CHAPITRE VIN
Trouvez bon qu'viie si raisonnable fougue linisse noslir Dissertation ou nostre Conversation par escrit. Mais Monsieur de Peyrarede s'oppose formellement à ce mot, et soustient qu'il n'y a point de conversation où il n'yaqu'vne personne (jui parle. le ne decideray point aujourd'huy cette question : je diray seulement que nous n'avons pas en nostre Langue des mots à choisir. Nous pourrions nous servir de celuy de Satire ou de Sature, et nous nous en servirions en sa première signification, si la France estoit assez docte pour nous entendre, et si le Peuple avait leû les Livres de Casau-
KXTUET1E>S. m\
bon. Il estoit perinis dans vn semblable genre (rescrire, vous le sçavez mieux que moy) de mesler les cboscs différentes, de troubler Tordre, et de violer la régularité, de liiiir les subjets en les commençant, et de les commencer estant ;i la fin.
En attendant que la France soit devenue plus sçavante •ju'elle n'est, et que le Peuple ait leû les Livres de Casaubon, je ne laisseray pas dVser de cette liberté Romaine, conuiie je l'ai desja fait. Pour continuer, j'adjoubte hors-d'œuvre aux deux François que j'ay alléguez, vn troisiesme que j'avois oublié, et dont vous ne vous douteriez jamais. C'est le iMarescbal de Biron dernier mort; cet Homme qui ne res[)iloit (jue feu et que sang, et de qui Torquato ïasso a dil. en ' ' !M^rsonne d'Ârgante,
Impaliciilc, inessorabil, fiero.
Xe l'iirme infalicabile e invilto, elc.
Vn de nos amis, qui le connois^oil. a escril de luy ce qui >nsuit.
Roy envoya le .Marescbalde Biron à la Reine Elizabeth, iippellant par ses lettres d'envoy. « le plus trancbant instrument de ses victoires. )j LeMareschal s'acquitta dignement .1 charge, n'estant point despourveû des dons del'es[trit. plus que de ceux du courage. Il a eslé dit ailleurs «juc M s'accommoder à la bestise du siècle, il vouloit se faire ■stimer brutal. Mais il est certain qu'avec le naturel, il avoit "f'quis. Comme il parut vn jour à Fresne. où le Roy se menant dans vne Galerie, et ayant demandé à»quelques -1res des Requestes l'interprétation d'vn vers Grec, é sur vne pièce de marbre, le Maresclial à leur défaut, 'Ua par dessus l'espaule, et puis passa la porte, estant iteux d'en avoir plus svyù (pie les Maistres des Requestes i-e Icmps-là.
Il 18
^i2 ŒUVRES I)K UAI.ZAC.
biMIlKTIKX V
co^T^^vATl()^
dj: la mesmj: matière.
CilAl'ITHI': PKKMIEH.
\ou< ne m'avez prévenu (|uc parce que je n'ay [tins de Tolila pour vous prévenir ; je veux dire plus d'Auibassadeui pour vous envoyer visiter, ni plus de Secrétaire pour vom escrire, car il faut se servir de noms honorables. Ija feinmt de celuy que j'avois me Ta emporte pièce à pièce ; elle vien enfin de me ravir ce qui me restoit de luy, quelques heure? du jour, quelques jours de la semaine, que me donnoit C( galant homme. Vous le voyez, Monsieur, par ce mauvai? charactere, qui est vne marque de son absence, et qui vou; doit faire plus de peur que je n'en ay eu des deux gros pa
ENTRETIENS. mT>
.|uels, dont vous m'aviez menacé. Us estoient gros d'vn si ^'rand nombre d'excellentes choses, que si je vous disois .jii'il ne sortit pas plus de Héros du Cheval de Troye quand il lut ouvert, je ne vous dirois rien, dont le Ehetoricien HeriiKtgenes ne m'advoiiast : voire mesme le Critique Longinus. Bon Dieu, quelle ahondance, mais abondance de biens choisis! Quel débordement? mais plus fertile sans comparaison que ceux de nostre Charante et de nostre Touvre, pour ne point parler de vostre iXiger et de vostre Nil. Il y a des gens, mesme honnestes gens, dont vue ligne me pesé vn volume, dont je trouve longs les monosyllabes, dont les billets mo paroissent Calepins, si vous voulez : Et vn de vos Amis a reproché autrefois ;V vn bomme de son temps.
