A MONSIEVR DE GIRAC
Vous navez pas encore oublié ce qui se passa hier en ma cellule, sur vne matière de religion, qu'entama le Gentilhomme de Daufiné qui nous est venu voir par curiosité: vous <|ui vous souvenez de tout, lamais curiositi^ n'eus! esté
plus niortitiée <jue la sienne, si vous ne vous y fussiez trouvé ; car à peine eus-je la liberté d'articuler trois ou quatre misérables paroles, ma tluxion s'estant irritée plus que de coustume. Vous suppleastes heureusement à mon défaut , et listes si bien l'honneur du logis, que l'tstranger n'eut pas raison de se plaindre de l'incommodité que je soulïrois. Vous eustes mesme la bonté et l'adresse de me faire parler quelquefois, et. de vostre courtoisie, m'alleguastes en ma présence, me traitant par ce moyen de grand Personnage. A quel prix ne mistes-vous point ce que j'ay dit dans le Socrate Chrestien : u Qu'il ne faut pas capituler avec Dieu, ny luy dire, le croira} cec\ , ou cela ; (|uil ne faut pas non plus s'imaginer que ce soit assez à vn honneste homme, de se tenir seulement aux choses essentielles, et qu'il peut laisser au Peuple le reste de la Religion, » ou comiue un dit très sottement, u le menu de la religion. » Outre cela, vous listes mention d'vn grand Discours de mesme espèce, (jui n'a point encore paru, et vous engageastes, à la jtriere du Curieux, de le luy monstrer avant son départ. Kii voicy trois ou ({uatre articles, qui se sont trouvez tout à propos, pour dégager vostre parole, et ils sufliront à vn homme qui se hasle de passer pays. U pourra mesme les emporter, s'il n'a pas loisir de les lire, ne croyant pas qu'ils luy soient à charge, après le désir qu'il a tesmoigné de les voir.
Ne touchons point au cor[)s de l'Eglise: non pas mesme es habillemens ; non pas mesme au bord et aux franges (Je sa robbe. Que tout ce qui luy appartient, tout ce qui est à elle, nous soit en vénération, jusqu'aux moindres de ses Coustumes, jusqu'à ses plus légères Cérémonies. Noslre premier Père fut aussi coupable d'avoir mangé d'vne pomme que s'il eust arraché tous les arbres du lardin. Ce n'est pas le larcin et le prix d<' la chose derobé'e que l'on considère;
c'est la désobéissance et le violement de la Loy; c'est If mespris de rauthorité. N'avez-vous pas veû dans nostre Histoire Romaine qu'avoir franchy vn fossé contre rOrdonnance a esté vn crime puny de mort en la personne du Frère du Roy? Iln'eust pas esté plus mal-traité, s'il eust attenté à la personne du Roy son Frère; vn General ne pardonne pas à son propre Fils, pour avoir gaigné vue bataille contre la défense qu'il luy avoit faite de la donner.
0 maudite contradiction de l'esprit bumain î n iiiallieureuse Singularité, contre la(}uelle vn urand Sainct iiio dit autrefois ces paroles remarquables.
Ne cherchez point vne autre Vrrite (|iie celle (|ue vos l'ei ■> vous 'ont apprise. Fn renonçant à leur croyance, vous renoncez à la meilleure partie de leur succession : vous este* des Enfans déshéritez; et le mal est que vous vous déshéritez vous-mesme. par vne mauvaise interprétation du Texte que vous n'entendez pas. Adorez les mystères les yeux t'eimez : ne plaidez point, ne chicanez point dans la Religion Voulez-vous estre plus sages que toutes les Nations et qiii tous les Siècles? si vous vous fiez tant à vostre esprit et a vos opinions particulières, vous n'avez plus de rang dans le Monde; vous n'estes Citoyens d'aucune sorte de Republi(jue. Résistez aux argumens tant qu'il vous plaira : mais pour le moins rendez-vous à la force des Miracles : laissez-vuus persuadera ces raisons sensibles, qui parlent à vos yeux, ei qui se font touchera vos mains. Advoûez qu'vne plus grande puissance que celle de la Fortune s'est meslée des affaires des Gh restions et de la conduite de nostre Eglise. Oe teuipen temps, il s'est fait des choses si estranges pour nous faire croire, que si le Genre humain a esté trompé, il est certain (jue ce ne peut estre que Dieu seul qui l'a trompé de l;i sorte.
le ne parle point des premières merveilles (|ui ont estuiuji' toute la Nature, et des Veritez desquelles nos Ennemis
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niesmes sont les tesmoins. Mais qui peut dire aujourd'huy que quatre cens Portugais lissent des songes, ([uand en leur présence le grand Sainct Xavier lit tomber vne pluye de feu et de cendres sur vne Ville rebelle? qui oseroit soustenir qu'vn grand nombre de personnes qui estoient dans le mesme vaisseau que luv eussent le goust dépravé, quand avec vn'signe de Croix, il rendit douce l'eau de la Mer, pour empescher que ce grand nombre ne mourust de soif?
DEFENSl!: