A M. LE CARDINAL BENTIVOGLIO
suffira de luy alléguer vn Sainct du mesme pays que luy, célèbre Ouvrier de semblables pièces. Ce sainct Bourguignon, c'est Sainct Bernard, qui ne parle presque jamais aux Papes ny aux Evesques que par la voix des Prophètes et des Apostres.
En l'Epistre 527 au Pape Innocent, il dit de TEvesque d'Arras ce que le Prophète dit expressément de lesus-Christ : Et au mesme Innocent, luy escrivant pour ceux de Milan, qui s'estoient brouillez avec luy, il les nomme en la Langue de l'Escriture le Peuple de V acquisition, comme si le Pape Innocent estoit mort pour le salut de ceux de Milan. En beaucoup d'autres lieux, il ne fait point de difficulté de communiquer aux hommes les paroles que l'Escriture a premièrement adressées à Dieu : Mais en ces lieux, et en celuy-cy, son intention n'a pas esté de prendre ces termes en toute l'estenduë de leur signification, ny de leur faire plus dire que ce que la vertu d'vn homme peut recevoir, laquelle estant infiniment inférieure à la grandeur de Dieu, n'est pas capable d'une si haute eslevation que celle où se trouvent ces Passages en leur premier sens.
Il a donc pu appeler ceux de Milan, à l'esgard du Pape, le Peuple de V acquisition, qui sont les mots dont vse Sainct Pierre parlant du Peuple Chrestien racheté par le sang de lesus-Christ : Mais il ne les a pu appeller ainsi, au sens de Sainct Pierre. Car l'vn parle du rachapt du salut et de la rédemption de TAme; l'autre parle d'vne faveur temporelle et d'vne grâce purement humaine. Aussi quand je dis que la parole d'vn Evesque demeurera quoy que le C'w\ et la Terre passent, je ne prétends pas de comparer la parole d'vn homme à celle de Dieu ; Mais j'abbaisse ces termes jusques à mon sens, et n'en prends que l'extérieur et fescorce pour y enfermer ma conception, qui n'est ny profane ny ridicule.
Ce Fascheux, qui trouve tout profane et tout ridicule,
(|u>ust-il dit de rApostrophe qiio fit vn Prédicateur de la Ligue à l'Âme de Monsieur le Duc de Guise, s'adressant à Madame la Duchesse de Nemours, sa Mère, qui esloit à son Sermon : 0 sainct et glorieux Martyr de Dieu, bénit est le ventre qui fa porté et les mammelles qui font allaité ? Qu'eust-il dit du compliment de cet Ambassadeur d'Espagne en Angleterre, qui receut vne visite du roi lacques avec ces paroles de la Messe : Domine, non sum dignus vt intres sub tectum meuni? Qu'eust-il dit encore de cet autre Ambassadeur d'Espagne, résident à Home, qui, voyant passer la Princesse de Sulmone par vne rue, s'escria, comme s'il eust esté transporté d'vne divine fureur : Ave,Iiegina Cœlorum; Ave, Domina Angelorum ? Qu'eust dit le Docteur de Bezançon de ce Prince de Bretagne qui prit pour (\e\\se:Antequam Abraham esset, ego sum, et crût seulement exprimer par là Tantiquité et la noblesse de sa Maison? Qu'eust-il dit encore s'il eust oiiy dire : Et liomo factus est de cet autre Prince, qui, estant parvenu à l'Empire, se relascha de la sévérité des Maximes qu'il avoit tenues, estant personne privée, et laissa adoucir sa Vertu sauvage aux affections du sang et aux tendresses de la Nature? le n'approuve ny l'Apostrophe du Prédicateur de la Ligue, ny le Compliment du premier Ambassadeur, ny l'Enthousiasme du second, ny la Devise du Prince, ny la licencieuse Application des paroles tirées du Symbole des Apostres. Mais ce n'est pas à dire que je desapprouve généralement toutes les autres applications. le ne rejette pas tous les complimens qui sentent le stile de l'Escriture Saincte ; le ne condamne pas l'vsage de certains mots, qui peuvent passer de Dieu aux Hommes sans que l'honneur que les Hommes doivent à Dieu en souffre pour cela de diminution.
