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LES ACCVSATEVRS DE LA POESIE

A M. CHAPtI.ALN,

Otiiscillfir (lu Roy en ses CoiiiNCib.

le n'ay pas grand interest a la défense de la Poésie; au^M ne parleray-je que pour celuy de la lustice, et pour ce que vous me l'ordonnez. Ne m'estant érigé Poêle que depuis six mois, il m'importeroit peu qu'elle fust en vsSge parmy nous, ou qu'elle en fust bannie, comme elle a esté autrefois de certaine liepubli(|ue. Ce seroit à vous, Monsieur, de i"<tirier vostre Mestier. et vous vous contentez de me faire plaintes contre ceux qui le veulent descrier. le vous ibeis à mon ordinaire, et ne suis pas fasché, estant redevable

ÔVVi ŒLVUKS Db: MALZAC.

à la Popsie cJ'vne inlinitë de biens et de plaisirs qu'elle me fait tous les jours par Vous et par ses autres Favoris, de trouver moyen de la défendre contre ses Accusateurs.

Âpres quantité de foibles raisons vous m'en alléguez \ne que je tiens la moins considérable de toutes, et sur laquelle vous dites qu'ils insistent davantage : « Il faut bannir la Poësie, parce qu'on se sert d'elle à mauvais vsages. » Faut-il luy vouloir mal, à cause qu'on luy fait tort? Au contraire, il me semble qu'il faudroit la [ilaindre, comme vne Innocente qu'on a outragée, comme vne Vierge à l'honneur de laquelle on a attenté. Faut-il condamner les Festes, parce (|ue rOysiveté et la Volupté n'en vsent pas bien? Faut-il abolir les Pompes et les Spectacles honnestes, parce que In IVsbaucbe se mesle quelquefois avec la Toye? A mon advi*^ cette rigueur est vn peu trop grande.

Il doit y avoir des Livres pour occuper et pour instruire ; Il doit y en avoir [lour délasser et pour plaire ; Les vns sont vtiles, les autres sont agréables ; et l'esprit a besoin des vn.^ et des autres. Que le Droict Canon, et le Code lustinian soien! en honneur : qu'ils rognent dans les Vniversitez : Mais (ju'on n'en bannisse pas Homère et Virgile. A tout le moins (ju'on les laisse dans les Cabinets et dans les Bibliothèques, d'où Caligula voulut chasser le dernier, aussi bien que Tite Live. Cultivons les oliviers et les vignes, mais n'arrachons pas le^ mirthes et les rosiers.

Ce seroit vne estrange Reformation d'Estat. que la del'ensi de tous les plaisirs honnestes: que la destruction de toutet les belles choses. La Politique ne doit pas s»; conseiller en cela avec la mauvaise humeur; et le chagrin de vos Gens ii( doit pas estre la Règle de la Police. Si comme ils disent, il lie faloit conserver dans les Royaumes que « le fort et k >olide. » rien ne seroit asseuré de sa subsistance, que les Arsenaux et les Citadelles, que les remparts et les bastions. E quel dommage de laisser tomber en ru'ines toutes les Mai-

KiNTHETIKNS. 593

sous de plaisance (i'aupres de Rome, tout ce qu'il y a de beau à Frescati et à Tivoli? quelle honte de voir périr les Tuilleries et les lardins de Fontainebleau! Ce seroit vn crime, quand on ne contribuëroit que de la négligence à vne si triste désolation.

Les Gens de qui nous parlons sont pourtant de cet advis. lis concluent à la suppression des Vers, comme aux autres abus de la Republique. Ils appellent les Poètes les Empoisonneurs de l'Ame, les Profanateurs du Christianisme : Ils se fortifient de rauthorité du grand Prince, qui avoit tresraauvaise opinion de leur pieté.

