cette obéissance qui font la force des armées. Il avait plus de soldats; mais il n'osait mettre un frein à leur insolence. La noblesse était encore plus intraitable. Chacun paraissait penser à pro- , fiter des désordres; et la licence des troupes était un nouveau fléau pour le royaume. C'est ainsi que le roi était mal servi par ceux mêmes qui lui restaient fidèles. Combien n'eùt-il pas été puissant si ses prédécesseurs avaient été capables de pi'endre pour modèle la politique de saint I^ouis.
Pour fourniij^ aux frais d'une guerre qu'il fai- ^ .J^!''''pp* •!' sait mal, et quil ne lui était peut-être pas pos- •*"' '"''''^"-
sible de bien faire , il accabla le peuple d'impôts : il en mit entre autres un sur le sel ; il fit dire à Edouard, qui joua sur le mot, que Philippe de Valois était le véritable auteur de la loi salique.
L'affaiblissement des monnaies , dont ses prédécesseurs lui avaient donné l'exemple, fut encore sa grande ressource. Elles varièrent beaucoup sous son règne. Il s'attribua même à ce sujet le droit le plus arbitraire. Nous ne pouvons croire , dit il , dans une de ses ordonnances , ne présumer qu aucun ne puisse^ ne dowe faire doute , quà nous et à notre majesté royale ne appartienne seulement , et pour le tout en notre royaume^ tout le métier^ le fait ^ Vétat^ la provision^ et toute V ordonnance des monnoies ; et de faire monnoyer telles monnoies^ et de donner tel cours et pour tel prix, comme ilnous plait et bon nous semble , pour le bien et le profit de nous , de notredit royaume et de nos sujets. On voit par cette confiance de Philippe de Valois , quels progrès avaient faits les entreprises de Philippe le Bel. Cependant ce prince, croyant devoir quelquefois cacher ses fraudes, prenait des mesures pour qu'on ne s'aperçût pas qu'il altérait le prix des espèces. Il exigeait le secret de ceux qui travaillaient dans ses monnaies; et il le leur faisait jurer sur l'évangile.
Edouard m L'Angleterre était mieux gouvernée que la
s'applique à "-^ O * 1
diluions'" '" France : il n'y avait pas la même division parmi
MODKIIIME. 87
les ordres de I état. Il est vrai qu'ils se reuiiissaient d ordinaire contre le souverain ; mais l^douard Hl était alors un grand roi : remarquez que je dis alors. U savait se faire aimer, il savait se faire respecter. Il s'attachait surtout le parle* ment, dont il obtenait des subsides. Enfin il avait l'art de maintenir les prérogatives de la uatii>|i. Vous comprenez donc qu'il ne pouvait manquer d'avoir des succès, en faisant la guerre à Philippe.
Les désordres s'accrurent sous Jean II, fils de sou»je,B n
1rs mnniwirs v«-
Philippe VI. Ce prince renchérit sur toutes les "'""sou^'É fautes de son père , et il en fit de nouvelles. Les '^^ abus sur les monnaies furent si grands , que les espèces , haussant et baissant alternativement , changeaient de prix d'une semaine à l'autre, ou même plus souvent; et que le marc d'argent, qui , au commencement de son règne , valait cinq livres cinq sous, valut quelquefois jusqu'à cent deux livres. On revenait continuellement d'une monnaie forte à une monnaie faible, et d'une monnaie faible à une monnaie forte. Souvent encore, le roi, honteux de ses fraudes, prenait , comme son père , des mesures pour les cacher.
Dès la première année de son règne , il avait j„„ n ,,
|. , , , . P . , , rend odi#u» par
aliéné les grands, en faisant décapiter, sans ob- ««"'•>'»» «î«^«i;. server aucune forme de procédure , le connéta- p*'»*^*''»*"**ble Raoul, comte d'Eu et de Guignes, accusé d'in-
telligence avec les Anglais. Quelque temps après il montra sa faiblesse en pardonnant à Charles le Mauvais , roi de Navarre , l'assassinat de Charles d'Espagne de la Cerda , qu'il avait fait connétable après l'exécution de Raoul. Il montra encore sa faiblesse , lorsque , soupçonnant le roi de Navarre de vouloir exciter des troubles, il s'en saisit par surprise, fit trancher la tête, encore sans aucune procédure , à quatre seigneurs qui se trouvèrent avec lui , et le fit ensuite conduire au Châtelet de Paris.