al lu (lisliclia longa facis.
b^ vis au contraire avec vne joye que je ne sçaurois vous (exprimer, que vos Iliades, que vos Theseides, que vos Âmazonides sont courtes, que vos grands Volumes sont trèspetits, et qu'il est impossible de se lasser en les lisant. T'y ay trouvé tout ce que l'Antiquité, et le temps présent, ont de plus rare et de plus exquis, la [lompe, la magnificence, la galanterie, la délicatesse de toutes les vieilles et de toutes les nouvelles Cours, le sérieux et le plaisant de tous les bons Livres.
11 faut advoiier, Monsieur, ou que c'est vous proprement qui possédez les belles Lettres, ou que vous les rendez plus belles qu'elles ne sont, et enfin que si vous ne pouvez pas estre le souverain Artisan de la beauté intellectuelle, au îiioins estes-vous le véritable Dispensateur de la volupté de
l'esprit, arhiter eruditœ volnptatis.
Il semble ([ue les Anciens, qui ont semé tant d'espincs et lanl de cailloux, pour incommoder la Postérité, qui ont planté' des croix et des gibets ;* la Nation Grammairienne,
3'2-4 (F.rvr.Ks hl ralzac.
n'ayent eu dessein que de vous resjouïr, et de vous plaire, ne vous ayent laissé qu»' des parterres, que des allées, que des galeries peintes pour vous promener. Diray-je qu'ils sont plustost vos Flatteurs et vos courtisans que vos Maistres et vos Précepteurs? l'eu demeure d'accord avec Monsieur de Voiture qui la desja dit, et je dis de plus que le lleuve Mean<lre est Men plus beau dans vostre Description (|uedans son can;d. Vous avez fait sur les deux autres subjets ce que le Cavalier Marino appelloit evaaiar le materie. Mais trouvez bon que dans la liberté de nostre Entretien, je vous demande si vous avez espuisé le reste de la mesme sorte.
Pensez-vous qu'il ne se puisse rienadjousterà vos Neiges, ni à vostre Aquilo ? Comment avez-vous oublié la neige et le feu de cette montagne de Sicile, «|ui vivent l'vn avec l'autre en si bonne intelligence, et se gardent vne telle fidélité. (|iie ni la neige n'esteint le feu. ni le feu ne fait fondre la neige ?
Scît nivihiis scrvaiv fidein.
Qu'avez-vous fait de la plus belle de toutes les neiges, de celte nix puiyvrea du Poëte Albinovanus, qui est dite de pourpre dans le mesme sens que les olorespurpurei (Vvn autre Poi'teque vous aimez?
Brachiii piirpurea candidiora nive.
Où a\ez-vous laissé les Romains déneige, A'/m (3///r//<'5, à cause de leurs robes blanches, et les amis de neige, nivea pectora. à cause de leur sincérité?
11 me semble encore que vous n*avez point fait decJistinction entre la manière des Modernes qui boivent à la neige, qui mangent les fruits à la neige, qui prennent les médecines à la neige ; et la manière des Anciens qui buvoient et
»|ui avaloienl la neige mesme, (\m la faisoient fondre dans leurs boissons, qui la noircissoient dans le vin de Falerne. IVsinoin
Et l'aciuiit nigras vestra Ealeina nives. Scetinum dominaeque nives, deiisique Irienles, Qiiaiulo ego vos medico non prohibente bibam?
El à pntpos de ces domina nives, ou selon l'interprétation de Monsieur Voiture, de vos mai stresses de neige, n'avezvoiis point oiiy parler de cet honneste homme d'Italie, qui disoit au retour d'vn voyage qu'il fit en Pologne, que les femmes de ce pays-là estoient aussi blanches que leurs neiges; mais qu'elles estoient encore plus froides qu'elles n'estoient blanches, et que souvent leur conversation Tavoit enrhumé?
