‹ Œuvres. Publiées sur les anciennes éditionsChapitre 16 sur 58 · VIS · texte numérisé non relu

VIS

ÂPVIS PRONONCÉ ET 0EPVIS ESCRIT

h:\THAlT D'V.Nt COiNVl^liSA TION

DANS LA<JVfc:LLfc: II, F\ 1 l'AlU.K DES MIMSl'KES ET DV MlMSlERL.

A MOxNSltVK GIHAUD unifiai et Archidiacre d'Angoulesiuc.

Vous aurez ce que vous avez désiré de moy; car qui scauroit refuser à vn homme qui demande de si bonne grâce? Quand mesme cet homme ne seroit pas mon parfait Amv , ne seroit pas mon Révérend Père en Dieu, ne seroit pas le commencement d'vn Archevesque et plus de la moitié d'vn Monseigneur? Quand cet homme (vn peu de patience, je ne suis pas au bout de ma période), quand cet homme, dis-je, si considérable par son charactere et par son mérite, n'auroit pas sur moy et sur mes papiers le droict que luy donnent vne affection et vne fideliU' de quarante ans. le vous envoyé donc, Monsieur, mon Ad\ is de l*autre jour, Favory d'Avgvstk, lIc la demi en; revision, et la Lettre a i-A Belnf de Svede. Vous communiquerez tout cela à monsieur nostre Gouverneur, puisqu'il cherche du divertissement et qu'il croit en trouver dans mes Papiers. Mais je vous prie de Tadvertir que dans I'Advis rien n'a esté adjousté à la vive

i6'i (EUVHKS DK lîALZAC.

voix. Si j'y voulois apporter de l'ordre, je falsifieiois la chose, qui ne fut point traitée méthodiquement et selon les règles de PArt. La voicy de la sorte qu'elle se passa, dans la liberté de la Conversation, après la lecture qu'on nous lit du premier et du cinquiesme Discours d'ARisTippE.

Il ne faut pas que le Prince suive ses inclinations quand il faut qu'il choisisse ses Ministres. Hors d'icy le caprice et les ()hantaisies : Ailleurs qu'il se joiio et qu'il se divertisse tantqu'il luy [daira. En ces grands Choix il doit vser de la sévérité de son jugement, et y apporter premièrement l'indifférence de .sa volonté. Ce doit estre vne pure opération de sa raison, libre et despoiiillée d'amour et de haine.

Apres vne exacte recherche et vne sérieuse délibération, après s'estre pleinement satisfait sur toutes les difficultez (ju'il s'est faites à luy-mesme, et qui luy ont esté faites par autruy, il conclura que le loisir de ce Particulier estait dommageable à la République, et qiC elle 'perdait autant de temps qiiil en mettait à se reposer. Mais en suite, ayant esprouvé lu l^ersonne qu'il a choisie, et ayant receû les services qu'il a espérez, s'il veut faire justice, il fera de son Ministre son Favory, et ne luy laissera rien à désirer de la reconnoissance d'vn Prince obligé. Il est juste qu'il ne départe pas des honneurs communs à vne vertu extraordinaire: qu'il ne dispense pas ses grâces avarement en vn lieu où le Ciel a versé toutes les siennes.

Mais souvenez-vous, Monsieur, que je parlois d'Agrippa et de Mecenas, qui sont morts il y a longtemps et qui n'ont point laissé de leur Race. Quoy que la Terre soit grande et que le nombre des Peuples qui l'habitent ne soit pas petit, Auguste n'eust pas pu trouver en toute son estenduë deux meilleurs et plus efficaces instrumens des glorieuses entreprises qu'il meditoit. Il a voit besoin de ces deux hommes pourreslablissement de cette Paix éternelle qu'il avoit

AlUS'Jll'l'l!;. 2B?

(le5.&oui de duiinei' à l'Vnivers. Ces gciis-la lu} esloieiit nécessaires pour persuader l'obéissance aux personnes libres, pour faire révérer ses armes par les Vaincus, pour rendre agréable à vn chacun vne Puissance redoutée de tout le Monde.