Il est vrai que Jean n'était pas assez puissant pour s'assurer de pouvoir punir , sans s'écarter des règles, un criminel tel que le roi de Navarre. Mais quand on ne peut pas se faire craindre, il faut gagner ceux qu'on craint. Les pardons, les surprises , et les voies de fait rendent tout à la fois méprisable et odieux. La conduite de Jean donna donc de nouveaux alliés au roi d'Angleterre.
Il convoque La gucrrc avait recommencé en i355, dans un
les élats
temps où le mécontentement général pouvait causer des révoltes, si l'on mettait de nouveaux impôts, ou si l'on touchait aux monnaies. Cependant, comme l'argent manquait, le roi convoqua les états-généraux, et leur présenta ses besoins.
Ces états, les plus nombreux qu'on eût en-
Sya^''"' ^^^'^ ^^^' imposèrent une taxe pour entretenir
Il leur lait sous serment despro.
MODFHNF. 89
trente mille gendarmes, ontre les communes du royaume; mais, k Texemple du parlement d'Angleterre, ils entreprirent de régler le gouvernement. Ils arrêtèrent la nature des impôts , leur durée et le prix des espèces. Jean promit tout ce qu'on exigea de lui. Il jura surtout, pour lui et pour ses successeurs, de ne donner jamais cours qu'à une monnaie forte, de la conserver sans altération, de faire prêter le même serment à ses fils, à son chîfncelier, aux gens de son conseil, aux officiers de ses monnaies , en un mot, à toas ceux qui avaient quelque part à l'administration. Il déclara même qu'il priverait de leurs offices ceux qui lui donneraient des conseils contraires. Cependant, malgré cet engagement solennel, il affaiblit les monnaies six mois après : ce qui fait voir que lorsque les états faisaient des règlemens, ils ne savaient ou ne pouvaient pas prendre des mesures pour en assurer l'exécution.
Avec une plus sage conduite, la France aurait ,„"„"*/î'',f^: pu se relever ; car l'Angleterre commençait à se lasser de donner des subsides , et d'ailleurs l'Ecosse faisait une diversion. Il est vrai qu'Edouard, qui continuait d'être grand, trouvait des ressources; il en trouvait surtout dans le prince de Galles, son fils, plus grand peut-être encore. 11 le chargea de la guerre de France, pendant qu'il marchait lui-même contre les Écossais.
Jean , à la tête d'une armée quatre fois plus
*onni tiers.
nombreuse, joignit le prince de Galles à Maupertuis , à deux lieues de Poitiers. Il pouvait envelopper l'ennemi , l'affamer et le forcer à se rendre. Il l'attaqua , et il fut vaincu , fait prisonnier et emmené à Londres.
Charles, da... Pcndaut la prison du roi, Charles, dauphin %
ph!n, convoque
es états a Paris, gouvcma d'abord avec le titre de lieutenant du royaume, et ensuite avec celui de régent. Quoiqu'il n'eût encore que dix-neuf ans, il avait heureusement toute la prudence et toute la modération que demandaient les circonstances où il se trouvait. Sa première démarche fut de songer à se procurer les secours qui lui étaient nécessaires; et, dans cette vue, il assembla les états à Paris.
.356. C^ n'était plus le temps où la politique pût ti-
reuÏÏelMpoIîr Tcr quclquc avantage des divisions. Charles ne pouvoir rompre. 1.0 1
vait pas, comme Philippe le Bel, offrir tour à tour sa protection aux différens ordres, afin de les gagner séparément, et de les tromper tous ensemble. Les malheurs de la guerre décelèrent tous les vices de cette misérable politique. Charles, sans autorité, se vit dans la dépendance de tous les partis, et se crut trop heureux de trouver lui prétexte pour rompre les états. En effet ils ne furent qu'une
^ Le Dauphiné et le comté de Viennois avaient été cédés à Philippe de Valois par Humbert II, dernier prince de la Tour du Pin. C'est à Charles que les fils aînés de France commencèrent à porter le titre de dauphins.
MODKHfiri:. <)i
assemblée de factieux qui, sous prétexte de réformer le gouvernement, excitaient de nouveaux troubles, respectant peu le dauphin, qui atten- «lait tout d'eux , et de qui ils n'attendaient rien.