Dans les Livres Saincts, lesus-Christ n'est-il pas appelle, par similitude, Lion, Panthère, Ours et Aigneau ; Et Sainct Denis n'a-t'il pas fait cette remarque avant moy ? La Théologie.
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neantnioins, ne respecte point ces Mots, comme s'ils a voient esté vouez à Dieu par ces similitudes : Elle ne reserve point les images de ces choses pour la personne du Fils de Dieu, ny ne nous défend d'en tirer des comparaisons humaines pour nostre vsage. C'est plustost la parole de Dieu qui nous oste ce scrupule, si nous l'avions ; Et c'est l'Eglise, interprète de cette parole, qui se sert du mesme nom et de la mesme figure en des occasions extrêmement différentes. Car, comme Nostre Seigneur est le Lion de la Tribu de luda, nostre Ennemy est le Lion rugissant, tousjours prest à dévorer les Fidèles. Aussi la malédiction donnée au Serpent et sa teste brisée par la semence de la Femme, n'empeschent pas que le Serpent d'airain du désert ne soit l'Emblème du Dieu du Calvaire.
L'Infinité n'appartient qu'à Dieu, et la Création est vn droit qui luy est si propre, que mesme il ne le peut communiquer à vn autre; 11 n'y a personne qui en doute. Les hommes pourtant s'appellent tous les jours infiniment bons ou infiniment meschans, s'aiment ou se haïssent infiniment, ont vn nombre infini de vices ou de vertus. On crée aussi tous les jours dans les Assemblées civiles et militaires des Magistrats, des Syndics et des Officiers. Les Princes font tous les jours des Créatures, je dis les plus chastes Princes, et ceux qui ne se marient point.
A Rome, les Cardinaux qui sont obligez de leur promotion au Cardinal Barberin, se nomment vulgairement les Créatures de Barberin. Et la première fois qu'vn nouveau venu en ce pays-là se trouve aux Cérémonies publiques, *où le Pape assiste et les Cardinaux, pour luy donner quelque connoissance de la Cour, on luy montre parmy ces Princes de robe longue les Créatures d'Aldobrandin, les Créatures de Borghese, celles de Ludovisio, etc. Les lurisconsultes ^et les Théologiens, les Séculiers et les Prestres parlent ainsi : C'est l'vsage de la Cour, c'est la Langue du Consistoire et du Con-
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clave. Mais le Docteur de Bezancon est plus régulier en ses paroles, que la Cour, que le Consistoire et que le Conclave, il condamne les Goustumes, les Vsages et les Langues. Les Locutions les plus receues luy sont suspectes d'impiété : Les plus nobles luy semblent pleines d'extrnvaL^nnre, coniine nous allons voir tout à Theure.
DISCOVRS SECOND,
OV L ALTHEVR DEFEND QVELQVES FAÇOxNS DE PARLER HARDIES.
Voicy vne de ces nobles Locutions, et il faut la soustenir contre les forces de mon ennemy. Si je ne me trompe, ce sera vn lieu funeste à sa réputation, et devant lequel il recevra vn affront. S'il prend la peine de bien considérer mes Défenses, je ne pense pas qu'il ait jamais envie d'attaquer.
Il trouve estrange que j'aie dit du premier Ministre de la Chrestienté que, pour en avoir vn pareil à luy, il est besoin que toute la Nature travaille, et que Dieu le promette longtemps aux hommes avant que de le faire naistre. Mais vous qui lisez des Livres et qui en faites, que trouvez-vous de si estrange en ce que j'ay dit d'vn Homme qu'on appelle extraordinaire à Paris, à Rome et à Madrid? Quel excez remarquez-vous en vne façon de parler qui est si commune à ("eux qui parlent avec ornement?