Quoy davantage'.' G'estoient des Amis dignes d'Auguste, esclairez des plus pures lumières de la Sagesse quand il faloit délibérer, bruslans de zèle et d'alfection quand il faloit exécuter les choses délibérées. Tantost ils suivoient les intentions d'Auguste, tantost ils les prevenoient : Ils n'obeïssoient pas seulement à ses paroles et à ses commandemens, mais aussi à ses signes et à ses désirs. Tout autre qu'eux n'eustpùsoustenir l'esclat d'vne vertu si vive et si agissante (|ue la sienne, bien loin de la pouvoir appuyer, de la fortilier, comme ils faisoient, et de travailler avec elle.

N'est-il pas vray qu'vn Prince qui a de pareils Ministres peut prendre quelques heures de repos, sans préjudice du Repos public ; peut destendre la contention de son esprit sans que ses affaires en pâtissent? le m'asseure que vous en demeurerez d'accord avec moy; mais vous m'advouërez aussi que tels Appuis ne se trouvent pas en foule sous vn llegne ny dans vn Royaume, non pas mesme dans I'Histoire, qui embrasse plusieurs P»egnes et plusieurs Royaumes. Semblables Aides sont de rares presens du Ciel. On a beau scavoir choisir, ces sortes d'eslections ne se peuvent pas faire tous les jours. Tous les Siècles ne sont pas si heureux que îeluy d'Auguste, et I-Hoînme dont le Monde a besoin tiest 'm quelquefois encore né. ^

Il y a des Ames capables de peur (ce fut le second point le noslre Conversation), belles Ames d'ailleurs, et qui ne nanquent pas de lumière : Mais elles n'ont point de feu, ou l est si mal allumé, si foible et si languissant, qu'il ne paoist point avoir d'action. Ces âmes ne sont propres ({u à

exercer des vertus aisées; elles ne sçaveiil u^^ir (jue qiKuid elles ne trouvent point de résistance. Pareils Ministres n'ont njarde de rien donner au Hazarrl. ils voiidroicnt vn Dieu pour caution et plus dVn Oracle pour asseurance dans les moindres choses qu'ils entreprennent. LeurMaistre peut avoir du courage; Mais la timidit('^ de leurs conseils euiousse tousjours kl pointe de son cournge : Us le retiennent tousjours et ne le poussent jamais.

Prenez garde, je vous prie, à ces habiles poltrons dont Aristippe nous vient de parler : Voyez comme vne nouvelle expérience met leur sagesse en desordre; comme vn simple bruit, sans autheur et sans fondement, les jette hors de leur jissielte ordinaire. Quelque graves et dissimulez qu'ils soyent, à la première alarme le masque leur tombe à terr •. « On apprend toutes les affaires sur leur visage; On y lit Vn- « presdisnée les Depesches qu'ils ont receuës le matin » (nous disoit vn jour le bon et sage Monsieur Courart). Quoy qu'ils taschent de se couvrir par vn silence contraint, Temotion de leur esprit paroist tousjours dans le trouble de leurs yeux.

Quand nostre Philippe de Commines apprit par la bouche du Duc de Venise la Ligue qui avoit esté conclue contre le Pioy Charles son Maistre entre la Seigneurie, le Pape, le Roy des Domains, etc., cette Nouvelle, dont il m^ s'estoit point douté durant le temps de son Ambassade, le surprit de telle sorte, s'il faut en croire le Cardinal Bembe, i\uï\ faillit à perdre subitement l'esprit. Et quand il fut sorti du Sénat,, avec vn Secrétaire de la Seigneurie qui avoit eu ordre de l'accompagner : « Mon amy, luy dit-il, je te prie de me re- « dire ce que le Prince m'a dit, car j'ay oublié toutes choses; « je ne scay qu'est devenue ny ma mémoire ny ma raison. >>

Cet Exemple est singulier, soit du Secret gardé entre tant de Sénateurs et tant d'Ambassadeurs qui avoient trait(' hi l.igue, soil do la surprise du Nostre. qui, les voyant tous Ui> jouis, ne sentit jamais rien de leur Traité. Neanlnioins i! ne

doit pas perdre pour C('la hi bonne réputation qn'il avoit méritée d'ailleurs. Vn coup de foudre on temps serain peut estonner vn homme qui ne songe pas à la tempeste. Mais il y a des hommes, et j'en ai connu quelques-vns, à qui tous les bruits sont des coups de foudre et qui s'estonnent de tout. Il y a des gens que la confiance et le desespoir prennent et laissent plusieurs fois en vn mesme jour.