Les états se rassemblèrent encore la même an- Forr^ « u,
r»>»cmb'«r, il
née. Le dauphin les convoqua malgré lui , et ne jl^JJ";.**'"* *" fut pas le maître de les rompre. Marcel, prévôt «î^des marchands, commandait dans Paris, et lui faisait la loi.
Le désordre régnait dans la capitale, où le peuple n«onire.p*ret la noblesse formaient deux partis toujours prêts à se soulever Tun contre l'autre. Les autres villes offraient à peu près les mêmes spectacles. Les campagnes étaient remplies de voleurs qui marchaient par troupes sous différens chefs, et qui commettaient toute sorte de brigandages. Enfin les paysans , qui s'étaient d'abord armés pour leur défense, faisaient indistinctement la guerre à tous les partis, exerçaient les plus grandes cruautés, et paraissaient avoir juré d'exterminer la noblesse.
Sur ces entrefaites, le roi de Navarre, échappé ^urr,i, qoî
* * vfiii (ionnrr la
(le prison, vint à Paris se joindre aux mécontens; rhlruT'roid* et Marcel forma le projet de l'élever sur le trône, *""'•" " Les troubles s'accrurent donc encore : cependant ils finirent à Paris en i358, le prévôt des marchands , qui en était l'auteur, ayant été tué par lin bourgeois nommé Maillard.
On peut conjecturer que la guerre avait épuisé ^^^ Tr«»trf» les ressources du roi d'Angleterre; car au lieu de """"*•
La guerre recommence, et la même année on négocie.
profiter de la situation malheureuse de la France, il avait fait une trêve de deux ans, en 1357. Sage conduiie Dans dcs circonstauces aussi critiques, le dauphin eut la sagesse de dissimuler les maux qu'il ne pouvait empêcher. Il ne précipita rien; il attendit des conjonctures plus favorables, et il sut les saisir. Lorsque la trêve avec l'Angleterre était sur sa fin , il fut assez heureux pour faire la paix avec le roi de Navarre, qui lui avait déclaré la guerre d'abord après la mort de Marcel.
Le roi d'Angleterre arma, et parut en France à la fin d'octobre. Le dauphin, qui n'avait pas ^^9- assez de troupes pour tenir la campagne , se contenta de mettre des garnisons dans les places. Il attendait que l'armée ennemie se consumât d'ellemême. La chose arriva comme il l'avait prévue. Les Anglais, qui souffraient beaucoup des rigueurs de la saison , souffrirent encore plus de la disette qu'ils trouvèrent dans un pays tout-à-fait ruiné; et Edouard, qui craignit de trouver de trop grands obstacles à sa retraite, fut contraint d'entrer en négociation. La plupart des historiens attribuent son changement à un orage miraculeux, sans doute avec bien peu de fondement; en effet, qu'il y ait eu un orage , qu'un prince en soit effrayé, et qu'il croie que le Ciel lui ordonne de cesser la guerre ; tout cela se peut sans un miracle; mais il serait bien étonnant que l'intrépide Edouard eut été ce prince- là.
MO m: UNE. 93
Quoi qiril en spit, par un Iraité signé à Bréti- Tf«iUd«Bfrfgni près de Chartres, au mois de mai i36o, on .360. céda au roi d'Angleterre en toute souveraineté, le Poitou, la Saintonge, la Rochelle, l'Agenois, le Périgord, le Limousin, le Querci, le Rouergue, l'Angoumois, les comtés de Bigorre et de Gaure, ceux de Ponthieu et de Guignes, la ville de Montreuil et Calais. De leur côté, Edouard et le prince (le Galles renoncèrent à leurs prétentions sur la couronne de France, et à leurs droits sur la Normandie, la Touraine, PAnjou et le Maine : enfin la rançon du roi Jean fut fixée à trois millions crécus.d'or.
Jean était délivré; mais les désordres conti- Dimsresiompi nuaient dans tout le royaume. Les brigands s y J"" »« «oise. multiplièrent, et s'y enhardirent à un tel excès, qu'un d'eux osa prendre le titre de roi de France. Sur ces entrefaites on prêcha une croisade pour la Palestine, et le roi prit la croix des mains du pape. Il ne lui manquait plus que d'entreprendre cette guerre pour achever la ruine de ses états ; et il s'y disposait, parce qu'il la regardait comme un moyen propre à purger la France de tous les brigands : il aurait mieux valu ne les avoir pas fait naître, en gouvernant comme il avait fait.
