I:\PL1CAT10.N DE 1)EV\ EPIGRAMMES
A MONSIKVR SARASIW Secrétaire des ('oiniTiandernens do Monseigneur le l'rincc de tionli.
le suis bien aise que vous ne mesprisiez pas nos Peintures, particulièrement celles des pauvres Solliciteurs. Sans doute ils vous ont fait compassion dans les discours d'Aristippe, que nostre cher Monsieur Girard m'avoit demandés pour vous, et cette compassion vous a chatouillé l'esprit par vne douleur voluptueuse, comme parle vn Philosophe Moderne, le veux vous faire aujonrd'huy vne autre Image, qui ne vous desplaira pas. Elle est rare, et je Tay prise en bon lieu. C'est dans vn Manuscrit de deux anciens Poëtes. solliciteurs cux-mesmes, et mal satisfaits de la Cour, après y avoir attendu et langui long-temps.
Le premier se plaint d'estre jour et nuict a la porte du Cabinet, qui luy est tousjours fermée; mais désespéré d'y pouvoir entrer, et ne scachant plus que faire, il s'adresse aux Gr.\ces, qui sont les Déesses des Courtoisies, et à qui toutes les portes des Cabinets sont ouvertes ; leur Divinité leur servant par tout de passe-port. Il les prie donc de luy rendre office à la Cour, et de porter ces trois mots aux piede * d'' César : « S'il n'y a pas moyen que j^aye l'honneur de « parler à luy, pour le moins (ju'il ait la bonté de m >n- \ voyer (lire que je m'en aille, n
ENTHUTIKNS. Ml
I/auire Poëte suppliant dit (ju'espeiant tousjours, que craignant tousjours et ne faisant rien, il prend beaucoup (le peine à perdre le temps; qu'il se trouve le premier et le iJernier au Palais; qu'il est Courtisan de jour et de nuict; |u'il veut parler et n'ose rien dire; qu'il ne peut pas atten- Ire et qu'il ne sçait point demander. Il conclut enlin à peu irés en cette sorte: « Espargnez ma Pudeur, César, et ayez ( pitié de ma Patience. Ce n'est plus pour le bon succez, 1 c'est pour la fin que je sollicite. Obligez-moy, ou de m'accorder ma requeste, ou de me la refuser. Quoy que vous ( fassiez, ce sera me faire grâce, de façon ou d'autre. )) Mais I faut vous faire entendre les deux Supplians en leur langue naturelle.
Caesaris ad valvas vigilans slo noclo dieque,
Nec datur ingressus, quo nieii facta loquar. Ite bonge Charités, et vestro numine teclsc
Ferte hœc verba pii IMùncipis ante pedes. Si nequeo placidas atïari Ciesaris aures.
Sallem aliquis veiiiat qui mihi dical, abi.
SpeiiKiue iiielumque inler, rébus nialc ualus agcndis,
Sic totos uiulto perdo labore dies.
Ma)ie sabitator, cùm sol se coiulit in vndas,
Noclurnus subeo regia lecta Cliens.
liicipio effari, niediaque in voce rcsislo,
Et premil ingeniiuS verba parala pudor.
lanj, satis est, finem. ô César, pro munere })osco,
Hernque nieam. seu das, pertice, sive negas.
js tpigrammes me semblent raisonnables, et en*quelques •droits dignes de la bonne .antiquité. Mais à voslre ad vis, ielle est la plus ancienne des deux et la plus procbe rlu nips de Catulle?
Vous serez Apollon, si vous le ilcvinez.
iV2 ŒUVRES DE BALZAC.
Celuy (]ui m'a inocuré vne chose que j'avois si ardeni ment desiiée. j'entends i)aiier de vostre amitié, m'a envoy le commencement de vostre Valstein. Ce commencemen m'a ravi, et vous ne pouvez pas refuser à la France, qui vou sollicite par moy. de Tacliever. Il est en vostre pouvoir d luy donner vn véritable Salluste. Quant à ce que vous dite de Ciceron sur mon subjet, la chose est tres-id)ligeante, mai elle ne me convient pas.
KNTHKTIFiN WVllI
LES TABLETTES i>\ CHAPITRES.
A M. COi>RARl, (louseiller el Secrétaire du Koy.
Tout eschappe à vne mémoire qui vieillit; et parce que ( n'est pas vn vilain mesnage de ne laisser pas perdre s< pensées, ny vne violence défendue d'arrester des paroi qui s'enfuyent, depuis quelque temps je m'estois advisé ( me servir des Tablettes qu'vn de mes Amis m'avoit envoyée Mais je pensois n'avoir de Tablettes que pour moy. Vn Hos curieux a eu les yeux plus subtils qu'il ne devoit, et a pen tré dans mes secrets. le croy qu'il en voudroit faire des R lations, de la sorte qu'il s'en est expliqué à vous. Il vous parlé de plusieurs choses, que je ne voulois communique! personne : Pour le moins ne le voulois-je |)as faire, info mes comme elles sont encore. Fntre autres, dites-vous.
ous a donné le désir de voir vn certain Chapitre, dont il ous a conté des merveilles. Puisque son zèle sans adveû s'il n'aime mieux que je l'appelle son infidélité officieuse) j descouvert ce que je cachois, je n'ay garde, Monsieur, l'en faire le fin avec vous. le vous donne de bon cœur le Chapitre que vous voulez voir. Quoy qu'il ne soit qu'esbau- •hë, il pourra estre en meilleur ordre que la Copie qui a esté aite de mémoire, et qui vous a esté promise, au cas que ous me trouvassiez difficile à vous satisfaire. Mais qu"\ a-t'il (ue je ne sois tousjours prest de faire pour vostre satis- :>oti()n?
