‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 5 sur 15 · I.STTftBS · texte numérisé non relu

I.STTftBS

Je u'ai point oui parier ici de i 'ingénieur quiûcbe des pieox en terre sans frapper, mais je ne doute point que cela ne se puisse feire par la force de la presse, qui peut par ce moyen être comparée avec celle de la percussion; mais il en faudroit plu-^ sieurs diverses expériences, autant qu'on en pût faire des règles générales. Je ne sache point qu'il y ait d'autre raison pourquoi un œuf se rompt moins lorsqu'on le presse par les deux bouts que par le côté, sinon que ses parties étant plus égales en ce sens-là, il faudroit qu'il y en eût plus qui commençassent à se séparer dès le premier moment qu'il coaiUiciiceroiL a. se rompre.

J'explique comment la lumière trouve des pores droits de tous côtés dans les corps transparents par exemple d'un tas de boules rondes , qui étant jointes Tune à l'autre, composent un corps dix fois plus solide que n'est aucun de ceux qui sont transparents , comme je puis prouver; et toutefois, sur quelque côté que soit tourné ce corps composé de i)ouies, si on jette -du sable dessus , ce sable passera au travers, en lignes assez droites pour transférer son action en lignes exactement droites : car j'ai dit en divers lieux que Faction de la lumière suit des lignes exactement droites, nonobstant que la matière subtile qui la transmet ne compose pas de telles lignes.

Je crois avoir mis ad second discours de ma Dio^->

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trique la raison à priori pourquoi la réflexion se fait à angles égaux , et je m'étonne que vous la demandiez: encore. La méthode que j'ai donnée pour les tangentes est bonne pour les conchoïdes et la cissoïde, et semblables, mais non pas pour la quà^ dratrice si on n'y ajouté quelque chose ^: car cette (juadiatrice est chi nombre des lignes que j'ai dit n'être que mécaniques. Pour les retours géoniétri-" ques des choses trouvées par l'algèbre, ils adnt toujours si faciles, mais avec cela si longs et si en* nuyeux aux plus grandes questions , qu'ils ne méritent pas qu un homme qui sait quelque chose prenne la peine de les écrire, et ne sont bons que pour le géostaticien ou ses semblables.

Il né &ut pas estimer la pesanteur dés iiues pai* celle del'éau qui en vient, mais penser que les parties de cette eau étant séparées 1 une de l'autre, ainsi qu'elles doivent être pour composer une nue, ont Incomparablement plus de superficie selon l'étendue de laquelle il faut quelles divisent Tair pour descendre, qu'elles n'en ont lorsqu'elles les compo^ sent des gouttes d'eau.

Lorsque le bout d'une aprête de mie de pain fî-ais est mis sur de l'eau ou sur du vin , et qu'elle l'attire k deux ou trois pouces, cela vient de ce que les pores de ce pain, étant plus grands qu'il n'est besoin pour ne recevoir que de l'air, y sont environnés tout autour de la matière subtile, qui les &it

mouvoir plus vite qu'ils ne se meuvent ailleurs, où ils s'entre -touchent : et ponrceque tous les

corps qui se meuvent tendent à sortir des lieux où ils sont, quand ces parties d air sortent de ceux de ces pores qui touchent la superficie de Teau^ les pai lies de cette eau succèdent en leur place , et à cause qu'elles remplissent mieux les pores de ce pain y elles ne s'y meuvent pas si vite que Ênisoient les parties de Pair; d'où vient qu'elles n'en sortent pas , si ce n est pour monter encore pius haut, en la place de l'air qui tend à sortir des pores de ce pain; et c'est le même dans^tous les corps brûlés ou calcinés par la force du feu. J eu suis à votre dernière du premier juin.

Pour la circulation du sang , il ne faut pas penser qu'elle ne se fasse qu'aux extrémités du corps ; mais il &ut prendre garde qu on ne sauroit couper lès bras en aucun lieu qu'il uy ait plusieurs petites veines et artères qui se terminent en ce lieu-là, et par lesquelles se &it aisément la circulation > nonobstant que les plus gros tuyaux qui passoient vers la main soient bouchés.

Il n'y a point de doute que les plis de la mémoire s'empêchent les uns les autres, et qu'on ne peut pas avoir une infinité de tels plis dans le cer- * veau, mais on peut bien y en avoir plusieurs; et la mémoire intellectuelle a ses espèces à part , qui ne dépendent nullement de ces plis, dont je ne

3^0 tETTUBS.

croi& pas que le nombre soit guère grand. Je n'ex* {dîque pa$ sans âme le sentiaient de la douleur, etc., car* -ce sentiment est en Fâme ou en Tentendement même, mais bien tous les mouvements extérieurs qui accompagnent en nous ce sentiment , lea* quels seuls se trouvent aux bétes. Je pensols aller voir aujourd'hui M. de F.' pour lui demander des nouvelles de Ihistoire que vous me mandez de son père et des trois prodiges qu*on lui a écrits, comme venant de ce pays, où je n'en ai point oui parier qu'à lui seul, qui les raconta il y a quelque temps; k savoir qu'à Wesel une dent étoit cnie fort ion* gue à un pendu, non pas en une nuit, mais en peu de temps; ce qui ne laissera pas sans doute d'être &UX aussi bien que les deux autres : car nous avons ici des gazettes qui n auruieni pas oublié de telles dioses. Je ne sais que dire de la déclinaison de l'ai'» guîlle, ê$i quêitw facti. Je suis fort peu curieux de voir ce que M. F. a écrit de nouveau sur les tangentes; el pour ceux qui veulent gloser sur ce que j*ai écrit de la conchoide, ce ne peuvent être qvm des hommes de grand loisir : car je n'en ai donné que la construction , qui est courte, en avertissant que, par la &çon que j 'a vois donnée, on s'y pou-

* « Cmt, selon moi, la dtmimar n'est ^ue dans ^entendement , mais /explique bien toiu lesfuele* setds et moji la dtutfeur proprement

d^^ M inmvent.,, »

• «SaunudM. •

Digitizôd by

LBTTRBS. .^41

voit engager en de longs calculs; d'où ils dévoient connoître que j'avois d'autres moyens pour y par» venin mais que je n'avois pas voulu leur dire tout, ni m tKplicjuer plus clairement pour les tangentes, comme ils auroient aisément reconnu de mon style s'ils avoieni eu de Tesprit. Il n'y a point de &ute au bas de la page 55 1 , car le sens est qu'on pourroit s'engager dans un long calcul si on cherchoit le point où GG coupe BH, etc.

