‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 7 sur 15 · AU U. P. M£KS£NN · texte numérisé non relu

AU U. P. M£KS£NN

( Lettre a du tome III.)

Da M Juilfet ie4«.

Mov A^RBro piRK f

Ce mot n'est que pour vous remercier de l*af«,

faction que vous ni avez témoignée en la dispule contre les thèses des jésuites. J écris à leur recteur pour les prier tous en général de s adresser k moi s'ils ont des objections à proposer contre ce que j'ai écrit : car je ne veux point avoir affaire à ai^cun d'euK en particulier, sinon en tant qu'il sera avoué de tout l'ordre, supposant que ceux qui n en pourront être avoués n'auront pas une bonne inten^ tion: comme en effet il paroit, ce semble , par la vélitatiun que vous m'avez envoyée , que celui qui l'a faite a plutôt dessein d'obscurcir que d edaircir la vérité. J y répondrai dans huit jours comme il mérite , et à toutes vos autres lettres , ce qui m'est impossible pour ce voyage. Au reste , je feins d'ignorer routeur de ces thèses dans la lettre que

LITTABS. 967

j'écris à leur recteur, pour avoir plus ci occasion de m'adresser à tout le corps; et en efiet vous ne ni*avlez point fiiit savoir son nom dans vos premières lettres. Mais il me semble que vous m'avez autrefois mandé que ce père est parent de M. P. Sî cela est, je ne m'étonne pas qu'il ait voulu engager sa réputation pour Tamour de son parent ; mais je m'étonne de ce qu'il a osé m*envoyer sa belle vélitation , vu qu'elle ne sert qu'à me montrer son impuissance 9 pourcequ il ne dit pas un seul mot contre mot, mais seulement contre des chimères qu'il a (feintes pour les réfuter, et me les attribuer à faux : comme ce qu'il me fait dire , cjue cessai determinaiio dearsum, tanquam si annihilaretur, nec ulla $uccederet sursum; et que, manet soia et eadem determinaiio dextrorsum ^ faisant force sur le mot de sola , auquel je n'ai jamais pensé* Je ne sais si j'ai bien deviné, mais je conjecture que cette vélitation a été la préface que le répondant a récitée avant que de commencer la dispute. Vous m'apprendrez, s'il vous plrft , ce qui en est. Je vous envoie ici d'autres thèses, dans lesquelles on n'a rien du tout suivi que mes opinions, afin que vous sachiez que s'il y en a qui les rejettent, il y en a aussi d'autres qui les embrassent. Peut-être que quelques uns de vos médecins ne seront pas marris de voir ces thèses , et celui qui les a faites ' en pré-

■ «• relit. » — ' • « M. Itérai. i>

2^8 h ET TRES.

pare encore de semblables sur toute la physiologie de la médecine, et même, si je lui vouloir promettre assistance 9 sur tout le reste; mais je ne la lui ose promettre, à cause qu'il v a mille dioscs que j'ignore , et ceux qui enseignent sont comme obligés de dire leur jugement de toutes choses. Je SUIS, etc.

AU K. P. KËGTËUR

DU COIiI.làGE DE GLBKMOIIT*

(Lettre 4 du tome ilX. Version^)

Do aa jniUtt x64o«

Mon révérend père ,

Comme j ai reconnu de tout tiemps dans les pères de votre société une très grande bonté et disposition k enseigner, et que je sais aussi que vous vous intéressez ibrt en tout ce qui regarde l'utilité publique , j*espère que votre révérence ne trouvera pas mauvais si je prends aujourd'hui la liberté de lui écrire, n'ayant autre dessein que de lui donner une occasion d'user de cette bonté envers moi , et par même moyen de veiller à l'utilité du public.

L£TTAi!:S. 289

Cest pourquoi je tie lui fiorai point ici d'excuses 81, tout incontiii que peiit-t treje lui suis, j ose bien Timportuner de quelque prière; mais je dirai seu^ lement que j'ai été averti qu on soutint pubtique* m'ent , il n'y a pas long-temps, dans votre collège de Paris , certaines thèses, lesquelles à la vérité je n'ai pas vues tout entières, maïs dont on m'a seulement envoyé les extraits suivants ;

De la page 1 1 Comme il ne suffit pàs pour enBpU^ quer ^ aetiam de la ktaUere et de$ eouleurg sur ks yeux, de dire qu'elle procède de la motion ou du mouvement d 'une certaine matière aussi imaginaire que SfAHle répandue dans l'air ; de même aussi il est inutile de prétendre que par le mouvement de Cair on puisse expliquer assez clairement eetU forée tout-à^ fait admirable ei eetU action des sons sur foreilh.

De la page 1 5. De vouloir expliquer l'action de la lumière et des couleurs sur les yeux, par te fn^icvement d'une certaine matière suêtile répandue dans les pores de l'air el des autres corps transparents, que les corps qu'on nomme lumineux poussent vers nos yeux, et par le moyen de laquelle ils les touchent et les affectent en plusieurs diverses façons , et ne se pas vouloir servir pour cela des espèces intentionnelles, e'est en effet guérir une plaie par de nouvelles blessures , et prendre plaisir à s'embarrasser dans de nouvelles dijjicultes sans sortir de ses premières ténèbres f bref, c'est en faisant voir le peu d'èelaireiseement

^u'on tire de ce» espèces y montrer en Jîiéme temps l'inutilité de cette matière eubtile j et découvrant (e$

défauts de nos philosophes , ne rien avancer qui vaille mieux*

Ce principe universel des réflexions, à savoir ^

l'angle de réflexion est égal à l'angle d'incidence, semble devoir tirer sa preuve ou son explication d'ailleurs que de la distinction qui est entre la force qui fait qu'une balle se meut, et sa détermination à se mouvoir plutôt vers un côté que vers un autre } et même d'ailleurs que de la division de cette déterminalion, en une (/ai la porte en bas , et une autre qui la fait aller vers le côté droit : de toutes lesquelles choses , et autres semblableSy si l'on n'ajoute rien de pluSj on ronclitt luiuiifcslcment le contraire. Il faut dire le même des principes que l'on apporte pour les réfractions; car si quelqu'un vouloix par là en- (reprendre d\'n rendre raison , tl vcrroit que y se lais sant tromper par son analyse, il concluroit tout le contraire.

Mais d autaiit qwe les opinions que l'on réfute dans ces thèses ne reconuoissent point , que je sache , d'autre autetir que moi , j'ai été très aise d'a^ voir eu de là occasion de vous prier , cuiiime je fais très instamment, de vouloir prendre la peine de m'avertir de mes erreurs , et même une occasion ,

juste, qu'il est, ce nie semble, de votre prudence et de votre charité de ne me pas refuser ; et certes,

LËTTBES. agi

' encore que je ne sache ni le nom de celui qui a composé ces thèses , ni de quelle science il fait particulièrement profession , toutefois il est aisé de conjecturer par ce qu'il traite qu'il enseigne la physique ou les mathématiques : et comme je sais que tous ceux qui composent votre corps sont tellement unis ensemble , que jamais pas un d'eux ne publie et ne fait aucune chose qui n'ait auparavant reçu l'approbation de tous les autres, ce qui fait que ce qui vient de quelqu'un des vôtres a bien plus d'au ion té que ce qui ne vient que de quelques particuliers , ce n'est pas sans raison que je souhaite et que je me jpromets d'obtenir de votre révérence , ou plutôt de toute voire société , une chose qui a été publiquement promise par un des pères de votre compagnie. De plus , je vous déclare sincèrement que je ne suis point de ces opiniâtres qui ne veulent jamais démordre de leurs premiers sentiments; et que je ne pense pas qu'il y ait personne qui soit plus disposé à enseigner que je le suis à apprendre. Ce que j'ai déjà assez déclaré dans le discours de la Méthode qui sert de préface à mes Essais, dans lequel, page 7 5, j'ai prie en termes exprès tous ceux qui auroient quelques objections à faire contt*e ce que j'ai écrit, de prendre la peine de me les envoyer. Or, entre les choses que j'ai proposées, une des plus considérables est cette

matière subtile» de laquelle sans doute vous avez

démontl^é l'inulilité en présence de vos écoliers.

Ce que j'ai aussi écrit de la réflexion et de la ré^ fraction n'est pas des moindres; mais je ne fais point de doute que vous ne leur ayez aussi fait voir qu'en cela même j'ai été trompé par mon analyse : car je n estime pas c^u'il puisse entrer dans ia |ien»ée que de si grands bominea voulussent da»^ leurs thèses avancer des chose^lK qu'ils les osasaent même promettre à ceux qui assistent à leur:> disputes 9 s'ils ne les savoient parfaitement , ^t s^^ jie les avoient auparavant enseignées à leurs dW» ;(piples. Mais je vous prie que, puisqu on n'a pas trouvé nies opinions indignes d'être rélutéea pu^ bliquement dans vos écoles, vous ne me jugiez pas aiissi indigne d apprendre ce qui a été dit pour lesréAiter, et de pouvoir» par ce moyen, être encore compté au nombre de vos disciples; et pwtr vous convier à examiner avec soin , non seulement ' ce que vous avez déjà agité dans vos thèses, mais aussi le reste de mes écrits, et à réfuter par de bonnes raisons tout ce qui s'y trouvera de contraire à la vérité, je ne feindrai point de vous dire ici qu'il s*en trouve plusieurs, et même des meilleurs esprits, qui semblent incliner à vouloir suivre . mes opinions. C'est pourquoi il importe beaucoup pour le bien commun de la république dés lettres de les i^futer de bonne heure , si elles se trouvent fausses , pour empêcher qu'elles n'aient de la suite ;

LKTTHES. SÊQ^'

el à dit e le vrai je ne peuse pas que cela se|}uiâse laire phis commodément que par les pères de votre société ; car vous avez parmi vous un si grand nombre de savants philosophes , qiie ai chacun d'eux vouioit se donner la peine de me faire seulement une objection, je ne fois point de doute que toutes enseiubie elles ne comprissent très aisément toutes celles que les autres me pourroient Csiire. C'est pourquoi vous me permettrez , s'il vous plaît, ii attendre cela de vous; et je vous coiiteî>se qu'il y a déjà quelque temps que je me Tétois promis, non seulement parceque cela nie sembloit raisonnable , mais aussi parceque j en avois déjà prié , il y a deux ou trois ans, quelques uns des vôtres, et principalement parcequ ayant autrefois été instruit près de neuf ans dans un de vos collèges, j ai conçu depuis ma jeunesse tant d'estime et j'ai encore maintenant tant de respect pour votre vertu et pour votre doctrine, que j'aime beaucoup mieux être repris par vous que par d'autres. Je suis , etc.

LKTTRES.

A MONSIEUR

(Lettre 107 du tome IIL )

MoNSieuR ,

Je tiens à une extrême faveur que parmi tant de diverses occupations , et tant (rimportantes affaires qui doivent passer par votre esprit, vous daigniez encore vous souvenir d'une personne si inutile comme je suis , et je ne doute point que les lettres que vous avez pris la peine de procurer pour Le Tourneur n'aient porté coup; mais il n'en a pas encore senti les effets , sinon en tant que messieurs de cette ville n'ont jusqu'ici donné à personne la place qu'il désire, et que le visage de ceux auxquels il a parlé ne lui en a point 6té l'espérance. Je m etoune qu'on vous ait dit que je faisois imprimer quelque chose de métaphysique, pourceqne je n'en ai encore rien mis entre les mains de mon libraire , ni n'ai même rien préparé , qui ne

• « Cette lettre est adressée à M. de Zaytlicheti ; voyez-en le commeocratent. Elle n'est pas datée ; mais, comme il dit nn milieo qo'ila écril«a «op^rienr des jésniiex une lettre fixement datée dn nu jnillet (toyez les 3* et 4*' de ce Tolnine ) , je ne fm§ mettre cette lettre plos bant ^e le ftS jniUet 1640. «

L£XÏR£S»

soit si peu, qu'il ne vaut pas le parler; et enfin , on ne peut vous en avoir rien rapporté qui &oit vrai , si ce n'est ce que je me souviens vous avoir dît dès i'hiver passé , à savoir, que je me proposois deciaircir ce que j ai écrit dans la quatrième partie de la Méthode, et de ne le point publier > mais den faire seulement imprimer douze ou quinze exemplaires, pour les envoyer à douze^ou quinze des principaux de nos théologiens, et d'en attendre leur jugement: car je compare ce que j'ai fait en cette matière aux démonstrations d'Apollonius , dans lesquelles il n'y a véritablement rien qui ne soit très clair et très certain , lorsqu'on considère chaque point à part ; mais à cause qu'elles sont un peu longues, et qu'on ne peut y voir la nécessité de la conclusion, si l'on ne se souvient exactement de tout ce qui ia précède , on trouve à peine un homme en tout un pays qui soit capable de les entendre ; et toutefois, à cause que ceux qui les entendent assurent quelles sont vraies, il n'y a personne qui ne les croie. Ainsi je pense avoir entièrement démontré l'existence de Dieu , et Timmaténalité de i àme humaine ; mais pourceque cela dépend de plusieurs raisonnements qui s'entre-suivent, et que si on en oublie la moindre circonstance , on ne peut bien entendre la conclusion , si je ne rencontre des personnes bien capables et de grande réputation pour la métaphysique, qui

2gi> L£TTK£6.

prennent la peine d'examiner curieusement mes raisons, et qui, disant irauchement ce qu'ils eu pensent , donnent par ce moyen le branle aux autres pour en juger comme eux, ou du moins pour avoir honte de leur contredire sans raison , je prévois qu'elles feront fort peu de fruit ; et il me sem* ble que je suis obligé d'avoir plus de soin de donner ((ueique crédit à ce traité qui regarde la gloire de Dieu, que mon humeur ne me permettroit d'en avoir s'il s'agissoit d'une autre matière. Au reste, je crois que je m'en vais entrer en guerre avec les jésuites : car leur mathématicien de Paris a réftité publiquement ma Dioptrique en ses thèses, sur quoi j'ai écrit à son supérieur , afin d'engager tout leur corps en cette querelle; car, bien que je sache . assez il y a long-temps qu'il ne feit pas bon s'attirer des adversaires, je crois pourtant que, puisqu'ils s'irritent d'eux-mêmes et que je ne le puis éviter , il ' vaut mieux une bonne fois que je les rencontre tous ensemble, que de les attendre l'un après l'autre , en quoi je n'aurois jamais de fin. Cependant mes allàires domestiques m'appellent en France , et si je puis trouver commodité pour y aller dans cinq ou six semaines, je me propose de faire le voya^ ; mais Vassenaer ne désire pas que je parte avant l'impression de ce que l'opiniâtreté de son adversaire Ta contraint d'écrire ' , et quoi-

' « Suvpion. »

LETTRES. 'Ag'^

que ce soil une drogue tloiit je suis lorl las, riiuuueur toutefois ne me permet pas de m^exempter d*eii voir la fins ni le service que je dois à ce pays d'en tlissiuiuler la vérité. Vous la trouverez ici daàis sa pré&ce, dont je lui ferai encore différer l'impression quinze jours, on pliJiiyf) est besoin , afin d eu attendre votre jngenieut , s'il vous phul me faire la £iveur de me récrire, il nous servira dë loi inviolable. Cependant je vous prie de croire ivè^ assurément que sou adversaire a très bien ^»u que tout son livre ne valoit rien, avant même que de le publier , comme les subterfii^fes A^ sa i>a«eiipé 1 ont assez luoutré, et qu'il a eu la scieuce de Socrate ^ en ce qu^il a sii qu*îl ne savoît rien ; mais 11 a avec cela une impudence incroyable à calomnier, et à se vanter de savoir des choses impossibles et extravagantes , qui est à mon jugement la qualité la pins dangferense et la plus nuisible qii'tin homme de sa coudiliou sauroit avoir; et je pense être obligé de vous mander en cela mon jugement , car je suis j etc. r

L£ÏXR £S.

AU R. P. MËKSËMNË '.

(Lettre 40 du tome II.)

' Mon kévjîrekd pere.

Je commencerai ma réponse par la lettre de M. Meyssonnier ' , pourcequ*elIe est la plus vieille

eii date de celles que vous m'avez envoyées. Je suis fort son serviteur, c'est tout ce que je puis rendre à ses compliments : pour les discours quil fait du sel aérien et la différence qu'il met entre les esprits vitaux et animaux , les comparant au feu éiémen* taire et au mercure aérien , ce sont des choses qui surpassent ma capacité, c'est-à-dire, entre nous, qui me semblent ne signifier rien d'intelligible , et n'être bonnes que pour se faire admirer par les ignorants.

Pour les marques d'envie, puisqu'elles ne s'im-priment point sur l'enfant lorsque la mère mange du fruit dont elle a envie, il est bien vraisembiable qu'elles peuvent aussi quelquefois être guéries

• « Cette lettre e.st la 3i'' de& manpscrit.s de Labire, et iixenient datée rlu 3n juillet r()4ri. « *

* « LazwiT M< ysMuinier , médecin de Lyon. •

lorsque Teofant mange de ce fruit, à cause que la même dîspo&itioQ qui étoit dans le cerveau de )a mère et qui causoit son envie, se trouve aussi dans le sien , et correspond à i'eudroit qui en est marqué, ainsi que la mère en se frottant à pareil endroit au temps de son envie, y a rapporté l'effet de son i m ai; i nation : car géuéralemeqt chaque membre de Veniànt correspond à chacun de ceux de la mère , comme on peut prouver par raison mécanique; et plusieurs expériences le témoignent, dont j'en ai lu autrefois ime fort remarquable dans le Forestus V d'une dame qui , s'étant rompu le bras lorsqu'elle étoit enceinte 9 accoucha d'un fils qui avoit le !)ras rompu comme elle, et appliquant a ce bras de l'enfant les mêmes remèdes qu'à celui de la mère , il les guérit tous deux séparément.

