‹ OEuvres, publiéesChapitre 8 sur 50 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

De l'Allemagne depuis le différent de Louis V et de Jean XXII jusqu'en j A oo.

Jean XXII, qui mourut en i334» laissa dans ,,^3'„**;;^ le trésor de l'église d'Avignon la valeur de vingtcinq millions de florins d'or. Ce fait est rapporté par un historien contemporain, sur le témoignage de son frère , qui était à portée d'en être instruit. Jean aurait donc amassé cette somme dans le cours de son pontificat, c'est-à-dire dans l'espace de dix-huit ans ; et s'il n'y a pas de l'exagération , on peut juger des revenus que les papes s'étaient faits. Ils exigeaient des tributs de l'Angleterre, de la Suède, du Danemarck, de la Norwège, de , la Pologne et de tous les états de la chrétienté : tributs qui étaient toujours bien payés, quand un pontife savait saisir les circonstances, prendre des prétextes pour intéresser la religion à ses entreprises, et intimider les peuples par des excommunications. Ils ne trouvaient alors nulle part moins d'obstacles qu'en France; car en accordant les décimes au roi, ils pouvaient mettre impunément telle taxe qu'ils voulaient sur le clergé. 11 y avait encore pour eux une autre source de richesses.

IjCs papes s'étaient quelquefois réservé la dis-

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position de quelques bénéfices , sous prétexte des troubles qu'occasionaient les élections; et ces exemples leur firent bientôt un droit d'étendre la réserve sur de nouveaux bénéfices. Clément V usa surtout de ce droit pour donner des évéchés à ses parens : il y fut même autorisé par Philippe le Bel qui, le voyant dans ses intérêts, jugea qu'il disposerait lui-même des principaux sièges, ou qu'il n'y verrait que des sujets qui lui seraient agréables.

Jean XXII était trop entreprenant pour ne pas étendre encore ce droit. Il établit la réserve de toutes les églises collégiales de la chrétienté, disant qu'il le faisait pour ôter les simonies , d'où cependant , remarque l'abbé Fleuri , il tira un trésor infini. De plus, ajoute le même auteur, en ^ vertu de la réserve, il ne confirma quasi jamais l'élection d'aucun prélat; mais il promouvait un évêque à un archevêché, et mettait à sa place un moindre évêque : de là, il arrivait souvent que la vacance d'un archevêché ou d'un patriarchat produisait six promotions ou davantage , et il en venait de grandes sommes à la chambre apostolique ; car le pape exigeait quelquefois la première année du revenu des bénéfices auxquels il nommait ; et il établissait des taxes pour les secrétaires qui expédiaient les provisions. C'est ainsi que Rome s'est arrogé des annates et autres droits sur les bénéfices.

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Ces réserves faisaient peu k peu passer d'usage les élections canoniques. Le pape, qui disposait de tout, pouvait tout vendre; et il augmentait d autant plus ses revenus, que pour un bénéfice vacant il en conférait, par le moyen des translations , tout autant qu'il voulait. Ces raisons, jointes ^ au peu de dépenses que Jean XXII faisait pour sa personne, font comprendre comment il avait pu amasser un grand trésor.

Benoît XII , son successeur, parut d'abord dis- onerfii« «la

' *■ t.irrnioce et de

posé à donner l'absolution à Louis V. Cependant d',Tir,î«n7.fiil tira cette affaire en longueur, dans la crainte de >t'> déplaire à Philippe de Valois. Ce prince , voulant se venger de l'empereur, qui avait excité les Flamands à la révolte, exhortait le pape à ne pas se désister, et le menaçait même , s'il se rendait à la demande de Louis. Il reconnaissait donc l'autorité que les papes s'arrogeaient sur les souverains.