Il y a long-temps que j*ai su les passages du Deutéronome, sanguis snim eorum anima e»t^ etc«, et je l'ai cité en ma réponse aux objections dé M. ?romond, que je lui ai envoyée il y a plus de deux ans. La matière subtile n élargit pas indifféremment les pores de tous les corps , mais seulement ceux qui se trouvent trop larges d'un côté et trop étroits.de l'autre, comme sont ceux d'un arc plié et non ceuic de Tor ou du plomb , etc. La £aiçon dont j'explique le flux et reflux de la mer n'a rien du tout de comuiuu avec celle de Galilée. L'ob- .servation qu'il y a toujours une nue proche du soleil qui reçoit les rayons pour £iire Tarc-en-ciel est entièrement imaginaire , car on voit Tarc-enciel en des fontaines où il n'y a point de telles.nues Je suis , etc.

< • réerimi à M,JSajrtliekBn pmtr hU dtmmder h im daJLd» U CkamBne, et wms em dini num setttnMtL Je wwms rfyamds rien tvu^. çhmmeefa*o»wuuaéerit^J>^eterre,paree^tte Je ne cneis pas qu'om s. |6

À M. DESCAUTES

^Lctut! i5 du tome II. Version.) CBTTK t.i*TKi tioavnar mtoisitm OMMériiow» ooimiB m nfAtlràtioits

Après avoir lu les réponses que vous avez £utes aux diilficultés qui vous ont été jusques ici proposée&9 je n'ai pas laissé d'en rencontrer encore par-çi par-là quelques unes que j'ai toutes ramas-

vom l'ait écrit pour me h nuatder ; mais Jë vous pais dire entre nous que , Mên pie Vaffht de ce seigneur me semble très grande pour lui à a» homme ftfil M'a jamm» va^ et f «e ^ lui en sais très <Migi» elh est tmue^t /art petite paar inm; et fue, èien çuii jr ait plus de dise ans foefeàea ativie Jt aller en Angleterre , il me serait néanmoins plus honnête djr aUer pour mon plaisir que dtj Are attiré par telle promesse* J*onhliois à vous dire que la ga^are dont M. Êl§vet vous aiN^t écrit est terminée , et perdue en-~ fièrement paar la badin qu'il vout mandait vouloir disputer contre moi. Je mis , etc. •»

» <• Dom Porbci" p«-n.s«' que cette lettre c>i dp 16/47, peut voir,

par le coitimenceinent de la lettre, qu'elle ne p«nit t tvr Huféiieiire, puisque réditioD françaisie, qui n'a para qu'en 1647 , y est citée. »

Une seconde main :

" Cette Ifftrr e^f d'rin homm*' fjni se faisoi» aj)j»eki H Yperaspislès. Os ohjeciions sont ccrites du i*' jniHet. Voyex la preave de cela dans le uoaveaa cahier. »

LKTTRKS.

sées le niieiix que j'ai pu, et que je prends la liberté de vous proposer aujonrcrhui, comme le reste de ce qui peut vous être objecté, ^e dédaignez donc pas^ s'il vous plait, de vous éprouver con* trc moi, après avoir si souvent mesuré vos forces

' avec celles de tant de braves combattants. }ùt si par ma dé£akite, à laquelle je m'attends, vous mettez une fois fin à tant d'illustres et glorieux combats, tous les mortels vous rendront des grâces immortelles, de leur avoir fait connoitre Fimmortalité de leur âme, k laquelle tout le monde tâche autant qu il peut de parvenir : voici doue les dernières objections qu'il me semble qu'on vous peut faire.

I . Je m'étoime fort de ce qu'en la page 54 1 de votre réponse à ce subtil philosophe Pierre Gassendi, et même aussi souvent en plusieurs autres lieux de la version françoise, vous avez bsé assurer qu'il ne Éaut pas cliercher dans les choses qui regardent la conduite de la vie une vérité aussi claire et aussi certaine que celle que vous voulez

• qu'on ait lorsqu'on s'applique à ia contemplation de la vérité. Quoi donc, ne faut-il pas bien vivre ? £t comment pourrez-vous bien vivre, c*est-à<dîre sain> tement , si vous ne dirigez vos actions selon la règle de la vérité? La vérité doit-elle donc manquer aux actions morales de chrétiens? Certainement la vie d'un chrétien sera jugée très bonne s'il rapporte toujours toutes ses actions et sa personne

même à la gloire de Dieu. Gela n'est-il pas aussi vrai qu'aucune autre chose que nous connoissions

clairement et distinctement? Et ne se doit-ii pas. toujours abstenir de quelque action que ce soit, lorsqu'il croit qu'elle déplaira à Dieu? Et est-il jamais obligé de s'abstenir de quelque chose, s'il ne connoit clairement qu'il s'en faut abstenir? £t dans les choses où il est question d'agir, ne doit-il pas toujours faire ce qu'il voit clairement que Dieu •demande de lui ; car qui petit dire qu'il soit obligé de faire quelque chose par une autre raison? et partant, un chrétien n'étant jamais obligé de faire ou de s'abstenir de quelque chose sans cette lumière et clarté, pourquoi voulez-vous, ou plutôt pourquoi supposez-vous moins de vf^itc dans les . moeurs que dans les sciences, puisqu'un chrétien se doit beaucpup moins soucier de faillir dans les sciences métaphysiques et géométriques que dans les mœurs? Mais, me direz- vous, si quelqu'un veut douter dans la conduite de sa vie de l'existence des corps et des autres objets qui se présentent à lui , comme dans la^métaphjsique, on ne fera prèsque rien. Qu'importe qu'on ne &sse rien, pourvu qu'on ne pèche point? Mais si cela est, vous me direz, par exemple, je n entendrai donc point la ihesse un jour de dimanche , à cause que je puis douter si les murs de l'église , que je pense voir, sont de vrais mux s ou plutôt , ainsi qu'il arrive or-

LBTTRIÎS.

dinairement dans les songes, s'ils ne sont rien. A > cela je réponds que , tandis que vous clouterez avec

raison que ce soient de vrais murs et que ce soit une vraie ^Use, pour lors vous n'êtes point obligé d'y entrer; non plus que vous n*étes point obligé de manger, quelque éveillé que vous soyez, si vous ignorez que vous ayez du pain devant vous, et si vous croyez être endormi. Vous me direz, peu^ être, si vous agissez de la sorte, vous vous laisserez donc mourir de faim ; et moi je vous répondrai, qij • je ne suis point obligé de manger, s'il ne m'est évident que j'ai devant moi de quoi sustenter ma vie, laquelle, faute d'un aliment qui me soit clairement connut je puis et je dois oflBnr en bolocauste à Dieu , qui ne m'oblige point à agir, si je ne sais certainement que j'agis, et que les objets qui sont autour de moi sont réels et véritables. Vous n'avez donc point dû établir deux genres de vérité : et ne dites point que jamais ou na oui parler de semblables difficultés ; car il seroit ici injuste de vou- . loir agir avec moi par des préjugés dont vous avez voulu vous-même que je me défisse entièrement, et que, malgré vous et tous ceux qui voudroient s'y opposer , je veux même rejeter dans les choses qui regardent la conduite de la vie^ si vous ne me démontrez que cela ne se peut et ne se doit point £ùre.