Vne si vilaine agitation, et si messeante à la dignité du Sage (je parle du Sage du Monde et non pas du Sage des Stoïques), est bien esloignée de cette égalité d'esprit qui doit paroistre dans les divers changemens des choses humaines, dans le (lux et le reflux de la Cour. Ce n'est pas la constance qu'il faut tesmoigner parmi les legeretez et les bizarreries lie la Fortune. Le Pilote tremblera-t'il et palira-t'il à la première vague qui s'eslevera; laissera-t'il tomber de ses mains le gouvernail? Quittera-t'il sa place, abandonnera -t'il le vaisseau à la tempeste si elle ne cesse pas sitost qu'il le veut ?

Il peut arriver vne funeste nouvelle qui causera vn estonnement vniversel. On criera partout que tout est perdu: On viendra dire quWnnibal est aux portes de la Ville; qu'vne Province s'est révoltée et qu'vne autre branle. En cette consternation publique, le Ministre s'iroit-il cacher au fond du Palais, pour pleurer les misères de l' Estât et faire des vœux avec les Femmes? Au contraire, s'il me croit, il se fera voir dans les Places et aux autres lieux plus fréquentez : Il se présentera partout à la mauvaise Fortune; Et parce qu'il ne craindra point il méritera d'estre respecté. Vn Poëte a dit plus que moy : Mervitqve timeri non metvens.

Ny Taudace des mauvais Subjets, ny la foiblesse des gens de bien, ny les murmures du Peuple ignorant, ny les discours qu'il entendra de sa chambre, de ceux qui parieront sa perte dans sa basse-cour, ne seront pas capables de troubler cette sérénité de visage, qui dérive, au dehors, de la paix, et de la tranquillité du dedans. •

'im iKUVr.KS OE H.M.ZAC.

Il rasseurera par sa bonne Mine les Cœurs Effrayez. Il >t tiendra droit sur les ruines qui fondront sous luy. Il ne désespérera point do la Republi(|ue : Mais considérant qy'on

SE TROMPE AVSSI BIEN DANS LE DESESPOIR QVE DANS l'eSPERANCI- , ET QVE LES MALADIES DONT ON MEVRT ET CELLES DONT ON (.VERIT ONT

LE MESME COMMENCEMENT, apres avoir employé en celles-cy tous les remèdes possibles, et n'avoir rien oublié des secrets de l'Art, il se jettern entre les bras de la Providence et recoininandera à Dieu les affaires : fe lien^ encore cecy du bcm et sa^e Monsieur Conrarl.

n faut bien que cette asseurance parmi des Estonnez ei ce calme dans l'orage procède de la forte constitution de l'Ame, qui n'est point subjette aux desordres qu'excitent les passions, et ne bianle point, de quelque impétuosité que la Fortune la clioque : Mais quoy que puissent dire les Barbares de la Cour, ou si vous aimez mieux les nommer, les Courtisans ennemis des Lettres, Testude de la Sagesse n'es! pas vn secours inutile à la Magnanimité et au lugement.

La véritable, la bonne Philosophie, car il y en a vue fausst^ et vne mauvaise, nous rend la Mort familière par vne fréquente Méditation : Elle nous oste la peur et nous diminue le mal : Elle nous apprend que les seules fautes que nous faisons sont les seuls malheurs qui nous arrivent, et que la consolation que reçoit vn liomme qui ne perd point pnr son imprudence, mais par l'infidélité dautruy, est préférable au^ bons succez de celuy (jui gaigne par son crime et non pas par sa vertu .

Le Ministre dont vous vous imaginez que j'ay fait le Pon- TRAiT, mais que je le garde dans ma cassette, estant appell»au Gouvernement en ces temps fascheux, se doit appuyer sur ces principes : Il doit passer de la Philosophie des Paroles à celle des actions : Vn accident impreveû ne renversera point ses règles et ses maximes, parce qu'il n'y aura point

AUlSTJI'l't. ^7

d'accident qu'fl ne prevoye et qu'il ne sente venir de loin. Il n'appréhendera ny le danger de sa personne ny la raine de sa fortune ; Il n'appréhendera que le blasme et la mauvaise réputation : Et quoy que la prudence soit vne vertu principalement occupée à la conservation de celuy qui la possède, la Prudence n'empeschera pas qu'il n'y ait plusieurs biens qu'il estime davantage que la Vie.

