QV'AV TEMPS DE MONTAIGNE
NOSTRE LAjNGVE ESTOIT ENCORE HVhK.
-U MESMK.
Celuv de qui je vous parlois hier vivoit sous le règne des k'alois. et de plus il estoit Gascon. Par conséquent il ne se leut pas que son langage ne se sente des vices de son Sie- 'le et de son pays. Il laut advoiier avec tout cela que son (Pie estoit éloquente ; qu'elle se faisoit entendre par des ex- •ressions courageuses ; que dans son stile il y a des grâces t des beautez au-dessus de la portée de son Siècle.
le n'en veux pas dire davantage, et je sca) bien que c&
croit vne espèce de miracle quVn homme eust pu parler
urenient François, dans la Barbarie de Quercy et de Péri-
ord. Vn homme qui est assiégé des mauvais exemples, qui
stesloigné du secours des bons, pourroit-il estre assez fort
our se défendre tout seul contre vn Peuple tout entier?
r)ntre sa Femme, contre ses Parens, contre ses ^mis, qui
>nt autant d'Ennemis du bon François? quelle difficulté
il-ce de garder parmy tant d'embusches et tant de lar-
'lis les saines opinions qu'on auroit apportées de la Cour!
Mais d'ailleurs, lors que Montaigne escrivoit, la Coût es-
it aussi indulgente qu'elle est aujourd'huy rigotiteiise. Sa
délicatesse va jusqu'au desgousl et jusqu'à la maladie. De h pluspart des viandes qu'elle rejette, on en eust fait dos fes tins sous le Règne de Henry troisiesme. L'incomparabl* Malherbe n'estoit pas encore venu corriger et degasconner 1; Cour, comme il disoit ; faire des leçons aux Princes et au^ Princesses; dire cela est bon. et cela ne l'est pas. On n scavoit point qu'il y eust deux Vsages, dont Tvn s'appelle 1 Beau. Il ne se parloit, ny de Vaugelas, ny d'Académie. Cetl Compagnie qui juge souverainement des Compositions Frar roises, estoit encore dans l'Idée des choses. Ainsi il n'y avoi rien d'asseuré, ny de résolu en nostre Langue. Et par toute ces raisons il me semble que Montaigne est excusable, s' n'a pas tousjours escrit comme voudroient nos Délicats. D son temps, il n'estoit pas défendu de faillir, et les Fautt sont innocentes, qui sont plus anciennes que les Loix.
Vous avez ic\ le jugement d'autruy, et le mien parliculit sur le subjet de Montaigne. Âdjoustez-y du voslre ce (ju' vous plaira, et ce que j'auray sans doute oublié de mettre a premier Chapitre ; car ma mémoire ne m'est plus fidèle comme elle estoit autrefois. Sur tout, Monsieur, cultive tousjours ces excellentes dispositions qu'a ma chère Cou sine vostre Fille à rintelligence des Langues et des Science Elle ne sera ny vaine, ny incommode pour cela ; sa moilest Tt sa discrétion m'en respondent.
KIVTP.ETIEN XX.
hK LATTKLAGi: l)V CHAH DK VENVS.
A M. CHAPELAIN, t onseiller du Roy en ses Conseils.
Il faut donc vous obeïr aveuglément à mon ordinaire, et DUS dire ce que je pense des ColumbiUi et des Passercidi, lu Char de Venus que vous avez trouvé dans les Vers du ^ëte d'Amsterdam. Vous sçavez bien ce qui en est, mais ous prenez plaisir à me faire parler. Par cette demande si trecise, je voy, Monsieur, que le gibet a esté fait pour les nalheureux. et qu'il y a des gens à exemple. Vous voulez |ue celuy-cy soit vn de ceux-là. Ce pouvoit estre vn Franoisou vn Italien; Mais le sort est tombé sur vn homme des 'nvs-Bas.
' n'est pas en effet vn Autheur particulier qui a failly ;
ont toutes les Muses qui ontfaiten cecy vne extravagance.
n'est pas le Poëte. c'est la Fable mesme qui est coupable
<nte Faute. Car, à vray dire, se peut-il rien imaginer de
lus ridicule que de mettre des Cygnes au Chariot* et encore
loins des Pigeons, et beaucoup moins des Moineaux? Tou-
is il est certain que le Chariot de Venus a esté attelé de
iie sorte par les Anciens et par les Modernes, en Grèce, en
alie et ailleurs.
Il n'v a point ch' proportion de la petitesse de cesOyseanx
à la grandeur des Machines qu'on leur fait tirer. Et quan on ne mesureroit pas Dame Venus (ainsi que l'appell Monsieur Scarron) aux Demoiselles Géantes, et à la Sœu d'Encelade, qui de la teste touche les nues, dans le qu^ triesme Livre de TEneide : il faut croire vray-semblablemei qu'elle esloit de très-belle taille ; par conséquent si les Poët( V ouloient faire traisner son Chariot par des Oyseaux, et s'i n'avoient point de connoissance d»? ces estranges Oyseau? qui enlèvent en l'air des Elephans, pour le moins luy d( voienl-ils donner des Austruches, et non pas des Pigeons o des Moineaux, qui ne seroient pas bons pour le Carrosse ( carte d'vne Poupée.