9. Lorsque vous dites, en la page 546, qu'il ne sensuit pas que i âme soit plus imparfaite de ce

ar4^ LETTRES.

qu'elle agit plus impar&iteineiit cbns un petit en*

fant que dans un atlalie, il ne s'eînsuit pas aussi qu'elle ne soit pas plus impartaite ; tout de même àutei lorsqu'oD dit que Tâme d'un en&nt ne pense point pendant qu'il est au ventre de sa mère, encore que vous disiez le contraire , il ne s'ensuit pas qu'il pense; car tous n'apportez aucune raison ni expérience pour confirmer votre dire, et vous Tassurez seulepient de ce que vous croyez que l'esprit, quelque part qu'il soit, pense toujours, encore qu'il ne se ressouvienne pas des pensées qu'il a eues , pourcequ'il n'en laisse aucuns vestiges dans le cerveau- L'opération de l'âme ou de l'esprit, qui est iificorporelle, peut-elle donc imprimer d^soi aucuns vestiges corporeb? Car, puisque tout ce qui est reçu dans un sujet y est reçu conformément k la nature de ce sujet, le cerveau dans lequel ils sont reçus étant corporel, il s ensuit nécessairement que ces vestiges doivent être corporels. Mais il n'est pas moins impossible que l'esprit ait un vestige corporel, qu'il est impossible que le corps en ait uii incorporel. De plus, comment ces vestiges corporels du' cerveau nous feront-ils avoir une pensée ino»^ porelle? Comment l'esprit peut-il cpntempler ces vestiges corporels? £st-;ce par lui-même sans aiH dme image, comme vous croyez, ou même saiis aucune espèce spirituelle? Mais les théologiens attribuent cette manier de contempler les cbosea

saiLs aucune espèce à Dieu seul. Vous direz peutêtre qu il se sert d'une espèce laçorpoitîUe; msà& fMir«qiieUe cause sera produite calte espèce? Ge me sera pas par le vestige du cerveau, puisqu'il est corporel; ce ne sera pas aus&i par l'esprit seul 9 au- « trement pourquoi auroit4i eu besoin de veati^9 Vous voyez donc dans quelles difficultés vcHis vous jetez pour dépendre votre opiuionu

3. Lorsque vous dites, en la page 5Si y art. 5» que c'est autre chose de dire que quelque chose vous appartient, et autre chose de dire qu^îiie appartient à la connoissance que vous avea de vmisméme , il semble que vous nous donniez à ehtendve que votre méts^hysique n'établit rien du tout que les dioses qui appartiennent k cette conooiaaiiiec : en sorte que nous ne savons s'il y a en effet rien de réel dans les choses que vous pense:^ ou que vous feignes de contempler. £t partant, ou votre esprit ne sera point incorporel , ou du moins oti ne saura pas certainement s'il est Jiicorporei; mais il sera seulenient vrai en votre pensée. Car il ne s'en* suit pas qnHine chose soit vérîtablement telle que vous la peusez être; mais seulemeut il est vi^i que vous la penses être telle, ou que votre esprit »-i^ magine quelque chose eemnae une chose vraie. Sur qiK>i je voudrois bien vous demander pourquoi vous vous aerves pku» soment du mot de .trêire que decehii é%>mifair, lors même quH semble

a^B LETTBES.

que VOUS deviez vous en servir. Car, a proprement parler, nous ne savons pas ce que nous croyons simplement 9 si ce n*e$t peut-être que vous vouliex dire qu*il ne laut jamais donner créance à une chose , si Ton ne voit clairement que la chose que l'on nous propose à croire est vraie, comme vous semblez dire dans votre réponse aux secondes objectionsdans laquelle tout le monde s'étonne de ce que vous dites que la grâce éclaire quelcpiefoîs de telle sorte l esprit de quelques uns qu'ils voient aussi clairemeat, voire même plus clairement, les vérités les plus obscures de notre créance qu'aucune vérité de géométrie, ou autre semblable. Mais qui est celui qui a jamais expérimenté cela en soi? Croyez-vous, par exemple ^ concevoir plus clairement le mystère de la Trinité, ou que quelque autre le conçoive plus clairement que le contraire ne l'est par un juif ou par un arien? De plus ^ je vous demande, touchant ces personnes que^vous dites au commencement de la page 556 être prêtes de mourir pour la défense de leurs fausses opinions , dont elles ne voient pas clairement la vérité, pensez-vous qu'elles soient de pire condition que les autres qui soù£Brent la mort pour de vraies, dont toutefois ils ne voient pas plus clairement la vérité que ceux-la celle de leurs fausses opinions? Car, ayant dit auparavant que la probabilité sufEt pour la conduite de la vie, et les uns et les autres croyant

LVTTaBfi. 349

avoir cette probabilité, pourquoi la mort et les mé« nies ne seront-ils pas égaux? Ce qui toutefois est absurde , autrement un hérétique aura autant de mérite dans le martyre qu\ui orlhodoxe. Que si vous refusez de répondre à cela pourceque vous n'êtes pas théologien, je vous dis que vous êtes chrétien; et même, comme vous pensez, orthodoxe, à qui la sainte Écriture ordonne d'être toujours prêt de rendre raison de sa foi ; mais vous ne devez pas refuser de me répondre, puisque dans vos répoiises mêmes vous avez donné lieu à de telles difficultés.

4* Touchant ce que vous dites vers la fin de la page 577, je nie que la méthode que vous avez donnée , pour donner à connoître si nous concevons quelque chose clairement ou non^ soit assez exacte; car, en effet, le plus haut point de votre certitude est lorsque nous pensons voir une chose si clairement» que nous Testimons d'autant plus vraie que nous y pensons davantage : comme lorsque nous pensons à cet axiome, si des choses égales . ùn.ôu choses égales , ies restes sont égaux, ou à fj^tte proposition , qui selon vous est im axiome , à savoir que l'esprit humain est incoruoreL Or est-il qu'il semble aussi clair à un Turc, ou à un sodnien, qu'il implique contradiction que le Verbe, ou le bis de Dieu , ait de Dieu son père tout ce qu'il a y et que néanmoins il n*en dépende point, et ne soit point oblinjé de lui rendre grâce de l'essénce ,

ll5o LETTRES.

OU de la nature qu'il a rcrue de !ui ; comme aussi qu'il y ak trois pc^rsonnes an la irinité, et non pas Iroiseasencf», ou tn>b choses, ou trais êtres, ^il semble aussi clair à un calviniste qu'il implique que le corps de Jésus-Christ soit eu deux ou plusieurs lieux : ce qui toutefois samUe suivre du sa* crement de l'Eudiaristîe. Et aussi clair à un déiste qu*ii implique que la souverauie bonté de Dieu livre un homme aux peines étemelles ; et phisieurs choses de cette nature, lescpielles néanmoins vous croyez être très vraies, bien lou) de penser quil y ait en cela de la contradiction. Vous dires : ces personnes-là ne conçoivent pas clairement et distinctenieut que ces choses enferment une contradiction ; cependant ils pensent le bien concevoir, et soutiennent qu'il n\ a rien de plus clair dans la géométrie, ou dans la métaphysique. Voudriezvons donc, éprouver si vous poorres si bien ré* pondre aux démonstrations qu'ils disent avoir, que vous leur lassiez clairement counoitre qu'ils n'ont aucunes véritables démonstrations ?

5. En la page 'y^-j. Voas semblés nier qu*îl soit nécessaire que vous conceviez ce que c est qu une che$e, pour concevoir que vous éles une dbose qui pense. Se peut-il fiiire que vous conceviez une proposition , n en concevant pas le sujet, ni le prédicat : je puis dire pourtant que vous ne savez pas ce que c e.st qu une ^koêê, ce que c'est qii'aarîsler^ ce

L£XTA£S« 25 1

que c'est que la pensée; ou , si vous le savez, enseignez-moi si clairement ce que cW «que je conçoive clairement la vérité de cette proposition ^Je suis une chose qui pense. A quoi je puis ajouter que vous ne savez pas si c'est vous-même qui pensez, ou si c'est râme du monde qui est en vous qui pense , comme veulent les platoniciens. Mais posé que ce soit vous qui pensiez, si je vous interroge cent foisy et que vous me répondiez cent fois, vous^ne penserez jamais à rien autre chose qu^à une chose corporelle, à la grandeur, ou aux parties de laquelle l'esprit ou la pensée s'applique, s'ajuste, et se proportionne. Vous voyez donc qu'il est nécessaire qu'à la £açon d'une chose corporelle l'esprit s'étende à sa manière, afin qu'une partie de la pensée convienne à une partie de l'objet , et une autre partie à une autre partie; comme il se fait en l'œil, de qui chaque partie répond à chaque partie de l'objet.

6. Sur la page 56o. C'est en vain que vous dites que nous ne concevons pas l'infini par k négation du fini 5 ou de la limitation : car, puisque la limitation contient la négation de l'infini, il s'ensuit que la négation de la limitation cpntient la connoissance de l'infini ; car les choses contraires ont une cause cuntrairc

Ët en la page 564* Vous avouez vous-même qi^'ii sufiit, pour avoir la véritable idée de tout l'infini,

âSd LETTRES.

qu uiie chose soit conçue D'avoir aucunes limites. £t partant ce raisonnement que vous improuvies est très bon ; k savoir , cette chose n'a aucune limites donc elle est infjiiie; en sorte qu'il semble que vous TOUS contredisiez entièrement.

Et un peu plus bas , page 667 , vous dites que cette faculté de notre esprit par laquelle il agrandit les choses nous vient de Dieu. Mats vous ne le prouvez point, et ne Tavez prouvé nulle part. Ne peut-elle donc pas venir de l'esprit même, comme d'une substance éternelle et indépendante ? car vous ne voyez pas plus clairement que votre esprit dépend d*autrui, que je vois que le mien nen dépend point, puisqu'il ne s'ensuit pas qu'il doive avoir toutes sortes de perfections de ce qu'il est par soi , c'est-à-dire de ce qu'il ne dépend de personne, d'autant qu'il sufût que de sa nature il soit tel qu'il puisse agrandir par sa pensée quelque objet fini qu'on lui propose. Et même il se trouve des philosophes très subtils qui croient que les atomes et les premiers corps sont d'euxmêmes; ([ue s'ils n'aperçoivent pas cela assez clairement aussi ne voient-ils pas clairement qu'ils dépendent d'autrui , si vous ne les obligez par une lumière plus forte à se départir de leur premier sentiment , pour suivre le votre , de quoi ils vous seront fort obligés.

En la page 563 , vous dites qu'un sabot en pi-

LETTRES. â53

rouettant en roudagitsur lui- même, quoique pour-^

tant il n'agisse point, mais plutôt qu'il soufire pant

le fouet , quoique absent, dont le coup a contraint

le sabot de tourner en rond : ce qui £ait que le sabot est plutôt pâtissant que non pas agissant^ comme une pierre qui est jetée en Tair, et un boulet qui sort d'un canon.

Enfin, un peu après vous &ites voir que vous croyez que les idées des choses corporelles peuvent venir de 1 entendement, ou de l'esprit humain; comme il arrive dans les songes, ainsi que vous semblez dire ailleurs. Gela posé , il s'ensuit qu'en* core que Dieu ne soit point trompeur, nous ne saurions savoir s'il y a quelque chose de corporel dans la nature : car si l'esprit forme une fois de lui-même l'idée de quelque chose decoiporel, pourquoi non toujours? outre que, puisqu'une chose corporelle n'est pas plus noble que l'idée que l'es* prit en a, et que l'esprit contient émim iriinent tous les corps , il s'ensuit que tous les corps , comme aussi tout'ce monde visible , peuvent être produits par resprit^humain ; et cela étant, voyez où vos opinions vous conduisent? Car pourquoi une cause ne pourroît-elle pas produire tout ce qu'elle contient éminemment? vu même que c'est la raison pourquoi nous croyons que Dieu peut créer le monde.

7. Vous niez en la page 565, article 9, qu'aucune chose puisse être conservée dans son être

, sans le continuel concours de Dieu, tout de même Ique la lumière ne se conserve pas sans le soleil. Je

(lis premièrement que, dans nue chambra leimée, la lumière du soleil peut être conservée sans la présence du soleil , par le moyen d'une pierre de Boulogne, ainsi que je Tai souvent expérimenté: par conséquent on peut aussi dire que chaque chose peut être conservée sans le concours de Dieu. De plus, encore que Dieu retirât son concours, notre esprit , ou le soleil, par exemple, s'évanouiroient-îls, ou plutôt ne subsisteroient-ils pas encore? Qni (létrninjit donc leur substance? Et de vrai , puisqu'il est certain que de rien rien ne se fait, il est vrai aussi qu'aucune chose ne peut de soi-même être anétintie; ce que tous les êtres abhorrent et luient autant qu'ils peuvent. Que si vous dites que la créature n'est rien autre chose qu'une influence ou un écoulement de Dieu ; donc la créature n'est pas une substance , mais seulement un accident, semblable au mouvement local ce que personne ne dira jamais. Que si c*est une substance, elle peut donc subsister; en quoi Dieu se montre très admirable, de ce qu'il a pu faire une chose si ferme et si stable, qu'elle n'a point besoin de son concours pour être conservée; et vous déroges à cette puissance et k cette bonté de Dieu lorsque vous dites le contraire.