Mais quand les choses s'adouciront et que le Temps sera devenu moins mauvais, il ne s'endormira pas pour cela dans la bonaceny ne se relaschera de sa première vigueur. Nostre Sage ira au devant de tous les Desordres, non seulement avec des yeux vifs et penetrans, mais aussi avec vn cœuiferme et intrépide. S'il voit paroistre quelque signe de changement et le moindre présage de Guerre civile, il taschera d'estouffer le Monstre avant qu'il soit né. On aura beau luy représenter les inconveniens qui le menacent en son particulier, s'il se veut opposer à la Faction naissante, il passera sur toutes les considérations qui arrestent la pluspart des autres Sages, et songera seulement h faire son devoir sans se •soucier avec combien de péril il le fera.

Quand il y aura ou vn Fils ou vn Frère de Roy qu'on voudra porter dans les broiiilleries, il n'aigrira point ce Fils ou ce Frère, mais il le flattera encore moins. 11 donnera des conseils au Père ou au Frère aisné, qui ne seront ny timides ny cruels. Et si on tasche d'esloigner de luy l'affection de ces jeunes Princes, il aimera mieux les servir sans qu'ils luy en sçachent gré que de leur plaire en les desservant : Il ne regardera pas tant à ce qu'ils sembleront vouloir alors qu'à ce qu'ils voudront à Tadvenir, ny tant auxinterestsd'autruy dans lesquels on les embarque, qu'à leurs vrais et naturels interests, qui ne peuvent estre séparez de ceux du Roy et do, la Couronne.

De cette sorte il entreprendra la Cause publique avec vne probité courageuse, et ne tesmoignera pas de zèle indiscret.

•268 ŒUVHES DE BALZAC.

Sa force sera sans rudesse et sans aspreté : Sa tidelité pour son Maistre sera sans haine pour le Frère ou pour le Fils de son Maistre. Il apportora vne hardiesse respectueuse et pleine de modestie en dos occasions où les autres gasteroient tout par leur violence ou par leur mollesse. En tout cas, comme il a esté dit d'abord, il faut qu'il soit résolu au pis qui luy sçauroit arriver. Que pour sauver l'Estat, il soit prodigue de soy-mesme, cet Homme du Roy; qu'il ne s'engage pris simplement dans vne action hazardeuse, et dont l'événement puisse estre douteux; mais qu'il se dévoue à vne mort asscurée, si le service de son Maistre l'exige de luy.

C'est cette qualité si nécessaire au Ministre à'aimer la Personne du Prince aussi bien que son Estât. L'vne et l'autre passion doit également posséder son ame, et l'vne sans l'autre est défectueuse. Nous allasmes plus avant; et après avoir respondu à ce qui fut allégué de l'Histoire de d'Auhigné, sur le subjet des Ducs de loyeuse et d Espernon, je revins ainsi à nostre matière.

On a dit autrefois de deux Macédoniens « que l'vn aimoit (( Alexandre, et que l'autre aimoit le Roy. » Il n'est pas bien départager vne chose qui doit demeurer entière. Pourquoy séparer le Roy d'avec Alexandre, et mettre en pièces ce pauvre Prince? Cette division est violente et outrage la Nature. Cest couper vn corps en deux. Les interests du Ro\ sont inséparablement vnis à ceux de l'Estat; Et je vous advouë que je ne puis approuver la bassesse du Cardinal de Birague, qui disoit ordinairement : « le ne suis pas Chancelier (( de France, je suis Chancelier du Roy. » Il pouvoit adjouster : « Et de la Reyne sa Mère, » de laquelle il estoit Créature. Pour ne rien dire de pis, il me semble qu'il ne doit point estre loué de ce mauvais Mot.

Les bons Princes protestent eux-mesmes quHls sont à aiitruy et qu'Us se doivent à la République. A plus forte raison

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luy doivenl-ils les Magistrats el les autres Ollieiers. Ils n'ont donc garde de donner el d'osier en mesme temps vne mesme i-ljose : lis ont l'ame trop noble pour eslre capables d'vne si vilaine avarice. Se repenti roienl-ils de leur libéralité? Voudroient-ils reprendre en secret vn présent qu'ils ont fait solennellement à tout le monde? l'appelle ainsi l'administration de la lustice, les bons luges et les bonnes Loix.

Sans doute cet Homme de Milan comploit la France pour rien : 11 ne pouvoit pas luy mieux faire voir que par là qu'il estoit Estranger et qu'elle luy estoit indifférente. Mais n'en desplaise au Cardinal de Birague, le Ministre aimera tout ensemble le Roy et l'Eslat. Et s'il aime encore quelque autre chose, ses secondes affections se rangeront tousjours sous la subjetion et sous les ordres de la première.