Ce bon Prince croyoit en effet que tous les Poètes qui estoient de son temps à Rome n'estoient pas Chrestiens, quoy qu'il y en eust de Prestres et de Religieux. On luy persuada, ou il se persuada luy-mesme, qu'ils s'assembloient de nuict pour sacrifier aux Idoles, et qu'en leur cœur ils adoroient les faux Dieux, comme ils les invoquoient en leurs Poèmes. Nos Gens s'imaginent quelque chose de semblable; je le sçavois avant que vous me l'eussiez dit. Du temps que nous nous voyions à Paris, ils me parloient tousjours de l'Adoration du Bouc, faite solemnellement à Arcueil ou à Gentil ly ; Ils n'estoient pas asseurez du lieu ; mais du fait, ils n'en doutoient nullement; ils ne traitoient jamais nos Amis de delà les Monts que d'Impies et de Payeus; que d'Hérétiques et de Sacrilèges : Ils pensoient qu'on fist le Sabal dans les Académies d'Italie.

Le bon est qu'ils ne sont pas Princes souverains, et bien nous en prend. Si cela estoit, il n'y auroit point de seureté pour les Vers et pour ceux qui en sçavent faire. le vais plus avant, et vn ancien Grec me sert de guide : Si pareilles Gens avoient la direction du Monde, ils voudroient retran- <'her le Printemps et la leunesse: Tvii df l'Anne»', l'nulre !•' la Vie.

KISTUETlEiN XVI

QV'M. V A

DES GEINS ^ATVRELLEMEM S(;a\ ANS.

A MONSIEVR DE LA THl 1? A V I) 1 E R !• .

N'en desplaise à rVniversité. il va vne Logi(]ue naturelle el des Sages ignorans. Nous en sommes demeurez d'accord, et la dispute doit cesser, où se trouve l'expérience. En tout pays, il y a des Docteurs en Langue vulgaire, La Raison peut faire toute seule de grandes choses, sans l'assistance de l'Art et de la Science. Vous scavez le nom que les Grecs ont lait pour signifier ceux qui se sont enseignez eux-mesmes, et qui ont esté tout ensemble leurs Maistres et leurs Disciples.

Les Turcs sont plaisans. quand ils disent des Tartares. que les autres Peuples lisent les Livres, mais que les Tartares les ont mangez; qu'ils ont leur doctrine dans l'estomac et dans les entrailles, et que nous avons la nostre .*<ur le bord des lèvres.

L'Ambassadeur Busbequius m'a appris ce que je vous dis; et à dire vray, Monsieur, c'est vne excellente chose que d'estre bien né. L'heureuse naissance lait presque tout, et je soustiens qu'vn grand Orateur est plus obligé à sa Mère qu'à ses Maistres et à sesEstudes; je dis de son Eloquence et de la noblesse de son Style. Il y a des Terres extrêmement fertiles, qui ne sont cultivées que par le Ciel : la main de

Hommes n'y touche jamais. Où se trouve cette abondance, qu'n-t-on que faire de l'Agriculture? Où l'on donne le bien pour rien, à quoy bon travailler pour l'acquérir? La libéralité (le la Nature enrichit bien plus que le mesnage des Hommes.

\? jiourrois vous fournir plusieurs exemples de gens de ma cûiinoissance qui ne sçavent pas vn mot de Grec, ny de Latin: qui n'ont estudie ny en Rhétorique, ny en Logique, K qui font neantmoins des Pièces, où nous remarquons toutes les Règles de TOraison et du Raisonnement. Mais je me contenteray de vous en alléguer vn seul, et encore ne veux-je pas vous le nommer, qui brille entre les autres, comme le Soleil entre les Astres; pour parler Horace. En voila assez pour vous le faire connoislre : l'en reçois trèssouvent des choses qu'il n'a point imitées, qui sont purement siennes, ut que vous jugerez, comme moy, dans la dernière perfection débouté et d'ajustement, quand je vous les aurny iiimuniquées.

^(jn sens naturel est si fin et siasseuré, quequelqu'vn luy

nt monstre l'autre jour la Traduction d'vne Oraison de

■ron, il reconnut que le Traducteur s'estoit mespris en

t'ndroit qu'il trouva plus lasche que les autres. On luy

I légua la supériorité que la Langue Latine avoit sur la

-tre, et qu'il estoit impossible d'y rendre élégance pour

4ance : mais cela ne le satisfit point. H soustint que le

issage de Ciceron devoit estre conceû de telle manière.

qu'il estoit impossible, par ce qu'il voyoit devant et après,

' ce grand Personnage eust affoibli sa pensée c^ la sorte

•'lie lui paroissoit. Le Livre fut apporté, et on demeura

ccord que Monsieur *** avoit raison. Ainsi vous voyez

il y a vne Logique naturelle, et des Docteurs sans avoir

tiidié.

