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sont bien esUblies sur des veritei connues, maïs qui sont en mesme temps contraires aux plaisirs qui nous touchent le plus. Et celles là sont en grand péril de faire voir, par une expérience qui n'est que trop ordinaire, ce que je disois au commencement : que celte ame impérieuse, qui se vantoit de n'agir que par raison, suit par un choix honteux et téméraire ce qu'une volonté corrompue désire, quelque résistance que l'esprit trop éclairé puisse y opposer. C'est alors qu'il se fait un balancement douteux entre la vérité et la volupté, et que la connoissance de l'une et le sentiment de l'autre font un combat dont le succez est bien incertain, puisqu'il faudroit pour en juger connoistre tout ce qui se passe dans le plus intérieur de l'homme, que l'homme mesme ne connoisl presque jamais. Il paroisl de là que, quoy que ce soit qu'on veuille persuader, il faut avoir égard à la personne à qui on en veut, dont il faut connoistre l'esprit et le cœur, quels principes il accorde, quelles choses il ayme ; et ensuite remarquer, dans la chose dont il s'agit, quel rapport elle a avec les principes avouez, ou avec les objets délicieux par les charmes qu'on luy donne. De sorte que l'art de persuader consiste autant en celuy d'agréer qu'en celuy de convaincre, tant les hommes se gouvernent plus par caprice que par raison' I Or, de ces deux méthodes, l'une de convaincre.
I. Cf. Pensées, fr. i5, T. I, p. 27 : « Eloquence qui persuade par douceur, non par empire, en tjran, non en roj »; et fr. 3ii, T. Il, p. 233.
l'autre d'agréer, je ne donneray ici les règles que de la première ; et encore au cas qu'on ait accordé les principes et qu'on demeure ferme à les avouer : autrement je ne sçays'ily auroitun art pour accommoder les preuves à l'inconstance de nos caprices.
Mais la manière d'agréer est bien sans comparaison plus difficile, plus subtile, plus utile et plus admirable ; aussy, si je n'en traite pas, c'est parce que je n'en suis pas capable; et je m'y sens tellement disproportionné, queje crois la chose absolument impossible.
Ce n'est pas que je ne croye qu'il y ait des règles aussi seures pour plaire que pour demonstrer, et que qui les sçauroit parfaitement connoistre et pratiquer ne reussist aussi seurement à se faire aymer des rois et de toutes sortes de personnes, qu'à demonstrer les elemens de la géométrie à ceux qui ont assez d'imagination pour en comprendre les hypothèses. Mais j'estime, et c'est peut estre ma foiblesse qui me le fait croire, qu'il est impossible d'y arriver. Au moins je sçay que si quelqu'un en est capable, ce sont des personnes queje connois, et qu'aucun autre n'a sur cela de si claires et de si abondantes lumières*. La raison de cette extrême difficulté vient de ce que les principes du plaisir ne sont pas fermes et stables. Ils sont divers en tous les hommes, et va-
I. Havet pense que Pascal pouvait songer ici à Nicole. Il semble qu'il conviendrait plutôt de regarder du côté de ceux qui, comme Meré, se sont fait une étude de l'art de plaire dans le monde. Cf. Adam, Opuscules philosophiques de Pascal, édit. citée, p. 122, n. i.
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riables dans chaque particulier avec une telle diversité, qu'il n'y a point d'homme plus difîercnt d'un autre que de soy mesme dans les divers temps*. Un homme a d*aulre8 plaisirs qu'une femme ; un riche et un pauvre en ont de diflerens ; un prince, un homme de guerre, un marchand, un bourgeois, un paysan, les vieux, les jeunes, les sains, les malades, tous varient ; les moindres accidens les changent.
Or, il y a un art, et c'est celuy que je donne, pour faire voir la liaison des veritez avec leurs principes soit de vray, soit de plaisir, pourveu que les principes qu'on a une fois avouez demeurent fermes et sans estre jamais démentis. Mais comme il y a peu de principes de cette sorte, et que hors de la géométrie, qui ne considère que des figures très simples, il n'y a presque point de veritez dont nous demeurions toujours d'accord, et encore moins d'objets de plaisir dont nous ne changions à toute heure, je ne sçay s'il y a moyen de donner des règles fermes pour accorder les discours à l'inconstance de nos caprices.
Cet art, que j'appelle Vart de persuader, et qui n*est proprement que la conduite des preuves méthodiques parfaites, consiste en trois parties essentielles : à définir les termes dont on doit se servir par des définitions claires : à proposer des principes ou axiomes evidens pour prouver la chose dont il s agit ; et à substituer toujours mentalement dans la démonstration les définitions à la place des définis.
I. Cf. Peiuiet, ptrticuliiTement lot fr. isa et suiv. T. II, p. 45 iqq.
La raison de cette méthode est évidente, puis qu'il seroit inutile de proposer ce qu'on veut prouver et d'en entreprendre la démonstration, si on n'avoit défini clairement tous les termes qui ne sont pas intelligibles ; et qu'il faut de mesme que la démonstration soit précédée delà demande des principes evidens qui y sont nécessaires, car si l'on n'asseure le fondement on ne peut asseurer l'édifice ; et qu'il faut enfin en demonstrant substituer mentalement les définitions à la place des définis, puisque autrement on pourroit abuser des divers sens qui se rencontrent dans les termes. Il est facile de voir qu'en observant cette méthode on est seur de convaincre, puisque, les termes estant tous entendus et parfaitement exempts d'équivoques par les définitions et les principes estant accordez, si dans la démonstration on substitue toujours mentalement les définitions à la place des définis, la force invincible des conséquences ne peut manquer d'avoir tout son effet.
Aussy jamais une démonstration dans laquelle ces circonstances sont gardées n'a pu recevoir le moindre doute ; et jamais celles oii elles manquent ne peuvent avoir de force*. Il importe donc bien de les comprendre et de les posséder, et c'est pour quoy,
I . Cf. Roberval : « On ne recevra aucune preuve ou démonstration, si elle n'est fondée sur des verilez connues des auparavant la preuve ou démonstration qu'on veut faire. Cette règle demeurera inviolable, et où elle manqueroit, il n'y auroit rien de prouvé » (loc. cit. p. 238).
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pour rendre la chose plus facile et plus présente, je les donneray toutes en ce peu de règles qui renferment tout ce qui est nécessaire pour la perfection des deGnitions, des axiomes et des démonstrations, et par conséquent de la méthode entière des preuves géométriques de Tart de persuader.
Règles pour les définitions.
I. N'entreprendre de définir aucune des choses tellement connues d*elles-mesmes, qu'on n'ait point de termes plus clairs pour les expliquer.
II. N'omettre' aucun des termes un peu obscurs ou équivoques, sans définition.
III. N'employer dans la définition des termes que des mots parfaitement connus, ou desjà expliquez.
Règles pour les axiomes.
I. N'omettre aucun des principes nécessaires sans avoir demandé si on l'accorde, quelque clair et évident qu'il puisse eslre.
II. Ne demander, en axiomes, que des choses parfaitement évidentes d'elles mesmes.
Règles pour les démonstrations.