KXTUxVIT J)ËS TABLETTES
Dieu luy a donné les biens de l'esprit, mais il les a receus lans vn mauvais corps. Et que sert la Raison à vn malade u'à luy rafiner le mal; qu'à luy aiguiser le sentiment; u'à luy rendre la douleur tousjours présente par vne vive, ar vne subtile, par vne violente appréhension? le parle de i Raison purement humaine.
Les belles Maisons et les beaux Meubles, l'abondance et la randeur ne servent pas davantage à celuy qui ne s'en peut ervir. Vn homme n'est pas à son aise, qui sent des espines ur des matelas de salin. Il n'est pas heureux, s'il est enhaisné de la goutte dans vne alcôve; s'il crache du sang ans des bassins de vermeil doré: s'il est réduit aux hauts ris sous le dais où il s'est fait porter avec des m^hines ; et
I rheure mesme il se fait reporter rhins le lict, où il ne uuve pas moins de douleur.
Mois ({uand la douleur ne seroit ny aigU(% ny violente* uelle misère seroit-ce de n'estre que le Spectateur des bien? ont on est le Maistre? d'avoir en mesme temps, et de
n'avoir pas? d'avoir le droict et non pas Tvsage? Vne Ici le
possession seroit vno perte continuelle.
N'envions donc pointée Nectar empoisonné et cette lelicit«î corrompue, comiu»' l'appelloit vn Poëte Italien de nos Amis. C'est vne mauvaise cliose, que la faveur de Mecenas, avec ses veilles : l'Empire mesme d'Auguste, avec son chagrin, n'est pas vne bonne chose. Il ne faut qu'vn petit mal pour gaster vne infinité de biens, et la (|plicntp*;«' <|o< Princes estime grands les plus petits maux.
N'avez-voiis [xiint oiiy parler de ce mouclit;roii (jui entra dans l'œil du Hov Jacques d'Angleterre, vn jour qu'il estoit à la chasse? Aussi lost l'impatience prit le Roy; il descendit de cheval en jurant (ce qui luy estoit assez ordinaire); ils'appella maliieureux, il appella insolent le moucheron, et luy adressant sa parole : a Meschant animal, luy dit-il, n'as -lu « pas assez de trois grands Royaumes (jue je te laisse pour <» le promener, sans qu'il faille que tu te viennes loger dans (( mes yeux ? >
Ne pensez pas que la cholere du Roy fust artilicielle, et qu'il eust seulement dessein de dire vu bon mot. Il estoit véritablement en cholere, lors (ju'il parloit de la sorte. Mais il y a des choleres (jui sont éloquentes; il y a des passions qui ont de l'esprit, et celle du Roy lacques estoit de celles-l;i.
AVTllb: KXTUAIT DKS TAHLETTES
La bonne Conscience, c'est la bonne Religion. Seneque Ta dit, et les Chrestiens mesmes l'ont loiié de l'avoir dit. Il semble en effet que ce soit vne sentence pleine de vertu et Ile pieté. C'est à dire neantmoins. à qui l'entend bien, qu'il ne faut point se soucier des Cérémonies; que de la Morale on peut faire la Religion; qu'il suffit d'estre bon, d'er"
KNTUETIENS. 445
Chreslien, d'estre dévot dans le cœur. Dieu pourtant en desire davantage, et ne se contente pas de la seule Religion de l'esprit : Il veut que nous luy rendions vne reconnoissance publique de ses grâces et de ses bienfaits. « Que rendray- « je, dit le Prophète, à rEternel? » 11 se respond à luymesme : « le prendray la couppe des délivrances, et j'invo- « queray le nom do l'iJernel. » Mais afin qu'on ne croye pas qu'il se veuille arrester là, et que ce soit assez d'adorer Dieu en secret et à l'escart, en esprit et dans le cœur, il adjouste : « le rendray mes vœux à rEternel, devant tout « son Peuple, v d'où il est aisé de tirer vne conséquence qui ruïne la sentence de Seneque.
Vous voyez par les Extraits de mes Tablettes, qu'elles sont plus grandes que les ordinaires. Il y reste encore beaucoup d'autres choses. le vous en feray part au premier signe que vous me ferez; car, de prière, je vous conjure d'abolir ce terme, importun en vne amitié parfaite, comme la nostre.
Vous aurez bien-tost la Lettre Françoise de Servius Sulpilius; les Objections contre la Période contestée, la Réplique aux Objections, et en suite l'Advis au lieu de l'Arrest qu'on me demandoit. Il ne fut jamais vne matière si sèche, si stérile, et comme parle le Gentil-homme de Poitou, vne matière .si disgraciée. Mais le mesme Gentilhomme dit qu'vn fagot d'espines fleurit entre mes moins. Dieu luy pardonne, s'il ne dit la vérité, puis qu'il ment si obligeamment en faveur 'son Amv.
ENTRETlEx\ X\I.\.