X.KTTRES
attribue pas même aux animaux sans raisou; mais j 'explique tout ce que nous appelons en eux appétits ou inclinations parles seules règles des mécaniques. Je n approuve point non plus tous ces éléments qui sont autant de choses non intelligibles, qu'il en veut faire entendre d'autres par son moyen. 4 Deux indivisibles ne pourroient faire, à tout rompre Il qu'une chose divisible en deux; mais de dire qu'ift pûissent faire un corps, il faut savoir ce qu'on entend par le no tu de corps, à savoir une chose longue, hi^e et étendue; ce qui ne peut être composé d'indivisibles, à cause qu'un indivisible ne peut avoir aucune longueur, largeur et pro fondeur, ou bien , s'il en avoit, nous pourrions derechef le diviser par notre imagination, ce qui suffit pour montrer qu'il n'est pas indivisible; car si nous la pouvons ainsi diviser , un ange, ou Dieu même le peut diviser réellement. Pour ce qu'il ne veut pas qu'on n'admette point d'autres principes que la figure et le mouvement , à cause qu'il craint qu'on ne puisse expliquer par leur moyen toutes les diverses qualités qui sont dans le vin, vous pourrez lui ôtei* cette crainte en l'assurant qu'on les a déjà toutes expliquées et avec cela toutes les autres qui se peuvent présenter à nus sens. Pour le miracle qu'il j'apporte ici,' il auroit besoin d'être vu pour être cru. 5* Je n'entends pas le sujet de cet article, faute
d avoir vu votre lettre à laquelle il répond; mais il S. >5
est certain que la plus grande vitesse de la corde n'est pas ni au commencemeul ni à la iin, mais environ le milieu de chaque tour on retour. 6* Je ne dis rien à tout cet article qui recrai rh^ la lumière, à cause qu'il n'y a rien que je ne croie que tous puissiez aisément résoudre; et ce n'est pas mer- "veilleque ceux qui n'ont ouï que quelques mots de mes pensées touchant cela les interprètent mai , et y trouvent plusieurs choses incompréU^sibles.
Pour ce qu'il dit ici que ce qui lui fait admettre tous ces éléments est qu'il ne voit pas qu'on puisse expliquer les phénomènes de la nature avec moins de sup[)ositions, je m'assure que si on les lui explique tous par les seules iigures et mouvements, on pourra aisément le convertir : car aussi bien ne peut-il pas entendre tous ces éléments qu'il suppose, et ainsi il ne fait que tâcher d'expliquer obteurumper obêeurtuê^* 8^ Je ne vois pas pourquoi il confond hi doctrine des athées avec celle de ceux qui expliquent la nature par les figures et par les mouvements, comme s'il y avoit quelque affinité entre l'une et l'autre; mais quand li dit que • l'idée d'un être simple que nous concevons contenir tout être ne pourroit être conçue si elle n'avoit un exemplaire véritable, et que nous ne pouvons concevoir (êupple distinctement) que les choses possibles et vraies, il semble avoir lu mes écrits, car
L£TXa£S.
ils coutiejQueui cela même; maiâ li met eusuite beaucoup de choses que je ne puis a{^rouver, comme que cet être ait des dimensions, et qu'on puiâse concevoir des dimensions sans composition de paftîes, ou au moins sans que ce qui ades.dii* mensions soit divisible, etc. Il a raison aussi, que tout ce que nous ne concevons pas distinctement n'est pas fauux pour cela, et il l'applique bien au mystère de la Trinité , qui est de la foi , et qui ne peut être connu p^r la seule raison naturelle. Je ne trouve rien aux autres arliçLes k remarquer V Je suis 9 etc.
AU B. P. MËESËNNË.