Encore sont-ce Columbuli et Passeradi, dans les vers ^ quelques Anciens, aussi bien que dans ceux du Poêle d'An sterdani; et quoy (jue je sçacho qu'en la Langue dans 1; quelle ils ont escrit, les diminutifs ne diminuent pas tou jours la chose dont ils traitent, et qu'ils servent souvent c à la nécessité du nombre ou à la délicatesse de la pensée Toutefois il y a de certains lieux, où à mon advis, et je tiei que ce sera le voslre, ils peuvent n'estre pas en leur plac Les Poëtes eniployent bien Oculus et Ocellus indifferemmen Mais je n'en ay point veû qui se soit servy d'Ocellus poi signifier l'Œil de Polypheme, de la grandeur duquel il esté dit,
Argolici clypei, et TMiœbeae lampadis instar.
Le Pape Vrbain avoit vne Antique d'agatbe, dont j'ay veû ] Taille-douce, dans laquelle il y a deux Mouches à miel lié \ à vn joug, qui tirent vne charrue: et une autre Mouche s j la charrue, qui les fait aller, avec vn foliet. C'est la phantaij \ d'vn ancien Graveur, qui est encore plus raisonnable q \ celle des Anciens Poëtes. Car c'est véritablement vne ck fort nouvelle de voir des Mouches qui conduisent des cht
ENTRETIENS. 4i4
rues, et d'autres Mouches qui labourent In terre. Mais pour le moins en cecy il y a quelque proportion et quelque rapport. S'il y a ries Insectes qui soient Rois, il y en peut avoir qui soient Esclaves. S'ils ont vn Estât et vne Police, pourquoy n'auront-ils pas Tvsage de l'Agriculture et des autres Arts'? si ce sont des petits Romains, parvi Qidrites, comme les appelle Virgile, ne peuvent-ils pas cultiver les champs, aussi bien qu'aller au Conseil et faire la guerre? Outre que d'ailleurs il y a peut-estre du mystère en cette figure, comme en plusieurs autres, qui sont ou Magiques, ou Enigmatiques. Tesmoin celle du Dieu de l'Hérétique Basilides représenté avec vne teste de Coq, vn bouclier en vne main, et en l'autre vne espée, ou vn foiiet. Monsieur de Saumaise m'a fait la faveur de m'envoyer depuis peu vn de ses Livres, où j'ay veû cette monstrueuse Figure.
Pardonnons donc au Poëte Moderne, qui n'a failly que sur le mauvais exemple, que ses devanciers luy ont donné.
Puisque vous m'avez mis en humeur, il faut qu'elle passe, je ne sçay si j'auray raison; vous me le ferez sçavoir quand il vous plaira. Tout ce qui paroist beau dans les Livres ne 'est pas. Dans les meilleurs mesmes, il y a de l'or d'Alchimie et des diamans de verre, disoit feu Monsieur le Cardinal du Perron. Il y a de la fausse mounoye en Grec et en Latin, oomme en Quercy et en Perigord. La sainte, la vénérable .antiquité nous en a débité plus d'vne fois; et quantité de mauvaises choses du temps passé trompent encore aujour- (J'huy sous lapparence du bien. Pour vérifier ce que je dis. f*e sera a.^sez. pour le présent, do deux exemples, qui donnèrent lieu, l'autre jour, à vn jeune Orateur, d# faire ces leux applications. Voicy le premier :
''»'Stimo beaucoup plus la meschante cappe d'Agesilaiis, et allasse sur laquelle il dormoit, que tout l'or et toute la iipre du Roy de Perse.
Leluy qui a dit cela s'imaginoit qu'il ne se pou voit rien
dire de mieux. Il croyoit avoir mérité, par celte belle sentence, le nom de grand Philosophe. Mais je ne suis pas de son opinion, ny de TOrateur qui l'admire. Si c'esloit vn Philosophe, c'estoitsans doute vn Philosophe Cynique. Quanta moy, qui suis pour la Famille de Platon et d'Aristote (ils estoient vn peu plus honnestes gens que Diogene, et connoissoient mieux la valeur des choses), je n'eusse pu souffrir à ce Monsieur le Cynique son exagération de Declamatenr, et luy eusse respondu volontiers : il faut distinguer icy. s'il vous plaist, et ne prendre pas l'vn pour l'autre. Vous pouvez estimer davantage la personne du Hoy de Lacedemone que rc\U'. du Roy de Perse ; mais vous ne devez pas tant estimer vue mauvaise paillasse qu'vn !ict de drap d'or.