Puisque nous sommes sur cette matière, je suis d'advis faire entrer l'Histoire de Saintonge, que vous me disiez

ÔOr. ŒUVRES DE BALZAC

dernièrement n'avoir pas bien expliquée à vostre Voisin ; car il me semble qu'elle y viendra assez bien. N'en doutez pas, sur ma parole, ny l'vn, n'y Vautre. 11 n'est rien de plus asseuré que ce qui se passa à Xaintes, entre le l^hilosoplie Pi tard et le Poëte Théophile,

l'en ay oiiy faire le conte plus d'vne fois à Monsieur le Duc de la Rochefoucaull. qui esloil présent à la conférence. Le Philosophe ennuyé des équivoques et des mesprises du Poëte, et ne voulant plus entrer en raison avec luy; Monsieur Théophile, luy dit-il, il me semble que vous avez beaucoup d'esprit: mais il est dommage que vous ne sçachiez rien. Théophile ne fut point surpris, et luy respondit sur le champ : l'advoue ce que vous dites, Monsieur Pitard, et ne trouve point mauvaise votre liberté; Permettez-moy de vous dire seulement, avec la mesme liberté, qu'il me semble que vous sçavez tout, mais qu'il est dommage que vous n'ayez point d'esprit.

La témérité de la riposte du Poëte fit que les rieurs furent de son costé. Pitard en rit comme les autres, et il n'} avoit autre chose à faire. S'il n'eust eu de l'esprit, il se fus mis en cholere, et l'ignorance eust descontenancé la Philosophie.

Ij

ENTUETIKNS. r;97

ENTRETIEN WU.

DEFP.NSK DE DEVX VE«S ATTAQVEZ.

AV MESMK.

Le demi-vers est Latin, quoy que vosire Amv de Bas- Poitou ait de la peine à le croire; et je vous prie de luy dire de ma part que de ce costé-là, il se doit mettre lesprit en repos. La locution qui lui est suspecte de nouveauté n'a pas seulement pour elle le Siècle d'Auguste, qu'il allègue perpétuellement : Elle a Auguste mesme, et sa femme Livia, et son Favorv Mécènes, et généralement toute sa Cour. Elle a de plus, outre la Cour, l'Académie de ce sçavani Siècle. dans laquelle presidoit le luge Tarpa, qui n'estoit guère moins severe que Monsieur Guiet et le grand Monsieur de Saumaise.

Toutefois si nous voulions, nous n'aurions que faire d'employer nostre crédit en cette occasion, et nous pourrions reserver à vne autre fois de si puissans et de si considérables Amis. Il n'y auroit rien de si aisé que dg changer la locution suspecte, et le demi-vers contesté, qui se pourroit mesme changer en mieux. Mais nous ne sommes pas d'advis en Angoumois de donner cette satisfaction à vostre Amy de 'Sas-Poitou, de peur de le confirmer, par nostre complai-

fnce, en son humeur de douter, et assez souvent de douter al. Car je vous prie, Monsieur, quelle sorte de doute, et t 22.

([uelle pitoyable objection sur le subjel des Oracles, qui sortent do la bouche des grands Personnages? Cette objection pourroit estre refut(''e par deux ou trois cens authoritez de compte fait, et je ne puis assez m'estonner que vous ayez voulu prendre vn soin si particulier de m'advertir de pareilles visions. Mais j'admire encore plus vostre Amy qui vous veut faire le dépositaire de ses visions, et s'addresse à vous, comme s'il ne sçavoit pas que nous sommes en quelque espèce de communauté.

Est-il possible qu'il n'ait pas reconnu le Foëte Catulle aux marques et aux enseignes que je luy donne?

pesteni lainen ille minoreiii

Scaligeri, Tullique Cliens. et (^œsare Iseso (ionspicuus ssBclis, nigro devovil Averno. »c taies Verona tiilit sine vindicc cliartas.

Ceux qui allèguent cet ancien Po^^te. sans le nommer, se contentent de le faire entendre par le Poëte de Vérone. Tesmoin

Veronensis ail Poeln quondam.