Pour les bétes brutes, nous sommes si accoutumés à nous persuader qu'elles sentent ainsi que nous, qu'il est malaisé de nous défaire de cette opinion; mais si nous étions aussi accoutumés à voir des automates qui imitassent parfaitement toutes celles de nos actions qu ils peuvent imiter et à ne les prendre que pour des automates, nous ne dou* tenons aucunement que tous les animaux sans raison ne f ussent aussi de automates, a cause que nous trouverions toutes les mêmes différences entre nous et eux, qu'entre nous et les automates , comme j*aî

* «• Dans Fprestus. m

30O r.ETTilKS.

écrit page 56 de ia Méthode; et j'ai déduit très particulièrement en mon Monde, comment tous les organes (|ui sont requis pour faire toutes ces actions en automates se trouvent dans ie corps des animaun*

Je viens k l'autre paquet, où étoit la thèse des pères jésuites, avec ia lettre du médecin que j'ai oru vous devoir renvoyer, pourcequ'elle semble n'être qu unt^ partie d'un plus long discours. Je crois que M. de Martigny votis aura £siit voir ce que j'écris au rectetir des jésuites à l'occasion de ces thèses; car vous ne m'en aviez point uoininé lauteur , et j'ai été bien aise de l'ignorer , pour avoir plus d'occasion de m'adresser an corps.

Les histoires de la soie qui croît au iront ti une iilie , et 1 épine qui fleurit sur le corps d'un £spa«»gnol , roériteiit bien qu'on s'en enquière fort particulièrement; et pour la soie, je ne puis croire que ce soit de ia vraie soie qui croisse, mais, ou une excroistônce de chair qui , sortant par le trou de la cicatrice où la soie a été, en représente aucunement la figure , ou peut-être du poil qui sort de ce trou , ce qu'on peut aisément juger à l'œil. Mais pourceque vous di^^s qu on ni' haiiroit expli(|uer ce phénomène , en ne mettant point d'autre prin* cipe de vie dans les animaux que la chaleur, il me ^einhlc au contraire (pTon le peut bien mieux

* * De Sftts^ - %

.LETTBKS. 3oi

expliquer ainsi qu'autrenient; car la chaleur étant un principe commun pour les animaux , les plantes el les autres corps, ce n'est pas merveille qu'ellemême serve à faire vivre un homme et uiie plante, au lieu que s'il failoit quelque principe de vie dans les plantes qui ne tat pas de même espèce que celui qui est dans les anioiaux , ces principes ue pourraient pas si bien compatir ensemble.

Pour la lettre du médecin De Sens , elle ne contient aucune raison poui^ inipugner ce que j'ai écrit de la glande nommée eomrwm^ sinon qu'il dit ' qu'elle peut être altérée comme tout le cerveau, ce qui n'empêche point qu elle ne puisse être le principal siège de l'âme, car il est certain queTàme doit être jointe à quelque partie du corps; et il n'j en a point qui ne- soit autant ou plus sujette à altération que cette glande, qui , bien que fort petite et fort molle, toutefois, à cause de sa situation, e^t si bien gardée, quelle ne peut quasi être sujette à aucune maladie, non plus que l'humeur cristalline de l'œil ; et il arrive bien plus souvent que des persouiies deviennent troublées d'esprit saps qu'on en sache la cause, auquel cas on la peut attribuer à quelque maladie de cette glande, qu il n'arrive que la vue manque par quelque défaut de cette humeur cristalhne, outre que toutes les altérations qui arrivent à l'esprit , comme lorsqu'on dort après qu'on a bu, etc., peuvent être

attribuée» à quelques altérations qui arrivent en

cette glande.

Pour ce qu'il dit que l'àme se peut servir des parties doubles , je lui accorde , et qu^elle se sert aussi des esprits qui ne peuvent pas résider tous en cette glande; car je n'imagine point que l'âme soit tellement comprise en elle , qu'elle n'é> tende ailleurs ses actions ; mais c'est autre chose se servir, et être immédiatement jointe et unie; et notre âme n'étant point double, mais une et indivisible , il me stiinijle que la partie du corps à laquelle elle est le plus immédiatement unie doit aussi être une et non divisée en deux semblables , et je n'en trouve point de telle en tout le cerveau que cette glande : car pour le eerebelium , il n'est un que superficie et nomine tenus f et il est certain que même son processus vermiformisy qui semble le mieux n'être qu'un corps , est divisible en deux moitiés , et que la moelle de l'épine du dos est composée de quatre parties, dont les deux viennent des deux moitiés du cerveau , et les deux autres des deux moitiés du cerebeUunij, et le septum lucidum, qui sépare les deux ventricules antérieurs, est aussi double.

Pour l'esprit fixe qu'il veut introduire, c'est une chose qui ne me semble pas plus intelligible que s'il parloit d'une lumière, ténébreuse ou d'une liqueur dure ; et j'admire que des personnes de bon

LETTRES. 3o3

esprit y eu cherchant quelque chose de probable , préfèrent des imaginations confuses et impossibles, à des pensées plus intelligibles, et sinon vraies , au moins possibles et probables; mais c'est l'usage de l'école qui lui ensorcelle les yeux.

Je ne trouve rien en sa lettre touchant les cercles de Teaudont vous m'écrivez; mais il est certain que ces cercles se font beaucoup plus facilement et plus subtilement ' , et autrement en la superficie de l'eau qu ils ne se font au dedans : car eu la superficie ils se font à cause que» lorsque la pierre entre dans l'eau , cette eau se hausse un peu autour d'elle, puis à cause qu'elle est plus pesante que Tair qui la touche elle redescend » partie dans . le trou qu'a fait la pierre , et partie de l'autre côté : or y celle-ci poussant d'autre eau un peu plus loin tout autour , la &it hausser en mi plus grand cercle , et l'eau de ce cercle se rabaissant en cause un autre plus grand , et ainsi ce cercle s'accroît successivement. De plus, Teau qui rentre tout-à-coup dans le trou qu*a fait la pierre , s'y hausse derechef un peu plus que le niveau de i eau , et en redescendantcommence derechef un second cercle, et ainsi il s'en fait plusieurs qui s'entre-suivent, ce qui n'arrive point dans le fond de l'eau ni dans le milieu de lair; mais il s'y &it d'autres cercles, principalement dans l'air , par la condensation et raré-

t « SêHsiàiemeHt, •

5o4 LBTTHJtS.

tactioli 9 et ce sout ces cercles qui causent le son ; car lorsqu'un corps se meut un peu vite dans Teau

ou dans Taii , la partie de cet air dont il prend la place, ne peut lui céder si promptement qu'elle ne se condense quelque peu; puis aussitôt après s'être condensée elle se dilate derechef, et presse i autre air qui est un peu plus loin tout autour en iorme de cercle 9 lequel derechef se dilatant en presse d autre, et ainsi de suite; et un corps n'a pas besoin de se mouvoir guère loin , mais seulement de se mouvoir fort vite,' et il ne faut qué tant soit peu d ail' pour causer de tels cercles ; d'où il est aisé à entendre pourquoi le son ne fait point sensiblement mouvoir la flamme d'une chandelle, et pourquoi jilusieurs mouvements de grands corps qui ne pressent pas l'air , ni ne sont fort vites, ne causent point de son , et plusieurs sons ou cercles peuvent être ensemble, à cause qu'un nu me corps est capable de plusieurs mouvements en même temps ; mais néanmoins ils ne sont pas si distincts , comme aussi rex|)c i it lice le montre. Je n'ai pas encore fait imprimer mes cinq ou six feuilles de métaphysique, quoiqu'elles soient prêtes il y a long-temps; et ce (jui m'en a euipéché est (|ue je ne désire point qu elles tombent entre les mains des ministres, ni dorénavant en celles des' PP. NN. ' (avec lesquels je prévois que je vais entrer en guerre ) ,

' « Jéiittiles.

tETtRES. 3o!(

jusqu'^ ce que je les aie fait voir et approuver par divers docteurs , et, si je puis , par le corps 4e 1^ Sorbonoe : et pourci que j ai dessein de faire un tour cet été eu France, je me proposois d*<^p être moi^màme ie porteur', et ne les ai voulu &|re imprimer que lorsque je me verrois sur le point de purtir I de peur que le libraire en débitât cepen-»* dant quelque exemplaire sans mon su; maps Tété est déjà si avancé , que j ai pear de iie pouvoir £ftire ce voyage, et, en ce cas, je vous en envolerai 4ix ou douze exemplaires, ou plus, si vous jugez qu'il en suit besoin ; car je n'en ferai pas imprimer davantage , et je vous prierai d'en être le distri* fauteiir et protecteur , et de ne les mettre qu'entre les mains des théologiens que vous jugerez les plus capables , les moins préoccupés des erreurs 4» Téople i, les moins iptéressés à les maintenir » et enfin les plus gens de bien , et sur qia la vérité et la gloire de Dieu ait plus de fqrce que | envie et la jalousie.

Je viens à votre troisièmé paquet Je suis fort n^écontent de Técrit de JN.; car il n'objecte pas un seul mot contre ce que j'ai écrit, m^is U ipe fait dire des sottises auxquelles je n ai j^amais pensé , et

I m Oit étmt u Uuée péinr it, SekuernUtà, que foi ûdtwé^. U 4emwn èur lê dmêtière du Dom , à Utreekt , mt M, Bamuus dtmgun w ia me Sm-l0ait, vis-à^is d»la Commandêriei àBariem, Je suis /oftscan* dalisi de la v^itado» du sieur Bourdiu ; car... »

3o6 LETTRES.

après il les réfate , qui est une chose très honteuse en un particulier, et bien plus en un philosophe'

coiiinie lui. Je vous prie de me mander si c'est lui qui vous a donné cet écrit pour me Tenvoyer, t>u comment vous Favez eu , et si ce u*est point la préface qu*a récitée le répondant au conuiiencement de la dispute. En effet , s'il prend ce chemin de ra'attribuer des choses que je n'ai point dites pour les réfuter en prébence de ses disciples, c'est bien le moyen de me décrier pendant qu'Us ne sauront pas mieux ; mais si je ne meurs dans peu de temps , je vous assure que j'aurai soin de publier la vérité de son procédé y et par provision je serois bien aise qu*il soit su de tous ceux auxquels il vous plaira montrer nia réponse.

Pour l'objection de ce qu'on peut voir divers objets et diversement colorés par un même trou, je pense lavoir assez résolue en ma réponse à < M. Morin , et il faut remarquer que ce trou ne doit pas être extrêmement petit , comme ces chercheurs de cavillatious le supposent, mais assez grand, ou autrement qu'on ne pourroit guère voir par lui qu'une couleur; mais je voudrois bien qu'il nous expliquât mieux cela par ses espèces intentionnelles ou par quelque autre moyen que ce puisse être : car s'il y a là quelque difficulté , elle est en la chose même, et non en la façon dont je l'expii-

1 m Migiemx, *

que , à cause ijull est impossible de rien trouver de moins matériel , ni par conséquent dont plusieurs puissent mieux être ensemble en un même sujet 9 que les diverses impressions qui sont reçues en un même corps. Pour ce qu'il dit , ut causa ad causam, ita effectué ad ejjectum, je lui accorde très volontiers , mais cela n'explique rien ; car toute la difficulté est de montrer ici comment les causes sont Fime à l'autre.

Pour ce qu'il dit que c'est la densité du milieu qui cause la réfraction , cela peut être manifeste» ment couvaincu de fausseté, parceque la réfraction dVm rayon de lumière qui entre dans l'eau se &it versm perpendieularem , et celle d'une balle s'y fait a perpendicuiari ; de façon que la même densité auroit à ce compte deux effets du tout çontraires.

Pour votre objection , pourquoi le mobile qui va d'A* vers B ne retourne pas de B vers A, je réponds qu'il ne peut jamais toucher B en un point indivisible, mais toujours m parte inadcBquate êumpta, sur laquelle il appuie autrement à angles inégaux qu'à angles droits. Et il ne peut aussi glis* ser de B vers E, car la force dont il appuie sur le point B le fait remonter vers F. Mais pour savoir combien il remonte, cela se conclut de ce qu'il doit faire tant de chemin en général dans un tel temps et tant en particulier vers la main droite

> Figure a 3.

5o6 LETTRES.

dans le même tefop» ; et c est ce que j'ai écrit en ma Dioptrique.

Pour i ingénieur de race dont vous m écrivez, je «vouflrois voir les effets pour en croire les propositions. On peut bien faire tenir un corps en l'air quelque temps, raais non pas qu*il y puisse demeurer ferme s'il n'est au moins retenu par en ba», comme le fer qui se tiendra suspendu k la présence d'un seul aimant, sans courir jusqiies à lui, li sera sans doute retenu avec un simple fii de soie si délié et si hors du jour qu'il ne pourra être ce qui est puéril; mais pour les oiseaux, ils battent Tair plus ou moins selon qu'il en est besoin , ce qui ne peut être imité par aucune machine fiûte de main d'homme.

. Vous nommez le sel, l'huile et le soufre pour les principes des chimistes , où vous mettez l'huile au heu du mercure ; car ils prennent l'huile et le soufire pour une même chose, comme aussi Teau et le mercure. Or ces principes ne sont rien qu'une fausse imagination fondée sur ce qu'en leurs dis^ tillations ils tirent des eaux qui sont toutes les parties les plus glissantes et pliantes des corps dont . ils les tirent, et ils les rapportent au mercure; ils en tirent aussi des huiles qui sont les parties en forme de branches, qui sont assez déliées pour pouvoir être séparées, et ils les rapportent au soufre; et les parties les plus déUées de ce qui reste qui se

LETTRES. 5og

peuvent mêler et comme ÎQCorporer avec Teau^ ils les lapgrofteat au sel; puis enfin les parties plus grossières qui demeurent sont leur rapuî mortuum , ou terra damnata , qu'ils ne comptent point. Au reste je ne conçois point ces parties indivisibles nt autrement itidifiérentes entre elles que par la diversité de leurs figures.

1" Je viens à votre dernière du quinzième juillet , où vous me menacez de m'envoyer quelque écrit du géomètre qui a écrit contre M. des Argues, ce que je vous prie de ne point âûre : car je suis assuré que tout ce qui vient de lui ne peut rien valoir, et je ne désire pas seulement voir ce qu'il écrira contre moi, a* Je conçois que la matière subtile tourne partout k peu près de même vitesse, et d'occident vers Torieut, et plus vite que la terre ni la lune, qui sont soutenues par elle j ainsi que les oiseaux par Taîr'. 5* La largeur de tout un tuyau ne se doit mesurer que par l'endroit le plus étroit, principalement si cet endroit plus étroit est sa sortie, ni sa hauteur que depuis la superficie de l'eau qu'il contient jusques au niveau de l'endroit par où elle sort : comme si l'ouverture C du tuyau ABC * n'est pas plus large que E , celle du

* « L'air. Sa nécessité se prouve aisément, par^la seul que voir OATuft VACUVK , et qu'il j a des pores dans les corps durs par oà Pair peut ^U9er: car, de quoi ces pores peui^ent-ils être raitplis, que de quelque madère pbts suètile que tait? La largeRr». <*

a Figure 24.

5lQ L£TTA£S.

tuyau D£, et que les deux lignes AD et CE soient

parallèles à l'horizon , encore que tout le reste de l'uo de ces tuyaux sôit plus large et qu'aucun endroit de l'autre ne soit plus large, pourvu qu'il ne soit pas aussi plus étroit, ils ne jetteront point plus d'eau l'un que l'autre en même temps, pourvu qu'on les suppose toujours pleins. Mais j'ai ici deux choses dont je doute , et qui peuvent aisément être expérimentées : l'une, savoir si l'eau ne s écoulera point plus vite par le trou £ du tuyau FE ou autre vaisseau , lorsqu'elle coule perpeiulicuiairement de haut en has , que lorsqu'elle est détournée vers en haut par le moyen du robinet £G ' que je suppose partout un peu plus large que ce trou E, à cause que sa trop grande largeur ne change rien , et s'il étoit plus étroit cela changeroit beaucoup ; et je suppose aussi son ouverture G être exactement à même hauteur ou niveau que le trou £. L'autre est, savoir si l'eau contenue dans le tuyau H', s écoulera également vite par les deux tuyaux IK et MN , entre lesquels je ne suppose autre dif* férence, sinon que l'endroit le plus étroit de l'un est en I et celui de l'autre est en N , et ces deux ouvertures 1 et N sont égales.

Je crois qu'il y a grande différence entre l'eau qui coule par un lieu penchant , sans être enfer-

* Figure a5.

• 7%iire a6.

LETTRES. 3lf

mée f et celle qui est enfermée dans un tuyau eft

aussi entre la descente d'une boule. Car, par exemple, si les tuyaux ABDE' et BCFG sont mis entre les parallèles AGet DG ou entreleurs ouvertures ou» basse, égales et semblables, encore que le plus long soit plus étroit que le plus court, je crois qu'ils jetteront autant d'eau l'un que l'autre; mais en l'air libre , l'eau couleroit moins vite par la pente BF que par la perpendiculaire DE et non pas toutefois de tant moins qu^une boule iroit moins vite de B en F que de B en £, dont les raisons seroient trop longues à mettre ici.