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ie scay bien qu'à prendre les choses à la rigueur, et dans la tyrannie de l'Eschole, les effets que nous voyons dans le Monde ne désirent pas vn plus grand travail en Dieu les vns que les autres. Il est certain que la Sagesse de Dieu n'a pas opéré avec plus d'effort en la création du Soleil qu'en celle du moindre feu de la Nuit, et que les Hommes ne luy coustent pas plus que les Insectes; Mais parce que le mérite de ces pièces du Monde si différentes nous touchent diversement, il est certain aussi que nous les considérons dVne différente sorte. Nous remarquons en quelques-vnes comme des ombres obscures et vue faculté espargnée ; et en d'autres des images parfaites et vne plénitude de puissance. Il nous semble que cette souveraine force se relascbe en certaines actions, et qu'en d'autres elle se roidit , qu'elle n'est pas si dignement occupée en cet Ouvrage qu'en celuy-là, que l'employ de la Création est quelquefois plus noble et quelquefois moins.
Par tout et tousjours, sans excepter Rome, depuis mesme qu'elle a abjuré Tldolatrie et qu'elle s'est faite Chrestienne, le Soleil a eu des Adorateurs et des Hymnes : l'ay veû des Homilies qui s'en plaignent et qui reprochent ce reste de superstition aux Chrestiens de Rome. Ceux qui n'avoient pas connoissance de l'Incarnation du Verbe ont crû et ont dit que le Soleil estoit le fils visible du Père invisible. Et, pour ne point parler des beautez et des richesses de l'Ame de l'Homme, la seule composition du corps humain a esté trouvée si ingénieuse et si pleine d'art, que le Prophète s'escrie en quelque lieu de ses Pseaumes que cest par elle que la Science divine se rend admirable, comme s'il disoit que l'Homme est la merveille de Dieu.
Et de fait, en la naissance du Monde, Dieu ayant commandé absolument que la Lumière fust faite et que la Terre produisist, on a remarqué qu'il changea de termes quand il vint à l'Homme. Il ne dit pas ; Qu'il soit fait, mais : Fai-
liN (KIVKES l)K BALZAC.
sons-le, comme s'il eust voulu entrer en délibération et prendre du temps et du loisir pour se résoudre sur la structure de ce superbe Animal, qui devoit estre le Roy des autres. Non pas qu'au respect de Dieu il faille ny plus de temps, ny plus de conseil, ny plus de peine, pour produire le Grand que le Petit, et les Créatures animées que celles qui n'ont point d'Ame : Mais TEscriture Sainctea euesgard à nostre façon de concevoir et de dire : Elle a voulu exprimer Texcellence de l'Effet par vne action plus estudiée et plus sérieuse qu'elle semble attribuer à la Cause.
Or, puis que nous ne scavons pas la Langue du Ciel, et que lessainctes Lettres mesmes traitent en termes humains des choses divines : Puisque, dans la Genèse, Dieu se repose le septiesme jour, ce qui semble présupposer qu'il a travaillé les six precedens : Puis qu'il est fait mention du Doigt de Dieu en quelques Evenemens estranges, comme s'il y laissoil son impression et ses marques, et qu'aux effets communs il ne poussast que légèrement les choses : Puis qu'ailleurs il est parlé de son Bras estendu, comme s'il le retiroit et le deployoit selon l'exigence des occasions, et que tous ses coups ne fussent pas d'vne égale force : Puis que quelquefois il paroist moins de différence de l'homme à la beste que de l'homme à l'homme, et que Mercure Trismegiste, ou quiconque fut Autlieur de l'Astronomie, ne semble pas estre de mesme fabrique que Meletides, qui ne put jamais compter que jusqu'à trois, et qui ne sçavoit de son Père ou de sa Mère lequel des deux estoit accouché de luy ; Puis que, sur tant de bons fondemens, vn illustre Italien du temps de nos Pores a escrit que l'entendement éternel estoit en vne haute pensée, et avoit vn grand dessein lorsquil fit le Cardinal Hippolyte d'Est : Pourquoy, ne meslant point Dieu en mon Discours, et m'abstenant de ce redoutable mot, ne pourrayje vser d'vne liberté beaucoup plus modeste, et dire d'vn Cardinal Tout puissant, avec lequel il n'y a point de Cardinal
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({ui puisse entrer en compamison sans recevoir de la faveur, que la Nature a travaillé davantage en sa personne qiCen cAle des hommes ordinaires ?