S'il se marie, il ne prendra point d'alliance qui soit suspecte à l'Eslat et qui donne de jalousie au Prince. Mais c'est trop que cela : Il renoncera à sa Patrie; Il rompra toutes les chaisnos de la Nature; Il sacrifiera tout au bien de l'Eslat, si le bien de l'Eslat le désire ainsi. Il fera voir que dans vne Monarchie il peut y avoir vn jeune Brulus, qui préfère son devoir à ses Enfans, et les sçait perdre quand il est besoin pour le service du Roy. Ce sera vn autre Marquis de Pisani, qui dit vn jour sur le subjet de sa Fille vnique, de cette Fille qui a esté depuis el qui est encore aujourd'huy la merveille de son Siècle : « Si je sçavois qu'après mort elle deust estre « femme dVn homme qui ne fust pas serviteur du Roy, je '( l'estranglerois tout à cette heure de mes propres mains. >

Mais si le Ministre n'i^sl point marié, et s'il garde mesme continence, ce sera vn avantage aux Affaires de Son Maistre, encore plus asseuré et subjet à moins d'inconveniens. Ce ne sera pas peu que celuy qui doit perpétuellement agir, soit du courage, soit de l'esprit, ne connoisse point les voluptez défendues qui ont abruti tant de Sages et mené tant de victorieux en triomphe : Mais la bonne chose qu'il n'ait pas

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mesme do légitimes passions, qui amusent pour le moins et divertissent, si elles ne desbauchent et ne corrompent. Les soins domestiques, (jui vsurpent tant de temps sur les affaires , n'emporteront pas vn(; heure de ce Ministre. Il ne pensera point à la durée de sa Famille; il n'aura de pensée que pour l'elernilé de TKstat. Son affection, qui eust esté divisée entre vue Femme, des Fils et des Gendres, qui se fust écoulée en d'autres suites et d'autres dépendances du Mariage, et dont la moindre partie fust venue à son Maistre. sera vnie et ramassée en ce seul Objet. Son Ame estant vuide des petits soins, se remplira de tous ceux du Public, etc.

Apres quoy il ne sera point en peine de chercher des Langues vénales et des p!\imes mercenaires. Il sera bien mieux loin* par la Voix publique que par celle des Particuliers. Ce ne seront pas quelques Orateurs affamez et mendians, quelques Poètes crottez et mal vestus, qui diront du bien de Iny. Ce seront des Provinces entières, soulagées de Tailles et de Subsistances : Ce seront de grandes et bonnes Villes conservées dans leurs anciens Privilèges. Les Bénédictions, les Applaudissemens, le suivront partout. On l'appellera en mesme temps le Port des Misérables et l'Escueil des Violens; la Consolation du Peuple et l'effroy des Estrangers, à cause qu'il les mettra à la raison par sa prudence et ne les offensera pnpar sa vanité.

Ainsi les Ennemis de TEstat admireront la Vertu dont ils auront subjet de se plaindre. Et que ne donneroient-ils alors pour vn Homme qui leur donnera tant de peine? De combien de leurs Millions voudroient-ils acheter nostre Ministre? (Juelles promesses, quels artifices n'employeroient-ils, s'il V avoit moyen, je ne dis pas de le desbaucher tout à fait, mais de l'adoucir le moins du monde? Il n'est rien qu'ils ne lissent pour amollir la fermeté de ce cœur, et pour empt^sfher celte bouche de dire la vérité. Mais celuy qui croit posséder la source des Perles et la racine de l'Or, ce Roy qui se

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vante (J'avoir le prix de toute chose en ses coffres, n'est pas assez riciie pour payer seulement le silence du Ministre que je me figure.

Nostre Conférence finit par vne Digression qui ne fut pas désagréable à la Compagnie, et par deux Exemples qui sont bien esloignez Tvn de l'autre, mais qui tous deux vous plurent également. Il ne faut pas que j'oublie ce dernier point lit' I'Advis de l'autre jour.