Mais moy. pour le rendre plus reconnoissable* et donner plus de lumière ;i la description que j'en fais, j'adjouste à In Ville de sa naissance les deux endroits de sa vie les plus remarquables et les plus connus, l'y ay fait encore entrer I»' plus grand honneur qui ait esté rendu à sa mémoire, depuis qu'il est mort. Et je soustiens qu'vn homme qui n'est pas estranger dans l'Antiquité, et qui n'ignore pas Testât présent de nostre Republique des Lettres, est obligé de sçavoir que Catulle offensa Iules César par vue Epigramme mesdisante; que de son vivant, il a esté défendu par l'Eloquence de Ciceron; que depuis sa mort il a este restably par la Critique de Scaliger; qu il doit à l'vn le gain d'vn procez. et à l'autre la conservation de son honneur :

tst à dire la conservation de ses Escrits, et vne seconde vie, meilleure et plus glorieuse que la première. le soustiens «[ue vostre homme de Bas-Poitou est autant tenu de sçavoir tout ce que je viens de dire que de sçavoir que Catulle estoit natif de Vérone : ce que je n'avois pas oublié non plus que le reste, afin qu'il fust impossible de mesconnoistre celuy que je voulois qu'on connust.

Si le Pointilleux vous dit après cela qu'il ne m'entend pas, je vous supplie. Monsieur, de luy dire de ma part que ce n'est pas ma faute. Et si pour avoir deviné en cette occasion, on l'accusoit d'estre Magicien, comme vous dites qu'il en a peur, ce seroit très-injustement, et avec aussi peu de raison qu'on accusoit le Curé de la Parroisse d'estre Astrologue ludiciaire, pour avoir prédit au Prosne que la Sainct lean seroit le vingt quatriesme de luin. Il faudroit que les Diables avec lesquels il auroit eu communication ne fussent que goujats des troupes de Lucifer. Il faudroit qu'ils fussent moins sçavans que ceux de Loudun, qui n'avoient pas estudié jusqu'à la troisiesme, ainsi que disoit vn des Courtisans de Monsieur le Cardinal de Richelieu . Il faudroit enfin qu'ils fussent de l'Ordre de ces Diables Esclioliers, qui dans les Oraisons de Theodoret, font des fautes au nombre et au lanige; pèchent contre la mesure des Vers et contre les règles '• la Syntaxe. le n'infère donc pas de cette prétendue divination que vostre Âmy se soit fait sçavant par voye defenliif', et qu'il ait de ces connoissances estrangeres. le cro\ •ulement qu'il ne se sert pas tousjours de la sienne propre, j qu'estant occupé aux grandes choses, il regaij^e souvent • s petites avec distraction.

0 Domine Apollt». dux Chori Parnassii, Desiderjimns hic tuam praesenliam.

■C'est-à-dire qu'Apollon songe quelquefois ailleurs, l'il eatà Patare. quand nous le cherchons à Delphes.

Voslre Aniy se plaignoit Tautre jour de sa mémoire, eldisoil qu'il commençoit à mourir par cette partie aussi bien que moy. Si cela est, et si dans la Saincte Escriture, les morts enterrent les morts, je veux entreprendre davantage pour rameur de luy. 11 faut qu'vn mort ressuscite aujourd'huy vn autre mort, et que je luy fasse souvenir que Catulle a est»' plus vindicatif qu'il ne pense et que je n'ay dit. le n'ay parlé que d'vne simple exécration Poétique, ou pojir le plus d'vne simple mort-. Car en bon Latin, dévouer à l'Enfer ou à l'Âverne, ne va pas au delà de la mort; et la cigiie, la corde, Tespée, la peuvent donner. Mais le vindicatif (Catulle enchérit sur tous ces supplices communs. Il parle de la dernière et de la plus cruelle de toutes les peines : H condamne à esire bruslé tout vif le mauvais Porte dont il s'agit, connue vn Sorcier ou vn Athée;

... . infolicil)ii.>< vstiiiandii tlunniis.

Et plus bas :

I vos inteioa venilo in i<^ncni.

Et ailleurs il appelle impies les mauvais Poêles :

qui lantùni tibi misil inipionim.