Mais pour vous faire voir la diversité des appétits, et la bizarrerie du goust des hommes, il n'y auroit point de mal de remarquer que ces mesmes Romains, qui prenoient tant de plaisir à boire froid, avoient aussi essayé s'il n'y en auroil point à boire cbaud, et y en avoient trouvé en effet, luste l/ipse en a fait vn Chapitre dans ses Electes : et vous pouvez <çavoir (ju'encore à présent, ceux du lapon boivent le plus l'haud qu'il leur est possible, au cœur mesme de l'Esté. Ils sont si curieux de ce breuvage qui brusle la langue, les Princes Papprestent eux-mesmes, avec autant de >uiii et d'attention, que je compose cette sorte de potage que Monsieur Voiture préfère au Panégyrique de Pline.
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rr2i; ŒUVRES DE BALZAC
rilAPITRK lï.
Pour rViiuilon, ou lo vent de Bise, que vous laites origin.iin' (le Thrace. je pense avoir leû qu'on luy donna droict de Bourgeoisie en vne ville de Grèce. l'ay encore leû qu'on luy bastit des Temples, et qu'on luy ordonna des Saeritices eu vne autre Ville ; vne fois, pour avoir coul('' à fond vne llottt; des ennemis, et vne autre fois, pour avoir jette de la poussière t\u\ yeux à vne armée de terre de ces mesmes ennemis. Si je ne me trompe, il fut appelle solemnellement. et par décret public, le gendre des Athéniens, à cause de sa femme Orithie qui estoit Athénienne.
Sur quoy vn Seignoi' Dottour que j'ay céans depuis quelques mois, à qui j'ay communiqué vos Observations vous prie de considérer que les femmes de ce temps-là estoient liien plus retenuj^s, et plus endurantes que celles de c< lemps-cy, et que si vne Orithie d'aujourd'huy avoit espousf vn mary aussi froid que le vent de Bise, elle l'accuseroii d'impuissance dés le lendemain de ses Nopces, et presenteroit reijueste pour la dissolution de son mariage. La Daraf d'Athènes neanlmoins ne s'est point plainte à TAreopage n'a point eu d'Advocat qui ait allégué le titre de frigidis n'a point fait mauvais ménage avec Borée, ou autremen avec Aquilon. Ce sont les réflexions du Dottour, et jene vou: les donne ni pour bonnes, ni pour mauvaises; vous les ap pellerez comme il vous plaira.
Gel Aquilon originaire de Thrace fait des courses t^t de vo5\ng<'s par toute la terre ; mais s'il en faut croire nostr
E^TRETIENS. "27
homme d'Afrique, (jui parle des pierres et du fer, tant son stilo est raboteux et dur, il fait particulièrement sa demeure au Pont-Euxin ; à combien de lieues de la Tlirace, je vais présentement le demander à la Carte. Tant y a que TAquilon liabitera pour cette heure le Pont-Euxin, Lin dies nusquam putens. sol mmquam liber, anus aër, netnda, totiis annus, hibermim, omne quod flaverit Aqîiilo est. Où en passant prenez garde, je vous prie, s'il n'y a point vue espèce de contradiction en ces mots de Nebida et (VAquilo, car à mon ndvis ils ne peuvent pas bien compatir ensemble.
Mais laissons là le Latin d'Afrique, et dites-moy si vous n'aimez pas Ciceron et tous ses Amis. le vous connois troj» pour douter de ce que je vous demande, et partant Doctissimus Togatonim. autrement, Marcus Terentius Varvo, introduit par Ciceron dans ses Questions Académiques, ne vous peut estre ni inconnu, ni indiffèrent. Voicy de:^ vers de la façon de cet excellent homme de robe longue, sur le subjet d'Aquilon et de ses frères: et je suis ass(Miré que vous ne 1('< trouverez pas mauvais.
Nubes sequali IVigido vélo levés, Cœli cavernas aureas subduxeranl, Venlique frigido se ab axe eruporant.
Pbronetioi Septentrionnm filii.
Ces vers sont de la correction de Scaliger le Fils. ([Ur' Monsieur *** a pris pour Scaliger le Père, dans la copie de vustre Discours : mais cela est de peu de considération, et il iif^ s'en doit pas aftliger: car moy-mesme qui suis le plus Miperstitieux de tous les Aulheurs, et de tous l^ Âllegateurs. quand j'aurois dit ou escrit Philippe Fils d'Alexandre, et Charlemagne Père de Pépin, je ne penserois pas avoir fait vu grand péché.