(Lettre 4:* du tome XL) Moif R£V£R£irn PÈRE ,
Je youi^ remercie des noi^veU^ du sieur ^ %>Jf[ n'y trouve jri^ d'<étrange, si|^<^iq^ilaj^^orAiQe
* » £e mon papier mamgu4. J'espère ifous etÊfùjrer ma MUtapkysiqué dtms huit ou quinse /mw, pmtr le plm tard y puisqu'il vcu^ jrfafT la frmtére sw$ votre protection. Je Cemverrois dès à présent , sinom ^ /en fiùrefnkre on/mteMnt une eepie. Je renverrai peut-^trepeir jK de XuyHiekem, »
que je vous suis; car il n'y a personne ici qui me connoisse tant soit peu qui ne le sache : e'est le plus franc pédant de la terre , et il crève de dépit de ce qu'il y a un professeur en médecine en leur académie d'Utrecht, qui fait profession ouverte dé ma philosophie, et fait même des leçons particulières de physique , et en peu de mois rend ses disciples capables de se moquer entièrement de la vieille philosophie. Voëtius et les autres professeurs ont Mt tout leur possible pour lui faire défendre par le magistrat de renseigner; mais tout au contraire le magistrat lui a permis malgré eux. Ce Voëtius a gâté aussi la demoiselle de Schurmans; car au lieu qu*elle avoît Fesprit excellent pQur la poésie , la peinture, et autres telles gentillesses, il y & déjà cinq ou six ans qu'il la possède si entièrement, quelle ne s'occupe plus qu'aux controverses de la théologie, ce qui lui fait perdre la conversation de tous les honnêtes gens; et pour son frère, il n'a jamais été connu que pour un homme de petit esprit. J'ai fait rendre une lettre pour Voëtius au messager, afin qu'il en paie le port , comme sî elle n'étoît point venue sous couvert,, et que vous soyez par là un peu vengé des six livres qu'il: vous a fait payer pour ses thèses.
Pour la philosophie de l'école, je ne. la tiens nullement difficile à réfuter, à cause des diversités de leurs opinions; car on peut aisément renverser
L£TTA£S.
tooâ les fondements desquels ils sont d'accord entre
eux, et cela fait, toutes leurs disputes particulières paroissent ineptes. J'ai acheté la Philosophie du frère £ust« à Sancto P. S qui me semble le meilleur livre qui ait jamais été fait en cette inatière, je serai bien aise de savoir si l'auteur vit encore.
Votre supputation de la force de la presse, composée avec la pesanteur, est fort bonne, et je n*y saurois rien ajouter. Pour la vis d'Archimède, elle n'a point d'autre raison, sinon que le ci-eux ou la concavité qui contient Teau monte toujours, à mesure que la vis tourne : car, par exemple,' le creux A*, dans lequel est Teau^ sera monté à B lorsque la vis aura fait un tour, et cette eau ne peut sortir de ce creux pendant que la vis tourne, ou bien il ËLudroît <[u'elle montât; car A . est plus bas que C etD, et B est aussi plus bas que Cet £.
Je répondroiS très volontiers à ce que vous de*
mandez touchant la flamme d'une chandelle, et choses semblables ; mais je vois bien que je ne vous pourrai jamais bien satisfaire touchant cela, jusques à ce que vous ayez vu tous les principes de ma philosophie ; et je vous dirai qiie je me suis résolu de les écrire avant que de partir de ce pays, et de les publier peut-être avant qu'il soit un an.
' • EustachittsàSam» Paùlo, vnlgo 1» Fenilbiir. »
* Figure 37.
Et mon d€86ein est d'écrire par ordreftout un cours
de ma philosopiiie en forme de thèses , où » sans aucune superfluité de discours « je mettrai seulement toutes mes conclusions avec les vraies raisons d'où je les tire, ce que je crois pouvoir faire en fort peu de mots; et au même livre, de faire imprimer un cours de la philosophie ordinaire , tel que peut être celui du frère Eustachc , avec mes notes à la fin de chaque question , où j'ajouterai les diverses opinions des autres, ét ce qu*on doit croire de toutes; et peut-être à la fin je ferai une comparaison de ces deux philosophîes: xtiais je vous supplie de ne rien encore dire à personne de Ce dessein , surtout avant que ma Métaphysique soit iinprimée; car peut-être que si les régents le savoient, ils feroient leur possible pour me donner d'autres occupations, au lieu que, quand la chose sera faite, j'espère quils en seront tous bien aises. Cela pourroit aussi peut-être empêcher Fapproba^ tion de la Sorbonne, que je désire, et qui me semble pouvoir extrêmement servir à mes desseins : car je vous dirai que ce peu de métaphysique que je vous envoie contient tous les principes de ma physique. La raison pour ladivinîté du livre dont vous m'écrivez, que si le soleil a lui éternellement il n'a pu illuminer un hémisphère avant l'autre , etc. , ne prouve rien, sinon que notre âme étant finie, ne peut comprendre Tinfini. Je vous ai déjà écrit
LBTTII£8.
que j'ai vu quatre des discours que vous avez Êkit écrire pour M. Huygens j'aurai soin de lui deman* der encore celui du flux et reflux, et celui de la réflexiou. Je verrai aussi le coui's de philosophie de M. Draconis % qui, je crois, se trouvera ici : car sll étoit plus court que Tautre, et autant reçu , je l'aimerois mieux; mais je ne veux rieu faire en cela sur les écrits d*un homme vivant, si ce n^est avec
sa periiiissioii, laquelle il me semble que je devrois aisément obtenir, lorsqu'on saura mon intention, qui sera de considérer celui que je choisirai comme le meilleur de tous ceux qui ont écrit de la philosophie, et de ne le reprendre point plus que tous les autres. Mais il n'est point temps de parler de ceci que ma Métaphysique n'ail passé.