Estre excommunié, estre dévoué aux Furies, n'est qu'vnf peinture de mal et vne imagination de supplice; Et vou^ sçavez que feu Monsieur de Malherbe traduisoit ainsi h DU te perdant, fugitive; le Diable f emporte, fvgitif. Estr» damné en ce monde, pour me servir des termes de vostr* homme, n'est rien en ce monde, qu'vne malédiction profe rée contre la personne que l'on damne ; et par consequen est quelque chose de beaucoup moins qu'estre dévoré pa ces flammes vengeresses que Catulle prépare à son mauvai

EMRËTIEISS. 401

Poëtî : El j'ay veû à Rome des gens livrez à Satan par Sentence de la Saincte Inquisition, et convaincus de crimes noirs et atroces, après avoir esté devoiiez, le jour du VendredySainct, en estre quittes pour le Bannissement ou pour les Galères.

Âdvouez-moy. Monsieur, que vostre Amy de Bas-Poitou >'est escrié sans subjet contre la cruauté de mes Vers. Il a dit que Catulle estoit plus doux et plus indulgent que moy; parce qu'il ne se souvient plus des vers de Catulle; comme il trouva estrange depuis peu, de voir VOmbre du Marquis de Pisani dans le Ciel, qui devoit estre à son ad vis aux Champs Elysiens; parce qu'il avoit oublié ces Vers de Lucain, qui mettent vue autre Ombre dans le Ciel, je veux dire rOmbre du grand Pompée. '

At non in Pharia Mânes jacuere favilla, Nec cinis exiguus tantam compescuit Vmbram : Prosiluit busto, semiustaque membra relinquens, Uegeneremqno roguni, seqiiilur convexa Tonanlis; Qiia niger Aslriferis connectitur axibus aër : Qiiodque patet Terras inter l.unaicpie meatus Semidei Mane* habitant, etc.

De sorte. Monsieur, que c^st VOmbre de Pompée, et non pas son Ame, qui ^^ort du bûcher qu'on lui avoit dressé an bord de la mer et qui va prendre sa place avec les demi- Dieux, dans la région supérieure.

Mais peut-estre que le Bas-Poitevin veut disputer de la Religion contre Lucain, et luy faire voir quil entend mieux que luy les Dogmes de la Théologie Payenne. selon lesquels l'Ame est vue aitre chose que l'Ombre ou le Simulacre. Entr'eux le debai et je ne me meslerav point de les ac- ^rder. le vous advertij- queThomme contre qui il veut dis- Wiler de la Religion a e.sté Pre-lrc autrefois :i Rome. Gessit J^isesturam. Sacerdotnmi ctiim aarjiit. Ce -ont les termes

rl'un ancien Autheiir qui a escrit la Vie de Lucain. E* ce seroit vne belle chose, si vostre Amy de Bas-Poitou e>loit meilleur Payen qu'vn Prestre de lupiier ou de Mars; et s'il s'advisoit, Tannée mil six cens quarante-six, de catéchiser le Prestre Lucain en sa propre Religion. Le reste à une autre lois : car j'ay encore une infinité d'autres choses à dire sur cette matière. Cependant celuy qui veut tant faire l'entendu verra que nous no parlons pas si témérairement, comme i) s'estoit imaginé; si vous prenez la peine de luy envoyer quelque extrait de cette Conversation.

RINTUKTIRN XVIIl,

]n: MONTAIGNE ET DE SES ÉSCRITS

A MOiNSIEVH GAM»ILI.AVl).

(unîipilier du Roy en ses Conseils, et Président d'Angoulesnie.

Voicy donc la réduction de nostre Conférence de dernièrement, que vous m'avez demandée, pour en faire part à Monsieur de la Thibaudiere vostre cher Oncle. Vous pouviez, Monsieur, la donner en meilleure forme, si vous aviez voulu l'escrire vous-mesme, et y mettre cent jolies choses que vous nous dites. Mais puisque vous ordonnez que ce soit moy, je le feray sans façon, et dans les simples termes de la Conférence. ^

Nous demeurasmes d'accord que l'Autheur qui veut imiter Seneque commence par tout et finit par tout. Sou Dis-