Pour les rivières y si leur lit étoit partout égal je ne vois point qu'elles dussent couler moins vite au fond qu en leur superficie ; mais pourcequ elieii sont ordinairement plus profondes en un Heu qu'en l'autre , il est certain qu'où elles sont plus profondes, elles doivent aller plus lentement au fond qu'au-dessus , à cause que l'eau du* fond y est arrêtée ainsi que dans une fosse : et je ne crois point aussi qu'on puisse juger de leur pente par l'inégalité de leur vitesse, mais 'seulement en la mesurant avec un niveau.

Je vois bien que je ne me suis pas assez expliqué en vous disant ce que je prends'pour la pesanteur,, que je dis venir de ce que la matière subtile tournant fort vite autour de la terre , chasse les corps

» Figure 27.

3ia JL£TTttES.

terrestres vers le centre de son mouvement ainsi

que vous pourrez expérimenter en faisant toarner de Téau en rond en quelque grand vaisseau et je-? tant dedans quelques petits morceaux de bois, vous verrez, qu'ils iront vers le milieu de Teau et s'y soutiendront comme la terre se soutient au milieu de la Ttfiatiéré subtile , ce qui n*a rien du tout de çoimnun avec la lumière : mais je ne puis expUqUér exactement Vun et Tautre dans une lettre.

Tous les corps étant de même matière, deux parties de cette matière de même grosseur et figure ne peuvent çtre plus pesantes Tune que Tauh^; de fiiçon que si Ton poiivoit tirer de Var Une partie qui ^e fut pas plus grande qu'une partie d'air, elle pe pèseroit pas davantage; mais pour les feuilles d'or battu cpii volent en IW, cela ne fient que de leur figure, car elles ne laissent pas d'éti^ plus pesantes; et dans un air où il n'y auroit point du tout de vent, elles descendroieiit peu à peu ; et ce qui les empécheroit d'aller vite, est que la feuille ABC % par exemple , ne peut tant soit peu descendre que Pair qui est dessous vers B n'aille vers A ou vers G pour en sortir, ce qu'il ne peut fiiire eii peu de temps sll n'est fort pressé, à cause quil y à beaucoup de chemin i mais dans l'air Ordinaire qui est toujours mû par le vent, ces feuilles sont ^isjément emportées en haut avec l'air

L£XTR£S. * 5lS

qui les environne, lorsqu'il monte plus vite qu'elles ne peuvent descendre

Cest un abus de croire que nous nous souvenons mieux de ce que iiuus avuns fait en jeunesse que de ce que nous avons fait depuis : car nous avons fait en ce temps-là une infinité de choses dont nous ne nous souvenons plus dtî tout : et pour celles dont nous nous souvenons, ce nest pas sealement à cause des impressions que nous en avons reçues en jeunesse, in-.ùs principalement à cause que nous les avons répétées et renouvelées depuis en nous en ressobvenant à divers teraps\

Pour i aimant qu'on a vu en Angleterre, qui tire les èpées d'un fourreau de dix pieds, je crois qu'il y a un peu de Êible parmi.

Pour la vitesse de la corde d'iui arc qui se débande, je ne doute point quelle ne soit en sa plus grande vitesse au point et qu'elle ne commence à diminiier en allant d'E vers C; mais je ne sais pas s'il n'y a point quelque endroit entre £. et D comme vers 2 , où elle commence à être en sa plus grande vitesse, en sorte qu'elle n'augmente ni ne

* ■ DcMeadi»; /» »e croiâ point qu'il mk k^nin de tant de pRà dans fe çerweau pmt ta tn^nam. Mai» an ma dit f ne le inessager part , c'est pourquoi Je n'eti pasloiritd'tÊekei>&r. /esêus, mon B, P., votre très humble et (ris ajfeetionné sëfvitmtr, Des€artes , 3o juillet 1640. " Ici finit la lettre.

• • La snite de cette lettre est aa second alinéa d»* ia lettre 4 1 ; Par le refiux de ia mer.., »

*. Figure a^.

5l4' t£TTR£S.

diminue depuis a jusques à £ : car cela est uoe question de fait et ne peut être déterminé par

raison *.

Pour répondre au billet que vous m'avez envoyé de la part de quelques uns de vos médecins , je vous dirai ici eu peu de mots', que la raison qui m'a fait juger que quelques unes des plus pénétrantes parties du sang sont portées dans l'estomac et dans les intestins par les artères pour aider à la dissolution des viandes, et que j'ai remarqué que la salive qui vient en grande abondance dans la bouche quand on inange, ou seulement quand on en a le désir et Timagination fort présente, n'y vient pas seulement des amandes qui sont à l'entrée de la gorge ( d'où peut-être elle ne va que vers le gosier , si ce n'est qu'on l'attire dans la bouche avec les muscles de la langue ) , mais des artères qui descendent aux gencives : car j*en ai fait i expérience très claire, et je n'ai po douter

« « La «uite de cette lettre est ma 3* «linéa de la lettre 41 : Je ne sait fueile... »

■ m Cet alinéa et le veste de cette letlve, jaaqu'â la 41* , est une réponse de Descartes a tm billet qui lai avoit été «avoyé par le P. Ifcnenne* On ne pent «aroir préciaéiaent «n ^1 jour ««ne wépotM a été écrite; ce qn, Voa peut dire de pins assnré » est qnc Descartes , dans la 41* lettre , datée fixement dn S aoAt 1640, parle de cette réponse comme Payant envoyée pen anparaTant ; ainsi Je la fixe an même jonr que la lettre qtt*il «voit ea« voyée Tonlinaire précédent : c*cntété an 3o joillet 1640, car cette réponse est de 1a propre main de Descartes , et est la 78* des mannsorits de Ijhire. •

LETTAES. 3l5

que cette même des artères qui se rendent aux

intestins et au ventricule , vu qu'on voit que les purgatifs font descendre quantité d'humeurs de tout le corps par les intestins, et qu'il n y a point d'autres voies que je sache pour ces humeurs que les artères : car pour les veines elles ont mille valvules qui en empêchent, comme on peut éprouver en liant les unes et les autres dans le mésentère d'un chien vivant : car on verra que les artères se ' désenfleront entre les intestins et le lien, et non au-delà, et que les veines lactées et autres feront le contraire. Or ces parties du sang qui entrent ainsi dans l'estomac n'en doivent point retenir la couleur rouge, non plus que la salive (qui aide aussi dans la bouche à la dissolution des viandes qu*on mâche) , ni les larmes, ni la sueur , etc. , qui se séparent du sang en nit ine façon en passant par les extrémités des artères, à cause que cette rougeur dépend des plus gluantes de toutes ses parties, lesquelles je cn)is avoir des figures fort irrégulières et être comme des branches qui, s'entrelaçant les unes dans les autres ne peuvent passer par des trous si étroits, mais bien les plus pénétrantes que je conçois comme de petites anguilles qui se glis* sent par les plus petits trous. £t l'expérience montre assez la facilité de leur séparation dans le sang tiré des veines; car on voit que la sérosité s'en sépare d'elle-même et demeure toute claire , pen-

3l6 LBTTBES.

tiaiii que le resle qui est rouge ou Doir se congèle,

Pour la cause qui fait entrer le chyle dans les

velues, je ne crois poiut qu'elle soit autre que la même qui faàt sortir les boyaux du ventre quand il est percé d*un coup d*épée , c'est-à-dire que la pression des peaux ou autres pai tii s qui les coutiennent; outre que les plus coulantes parties de ce chyle y peuvent passer sans cette pression par leur seule pesanteur , aiusi que i eau sort du lait caillé par les trous d'une vaisselle et aussi par leur agitation naturelle ; car je conçois que chaque petite partie des liqueurs est eu continuel mouvement , et enfin Taction des muscles y aide beaucoup , en ce qu'elle fait que les parties du chyle viennent vis-à-vis des trous par uu elles peuvent entrer dans les veines, tant les lactées que les autres : car je ne mets point de différence entre elles , sinon que le suc e>l blanc dans les lactées, à cause qu'elles n ont point d'artères qui les accompagnent, et roii^ dans les autres, à cause qu*il sV mêle avec le sang qui vient des artèi^. Or, je compte ici cutreles muscles, non seulement tous ceux du ventre et de la poitrine et le diaphragme, mais aussi presque tout le corps dos intestins et du >eulricule; et j'ai remarqué dans les chiens ouverts tout vi£s , que leurs boyaux ont un mouvement réglé quasi comme celui de la i*espiratiou. Au reste ce mou-

LBTTRSS.

vement des muscles u'est point ici eutièremeot nécessaire, comme il est nécessaire de mouvoir un

crible pour en faire sortir la poudre, à cause que les parties du chyle se meuvent déjà d'elles-mêmes, ce que ne font pas les parties de la poudre ; mais la comparaison de ce crible me semble fort propre pour £ûre entendre les diverses séparations du sang qui se font dans le réservoir de la bile, dans les reins, et autres eiulroUs (d'où j'excepte la rate, à cause que je ne crois pas que l'humeur mélancolique y vienne par séparation , mais plutôt que le sang y prend cette qualilé) ; car on lait des cribles par où il ne passe que la poussière et les grains ronds , d'autres par où l'avoine peut passer et non le seigle, d'autres au contraire par où le seigle passe et non 1 avoine, etc. , selon la grandeur ou figure de leurs trous : à l'exemple dé quoi je mHmagine que les petits passages par où la bile entre eu son réservoir sont faits d autre ligure que ceux par où passe la sérosité dans les reins, etc. ; et pour le pus , quand il s'en remarque dans l'urine , il ne vient ordinairemeut que des reins ou de plus bas^ et s'il vient jamais de plus haut , on peut connottre de cela même qu'il est composé de parties plus pé^ nétrantes que celles qui rendent le sang rouge^ vu qu'elles passent par un lieu par où celles-ci ne

peuvent passer : car quelle faculté pcuirroit-on imaginer qui eut la force d'empêcher le sang de couler

par des ouvertures qui seroient assez grandes pour le recevoir? Je suis, etc.

AU R. P. MERSENNE »

(Lettre 4 1 du tome II.)

Mon RÉvjÊREir d pbre ,

Je pris mon temps si court pour vous^rire il y a huit jours, que je n'eus pas le loisir de répondre à tous les points de votre dernière , et j*en demeurai aii neuvième, où vous parlez des plis de la mémoire, lesquels je ne crois |)uint devoir être en fort grand nombre pour servir à toutes les choses dont nous nous pouvons souvenir , à cause qu*un même pli sert à toutes les choses qui se ressemblent, et qu'outre la mémoire corporelle dont les images peuvent être représentées par ces plis du cerveau , je trouve qu'il y a encore eu notre entendement une autre sorte de mémoire qui ne dépend point des organes du corps, et qui ne se trouve point dans les bétes , et c'est d elle particulièrement que nous nous servons.

* • Celte lettre c«t la 3si* de» maiiiKcrila de Labirc, fixement datée de Leyde le S aoAt xS4o. >•

LETTRES* 3f9

* Pour le flux de ia mer, quoiqu'il dépende en* tièrement de la'suite de mon Monde , et que je, ne le puiàse bien expliquer séparément, toutefois à cause que je ne vous puis rien refuser , je tâcherai d'en dire ici grossièrement quelque chose. Soit T la terre, EFGH l'eau qui a^i au-dessus de cette terre, L* la lune, ABGD le ciel, que je conçois comme une liqueur qui tourne continuellement autour de la terre , en sorte qu'il n'y a rien du tout qui la soutienne au lieu où elle est, que le mouvement circulaire de cette liqueur, lequel la retiendroit toujours exactement tlaus le centre de ce del , si la lune ne Fempéchoit point : car la même matière qui passe vers B , passant aussi vers C et vers D, auroit besoin d'autant d'espace d un côté de la terre que de l'autre, et ainsi la presseroit également de tous côtés. Mais si la lune se trouvant dans le ciel vers sa superiicie, par exemple au point L, et ne tournant pas si vite que lui, elle est cause que la matière du ciel presse un peu davantage la terre vers E que vers F iii vers H, au moyen de quoi cette terre sort quelque peu du centre du del et s'approche vers N , ce qui fait que l'eau qui est vers G est aussi un peu pius pressée et abaissée que celle qui est vers F ou U. Or à

* - Avant cet alinéa, pUoer celai deiâ lettre précédente, qoi eonimenoe par : Cat um «^ki... »

* fSgnre Sn.

3dO LfiTTRBS.

cause que la terre tourne en vingt -quatre heures autour de son centre, le même endroit de cette

terre qui est maintenait au ppintE où il y a basse marée, sera dans six heures au point F où il y a haute marée , et dans douze heures au point G où il y a derechef basse marée; et de plus à cause que la lune iait aussi le même tour presque en trente jours 9 il i^t ajouter environ deux cinquièmes parties d'une heure à chaque marée, en sorte qu'elle emploie environ douze heures et viugt-quatre n^inute^ à monter et à descendre en chaque lieu.

Outre cela, je trouve que le ciel LMNO n'est pas exactement rond, mais un peu en ovale, e( que la lune étant pleine ou nouvelle, se trouve dans le plus petit diamètre de cet ovale , ce qui est cause que les marées sont plus grandes alors qu'aux autres temps. Au reste je ne serois pas bien aise que ceci fài publié ni su de plusieurs, à cause que c'est une partie de mon Monde , et que si ja«* mais il voit le jour , il est bon que la grâce de la nouveauté s'y trouve encore

Je ne sais quelle répoiise ' je fis dernièrement au biUet de messieurs vos médecins; car je la ^ si

à la hâte , que je n'eus pas le temps de la revoir; mais vous m'obligerez, s'il vous plaît ^ lorsque vous

i « La suite de celte lettre à r»Ui^ de la précédente : Poêir taûnamt Jfti'on a wi en y^ngif terre.., »

* u Cest la 78' des mannccrits de Lahire. »

m'enverrez amsi quelque écrit , de. m'apprendre l^us particulièrement quelles personnel ce soiit ét leu^ noms , afin que je sache mieux de quelle façon je me dois comporter en leur répondant Et

' La sdite de celle lettre cit cLtas la a* pag« de la 3a* des de M. de la Hire, dont voici le commeiicemeDl :

• Et quoique o'en soit , je sftnrai tonjonti haà geik ceux qui «'«dw m aeront à moi pour avoir éclairniewrmeat de oe qm j*ai éerit , «i je tâdîé- » rai de les satisfaire. Mais pour ceaz qni tàche&t de peMoader k lencs » anditear» i|iie J'ai cent des choses qu'ils savent bien qne je n*ai jauiaia •• éeriies» et après le» réftitent oomnw miennes» je tâcherai de ùin qœ m lenr manvaise volmité ne émt ignorée de 'personne;

• I« P«P»P qp»« ▼on» tnmveres avee celte lettre contient le snjei d'nne

• gageure, dont M. Bivel vdoa avoit éerit, et c*cst GoUos qui m'a prié » de vooa renvoyer . sar ce qn»il a en avis qne ce ba Jin qui a perdu f^u

- transcriie qnelqne écrit en françois ponr le faire imprimer et eu d. .naa- » der le jogement des mathématicien» de Paris. Et poarceqn'i! est exirê- » mènent menlenr et impudent, il y mettra sans doute tout uu< . h ,se » qne ce dont 11 est question; car e*est sa feçon ordinaire; et il a toujours -Usa su qne son Ait ne valoit rien. Même peut-èire qa*il y mettra la

• régie donnée par aon adversaire ou, quelque autrr nouvée à son imita. >*tion, à la place de la sienne, afm que s'U peut seulement tirer de

• quelques uns cette confession, que la règle qu'il leur aura envoyée

• est bonne, il s'en paisse ici prévaloir pour faire croire que les proleiw > seurs de Lcyde ont mal jugé. C'est pourquoi je vous envoie ici aa aotte

règle tout du long sans qu'où eu ait omis ou changé nnseni mot, et pour ' laquelle seule a été toute la gageure; et jé vdns envoie aussi ceUe de sa " parue , tant afin qu'où voie s'a ne s'en sera point servi ponr C0R%flk>, -b sienne, comme aussi à cause qne l'invcnUon «a est nouvelle et qn'H

- ne se trouve point de conte pour même «i^et dan« aucun livte

- bien que plusieurs aient tâché d'en donner. Je voui prie ^no, ai ron -apprenea que ce hadin ait envoyé quelque écrit aux mathé^tielmt

• de votre conuoiasaace de lenr &iN voir anssi ee papier pour les dé- -tromper. Mais si vous n*en apptere> rien, je ne oroi» pa, ^[

nt

5âa L£TTAKft.

pour i'tiut^ur de ce billet , je crois lui avoir de TohligatioD 4^ ce qu'il a'adresoe à moi pour avoir écl^i^dssement de ce que j'ai écrit ; car cette procédure est bien plus huiiuete et plus juste que celle de N. , qui a tâché de persuader à ses auditeurs que j'ai écrit des choses auxquelles je n*ai jamais pensé y afin de les pouvoir réfuter. Je suis, etc.

AU R. P. MËKS£MNË •.