Le Docteur Monmor a\anl à parler des Fleurs, après avoir parlé des Vents, connnenceroit sans iloute par TAnemone,
."•28 ŒUVRES DK BALZAC.
n cause de la signiiicalion du mot. Mais il ne faut pas estiv si régulier dans la confusion de nos matières, outre que je crois avec vous , que le mérite donne la préséance à la Hose, et que la souveraineté du Printonips lui appartient par le droit de la beautc.
Comme vousscavez, c'est le plus ancien de tous lesdroiets à PEmpire, et celuy (jui a porté les Peuples à TEslection des premiers Princes. I.a Bose est donc née dans la pourpre, aussi bien que les Porphyrogenetes de Constantinople : elle vient au inonde la couronne sur la teste, qui est quelque chose de bien plus remarquable que la lance naturelle de ces Princes et l'anchre naturelle de ces autres Princes. Aussi a-t'elle esté appellt'e par vn Poète, qu'on admire aujourd'huy en Italie.
l'i«>t;iii.'r liiiltt'iil:! Semiiaiiiis iiiilii-.
le ne suis pas pourtant de Topiniim de nostre Mallier])e qui desiroitpour faire vn Monde parfait, qui; tous \Q)imeta\i.i fu.ssenl or, et que toutes les fleurs fussent rose^. Ce seroii despoiiiller la Nature de la diversité qui la pare; et je n'ay nul subjei de vouloir mal aux Œillets, aux Violettes, aux Tulipes, et aux Lis particulièrement, que les François sont obligez de révérer comme un don du Ciel, le n"ay gard»' d'approuver la suppression de tant de belles peintures, et (l< tant de bonnes odeurs, le dis seulement que la Hose est mon inclination, comme c'estoit l'aversion de feu Monsieur le Chevalier «le Guise, qui n'en pouvoit voir sans s'esvanoi'iii .
Ciii uoii dicta rosa est?
(Jue n'en ont point dit les Muses Grecques, et les Latines? pour les Hebra'iques, je m'en rapporte à Monsieur Gaumin. et à Madame que vous connoissez. Mais outre le tesmoignaj^e
KMRKTlEîsS. 320
(les Poëtes, qui sont tres-iiiauvais niesnagers des richesses de In Nature, et qui en font d'estranges profusions, je pourrois en aller cueillir en des lieux moins fréquentez, le pourrois ii vostre exemple, en prendre chez les Sophistes, et traduire vne douzaine de lettres de Philostrates, toutes pleines dehouquets de roses. Ce Sophiste qui fut le Crosilles de son siècle, j'enlends le Crosilles Secrétaire de Zephire à Flore, se joue de vos Roses en mille façons. Tantost il en forme des armes •( la Beauté, tantost il en taille des habillemens à l'Amour, quelquefois il en fait sortir des feux, des rayons, el des esclairs. Ce quil fait avec vne infininitë de ridicules afféteries, que je ne scaurois pardonner, ni à TAntiquité, ni à la Grèce, et qui ne laissent pas d'estre ridicules, quoy qu'elles soient anciennes et Grecques.
Il y a aussi vn hymne ou vne Chanson à l'honneur de la iiVsv, dans Tliistoire amoureuse de Clitophon et de Leueippe, composée par Achilles Tatius, qui n'est guère moins estimé qu'Eliodore, par ceux qui n'ont guère plus de jugement ([ue Monmor.
Mais pour nostre histoire de Venus et des deux Déesses ses Rivales, il faut que je vous fasse part d'vne figure qui se voit encore aujourd'huy à Naples dans vne grande table de jaspe. L'Amour y est crucifié à vn Myrte, aussi bien (juc dans les vers d'Ausone. Mais ce qui n'e.st pas dans les vers d'Ausone, les Héroïnes qui durant leur vie furent maltraitées de l'Amour, comme Medée, Phillis et Didon, y sont représentées exécutrices de son supplice, et toutes ensemble elles lapident ce mauvais garçon : mais elles le lapident avec des lioses, dont il y a de pleins sacs el de^leines corbeilles à leurs pieds. L'invention et la ligure sont venues de Grèce, et à mon advis, elles ne desplairont pas à vostre Critique. Ayant leû d'ailleurs que de stercore bovis lapiihfbatnr piger, vous ne trouverez pas estrange ny (|u'ou lapide sans pierre, ny qu'on lapide avec des Roses : el celle dernière
.'>r>(l ŒIJVRES DK BALZAC.
lapidation offense moins les sens ol est vn peu plus delicntc <|iu> h première.
