‹ Œuvres. Publiées sur les anciennes éditionsChapitre 17 sur 58 · I.KS PLAISIRS DE I. A VIK BETIKKE · texte numérisé non relu

I.KS PLAISIRS DE I. A VIK BETIKKE

A\ r.KVl.l5END PERE DOM ANDHK UE SAINCT-DEMS. Théologien do la rnnf;repalion dos R, P. Foiiillanfc

Il me fait trop d'honiK'ur. rexcollentHouiine. et tout ensemble le grand Seigneur dont vous me parlez, de mettre mon voisinage au nombre de ses souhaits, et de désirer que Balzae fust plus prorlie d'Orléans. Si cela estoii. j'v gaigne-

•im ŒUVRES DK BALZAC.

rois beaucoup : W tireiois de la société quo vous me proposez de sa part non seulement des advis et des exemples, mais aussi de la force et du courage. Au lieu où je suis, mon Révérend Père, je suis réduit à me nourrir de mon propre suc. le n'ay de communication qu'avec nos amis de l'Anti- (juité. 11 est vray qu'ils sont de très-bonne compagnie; Mais ils sont tousjours les mesmes, et ne disent cette année que ce qu'ils disoient l'année passée. Pour animer mes estudes. il me faudroit vue Bibliotbeque qui fust animée, et la conversation me manque icy comme le loisir me manque ailleurs.

le pense l'avoir autrefois escrit, (^t il n'y aura point de mal aujourd'buy de le copier. La solitude est certainement vue belle chose ; Mais il y a plaisir d'avoir quelqu'vn qui scache respondre, à qui on puisse dire de temps en temps que c'est vue belle cbose.

lustifions, mon Révérend Père, ce qui nous oblige à aimer si fort cette belle chose, et disons à ceux qui nous reprochent notre loisir que l'assoupissement de la Paresse n'a rien de commun avec les délices de l'Oisiveté. Celle-cy reveille, aiguise, purifie les sens; Celle-là les endort, les esmousse et les espaissit. L"vne nous laisse nostre liberté; Nous sommes en la puissance de l'autre : On est possédé de la Paresse et on joiiit de l'Oisiveté : L'esprit en fait des festins; C'est l'image de la vie du Ciel, et il n'y a point de plus douce viande sur la Terre : Mais cela s'entend quand Scipion et Laelius, quand Ciceron et Varrou, quand Tacite et Pline la goustent ensemble. On a beau chanter des Vers aux Ibrests et aux rochers, les Dialogues des Solitaires avec l'Echo sont des entretiens tres-imparfaits, et quelque rares que soient les choses dont ils luy font le récit, ils n'apprennent rien de nouveau des responses qu'il leur fait.

Vous vous doutez bien du dessein de ma Préface : Vous voyez où j'en veux venir; Mon esprit vous cherche, mon Re-

E.NTKfciTlKlSS. m

vereiid Peie; Ma Solitude a besoin de vous. i\'e me sentant pas digne des avantages que m'offre l'excellent Homme, et lout ensemble If grand Seigneur dont vous me parlez, je n'ay garde de les accepter. C'est assez qu'il die du bien de nioy : Ce seroit trop s'il m'en faisoit; et les biens qui sont en sa puissance n'estant plus à mon vsage, j'attends de vous seul ceux que je désire. En vérité, en conscience, ou, si j'osois m'exprimer plus affirmativement en termes de nostre Ciceron. per Dkvm immortalem, le voyage de Sainct Mesmin est la plus douce de mes espérances, le souspire après la possession de cet appartement sur la Rivière, dont vous m'avez envoyé le plan, et que vous bastissez pour me loger.

Mais entendons-nous bien, je vous en supplie, le vous advertis que tant que je seray entre la Loire et le Loiret, je prétends d'y estre lncog.mto. le ne m'appelleray, s'il vous plaist, en ce pays-là, ny Balzac, ny Narcisse, nyAminte. le ne prendray ny ne recevray aucun autre nom de guerre qui puisse me descouvrir. Mon dessein n'est pas de donner reputalion à ma Retraite : Ce seroit vouloir estre obscur avec esclat. le ne me cacbe point afin qu'on me cherche. Il faut «ju'eslant auprès de vous je sois vn Secret entre vous et moy et vn Enigme pour tous les autres. Souvenez-vous de cet Article de nostre Traité, car il est essentiel. le renonce de bon cœur à la réputation que donne le Monde pour joïiir du repos que le Monde trouble.

Ublilus vivoruiii, ohlivlsceiitliis et illls.

Cela veut dire en langue vulgaire qu'estant de ceux (jui sont morts au Munde, je veux estre mort tout de bon. et que les Visites et les Lettres, les Courriers et les Nouvelles, ne me viennent point resuscilei .