Si le Cynique eust esté revestu de cette cappe, et si cette paillasse luy eust esté donnée pour s'y coucher, je luy pardonnerois volontiers l'amour qu'il auroit eue pour ces précieux restes (car je ne veux pas profaner le mot de Reliques, que rVsage a consacré pour nos Saincls); Mais n'estant question que du prix des choses, il n'a rien dit qui vaille, ou pour le moins il ne s'est pas bien expliqué. Venons au second exemple.
Le grand Pompée estant obligé de partir d'vne Ville ma ritime. pour les affaires pressantes de la Republique, le^ Bourgeois de la Ville et les Mariniers mesmes luy représentèrent que dans le mauvais temps qu'il faisoit, il ne pouvoit se mettre en mer sans courir fortune de la vie: Il es nécessaire d'aller, leur respondit-il, mais il n'est pasneces saire que je vive.
Voila l'apparence d'vn bon mot, et il est sçeû de tout I» monde. A le regarder neantmoins de prés, on voit que c'es vn mot qui ne dit rien de bon. Il se destruit soy-mesme, e implique contradiction. Car puisque la vie est le principi et le fondement de toutes les actions de l'homme, pour allei ne fnnt-il pas vivre? par conséquent, n'est-il pas nécessaire
de vivre, et ce que nie Pompée n'esl-il pas encore plus vray que ce qu'il advoiie*? Pressons davantage ce bon mot; Il est nécessaire d'aller, mais il n'est pas nécessaire que je vive; c'est justement comme qui diroit : Il est nécessaire de voir, mais il n'est pas nécessaire d'avoir des yeux : Il est nécessaire de marcher, mais il n'est pas nécessaire d'avoir des pieds.
. Que devoit donc respondre le grand Pompée quand on luy représenta le danger visible de sa personne, et qu'on luy dit que s'il partoit dans le mauvais temps, il couroit fortune de sa vie ? Il pouvoit respondre, ce me semble : Laissons faire aux Dieux de nostrevie, et faisons nostre devoir. A monadvis cette pointe eust esté plus solide et plus raisonnable que l'autre, comme elle eust esté plus grave et plus digne de la Majeslt^ Romaine. Peut-estre que Pompée dit encore mieux que cecy, et que dans la confusion de son embarquement, ses paroles ne furent pas recueillies comme il les avoit dites. Peut-estre aussi que la tourmente qu'il voyoit devant luy le troubla luy-mesme, et l'empescha de songer à ce qu'il disoit.
Voila, Monsieur, ce que vous m'avez demandé, et encore plus. Mais c'est pour vous seulement : car le Public se mocqueroit de mes resveries ; et je vous ay dit ailleurs le respect que j'ay pour l'Antiquité. Cecy soit donc dit, par manière de passe-temps, sous le secret de la Confession civile et sans préjudice de mes premières protestations.
HESPONSK A TROIS OVESTIONS.
A M. CONRART, Conseiller et Secrptaiiv du Roy
Il faut VOUS respondre sur trois Questions que vous m'avez faites, et vous dire encore quelque chose de Fabrice. d'Auguste, et de xMecenas. Si vous avez de Taniour pour ces grands Noms, nous aimons tous deux en mesme lieu; et ainsi nous en pouvons parler plus dVne fois, et tousjours agréablement. La qualité d'xVugusle mérite bien que nous commencions par luy : iMais je vous advertis aussi pour l'advenir, de ne pas prendre garde à Tordre des temps, aux dislocations de mes matières, ny mesme à quelques paroles qui ne seroient peut-estre pas receuës dans vostre Académie; Car je suis en pleine liberté avec vous; et si vous me faite> passer de vous en autruy, corrigez, s'il vous plaist, me.' improprietez ; car vous avez le mesme pouvoir sur mes Es critsquesur moy.
Vous dites que je vous ay représenté Auguste si grand que tout paroist petit auprès de luy. Mais vous me deman dez ensuite si ce Grand a esté heureux; si après avoi changé la face de la Republique ; si après s'estre rendu mais tre de Rome victorieuse et triomphante, c'est-à-dire de tou rVnivers. il a joûy paisiblement de sa grandeur. le vou
responds que pour en venir là, il luy a fallu passer par des torrens de sang humain : qu'vn nombre infini de testes cassées, de corps de Consuls, de Prêteurs, de Sénateurs, de Chevaliers Romains luy ont servy de degrez pour monter au Throsne. Quand ce seroit pour se conserver qu'il auroit perdu tant de gens, toutes les fois qu'il a songé de combien de morts il a falu qu'il ait asseuré sa vie. cette seule pensée a esté capable de gaster sa félicité. Aussi se plaignoit-il souvent des malheurs de sa condition avec ses Confidens, et s'en iaisoit pitié à soy-mesme.
Quelle peine en suite, quelle gesne sur le Throsne, d'estre contraint de se despoiiiller de la douceur de son naturel et de renoncer h sa propre inclination, pour exercer vne sévérité nécessaire ! car je présuppose qu'il estoit, comme on dit, naturellement bon et vertueux, et que la Proscription du Triumvirat ne fut pas de son choix. Depuis mesme cette sale et vilaine partie de son histoire, ce Bon et ce Vertueux n'a-t'il pas esté force d'aigrir et d'irriter sa vertu en plusieurs rencontres ; d'armer sa bonté contre la malice de son Siècle; de ne paroistre pas ce qu'il estoit: de ressembler plustost à tout autre qu'à Auguste?
Les ennemis, les Rebelles, les Meschans ne finissent point: La racine en demeure, quelques branches qu'on en couppe. Il ne put donc pas dompter si généralement les esprits, qu'il n'en restast tousjours de tres-fascheux et de tres-difficiles à gouverner ; ny faire en sorte que le long calme dont il a joiiy n'ait eu ses nuages et ses mauvais jours. Les gens de son temps en disent bien davantage; s'il les en faut croire, Il a vieilly en des alarmes continiielles; 11 a cheminé dans des précipices : Tout ce qu'il a pu faire avec toute sa bonté, avec toute sa vertu et toute sa fortune, c'est de se sauver en pleine paix et de mourir de mort naturelle.
Encore les mesmes Gens ne sont pas d'accord que sa mort ait esté si naturelle qu'on diroit bien. Quelques- vns en
•ilfi ŒUVRES DE BALZAC.
ont aopiisé les figues que sa femme Livia luy fit manger, à bonne intention à mon advis. puisque ce fut pour l'empescher (le manquer de parole, et pour luy conserver la gloire de sa constance; car sans cela on a crû qu'il eust pu changer le Testament qu'il avoit fait en faveur de Tibère, et qu'il commencoit à avoir quelque remors d'avoir préféré vn estranger à son Petit-fils. Mais pour cette heure laissons ce Grand et ce Malheureux tout ensemble, comme vous avez pu voir, pour venir à celuy qui fut sa consolation, et après la mort duquel il n'en trouva plus dans l'Empire de tout le Monde.
Mecenas n'avoit garde de manquer de protection, nu lieu où vous estes; et je n'ay point est('' surpris du favorable traitement qu'il a receû chez le Perc des faveurs et des courtoisies. Nostre cher Officiai dit que c'estoit le droict du jeu. et moy je diray, pour explicjuer nostre Amy, que je me doutois bien que vous aimeriez l'Homme du monde le plus aimable, le parle de cet homme envoyé extraordinairement pour l'ornement de son Siècle ; pour la dernière perfection des Sciences et des Arts ; pour inspirer les Poètes, les Historiens et les Orateurs; pour donner du courage et de la force à tous les autres Artisans de la belle Gloire.
Vous voulez, Monsieur, que je vous en fasse la définition, pour la joindre au Discours que vous en avez leû, et je le veux bien aussi ; car je ne vous feray pas plus de plaisir que j'en recevray.
Ce fut Mecenas qui dora vn Siècle de Fer; qui rendit supportable la Monarchie à des Ames passionnées pour la Liberté; qui respandit son bonheur de tous costez ; qui mit l'amitié d'Auguste en commun; qui ne demanda que pour donner. Voila à peu près la définition ou la description de Mecenas, que vous pouvez adjouster à mon Discours ; et faire part au Public de cet Entretien, si vous le jugez à propos.
Il ne s'est jamais rien dit de plus vray. Cet homme si bien fait, et si bien-iaisant. ne pouvoit souffrir que la Vertu fusl
réduite à la seule satisfaction de la conscience, et que les Vertueux eussent subjet de reprocher leur pauvreté au Siècle dont il estoit. Entre luy et eux, il y avoit vn commerce qui ne cessoit point, de bien-faire et de recevoir du bien. Ses Amis estoient contraints de luy dire : « C'est assez ; » et les marques de leur satiété et de sa profusion se voyent dans les escrits de cet Age-là.
Nous avons veû vn Favory dVn Prince estranger bien esloigné, ou pour mieux dire, bien Antipode de Mecenas. 11 liroit vanité de sa barbarie, et comptoit jusqu'à douze Poètes qui l'avoient servy, et qui estoient morts de faim à son service. Il pensoit qu'il fust de la grandeur de sa Maison d'avoir des Poêles à sa suite : mais il pensoit aussi qu'il ne faloit pas les traiter si bien que les Singes et les Perroquets, à qui on donne à manger leur saoul.
Si ce Favory, qui se vantoit d'avoir fait mourir de faim douze Poètes, n'avoit laissé des Enfans plus honnestes gens que luy, je le ferois connoistre à nostre Siècle et à la Postérité. Il faudroit l'opposer à Mecenas, par vne comparaison qui ne luy seroit pas avantageuse. Mais pour l'amour des Enfans, pardonnons à la réputation du Père, et contentonsnous de dire qu'il y a plus de seize cens ans qu'on ne fait autre chose que célébrer, que chanter la vertu de Mecenas, que donner des louanges et des bénédictions à sa mémoire, qui sont des choses trop subtiles pour vne ame aussi matérielle que celle du Favory brutal.