Cependant on se plaignait en France et en An- i^nina» ^ gleterre que les articles du traité de Brétigni n'étaient pas exécutés. Jean voulait néanmoins remplir ses engagemens; et lorsqu'on lui disait
trailc de Bréligui.
que la nécessité où il avait étç de contracter les rendait nuls, il répondait que quand la bonne foi serait bannie de la terre, elle devrait se trouver encore dans la bouche et dans le cœur des rois. Cette maxime est aussi belle qu'elle est peu suivie ; et Jean lui-même avait violé le serment qu'il avait fait de ne pas altérer les monnaies. Lorsque les rois ne sont pas justes , ces maximes ne sont que des mots dans leur bouche : Jean parlait comme saint Louis agissait.
Jean passe en La Fraucc ct l' Angleterre étaient sur le point
Angleterre pour
''moumi"" ^' ^^^^ venir à une rupture , lorsque Jean se rendit i364. à Londres, pour terminer les différens qui s'élevaient. Il y mourut quelques mois après , laissant à Philippe , son quatrième fils , le duché de Bourgogne, qu'il avait réuni à la couronne deux ans auparavant. La suite vous fera voir que cette disposition prépara un nouvel ennemi à la France. l'esnriides Lcs états u'out jamais été plus fréquens que
f'Iats sous Jean
" pendant le règne de Jean II : il y en eut de géné-
raux ou de provinciaux presque chaque année. Ils ne ressemblaient pas à ce champ de mars , dont Gharlemagne avait été l'âme. Sans aucune vue du bien public, les Français ne se rassemblaient que pour opposer des intérêts particuliers à des intérêts particuliers. Tout dégénérait en factions sous un prince faible qui ne savait ni se passer des états, ni en tirer aucun avantage; et l'autorité royale, en butte à tous les partis, s'affaiblissait.
MODKnifi.. 95
en les voyant cependant s'attaquer et se détruire les uns les autres.
Telle était la situation de la France, lorsque /«i<.u.r.i rr»,« Charles V monta sur le trône : tout y paraissait désespéré; mais la conduite du régent vous répond de la sagesse du roi. En effet ce prince ne fera ni les fautes de Philippe de Valois , ni celles de Jean II; cependant Edouard cessera d'être un grand homme. Il négligera tout-à-fait les soins du gouvernement; il sacrifiera tout à des fivoris avides, dont il se laissera obséder; il multipliera les impôts ; il aliénera ses peuples : enfin il ne trouvera plus de secours dans le prince de Galles, dont la santé va s'altérer. Vous prévoyez donc que tout doit changer, et que la France à son tour aura des succès.
Charles donna tous ses soins à bien régler les <^>«">" v m
^ fait iinr loi «le
monnaies. Il se fit une loi de ne les jamais altérer, "/.^'oniit!" Il remit Tordre dans les finances; et s'il leva des impôts, il prit les mesures les plus sages pour prévenir les murmures du peuple.
Depuis 1 34 1 , la Bretagne était déchirée par une n •«..« 1.
paix au dcbort.
guerre civile à laquelle les Anglais et les Français avaient pris part, et qui pouvait encore les armer de nouveau. Le comte de Blois, à qui Charles donnait des secours sous main, et le comte de Montfort, qui en recevait d'Edouard, prétendaient l'un et l'autre à ce duché : mais le premier ayant ré tué dans lui combat, Charles se hâta de don-
ner à Montfort l'investiture de ce fief, craignant que ce seigneur ne voulût reconnaîtrô le roi d'Angleterre pour suzerain , et ne fut l'occasion d'une guerre qu'il voulait prévenir. Il fit aussi la paix avec le roi de Navarre, et sut s'attacher ce prince qui avait fait tant de mal à la France , et qui venait de recommencer la guerre.
Briganasqui Dès l'au 1 365 , Charlcs n'avait plus d'ennemis
irance. au dcliors , ct il ne lui restait qu'à délivrer le
^ royaume des brigands qui l'infestaient. On prétend c[u'il y en avait plus de trente mille. Ils formaient différens corps qui se réunissaient au besoin, et ils étaient conduits par des chefs expérimentés. Il eût été triste d'être obligé de lever une armée contre cette canaille.
