‹ Œuvres. Publiées suivant l'ordre chronologique avec documents complémentaires, introductions et notesChapitre 89 sur 133 · DE L'ART DS PERSUADER · texte numérisé non relu

DE L'ART DS PERSUADER

nous des choses agréables et nous vous écoulerons, disoient les Juifs à Moïse*; comme si l'agrément devoit régler la créance I Et c*est pour punir ce desordre par un ordre qui luy est conforme, que Dieu ne verse ses lumières dans les esprits qu'après avoir dompte la rébellion de la volonté par une douceur toute céleste qui le charme et qui l'enlraisne.

Je ne parle donc que des veritez de nostre portée ; et c'est d'elles que je dis que l'esprit et le cœur sont comme les portes par où elles sont receues dans 1 ame, mais que bien peu entrent par l'esprit, au lieu qu'elles y sont introduites en foule par les caprices téméraires de la volonté, sans le conseil du raisonnement *.

Ces puissances ont chacune leurs principes et les premiers moteurs de leurs actions. Ceux de l'esprit sont des veritez naturelles et connues à tout le monde, comme que le tout est plus grand que sa partie, outre plusieurs axiomes particuliers que les uns reçoivent et non pas d'autres, mais qui, dez qu'ils sont admis, sont aussy puissants, quoy que faux, pour emporter la créance, que les plus véritables. Ceux de la volonté sont de certains désirs naturels et communs à tous les hommes, comme le désir d'estre heureux, que personne ne peut pas ne pas avoir', outre plu-

I. Co pcMâge panlt bien faire allusion au venet 19 du chap. XX de TEiode : éieenU» Moy$i : Loquere tu nobis. et audiemu». Mais, le fait remarquer Emeat Ilavet, le texte n'a nullement le qu'indique ici Pascal.

a. Cf. Pen$èe$. fr. 99, T. II. p. i^. 3. Cf. Pen»ie$, fr. 4a5, T. Il, p. 3ai, et note 3.

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sieurs objets particuliers que chacun suit pour y arriver, et qui, ayant la force de nous plaire, sont aussi forts, quoy que pernicieux en effet, pour faire agir la volonté, que s'ils faisoient son véritable bonheur.

Voylà pour ce qui regarde les puissances qui nous portent à consentir. Mais pour les qualiiez des choses que nous devons persuader, elles sont bien diverses. Les unes se tirent, par une conséquence nécessaire, des principes communs et des veritez avouées. Celles là peuvent estre infailliblement persuadées ; car, en monstranl le rapport qu'elles ont avec les principes accordez, il y a une nécessité inévitable de convaincre, et il est impossible qu'elles ne soient pas receues dans l'ame des qu'on a pu les enrôler à ces veritez qu'elle a déjà admises. Il y en a qui ont une union étroite avec les objets de nostre satisfaction ; et celles là sont encore receues avec certitude, car aussy tost qu'on fait apercevoir à l'ame qu'une chose peut la conduire à ce qu'elle ayme souverainement, il est inévitable qu'elle ne s'y porte avec joye. Mais celles qui ont cette liaison tout ensemble, et avec les veritez avouées, et avec les désirs du cœur, sont siseures de leur effet, qu'il n'y a rien qui le soit davantage dans la nature. Comme au contraire ce qui n'a de rapport ny à nos créances ny à nos plaisirs nous est importun, faux et absolument étranger.

En toutes ces rencontres il n'y a point à douter. Mais il y en a oii les choses qu'on veut faire croire

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