Vne Femme et des Enfanssont de puissans empeschemens pour arrester vn Homme qui court à la Gloire. Quiconque en a, a baillé des gages à la Fortune, et n'entreprend rien qu'avec retenue, de peur de perdre ce (ju'il a baillé. La triste représentation du deuil de sa Veufve et du bas âge de ses Enfans luy passe continïiellement devant les j^eux; Elle entre en toutes ses délibérations. Et quand son esprit s'escbappe par vn mouvement généreux, cette seconde pensée vient incontinent, qui le remet dans le train ordinaire des âmes communes. 11 ne marche à la Campagne que selon qu'on luy fait-signe de la Cour : Il levé le siège de devant vne Place qui n'en peut plus, pour obeïr aux ordres secrets qu'il a receûs de sa Femme. Dans les plus honorables occasions, il regrette la fumée d'Ithaque; il souspire l'absence de Pénélope : Il préfère les rides d'vne Vieille qui l'attend au logis à l'Immortalité qu'on luy promet s'il veut demeurer à lArmée.

Cet Homme qui s'est marié est devenu vn autre dans le mariage. Auparavant il croyoit que c'estoit pieté de se hazar- <ler pour la Patrie; et il croit à cette heure que «^est cruauté de ne se pas conserver pour sa Maison. 11 ne songe plus à la Vertu parce qu'il ne la peut pas laisser par son Testament : il ne se soucie que des Richesses et des Charges qui peuvenl passer de luy aux Siens, pour lesquels il a des désirs si déréglez et vne ambition si aveugle, qu'il ne connoist plus ny Dieu

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ny Roy, et ne s'arreste ny aux Autels ny auxThrosnes, quand il s'agit de leur interest.

Si Stilicon n'eust point esté marié, sa fin auroit esté aussi heureuse que la première partie de sa vie avoit esté esclatante. L'Empereur Tlieodose, à qui il avoit rendu de tresvtiles et de tres-signalez services, le jugea digne de son Alliance et luy donna en mariage sa niepce Serene, qui estoil sa Fille par adoption. 11 receût depuis vne seconde marque de Grandeur, et eut l'honneur d'estre Beau-pere de l'Empereur Honorius. Mais il luy sembla peu que sa Fille fust Impératrice si son Fils estoit cependant Subjet de sa Sœur, et demeuroit personne privée. Le malheur voulut qu'il eust ce Fils et qu'il aimast ce Fils plus que son devoir. Eucherius fut cause que Stilicon mourut Criminel de Leze Majesté etEnnemyde l'Eslat, quoy qu'auparavant il eust esté Tuteur du Prince et Protecteur de TEstat, quoy qu'il eust défendu l'v n et l'autre contre les trahisons de Ruffin et les entreprises dc^ Barbares.

Le Prince d'Orange Maurice n'estoit pas vn homme commun, et ses actions méritent bien d'estre regardées. Particulièrement il est à considérer (ces réflexions sont d'vn Académicien d'Italie) qu'encore qu'il fist profession d'vne Secte. qui ne permet pas seulement le mariage, mais qui l'ordonne et qui le commande, il n'a jamais neantmoins voulu se marier. Soit qu'il ait crû qu'il ne feroit pas des Enfans qui luy ressemblassent, soit qu'il ait appréhendé que, s'il en avoii. la considération de leur fortune le pourroit porter à entreprendre quelque chose au préjudice de la Liberté publique, soit qu'il n'ait pas voulu partager son affection, qu'il pensoii devoir tout entière à sa Patrie.

Voilà à peu prés mon Advis de l'autre jour. Puis que vous n'avez pas trouvé bon f[u'il se perdist en l'air avec le .soi

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des paroles, et que Monsieur nostre Gouverneur ne sera pas fasché de le voir sur le papier, vous m'obligerez de le luy porter, et de luy en faire de ma part vn petit présent. Si j'estois en estât de sortir, je vous soulagerois de cette peine et vous espargnerois vne harangue. Mais je sçay que les peines que vous prenez pour moy vous sont douces et que les harangues ne vous coustent gueres.