Pour la vitesse des balles qui sortent d'un mousquet, je crois qu'elle est plus grande en sortant de la bouche du canon qu'en aucun autre lieu, et la raison que vous m'écrivez est du tout nulle; car l'impétuosité qui est dans la balle ne sert qu'à lui faire conserver son mouvement, et non point à Taugmenter, au lieu que ia pesanteur produit à chaque moment une nouvelle impétuosité , et ainsi augmente la vitesse. Je suis bien aise de ce que M. le cardinal de Bagné se souvient encore de moi , il lui faudra envoyer ma Métaphysique lorsqu'eUe
* « KiTS^iw et ZoytIidiAni «t le même nom. »
• «t De Kaeottieb »
LBTTBES.
sera imprimée. 11 nest point besoiu que vous m'adressiez rien pour M» de Zuytlichem , mais plutôt lorsque vous m'enverrez quelque paquet un peu gros vous lui pourrez adresser, pendant qu'il n'est point à l'armée; car j'ai pris garde qu'on me rend ici souvent de vos lettres qui ont été ouvertes , ce que j'attribue à TinEdélité du messager, qui s'accorde avec quelqu'un qui est curieux de savoir ce* que vous m'écrivez. Le bon est qu'il n'y a jamai^ çien qui ne puisse bien être vu. J'ai envoyé dès bier ma Métaphysique à M. de Zu3rtlichem pour vous l'adresser , maïs il ne l'enverra que dans huit jours ^ car je lui ai donné ce temps pour la voir. Je n*y ai point mis de titre, mais il me semble que le plus propre sera de mettre Benati Descartes Meditationes de prima philosophia ; car je ne traite point en particulier de Dieu et de l'âme, mais en général de toutes les premières choses qu'on peut connoitre en philosophant. Vous verrez assez par les lettres que j'y ai jointes quel est mon dessein ; et je n'en dirai ici autre chose sinon que je crois qu'il n'y aura pas de mal , avant que de la faire impri- > mer , de stipuler avec le libraire quMl nous en donne autant d'exemplaires que nous en aurons de besoin^ et même qu'il les donne tout reliés, car il n'y a pas plaisir d'acheter ses propres écrits ; et je m'assure que le libraire pourra bien faire cela sans y perdre. Je n'aurai besoin ici que d'environ trente
^Kempiaires; pour Paris c'est à vous de juger combien il nous en badnu Je suis , etc.
. De Leyde, v novembre 1640.
A UN R. P. DOCTEUR DË SORfiONJSË'.
(Lettre 46 du tome II.} MONSIEDB ET KÉYÉKESD PÈAB,
L'honneur que vous m'avez fait, il y a plusieurs années , de me témoigner que mes sentiments touchant la philosophie ne vous sembloicnt pas incroyables» et la connoissance que j'ai de votre sin* gnlière doctrine , me Sut extrêmement désirer qull vous plaise prendre la peine de voir l'écrit de métaphysique que j'ai prié le révérend père Mersenne de vous communiquer. Mon opinion est que le chemm que j'y prends pour faire conuoître la nature de l'âme humaine, et pour démontrer l'existence de Dieu, est Tunique par lequel on en puisse bien venir à bout; je juge bien qu'il auroit pu être beaucoup mieux suivi par un autre, et que j'aurai omis plu* sieurs choses qui avoient besoin d'être expliquées,
■ «> Cette lettre eit adrcwêe 4 un P. de TOratoire. Elle e»t écrite , comme le tnivante, «a P. Menenne, le ix noTembre 1640, et comme le 48* envoyée le tg movembf 1640. »
^94 LETTREB.
mais je me ùis fort de pouvoir remédier à tout ce qni maiique^en cas que j'en sois averti, et de rendre les preuves dont je me sers si évidentes et si certaines, qu elles pourront être prises pour des dé^ monstrations. Il y manque toutefois encore un point, qui est que je ne puis faire que toutes sor-» tes d'esprits soient capables de les entendre, ni même qu'ils prennent la peine de les lire avec attention , si elles ne leur sont recomniandées par d autres que par moi ; et d'autant que je ne sache personne au monde qui puisse plus en cela que messieurs de Sorhonne, ni de qui j espère des jugements plus sincères , je me suis proposé de chercher particuliètement leur protection ; et pourc^ que vous êtes Tun des principaux de leur corps, et que vous m'avez toujours fait l'honneur de me témoigner de Taffection , et surtout à cause que c*est la cause de Dieu que j'ai entrepris de défendre , j'espère beaucoup d'assistance de vous en ceci, tant par votre conseil, en avertissant le père Mersenne de la façon qu'il doit ménager cette aiiaire , que par votre faveur, en me procurant^des juges favorables, et en vous mettant de leur nombre. En quoi vous m'obligerez à être passionnément toute ma vie, etc.