Aujourd'huy mesme, qui le croiroit, les Muses Italiennes ne sont pas consolées de la mort de Mecenas. Vn de leurs Poètes s'advisa dernièrement de luy fair^ des obsèques, après avoir composé vn Poëme qui contient cinq ou six Livres, ddla Vita di Mecenate. Son nom a esté receû dans le Christianisme avec honneur. H y a esté consacré par TVniversité de Paris, dans les Escholes d»» Philosophie et de Théologie. ' ■ les BacheliiTs de Sorbonne ; nos Religieux les plus dévots
(je vous parle comme si vous estiez des nostres, et je ne veux point effacer ce qui est escrit, de peur que la rature ne vous offense les yeux : Et peut-estre que cela arrivera quelque jour aussi) : Trouvez bonne cette parenthèse, mon choi Monsieur, quoy qu'vn peu loni^^ue, et ne rejetiez pas le désir que j'ay (jue nous soyons vnis plus parfaitement que nous ne sommes; Nos Religieux, dis-je. ne prennent-ils pas chacun vn Mecenas, à qui ils dédient leurs Thèses, et qui les protège de sa faveur?
Mais la générosité de Mecenas, sa libéralité, sa magnilieence volent par toute la Terre : elles sont louées par les doctes comme par les ignorans. Vn mot seulement de la facilité de ses mœurs.
Il faloit bien qu'il fusl honneste homme, et Ijou-liouime tout ensemble, de vivre comme il faisoit avec les moindres de ses Amis, et de ne trouver pas mauvaise la liberté qu'ils prenoient quand ils traitoient avec luy. Celle dont vse Horace en luy escrivant est digne de considération. Tantosl il le nomme Mon Amy, tout court ; tantost Amy Mecenas, ou Cher Mecenas : quelquefois Agréable Mecenas. Car de traduire, gaillard Mecenas, ce ne seroit pas bien prendre l'intention d'Horace : Et sans doute il se sert de ïucunde Mecenas, de la mesme sorte que Pline s'est servy depuis de lucundissime Imperator dans la Préface de son Histoire naturelle, adressée à l'Empereur Vespasian. Si le Traducteur y a failly, vous le sçaurez bien relever; et ce ne sera pas la première fois que vostre bon sens aura corrigé noi fautes, vous qui ne vous meslez point autrement du Latin Ce tres-agreable Empereur ne vaut gueres moins à moi advis, et signifie presque autant que les « Délices du Genn <^ humain, » que nous donnons encore aujourd'huy à l'Eni pereur Tite, Fils de Vespasian.
Mais croyez-vous que les Favoris daujourd'huy, comm» vous diriez le Comte Duc en Espagne, voulust estre traité
familièrement que Mecenas par les Poètes de la Cour? Ces licences Poétiques luy seroient-elles agréables? se contenteroit-il de si peu de cérémonie? j'ay de la peine à le croire. Le grand Armand mesme qui caresse les Poètes et les favorise, ne trouveroit pas bon, ou je me trompe fort, si Monsieur de TEstoille commençoit vn Sonnet ou vne Epigramme par. Cher Richelieu, ou Amy Richelieu; Si pareilles libertez n'estoient eriminelles à Riiel, elles y seroient pour le moins ridicules. Si c/estoit trop de la corde, ce ne seroit peut-estre pas assez de la berne pour les chastier. Cecy est de mon Autheur ordinaire Monsieur de la Thibaudiere. On ne demande pas seulement du respect et des louanges : on demande du culte et des sacrifices, de la part mesme des Souverains et des Testes Couronnées.
le ne parle pas au hazard : le sçay de science certaine qu'vne lettre moins respectueuse qu'on ne l'attendoit, et l'omission de deux syllabes, ont cousté la vie à plus de deux cens mille hommes. Bien humble et tres-affectionné, qu'vn Favory trouva au bas de la lettre d'vn Prince, au lieu de tres-Immble et tres-obeïssant, qu'il pensoit luy estre deû, le mit en telle cliolere, qu'il jura, en deschirant la lettre du Prince, que son incivilité luy cousteroit la ruine de son Pays. le tiens cette Histoire d un homme qui estoit à Madrid, en présence duquel la Lettre fut leuë, et jugez de là combien est dissemblable le Favory de Philippe à celuy d'An- (luste.