Charles V se ^oii Pèdrc OU Picrrc, surnommé le Cruel, ré-
arme°r%ou'r le fijualt cu Castillc ; ct Hcuri , comte de Transta-
comtedeTrans- *-'
D™Pèdre.7oTde marc , SOU frère naturel , avait soulevé la noblesse. Tous deux cherchaient à se faire des alliés, lorsque le pape déclara le roi légitime indigne du trône, et donna la couronne au prince rebelle. Le prince de Galles, qu'Edouard III avait fait duc de Guienne, la voulait conserver à don Pèdre, et pouvait rendre nul le jugement du pape. Il fallait donc d'autres secours au comte de Transtamare. Il les trouva dans Charles V, qui se déclara d'autant plus volontiers pour lui , que le duc de Guienne s'était déclaré pour don Pèdre, et qui d'ailleurs voulut saisir l'occasion de délivrer la
Casiille.
i rance des compagnies : c'est ainsi qu'on nommait les troupes de brigands.
Ces mallieureux avaient élé excommimiés plu- B»rir«nd du
JT GnMclin %m
sieurs fois, et cependant ils n'avaient pas cessé îiïïoiff *** de piller le royaume : on se flattait qu'ils feraient plus de cas des censures ecclésiastiques, lorsqu'elles pourraient s'allier avec le brigandage. C'est ainsi que pensa Bertrand du Guesclin, qui se chargea de les engager à le suivre en Castille. Il leur offrit l'absolution , et il appuya sur la bonté du pays où il voulait les conduire. Si nous vaut mieux ainsi faire ^ disait-il en finissant son discours , et pour nos âmes sauver, que de nous damner et de nous donner au diable; car trop aidons fait de péchés et de maux^ comme chacun peut savoir en droit soi, et tous nous conviendra finir. Vous voyez par-là dans quel esprit on entreprenait cette guerre , et comment alors le brigandage changeait de nature d'un côté des Pyrénées à l'autre.
Les brigands voulurent l'absolution , dès qu'on u% compas
plie s cotatnxtni
n'exigea plus d'eux qu'ils renonçassent au bri- )^j;^;i2 *** gandage, et qu'au contraire on leur proposa de la mériter en la continuant ailleurs qu'en France. Ils remirent donc au roi les forteresses dont ils étaient maîtres, et ils suivirent du Guesclin.
Ils prirent leur route par Avignon , afin d'ob- e« piM»«t tenir l'absolution, chemin faisant, et de deman- '.H'pîJTflîuï (1er cent mule francs au pape pour achever leur miiie franc
voyage. De ces deux choses, la seconde souffrait seule des difficultés que du Guescliii leva. Il ne faut pas refuser, disait -il, ces cent mille francs : nous avons ici des gens qui se passeront sans peine de l'absolution, mais qui ne peuvent pas se passer d'argent : nous les menons en exil, afin qu'ils ne fassent plus de mal aux chrétiens. Nous ne les pouvons contenir sans argent , et il faut que le saint-père nous aide à les rendre plus dociles, et à les conduire hors de ce royaume, le pape est Eu attcudaut que le pape voulût compter cent ter cent miUe mille fraucs , pour concourir à rendre ces brigands gens de bien malgré eux, ils couraient la campagne, et ils dévastaient tous les environs d'Avignon; il fallut donc les satisfaire : mais du Guesclin ayant su qu'on avait levé cette somme sur les habitans , déclara qu'il voulait qu'elle fut uniquement prise sur les biens du pape, des cardinaux et des autres ecclésiastiques, et il fallut encore obéir. Le pape n'avait pas prévu qu'il ferait une partie des frais de cette guerre.
Du Guesclin , qui était un grand capitaine, était encore un des plus honnêtes hommes de son siècle ; on est donc étonné du rôle qu'il joue à la tête de ces brigands ; mais il ne songeait qu'à les conduire hors du royaume , soit pour en purger la France, soit, comme il le dit , pour en faire des gens de bien; et pensant que le pape devait contribuer à une si bonne œuvre , il l'y força , parce
i>K)l)i-.KI\i:. c^
«jn il cru! «levou Ty forcer. Où anrait-il pris des seutimens plus délicats? La loi du plus fort n'étailelle pas de temps immémorial Tunique règle des gens de guerre? Et cette loi n'autorisait-elle pas à tout, lorsque l'intérêt de la religion paraissait attaché au succès d'une entreprise ?