A cela vous objectez que Dieu tendrait au non-

LETTRES. â55

être s'il ilétruisoit la créature d'une autre luaiiière que parla seule cessation de son concours, ou vous tombe/ en la fosse que vous aviez préparée : c ai ue tend-il pas au nou-etre ior^qu il ce^se de prêter son concours, puisque pour lors il le détruit? En efiet, il suffit qu'une chose puisse être détruite par Dieu pour eu être dépcudaute, de quelque manière qu'il la puisse détruire. Quoique pourtant il ne se faille pas beaucoup mettre en peine de la manière dont il peut détruire une chose, puisqu'il ne détruit jamais ce qu'il a une fois produit ; non plus qu'il ne détruit point la nature du triangle, et de semblables êtres éterneis , que vous croyez être produits par lui, comme nous dirons tout maintenant. Mais bien davantage, je soutiens même que Dieu ne peut détruire ia nature d'aucune chose .étemelle et immuable, tels que sont les êtres géométriques et métaphysiques ; et néanmoins, selon vous, ces êtres dépendent de Dieu, pour être produits et pour être conservés. Or je prouve que ces êtres ne peuvent être détruits. Que Dieu fasse (ont ce qu'il voudra; et supposons par impossible que Dieu n'ait jamais pensé à la nature du triangle , et que cependant vous ne laissiez pas d'être dans le monde tel que vous êtes niciiii

tenant, n avouerea-vous pas qu'il est vrai que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits?

Dieu peut-il faire que si de choses égales on ôte

256 I.E(rTRE8.

choses égales, le^ restas ne soient pas égaux ? Que &ut*ii donc qu'il fasse , ou quVt-il dû £ùre de toute éternité , pour faire que ces choses ne fiissen^ pas maintenant vraies? Qu'a-t-ii dû faire afin qu'il ne fut pas vrai qu'il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas en même temps? Or , selon vous, toutes ces vérités ne dépendent pas moins de Dieu (comme vous soutenez en la page 579) que votre esprit , ou votre corps ; et partant, si ces vérités n'ont pas besoin du concours de Dieu , si elles sont immuables y si elles ne peuvent être détruites , quelle fermeté et constance peut->il y avoir en vos paroles. Mais dites-moi, je vous prie, s'il est vrai (comme vous dites) que ces vérités dépendent de Dieu, en quel genre de cause elles en dépendent?

8" Dans ce même article, page 667, vous niez le progrès à l'infini, dans les causes qui sont subordonnées; mais il me semble que vous n'avez pas raison, puisque Dieu a pu tellement établir toutes choses, que chaque eifet dépendît de cau-> ses infinies. Car n'a-t-il pas faât que dans toute

sorte de corps , puur petit qu'il soit, il y a des parties infinies? Pourquoi-donc u'auroitrii pu aussi établir des cause sinfinies , afin que, ne pouvant être représenté tout entier par une seule cause, hmr « nombre récompensât en quelque iiaçon ce déiaut. Mais aussi n apporte-t-on aucune démonstration contre le pro^i ès à l'infini, des causes qui ont de

liBTT&Es. ubr^

k liaison entre elles. Car s'il y a^it de cela quel*

que démoustratiou y ce seroit principalement pourceque rien ne se feroit, à cause du nombre ipfini des causes qu'il faudroît parcourir. Mais il n'est pas^ absurde qu elles puissent être parcourues en un temps infini , comine chaque effet le témoigne , et comme le temps infini qui a déjà précédé le sup« pose. £t cela même ne peut être nié par Aristote , qui a cru le monde de toute éternité : car au même instant de l'éternité qu'il a été^créé, ne s'est-îl pas pu faire quelque génération., ou bien Ja ilamme n'a-t-eile pas pu brûler des étoupes, ou la poussière d'une mèche bien sèche? Que si vous suppo*» sez avec quelques autres anciens philosophes que le monde ait été éternellement à soi-même , n'ar-* rivera-t-il pas le même que s'il eût été &it de toute éternité : or, supposant qu'il a été fait de toute éternité, comme il est possible , au moins au jug^ ment de pluàeurs célèbres théologiens, il ne s'en; suit rien d'absurde.

9. Il semble que vous vous étonniez de ce que tout le monde n'aperçoit pas en soi Tidée de Dieu : sur ([uoi j'ai à vous dire qu'il y a ici des géomè-* très et des théologiens qui , après avoir détaché au* tant qu'ils ont pu leur esprit des choses corporelles, assurent n'avoir point encore aperçu en eux cette idée de Dieu, que vous dites être née avec nous, et qui semblent même désespérer de Tjr pouvoir,

358 LFTTRES.

j.iUiais rencontrer, non pas même après a\oir In iUx ioîs vos Médilatiiiii». i> ou iU conjecturent, ou que^vous «▼eziin esprit an^rélique, ou bien que vons vous trompez, de croire jouir d'une idée que vous n'avez point. Et ils sont aussi bien aises de savoir si yoiis êtes tellement assuré que eette idée réside en vous, que vous sovez certain qu'à lavenir vous l'y trouverez toujours : car pourquoi ne pourrea-Tous pas, peut-être après vingt années, cpiand votre esprit sera rempli d'une plus solide doctrine, apercevoir qu en effet vous vous êtes trompe dans eette idée de Oieu , et de votre âme, comme d'une chose entièrement distincte du corps; en sorte que vous disiez pour lors que jusque là vous aviez toujours cru avoir une connoissance claire et distincte de ces idées , mais que depuis vous avez reconnu que vous vous étiez trompé; en raéme taçon que celui-là se trompoit, qui crojoit voir dairement que deux lis^nes qui s'approchent toujours Tune de 1 autre dans un même pian ne pouvoient enfin ne se point rencontrer. Car encore que vous ayee dit que nous devons tenir pour clair et indubitable tout ce qui nous semble dautant plus assuré que nous le considérons plus souvent, ou méine toujours < quoique pourtant ce mot de toujours puisse signifier I éternité, et que vous n'ayez point expérimenté , et ne poissiez pas même expérimenter éternellement si ces idées vous semble-

ront toujours vraies; du moins ue senez-vous pas obligé d'avouer que rien ne peut être vrai à notre ôgard, et ne peui passer pour tel, sinon pendant que nous croyons qu'il est vrai : et d'autant que nous sommes incertains de l'avenir , nous ne pou* vons rien assurer de vrai , sinon ce (jui est présent è notre pensée, et n'oseriou& pas avancer que ciaprès il nous semblera encore tel qu'il nous semble aujourd'hui ; en sorte que nous ne devoiis assurer aucune chose comme absolument vraie.