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LETTBBS.
AU R. P. MERSËNNE.
(Lettre du tome II.)
Mon RÉVÉREND PÈRE ^ *
Je vous envoie enfin mon écrit de métaphysique^ auquel je n'ai point mis de titre , afin de vous en
faire le parrain et vous laisser la puissance de le baptiser. Je crois qu'on le. pourra nommer , ainsi que je vous ai écrit par ma précédente , Mediiationés de prima philosopkia; car je n'y traite pas seulement de Dieu et de Tâme, mais en général de toutes )es premières choses qu'on peut connoître en philosophant par ordre; et mon nom est connu de tant de gens , que si je ne le voulois pas mettre ici» on croiroit que jV entendrois quelque finesse, et que je le fei ois pluiut par vanité que par u^odestie.
Pour la lettre à messieurs de Sorbonne > si j*ai manqué au titre, ou qu'il y fiiille quelque souscription ou autre cérémonie, je vous prie d'y. vouloir suppléer , et je crois qu'elle sera aussi bonne étant écrit» de la main d'un autre que de la mienne. ' Je vous l'envoie séparée du traité , à cause que si toutes choses vont comme elles doivent, il me sem«
LETTBE8.
bie que le ineilieur seroit, après que tout aura été yu par le père G.% et, s'il vous plaît, par un ou deux
autres de vos amis j qu'on imprimât le traité sans la lettre, à cause que sa copie en est trop mal écrite pour être lue de plusieurs , et qu'on le présentât ainsi imprimé au corps de la Sorbonne aTec la lettre écrite à la main. En suite de quoi il me seiii> ble que le droit du jeu sera , qu'ik commettent quel* ques uub d'entre eux pour l'examiner , et il leur faudra donner autant d'exemplaires pour cela qu'ils en auront besoin , ou platÂt autant qu'ils sont de docteurs, et s'ils trouvent quelque chose à objecter, qu'ils me renvoient afin que j'y réponde, ce qu'on pourra feire imprimer à la fin du livre. Et après cela il me semble qu'ils ne pourront refuser de donner leur jugement, lequél pourra être imprimé au commencement du livre avec la lettre que je leur écris. Mais les choses iront peut -être tout autrement que je ne pense, c'est pourquoi je m'en remets entièrement à vous , et au père G. , que je prie par ma lettre de vous vouloir aider à ménager cette affaire : car la vélitation que vous savez m'a fait connoître que , quelque bon droit qu'on puisse avoir , on ne laisse pas d'avoir toujours besoin d'amis pour le défendre. L'importance est en ceci que , puisque je soutiens la cause de Dieu , on ne sauroit rejeter mes raisons , si ce n'est
' «t Oibieuf. »
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qu'on y montre du paralogisme » ce que je crois être impossible, ni les mépriser » si ce n'est qu'on n'en donne de meilleares, à quoi je pense qu*on aura assez de peine. Je suis, etc.
AU R. R MERSËNNE-.
(Lettre 4S du tome II.)
Mon KivjB&EifD pèbe.
Il yahuit jours que j'avois écrit les endoses pour tous être adressées par Zuy tUchem avec ma Métaphysique , mais il passa par ici il y a deux jours pour aller à Groningue avec M» le Pr« ' et me les rap* porta , comme ne pouvant écrire en France de quelques semaines. J'ai fait prix avec le messager, qui ne doit avoir que trois livres de port. Je vous en ai déjà laissé payer beaucoup d'autres pour mes lettres, et je voudrois bjeu avoir occasion de vou^ les pouvoir rendre, ce sera quand il vous plaira me la donner. Je suis Inen obligé à M, des Argues,
' « Cette lettre est datée le 19 novembre 1640. Il n'y a qu'à voir la date de la précédente avec les trois premières ligues de cette lettre pour en être convaincu. »
• « Prince d*Oraiige. »
3g8 LETTRES.