Le comte de Transtamare fut proclamé roi de H«nridc
TMfiilamare ,
Qistille; mais le prince de Galles, marchant au ^Zlr^^r K! secours du roi détrôné , débaucha les compagnies ^^''' qui vinrent le joindre , et gagna la bataille de Navarette, que Transtamare livra contre Favis de du Duguesclin : ce capitaine y fut même fait prisonnier.
Don Pèdre, rétabli sur le trône, ne remplit nie bai à
' *■ tour, le fait
aiîcun de ses engagemens, de sorte que le prince '^"^"llu''^'^'
de Galles l'abandonna et revint en France, où les
compagnies le suivirent. Alors Transtamare releva
son parti, vainquit don Pèdre, le fit prisonnier
et le poignarda. Cependant le duc de Lancastre ,
un des fils d'Edouard III, prétendit au royaume nr«ns.rvei.
de Castille, parce qu'il avait épousé Constance, p";;)L';,'"pSf
fille de don Pèdre. Le roi de Portugal avait aussi
des prétentions qu'il voulait faire valoir. Ceux
d'Aragon et de Navarre profitèrent des troubles
pour s'emparer de ce qui était à leur bienséance ,
t I ce fut là le sujet d'une longue guerre; mais
Henri de Transtamare conserva la couronne , et
la fit passer à ses desccndans.
Quoique les compagnies fussent revenues vu
son pri-
lenti.in$
qui veille à France, elles n'étaient plus si redoutables, parce
maintenir l'or- *■ *^
.Ire. se fait ai- qu'ellcs étaicnt diminuées des trois quarts , et
mer et respec ter.
parce que Charles V prit les mesures les plus sages pour prévenir les désordres qu'elles pouvaient causer.
Charles avait ramené la tranquillité dans son royaume. Il se trouvait riche , sans fouler son peuple, par l'ordre qu'il avait mis dans les finances, et l'on commençait à respirer sous un roi qui se faisait aimer et respecter : d'ailleurs la France n'avait plus d'ennemis redoutables. L'esprit brouillon du roi de Navarre avait de quoi s'occuper en Castille. Le prince de Galles était revenu d'Espagne avec une santé délabrée ; et Edouard, livré à l'amour depuis quelques années, était tout entier à Alix Perrers, sa maîtresse. Il sait choisir Vous pouvcz doiîc prévoir de quel côté seront
ceux à qui il i-i t \
fiance ** *"""" ^^^ avantages, su s'élève une nouvelle guerre entre l'Angleterre et la France. Considérons surtout que Charles sait choisir ceux qui méritent sa confiance. Il aura de bons ministres ; il aura de bons généraux; et, toujours maître de luimême, il ne fera point de démarches qu'il n'ait pris toutes les mesures pour s'assurer du succès. Le traité honteux de Brétigni sera donc effacé, s'il se présente une occasion de déclarer la guerre. Le roi l'attendait : elle se présenta.
Les sujets du La gucrrc d'Espagne avait épuisé les finances
prince de Galles , . ,
ruTreurspbi'n! ^"^ priucc dc Gallcs. Pour les réparer, il voulut
tes au roi.
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mettre une nouvelle imposition sur ses sujcis, el il souleva plusieurs de ses vassaux, qui, déclarant celte entreprise contraire à leurs privilèges, présentèrent contre lui leurs plaintes au roi de France.
Il est certain que, par le traité de Brétigni, Charles ne pouvait pas se porter pour juge dans ce différent, parce qu'il avait renoncé à toute suzeraineté sur les états qu'il avait cédés au roi d'Angleterre ; mais de part et d'autre on se plaignait que ce traité avait été violé en plusieurs points, et peut-être avait-on raison de part et d'autre.
On agita en France si ce traité devait être con- charu» v cii«
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sidéré comme nul, et le roi fut un an sans paraître J/,"^,'*""" se déclarer, parce qu'il ne voulait se déclarer qu'à propos. Enfin, tout étant préparé, le prince de Galles fut cité pour être jugé à la cour des pairs. «368. Il répondit qu'il viendrait à la tête de soixante mille hommes : sa santé ne lui permit pas de faire une seule campagne.
La guerre commença : elle fut suivie de succès; un arr*t de
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et de nouvelles dispositions préparaient de nou- ^''j;, , J,°; ^I veaux avantages, lorsqu'un arrêt de la cour des 'p!mL pairs déclara confisquées et réunies à la couronne toutes les terres qu'Edouard et le prince de Galles possédaient en France.