Au reste, ee ne sont pas seulennuU les Poëtes et les Or;tleurs «gaillards qui tirent des Comparaisons et des Métamorphoses de ces belles choses, pour embellir leur langage : l'austérité mesme du Christianisme a pris quelquefois plaisir à de si agréables objets, et vous pouvez avoir veû en plus dvn endroit des anciens Pères, les Lis de la virginité et les Hases du martyre. On trouve encore des Roses dans l'Histoire Ecclésiastique, non pas artilicielles et métaphoriques, mais véritables et naturelles, apportées par vn Ange dans la glace et les neiges de l'Iiyver, à vn Sainct ou à vne Saincte. dont j'ay oublii' le nom.
Mais sur le subjet des Roses et de la Neige, il ne faut \)u> oublier vn miracle arrivé, comme parle mon Dottour, an Hoyaumo de Lucrèce, (|u'vn de mes Voisins peu Latin croit esin^ proche de l'isle de Virginie. Souvenez-vous donc qu'vn joui' il neigea des Roses en ce pays-là. Le texte le dit ainsi.
AtTe alque ars^ento sternunt iler onine vianini l.ariiificii slipc ditanles. ninafuntquo rosanim i-'lorihii'*.
Apres avoir passé de la Poésie à THistoire, et de rHisloire ;i la Poj'sie. vous plaist-il que nous sortions de rancienin- Fable pour entrer dans la nouvelle? Que dites-vous, Monsieur, de la vision des Arabes qui ontosté la Rose à la Déesse Venus pour la donner au Prophète Mahomet, et qui tiennent (c'est Busbequius qui le dit dans ses Relations) que les premières Roses sont nées de la sueur de ce grand Prophète? N'admirez-vous point leur Chronologie qui ne veut pas qu'il y ait eu de Roses dans le monde avant l'Einiiin^ d'Ilernclius?
Ouoy qu'il en soit, j'infère de là que leur Mahomet estoii
KNTRETIE.NS. .m1
l•(^u^seau, comme je conclus que vostie lupiter csloit altéré, et qu'il avoit la bouche sèche quand il crachoilsi Jilancsur les Alpes :
lupilei' liibci-nas cauA iiive conspuit Alpes.
Il sur aussi quelquefois le bon Père des Dieux el des hommes; et il se Ut dans vn vieux Scholiaste d'vn vieux Poëte. (]ue le jour de la bataille des Geans, il sua crahan. et que de la sueur qui tomba en terre nascjuirent les choux cabus. Furius n*a donc point tant de tort qu'on diroit, de faire cracher de la neige à Jupiter. Vn autre Poëte fait ])ien sortir de luy assez de Xectar pour faire les rivières du Siècle d'or : vn autre appelle bien la mer vnc Larme de Saturne; et celuy que l'Histoire de Mathieu nomme le Chrysostome de France, a bien dit, preschant devant le feu Roy Henry le Grand : (( Sire, quand vostre Majesté pleureroit des per- « les, quand elle cracheroit des esmeraudes. quand elle a eslernuëroit des rubis, quand elle moucheroit des dia- « mans, » etc. Pensez vous que nostre Monsieur de Vaugelas souffre aisément ce passe-droicl en la personne des verbes neutres, à qui la Grammaire ne souffre point le pou-
ir de régir des, etc.
CIIAPITUE III.
le ne commence (ju'à entrer en belle humeur, et entamer nies Lieux communs : mais le mal est que je ne suis pas maistre de mes heures, et l'ordonnance (|ue Monsieur de Lormc m'a envoyée, confirmée par celle de vostre Monsieur
.Vit» ifa;vrks de rai.zac.
Je (lou>l, iio veut pas que je veille davautagc. Marquons tlonc (;n passant les endroits où nous ne pouvons pas nous arrester; et disons en premier lieu, (ju'ii y a bien des choses à dire, de his qui in aquis pereunt. et que le vers d'Homère, et le passage de Synesius ne disent pas tout. Petrus la Sena Neapolitain en a laissé vn Trait*' fort eurieux. que Monsieur Bouchard doit faire imprimer à Rome, et dont il nous envoyera des exemphiires en France.