de ce qu*it lui a plu défendre ma cause contre le père B.', et je suit» très aise de ce que vous Tave^ ùdt témoin de notre procédé. Je ne pui» croire qu'il désapprouve que vous fassiez voir madernière lettre latine à ceux de sa compagnie : car encore que le pèreB ne vous ait point prié d^ m'envoyer sa lettre françoise, toutefois ne vous ayant point aussi prié de ne me la pas envoyer, comme il n'a eu aucune occasion de le faire , vu qu'il vous Ta envoyée pour vous fisiîre voir ce qu'il avoit eu intention de m'écrire , et vous en ayant donné une autre pour moi , je ne vois pas qu'il puisse en aucune façon trouver mauvais que vous me l'ayez envoyée comme pour me témoigner la même chose qu'il avoit voulu vous témoigner par cette lettre $ ^voiv qu'il avoit pris la peine, il y a long-temps, de me répondre ; et ainsi vous pourrez dire que c'a été pour le gratifier que TOUS me l'ayez envoyée» Au rosté» tout bien considéré, je crois que je n'ai rien mis de trop en ma réponse; car, quelque amitié et dou^ ceur qu'ils Êtssent paroitre^ je Auis assuré qu'ils
m'observeront soigneusement, et qu'ils auront d autant moins d occasion de,me UMÏi^e ^ qu'ils verrgiU; que je leur réponds plus -vertemeQt j et que si j'ose
ailleurs de douceur, c'est par modération, et non par crainte ni par ioiblesse, outre que ce qua écrit
le père B. ne mérite rien moins que ce que je lui
■ Boardin.
mande. J'ai reçu Fimprimé de M. des Argues, mais je n'en ai pu lire que Texorcie et la conclusion , à cause que je n'en ai pas encore les figures, et je crains de ne les avoir de long-temps, puisqu'elles vieuaent par M. Zuytlichem qui est en voyage.
Je vous remercie des passages ^de saint Thomas pour les vœux , bien que je n'en ai jamais été eu peine » car la chose est trop claire , et ceux qui objectent de teljies choses, comme aussi \e fiât iax, dont vous m'écrivez, montrent qu'ils ont de la mauvaise v<donté s«^ns science. Et je crois que vous ayes plus de raison de vous moquer d'eux -de ce qu'ils veuleiii réfuter des choses qu'ils n'entendent pas par d'autres qu'ils entendent encore moins , qu'ils n'en peuvent avoir de vous brocarder. La réponse que vous leur avez donnée, à savoir que . lorsque Dieu a dit fiât lux ^ il a fait mouvoir les parties de la matière, et leuradonnié inc^nation k continuer ce mouvement en lignes droites, est bonne, car cela même est la lumière; mais je crois que vous ferez mieux de laisser telles gens sans autre réponse, sinon que, s'ils ont quelque chose à m'objecter, ils me le doivent envoyer, quand ce ne seroît qu'un seul mqt, et que je le recevrai en bonne part , mais que je me moque de tous ceux qui parlent de ce que j'ai éçrit sans m'en avertir, et que je publie partout que je les tiens pour médisants.
Il est certain que le poids C ' ne pèse sur le plan AD que la différence qui entre la force qu'il faut à le soutenir sur ce plan et celle qu'il faut pour le soutenir en l'air , comme s'il pèse cent livres et qu'il n'en faille que quarante pour le soutenir sur AD, ce plan AD en porte soixante seulement; et même la force d*un coup de canon ou de mousquet se peut mesurer ainsi , comme tous pouvez voîï* en ma Dioptrique, page 1 9, où l'eau se trouve assez forte pour résister à un coup de canon tiré obliquement; mais néanmoins il y a diverses choses à considérer en ceci auxquelles je ne puis penser à présent , car je n'ai le temps que de vous dire que je vous suis, etc.
• FSgare 38.
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L£XTR£S. ^Ol
AU R. P. MERSENNË*.
( Lettre 49 du tome IL )
Mon BÉvÈAmn PÈaf»
Je ne puis manquer de vous renvoyer la lettre françoise du P. B., puisque vous la demandez ; mais je ne sais comment vous la lui pourrez rendre, à cause que vous avez écrit dessus , et qu'il y a aussi à la marge une apostille de ma main, que j'y ai mise ci-devant, en l'envoyant à un de mes amis pour la lui &ire voir: car je ne vous puis celer que je l'ai montrée à plusieurs. Et comme les jésuites ont partout des intelligences, et même qu ii y en a un en cette ville fort familier à un de mes amis (duquel pourtant il n'a rien appris que l'autre ait cru être à mon préjudice, car c'est un ami qui m'est très fidèle), peut*etre qu'ils savent déjà que vous m*avez envoyé cette lettre; c'est pourquoi, sauf meilleur avis, il seroit, ce me semble, aussi bon
■ « Cetti lettre «M de.dix^toadix-kait jooMplMlaidqiielâ 48*", fijcemeot datée do. aj novembre; car ne renvoyant pas la lettre du P. Boordin la première fois qtje le P. Mersenue loi en avoit parle , il loi falloît bien dix -hait jours ponr avoir la seconde réponse: ainsi cette lettre est, selon ma conjecture, du 6 décembre i<>/io. »
4^ LSTTRSS.