(LeUie 7 du tome IIL)

Mon Riv£a£iv0 père ,

Je voué suis très obligé et à M. Mydorge * des peines qu'il vous a ptu prendre pour moi, et des soins que vous avez de ce qui me touche ; mais je vous dirai que pour ce qui est de ma lettre au E. P. recteur des jésuites» vous avez eu des consi* âératîons entièrement contraires aux mieunes: car les mêmes pour lesquelles il semble que vous avez trçuvé bon qu'elle ne lui fut point donnée , sont

M besoin de leur montrer. Je suis , mon E. P. , votre très ^«^■"^r** et « affectionné seiritear , DescarteSi^ De l4iy<le , ce t6 août i64i»«»

-> •• 0;tte lettre est !• 34*^ fie« manucrits de Lahire, «t fixement datée «la 3o août 1640. • — VL j a bctuiNnip 4e petitee variant» qMja

CiBTTRBS. . 3a3

cause que j'ai regret qu il ne Ta pas reçue, et que je vous supplie très humblement derechef de la lui vouloir donner ou faire donner par qui il vous plaira, piusqu elle est eutre vos mains. Je vous écris une lettre latine que je joins avec celle-ci et que je serois aussi bien aise qu'il voie, afîn qu'il ne puisse ignorer les raisons pour lesquelles je lui ai écrit; ou bien, s'il ne les veut pas entendre, qu'au moins je les puisse faire entendre ci-après au public et à la postérité : car enûn ayant reconnu, tant par l'action du père B, ' que par celles de plusieurs autres, qu'il y en a quantité parmi eux qui parlent de moi désavautageusementy et que n'ayant point moyen de me nuire par la force de leurs raisons , ils pourroient peut-être le faire par le grand nombre de leurs voix ; je ne me veux point adresser à aucun d'eux en particulier, ce qui me seroit un travail infini et impossible; mais j'espère que je serai assez fort pour leur résister à tous ensemble ; et mon dessein est de les obliger, ou à me proposer une bonne fois toutes les raisons qu ils peuvent avoir contre ce que j'ai écrit , auxquelles j'espère de pouvoir aisément satisfaire, et d'autorisar la vérité par mes ré» ponses , et de finir bientôt avec eux par ce moyen ; (ju bien de me ic refuser , ce qu ils ne peuveutsans faire connoître qu'ils n'ont rien de bon à contre-

■ « La Movant» : U domeenr étndiée da «tyle «n Sut An. »

ai.

LEXXEES.*

dire ; et après ce refus , si aucun d'eux parle contre moi en mon absence , on aura sujet de ne le pas croire , et enfin je tâche à les traiter avec tant de respect ^t de soumission, qu'ils ne peuvent témoigner aucune haine ou mépris contre moi, que cela ne leur tourné à blâme et ne soit ^ leur confusion. Et je vous dïidi qu'il m'importe fort peu qu'ils refusent de recevoir ma lettre, ou qu'ils la reçoivent sans me répondre 9 ou même qu'ils me répondent avec aigreur ou mépris, ou enfin qu'ils fassent tout le pis qui se puisse imagmer , pourvu seulement que je le sache et que ma lettre leiur ait été présentée. Mais il m'importe beaucoup quelle leur soit présentée , et que je sache ce qu'ils auront fait , à cause que j'aurois quelque tort de m'adressa à eux par écrits imprimés , avant que de l'avoir fait par lettres particulières , et je prévois qu'il me faudra dans quelque temps en venir là. Vous ne m'avez point mandé si c'est le père B. qui vous ftvoit donné lui-même sa vélitation pour me l'envoyer, et par quelle occasion vous Tavez eue, ce que je suis curieux de savoir, à cause que n'y ayant rien du tout dedans en quoi il ne me semble qu'il a fait voir ou sa méprise ou son ignorance, qui sont deux choses que je ne puis croire de lui , j'admire qu'il ait bien voulu que Je la visse.

Je n e j n ge pas que votre expérience d'un vaisseau de plomb plein d'eau pour la condenser puisse sci^

LBTTKKS. .325

if ïtn à cause que la force de Teaii condensée peut étendre le plomb. Pour ce qui est de condenser Fatr

\e plus qu'oïl pourra diins quelque vaisseau, et après le peser , je crois que Texpérience en seroit utile, afin de savoir le poids de Tair , au moins s'il se trouve sensible en cette façon ; et pour savoir la quantité de l'air quon auroit pesé, il ne faudroit que le &ire entrer dans une vessie toute vide, lorsqu'il sortira du vaisseau ou il auroit été condensé, et peser derechef ce vaisseau après que cet air en «eroit sorti. Pour rinstrument du maître des mines où il y a des aimants pour tous les métaux, je ne le puis croire jusqua ce que vous Tayez vu* J*al bien oui dire qu'ils usent de certaines verges pour connoître les lieux où il y a des mines sous terre ; mais je crois qu'il y a en cela plus de superstition ou de tromperie que de vérité.

Le principe que j'ai supposé dans ma Dioptrique qu'il semble que les caviiiations du P. fi. vous aient empecbé de remarquer » est que là force du mouvement n'est point du tout changée ni diminuée par la réflexion , d'où il suit qu a la détermination de haut en bas, il en doit nécëssairemeût succéder une autre de bas en haut; et ainsi la balle ne peut couler le long de la superficie qu elle rencontre , si ce n'est lorsque cette superficie est si molle qu'elle diminue beaucoup son mouvement; mais ce n'est pas de ces. superficies qu'il ^t là

3s6 LKTTBVS.

question» car la réQeiûoQ ne s'y lait pas à angles

.On peut bien faire une machine (jui se soutienne en lair comme oiseau, nietaphysice loquemlo : car les oiseaux mêmes, au moins selon moi, sont de telles machines; mais non pas physice ou mora-^ liter ioquendo , pourcequ'il y taudroit des ressorts trop subtils et tout ensemble trop £»rts pour être

fajjriqués par des boninies.

Vous n'avez pas bien pris ce que je désirois être expérimenté pour le jet des eaux, ou plutôt je ne me suis pas assez fait entendre; car ma difiiculté est, si ayant un tuyau H AIL*, partout paiement large , excepté seulement en un endroit où il soit bouché de quelque corps, comnie B, qui remplisse justement toute la. capacité du tuyau et qui ait seulement un trou au milieu par lequel Feau puisse passer; à savoir, dis-je, si lorsque ce bouchon B sera mis à l'endroit du tuyau marqué A • il n'empéchera pas moins Teau de couler que s^l est mis ^ l'endroit marqué K.

Je vous ai déjà écrit plusieurs fois que je ne crois point que la vitesse des corps qui descendent s'augmente toujours in ratione duplicata temporum, lHais qu'elle peut bien s'augmenter à peu prés en cette sorte, au commencement qn'ils/lescendent, bien qu il s'en faille beaucoup que cela ne continue;

■ Figure 3i.

car après qu'ils ont acquis une certaine vitesse , elle ne s'augmente plus , et ce que tous ditès àek gouttes de pluie le confirme.

Vous demandez pourquoi la coloone d'eau qui est dftns le tuyau AB' pèse toute sur ma maiii €{uand je la tiens au-<lessous ^ et pourqtiol k cck lonne d'air qui est depuis Bjusques au ciel n'y pèse point en même hçan : ce qui vient de ce que si ma main est ôtée du pokit A , cette colonne d'air ne descendra point pour cela y mais si f era bien celle de l'eau. Car il &ut savoir, qu'il n'y rien qui pèse que ce qui peut descendre , lorsque le corps sur lequel il pèse est oté $ et 2"" que n'y ayant point de vide lorsqu'un corp» descend en la place d'un antre ^ celuici doit entrer en k [riaoe d'un autre, et ainsi de suite jusques à ce que le der* nier entrer circulaireAienft en la place du pi'emier : comme Teau qui est vers A descendant vers G, IW qui est vers C doit monter vers D , et celui-ci doit monter vers £| et enfin ce^i-cî versB w.la pkoa del'eau qui descend, de façon que toute la colonne d'air qui est au-dessus de B jusques au ciel ne se meut auoiDémcDt^ et par conséquent ansai ne pèse point. El de ceci 011 peut entendre une partie de ce qui est au commeskcement de votre seconde lettre du août} mais je ne réponds point à ce ijiie vous

. • Figure 3a. - '

me demandez d'Arcbimède, à cause tj^ue je n'ai pas le livre.

Il . est certain qu'un poisson qui nage dans un

vaisseau plein d'eau qui est dans Vun des plats d'une balance ne le peut rendre plus pesant ou plus lé*> getj encore qu'il aille au fopd ou qnll se soutienne à moitié hors de l'eau. Et je crois que tous les poissons vifs sont à peu .près aussi pesants que l'eau, et que lorsqu'ils donnent il n y a que leur pesan* teur naturelle qui les soutienne, ou au-dessus ou au-dessous de Teau, selon qu'ils sont plus pesants ou plus légers qu'elle.

J'admire ceux qui disent que ce que j'ai écrit ne sont que eentones Democriùy et je voudrois bien qu'ils m'apprissent d'où j'ai emprunté ces eenunm, et si on a jamais vu quelques écrits où Démocrîte ait expliqué comme moi le sel, la neige bexagone » l'arc«en-ciel,.etc. Ces gens montrent leur mauvaise volonté et leur impuissance en disant des choses si hors d'apparence , aussi bien que ceux qui s'offensent de ce que j'ai dit que les vœux sont pour remédier à la foiblesse humaine ; car, outre que j'ai très expressément excepté en mon discours tout ce qui touche la religion , je voudrois qu'ils m'apprissent à quoi les vœux seroient bons si les hommes étoient immuables et sans foiblesse. £t bien que ce soit une vertu que de se confesser aussi bien que ile iaire des vœux de religiew^, si est-ce que

S.BTTRB8. 5^9

cette vertu n'auroit jamais de lieu si les hommes ne péchoient point.

Il est certain que la figure enipèche beaucoup la vitesse des corps pesants, bien qu'elle n'empêche pas toujours le mouvement; par exemple , une lame un peu plus légère que 1 eau viendra au-dessus peu à peu ; au lieu qu'une boule de même matière y montera plus vite. Mais ce qui fait que les aiguilles ou autres tels corps nagent sur Teau , c'est que la superficie de cette eau est plus difficile à diviser que le dedans, et qu'ils ^enfoncent un peu comme j'ai écrit dans mes Météores. J'ai fait demander aux £lzévirs lesécrits de Viete que vous leur avez donnés ; ils ont répondu qu'ils ne les pouvoient rendre, à cause qu'ils en avoient déjà fait faire les figures et qu'ils avoieut dessein de les imprimer, mais qu'ils né pouvoient dire quand ils commenceroiènt, et qu'un deux iroit bientôt à Paris, qui vous en par- Jeroit. Je suis, etc.

LBTTHBS.

AU K. P. M£USEi\i\£.

[ Lettre 9 du tome 111. Version. ) Moif RjâVjSRXND PÈRE,

Puisque les leUresque j avois écrites au révérend père recteur du collège de Glermont ne lui ont pas encore été rendues , mais qa elles ont été laissées entre les niaius de votre révérence par M. îVl^ dorge % dans la pensée peut-être qu'il avoit d'aller aux champs , il est important qae je vous fiisse savoir ici le dessein que j'ai eu en les écrivant; car j'estime que ce qui a empêché ce prudent et fidèle ami à qui je les avois envoyées de les rendre à leiir adresse, a été la crainte qu'il a eue que tous les pères de cette société ne se soulevassent contre moi, et que je ne fusse pas assez fort poiir soutenir le choc de tant d adversaires; mais tant s'en faut que j'aie sujet de fien appréhender de ce c6té-là, qu'au contraire je ne désire rien tant que de m'acquérir par là leur bienveillance, et j'ai même sujet de l'espérer : car autant que je les ai pu connoître, il m'a toujours semblé qu'ils sont bien aises d'avoir affiûre avec de$

personnes d'un esprit docile, et qite jamais ils ne

refusent de leur faire part de ce qu'ils savent. Or dans la lettre que j*ai écrite au R. P. recteur , je ne témoigne rien tant que le grand désir que j'ai d'apprendre, et même d'apprendre d'eux plutôt que d aucun autre, parcequils ont été autrefois mes maîtres, et que comme tels je les aime et les respecte encore. Et je n appréhende pas qu'ils croient que j'use ici de dissimulation, parceque j'ai toujours témoigné par ma façon de rivre que j'avois un respect et une vénération toute particulière pour eux, e( que je n avois rien tant à cœur que de m'instruire. Je ne crains pas aussi qu'ils me blâment de ce que j'ai plutôt adressé nia lettre au R. P. recteur qu'à l'auteur de ces thèses qui m ont donné occasion de leur écrire; car premièrement je ne lé connoissois point, et pour dire la vérité je ne savois point qu'il fût rempli du zeie qu'on dit qu'il a pour la charité chrétienne. Car j'ai prié en termes si exprès dans mon discours de la Méthode tous ceux qui trouveroient quelques erreurs à reprendre dans mes écrits de me Êiire la fiiveur de nie< les montrer « et j'ai, ce me semble, témoigné si ouvertementqu'on me trouveroit toujours prêt de les corriger, que je n'ai pas cm qu'il y en eût aucun qui fit proies^ sion d'une vie religieuse qui aimât mieux en mon absence me condamner d'erreur devant les autres que de me les montrer à moi-même , de la charité dii-

33ji

quel il ne me fiât «a moins pennis de douter. EX je

ne pense pas que poiir cela les antres pères de la société se puissent fâcher contre moi, car je ne me sois plaint de loi en aucune fiiçon dans mes lettres; et tout le monde sait qnll n*y ent jamais de corps si sain qui n*eût quelquefois quelque partie un peu malade. £nfin j'ai toujours espéré que je rece- ▼rois des objections en bien plus grand nombre, de bien plus iortes et bien plus solides , de toute sa compagnie que de lui seul ; et je ne pense pas qu^ls blâment en cela le désir que j'ai d'apprendre le plus de choses et les meilleures qu'il m'est possible. Je ne crains pas aussi que pent-étre ils ne trouvent rien dans mes écrits qu^ls puissent solidement réfuter 9 et que pour cela ils me veuillent du mal , comme si je les avois invité à entreprendre une chose dont je crcMrois qu'ils ne pourroient jamais venir à bout : car je n ose pas tant me promettre de mes. inventions» que de croire qu'elles sment exemptes de laule; et même quand cela seroit, tant s en faut que je crusse mériter pour cela la colère ou la haine de personnes si religieuses et si dévouées à la défense de la vérité , qu'au contraire je croirois plutôt avoir mérité par la leur amitié et bienveillance. C'est pourquoi je ne vois rien qui puisse empêcher que ces lettres ne soient rendues au révérend père recteur. Et même depuis qu^elles sont écrites, il n'est rien survenu de nou<-

veau qui me donne aujourd'hui moins de sujet qu'auparavant de souhaiter qu'elles lui soieat readiîes ; au contraire, depuis que j'ai su que oette belle vélitation à laquelle j*ai répondu venôit du même auteur que les thèses , et que j ai ici uu témoin au* . ricufedre et oculaire, qui m'a dit avoir été pré« sait quand elle fîit récitée en pleine assemblée d^un tou déciamatoire , et que là « sous la personne d'un anonyme, mais que tout le monde presque connoissoit, j'y fus tm peu mal mené ; et qu'on y proposa plusieurs choses pour miennes, que je n'ai pourtant jamais écrites, qu'on disoit être des mons^ très d'opinions ; depuis , dis-je, que par là j'ai surpris l'auteur de ces thèses dans une cavillation très manifeste, et tout-à-fait inexcusable, pour ne rien dire de plus^ si je n'avois déjà envoyé mes premières lettres , je croirois qu li seroit de mon devoir d'en écrire de nouvelles, pour avertir ses supérieurs d'un procédé qui, selon mon jugement, est peu digne d'une telle société. Car il n'y a personne qui puisse connoitre mieux que moi ce qu'il m'a at<" trîbué à faux ; et il est de leur intérêt de savoir le» mauvais moyens qu'il a tenus pour obscurcir la vérité et pour attaquer la réputation d'un homme qui n'a jamais désobligé ni liû ni les siens en quoi que ce soit. £t pour ce qui est de la réponse que j'ai reçue naguère comme de leur part, à savoir que ces thèses ont été faites par le P. B. seul , sans l'avis

dauciin de leurs pères, mais quil navoit eu en cela aucun dessein de m oiieaser , et entia que dans six mois il pourroit écrire quelque chose ipi'il ne mettroit point au jour que je ne Teusse vue, c'est cela même qui fait que je désire davantage qu'on £si8ge tenir au R. P. recteur les lettres que je lui ai ci-devant écrites , parcequ'il verra par là qu'il n'est point question de tout cela. Car je ne me suis point informé si le Père B. avoit communiqué son dessein aux autres, pourceque je n'ai point cru que cela fit rien à l'affaire ; et après avoir vu sa vélita<tioD , je croyois leur £Biire grand tort si j'en avois le moindre soupçon; mais seulement ( ai pris de là occasion.de les inviter tous le plus civilement que j'ai pu à examiner mes écrits. Je ne me suis point aussi informé s'il avoit eu dessein de rn offenser; car je ne suis nullement de ceux qui s offensent de ce qu^on réfute leurs opinions; au contraire Je me tiendrai toujours très obligé à ceux qui tout de bon et sans chicaner entreprendront de les impu* gner; et si quelqu'un me faisoit la feveur de me montrer quelque chose en ([uoi je me fusse trompé, il ne pourroit m'obliger davantage. £t même ceux qui tâcheront par leurs sophismes et cavillations de combattre mes opinions pourront s'assiu'cr que si je ne fais pas grand compte d'eux, au moins je ne m'en tiendrai point offensé , car par ià ils en confirmeront la vérité; et plus ils feront paroître