10. £ii la page 57a, vous niez que nous puissions connoître les fins de Dieu aussi facilement que les autres causes , quoique néanmoins il soit «aussi clair que la fin de Dieu est que toutes choses se fassent pour sa gloire, qu'il est clair que Dieu a une volonté; et il n'y a point de doute que i esprit humain n'ait été Dut pour contempler et adorer Dieu , le soleil pour nous illuminer , etc. , encore que Dieu ait pu se prescrire d'autres fins particulières. D'où il est évident que la fin de Dieu , du moins la principale, est bien plus aisée à con** uoitre qu'aucune autre cause que ce soit, contre ce que vous pensiez.

11. En la page 676, vous dites beaucoup de choses touchant la détermination de la volonté; mais je soutiens qu'elle ne pourroit se déterminer^ si elle n'étoit éclairée par Tentendement : car si elle se détermine à quelque chose que Tentende-

26o LETTRES.

ment ne lui ait point montré auparavant, donc

elle la verra sans l'entendement, c'est-à-dire elle entendra sans entendement, et ainsi elle-même sera l'entendement; ce qui est absurde. Et j'accorderai bien plutôt ce que vous dites, k savoir qu'elle se porte par hasard à ce que l'entendement lui propose, que non pas qu'elle se détermine à quelque chose qui ne lui soit point du tout proposé par l'entendement. Au même endroit vous dites que le £aiux n'est pas appréhendé par Tentendement sous l'apparence du vrai ; n'esMl donc pas faux de dire que nous n'ayons pas en nous l'idée de Dieu? et toutefois nos géomètres appréhendent, croient et tien* nent pour vrai que nous n'avons point en nons cette idée : n'appréhendent-ils donc pas le faux sous l'apparence du vrai, contre ce que vous soutenez. ' 1 a. Je m'étonne de ce que vous dites en quelque endroit de vos écrits, que les enfants, avant même que d'avoir vu aucuns triangles, en ont en eux les idées. Âristote s'est donc trompé lorsqu'il a dit que l'âme est comme ime table rase, en laquelle n'y ayant rien d'empreint ou d'imprimé, il a toujours cru qu'il 'ne pouvoit y avoir rien dans l'entendement qui n'eût été auparavaiit dans le sens. Et avec lui sont tombés dans la même erreur la plupart des philosophes et des théologiens; car ils ont tous cru la même chose et ont pensé en donner des preuves assez convaincantes. Dites-

LETTRES. a6i

moi j je vous prie» quel est Taveugle-aé qui a jamais eu la moindre idée de la lumière ou de la couleur? Certes il n'y en a pas un, tcmuiu nos quinze-vingts aveugles de Paris, parmi lesquels il j en a un philosophe, qui, ayant été interrogé, a dit ne pouvoir concevoir ce que c'est que la couleur ou la lumière , encore que je discourusse avec lui de l'essence de la lumière et de la nature des couleurs. Et véritablement je ne vois pas pourquoi il n'auroit point le cerveau propre et disposé à recevoir les vestiges de la pensée de la couleur, s'il fôt arrivé que son esprit y eut pensé, quoique pourtant je n'ose rien assurer là-dessus, pourceque je ne connois pas clairement si ce défaut vient du cerveau ou de l'âme même; mais vous ne le savez pas non plus, si bien qu'en cela vous n'en, savez pas plus que moi. £t je vous montre même que j*en sais plus que vous : car sitôt que la vue a été rendue à un aveugle, aussitôt il voit la lumière; et Ion ne peut pas dire que son esprit ait rien reçu, puisqu'il est indivisible (et cela étant, il ne peut être ni augmenté ni diminué ) , et que vous osez même assurer qu'étant au ventre de nos mères, notre esprit a l'idée et la connoissance du triangle, de Dieu et de soi-même. Je vous demande néanmoins pourquoi pendant le sommeil, lorsque les sens assoupis semblent devoir rendre à l'esprit son entière liberlt;, l'esprit n'invente jamais

des démonstrations semblables à celles d*Archimède.

Mais je me souviens qu'en la page 55o vous dites que ce qui fait que l'esprit ne se ressouvient pas, est qu'il ne reste aucunes traces ou vestiges des impressions qui ont été faites dans le cerveau. Mais d'où vient que l'esprit par une longue veille est mieux disposé à recevoir et à retenir les vestiges des pensées ou dès sensations précédentes? Certainement si l'esprit huuiaiii est plus clair-vuyaiit sans le corps et sans l'usage des organes des sens, qu'avec lui 9 je ne vois pas comment on peut s'empêcher de rejeter sur Dieu même les erreurs de l'esprit , qui ^ lui viennent du corps. Or cet inconvénient n'arrive point dans l'opinion commune des philosophes, qui disent que l'Ame ne peut rien savoir ni rien apprendre que par lès organes corporeb, c'est-à-dire qu'il ne peut y avoir rien dans l'entendement qui n'ait été premièrement dans le sens.

1 3. Vous dites , en la page 585, qu il n'en est pas de l'essence de Dieu comme de l'essence du triangle, en ce que l'essence de Dieu ne peut être conçue sans son existence , ainsi que le peut être celle du triangié; et cela d'autant que Dieu est lui-même son être. Qu'appelez-vous son e^re? Le triangle est-il donc un être étranger, et non pas son être? De plus, en la page 5d4 « vous niez que les sceptiques pussent douter de la vérité des choses géométriques, s'ils

LETTRES. â65

coiiiioissoient Dieu çoiume il faut ; et moi je vous dis au contraire, que puisque vous avea les mêmes raisons de douter que celles qu^îls ont, et puisqu'ils démontrent aussi bien (jiie vous, tant d'une manière analytique que synthétique , tout ce qu'Eudide et les autres géomètres ont écrit (car quelles preuves ou raisons pouvez-vous avoir qu ils n aient pas en main aussi bien que vous?), et que nonobstant cela ils ne laissent pas de doutm*, par conséqnent vous doutez aussi vous-même, encore que vous pensiez coiinoitre Dieu comme il huL Car, par exemple, n'étes-vous pas en doute avec tous les plus célèbres philosophes, savoir si la ligne est composée de points, ou si elle est composée de parties finies ou ii^ies? Que si vous la supposez composée de parties infinies, voyez dans quel abîme vous vous jetez d'être contramt d'avouer qu'un pied est égal à une lieue, et une goutte d'eau k tout l'Océan. Si vous supposez qu'elle est composée de parties ûnies, il s'ensuivra que la conchoiide devi-a rencontrer en fort peu de temps la droite, sur laquelle elle est inclinée : si vous dites qu elle est composée de pK>ints, prenez garde que par là vous détruisez le dixième livre dXoclidey et tout ce qu'il dît des incommensurables. Si vous dîtes qu'elle n'est pas composée de points, voyez ce que deviendront toutes les applications que Ton hit d'un point mû sur un plan et les divers attouche^