Ce Favory si agréable et si aimé n'a pas laissé de trouver des Ennemis pour le moins après sa mort. le l'ay desja remarqué dans le Discours. Le redoutable Seneqiie s'est eslevé contre luy : mais croyez-m'en, c'est vn Calomniateur artificieux; c'est vn Sophiste intéressé en cette rencontre. Quoy qu'il die des mœurs et du Stile de Mecenas, tenez pour suspecte sa Rhétorique, le suis asseuré qu'il n'agit pas de bonne foy, et qu'il falsifie les passages qu'il allègue. Ce qu'il ap-
pelle afféterie, mollesse, dissolution, s'appelle gayeté, galanterie, délicatesse. Par exemple, Monsieur, desapprouveriez-vous ces trois ou quatre périodes, que j'ay trouvées en bon lieu, et que je rends Françoises pour Tamour de vous. le ne vous les donne pas pour estre des Escrits de Mecenas, mais celuy qui me les a prestées asseure qu'elles sont de son stile et de sa manière.
« Dans vue plaine extrêmement verte nous crusmes voir u vne Eminence couverte de neige ; Mais nous descouvrismes <i de plus prés que c'estoit vn troupeau de Biches blanche^ « On nous dit qu'il estoit consacré au Soleil, et à la Sœur du « Soleil. Les Bestes gardées par les Nymphes paissoient des '< lleurs, à l'entrée d'vne Forest de myrtes, vis-à-vis des 3ton- « lagnes d'azur, cpii couronnent la Rivière du Phénix, eu-.
<( Nous allasmes passer les grandes chaleurs aux lieii\ ft maritimes de la Province. En ces lieux-là. il y a tousjours « du frais et de l'ombre, pour la consolation de l'Esté; u par la faveur d'vn petit Vent qui se levé à Soleil couché « et qui vient resjoiiir toute la cosle, les plus mauvais jours (( sont suivis de fort bonnes nuicts. Mais il y a encore vn autre « Vent délicieux, pour le plaisir de ceux qui se promènent « sur mer. Ayant pris l'impression de l'odeur des jasmins « et des orangers dont la Plaine voisine est couverte, il va Ki porter cette odeur bien avant dans la mer, et quelquefois « à plus de vingt milles du rivage. Ainsi la Terre fait vne a action de gratitude, en reconnoissant le bien qu'on luy « fait. Elle paye la mer de parfums, de la fraischeur qu'elle « reçoit d'elle. 0 le beau, ô l'agréable commerce entre ces « deux Eléments ! • etc.
Ces périodes sont traduites mot à mot d'vn ancien Autheur ; Mais qui est cet Autheur? Est-ce vn Grec, vn Latin, vn Arabe, ou vn Persan? len'ay garde de le nommer. Demandezen des nouvelles à nostre cher Monsieur Ménage. En attendant que je vous envoyé vn second Chapitre de Mecenas. employez
là-dessus sa faculté divinatrice, autrement sa sagacité Scaligerienne
il se mesprit neantmoins vue fois en sa vie, l'illuminé Scaliger, celuy que Lipse appelloit vne Aigle dans les nuées, et vn Diable d'homme. Muret prit pour dupe cette Aigle qui voloit si haut, et en fit accroire à ce Diable qui estoit si fin. le vous conteray Tavanture une autre fois, de peur d'estre trop long, et de vous lasser des choses mesmes que vous avez désirées. Il ne me reste plus que trois paroles sur le subjet de nostre troisiesme Héros.
Il est vray que mon Fabrice n'est pas un homme commun, comme vous vous escriez en l'admirant. C'est pourtant vn homme, et qui a esté, et que j'ay pris plaisir de faire revivre. Ce n'est pas vn phantosme formé par l'imagination et par le désir. Rome ne fut jamais animée d'vne ame plus belle, plus grande, ny plus forte que celle-là; et tandis qu'elle vesquit par luy, on peut dire qu'elle ne sentit aucune passion qui fust basse ou mauvaise. Tous ses autres Enfans, sous ce grand exemple, ne se piquèrent que d'honneur et de probité; La religion, l'amour de la Patrie, tenoit vn chacun en son devoir. Les premiers Romains jusques-là avoient eu de grands avantages sur les autres hommes; il le faut advoiier. Mais il y restoit bien encore de l'infirmité humaine, et beaucoup de la férocité et du brigandage du Fondateur. Fabrice commença de cultiver ces semences excellentes de vertu, et y réussit de telle sorte, que les Romains n'eussent pas voulu l'Empire du Monde dés ce temps-là, s'il y eust falu employer une mauvaise action. Ses pensées furent si hautes pour la Republique, que le cœur humain ne pâit pas aller au delà; et si modestes, pour son particulier, qu'il demeura toute sa vie dans l'égalité des autres Citoyens. L'or de Pvrrhus ne le tenta jamais, comme les Elephans ne luy firent aucune peur. Il eut tant de prudence, et fut si heureux au jugement qu'il fit de l'advenir, qu'il sembloit que le succez
des choses se conformast à l'opinion qu'il en avoit. La vivacité de son esprit luy fournit par avance tout ce que peut apprendre le temps et la diversité des occasions. Il n'eut pas besoin d'eslude pour scavoir ny d'expérience pour estre sage. Les finances d'Altalus, ny los délices de Capoué n'eussent jamais corrompu les Romains sous vn semblable Précepteur, qui preschoit sans cesse qu'il faloit fuir l'avarice et aimer le travail.