Monsieur l'Ambassadeur lustinian vous a parle autrefois

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(le ce Cliasleau enchanlé où le Poëte Bernia el le Cuisinier Maistre Pierre se tenoienl si bonne compagnie. 11 vous a entretenu de leurs exercices et de leurs occupations : 11 n'a pas oublié la descriptiMin de cet admirable Lict, qui avoil six toises de diamètre, et dans le(|uel le Poëte nageoit comme en pleine Mer.

Ce Chasteau lut vn jour regardé avec envie par le plus grand Courtisan de Franc(î, et il nous avoit esté descouvert à luy et à moy par Monsieur le Marquis de Frangipane. Là dedans, comme vous sçavez, le Calendrier n'estoit point receû : On neconnoiss(Vit ny les lours ouvriers ny les Festes : Il n'y avoit ny commencement ni fin de Semaine. On n'enlendoit ny Cloche ny Horloge; Les Valets avoient ordre exprès de ne porter jamais ny de bonnes ny de mauvaises nou- X elles.

Non si iiï&ervava di ne Ca'en(t;u-io :

Mai non enir.iva Settimana o vsciva; Htiivi liore ne campane non s'vdiva; llavfan i Servidor comniissione Nuovc non portai mai (liste ne buone.

Pour les Cloches, il ne seroit pas aisé de leur imposer silence, puisque leur bruit a son usage dans l'Eglise et qu'il fait partie du culte extérieur de la Religion. Outre qu'à vou> dire le vray, je ne m'accommode pas mal avec elles. Car «fuand tous les hommes dorment, et qu'il n'y a que moy et les astres qui veillons, elles me tiennent quelque sorte de compagnie, aussi bien que ma lampe et mon porte-feuille. Laissons donc sonner vos Cloches tant qu'il leur plaira, et ne dégradons point vostre Clocher par vn changement qui seroit remarqué, et qui pourroit estre suspect d*hefesie.

Véritablement si vous me voulez faire plaisif, vous ferez donner le ban à tout ce qui s'appelle Relation, Gazette, l'Ordinaire. l'Extraordinaire, etc. l'estime extrêmement Mon-

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sieur Kenaudol, et jay fait son Eloge il y a long-temps. Mais jtuis que Platon a chassé Homère de sa République après l'avoir couronné de fleurs et arrosé de parfums, Monsieur Kenaudot ne doit pas trouver mauvais, si pour des considérations qui sont favorables à nostre repos, et qui ne sont point desavantageuses à son éloquence, nous luy fermons nostrp porte avec toute sorte de civilité : le veux dire après avoir dit de luy, qu'il est le plus éloquent Historien de tous les Modernes, que la France luy est en partie obligée de sa grande réputation; Que si elle l'avoit perdu, elle auroitbieii de la peine à trouver vn homme pour remplir sa place.

A nostre première veuë, qui sera, Dieu aidant, au mois prochain, il faudra s'appliquer sur le Chapitre des NovvELLEs. Cependant, mon Révérend Père, pour le plan de l'appartement que vous m'avez envoyé, je fais estât de vous porter vue description de la Retraite de TEmpereur Charles : Et je fais en cecy comme le bonhomme Malherbe, quand il se mettoit immédiatement après les Rois, et qu'il disoil : Priam a receû de la consolation; François premier n'a pas voulu mourir de regret, ny moy aussi.

Cette Description m'est venue de Rome depuis peu de jours : Elle n'est point inférieure par la dignité du stile aux plus esclatans endroits de l'Histoire du Père Strada : Et que vous semble d'vn Escrivain qui commence ainsi ses Escritures : Lorsqve Charles, en.nvyé dv moînuk, vovlvt wovkik

SOVS l'empire de S0> FRERE ET SOVS LE REGISE DE S0?« FiLs'.' La

pièce est peinte de mille couleurs : Elle est Historique, Oratoire, Poétique, et que n'est-elle point ? Mais ce sera vous qui me direz ce que j'en dois croire, et particulièrement de cet endroit, que je ne pus pas m'empescher de traduire la seconde fois que je le leûs.

« La belle Pièce qu'vne renonciation à l'Empire, faite en « bonne forme et de bonne foy 1 De ce lieu si eslevé, les « cheutes ont esté fréquentes et les descentes ont esté rares.

« Combien de Neions, de Uomitieus et de Commodes pour (■ vn Diocletieii? Encoro ne peut-on pas dire que la démission « de celuy-cy ait esté de mesme mérite que celle de Charles, « dont la vie sans reproche et sans tache ne luy pou voit laisser « de remors. Mais que cette vie qui a fait tant de bruit n'en '( fasse plus. Rêverons son repos et cessons d'admirer ses aci( lions. Considerez-le des yeux de l'esprit dans le Monastère « de Sainct-ïusl, des Pères Hieronymites. Voyez comme ce « grand cœur change d'ambition, comme son courage prend « vne autre roule et se tourne du costé du Ciel. La vanité, (( la violence, le desordre, le Monde en un mot, ne vient pas « jusques icy. Tout est paisible dans son aine, et toutes les « passions obéissent. Voyez comme il se desarme le visage « de la mine qui faisoit peur aux Barbares d'Afrique et (( aux Protestans d'Allemagne. Il se laisse adoucir l'esprit « aux discours de la Raison : H escoute la Philosophie, à « laquelle il n'avoit pas pu donner vne heure d'audience « durant quarante ans qu'il avoit régné,