LETTEKS.

m^jQLà fie ce ahéfiie poiat, a eujL-JBciBQi CB->

ik* cbcRses g^iii-Tiri^Lit^s. eno:»fTe que vot*^ ivex .a CjjwnnÎBiaDCc d'un Dieu? Que si Yotts i n piwki à cela que tov» toivz ,loit)ociis dAireDait la jr. : q^LÎ S'i-ntier.: . ir.^fe droit cd cm triangle rvetas^ est eçak- en piiKmace a ses «ietix wln \ côlés « le sceptique en poam dire aulant que ¥a«s» encore qjiii ne connoLsse point Dî«ru; et même iL ikra ainsi hwiïnM^ que tous que quelque wê^ lin sêfûe tache autant qull poum de me tranpcr; si fôt-ce nraniEoias que je suis bieo assure quil œ pourra jamais me tromper en cette proposîtîoB* qui m*C9t aussi évidente lorsque je la démi.*Btir, ou que je pense a eii^, qu ll n/e>t ë> :deiit que j esti^te.

14. En ia page 669, tous niez que lesprit soit étendu, encore qu'il soit imi à un corps étendu : coausient se peut-il ^re qu'il s^Mt uni a tc-^it un corps, sans toutetoîs (|ue chacune de ses parties soit imie à chaque partie de ce corps? El comme cela n est pas intciii^ibie , ne voudrie2-\»>ii> p«.'ànt dire que i'espnt touciie le corps en un point, comme un globe £ut un pbn ? Et ne penscx-Tous p>mt Là nit-me cht»>e de Dieu , Lorsque vous le coocevez coéteodu à tout le OMMide? Je ne puis tous exprimer ici robligadoo que je tous aurai si tous expliquez >i întelii^ibleraeiit cette luaniere doot Dieu est coeteudu a tout ie monde, qu'eîie puiw

être comprise par Fesprit ; et si à cela vous ajoutez commeot il faut entendre le passage de l'Ëccié-

siaste, qui, au chapitre lu, dit que l'homme n*a rien de plus que la jument. Qui dit rien, comprend l'esprit même, qui est une partie de i homme, lequel par conséquent vous devez confesser être moiiel, si l'âme de la jument est sujette à la mort : car si vous dîtes que TEcclésiaste entend seulement parler du corps, comment le pourrez-vous prouver? Je u ai plus qu'une chose à vous proposer touchant ce qui regarde une claire connoissance, qui est de savoir si nous devons toujours juger que deux choses ne sont pas distinctes entre elles, lorsque nous ne pouvons concevoir Tune sans Tau* tre; de même que vous dites qu'elles sont distinctes lorsque Tune des deux peut être clairement conçue sans Tautre comme une chose complète : car cette manière de concevoir ne marque-t-elle point plutôt la foiblesse de notre esprit, qu'elle. ne doit être prise pour la r^le du jugement que nous devons faire touchant la vraie distinction qui est entre deux choses. Car encore que je ne puisse concevoir le fils sans le père, toutefois le père est distingué du fils : et lorsque je conçois l'essence de l'homme ou du triangle, sans leur existence, l'essence de Phomme n*est pas pour cela distinguée de son exîstence, si ce n'est peut-être par une raison raisomiée, comme enseignent les plus savants philosophes^

Voilà, monsieur, ce qiiî reste à ètre^airci par votre réponse, comme les derniers efforts de ceux

qui vous pourroieiit attaquer : car je ne vois pas que désormais on vous puisse rien (éjecter que vous ne puissiez justement mépriser, à moins qu'uu laoudc nouveau ne fasse naître encore de nouveaux adversaires.

RÉPONSE DE M. DESGAftTËS

AUX PBéCBDZlTTBS OBIECTIONS

(LeUre 16 du loine II. Version,)

Monsieur,

Encore que j'eusse résolu, eu mettant sous la presse les objections qui m'ont ci*devantété faites, de réserver pour un autre volume celles qui pourroieut survenir de nouveau, touteiois, pourceque celles-ci me sont proposées comme les dernières que Ton me puisse faire, je me hâterai très vo- ' lontiers d'y répoudre, afin qu'elles puissent être imprimées conjointement avec les autres.

' La seconde main :

•« Cette réponse de Deacarles est datée dn «5 jaîUet t64i> Vojresen les preuves dans le nonveta caliier.

i. Il seroit à soubaitei' autant de certitude dans \m choses qut regardent là conduite de la vie,

qu'il en est requis pour acquérir ia science; mais néanmoins i\ est très fecile de démontrer qu'ii n*y en faut pas chercher ni espérer une si grande. Et ceia par cette sorte de preuve que les philosophes appellent a priori, c'est*à-dire qui prouve les effets par leurs causes î c-est à savoir, d'autant que le composé de Thomnie est de sa nature corruptible, et que Fesprit est incorruptible et immortel Mais cela peut encore être démontré plus facilement par , cette autre sorte de preuve qu'ils appellent a po»" teriari, à savoir par les conséquences qui s'en ensuivroient. Comme par exemple , si quelqu'un vouloit s'abstenir entièrement de preiidn^ aucune nourriture, tant et si long-temps qu'enfin il mourut de Êùm , sous ce prétexte qu'il ne seroit pas assuré qu'il n'y auroit point de poison mêlé parmi, et qu'il croiroit n'être point obl^ de manger, pourcequ'il ne connôitroit pas dairement et évi* demmeut qu'il auroit présent devant lui de quoi sustenter sa vie, et qu'il vaut mieux attendre la mort en s'abstenant de manger que de se tuer soi* même en prenant des aliments : certainement celui-là devroit être accusé de fohe et condamné comme l'auteur de sa mort. Que si au contraire nous supposons que cet homme ue puisse avoir d'autres aliments que des viandes empoisonnées ,

268 LETTRBS.

lesquelles toutefois Belui semblent pas telles, mais au contraire très agréables et salutaires ; et que nous

supposions aussi qu'il a reçu uu tel tempérament de la nature , que Tabstinence entière du boire et du manger serve à la conservation de sa santé, bien qu'il lui semble qu'elle ne lui doive pas moins nuire qu'aux autres hommes, il est certain, nonobstant cela 9 que cet homme sera obligé de manger et d'user de ces viandes, et ainsi de faire plutôt ce qui paroît utile que ce qui Test en effet. £t cela est de soi si manifeste, que je m'étonne que le con<traire ait pu venir en l'esprit de quelqu'un.