KNTRETIEN XXII.
A \Io^sl^:vK girard
CONSEILLER DV ROY EN SES CONSEILS ET SECRETAIRE DE FEV MONSEIGNEVR LE DVC d'eSPERNON.
On m'a dit de grandes choses de la vertu de l'Homme que nous honorons si fort. Qu'il ne s'imagine donc pas que j'estime moins son loisir d'Anjou que ses emplois d'Italie et d'Allemagne, le veux faire tout exprés pour luy vn Discours de la Grandevr; mais de la Grandeur qui ne vient point du mérite de la Race, qui ne vient point des bienfaits du Prince, qui ne commence point par le Brevet d'vne Charge et par des Lettres de Provision. La matière est ample comme vous voyez, et en attendant le Discours que je vous promets, touchons-en vn mot dans ce Chapitre.
Il est vray ce qu'a dit vn Ancien : la Bonne Fortune manifeste la Grandeur; mais la Grandeur doit estre, avant que
la Bonne Fortune la manifeste. La Lumière ne fait pas les objets qu'elle fait voir. On ne donne aux Sages que les enseignes et les marques de la Dignité : Ils en ont toute la force avant que d'en exercer les fonctions. Le Sage est Magistrat perpétuel ; le Sage ne seauroit jamais estre personne privée. Vous connoissez le stile et entendez le langage des Stoïciens. Or il est certain que l'Homme que nous estimons est plus sage que Ghrysippe et que Cleanthes; et cela estant, quand il ne sera pas vn des principaux du Conseil du Roy, le Roy ne sçauroit empescher qu'il ne soit un des plus honnestes hommes de son Royaume. 11 ne doit cette dernière qualité à la libéralité de personne. Il n'y a point de changement d'Estat qui la puisse supprimer, point de violence qui la puisse ravir à celuy qui Ta: et à parler franchement, je n'estime gueres les biens qui ne sont pas de cette nature.
\e mettons point la félicité en vne place qui est ce matin it nous et qui pourra estre à nostre Ennemy cette apresdisnée. Ne mesurons point la valeur des hommes par celle des choses qui sont autour d'eux, par leurs Charges et par leurs richesses. Ces parties ne sont ny naturelles ny vivantes. Ce sont des bras d'argent et des dents d'ivoyre à ceux qui ont des défauts. Ce sont des ornemens agréables à ceux qui d'ailleurs ne sont pas mal faits; Ce sont tousjours neanimoins des pièces jointes et attachées. Mais quoy qu'il en soit, si on sépare ma charge de ma personne, je ne laisseray pas pour cela de demeurer tout entier. Si j'ay de la Vertu, je la conserveray dans les ruines de la Fortune. Voilà les gens que je cherche et auxquels, en cet estat-là, je veux desdier mes Livres. •
le le dis et le redis, car il faut enfoncer cette Vérité dans Tame des hommes d'aujourd'huy, qui n'y font aucune reflexion; La bonté d'vne chose doit luy estre essentielle, et csider en elle-mesme. Vn homme vaillant ne devient pas poltron quand on le desarme -, Si vne femme n'est belle qu'à
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cause qu'elle est parée, c'est vne fausse belle, puis qu'elle n'est belle que par emprunt.
11 est donc nécessaire d'avoir en soy le principe de sa grandeur, il faut estre riche de ses propres biens : et ce sont ces biens qui ne se perdent ny par les embrazemens ny par les naufrages. Ce sont ces parties qui tiennent à l'ame, que les accidens des choses ne peuvent entamer : Ce sont pièces fortes et solides, inviolables au malheur du Temps et aux outrages de la Fortune. Ceux qui ont de semblables biens se consolent dans la pauvreté et dans la douleur. Par conséquent ils feront quelque chose de moins, s'ils se resjoiiissent en prison et en exil.
Si la prison estoit vne chose absolument mauvaise, vn de nos Amis n'auroit pas esté prisonnier de sa chambre, dix ans durant, sans estre malade ny melancholique. Il n'y auroit pas dans le Monde tant de captifs volontaires, qui renoncent à la liberté et qui s'enferment par eslection et par conseil : Y auroit-il des Chartreux en tant de Provinces et des Carmélites en si grand nombre? Vostre Héroïne, Mademoiselle d'Espernon, auroit-elle choisi ce genre de vie et l'auroit-elle préféré à tout ce que son illustre naissance luy monstroit de grand? Y auroit-elle tenu bon contre les larmes de Monsieur son Père, à qui il ne reste qu'vn Fils vnique, que son grand cœur expose tous les jours aux périls de la guerre ; Contre les prières de toute la Cour, dont elle faisoit vn des principaux ornemens; Contre un Bref de sa Sainteté, qu'elle a fait révoquer par sa saincte persévérance? Y auroit-il enfin des Légions entières de l'vn et de l'autre Sexe qui se sont rendues à lesus-Christ, qui ont désiré leurs chaisnes, qui les ont demandées par grâce et qui les bénissent tous les jours?