de lui dire irancbemeut que vous me l aviez envoyée pensant lui £ûre plaisir en cela : car, en e£fet,
il ne peut y avoir aucune raison , au moins qui lui soit honnête à confesser, pour laquelle il puisse dire vous Favoir envoyée, que pour la même il n'ait dû aussi trouver bon que je la visse; et il ne le peut trouver mauvais , qu'il ne témoigne. par là que le sujet qui lui a hït écrire a été pour vous £ûre croire qu'il vouloit maintenir des choses contre moi, quil nose pourtant ni ne peut maintenir devant moi. £t cependant il en a composé de gros traités pour les débiter à ses disciples; car un Danois m'a dit ici en avoir vu un entre les mains d'un des soutenants, nommé Potier, duquel il s'étoit promis d'avoir copie, mais il n'a pu , peut-être que le P. B. l'a empêché. Mais je vous envoie derechef la réponse que j'avois Gute à leur lettre latine, afin que vous leur puissiez faire voir toute seule, s'il vous plait ; car il me semble uécessaire qu'ils sachent en quel sens j'ai pris leiu-s paroles. Et si vous trouvez hou d'avouer au P. ii. que vous m'aviez envoyé sa lettre , vous pourrez aussi lui faire voir en conâdence la réponse que j'y avois faite , et lui dire (\uc vous n'avez pas voulu lui moutrer auparavîmt, à cause que vous la jugiez trop rude et craigniez que cela n'empêchât que nous ne pussioiis devenir amis; et enfin en confessant toute la pure vérité, je crois que vous ierez plaisir a l'un
LKTTRVS. 4^5
et à l'auVre : car j'espère que, voyànt que j'ai bec et oiigle pour me défendre, il sera d'auiam.plus retenu quaad il voadra parler de moi à Taveair» Et bien qaUi me seroit peut-être plus avantageux d'être eo guerre ouverte contre eux, et quej'y 9oift endèrement résolù s*ils m'en donnent juste sujet, j'aime toutefois beaucoup mieux la paix, pourvu €[iilb s'abstiennent de parler.
Au reste, je suis extrêmement obli^ à M. des Argues de ce qu'il veut prendre la peine de catéchiser le père K : c'est la meilleure invention qu41 est possible pour faire qu'il chante la palinodie de bonne grâce , au moins s'il se veut laisser convertir; s'il le fait , je serai très aise de dissimuler le passé , et même d'être particulièrement son serviteur, et j'en aurai beaucoup meilleure opinion de lui^et des siens.
Pour la nlusique de M. Bau. ' , je crois qu'elle
diffère de l'air de Bosset comme la criée d'un écolier qui a voulu pratiquer toutes les règles de s^ rhétorique diffère d'une oraison de Cicéron, où il est malaisé de les reconjiuilre. Je lui en ai dit la même chose , et je crois qu'il l'avoue à présent ; mais cela n'empêche pas qu'il ne soit très bon musicien , et d'ailleurs fort honnête homme et mon bon ami ^ ni aussi que les règles ne soient bonnes, aussi bien en musique qu'en rhétorique.
■ m Bannùu, je crois... »
4o^| LETTRES.
Je vous remercie de ia lettre qu'il vous a plu &ire transcrire pour nioi ; mais je u^y trouve rien qui me serve, ni qui iie me semble aussi peu probable que la philosophie de Técoie. Pour votre difficulté, à savoir pourquoi les parties très subtiles s'aplatis* seul plus tôt pour remplir les augles des corps , que ne font celles qui sont plus grosses, nonobstant que la matière des unes et des autres ne diCFère rien du tout , elle est aisée à résoudre par cette seule considération, que plus un corps est petit, plus il a de superficie k raison de la quantité intérieure de sa matière : comme , par exemple , im cube qui n*aura que la huitième partie d'autant de matière qu'un autre n'aura pas seulement un huitième de sa superficie, mais deux huitièmes ou un quart, et ainsi des autres figures : car c'est de la quantité intérieure que dépend la dureté ou résistance à la division , et c'est au contraire la grandeur de la superficie qui la facilite, et avec cela l'extrême vitesse de cette matière très subtile.