le n'apporte rien de nouveau ny de prodigieux dans le Monde , le ne me mets point à quartier du chemin public. Ce sont des locutions familières aux Poètes, aux Historiens et aux Orateurs; et pour estre surpris de ces vieilles Nouveautez, il faut avoir peu de Communication avec ces Messieurs du temps passé. On ne voit dans leurs Ouvrages que la Nature Mère, la Nature Marastre, la Nature qui forme les vns avec soin, qui jette les autres sur la Terre comme par despit; la Nature qui se joue en des opérations extravagantes, qui fait son apprentissage par vne fleur de moindre beauté avant que d'entreprendre le Lys ; qui est tantost Maistresse de l'Art et tantost Imitatrice ; qui se lasse, qui s'efforce, qui devient stérile, qui reprend sa fécondité, qui vieillit, qui rajeunit.
Personne n'a appelle Averroës en jugement pour avoir dit qu'avant qu'Aristote fust né la Nature n'estoit pas entièrement achevée, quelle a receû en Imj son dernier accomplissement et la perfection de son estre ; quelle ne sçauroit plus passer outre, que cest V extrémité de ses forces et la borne de r intelligence humaine. Yn autre Philosophe a enchery sur Averroës, et a dit depuis qu'Aristote estoit vne seconde
NATVRE.
Nous souffrons ce mauvais mot d'vn Autheur Romain, QVE Caton et la Probité sortirekt tovt a la fois, comme devx IvMEAvx, Dv ventre DE LA Natvre. Ou Ht daus les harangues d'vn grand Personnage de nostre temps que Ma Nature se donna trop de licence, et entreprit plus qu'elle ne devoit en la naissance d'vn autre grand Personnage, dont il fait le Panégyrique. Il lui semble qu elle pouvoit estre plus retenue et plus modérée.
Mon stile n'est-il pas lasche en comparaison de celuv-là?
mo ŒUVRES DE BALZAC.
Si on considère le vol que prend le Philosophe Averroës et Tautre Philosophe qui a esté encore plus loin que luy, mes conceptions ne sont-elles pas basses et languissantes? N'ay-je pas esté trop timide dans la liberté du genre Démonstratif, veû les exemples de ceux qui ont escrit devant moy, qui, en semblables occasions, ont esté hardis jusqu'à l'insolence, et n'ont rien refusé à leur matière?
11 \ a des Ames fatales, n'en doutons point, qui sont d'vn ordre supérieur, qui naissent Maistresses et Souveraines des autres âmes ; qui viennent renouveler le Monde et changer la face de leur Siècle. Ces Ames ne viennent ny en foule, ny par tout, ny tous les jours. Vn Ancien a dit d'elles que tout le Ciel estoit occupé à faire leur destinée. Thebes a esté Mère d'vn Capitaine, mais ce fut vn fils vnique. La Scythie porta vn Philosophe, et après cela elle fut stérile. Vn âge n'est souvent remarquable que par vn Homme ; et il y a quelquefois vn Homme si regardé dans le Monde, qu'il peut se dire Tobjet et la fin des autres hommes. Ceux dont je parle ne sont donc pas les plus communes productions de la Nature : Ce ne sont pas ses actions les plus négligées. Quoy que die le Docteur de Bezançon, ils peuvent bien estre promis avant que d'estre donnez.
H s'imagine pourtant qu'il n'y a point de moyen que je me puisse tirer de ce mauvais pas, et il pense tout de bon m'avoir pris. Mais si cela est, il sera bien-tost emmené par son Prisonnier : Et s'il me demande, croyant me proposer vne Enigme, qui sont ceux-là, outre ïesus- Christ et son Précurseur, qui ont esté promis avant leur naissance, je luy respondray, me renfermant dans les bornes de l'Escriture Saincte, qu'Isaac a esté promis, que Samson a esté promis, que Samuel l'a esté, que losias l'a esté encore.