Ce n'est pas d'aujourd'huy, mon cher Monsieur, que je m'explique mieux par vostre bouche .que par la mienne. Vous avez esté plus d'vne fois mon Ambassadeur (je me .sers de vos termes) soit auprès de Monsieur le Mareschal d'Effiat, soit auprès de Monsieur le comte d'Avaux : Vous vous estes fait escouter chez ces bons Seigneurs et m'y avez fait valoir d'vne estrange sorte. Passons plus avant dans nostre Histoire. De ma confidence vous estes entré en celle de Monsieur l'Archevesque de Thoulouze et de Monsieur l'Evesque de Lisieux. Vous leur promettiez de mes Lettres pour m'o- Itliger de leur en escrire, et ils ont esté au devant de vous quand ils ont sceû que vous en aviez à leur donner. Avant qu'il se parlast de lansenius et des Jansénistes, Monsieur l'Abbé de Saint-Cyran vous appelloit mow Aurore; Il vous recevoit à bras ouverts, et vous avez esté tousjours bien traité des autres Illustres de nostre Siècle. Celuy-cy, à mon advis, ne vous traitera pas moins favorablement que ceuxlà. Il a besoin de se divertir, et vous viendrez pour cela tout à propos. Apres tant de fascheuses affaires et tant de tristes objets dont nostre Province a esté remplie depuis quelque temps, il pourra se délasser l'esprit et se resjoijir les yeux sur les Crayons que vous luy mettrez entte les mains. Pour le Portrait que vous luy avez promis, c'est vne autre chose. 11 n'a garde d'estre dans ma cassette, comme vous vous imaginez. Il est encore dans l'Idée du Peintre, et par conséquent il .seroit difficile que vous pussiez vous acquitter de vosire promesse. Pareilles pièces demandent du loisir et

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ilo la moditalion. Vn vieux Artisan commo nioy a quelque hormt'ur à perdre, et doit avoir soin de conserver la bonne opinion qu'on a de luy : Il doit respecter le jugement du Public et n'abuser pas des faveurs qu'il en a receuës. le ne veux plus peindre, mais je veux encore moins barboiiiller.

Fl>" l\ AHI^Tll^HK

NOTKS SUU L'ARISTIPPIv

l'a-e l.iH.

t/ A la Serenissirnp Kevne de Suéde. i>

Christine, née le 8 décembre 16'26, succède à son père Gustave-Adolphe en 1633; abdique en 1654 devant les étals rassemblés à Upsal; abjure le protestantisme à Inspruck, dans la cathédrale de cette ville; meurt à Rome le 19 avril 1689. Après la confirmation qui lui fut donnée pai' le pape Alexandre VIT. elle avait ajouté à son nom celui à'Alessandra.

l'nae 174.

« \ MlSlTHKE, LE pEhE DES PriNCES. )>

Misilhée, beau-père de Gordien III, préfet du prétoire pendant le règne lie ce jeune prince; vainqueur des Perses; il mourut en 245 : « Quantum plerique dicunt, dit Julius Capitolinus, artibus PhiUppi (Philippe l'Arabe) qui post eum prœfectus prœtoHi eftt factus ; ut alii, morbo eœstinctin est. ). Voici l'inscription telle qu'elle est rapportée par le même historien ;

MlSiniEO EMIXEXTI VIRO, PARENTI PRIXCIPVM, PRJ^TORII PHiKFECTO ET TOTIVS VRBIS, TVTORl REIP. S. P. Q. R. VICEM REDDIDIT. [Hist. Aug . Script , C,\. Sal-

mas., rec. emend., I. Cnsaub. ParùU/t. 1620, in-fol.. p. I<i2.

Pat.- IS.i.

v< ... L'intçresl des Muses, dont le destin est d'estre pauvres el mal traitées, sous toutes sortes de Règnes et par toutes sortes de Ministres... »

Balzac n'était pas content du cardinal Maxarin. Il avait désiré que sa

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pension de deux mille livres sur l'épargne, dont il était mal payé, lût placée sur quelque bénéfice, et il ne l'obtint pas.

11 avait encore chercbé à intéresser le ministre en faveur de madame de Campagnol, sa sœur, que le siège de ^.lontauban avait rendue veuve, oi que la journée de Lens avait privée de son fils. « Vieillie dans les peines et dans les disgrâces, elle n'esloit occupée, écrivail-il à Mazarin, qu'à refaire des brescbes et à travailler des ruines. « Ses sollicitations furent vaines : rien ne put vaincre l'indillérencc du cardinal.