ENTHKTIEÎsS. 405

cours n'est py S vn corps entier : c'est vn corps en jdeces; ce sont des membres cuuppez: et i)uoy que les parties soient proclies les vnes des autres, elles ne laissent pas d'estre séparées. Non-seulement il nv a point de nerfs qui les joignent; il n'y a pas mesme de cordes ou d'aiguillettes qui les attachent ensemble: tant cet Autbeur est ennemy de toutes sortes de liaisons, soit de la Nature, soit de l'Art : tant il s'esloigne de ces bons exemples, que vous imitez si parfaitement. Car à vous dire ce que je croy des choses que vousm'âvez monstrées, je suis asseuré qu'elles auroient receû à Paris les applaudissemens qu'on leur a donnez dans la Province. Mais ce n'est pas icy que je veux faire vostre Eloge, et il faut passer au second Article. le l'appréhende comme vn esciieil, parce qu'il n'est pas en tout favorable à Michel de Montaigne. Neantmoins vous voulez que j'en escrive dans la mesme liberté qu'il en fut parlé, et il n'y a point moyen dé s'en excuser.

Ma pensée estoit donc, et je suis encore de mesme advis, que Montaigne scait bien ce qu'il dit; Mais sans violer le "<[)ect qui lui est deû. je pense aussi qu'il ne scait pas iisjours ce qu'il va dire. S'il a dessein d'aller en vn lieu, ' moindre objet quiluy passe devant les yeux le fait sortir <i'' son chemin, pour courir après ce second objet. Mais l'iml'irtance est qu'il s'esgare plus heureusement qu'il n'alloil Ht droict. Ses Digressions sont tresagreables ettresinstruces. Quand il quitte le Bon, d'ordinaire il rencontre le ■illeur, et il est certain (ju'il ne change gueres de matière II' le Lecteur ne gaigne en ce changement. Il faut advouer il en certains endroits il porte bien haut la Maison humaine : Il l'esleve jusques où elle peut allei-, soit dans la 'liti(|ue, soit dans la Morale. Pour le lugement qu'il fait > Livres et des Autheurs, c'est une autre chose. Assez sount il prend la fausse monnoye pour la bonne, et le bastard pour le légitime. 11 bazarde les choses comme il les pense

ir

(l';il)(M(J, au lieu de les examiner après les avoir pensées, au lieu de se defiei' de sa propre connoissance et de s'en rap- [>orter à son Turnebe. plustost que de s'en croire soyluesnjo.

Aux autres lieux de son Livre je suis tout à t'ait pour sa liberté. Ce qu'il dit de ses inclinations, de tout le détail de sa Vie privée, est tres-agreable. le suis bien aise de connoistre ceux i\iw j'estime, et s'il \ a moyen, de les connoistre tous entiers, et dans la pureté de leur naturel, le v(?ux les voir, s'il est possible, dans leurs plus particulières ei leurs plus secrètes actions. Il m'a donc fait grand plaisir de me faire son Histoire domestique.

Mais vous souvient-il, Monsieur, du manquement qu'y trouva ce galant bomme qui estoit de nostre conversation, et qui eust bien voulu que Montaigne, estant luy-mesme son Historien, n'eust pas oublié qu'il avoit esté Conseiller au Parlement de Bordeaux. H nous disoit ce galant homme, qu'il soupconnoit (juelque dessein en cette omission, et qui Montaigne avoit peut-estre appréhendé que cet article de IU)bbe longue tist tort à l'espée de ses Prédécesseurs et à la noblesse de sa Maison. Nous ne fusmes [>as de ce sentiment, ny vous, ny moy, et soustinsmes que cette pensée ne pouvoit estre venue à Monsieur de Montaigne, qui voyoit dt ses propres yeux (|ue Monsieur de Foix. nommé à TArchevescbé de Tboulouze, estoit Conseiller au Parlement de Paris

l'adjouste à ce propos vne chose qui ne fut point dite, d( leu Malherbe, et jugez de là combien il se piquoit de no blesse. Sans ce grand exemple de Monsieur de Foix, Mal herbe ne se lust jamais résolu à traiter pour son Fils d'vi Office de Conseiller au Parlement de Provence. Ses Amis lu; représentèrent, en cette occasion, qu'après vn Gentil-homm Parent des Rois et Allié de toutes les Maisons Souveraines d l'Europe, le Fils d'vn Gentil-homme de Caën, quoy que d la Race de ceux qui suivirent en Angleterre Guillaume I

Conquérant, pouvoit sans scrupule exercer vne Charge de Conseiller.