Mais je luy demande à mon tour qui luy a dit que Dieu n'ait que ce seul moyen de nous faire entendre sa volonté, et que toutes ses promesses soient escrites? N'a-t'il rien pro-
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mis aux hommes depuis la m^rt des premiers Fidèles et depuis la publication de TEvangile? N'a-t'il pas vn nombre infini de Messagers? Ne se sert-il plus de l'entremise des Anges? N'envoye-t'il plus de Songes et de Présages, qui annoncent ses grâces et ses bienfaits? Combien se lit-il de Saincts, dans l'Histoire Ecclésiastique, qui ont esté promis à leurs mères? Combien voyons-nous de Fils de leurs larmes, de Fils de leurs prières, de Fils de leurs vœux? L'Eglise n'a jamais manqué de personnes divinement inspirées. Elle a tousjours eu des Apostres, des Martyrs et des Prophètes : Et si le Docteur de la Franche-Comté avoit leû avec attention la seconde Lettre que Sainct Paul escrit aux Corinthiens, il ne me feroit pas de ces mauvaises objections.
l'ay pitié d'vn homme si foible et si querelleux, qui trouble la Paix et ne sçait pas faire la Guerre. Il me fasche que ce soit le grand amy d'vn de nos amis qui m'oblige à l'instruire sur des choses si communes. Oh ! que je traiterois mal vn homme qui luy seroit indiffèrent, s'il avoit besoin d'vne si vulgaire instruction. Ce n'est pas tout, neantmoins, car sa doctrine est encore plus grande que son jugement. Comme la Calomnie est imprudente et mal-avisée, il se brise en me touchant ; Il s'enferre de ses propres armes.
Le Docteur trouve mauvais ce que j'ay escrit de Monsieur le Cardinal de Richelieu, et ne considère pas qu'il a escrit luy-mesme dans le mesme Livre, où il trouve mauvais ce que j'ay escrit, que Monsieur le Cardinal de Berulle et Monsieur l'Evesque de Nantes so«t ces devx Chandeliers ar- DENS prédits et figurés par les Sainctes Escritures. le parle en termes généraux d'vne chose possible, et qui arrive extrordinairement quand il vient au Monde des hommes extraordinaires : Mais luy passe bien outre et me laisse derrière luy. Il asseure de ces deux dignes Prélats, qui se sont mocquez de luy et de ses loiianges, que les Prophéties ont parlé d'eux en individu, c'est-à-dire en leur propre personne; et
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que Sainct lean les a veus, \ei a marquez et les a presque nommez dans TApocalypse. 11 veut à toute force qu'ils ayent esté promis à l'Eglise, en l'Isle de Patmos, environ quinze cens ans avant qu'ils soyent nés. et ne veut pas qu'il y en ait d'autres dont lo naissance puisse estre signifiée, ou par vn Songe, ou par vn Présage, ou par quelque autre avertissement du Ciel.
Vous voyez la licence de ce Scrupuleux, et vous avez veû l'ignorance de ce Docteur^ Gelle-cy est si lourde et si espaisse. (jue de luy donner vn autre nom, ce seroit la nommer trop improprement; ce seroit parler trop ouvertement contre sa conscience. La Civilité a des limites qui nes'estendentpas jus- ([ues-là; Et d'ailleurs il m'a défendu l'vsage de l'Ironie, dans laquelle il eust peut-estre trouvé son compte. A parler donc tout debon, quelle ame fut jamais plus aveugle naturellement et moins esclairée de dehors? Qui eust crû que le Docteur de Bezancon eust ignoré assez de choses pour me faire paroistre sçavant? Qui se fust imaginé qu'il eust pu faillir si grossièrement en sa profession que je pusse remarquer ses fautes?
Il pèche, ce grand Docteur, contre les principes des Lettres Sainctes; Il est Estranger chez les saincts Pères. Il s'esgare dans l'Antiquité Ecclésiastique ; 11 me donne mille moyens de le combattre en des lieux où il devoit avoir tous les avantages de son costé. Or, apparemment, il doit encore moins sçavoir la Rhétorique que la Théologie. Celle-cy est son affaire et sa possession, et je ne sçay comment il s'est trouvé engagé dans l'autre : Il y a esté jette par vne tempeste : Ce luy est vne Région inconnue.