LETTRfiS. 555

d*envie, plus j'aurai sujet de croire qu'ils m estiment ou qu ik me craignent. Et enfin je ne me mettrois paâ fort en peine de voir l'écrit du P. B. si c'étoit de lui seul qu il dut venir; car, je le dis hardiment, après avoir vu sa vélitation, où il paroit manifiestement qu'il n*a eu aucun soin de rechercher la vérité , mais où il est très constant qu'il m'attribue des opinions que je n'ai jamais pensées ni écrites, je pense avoir droit de ne pas beaucoup estiruer tout ce qui ne viendra que de lui seiil, et de le juger indigne qu'on le lise et qu'on y réponde. Maïs après que le révérend père recteur aura reçu mes lettres, j'attendrai avec impatience, et verrai même avec plaisir et estime, tout ce que ' non seulement le révérend 'père B. mais aussi les autres pères de sa société écriront contre mes opiuiona ; car pour lors je serai assuré que » quoique ce soit, et quelque nom qu'un tel écrit porte, ce ne sera pas l'ouvrage d'un seul, mais qu'il aura été composé 9 examiné et corrigé par plusieurs des plus doctes et des plus sages de sa compagnie; et pair conséquent qu'il ne contiendra aucunes cavillations, aucuns sophismes, aucunes invectives > ni aucun discours inutile, mais seulement de bonnes et solides raisons; et qu'on n'y aura omis pas. un des arguments qu!on peut légitimement apporter contre moi; en sorte que par ce seul écrit j'aurai suj^t d'espérer de pouvoir être délivré de toutes

556 I.BTTBX9»

nies erreurs; et tnéme sî dans le grand nombre des choses que j'ai écrites et expliquées il y en avoit quelqu'une qui ne s'y trouvât point réfbtée, f aurai lieu de croire qu'elle ne le peut être par personne, et partant qu'elle est entièrement vraie et indubitable y car les choses que j'ai écrites sont telles, que n'étant appuyées que sur des raisons mathématiques ou sur des expériences certaines, elles ne peuvent rien contenir de faux , qu'il ne soit très facile *à des personnes si pleines d'esprit et si sa- Tantes de le réfuter par une démonstration très évi<« dente; et ils ne négligeront pas, comme j'espère, de les examiner , quoique je les aie prouvées par des raisons mathématiques, et que faisant distinction entre la mathématique ét la philosophie, ils £»sent une plus ouverte profession de celle-ci que de l'autre; car j'ai traité de plusieurs choses qu'on n'a coutume de traiter qu'en philosophie, comme entre autres de tous les météores; et je pense qu'on ne sauroit rien souhaiter de plus en une matière de philosophie que d'en pouvoir donner une démonstration mathématique. Or, encore que je me sois peut-être trompé en beaucoup de choses, je ne pense pas toutefois m'étre trompé en tout. Je ' ne me moque point » mes ennemis mêmes avouent tous d'un commun accord que je ne suis pas tout-à*fait ignorant dans les mathématiques , quoique dans les autres choses ils tâchent autant qu'ils

peuvent tle décrier ce que mes amis disent de moi. Mais si toute ma mathématique ne m'a point trompé» et si par son moyen j'ai seulement découvert la vérité dans une ou deux questions de philosopiiie, je puis prétendre quelque part aux bonnes grâces de ces révérends pères qui emploient une bonne partie de leur temps à une si utile recherche. £t encore 'qu'il n'y en eût aucune où je ne me fusse trompé, ils ne pourront toutefois s'empêcher de me vouloir du bien et de louer mon entreprise, qui ne tend qu'à rechercher la vérité avec candeur, et à satisfaire au désir que j'ai de m'instruire sans opiniâtreté. Enfin, puisque ma réponse àiavéUta* tîon du révérend père B. lui a été non seulement montrée, mais aussi au révérend père Phelippeaux, les autres pères de la société ne peuvent pas maintenant ignorer ce qu'elle contient; et je me souviens que j'y ai fait mention des lettres que j'avois écrites au révérend pere recteur, eii sorte qu'il peut avoir sujet de s'étonner de ne les avoir point encore reçues,et même aussi de l'interpréter à mal, à cause que j'ai répondu assez librement à cette vélitation , ne me doutant point qu'elle vînt d'aucun des pères de cette société. Et certes on ne m'a point en cela fait de plaisir de Leur avoir montré une réponse qui ne sauroit leur être fort agréable, et de ne leur avoir pas montré mes lettres par lesquelles je tâchois rie

me concilier leur bienveillance. C'est pourquoi je 8. , a*

3S8 X.ETTRB8.

prie très instammen (votre révérence de faire rendre au plus tôt ces lettres au révérend père recteur, ou même, si elle n*y a point de répugnance , de prendre elle-raéine la peine de les lui porter, et en même temps aussi de lui faire voir la présente, afin qu*il connoisse d'autant mieux ce qui m'a porté à lui écrire, et combien j'ai de respect et de soumission pour toute sa société.

AU R. P. BOURDIiX, JÉSUII E

(Lettre t6 dtt tome III. Version.) Mon RiVÉREND PÈRE ,

Je ne reçus vos dernières, datées du septième

août, qu avant-hier, qui étoit le sixième septembre. £t il y a trois semaines que je fis réponse à vos précédentes , qui m*avoient aussi été rendues plus tard qu elles ne dévoient , eu égard à la distance des lieux. Et je m'étonne fort que vous n*ayez point fait de difficulté d*impugner, et même de condamner comme fausse et ridicule, une doctrine que vous dites vous avoir semblé douteuse, vu

t « Dat^ fixement le 7 septembre. Yoyex la 8 a* lettre des mairaeeTlls f de Ldiire. »

que VOUS me reprenez d'avoir réfuté un écrit que je n'ai point douté être absolument faux. £t il importe fort peu que cet écrit l&t achevé, ou seulement commeiicé; car n ai-je pas trouvé dans le commencement assez d'arguments pour pouTOtr hardiment le condamner de fausseté; et vous , n'a<vouez-vovis pas que dans le mien, qui étoit complet, vous n'en avez pu trouver assez que pour vous feire douter de sa%doctrine. l'omets le reste . du contenu de votre letUe, pourceque j'y ai déjà assez répondu dans mes précédentes* Mais j'ai une prière à vous faire , qui est que comme j'ai fait injprimer votre écrit, avec les notes que j'ai faites dessus, tel que je i'avois reçu, sans y changer une seule lettre , de même aussi , s'il vous prend envie d'écrire quelque chose coiUi e raes remarques , je vous prie de ne les point proposer estro«* piées et impar£iites, mais de les faire voir tout entières, et telles qu'elles sont, avec la lettre que j'y ai jointe. Ajoutez-y aussi , si bon vous semble , toutes vos autres questions ; mais si vous en ajoutez quelqu une, gardez- vous bien d'oublier celle où vous devez parier de l'existence de Dieu. Vous savez combien les athées et les libertins sont nialicieuxet médisants ; et si après avoir rejeté raes arguments , vous n'en apportez point de meilleurs , sans doute qu'ils diront que vous n'ea avez point; et peut-être même (ce qu'à Dieu ne plaise) qu'ils

as.

rejetteront cet opprobre but tout le corps de votre société. Enfin , tous ne devez point craindre que

de mon côté je tâche à iaire en sorte qu'on vous empêche d'achever et de publier les écrits que vous voulez faire contre moi ; car, au contraire , si vous me voulez croire , je vous conseille plutôt de le faire, que de vous amuser plus long-temps à ^écrire des lettres; car cela pourroit donner occasion a ceux qui vous voudroient du mal de croire que vous cherchez k reculer , et à ruser, n'étant -pas assez fort pour en venir à un combat ouvert. Je n appréhende point aussi l'aigreur du style, ni la multitude ou la renommée de mes adversaires. Il y a long-temps que j'ai tâché de faire en sorte qu'on ne pût rien dire de moi de véritable que je ne voulusse bien entendre. Mais si quelques uns usent deealoronies , j'espère qu'il me sera facile de découvrir leurs finesses, et ils ne le pourront faire sans s'exposer au mépris et à la risée de toutes lés personnes sages , et même plus le nombre de mes adversaires sera grand, et plus leur nom sera célèbre, d autant plus aussi aurai<-je sujet de me glorifier de la grandeur de leur envie. Mais pour ceux qui aiment ia vérité, tels que sont sans doute tous les pères 4le votre société , je ne doute point qu'ils ne me soient tous amis. Et comme je feis une estime toute particulière de tous ceux qui excellent en piété ou en doctrine, aussi suis*je entièrement

|,BTTRE& 34k

ail service de ceux qui me font rhouaeuT; de me mettre au raog de leurs amis.

ÀU K. P. MËRSENNE-.

Mon A£V£A£ND PÈRë ,

Il y a euvirou quiuze jours que je peusois vous envoyer les lettres qui précèdent; mais je fus ino-

piuéiuiîiit huis la ville avant que de les avoir fermées , ce qui est cause qu'elles sont demeurées ici jusqu'à présent, et j'ai reçu depuis trois autres de vos lettres. Je vous remercie des bous avis que vous me donuez eu la première touchant mon Traité de métaphysique, où je crois n'avoir presque rien omis de ce qui t si nécessaire pour démontrer la vérité, laquelle étant une fois bien connue, toutes les objections particulières qu'on peut faire n'auront ^uiiii de force. Je crois que M. de Zuytlichen se porte bien ; il n'y a pas long- temps que j'ai eu de ses nouvelles de l'armée, où il est encore, et il nie inandoit que vous lui aviez envoyé les thèses

> " Cette letti-« eat la 3 4'' des nuiaascrjits de labire , et fixement datée (lu i5 se^ieuibre 1640.»

54s LETTRES.

du père iiourdin qu'il m'auroit envoyées, sinon qu'elles se trouvèrent égarées au temps qu'il m'é-

crivoit, ce qui me fait croire qu'il n*a point reçu les caractères des passions, ni aucun autre livre que vous lui ayez envoyé pour moi , car il me les auroit envoyés, lis ont eu une mauvaise campagne cette année. Je ne réponds point ici à quelques questions que vous me faites touchant le jet des eaux et autres questions mécaniques, à cause qu'étant en des pensées ti'ès éloignées de celles-là , j'ai peur de m'y méprendre , et je dois faire moi-même quelques expériences pour en bien savoir la vérité. Toute la graine sensitive que vous nous avez envoyée n'a point levé, mais on en a reçu d'autre ici cet été, qui leva incontinent dans le jardin d iiii homme de cette ville , où je l'ai vue , et je crois qu elle y est encore. Il est certain que les missiles ne reroivciil point tout leur mouvement en un instant, mais que la main , ou l'arc , ou la poudre qui les pousse, augmente sa vitesse pendant certain espace de temps , et que pendant cela le missile reçoit cette même vitesse. Pour la matière subtile, je crois que c'est environ la même qui revient vers nous, après avoir fait le tour de la terre, non pas en vingt-quatre heures mais en plus ou moins,

* Henres, mais en quelrjtic antre tempt qui est fart difficile à détcT' miner ^ et ne consiste qu'en l'excès de ee que cette matière subtile se ment ^s 'vite que /a terre; car si eiles toumoie»tf ta terre et elht st^guie

s^lon qu'elle va plus vite que la terre , qui est une

diose fort diilicile à déterminer. Pour Faimant , ce ne peut être que la seule matière subtile qui lui donne ses qualités , et je ne les puis bien expliquer Tune sans i autre, ni toutes dans une lettre. 11 s'en faut Jjeaucoup que les lunettes à puce puissent faire voir des pores ou tubérosités sur le verre 9 quoique non poli , car ces pores sont trop petits à comparaison de la force de ces lunettes, si ce n'est qu'eilei fussent incomparablement plus parfaites que celles que nous avuiib, et la superficie du verre est toujours polie de soi-même , encore qu elle ne 1 ait pas été par Fart. Je n'ai point de hâte de voir le livre de géoiocti'ie qu'on vous a donné pour moi; car je ne perds pas le dessein de passer en France , et l'hiver ne m'en empêchera pas ; mais ce ne sera pas entore de six semaines que je partirai. Je me soucie foi*t peu des efforts du père N., et je n'ai pas peur de ne pouvoir répondre à tout ce qu'il dira ou écrira contre moi : mais je vous prie que le père recteur reçoive la lettre que je lui ai éaite, et qu'il voie aussi celle que je vous envoie en latin avec celle-ci ; et je serai aussi bien aise que plusieurs autres les voient, et sachent que le recteur les aura vues, ou refusé de voir, afin qu'il ne le puisse dissimuler

vitesse, à savoir en vi/a^'C-rjiialre heures, la même mai i ère subtile gui est maintenant sur la Hollande , y devrait toujours demeurer. -

« « Et puis f ne le nom de jésuite a servi 4m P, Bourdin pour autorùer des calomnie*, je puis aussi m'adntsseràeux peur m'en d^fettdre, n

344 LCTT]L£S.

Il n'y a aucdne comparaison entre une balle qui vieil td Â' vers B, et un bâton AB pousse d'A vei^ fi ; car la balle étant toute en B cft ayant k continuer son mouvement, ne le peut feire sans re> monter , comme vous pourrez voir en faisant AB perpendiculaire sur £€, car alors la balle ne va ni à droite ni à gatiche , mais elle remonte setilement en haut, au lieu que le bâton qui est conduit de la main coule de B vers G , comme sur un plan incliné, et acquiert continuellement tine nouvelle détermination à cela par la main qui le conduit. Mais si vous supposez qu'il soit jeté de la main contre EC , en sorte qu'elle ne hiî touche plus lorsqu'il est en Tendroit AB, alors son extrémité B réfléchira vers D, bien que son eiLtrémité A descende encore vers EC , au moyen de quoi il se détournera et prendra un mouvement composé de ces deux *. Pour les corps mous qui ne rejaillissent point , c'est tout une autre raison , et j'ai supposé seulement parler de ceux qui ne perdent rien du tout de leur force en rejaillissant.

' Vous avez raison, contre Galilée, dédire que la figure des corps plus pesants que l'eau les peut

» Figure 3S.

• mCe que fen$ea4i lorsque AB «rr incliné sur £C; earti AB est pét^ penJimimirg, alof* il ré/lMùu en haut, ainsi qu'une halle ; et /U est conduit de la mftin , il s^arritera comme feroit aussi une halle qui sentit poussée de la main coi\tre le point B, Poui ie» coi p» uiuus...

empêcher de descendre , et votre exemple des métaux diâi>oui> en l'eau forte e^i sans réplique. Je ne doute jpoint que le caput mortuum des chimistes ne se puisse tout résoudre en sel, en eau , en huile, et en oiatiere plus subtile, en ie digérant avec quelques dissolvants qui soient propres à cet effet. Pour la grandeur des étoiles, Lansberghis les fait incomparablement plus grandes que ie soleil ; mais pour moi je nè les juge quenviron de la même grosseur ; et je ne conçois qu'une seule cause en tout Tunivers qui fait que la terre se meut en. vingt- quatre heures autour de son centre, en un in autour du soleil, Jupiter en douze ans, Saturne en trente, ei ainsi des autres selon leurs diverses situations; mais tout ceci ne se peut bien entendre que dans mon Monde , ni aussi toutes les difficultés quon peut avoir de la lumière. Je crois que la plus grande force d'une épée est, comme vous dites , entre son centre de gravité et sa pointe, et que l'endroit où elle est est d'autant plus proche de la pointe qu'on frappe avec plus de force , et d'autant plus proche du centre de gravité que le coup est plus foible. Vlmpetus imprimé en uue balle d'arquebuse n'est point différent de sa vitesse, et ainsi la raison pour prouver qu'elle va plus vite à trente pas qu'à deuK ou trois me semble nulle , comme aussi je doute de l'effet. Il est certain que tout ce qu'on conçoit distincltiinent

346 LBTTHES.

est possible; car la puissance de Dieu s étend plus loin que nôtre esprit Je suis ' , etc.

AU R. P. MERSENNEa.

(Lettre 43 4» tome II.)

Je neYons eusse point encore écrit à ce voyage,

sinon que je me suis avii.t; d une chose dont je serai bien aise d'avoir votre avis et instruction. C'est que je m'étois ci-devant proposé de ne faire imprimer que vingt ou trente exemplaires de mon petit Traité de métapiiysiquc, pour les envoyer à autant de théologiens, et leur en demander leur opinion ainsi queje vuiis avois nKiiidé; niais pourceque je ne vois pas que je puisse faire cela sans quii soit vu de tous ceux qui seront curieux de le voir , soit qu'ils l'aient de quelques uns de ceux à qui je laurai envoyé,, soit du libraire, qui ne manquera pas d en faire imprimer plusd'exemplaires que jene voudrai,

« « s'étend au moins aussi loin que notre j^ensée. »

» « t5 septembre 1G40. >»

S « (ktte lettre est In 35* des ntaaiucrits de Lahii'e, et lixemeut datée dn do «epleaibre 1640. *

LSTTBES*

il semble que je ferai peut-être mieux d en i^re £ure une impression publique du premier coup : car

mxBn je ne orains pas qu'il y ait rien qui puisse désagréer aux théologiens; mais j'eusse seulement désiré avoir lapprobatioD de plusieurs pour empêcher les cavillations des ignorants qui ont envie de contredire, et qui pouriont être d'autant plus éla* quents en cette matière qu'ils l'entendront moins, et qu'ils croiront qu'elle peut être moins entendue par le peuple , si ce n'est que l'autorité de plusieurs gens doctes les retiennent; et pour cela j'ai pensé que je ne ferois peut-être pas mal si je vous envoyois mon traité en manuscrit, et que vous le fissiez voir au R. P. Gibieuf , auquel je pounois aussi tdire pour le prier de l'examiner, et je suis fort trompé si! manque à me taire la laveur de l'approuver : puis vous le pourriez aussi faire voir à qïieiques autres selon que vous le jugeriez à propos j et ainsi ayant l'approbation de trois ou quatre ou de plusieurs, on le feroit imprimer; et je le dédierois , si vous le trouvez bon, à MM. de Sorbonne eu génér-al , ailn de les prier d'être mes protecteurs en la cause de Dieu: car je vous dirai que les cavillations de quelques uns ' m'ont fait résoudre à me munir dorénavant le plus que je pourra de l'autorité d'autrui puisque la vérité est si peu estimée étant seule. Je ne ferai point en-

' * CwUiations4u P. BottnUn, »

core mon voyage pour cet hiver; car, puisque je dois recevoir les objections des PP. jésuites dans t|uatre ou cinq mois , je crois qu'il &ut que je me tie.nne en posture pour les attendre; et cependant j*ai envie de relire un peu leur philosophie ( ce que je n'ai pas fait depids vingt ans) , afin de voir si elle me semblera maintenant meilleure qii elle ue iaisoit autrefois : et ppur cet effet je vous prie de me mander les noms des auteurs qui ont écrit des cours de philosophie , lesquels soiu les plus suivià par eux, et s'ils en ont quelques nouveaux je ne me souviens plus que des conimbres *. Je voudrois savoir aussi s'il y en a quelqu'un qui ait tait un compendium de toute la philosophie de l'école et qui soit suivi « car cela m'épargneroit le temps de lire leurs gros livres. Il y avoit , ce me semble , un feuillant ou chartreux qui Tavoit fait ^ mais je ne me souviens plus de son nom. Au reste , si vous trouvez bon que je dédie mou f raité de métaphysique à la Sorbonne, je vous prie aussi de me mander comment il faudrait mettre au titre de la lettre dédicatoire.