Mais pour revenir à Montaigne, soit dessein, soil oubli,

qui nous prive de cette partie de sa Vie, j'ay tousjours bien

de la peine à m'en consoler. Il nous eust dit mille choses

plaisantes de ce qu'il avoit remarqué au Palais; de l'humeur

les luges; de la misère des Plaideurs: des artifices et des

^tratagemes de la Chicane. Apres tout, j'eusse bien mieux

limé qu'il nous eust conté des nouvelles de son Clerc, qui

16 s'appelloit point en ce temps-là Secrétaire, que de son

'âge.

N'est-ce pas en elïet se mocquer des gens, de faire sçavoir

u Monde qu'il avoit un Page? Quelque amitié et quelque

stime que j'aye pour luy, je ne sçaurois lui souffrir ce Page.

Teust esté vne vanité de Capitan de la Comédie de dire qu'il

i?n avoit, s'il n'en eust pas eu; mais s'il en avoit, je sous-

iens qu'il n'en devoit pas avoir. Il me semble qu'vn Page

^t vne personne assez inutile et assez hors d 'œuvre dans vne

m de cinq à six mille livres de rente. Yn Gentil-homme

e îieausse qui neusl pas eu plus de revenu ne se fusl

•mais chargé d'vn tel Oflicier. Aussi quand il auroit voulu

îcher son Pays, comme Homère cacha le sien, je l'aurois

^^ouverl à cette marque de Perigord. De là il fut conclu

Montaigne avoit fait deux fautes : la première, d'avoir eu

l'âge, et la seconde, plus grande que la première, d'avoir

primé <{u'il en avoit eu.

I'' mesme Homme qui accusa Montaigne de vanité nous it aussi vn conte que nous eusmes de la peine à croire, jue asseurance qu'il nous donnast, de le sçavofr de fort iieu. 11 nous dit que Montaigne shabilloit quelquefois lie blanc, et quelquefois tout de vert, et paroissoit ainsi Il devant le monde. Force gens graves aiment les cou- - qui resjouissent la veuë aussi bien que luy : mais ils ne n servent qu'en robbe de chambre et dans le particulier.

Il 2ô

Telle singulariti' ne peut estre approuvée, estant contre la hienseance; et j'ay oiiy dire il y a longtemps (jue si les Actions extraordinaires ne sont grandes, elles passent le plus souvent pour ridicules. l'ay veù, à la vérité, delà les Monts de pareilles fantaisies, (fui niesme estoient appuyées de quelque prétexte de Keligion, et on me disoit d'vn homme toul veslu de gris, depuis la teste jusques aux pieds; d'vn autre vestu de tann('. et d'vn autre de feuille morte : Ces gens ({ue vous voyez ont l'ait vœu de s'habiller de la sorte, les vn^ pour tant de temps, et les autres pour toute leur vie. Mai.*les phantaisies d'Italie ne juslitient pascelles des autres Pays,

Nostre Homme tascha bien encore de nous persuader qut le mesme Montaigne n'avoit pas trop bien reiissi en sa Mairi« de Bordeaux.

Cette nouvelle ne surprendra pas Monsieur de la Thibaudiere; et il se souviendra bien qu'il dit vn jour on ma pre .sence à Monsieur de Plassac Meré, admirateur de Montaigne qui le loùoit ce jour-là au desavantage de Cicenm : You avez beau estimer vostre Montaigne plus (|ue nostre Ciceron je ne scaurois m'imaginer qu'vn Homme qui a sçeû gouver ner toute la Terre ne valust pour le moins autant qu'vi Homme qui ne sçeut pas gouverner Bordeaux.

le vous diray demain quelle est mon opinion du Stiie d* Montaigne, quoy qu'il n'en fust point parlé en nostre Con ferencc de l'autre jour. Vous sçaurez cependant que c'es vn Personnage que je révère partout, et que je tiens compa rable à ces Anciens qu'on appel loit maximos ingenio et arU rudes : et partant, non plus qu'à eux. on ne luy doit pa imputer les fautes de son Siècle.

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