De cela il est aisé de tirer la conséquence, et de juger de mon Adversaire Grammairien par mon Adversaire Philosophe et Théologien. ]N'est-ce pas vn préjugé pour le bon succez des Paroles et du Stile, de voir qu'il reiissit si mal contrôla Doctrine et contre les choses ? N'est-ce pas avoir de-
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fendu le Tout que d'avoir défendu celte partie? Et à quoy serviroit la publication de Texamen que j'ay fait de sa Chicane, qu'à lasser des Esprits qui sont satisfaits et à replaider vn procez qu'il a perdu? Il n'y a pas beaucoup d'apparence qu'il seache mieux mon Art qu'il ne sçait le sien, ny qu'il fasse des objections raisonnables en des matières qui sont à Autruy, puis qu'il en fait de si absurdes en celles qui luy sont propres. Et si vn Maistre d'escrime est battu en sa Salle et de ses Fleurets, quel avantage peut-il espérer ailleurs, et que doit-il devenir estant hors de là?
le m'en rapporte aux François et aux Bourguignons, à Monsieur Brun, le Demosthene de Dole, aussi bien qu'à Monsieur Le Maistre, le Giceron de Paris. le n'en veux pas moins croire les amis du Docteur que les miens, l'en croirois mesme le Docteur, s'il pouvoit obtenir du Ciel vn intervalle de lumière, pour voir que souvent il y a grande différence entre vn Docteur et vn Animal raisonnable. Nous serions d'accord luy et moy s'il s'estoit reconcilié avec le bon sens : Mais c'est vne querelle qui n'est pas aisée à accommoder.
Achevons donc de dire la Vérité, et disons-la avec la confiance qu'elle nous donne après avoir combattu pour elle. Tout ce qu'il y a de raisonnable sur la Terre, tout ce qui sçait parler, tout ce qui sçait lire, s'eslevera contre ce lasche Corrupteur des paroles et de l'Escriture. 11 sera condamné par tous les hommes du Siècle présent : Mais j'espère de plus que difficilement trouvera-t-il de la faveur chez les hommes de l'âge advenir. Sans doute la Postérité me fera raison.
Celte bonne Postérité ne sera ny envieuse ny partiale. Il n'y aura point de faction ny de brigue, pour corrompre son intégrité à mon préjudice. Le moins que j'en doive attendre, c'est qu'elle me mettra au nombre des Innocens qui ont eu de<i Dfdatpurs et qui ont souffert persécution : Et le pins
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• |u ullr puisse faire pour mes Ennemis, ce sera de les adjtjustcr à ces Téméraires qui se sont précipitez par vanité, et qui ont cherché de la réputation par leur cheute. Si le Libelle de celuy-cy va jusques à elle, elle en jugera d'vn esprit désintéressé et libre de passion. Elle ne sera esblouïe ny de l'esclat de ses Dorures, ny des promesses de son Tiltre, ny de la qualité de son Autheur.
Elle prononcera, mais elle prononcera souverainement que c'est dans cette Satyre ov l'on voit kn mksme liev l'avdace de l'ignorance et le pev d'adresse de la calomnie, les efforts qv'elle a faits et l'impvissange qv'elle amonstrée. Qve c'est ICI- ov l'on trovve dv serievx a faire rire, de la raillerie a
FAIRE pitié ; VNE DEPLORABLE DIALECTIQVE, VNE PLVS MALHEV- REVSE GRAMMAIRE ; VNE EXTRESME FOIBLESSE SOVSTENVE PAR VNE EXTRLSME PRESOMPTION. En VN MOT, QVE LE DoCTEVR DE BeZAN- ÇON EST LE VRAY HOMME DE QVI PlINE A DIT Qv'iL n'eST RIEN DK PLVS SVPERBE, NY TOVT ENSEMBLE DE PLVS MISERABLE.
HOMINK NIL SVPKHBIVS KSSt:, NIL MISERIVS