Pour les Barbares et la Barbarie, je pense estre de vostre opinion, et je me suis là dessus suffisamment expliqué dans ma Dissertation à Monsieur Huggens. Mais il n'y a pas moyen que je m'empesche de vous faire sçavoir vne estrange avanturc qui m'arriva autrefois sur ce subjet. Disnant vn jour avec feu Monsieur ***% par malheur parlant des affaires du Levant, je dis, les Barbares au lieu de dire les Turcs. A ce mot le bon homme faillit à renverser la table d'indignation, sescriant d'vne voix qui me fit peur, et jurant le nom de Dieu de tout sa force, « Ce sont les Chrestiens. me dit-il, « qui sont Barbares, et non pas les Turcs. »
Si je me plaignois dernièrement, sinon de la mort, au moins de la vieillesse de ma mémoire, ce n'estoit pas sans beaucoup de raison. Secourez-la donc, s'il vous plaist. Monsieur, et dites-moy certainement si la différence que vous faites entre la Consécration des Héros et celle des Dieux, est (»u original ou copie, et si le Chancelier Bacon n'a pas e^crit en quelque lieu quelque chose de semblable. lescauray aussi de vous si ces sourœs éternelles de paroles, et ces déluges de vers, ne sont pas d'vn de ces anciens Comiques, dont les Fragmens ont esté traduits par Monsieur l'Ambassadeur de Suéde. On me mande de Paris qu'il achevé de traduire l'Anthologie. Vous alléguez deux Epigrammes en vostre Discours, ou en vostre Conversation par escrit; qui îue font voir que vous avez pris plaisir à ces fleurs cueillies dans les jardins de la Grèce. II y en a, qui ne sont pas vj
KM'KKTIL.NS. 550
lilablenient à rejetter; coninie celle du Prestre puant qui cliassoit les diables par rinipurelé de son haleine, et non [laspar la force de ses exorcisines. Pour vno de haut gousL combien y en a-t'il d'insipides et de fi'oids (car je vous apprends (ju'Epigramme est masle et femelle}'.' et à vous dire le \Ta\ , ny Paulus Silentiarius, ny Agatbias Scliolasliscus, n\ Palladas, ny Leonidas, ny Antipater ne valent point nostre Amy de Bilbilis.
Yne autre fois nous parlerons des Dez et du Trictrac, nous nous entretiendrons des Idylles du Cavalier Marino, et (le la lerusalem de Torquato Tasso. Nous verrons si les vers •rOlinde et de Sopbronie, si raffinez, et si quintessentiez. sont de la dignité du Poëme héroïque, qiwd omnino neiju miis, nisiquid tu, docte Trebati, dissentis. Il y a trois nuict> |ue je n'ay dorniy. et il est deux heures après minuicl. ^
Soiiinc veni, ti-mleuique oculis illabere iioslris,
succède meo, dulcissinic clivûni.
Sed nec toîus abi, vel somno dulcior ipso. et jucunda marie iiiihi semper iiiiajio.
Ou bien autrement, à cause de vostre beauté,
ol l'oriuosa morarc paruiiipti' imago.
CHAniKE IV.
près avoir dit que je n'estois pas moins las hier au soir,
avoir escrit de ma main tant de bagatelles en trois cha-
itres, que si j'eusse ramé vn jour tout entier; le vousdiray
vostre laquay est arrivé à Balzac la veille de la Sainct-
!arlin, et que la Sainct-Marlin est hi grande Fesle de la
Ô34 ŒlVlU:s l)K HALZAC.
PjaToisso lie Balzac. II a donc l'alu vaquer à la devolioii. e donner bon exeni[>le, depuis le matin jus(jues au soir : Il ; ialu donner audience à un jeune IMedicaleur : outre cela i a l'alu Tentrelenir et escrire à Paris. Voilà bien de quoy lasser vn foible, et de (piov achever vn malade. Neantmoiur \ostre nom (jui m'est si cher, vostre idée (|ui est \n de^ plus a«,Teables objets de nmn souvenir, et tant de lielle.. choses que vous m'avez envoyées, me donnent tant de <'ourii^c. que me voicy encore assez matin à menlrelenir d( nouveau avec nous.
i;i!AnTUK V.