Louis, qui avait été obligé de revenir en Allemagne, et qui n'avait eu qu'une domination passagère en Italie , où les troubles avaient recommencé , tenait des diètes qui portaient des décrets contre les bulles deJean XXII,etquidéclaraientquecelui qui a été élu roi des Romains par les princes électeurs, ou par la plus grande partie, même en discorde, n'a pas besoin de l'approbation , de la confirmation , ni du consentement du saint-siége pour prendre le titre d'empereur, ou pour prendre l'administration des biens et des droits de l'em-

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,34.. pire. Cependant il négociait toujours pour obtenir son absolution lorsque Benoît mourut, laissant les choses dans Tétat où il les avait trouvées. ciétneni VI Clémeut VI , qui lui succéda , dit que ceux qui

fait élire roi des ^ ,...,, , .

krfiis"^-!^'^! avaient occupé le samt-siége jusqu alors n avaient de Bohême. ^^^ ^^ ^^^^ papcs. Pour lui , il sut étendre ses droits de réserve, vivre dans le luxe, et soutenir toutes les prétentions de la cour de Rome. Je ne parlerai pas des bulles qu'il publia contre Louis V; car ce serait toujours répéter les mêmes choses. Je remarquerai seulement que , marchant sur les traces de Jean XXII , il vint à bout de faire élire roi des Romains, Charles, marquis de Moravie, fils de Jean de Luxembourg , roi de Bohême , et petit-fils de Henri VIL Ce prince avait promis au pape que, s'il était élu, il déclarerait nuls tous les actes faits par Louis de Bavière ; qu'il ne viendrait à Rome que le jour marqué pour son couronnement, qu'il en sortirait le jour même, et qu'il n'occuperait aucune des terres qui pouvaient appartenir à l'église de Rome ; et que même il n'entrerait sur aucune qu'avec la permission du saint-siége. Pendant que le pape causait des troubles en Allemagne , la mort de Robert, arrivée en i343 , en préparait d'autres dans le royaume de Naples. Il avait marié Jeanne , sa petite-fille et son héritière , au prince André , fils de Charles-Robert , roi de Hongrie , son neveu. Il rendait , par ce mariage , la couronne aux descendans de son frère

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aîné, Charles-Martel, et il crut l'assurer dans sa famille. Mais cette précaution , toute sage qu'elle paraisse , produisit un effet tout contraire. Nous en parlerons bientôt.

Charles de Luxemboure, n'étant. soutenu que Aprvsbu. par un parti tres-faible , fut défait, et eut été hors J;';*;*;*^/^ ^ d'état de former de nouvelles tentatives, si Louis V "**'""^ ne fût pas mort la même année. «H?-

Cependant les princes qui étaient restés fidèles au dernier empereur offrirent l'empire à Edouard III, qui le refusa. Ils élurent ensuite Frédéric , marquis de Misnie , et landgrave de Thuringç, qui se désista pour une somme considérable qu'il reçut de Charles. Ils élurent encore Gunther , comte de Schwartzbourg ; mais ce prince étant tombé malade peu de temps après, et se sentant près de sa fin , consentit à renoncer à tous ses droits, moyennant vingt-deux mille marcs d'argent. Enfin Charles gagna les électeurs qui lui .349. étaient opposés, et fut reconnu.

Après avoir employé quelques années à rétablir l'ordre en Allemagne, il obtint d'Innocent VI, successeur de Clément, la permission d'aller à Rome pour être couronné; et il sortit de cette ville le jour même de son couronnement, comme il l'avait promis. Cette conduite soumise fit enfin cesser les guerres qui s'étaient élevées entre le sacerdoce et l'empire.

Alors les papes parurent avoir vaincu, et si

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querelles dn .<arrrdoce el de l'empire, t.lle eu luiiesie aux pape».

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Clément VI eût été vivant, il se fût sans doute applaudi de sa victoire; mais l'avantage n'en était que momentané, et devait même accélérer la chute de l'autorité usurpée par le saint-siége.

En effet cette autorité n'était qu'une illusion , que les querelles du sacerdoce et de l'empire avaient entretenue ; parce qu'il est naturel de juger d'une puissance par la puissance qu'elle combat et qu'elle balance. L'illusion devait donc cesser avec les querelles. Dès que les papes n'avaient plus un ennemi dans l'empereur, ils perdaient nécessairement de leur considération. L'opinion qui les avait fait redouter s'affaiblissait insensiblement; et les yeux, tous les jours moins fascinés, se préparaient peu à peu à leur résister, ou même à les braver.