Je viens à votre lettre du quinzième de ce mois » ou la première difficulté est touchant' la force de la troisième poulie, à laquelle je puis facilement répondre, à causé que je trouve que tous oîit raison ,

' «< Depuis tnngt ans. » •> * « Toldius et Rubius*

aussi bien ceux qui disent qu'elle quadruple la force de la première, que ceux qui disent qu elle ne bit que la tripler; et la différence ne vient que de ce qu'ils la considèrent diversement, à savoir, ceux qui disent que la troisième poulie triple la ^ force de la première ^ et que la quatrième la quadruple, la cinquième la quintuple, et ainsi à Tinfini , entendent que ces poulies dépendent Tune de Tautre, comme elles font d'ordinaire, en sorte qu^il n*yaqu une même corde qui passe par toutes: et lors il est bien clair que, comme la première poulie double laforce, ainsi la troisième la sextuple, à cause que pour hausser, par exemple , d un pied le poids A*, par le moyen de la corde C , qui est passée au travers de trois poulies en B , et trois autres en B, il est évident qu'il faut tirer cette corde de la iungueur de six pieds « vu qu'elle est pliée en six; mais les autres entendent, ou doivent entendre, qu'il y a une corde particulière pdia chaque poulie: comme par exemple pour lever le poids la corde passée dans la poulie B est attachée par un bout à la muiaiile au puiut A, et par Tautreà une seconde poulie G , dans laquelle est passée une autre corde qui est attachée par un bout à la muraille au point D, et par l'autre à la troisième poulie E, dans laquelle passe derechef une troisième corde qui est attachée par un bout à la muraille F ;

* Figure 34.

55o IVTTRBS.

et en tirant le bout G , il est évident qu il le ieuidira hausser de huit pieds pour iaire que le poids H

se hausse d'un j>ie(î, de façon que cette troisième poulie octupie la force simple saus poulie , et quadruple celle de la première poulie.

Quant aux règles pour tirer la racine cubique des binômes , il est certain que la première est très &usse et . impertinente ; mais pour la dernière je ne craindrai pas de vous dire que c'est moi-même qui lai faite, et que je ne crois pas qu'il y manque aucune chose , et même il est aîsé de Tapplicpier aux racines sursolides et aiùres à Tinfini; et puuroeque je voudrois bien mériter les bonnes grâces de M. Dounot, que j'ai connu de réputation il y a plus de vingt ans, a) aut su des lors qu ji étoit ami d'un de mes plus intimes, nommé M. le V. *, que j'honore extrêmement * , je tâcherai ici de l'expliquer. Premièrement il n'y a point de biiiùmes dont la racine se pftisse tirer telle que ce soit . sinon ceux qui, soit du premier coup, soit du moins îiprès avoir été mullipliés ou divisés par quelque nombre, ont l'une de leurs parties rationnelle, et dont l'autre partie est la racine carrée d'un nombre

» « Verrier. •

• « £ztréoiMMilt« Il n'est besoin ici que de parler des binâmes , dont urne partie em nomhv naionnd , et toatre la racine 4F un nomhv rafiomnei , car itn'jra que ceux-là et ceux fui se jpememt rendre tels par le moyen de fui^fuet muIti^eatiiMS dont on pmtse tùw la racine. ÂyoM deme un tel èinSme^ il Itnt tirer la rachie...»

LBTTRES. 55 1

rationnel, si bien qu'il est seulement besoin de parler de ceuzKïi : et il faut tirer la racine (notez que partout où je mets la racine sans dire carrée ou ^ïubique, etc., il faut entendre celle qiu esi de même dénomination que celle qu'on cherche; et pour racine cubique j'écris y 3 ; {30ur racine sur*solide, que d autres nouiment carré de cube, jejçrls V 5, et ainsi des autres); il £àut, dis^je, tirer la racine de la différence qui est entre les carrés de leurs parties si elle est ratiuiiiieiie , ou, si elle ne Test pas, il iaut multiplier le binôme donné par cette différence si on cherche la v 3 , ou par son carré si on cherche la v 5 , ou par son cube si on cherche la V 7 , et ainsi à l'infini ; et lors on aura un bi^ nôme dans lequel la racine de la différence qui est çntre les carrés de ses parties sera rationnelle. Après cela il faut diviser cette racine de la diâérence par un nombre rationnel un peu plus grand que la racine de tout le binôme, mais qui ne l'excède pas dW demi (ce nombre rationnel est toujours aisé à trouver par Tarithmétique ) ; au quotient il faut ajouter ce même nombre ratiomiei lorsque la partie rationnelle du binôme donné est plus grande querirrationelle, on Fen ôter quand elle est moindre, et le produit est un nombre rompu, duquel il faut rejeter la fraction qui est moindre que l'unité, et la moitié du nombre entier qui reste est la partie rationnelle de la racine : et de son carré

55â i^ieTTRES.

ayact soustrait la racine de la différence susdite lorsque la partie rationnelle est la plus grande, ou lai ayant ajouté lorsqu'elle est la moindre , le produit est le carré de l'autre partie, au moins si la racine du binôme donné peut être exprimée par nombres, de quoi on peut toujours laire la preuve par la multiplication * ; mais j a vois engagé cette preuve dans l'autre règle, afin d y faire paroitre un peu plus d'artifice: et la démonstration de tout ceci est bien claire; car ia racine de la différence qui est entre les carrés des parties du binôme donné est toujours la différence des carrés des par^ lies de ia racine : puis, d'un côté, on sait que le double de ia partie rationnelle de la radne doit être un nombre entier; et, de l'autre, que ce nombre entier ne peut être nioimire d'une uruté que le nombre rompu qu'on a trouvé *, de façon qu'on le trouve nécessairement en rejetant la fraction.

Or, par cette règle, on peut aussi tirer la racine de IC-6 n-4o : car par la règle de Cardan on trouve

que cette racine est composée de la racine cubique de âo -f- V 39a , ajoutée à la racine cubique de son résidu âo-v 592, de façon qu'ayant tiré ces deux ra-

■ « Maltiplication. Car si on manque à produire ee binSmc ^ il estcer^ tatH qu'il n'a pointée nusine qu'on puisse exprimer: mnis foi un peu déguiséeitlïe preave....»

• « 19'o& il suit qu'en re/etant ia JraetiiM , on doit a^eir le double du nombre ehereké, »

dnes cubiques qui sonjt â v a, et 2 v a, et les ayant ajoutées Fune à Fautre , il vient 4* On le poiirroit

encore trouver d'autre façon ; mais pourceque je ne me suis jamais arrêté à ceschoses-là^ il m'y £audroit penser pour vous l'écrire.

Il est certain que lorsqu'un tuyau est fort étroit, cela retarde la descente de l'eau , à cause que les parties ne se déjoignent pas volontiers les unes des autres, comme on voit de ce qu'elles tombent alors par gouttes et uon par âlets, c est-à-dire qu'elles se rassemblent plusieurs ensemble contre le bas du tuyau, avant qu'aucune d'elles puisse tomber. Ce • n'est pas merveille que la pesanteur relative d'uu corps soit plus grande que l'absolue ; car cette absolue demeure toujours une même, au lieu que la relative peut changer eu une infinité de £açons et croître k l'infini.

Ce qu'on vous a écrit de Blaye, que^tout ce que nous concevons distinctement comme possible est possible y et nous concevons distinctement qu'il est possible que le monde ait été produit, donc il a été produit: c'est une raison que j'approuve entièrement; et il est certain qu'on ne sauroit concevoir distinctement que le soleil ni aucune autre chose ' soit indépendante si ce n'est qu'on y conçoive

» M Finie. »

• « Car l'indépendance étattt connue dUtinctement , comprend en soi t infinité. Et on se trompe... «

une puissance infinie laquelle n t st quVn Dieu; mais on se trompe bieo fort de penser concevoir distincfeineut que cha([ue atonie, ou mèmediaqiie partie de la matière est indifférente à occuper un plus grand ou un moindre espace : car * en la pensée distincte d'une partie de h matière, la quantité déterminée de l'espace qu'elle occupe doit nécessairement être comprise. IjC principal but de ma Métaphysique n'est que d'expliquer les choses qu*oii peut concevoir distinctement. Pour le flux et reflux, je m'assure que si vous aviez vu ce que je vous en ai écrit , avec le reste de la pièce dont il est tiré, vous n'en chercheriez poiiU d autre cause ; celle -là est trop évidente et se rapporte exactement à toutes les expériences : car le flux , qui se fait également en tout le corps de la mer, pa- Toit diversement aux diverses côtes selon qu'elles sont diversement situées et disposées. Gomme en la Hier qui est ici le long de la Hollande, Teau est beaucoup moins à monter qu'à descendre, ce qui vient de ce qu^elle se décharge par le Texel dans le Zuydersée et par la Zélande dans le Rhin : et le inarscaret vient de ce que toute Teau queleûuxap-

* « Car , premièrement, pour un atome , il ne peut jamais être conçu distinctement , à cause que la seule signijication du mot implique contra' diction , à savoir d'être corps et d'ci'rc indivisible. Et pour une uraic parue de la matière ^ ia quantité déterminée de l'espace qu'elle occupe est nécessairement comprise en la pensée distincte qu'on en puisse anwr. Le ftiur «ipal bol de ma... «

LEIXAKS. 555

porte entre les côtes d'Espagne 1 1 de Bretagne , se va décharger eosemble vers la Dordogne, comçae vous pouvez voir dans la carte; et ainsi, en conpoissant bien particulièrement toutes les côtes, la raison particulière du flux qui s y observe se peut aisément déduire de la générale que j'ai donnée.

Pour les objections de l'bomme de Nismes, je juge, du peu que vous m'en écrivez, qu'elles ne doivent guères valoir; car de dire qu'on ne doit pas supposer que la balle n'ait ni pesanteur ni figure, etc., c'est montrer qui! ne sait ce que c'est que science. On sait bien qu'une balle n'est pas sans pesanteur ni parfaitement dure , et que son mouvement diminue toujours, d'où il suit que jamais sa réflexion ne se Êdt a angles par&itemeiit égaux ; mais c'est être ridicule que de ne vouloir pas qu'on examine ce qui arriveroit en cas qu'elle (ÙLt tdle; et^n l'action de la lumière je ne considère pas le mouvement, mais l'action, qui, étant instantanée, ne peut ainsi diminuer Je prévois que j'aurai asses de caviUations du père N. ' en cette matière , c'est pourquoi je n'ai point envie d'en voir d'autres. Pour la grande quantité des odeurs qui s'exhalent des fleurs , elle ne vient que de l'extrême petitesse des parties qui. les . Je suis , etc.

* « Etmeote f «VOe dîmimieraii, it estcertaim fue ce Joit étn de fan peUt vu qu'elle ne se perd pas tente ea venant du seUU juipfà mtmtp et mmn jm eela me doit peùu être etuidM. Je pitroM».

* «Boardin. »

A M. RËGIUS'.

(Lettre 82 do tome I. Vetsion.) Monsieur»

Je n'étois poiot ici lorsq[tt'on apporta votre let* tre, et jenefais que de la recevoir à mon retour. Les objections de M. Silvius ne me paroisseiit pas de grande importance, et elles prouvent qu'il n'est pas bien habile en mécanique. Je voudrois pourtant que votre réponse fut un peu plus douce. J'ai marqué avec un crayon à la marge les endroits qui me paroTSsent un peu durs. Je voudrois que vous ajoutassiez au premier point, que, bien qu*iLy ait peu de sang dam le corps , ie$ veines en sont cependant remplies, pareequ* elles se resserrent et se proportion' nent à sa mesure. Vous avez bien dit la même chose; mais ce n'a été seulement qu'en passant, et je crois que cela n'est pas essentiel pour résoudre sa difficulté. Au second, je crois que le sang d un homme qui meurt d'hydropisie se refroidit dans les plus petites de ses veines et qui sont les plus éloignées

> * Cette lettre Mit de répoiue à-la i3* des maniuerîts de "Reffm, ÔMtèe dn 7 octobse 1640; o*cst ponrqnoi je le fixe aa i5 oetobte 1640.»

du cœur, et qu'étant âgé, il empêche que de nouveau sang ne coule par la circulation d«s artères dans les veines , tandis cepèndant que le sang encore chaud dans la velue cave auprès du cœur tombe dans son ventricule droit , et qu'ainsi la veine cave s'est vidée. Au tFoîsième, la pesanteur est à la vérité souvent une cause concomitante et adjutrice, mais elle n'est pas cause première; car 9 au contraire, la situation du corps étant renversée , et la pesanteur y résistant , le sang ne laisseroit pas , je ne dis pas de tomber dans le cœur» mais dy couler ou d'y saillir, à cause de la circulation et de la contraction naturelle des vaisseaux. Au quatrième, où vous parlez de Teffervescenoe du sang , j'aîmerois mieux que vous traitassiez de sa raréfaction; car il y a certaines choses qui bouillon^ nent davantage sans se raréfier si considérablement. Au cinquième, où il vous accuse de lui prêter une objection qu'il n'avoue pas, je répondrois que je ne lui prête rien ; car lorsque vous avez dit , et U n'est pas contraire à ees chaees de dire que dans le mouvement de systole, les ventricules ne sont pas vides de tout corps, c'est la même chose que si vous eussiez dit qu'il suffit qu'ils soient vides au moins pour la plus grande partie; que vous avez ensuite expliqué fort' au long comment ils sont vides pour la plus grande partie, et que vous avez répondu à cette objection sans recourir à aucun faux-fuyant.

£nûn, à Tégard des oreillettes du coéur , il paroit que Tons avez tort de les distinguer des extrémités de la veine cave et de Tartère veineuse ; car ce ne sont autre chose que rextension de cette ouverture, et vous leur attribuez aussi mai à propos une sorte de coction du sang par une â^ullitiou particulière^ etc. Adieu.

AU U. p. MEKSëNN£ .

(Lettre du (ome III* YersioD.)