2. Je n'ai dit nulle part que de ce que l'esprit agit plus imparfaitement dans un petit enfant que dans un adulte, il s'ensuivoît qu'il n'étoit pas plus imparfait; et par conséquent je ne dois point en être repris : mais pourcequ'il ne s'ensuit pas aus^ qu'il soit plus iin|jariait, celui qui avoît avancé cela fxk a été, ce me semble, justement repris. £t ce n'est pas aussi sans raison que J'ai assuré que lame humaine, quelque part qu'elle soit, pense toujours , même dans le ventre de nos mères. Car quelle raison plus certaine ou plus évidente pour* roit-on souhaiter que celle cioiit je me suis servi , puisque j'ai prouvé que sa nature ou son essence consbtoit en ce qu'elle est une chose qui pense , comme l'essence du corps consiste en ce qu'il est une chose étendue; car il n'est pas possible de pri*

LBTTBE8. 269

ver aucune chose de sa propre essence : et partant il me semble qu'on ne doit pas faire plus de compte

<le celui qui nie que son âme ait pense au temps auquel il ne se ressouvient point d'avoir aperçu qu'elle ait pensée que s'il nioit que son corps ait été étendu pendant qu il ne s'est point aperçu qu'il y a eu l'étendue. Ce n'est pas que je me persuade.que l'esprit d'un petit enfant médite dans le ventre de sa mère sur les choses métaphysiques : au contraire, s'il m'est permis de conjecturer d'une chose que l'on ne connoît pas bien , puisque nous expérimentons tous les jours que notre esprit est tellement uni au corps que presque toujours il souffre de lui , et quoicpi'un esprit agissant dans tm corps sain et robuste jouisse de quelque liberté de penser à d'autres choses qu'à celles que les sens lui offrent, toutefois l'expérience ne nous apprend que trop qu'il n'y a pas une pareille liberté dans les malades, dans ceux qui dorment, ni dans les enfants , et même qu'elle a de coutume d'être d'autant moindre que l'âge est moins avancé : il n'y a rien de plus conforme à la raison que de croire que l'esprit nouvellement uni au corps d'un eniant n'est occupé qu'a sentir ou à apercevoir confusément les idées de la douleur, du chatouillement, du chaud, du froid, et sembfables qui naissent de l'union ou pour ainsi dire du mélange de Tesprit avec le corps. Ët toutefois en cet état même l'esprit

Il a pas iiujiiiseii soi les idées de Dieu, de iui-méme, et de toutes ces Térités qui de soi soat connues, que les personnes adultes les ont lorsqu'elles nV penst'iii pi)int : car il ne les acquiert point par api es avec râge.- £t je ne doute point que s'il étoit dès lors délivi'é des liens du corps , il ne les dût trou-' ' ^ ver en soi. Et cetle opinion ne nous jette eu aucunes difficultés; car il nest pas plus difficile de concevoir que Tesprit, quoique réellement distingué du corps . ne laisse pas de lui être joint et d être touché par les vestiges qui sont imprimés en lui, ou même anssi d'en imprimer en lui ^e nouveaux, qu'il est facile à ceux qui supposent des accidents réels de concevoir (comme ils font d'ordinaire) que ces accidents agissent sur la substance corporelle, encore qu ils soient d une nature totalement différente d'elle. Ët il ne sert de rien de dire que ces accidents sont corporels : car si par corporel on entend tout ce qui peut , en quelque manière que ce soit, affecter le corps, l'esprii en ce sens devra aussi être dit corporel ; mais si par corporel on entend ce qui est composé de cette substance qui s'appelle porps , ni l'esprit ni même ces accidents, que l'on suppose être réellement distingués du corps, ne doivent point être dits corporels : et c'est setilement en ce sens qu'on a coutume de nier que l'esprit soit corporel. Ainsi donc, quand l'esprit étant uni au corps pense à quelque chose de cor-

LBTTIES. W^l

pord, certaines particuies du cerveau sont remuées de leur pbœ, qudqnefois par les objets extérieurs qui agissent contre les organes des sens, et quelqueiois par les esprits animaux qui montent da cœur au cerveau ; mais quelquefois aussi pnr l'espr it in< me, à savoir lorsque de lui-même et par sa propre liberté il se porte à quelque pensée. £t c'est par le mouvemeot de ces particules du cerveau qu'il se lail un vestige duquel dépend le ressouvenir. Mais pour ce qui est des choses purement in^llectuelles, à proprement parler on n'en a aucun ressouvenir; et la première fois qu'elles se présentent à l'esprit, on les pense aussi bien que la seconde, si ce n*est peut «être qn elles ont coutume d'être jointes et comme attachées â certains noms qui, étant corporels, font que nous nous ressouvenons aussi d'elles. Mais il y a encore plusieurs aulres choses à remarquer en tout ceci qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer plus exactement , pourceque ce n'en est pas ici le lieu.

5. De ce que j'ai mis distiuciicjn entre les choses qui m'appartiennent, c'est-à-dire à ma nature, et celles qui appartiennent seulement à la connoissance que j'ai de moi-même, on ne peut avec raison inférer que ma métaphysique n établit rien du tout de ce qui appartient à cette eonnoiseanee , ni aucunes^ des autres choses qui me sont ici objectées. Cai^'le lecteur peut facilement reconnoitre

quand j'ai traité seulement de la connoissance que j'ai de moi-inéme et quand j.'ai eû effet traité de la vérité des choses. £t je ue me «uis servi en aucun lieu du mot de croire, où il a fallu employer celui de savoir f et même dans le lieu ici cité, le mot de croire ne s'y trouve point. £t dans ma réponse aux secondes objections, j'ai t!it r/u' étant éclairés sur*^ naturellement de Dieu ^ nous avions cette confiance, que les choses qui nous sont proposées à croire ont été révélées par luij pourcequ'en cet endroit-là il étoit question de la foi et non pas île la science humaine. £t je n'ai pas dit que, par la lumière de la grâce, nous connoissions clairement les mystères de la foi (encore que je ne nie pas que cela ne se puisse faire), mais seulement que nous avions confiance qu'il les faut croire. Or personne ne peut trouver étrange, s'il est vraiment ûdèle, et ne peut même douter qu'il ne soit très évident qu'il &ut croire les choses que Dieu a révélées, et qu'il ne iailie préférer la lumière de ia grâce à celle de la nature. £t tout ce que vous me demandez ensuite ne me regarde point, puisque je n'ai donné aucune occasion en mes écrits de me fair^ de telles demandes. £t pourceque j'ai déjà ci-devant déclaré , en ma réponse aux sixièmes objections, (jue je ne répondrois point à de telles questions, je n'ajouterai ici rien davantage.

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