Non, Monsieur, je ne puis me séparer de vous, ni de vos tre excellent Monsieur de Voiture, de (|ui je ne vous ay près que tMicorc rien dit, et de fjui il y a de si belles choses.* dire. 0! qu'il est aimable, ce cher Amy, ({U*il est estimable <'t pour continuer à rimer en able, qu'il est redoutable au' pauvres livres, quand.il en juge avec toute la rigueur d son jugement! A tout le moins qu'il nous fasse grâce à non autres ses bons Amis, et qu'il soit plus indulgent au vieu Balzac, qu'il ne l'a esté à Pline le leune. l'ay esté ravy d voir dans sa lettre ses belles jalousies, ses reproches obli geans, et tout ce qu'il dit de l'intidelité que je luy ay laiti
Ouant à l'Eloge qu'il a fait pour moy, et qui commenc par vir facUlinm, jucundissimù, sHavisdmis morihiu ■sumnix inteijritatis, kmnaintatis, fidei, liber alissimus, en ditissimus, vrhanissimiis, in omni génère of\ïcii, etc., s' n'y avoit point trop de vanité, j'ordonnerois par mon Test ment que cet Eloge fust gravé sur mon Tombeau, afin qu me servist d'Epitapbe.
ENTKEllK.NS. 3Ô5
.Mais ce (jiii suit en François, est vn Original qu'il ne faut i»as pertlre, w l/amitié que nous conservons ensemble, sans 1 nous en rien escrire, et l'asseurance que nous avons Fvn '( de l'autre est vne chose rare et singulière : mais surtout « do ires-bon exemple dans le monde, et sur laquelle beau- < coup d'honnestes gens, qui se tuent d'escrire de mauvair ses lettres devroient apprendre à se tenir en repos et à y . laisser les autres. »
Cet endroit est si beau et si remarquable, (^ue je le veu.v iiserer dés aujourd'huy dans vn Discours que je compos?: i la louange de l'Oysiveté. et pleust à Dieu le pouvoir alTiher aussi promptement dans toutes les places publiques de rance, atin d'arrester quantité de complimens qui n'attenenl qu'vne commodité seure pour aller tourmenter les gens.
Mais n'est-il pas agréable, nostre Amy, de vous dire, que ustre Italien appris enVohou. sapit Poitovinitatem, et qu'il
a des mots dont vous pouvez vser sans danger de vostre mté, deux ou trois lois la semaine'.' L'etymulogie de Coronnier est merveilleuse, parce qiiil donne des cors; et je e trouve pas qu'elle doive céder à celle de cheminée, parce \ielle est chemin aux nuées; pour laquelle neantmoins feu onsieui' TArchevesque de Tours se faisoit faire des comlimens par tous les Grammairiens de Paris. L'explication ij'il donne au passage de Salluste est la plus vulgaire : mais le n'est ny la plus véritable, ny la plus belle. C'est la nose sans doute, je dis de vous et de moy, de laquelle il ne ! est pas advisé.
Mais comment a-t'il pu fouiller dans mes entrailles l'ex-
ication du passage du Panégyrique d'Ausone? Arguetur
! 'tieca non eradiisse Indolem Neronis. sed armasse sœvi-
im. Kn effet, on peut dire que Seneque arma la cruauté
Néron, parce qu'il luy fournit des armes pour la defen-
iibliquement. et (jue les boucliers ne sont pas moins
^ armes (|ue les es[tées. Non jam, inquit Nero, vous con-
55<> ŒUVRKS DE BALZAC.
iioissez les paroles de Tacite, sed adverso immore Senecaerut quod oratioup tali confcssinnem scripsisset. Et au lappor fl'vn autre que do Tacite, cette confession ou déclaration d« la façon et du stilede Seneque conimenroit ainsi : Adhuc m< salvnm esse, Patres Conscripti. nec credo, nec gaudeo. N'aii rois-je point autrefois touché quelque mot de cecy à Mon sieur de Voiture, et ne croiroit-il point avoir inventé ce qu'i a appris? Quoy qu'il en soit, il m'importe peu; car je ne fai point (le (lisii^ciion entic ses richesses et les miennes.