Il n'avait pas accueilli de ineillcuro grâce l'offre de la dédicace de \'Aristippe. On lit à ce sujet, dans Vllisluire de V Académie, t. 1", p. 455, des fragments assez curieux de la correspondance inédite de Ualzac avec Chapelain (21 janvier i(544) : « le vous supplie de sçavoir en quelle disposition est pour moy le cardinal Mazarin. S'il est galant homme, et qu'il me veuille obliger, j'ay de quoy n'estre pas ingrat, le luy adresserois mon Aristippe, c'est-à-dire tout ce que vous avez veû des Ministres et des Favoris. Mais je ne veux point faire d'avances sans eslre asseuré du succez de ma dévotion. Si vous trouviez quelque sarbacane propre pour luy faire porter de ma part le désir que j'ay de le servir, peul-eslre qu'avec toute sa haute faveur, »/ ve rejetterait pas la bonne volonté d'vn artisan, qui peut jttssi bien que Michel-Auge, mettre en Enfer ou en Paradis vn Cardinal. >

Apparemment, dit l'historien de l'Académie. Chapelain voulut employer Voilure pour sonder les intentions du cardinal, et ^oiture prit les choses trop littéralement, à en juger par cette autre lettre de Balzac à Chapelain, du 22 février 1644 : u le reçoy vn billet du cher M. de Voiture, où t est avec plaisir qu'agnosco veleris i-estigia flammse. Mais, je vous prie, failesmoy souvenir des paroles de mes lettres. Ay-je voulu faire vn si sale mart lié que celuy qu'il me reproche? Sçavoir d'vn homme s'il a agréable qu'on parle de luy, est-ce luy dire en langage suisse : Point d'argent, point de louanges? L'Empereur Auguste, qui estoit bien aussi grand seigneur et d'aussi bonne maison que M. le Cardinal Mazarin, escrivoit neantmoins en ces termes à vn de nos amis : ft Irasci me tibi sexto, quod non m plerisque ejusmodi scriptis mecum potissimum loquaris. An vereris ne apud posteras infâme tibi sit quod videnris familiaris nobis esse? » Ce sera donc à Auguste, Monsieur, à qui jadresseray mon Aristippe, ou à quelque autre homme de ce Siecle-là, puis que les gens de celuy-cy se tiennent si roides sur le point d'honneur. »

Ces dispositions de l'auteur durent modilier beaucoup l'intention première de cet ouvrage, entrepris d'abord, comme suite du Prince, pour le cardinal de Richelieu, destiné ensuite au cardinal Mazarin, .enfm dédié à 1» reine Christine.

NOTES SUR L'ARISTIPPK.

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le tiens ce mot du bon-homme Alexandre Picolomini... «

Alexandre Piccolomini, de la môme famille que le pape Pie II, né à Sienne le 13 juin 1 508, versé dans la plupart des connaissances humaines, théologie, jurisprudence, philosophie, médecine, mathématiques, etc., se livra d'abord à la poésie, puis à des compositions morales. Il fut nommé par Grégoire XIII, en 1574, arcliev»'^que de Patras et coadjuteur de Sienne. Mais il mourut avant le titulaire, le 12 mars 1578. L'historien de Thou rapporte, comme témoin, l'entrevue de Paul de Foix , ambassadeur de Charles IX à Rome, passant à Sienne en 1573, et de ce savant vieillard, qu'ils trouvèrent seul, un jour de fête, au lit, occupé à revoir ses travaux -iir Aristote.

Pai>c. 2o6.

a l'ay leîi autrefois... vne Lettre de Jean Mathieu Giberti... »

Jean Mathieu Giberti, né à Palerme en 1495, fils naturel de Franco Giherli, noble Génois, général des galères du pape. Après de fortes études qui embrassaient la théologie, la jurisprudence et les mathématiques, il entra dans la vie ecclésiastique, et devint le secrétaire du cardinal Jules de Médicis, qui, ayant été élu pape sous le nom de Clément VII, le nomma dataire apostolique, et lui confia la direction des affaires. A la prise de Rome par le connétable de Pourbon, il demeura comme otage pour sûreté de la rançon du pape. Évoque de Vérone, en 1524, puis de nouveau dataire apostolique sous le pape Paul III, il fut du nombre des prélats chargés de rédiger les propositions qui devaient être soumises au Concile de Trente. Rentré dans son diocèse, où il avait montré précédemment beaucoup de lumières, de zèle et de sainteté, il établit dans son palais épiscopal une imprimerie pour la publication des ouvrages des Pères grecs, et confia à plusieurs savants pensionnés par lui la correction des textes. Sentant sa fin approcher, il institua, par testament, les pauvres ses héritiers pour la plus grande partie de ses biens. Il mourut à Wrone le 15 décembre 1543, et fut inhumé dans la cathédrale de cette ville

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