Je ne connois pas assez la nature de Tor pour déterminer comment se meuvent ses parties dans Feau*-forte autrement que par l'exemple de celles du sel, que j'ai décrites en mes Météores* Mais il y a un million d'expériences qui peuvent prouver le mouvement des parties de l'eau qu'on ne voit point à l'œil, comme quand on a dissous dedans du salpêtre, comment est-ce que toutes les parties de ce
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LBTTHBS» 4o5
sel se vont attacher en forme de bâtons au ionii et aux côtés du vatsseauy si elles ne se remueat en y aUant; enfin , jetez une goutte de Tin rouge dans de Feau, et vous verrez à l'œil, comme il coule partout pour se mêler avec elle. Je crois bien que les parties de For et des autres corps durs ont quelque mouvement, à cause de la matière subtile qui passe par leurs pores , mais non pas qui les sépare, comme les feuilles et branches des arlnres sont ébranlées par le vent sans en être détachées.
Pour la pression de la lune, elle ne peut être sensible sur les lacs, à cause qu'ils n'ont aucune proportion avec toute la masse de la terre à laquelle cette {cession se rapporte.
Le sieur $aumaise a grand tort s'il me prend pour ami de H. *, auquel je nai encore jamais parlé, et que j*^ï su avoir aversion de moi il y a long-temps, à cause que j'étoîs ami de Balzac et qu'il est pédant. Mais M. Saum. est ingénieux à se forger des adversaires. H. a &it imprimer un vers à la fin de son livre sur le Nouveau Testament, composé en sa 6veur par M. de Z Il a déclamé contre ce vex*s en la pr&r face de son second tome De uêuris, que ceux qui flattent ainsi les auteurs des livres qu'ils n'ont point vus, utrem tnjlare pergunl, etc. M. de Z. s'en plaignit à M. Rivet, auquel M. Sau. écrivit une lettre,
• " Heinsias. •>
* « Zu)rllîch«iii* M
4«6 LSTTBKS.
non tant pour s'en excuser que pour se défendre : et M. de a frit quelques remarques sûr cette let^
tre, lesquelles il m'envoya j3oiir me les faire voir, et je lui en mandai mon sentiment; en telie sorte que je suis assuré, iûen que je ne me souvienne plus de ce qui étoït en ma lettre, qui étoit si peu étudiée que je n'en avois pas fait de brouillon , de ^ n*y .avoir rien mis au désavantage de M. de Sau^ maise , sinon peut-être qu'il étoit un peu trop aisé à offenser : ce qu'il vérifie en s'offensant de moi po«r cette lettre; car c'est celle qu'il dit avoir vue, et je n'ai d'ailleurs jamais eu grande familiarité avec luL
Je ne suis pas marri que les ministres fulminent contre le mouvement de la terre, cela conviera peutnétre nos prédicateurs à l'apprpuver : et à {H-opos de ceci, si vous écrivez à ce M. * du C. de je ^rois bien aise que vous l'avertissiez que rien ne m'a empêché jusqu'ici de publier ma Plûioso<* phîè , que la défense du mouvement de la terre , le(]^el je n'en Maurois séparer, à cause que toute ma plijsiqij^ en dépend, mais que je serai peut -être bîentte «contraiïit ^de la publier, à cause des calomnies de plusieurs qui , faute d'entendre mes principes, veulent persuader j^u moiide que j'ai des sentiments fort éloignés de la véi*ilé-; et quevous le priiez de sonder son cardinal sur ce sujet,
s « Naudé , aUMbé «a canliiuil de Baigné. •
LBTTRBa. ^OJ
à cause quetaut exjtréraement son serviteur, je seroift •ti}è$ ni«rri de hii déplaik^, et qn^étant très xété à la religion <AthQli(|iie« j'en révère généiadeiiieat tous le^ chefs. Je n'ajoute point que je ne me yeux pa» mettre au haaard de leur .censiice;<»r^ croyant trièa lerœeèieBt rin£Eiîllîbiiité de l'église, et ne dou* taivt point aussi de mes raisons, je ne puis craiu* dre qu'une vérité aoit çootraire r.autre.