Si l'exil estoit aussi vn véritable mal, il n'y auroit point eu, non plus, des Personnes tres-judicieuses et tres-ad visées, qui l'auroient préféré non-seulement aux douceurs de la Patrie, mais aussi aux délices de la Cour. Qui ne scail qu'il
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\ ;\ eu autrefois des Courtisans qui sont devenus Hermites, que le desgoust du Monde et que la passion de la Philosophie Ghrestienne ont confinez au fond des déserts? La belle chose de voir des Hommes, nez dans les affaires, nourris dans les Cabinets, recommandables par leur mérite et par leurs services, se donner congéà eux-mesmes sans l'attendre de leur Maistre, et quitter la Cour sans estre disgraciez!
Leur dessein estoit de fuir le monde et de se cacher ; Mais leur Vertu les descouvroit en quelque coin de la Terre qu'ils se cachassent. Les qualitez qui, dans leur première condition, avoient effacé la pourpre et obscurcy le feu des pierreries, esclatoient dans Tespaisseur des bois et parmy les ténèbres de la Vie recluse. Leur réputation ne les laissoit pas joiiir paisiblement de leur Solitude, et les Rois envoyoient tous les jours à ces Oracles esloignez, quand ils n'estoient plus leurs Oracles domestiques. 0 illustre Obscurité! 0 Retraites glorieuses! 0 Bannissemens préférables à la faveur ! vous estes à mon gré les ornemens de nos Livres. Vous estes les plus beaux endroits des Histoires Grecques et Romaines.
« le vis Marcellus à Mytilene, et le vis avec admiration, « tant il me parut grand en sa mauvaise fortune. Quelle « force d'esprit, quelle fermeté de cœur, quel mespris des « choses humaines, fondé en raison, et tout pur Philosophi- « que, sans aucun meslange de despit ny de chagrin! Quand '( il me falut quitter vne si excellente compagnie, le crûs << que c'estoit inoy qui estois véritablement le Relégué, et « qui m'en allois en exil à Rome. »
Ces paroles sont du vertueux Brutus, que Cicferon appelle en quelque lieu son Héros. Elles se trouvent dans vn Fragment du Livre qu'il avoit composé de la Vertu, et vn Autheur Italien les allègue dans ses Epistros Latines.
Vous nous ferez voir quelque chose d'approchant dans la Vie de vostre illustre Maistre, où vous travaillez avec tantd'assi-
(luitë, et payez en si bonne monnoye les faveurs que vous en avez p'ccik's. Vous avez esté tesmoin de la magnanimité qu'il a lait paroistreà Plassac et à Loches, célèbres aujourd'huy par sa Retraite, comme les Marais de Minturne par celle d<' Marins. Il n'a jamais paru si grand que par ses dernières disgrâces qui hiy sont arrivées sans avoir lailly; et ainsi je tiens que les caresses de ses Ennemis eussent moins fait [>our sa gloire que leur haine. l'ay desja annoncé ce bol Ouvrage, que je ne tiens en rien inférieur à celuy deDavila.
Mais nostre sérieux ilure trop long temps, et pour nous resjoiiir vn peu en achevant ce (Ihapitre. et prenant la chose d'vn ton plus bas que nous n'avons fait. le dirois volontiers aux Disgraciez qui ne sont pas tout à fait si sages que THomme que vous et moy honorons :
Et bien, on vous a fait commandement de vous retirer de la Cour, où vous vous nourrissiez de soupçons, de défiances et de jalousies : Mais on vous laisse en vostre Maison, où vous pouvez gouster tous les [daisirs innocens de la Vie champestre : où il ne tient qu'à vous que vous ne jouissiez de toutes Icsbeautez de la Nature et de toutes les richesses de la Campngne. Les bons Ennemis qui vous ont envoyé manger des ligues et des melons; les mauvais Amis qui sollicitent vostre rappel ; et que vous estes vostre ennemy vousmesme de les presser pour cela ! Il y a vn IJanny dans les Satyres de luvenal, (|ui ne sçachant que faire, commence à boire dés le matin, et profite pour le moins en cela, de la cholere des Dieux. Par là vous voyez que la bonne Fortune n'a pas le loisir de vivre : Elle a trop d'affaires et trop d'em-^ plois. Dans la Faveur, on veille toute la nuict, on ne se couche que quand il est jour, et les Disgraciez ont desjeuné à cette heuie-là.
ENTRETIEN XXIH.