Aifemagte^o" ChaHcs IV, ajant repassé les Alpes, trouva son. confondus l'Allcmagne fort agitée. L'ambition d'une multitude de princes, parmi lesquels les uns voulaient dominer, les autres ne voulaient pas céder, était une source intarissable de désordres. La coutume, qui obéit à la force , et qui par conséquent change souvent , n'avait pas pu fixer les rangs parmi ces princes ; et il s'était établi l'opinion d'une égalité chimérique, opinion que les guerres auxquelles elle donnait lieu semblaient devoir détruire, et que cependant elles ne détruisaient pas. On ne savait seulement pas quels étaient les princes qui avaient seuls droit de concourir à l'élection du

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roi (les Romains. Tout avait à cet égard varié suivant les temps, et il n'y avait rien de déterminé.

Cliarles, voulant remédier à ces abus, convo- B-ivdT. (jiia une diète. Elle fut composée des électeurs, (les comtes, des seigneurs, et des députés des villes libres. C'est là que fut faite une constitution qu'on nomma bulle d'or, et qui fixa le nombre (les électeurs à sept, régla leurs fonctions, leurs droits, leurs privilèges, la manière dont l'élection du roi des Romains devait être faite ; et en général tout ce qu'on jugea nécessaire pour mettre quelque ordre dans le gouvernement de l'empire.

Les temps antérieurs à cette bulle n'offrent que eii. m u

{>remi^rel*i fonde la confusion. Elle est proprement la première

loi fondamentale du corps germanique; et c'est l'époque à laquelle il faut remonter si l'on veut suivre le gouvernement d'Allemagne dans ses progrès jusqu'à présent : c'est pourquoi je vous la ferai lire. Elle mérite encore d'être lue, parce qu'elle fait connaître l'esprit du. temps, les usages et les désordres.

Voilà tout ce que Charles fit d'avantaeeux pour Çfc"»" !^

X O I sarrine I rmpirr

l'empire. Il le sacrifia d'ailleurs à son avarice et î,ir«rt»«»u à l'agrandissement du royaume de Rohérae, son patrimoine. Il se mit si peu en peine d'en défendre les droits contre les papes, qu'il parut agir de concert avec eux , pour détruire les prérogatives des empereur^.

damrnlale dn corps gfntnaniqae.

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Il négligea de même ses droits sur l'Italie ; et s'il y passa à la tête d'une armée , Ce fut moins pour les faire valoir que pour les vendre aux républiques et aux tyrans qui s'étaient fait des sou-

1376. verainetés. Il en revint avec les trésors qu'il avait amassés : il en employa une partie à faire élire

1378. roi des Romains son fils Venceslas; et il mourut peu de temps après.

Yencesias, Cliarlcs IV, cu sc soumcttaut aux papes, a con-

qui entretient

«t dépoS.'*""* tribué, sans le savoir, à leur abaissement : il a, d'un autre côté travaillé à l'avantage de l'empire , en sacrifiant à son intérêt les droits des empe- , reurs. En effet n'eût-il pas été à désirer que ses prédécesseurs eussent fait de plus grands sacrifices encore; et que, se bornant à gouverner l'Allemagne , ils eussent renoncé à l'Italie et à l'empire, qui n'était qu'un titre de plus ?

Venceslas, avare, lâche, crapuleux, s'enivra, vendit les domaines de l'empire, et ne s'occupa point du gouvernement. Voyant les villes impériales liguées contre les princes qui les opprimaient, il crut qu'il était de sa politique de laisser faire les deuxpartis. Il fomentamême leurs divisions, comptant qu'ils se détruiraient mutuellement , et qu'il en régnerait avec plus d'autorité. Bientôt il fut obligé de former une ligue lui-même; il en vit ,400. ensuite naître d'autres, et il finit par être déposé.

Les guerres civiles de ce règne méritent peu

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de nous arrêter : elles n*ont point eu crinfluencc sur le reste de l'Europe , et il n*est pas nécessaire d'en savoir les détails pour continuer d'étudier rhistoire d'Allemagne. Nous voilà donc débarrassés des empereurs pour quelque temps.

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