« Cette fidèle conseillère représente à l'Empereur que sa (( retraite le tire du nombre des autres hommes, qu'elle as- » seure ses victoires et qu'elle consacre sa vertu ; que vou- '( loir entreprendre de nouveaux desseins, c'est vouloir prou longer sur soy le pouvoir de la Fortune. Elle adjouste que « la méditation a esté appellée l'affaire des Dieux et de ceux « qui les imitent, que tous les emplois de la Republique ne « valent pas vn moment de Foisiveté du Sage.

« lamais les choses du Monde n'eurent vn plus grand « spectateur qui les regardas! sans y toucher, et qui fustasi-, sis et en repos tandis que les autres couroient et se don- '( noient de l'inquiétude. Ses travaux estant finis, voyant (\ l'Envie et le Malheur à ses pieds, tous les jours qui luy u restoient n'estoient plus que des jours de Triomphe, otce I Triomphe n'estoit pas moins beau, pour n'avoir de tes- *< moins que le Ciel et sa Conscience. C'estoit le Couronne-

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4 iiKiit et la Feste de sa laborieuse vertu; et cette vieillesse (' avancée, que la Grandeur ne quitta pas mesme dans la (( Cellule, nestoit pas tant la dernière partie de son âge que v> la dernière perfection de sa gloire.

(( Toutefois, comme il n'est rien de si net que la medi- « sance ne salisse, ny de si bon qu'elle n'interprate mal, (( <iuelques-vns ont voulu dire que ce Prince s'estoit repenty « de sa retraite, et en avoit conceû vn cbagrin qui luy avoil « mesme touché l'esprit. Pour preuve de quoy ils débitent (( cette Fable : Ils disent qu'il avoit cinq cens escus dans vne « bourse de velours noir, de laquelle il ne se dessaisissoit '( jamais, jusqu'à la faire coucher avec luy toutes les nuicts. « Si on veut les croire, il baisoit, il caressoit, il idolastroil « cette bourse. Et après avoir mesprisé les richesses de Fvn « et de l'autre Monde, les perles et les diamans de tant de • Couronnes qu'il avoit portées, il estoit devenu avare pour « cinq cens escus! Vn Subjet naturel du Uoy d'Espagne me (( lit autrefois ce conte; mais je m'en mocquay et le mis au « nombre des Histoires apocryphes, il y a bien plus d'appa- (( rence que si l'Empereur s'est repenty de quelque chose >( dans sa solitude, c'a esté de ne s'estre pas plus tost retiré ( du Monde, ou, comme en parle vn Autheur de delà les ( Monts, de n'avoir pas plus tost coupé jeu à la Fortune. < Car par là, dit-il, il attrapa la Fortune, quoy qu'elle soit si ' forte et qu'elle seache si bien piper. »

Le Théologien que la Politique a corrompu, et qui estime 'lus vne ordonnance de Comptant que toute la Somme de ^ainctThomas, se mocquera sans doute des remontftinces ([ue ail la Philosophie à l'Empereur Charles : Non pas vous, mon Werend Père, qui n'estes pas gasté de la Cour, qui sçavez 'î véritable prix des choses, (jui regardez avec pitié ces rands Malheureux à ((ui tant de gens portent envie. Vostre irdinier, vostre Portier, le moindre de vos Frères lais, a

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I)ieii de plus douces pensées queux et passe de bien iiuilleurcs heures. On ne laisse pas pourtant de souhaiter ces belles misères, et la lelicitë de la F^'traite est vn bien connu de peu de personnes.

Vous m'escrivez là dessus d'admirables choses. INostre amy de Poitou diruit que le Dieu Mercure ou que la Déesse Pytho vous les a dictées. Pour moy, je diray seulement (|U( si vus Discours sont plus elo(]uens que les miens, mes paroles ne viennent pas moins du cœur que les vostres. le suis persuadé de tous les dogmes de vostre doctrine : l'ay Tau pleine de vos maximes. Et par conséquent vous devez croire (jue je ne déclame point, quand je presche après vous le niespris du monde, la vanité des choses humaines, l'excellent text<î de CACHi: ta vu;.

(}uand j'ay du l'euple et des Auditeurs, je crie de toul ma lorce : Sortons des Villes; Allons habiter la Campagne, non seulement pour l'establissement de nostre repos, mais aussi pour l'asseurance de nostre salut. Cherchons lesus- Chrisl où il se trouve plus facilement selon Tadressc (lue luy-mesme nous en a donnée. Il n'a pas dit (ju'il estoit l'ok DKS Palais et la povhpue de la Govh; Il a dit qu'il estoit la

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