Mon R£V£R£IfD PÈHEf

J'ai vu la réponse des R. P. jésuites, que le R. F. fiourdin a pris la peiae de m'écrire de leur part , et véritablement elle est telle que je pense leur en devoir de trei» grands remerciements. Ce que je prendrois moi-même plaisir de leur témoigner par mes lettre, n'étoit qm je craindrois de passer dans leur esprit poui- un nnportun, si je les sollicitais de nouveau à m'écrîre sans sujet. £t d'autant que Tancienae correspondance qui est entre nous me permet d'user de plus de familiarité avec vous qu'avec eux, je crois qu'il est plus à propos

♦ " Dt'ttc Icitrr est dati'C de Leyde , -? H ocrolnc i^^'jo. Vovez, la Sti*' dcs

LKTTRss. 35g

que je mette ici les choses que je suis bien aise qu'ils sacbsfit que de kur écrire à eux*méa)£»« PremièreiiKent, que je me réjouU et que je les remercie de ce qu'ils ont usé de tant de civilité et m ont témoigné Uat de bienveillance dans lenr ré* poQse. Et quant à ce qu'ils ajoutent qu'Us n'entré' prenncnL et qu'ils ?i' entreprendront jamais aucun combat particulier contre mc$ apiniom que je ne sais si je dois m'en réjouir ou m'en attrister; car s'il étoit vrai qu'ils ne s'en abstinssent que pourni'obUger, comme si j'é|i>is de ceux qui ont de la peine à aoufifrir qu'on les contredise» je serois très fiché de n'avoir pu encore leur persuader que je ne souhaite rien tant que de m'instruire et de voir des personnescélèbre» comme eux s'employer àréfuter mes opinions s'il s'en rencontre quelques unes de fausses 9 de peur que n'étant pas rétutées à temps, elles ne traînent après soi une suite d'erreurs. Que s'ils s'en abstiennent pour quelque autre raison , comme je n'en vois plus qu'une seule qu'ils puissent avoir, savoir est , pouroequ'ils ne trouvent rien dans mes

écrits, ou du moins rien de considérabie, qui puisse être repns de fausseté, j ai grand sujet de m'en réjouir. £t à dire le vrai, il n'y a que la connoissance que j'ai de mon insuffisance qui m'empêche de croire que c'est ce qui les a retenus jusques à présenl: car il n'est pas vraisemblable que, pour me favoriser et m'épargner en ceci, ils voulussent né-

360 LETTaES.

gUger le bien et Tutilité que la république des lettres tireroit de la réfutation de mes erreurs s'il y en

a quelques unes dans mes écrits. Mais quoi qu'il en soit 9 puisque le révérend père fiourdin confesse lui-même dans sa lettre n*avoir ci-devant rien accordé à cette invitation solennelle que j ai faite dans la page 75 du discours de la Méthode , que parcequ'il ne Tavoît pas encore lue, du mointf f espère que désormais toutes les fois que quelqu'un d'entre eux croira avoir trouvé quelque chose qui sera contraire k mes opinions, ils me feront la grâce de m'en donner la communication par son moyen f avant même que d'en avoir parlé à aucun de leurs jeunes disciples; non seulement parceque je suis aussi leur disciple et même plus ancien que pas un d'euxy mais aussi parceque, comme nous sommes tous hommes et par conséquent tous fàuti£s,(ainsi que l'exemple du révérend père Bourdin le témoigne), s'il arrivoit par hasard que celui-là n'eût pas bien pris mon sens, il est bien plus juste de me prendre moi-même pour l'interprète de mes pensées que de dire aux autres quelque chose de contraire à la vérité. Et enfin parceque j'ai toujours eu beaucoup de respect et de déférence pour eux. '

Pour ce qui est de la lettre Irançoise que vous m'avez en même temps envoyée , comme vous ayant été mise entre les mains par le révérend père Bourdin

LETTRES. 56l

quelques semaines auparavant pour me la iaire tenir, encore qu'il n'y ait niadresse, ni nom, et qu'elle sott oQverte, toutefois parceque je vois que c'est celle dont il est fait mention dans cette iettie latine en ces termes : 1% n'ajouterai rim à ee que j'ai déjà fait si^mr au révérend père y etc. s et qu*elle est écrite de la main même du révérend père Bourdiu, je pense être obligé d'y &ire ici .un mot de réponse. Et, pour y satisfaire, je veux bien qu*il sache que je ne me suis jamais plaint de ce qu'il a celé mou nom; au contraire, je crois lui être bien obligé de ce que, dans les occasions où j'avoîs k être maltraité, il ma toujours fait paroître avec le masque sur le visage. Mais je m'étonne de ce qu'il persiste à dire, sans toutefois le prouver, qu'il suit de mes écrits que la seule détermination vers la droite demeure dans la réflexion; car il est certain que le mot même de réflexion porte avec soi cette signi* ficatiou, quun corps qui est poussé en bas rejaillit, non pas plutôt vers la droite que vers la gauche, mais rejaillit nécessairement en haut; et après tout, quand bien même je n'aurois point parlé du tout de ce rejaillissement, par quelle analyse , je vous prie, suit-il de là que je Taie nié? Ainsi donc toutes les fois que les géomètres parlent des angles d'un carré, sans dire expressément qu'ils sont droits , ou des diamètres d'un cercle sans ajouter qu ils sont égaux entre eux, il faudra croire

ils le nient. El par ce moyen il n'y -.nivà point de démoiistrationy poiir exacte et mathéixiatique qu'elle soit, où Ton ne puisse très fadlement trouver de» vices et des absurdités. Je m'étonne aussi de ce qu'il dit : que la démûmtratim que j'ai donnée iou^ ekant U réflexùm e$t défectsuute, et même qu'elle

conclut plutôt le contraire de ma proposition , vu cependant qu'il ne donne aucune raison de son dire; car d'autant que si ce qu'il dît étoit véritable, je devrais passer poui" un homme fort mal avisé et de fort peu de sens, comme m'étant si lourdement trompé dans une chose si claire et si évidente , que de vouloir faire passer pour une démonstration mathématique des paroles qui prouvent tout le contraire de ce que j'avms dessein de prouver, c'est

ce me semble me faire injure que d'avancer cela sans le prouver; et les traités qu'il dit avoir cornposéi sur ce sujet ne l'eKCUsent point , non plus

que ce qu'il dit ici , qu'il m'en envoie quelques extraits <j[u'il en a tirés , car cependant il ne m'envoie rien; et il est peu équitable de vouloir que présentement on l'en croie touchant une chose dont il promet les raisons de jour en jour, et peut-être même en un jour qui*ne viendra jamais, puisque ses amis , comme il dit lui-même, lui conseillent de ne les pas donner. iJe pius, je m étonne de ce qu'il ajoute , qm ma prétendue dém^neiration peut être retuLue bonne par de certains moyem qu'il connoU,

LBTTEE8« 563

mats dont il navu aucuns vestiges dans mes écrits, et même ifue Je rejette « à ce qu'il dit, comme ne fui' Mfif rien à mon iufet Gap conférant tout ced avec ce quii dit dans la cinquième et sixième de ses thèses d'Optique, page 9, et avec ce qu'il a dit dans cette Télitation qu'il a faite contre ma Dioptrique, je ne puis me persuader autre ciiose, sinon qu'il n'a rien enseigné à ses disciples touchant la réflexion et la réfraction que ce que j'en ai écrit, et que nul autre avant nioi a'avoit démontré ; ayant aeulenient changé et détourné le sens de quelques paroles, afin qu'il semblât dire quelque chose de nouveau que je n'eusse pas dit ; et qu'il m a attribué plusieurs fausses opinions , afin d'avoir occasion de les reprendre et de les corriger par après. Car qu il m'ait attribué à faux diverses opinions, cela se voit manifestement par sa vélitation; qu'il ait changé et détourné le sens de quelques paroles, cela se voit par sa cinquième thèse, où il nomme ungie de réfrseiùm, non pas celui à qui tous les opticiens et moi avec eux donnons ce nom, mm cet autre qu ou a coutimie de nommer angle rompu. Et où j'ai dit dans la Dioptrique, page ai , ligne B, qu'il fiiut prendre garde que l'inclination des lignes se doit mesurer par la quantité des perpendiculaires, , comme cdies qui marquent la plus courte distance qu'il y a d'un côté à l'antre, et non pas par celle des angles ou arcs de cercles; lui, tout au con-

traire 9 pour mesurer cette inclination se sert des^ angles, et dit qu'il faut mesurer ces angles par la plus courte distance qu'il y a d*un côté à l'autre. Qu'il n'ait aussi rien enseigné touchant cette doctrine que ce que j'en ai écrit, cela se voit encore par cette vélitation dont j'ai déjà parlé, dans la-> quelle il a accordé toutes les choses qui ètoient requises pour ma démonstration, et n'a combattu que les chimères qu'il s'étoit imaginées. Comme aussi par sa sixième thèse que j'ai déjà citée, qui ne contient autre chose que ce que j'ai dit et qui est le principal de mon invention ; si ce n'est qu'afieotant par trop des termes différents des miens , il s'est grandement mépris, en ce qu'il a diti^uf eamme le milieu oà $e fait Hneidenee est au milieu ûU se fait la réflexion ou la réfraction^ etc. ; car elles ne se font pas dans les milieux mêmes , ainsi que demeurent d'accord tous ceux qui savent tant soit peu d'optique; mais la réfraction se fait en la superficie qui est entre les deux milieux; et la réflexion se Êût en celle qui termine un des milieux : car jamais, quand il y a réflexion , il n'y a deux milieux, qu'il n'y ait aussi quelque réfraction. £t il ne peut ici s'échapper, si ce n'est peut-être qu'il veuille dire qu il appelle la superficie même le milieu , parcequ'elle est moyenne entre ces deux espaces que les autres appelent milieux, et qu'ainsi il continue de changer la signification des mots, et par ce

moyen de coufondre tout; ce que je remarque ici en |>aasant, afin qu'il sache que, s'il le désire, il oblieadra de moi sans beaucoup de peine une chose que je n'ai pu encore obtenir de lui jusqu'ici, qui est que volontiers je lui lerai voir les raisons que j*aurai à proposer contre ce qu'il écrira et donnera au public. Enfin, qu'il ait eu dessein qu'on sût qu'il a corrigé mes erreurs, cela se voit par sa lettre même, où il dit que ma prétendue démonstration peut être rendue bonne par de certains moyens qui lui sont connus, mais non pas 4 moi, qui les ai rejetés comme ne servant de rien à mon sujet ; et il est à croire qu'il se vante encore bien plus de tout ceci dans les compagnies où je n'ai personne qui me soit ami et qui me défende ; puisque même , dans la lettre qu il m'a envoyée, il n'a pas feint de me l'écrire; et c'est peut-être pour cela qu'il l'a laissée ouverte. Au reste je ne dis pas ici qu'il ait suivi en tous mes opinions ; car je n ai vu que fort peu de ses écrits ; mais seulement j'ose dire que jamais personne ne dira rien contre ce que j'ai écrit touchant cette matière, et même qu'on n'avancera jamais aucune chose qui ne lui soit pas conforme, que je ne fesse voir très clairement qu'il y a du paraiogisrae , ou qu'on use de caviliation. Que le révérend père en fasse maintenant l'épreuve dans un exemple , et qu*il choisisse celui qu'il croira le meilleur de tous ceux à Foc-

566 IsETTRES,

casion desquels il s'est peut-être vanté avec beaucoup de bruit et de présomption d'avoir réfuté mes opimons , et je donnerai très yolontiers les mains, et me confesserai vaincu , si je ne montre qu'il s'est trompé; mais si je le montie, ou s'il reiiuse de me fiiire Toir ses raisons , je le prie très instamment de • s'abstenir de plus mal parler de moi , de peur qu'enfin il ne m'oblige à défendre publiquement mon droit; car j'aunerois beaucoup mieux oublier le passé , ( t vivre avec lui et les siens comme une personne qui voudroit les servir. Je suis, etc.

AU R. p. MERSENNE •.

(Lettre ii du tome m. Versiao.)

MoJir R£V£R£^I> P£&£,

J'ai lu ia véiitation contre ma Dioptrique, que votre révérence m*a fiiit la &veur de m'envo^per de la part d'une personne qui n'a point voulu être nommée; et certainement je l'ai lue avec quelque sorte d'étonnement; non pas que ce me soit une chose nouvelle de voir des personnes qui s'efforcent beaucoup , et qui ne font rien , mais parceque

■ «c 3o jaiUet 1640. Voyez le nonTeaa cahier. »

je ne puis comprendre à quel dessein il a désiré que je la visse. Car il ne bit autre chose que m'at* tribiier certaines chimères , que non seulement je n'ai jamais écrites ni pensées, mais même qui sont •t éloi^ées de tonte vraisemblance, qu'il n'y a pas d'apparence que jamais personne les puisse croire : et cependant c'est cela seul qu'il réfute. £n quoi certes il paroit n'avoir pas eu dessein de me tailler beaucoup de besogne, ni même de faire pa* roitre son esprit ou sa sincérité. Car qu'y a-t-il qui me soit plus facile, que de nier que j'aie écrit ce que je n'ai jamais écrit? et où est l'adresse qu'il a du employer soit à inventer soit à réf uter des choses qui sont hors de raison, et qui n'ont aucune apparence de vérité? et enfin comment a»t-ii pu me l'attribuer à faux, sans s'en apercevoir ? Toutefois je lui répondrai ici en peu de mots, non pas à la vé* rité que j'estime que son écrit soit digne d'auctme réponse , mais parceque son auteur pourroit me l'avoir envoyé sous cette confiance que je ne lui répondrois point, et que cependant il pourroit se vanter parmi les ignorants que je n ai eu aucune réponse à lui &ire. £t afin, que la vérité paroisse tout entière, je mettrai ici ses propres paroles sans y changer une seule lettre, sur lesquelles je ferai ensuite mes observations.

566 LETTRBS.

iCUT QUI mV m ENVOTA SAHS LB KOM de l'AUnUE.

Il semble ici qu'en ni'appelant un auteur anonyme, il veuille roe reprocher de n'avoir pas mis mon nom en mes écrits ; mais sUl y a de la prudenœ en cela , je m'en rapporte puisque lui-même n'a pas voulu que sou nom parut eu Técrit que vous m'avez envoyé de sa part; et certainement je n'ai pas peur que ceux qui sauroiit pourquoi lui et moi avons voulu taire nos noms, me blâment plus en cela que lui.

Ces mots, à savoir, la détermination vers le bas ee$$e , et cesse toiUe seule » etc. , ne sont pas rapportés de bonne foi comme Tenant de moi; car J'ai écrit que cette détermi nation étoit changée , savoir en maDioptrique, page i4 9 ligne 1 6, et qu'elle étoit empêchée, page 1 5 , ligne 1 a; mais je n'ai écrit en aucun lieu qu'elle cessoit entièrement. J'ai aussi écrit que la détermination vers la droite restœtla même, et n'étoit point empêchée , mais non pas qu'elle restoit seule ^ comme si aucune détermination de bas en iiaut ne succédoit en la place de celle de haut en bas. £t j'admire l'esprit de cet homme , qui, me voulant attribuer quelques opinions qu il pût réfuter, m'en a seulement attribué de telles, que jamais personne ne se persuadera vraisemblablement que j'aie eues ; et qui non seulement ne servent de rien pour nia conclusion , mais même qui lui sont manilestement

• Lues ; Je m'en étonne , 4Sn jeme tentéMdt fm$m

contraires. Car qui pourra croire que, traitant tle la

réflexion , je n'aie pas su que le mobile qui tendoit «n partie en bas iorsquil étoit mû d'Â vers B, tendoit après cela en partie en haut, lorsqu'il est r^PÀcbidefi vers F, et quelle vraisemblance^ je vous prie, auroieut^eue mes raisons, si j'eusse nié cela. Mais je n'ai pas expliqué le changement qui se fait de la déterminatipu de haut en bas en celle de^ baoi haut , parceque ce changement est assez daîr de soi - même ; car de çe qu'un corps qui se meut tombe perpendiculairement sur la superhcie d'un corps dur, ii s'ensuit qu'il doit, de même pei^ pendiculairement réfléchir ou rejailUry ce que personne, que je sache, n'a encore jamais mis en doute, ^t ce n'est pas ma coutume de m'arréter k expli«quer des choses qui sont si communes; et même je n'ai pas du le faire en ce lieu-là , où je n'ai pil^|é de la réflexion qu'en passant, et seui^nent par f»pport à la réfraction , où il n'arrive aucun tel changement, et où une telle détermination n'est point changée en fellje qui lui est contraire.

Il continue «loore ici ses cavillatîons , et m at^ tnbue uiie façon de parler fort impropre et tout^^ fait inepte;car ce n'est pas cette détermination ym la droite qui porte le mobile à quatre pieds , ou qui fait quatre pieds (comme il dit un peu plus has); mais c'est cette vertu et cette force méme^ en tant qu'elle est déterminée vers la droite; et il n*a pu in-

férer autre chose de mes écrits , comme il paroit en h page ligne ét en tous les antres endroits où j'ai traité de cette matière : car j ai dit que cette détermination étoit cause, non pas que lé mobile )lë mût k quatre piécis, ni séulemént cpi'll sè mût , Ûomme si elle étoit la cause de son mouvement, lâkaiA qu*ii*se inùt vers lé cèté droite parcequ'en ^et cette détermination ést la c&tise, non pas de ^on mou veinent, mais de ce que son mouvement ié fait vers le côté droit.

Il nous apprend id une chose fort difficile et fort cachée , comme si, de ce qu'ayant dit qu'il faut distinguer la figure de la quantité, il étoit néces* sàire de iki*àvertir que jé tne ressouvienne qtie f tttié tue peut être séparée de l'autre , et qu'il ne pèot y avoir de corps étendu qni A'àit aussi sà quanf lté ef sà figure.

Il se plaint en cet endroit de ce que je ne suis pks tombé dans la même faute ni dans les mêmes âiffliâulfé^ où lûi-n)étne est tombé incontinent après : car il faut remarquer que la rencontre dé là àtlpërficié GB£ ' divise bién à la vérité la détèrÂinatîofa én deux parties , et &it changer célle qu'avoit la balle d'aller en bas en celle d'aller en haut, inais qu'elle ne divisé j^oint p6ur cela là foreé; ét dèlà bë dort point sembler étranger car ' bien que la fotce ne puisse être sans détermination y

toutefois ia même détermioation peut être jointe à une plus grande ou moindre force, et h même

force peut rester, quelque changement qui arrive en la détei*minatkm ; de même que, bien que la superficie n'existe point sans le corps , êà% peut oéan^ moins être changée, c'est-à-dire être augiisêiitée ou diminuée, quoique le corps ne change point ;etbîeD que, par exemple, la superficie d'un cube soit divi*séeensix l^ces carrées, ton t( f ois ce même cube n'est pas pour cela divisé en six parties, mais tout son corps repose sur chacune de ces six ikces..

11 argumente ici aussi justement en iorme que s'il disoit, pour écrire il fÎMit nécessairemeot de IVencreetdu papier: orest-ii quele papier est Manc^ donc il iaul aussi que l'encre soit blanche. A votre avis n'est-ce pas bien raisonner , et n'est-^ pas bien ajuster ses raisons au niveau ou aux règles d'une exacte arudy^e ? Et de vrai, encore qu'ici , où iâ s'agit seulement de la t^ilexion , on ne laissât pas 4e pouvoir tirer une conséquence véritable, en feignant que la force et la détermination sont cour jointement divisées , néanmoins il ne ie Êiudroit pas letndre, parceque la condiision ne prooèderoit pas de la lorce de cette division imaginaire et suppo^ sée, et cela ne seryiroit qu'à faire naître de nou«> YeUm «t inulâes €U£Scultés, quand on viendroit à expliquer commentées diverses forces, l'une de trois pieds et l'autre de quatre ( ainsi qu'il parle), pourr

LBTTRXS.

roieut, étant jointes ensemble, composer la force . de cinq pieds ^ etc. ; et de pius, lorsqu'il s*agiroit des réfractions , on ne pourroit plus de semblables fictions, tirer aucunes conclusions véritables , mais seulement d'absurdes et entièrement &usses.