Charles n'avait pas fait une démarche aussi c«iiedé«ar-
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hardie, sans avoir auparavant bien jugé des coiv- p*' «•"»•>""
loi HISTOmE
jonctures, et pris toutes les précautions nécessaires pour la soutenir. Tout lui réussit donc encore, et les conquêtes furent rapides dans plusieurs provinces jusqu'en i375, qu'on fit une trêve.
Mort du prince Lc urincc dc Galles étant mort l'année suide Galles et *- ,
a-Edouard. vante, Edouard songeait à faire une paix durable •376. lorsqu'il mourut lui-même. Ce roi malheureux fut «377. abandonné de tout le monde dans sa maladie. Alix elle-même, qui écartait de lui tous secours, lui enleva ce qu'il avait de plus précieux, et se retira lorsqu'il respirait encore. Voilà souvent comment les princes sont aimés d'une maîtresse, à laquelle ils sacrifient tout. Cependant on ne peut pas ne pas plaindre l'aveuglement d'Edouard , quand on compare ce qu'il est à la fin de son règne avec ce qu'il avait été pendant un si grand nombre d'années. Sa valeur, sa prudence, sa grandeur d'âme, sa constance, sa générosité, son humanité, sa bienfaisance, son affabilité, paraissaient concourir pour en faire un prince accompli : Alix rendit inutiles tant dexcellentes qualités.
Nouveaux suc La trêvc venait de finir dans une circonstance V. Sa mort. d'autaut plus favorable à la France, que l'Angleterre n'avait pour roi qu'un enfant de onze ans, Richard II, fils du prince de Galles. Charles trouva même encore un secours dans le roi d'Ecosse, qui, quoique son allié, n'avait pas encore osé se déclarer ouvertement, et qui pour
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lors iit une diversion. 11 mit sur pied lui-même cinq armées. Une fut envoyée- en Guienne ; une autre en Auvergne ; la troisième en Bretagne ; la quatrième en Artois ; la cinquième fut un corps de réserve prêt à se porter partout ; et une flotte / ravagea les cotes de TAngleterre. Les Anglais, attaqués de toutes parts, n'éprouvèrent donc plus tjue des revers. Il ne leur restait que Calais, Bordeaux et quelques autres places peu importantes, lorsque Charles V mourut. La même année était *^' mort du Guesclin, après s*ètre fait la réputation la plus éclatante, et avoir été comblé des grâces d'un prince qui savait discerner les hommes de talens, et qui ne craignait pas de les employer.
Nul roi n'a moins tiré l'épée que Charles, di- sa,.gene. sait Edouard , et cependant aucun n'a fait de plus grandes choses et ne pouvait me donner plus d'embarras. En effet c'est du fond de son cabinet que Charles était l'âme de tous les bras qu'il faisait mouvoir. Toujoin^s appliqué, quoique d'une santé fort mauvaise , il donnait ses soins à toutes '
les parties di^ gouvernement. Il réglait tout par lui-même, et il préparait ses entreprises avec une prudence si sin^dière, qu'il paraissait envoyer ses généraux à des victoires assurées. Sobre, économe, juste, pieux, il s'intéressait aux malheureux; il donnait un libre accès aux hommes de mérite; il aimait à montrer sa générosité, lorsqu'il s'agissait de récompenser la vertu. Que vous êtes heu-
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reux, lui disait un de ses courtisans : je ne le suis, répondit-il, que parce que je puis faire du bien. Vous jugez qu'avec cette façon de penser, il ne faisait pas consister la politique à semer la division parmi les ordres de l'état. 11 défendit au contraire les guerres particulières que les seigneurs se faisaient encore; il réunit tous ses sujets en les attachant à sa personne ; il sut même gagner jusqu'aux compagnies de brigands, qui combattirent pour lui contre les Anglais. C'est ainsi qu'il tournait à l'avantage de la France, ce qui, sous un autre prince, en aurait fait le malheur. Quand on réfléchit sur cette conduite , on n'est pas étonné qu'en iSyy, il ait eu cinq armées et une flotte, lui qui, pendant la prison de son père, ne pouvait pas mettre une troupe en campagne, et qui, au milieu des tumultes de Paris , n'avait pas seulement une garde pour sa personne : on lui a donné le surnom de sage. C'est lui qui a fixé la majorité des rois de France à quatorze ans commencés. Son dessein était de prévenir, autant qu'il est possible, les troubles trop ordinaires dans les temps de régence.
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