Il demeure ici d'accord de la vérité d'une chose qui seule suiHt et est requise pour la force de ma conclusion*

Il faut remarquer que tout ce qu'il ne veut pas ici admettre dépend du mot de qu'il pi'attribueà tort, et dont il s'est fait une chimère qu'il a entrepris de combattre , ce qui est ici très évident , en ce qu'il ne prouve rien autre chose, sinon que la détermination vers la droite ne reste pas seule, parcequ'il y en a encore une autre qui tend vers le haut.

Il ne prouve encore rien ici; mais , comme s'il

étoit lassé du combat, il semble vouloir capituler et traiter des conditions de paix; et premièrement il demande que je prouve pourquoi la détermina*tion vers la droite demeure toujours la même sans être augmentée ni diminuée , et secondement pour* quoi la détermination de haut en bas se change en celle de bas eu iiaut, sans devenir plus grande ni moindre.

Or il est aisé de satisfaire à ces deux demandes, tant par ce qu'il accorde ici, que par ce qu'il a admis un peu auparavant : car certainement puis^

que la même fofce qui étou auparavant demeure , «t que la superficie CB£ n'est poiat opposée à la détemamation vers la droite , on ne saiiroit rien imaginer par quoi cette détenu i nation puisse être changée, et par conséquent elle doit persévérer sans être augmentée ni diminuée : et d'autant qu'il est possible que le mobile dans la seconde minute parcoure une l^e de cinq pieds, et qu'en même temps la même force demeure déterminée vers la droite comme auparavant (c'esi-àdire en telle sorte que le mobile avance de c[uatre pieds vers la droite pendant cette seconde minute), à moins que la détermination de haut en bas ne soit changée en une de bas en haut qui ne soit ni plus grande ni moindre , il s^ensuit de là qu'elle doit être ainsi changée.

MsAs néanmoins il se tourne ici <ferechef vers sa chimère , et se mettant en posture pour la combattre, il y a, dit-il, ici beaucoup de choses embrouillées , il est vrai; mais c^st lui-même qiii les a ainsi brouillées et confondues : il y en a d'autres, ajoute-t'ii, qui ne sont pas bien liées; j'en demeure d'accord : mais ce sont celles qu'il a lui-même dés- . unies et détachées". 11 ne trouve rien qui soit bien déduit des ant( ctHients; mais il ne s'en faut pa3 étoniier , puisqu'il les a tournés à contre-sens par cb'tnisérable mot de seule, qu'il a lui-même intro* duit sur la scène , comme je le ierai voir tout main?

3j74 LETTRES.

teoMit; et tout de mèm que les gentils et iàoUe-

très adoroient dieux i|u ils avoient eux-mêmes £iibri(|iiiés de Uora propre» mains, ainsi cet boninie redoute un lâonstre qu'il s'est forgé luî-ménie en sa fantaisie » e| qui n est autre que cette façon de parler impropre que j'ai marquée plus haut. Cen pendant , pour faire voir combien exaete est l'a^ ualyse dont ii se sert, et combiea iortes ont été les raisons qu'il a eues de se figurer un tel monstre , incontinent après il me met en jeu, et me fait dire, ia même force demeure; et un peu après» la détermination ver$ ia droite demeuré (car ici le mot de seuie ne fait rien au sujet), donc le mobile se mouvera vers la droite , et avancera autant vers ce côté-là en la seconde minute qu'en la première, c'est-à-dire qu'il avancera de ce coté-là de quatre pieds» ou qu'il sera autant mû vers la (Iroite qu'auparavant; mais en tout <»la il n'y a rien d'embrouillé , rien qui ne s'entretienne ou qui soit mal déduit des antécédents: mais, afin qu'il puisse avoir ici un fimtôme à combattre, il feint que j'ai dit que la détermination vers la droite a fait quatre pieds, ne se ressouvenant pas que cela vient d'être dit tout à l'heure du mobile , et non pas (le la détermination.

. 11 continue jusqu'à la fin de se tourmenter beaucoup et de ne rien faire. Il Interroge , il presse , il

répond, et écrit de telle sorte, qu'il semble se tré-

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lAOïlSMtr, ^ éfre tout ^ suaur; c«ur ponQiKrouw^ pas dans toute cette evcelleate pièce la moindre chose que j'aie ou éçrite ou peasée, qui soit iàf^t, 9oi% peu comlMittue, et tout 6o^ feu n'est emplayé qu'à insulter contre ces deux v^iQes fictions qiie j'ai ci-devant remarquées.

. Toutefois il veut pvrotire ici avoir vaiuciK; car il m'a, dit-il, contraint d'avouer que la force de cmq pieds et la détermii^tiQu vers la droite deipeure » non plus $0uie (comme il prétend que i*9m dit ) , parcequ'à la détermination de haut en bas il en su(y:ède une autre toute semblable de bas eu haut, ce qui devoit, dit>>il, avoir .été dit dès le commencement, oui bien par lui, s'il eut voulu agir de bonne foi.

Mais je m'aperçois ici qu'il se dispose à une nouvelle expédition ; car je vois qu'il prépare de nouvelles chimères qu'il doit peut-être combattre une autre fois : car il répète ici qu'une force ou une vertu de cinq pieds est la même chose qu'une force de trois pieds et uue autre de quatre, et qu'à la détermination de haut en bas il en succède une autre toute semblable de bas en haut, ou dans ie mot de iemblable il y a de la captation.

Mais certes, qu'il combatte en l'air tant qu'il lui plaira, s'il ne dit rien meilleur, je ne crois pas que cela vaille la peine que je lui réponde davantage: car ceux qui liront ceci connoîtront assez quel il

5^)6 LfiTTRXS.

est; et encore que je pusse écrjre beaucoup de choses, je ne pourrois pas néanmoins feire en sorte qu'elles fussent lues de plusieurs , et de pins j'attends des objections sur ce même sujet de la part des rév^ends pères jésuites; car j'apprends que de» puis peu ils ont impugné dans leurs thèses publiques ce que j* ai écrit de la réflexion et de la réfraction, c'est pourquoi je les ai priés, il ya huit jours, par mes lettres, de me vouloir apprendre les raisons quHb allèguent contre mes opinions ; et je mVissure qu'ils ne refîisefbnt pas de me les apprendre : et même je vous dirai que j'aimeroîs mieux être vaincu par ce^ vieux guerriers armés de toutes pièces, que de triompher de ce carabin armé à la légère. Je suis , etc.

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LSTTRBS.

AU R. P. MEKSENNE ".

(Lettre 44 (iu tome II.)

Je ne saurots assez vous exprimer combien vous

m'avez obligé lorsque voua dites publiquement au père B. dans sa classe , que s'il avoit quelque chose de bon à m*objecter il me le devoit envoyer : c'a été le plus insigne trait d'ami que vous pouviez jamais faire. Je m'assure qu'il se fût bien gardé de m'envoy er sa vélitatîon sans cela ; mais c'est une pièce que je garderai pour m'en servir abonne bouche: car enfin s'ils s'abstiennent dorénavant lui et les siens de parler de moi , je serai bien aise d'oublier le passé 9 et de ne point publier les fautes qu'il a faites en me reprenant ; mais si j'apprends qu'il y en ait aucun qui blâme mes opinions sans m'envoyer les raisons pour lesquelles il les blâme, je croirai avoir di*oit de publier ce qui s'est passé entre eux et moi ; et afin d'avoir toutes les pièces en boime forme, je vous écris encore ici une lettre

* «• Celte lettre «st la 37* des miiniucrils de Labire, datée de Leyde» du aS octobre -1640. Elle cet asws oonfonne à rorigiiid* 1»

latine pour servir de réponse à celles que vous m'avez envoyées de leur part. Vous leur ferez voir, s'il TOUS plaît, et même, slls en désirent copie, je serai bien aise qu ils Taient , aussi bien que les précédentes, afin qu'ils aient plus de temps à les voir, et qu'ils prennent mieux mon intention , car je n'ai point envie de les surprendre, et s'ils n'y ïom réponse que de bouche, je serois bien aise, si cela ne vous importune, que vous voulussiez prendre la peine de, mettre en latin en cinq ou six lignes ce que vous aurez à m'écrire sur ce sujet , et même , vous leur pourriez faire voir avant que de me l'en* voyer, et y faire mention en passant que vous leur avez fait voir ou donné copie de ce que je vous ai envoyé pour eux. Je vous prie aussi, en cas que le père B. voulût en son particulier vous donner quelques objections pour m'envoyer, de ne me les envoyer qu'après en avoir averti ses supérieurs, ce que vous avez raison de faire pour l'ainour d'euxmêmes , à cause que je vous ai ci-devant mandé que je prendrai dorénavant tout ce qui viendra de quelques uns des leurs comme s'il veiioit de tout leur corps. Ce qui me Êiit prévoir ' à ceci , est qu'il ponrroît arriver que le père B. , pour n'avoir pas la honte de se dédire et de soulïrir que le démenti lui demeure, seroit bien aise de m'envoyer quelques objections tant mauvaises qu'elles

9 «* Pwnnir, »

puissent être, pour gagner cependant du tempi et m en faire perdre ; mais quitnd 11$ vt^rroat qu'il y ¥a de rhonneur de tout^ la mîété, je* oroîa qa'ib aimeront mieux le faire taire» car je bieaqu^il n'a rien de bon à dire.

Jil. de Zuytlichem m*a envoyé quatre traités qu« vous lui avea fait copier, Tun des cercles qui se font dans l'eau, où je vois que 1 auteur a iortix)u style, et qu'il tache de philosopher à la bonne niode; mais les fondements lui manquent , et tl emploie beaucoup de paroles pour une chose dont la vé* rîié se poarroit ei^pliquer en peu de mots* Le second est la lettre du géostatiden contre M. des Ar^ gues , auquel je ne vois pas qu'il (^isse gi aud mal. Le troisième ^est de M. F. ' , pour les tangentes, où le premier point n*est rien de nouveau , et pour le second qu ii dit que j'ai jugé diiiicile, il n'est aucunement résolu; et bien qu'en l'exemple qu'il donne delà roulette lefidt " viennebien, cen*est pas toutefois par la force de sa règle , mais plutôt il pa> roit qu'il a aocommodé sa règle à cet exemple. Le quatrième est pour le mouvement joiimali^ de la terre, ou je ne vois guère rien qiu ne soit ailleurs. Pour les Caractères des passions, il ne me les a point envoyés , non plus que l'Institution du dauphin.

> FafM.

• « Awtir. n Qe BOt e«t aouligaê dans Texenaplaire de U bibliothèque de riiutiUit.

YcNis demandez d'où je sais que la balle venant de D* vers B retourne vers E plutôt que de s'opi«

niâtrer à demeurer vers B; ce que j'apprends par la connoissance des lois de la nature, dont Tune est que , quidquid est, manet in eodem êtaiu in quo e$t , nisi a causa externa muietur, ainsi, quod est qaadratum manet quadraium, ete, , et, quod est semel in motUy Bempermovetur^' danee édiquid impediat; et la seconde est que, unum corpus non potestallerius motwn tollere, nisi ilium in $e tumau D'où vient que si la superficie ABC est fort dure et immobile , elle ne peut empêcher que la balle qui va de D vers B ne continue vers £; mais si cette superficie est moUe , elle ne peut l'arrêter, et c'est pour cela que j'ai supposé en ma Dioptrîque que la superficie et la balle sont par&itement dures , et que la balle n'a ni pesanteur ni grosseur , etc. , pour rendre ma démonstration mathématique. Car je sais bien que la réflexion d'ime balle commune ne se fait jamais exactement à angles égaux, ni peut-être celle d'au* cun rayon de lumière; mais toutefois pour les rayons , d'autant qu'ils peuvent venir du ciel ju&qu'à nous sans perdre leur force, ce qu'ils en peuvent perdre en donnant contre un corps poli n'est aucunement considérable.

Les expériences de fi^apper des boules égalepfient tort avec un grand et petit mail, ou tirer de&

* Fignm 36.

LltTTRBSv 58t

flèches avec un grand ou petit arc, sont presque impossibles à faire , mais la raison est très évidente et très certaine. Car soit que Farc ou le mail soient grands ou petits, s'ils touchent de même torce et vitesse, ils auront le même effet; mais ce qui trompe est qu'il faut sans comparaison moins de force à la main pour frapper avec un grand mail aussi fort qu'avec un petit, ou pour bander un grand arc en sorte qu'il ait autant de force qu'un petit; et pour les longues arquebuses , elles ne portent plus loin que les courtes qu'en tant que k balle demeurant plus lon^^-temps dans le canon est plus long-temps poussée par la poudre, et par conséquent aussi plus vite. De dire qu'un boulet tiré d'un canon ait plus de force après ses derniers bonds, que s'il étoit poussé de la main, en sorte qu'il se mût de même vitesse, je crois que ce n'est qu'une imagination , et j'en ai vu l'expérience en une cuirasse faussée par le bond d'un boulet sans que celui qui la portoit fût tué; car sans douté que si le boulet eût été jeté par une moindre force, mais qui eût été capable de lui faire faire un bond 'de quatre ou cinq pieds de haut comme il avoit fait en venant contre la cuirasse, il n*avoit pas moins fait que la fausser. Il est vrai qi^e la blessure d'un boulet tiré d'un canon est plus dangereuse que s'il n'étoit que poussé de la main ; mais c'est pour une autre raison, à savoir qu'il est plus

écliaiifle, et souvent tourtioie autour de iM>ii centre, et qui! retient encore anitotir de soi le vent de là

poudre qui peut aisément causer une gangrené.

La difficulté des parties des métaux qui flottent . dans l'eau-forte se peut résoudre par ce que faî dît en mes Météores de celles du sel qui flottent dans l'eau , à savoir que leurs parties se mêlent et s'engagent en telle façon dans celles de Teau-forte que celles-ci en sont aidées en leur mouvement et non empêchées : mais ce n'est pas le même de la poussière ; et il n'y a point de doute que la matière subtile ne soit dans .l'eau et dans tous les corps terrestres en grande abondance.

Quand j'ai dît qu'une boule qoi en rencontre une autre qui hu est double en grosseur lui doit donner les deux tiers de son mouvement, cela s'entend afin qu'elle se joigne k elle, et qu'elles se meuvent ensemble après cela, et qu'elles soient parfaitement dures et sur un plan par&itement poli, etc.; d'où 11 est fadle à calculer, suivant la loi de la nature que j'ai tantôt touchée, à savoir que si un corps en rheuï un autre, il doit perdre autant de son mouvement qu'il lui en donne : car si A et B sè meuvent ensemble, chaque moitié de B a autant de mouvement qu'A, et ainsi B a deux tiers et A un tiers de tout le mouvement qui étoit auparavatit en A seul.

' tV>ur le flux et reflux, il n'y a auculie apparence

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que les étangs ou lacs en puissent àvoir, par la taison que j'ett donne, si ce n*est quils communiquent avec l'Océan par plusieurs conduits souterràins, ainsi <|^e font quelques uns, et ménie aussi quelques puits qui otit fiux et reflux. Car il n'y a que cette grande masse d'eau qui environne la terre qui puisse sentir en même temps en toutes ses parties, de deux côtés, plus grande liberté que devant pour se hausser , et de deux autres un peu de contrainte poiu* se baisser.

Je passe à la lettre du médecin de Sens, où jetrouve qu'eu tout le raisonnement qu'il fait du sel , il prouve seulement que les cx>rps terrestnes se font lés uns des autres , mais non point que l'air ou la terre se fassent du sel plutôt que le sel de Tair ou de la terre; et ainsi il devoit seulement conclure tpie tant le sel que tous les autres eorps ne sont faits que d'une même matière ; ce qui est très vrai èt 8*accorde tant à la philosophie de l'école qu'avec la tïîietme, sinon qu'en l'école on n'explique pas bien cette matière , en ce qu'on la fait puram poîenUam, et qu'on lui ajoute des formes mbstaniieUeB et des qualités réelles qui ne sont que des chimères. . Pour la force de la percussion, il est certain qu'elle ^eut être égalée par la pesanteur; et ce qu'il dit que le poids F dessus D est en son repos, etc., n est nullement recevable; car il est certain qu'un corps ainsi appuyé sur un autre ne pèse pas moins

364 IKTTRBS.

pour être appuyé sur lui; et l'exemple que vou» donnez de la presse dont on marque les pistoles est fort à propos : car on peut aisément calculer par son moyen de combien de livres p^ant devroit être le poids qui , étant appuyé sur une pistole sans percussion, seroit suffisant pour la marquer, et ain^i égaler la force du coup de marteau qui la peut aussi marquer.

Je viens à l'autre lettre d'un de vos religieinc de Blaye; et pourceque je ne sais point quels sont les . deux points dont vous vouliezavoir mon sentiment, je dirai ici un mot de chacun dé ceux qu il traite, i" Je vois bien qu on peut expliquer un même effet particulier en diverses Ëiçons qui soient possibles, mais je croîs qu'on ne peut expliquer la possibilité des choses en général que d'une seule façon , qui est la vraie, a!* Il a raison de dire qu'on a eu grand tort d'admettre pour principe que nul corps ne se meut de soi-même : car il est certain que de cela seul qu'un corps a commencé de se mouvoir, il a en soi la force de continuer à se mouvoir, ainsi que de cela seul qu'il est arrêté en son lieu , il a la force de continuer k y demeurer; mais pour le principe de mouvement qu'il imagine différent en chaque corps, il est du tout imaginaire. 5** Je n'approuve point non plus ces indivisibles, ni les naturelles inclinations qu'il leiir donne ; car je ne puis concevoir de telles inclinations sans entendement , et je n'en

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