Yoits avez raiaon.de dire que noms sommes aussi assurés de uotre libre arbitre que d aucune autre notion première., car ic'en esè Fèritabiement une. Quand une chandelle s*allume à une auire^ ce n*esl qu'un même feu qui s étend d'une mèche à l'autre, pourceque les parties.de la âanme, agitées par la matière très subttlè, ont la force d'agiter et de séparer celles de cette autre mèche, et ainsi ce feu s'augmente, piiîs ii est divisé en deux feux! qaaiid on sépare ces »deux lèches: Mais je n,e puis bien expliquer le feu qu'en donnant toutema philosophie, et je vous dirai entre nous que.je commence à eo faire un abrégéoù je nietttraî tout le cours par ordre, pour ie faire imprimer avec un abrégé de la philosophie de l'école, lel que celui du P. £u8t. sur lequel j'ajouterai mes notes à la fin de lîhaque question, qui coutiendrout lei^ diverses opinions des auteurs., ce qu'on en doit croire de toutes , et leur utilité ; ce que je crois pouvoir faire en telle sorte,
> « Enstache. »
4o8 LETTRES,
qu'on verra iacilemeut la compai^ison de Tune avec l'autre, et que ceux qui n'ont point encore appris la philosophie de l'école l'apprendront beaucoup plus aisément de ce livre que de leurs maîtres, à cause qn'îk apprendront par même moyen à la mépriser : et tous les moindres maîtres seront capables d'enseigner la mienne par ce seul livre. Si le père £. à S. P. ' vit encore, je ne me servirai pas de son livre sans sa pennission ; mais il n'est pas encore temps de la demander ni même d'en parler, à cause qu'il £iut voir auparavant comment mes Méditations de métaphysique seront reçues.
Tout ce que vous m'écrivez touchant la r^lexion et la réfraction est entièremmt selon mes pensées, et je suis bien aise que ce qu'a écrit le père B. vous ait convié à les mieux examiner ; et ce que vous dites des deux diverse s déterminations , Tune d'A * vers D qui demeure toujours la même, et l'autre d'A vers B, qui , changeant tant qu'on voudra , n empêche pas que le mobile n'arrive toujours en temps égal à quelque point de la ligne DC, est une chose claire, et une si belle façon pour expliquer ma démonstration, ■ que le père B», ne Payant pas vouht entendre, a montré par là qu'il aime mieux que ce soit M. des Argues que vous qui ait Thouneur de sa conversion. Je cnns que ce que je vous écris
> » Eusiachius à Sancto PolIo. •> • Figure 39.
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LETTftBS. /|09
pour eux- en latin est suffisant pour l'obliger à m envoyer ses objections s'il en a envie, sans qu'il
suit besoin que je lui eu écrive plus particulièrement : car je m uule que puisqu'il n'y a rien eu qui Tait empêché de me les envoyer, sinon qu'il ii'avoit pas lu la page 76 de ma préface ou de ma Méthode y je me promets qu'il n'y manquera pas dorénavant, puisqu'il sait ce qu'elle contient.
Je verrai S. Anselme à la prcuiière occasion; vous m'avies^ ci-devant averti d'un passage de saint ^gustln touchant mon ^je peme, donc Je àuUy que vous m'avez, ce me semble, redemandé depuis; il est au livre onzième De eivitau Dei^ chapitre aô. Je suis , etc. .
AU K. P. MERSENNE
(Lettre 14 4u tome III.)
Du 3 décembre 1640.
MOM RÉVÉU £ND PÉR£ ,
Ce que vous me mandez de saint Augustiu et de saint Ambroise /que notre cœur et nos peinsées ne sont pas en notré |k)uvoir, et ([ue mentem confundunt aUoijue irahuat, etc., ne s'entend que de la
4tO LETTRKi.
partie sensitive de lame, qui reçoit les impressions des objets, soit extérieurs, soit intériisnrs, comme
les tcntaLÏoiis, etc. Et en ceci je suis bien craccord avec eux, et je n ai jamais dit que toutes nos pensées fussent en notre pouvoir; msiis seulement que s'il y a quelque chose absolument en notre pouvoir, ce sont nos pensées , à savoir celles qui viennent de la volonté et du libre arbitre, en quoi ils lie me contredisent aucunement; et ce qiu m a lait écrire cela , n'a été que pour faire entendre que la juridiction de notre libre arbftfe n'étoit point absolue sur aucune chose corporelle, ce qui est vrai sans contredit.
J.'admire qu'on vous ait fiiit lire le Penialogoi, et si c'est le même qui vous recommande le livre aiiemand où il y a de si hautes pensées, je n'en puis avoir bonne opinion : en effet, je vois que si ceux (les Petites-^RIaisons fai soient des livres, ils n*auroient pas moins de lecteurs que les autresi^ car je ne tiens pas fauteur du Pèntalogoi en autre rang. C'est un chimiste bohémien demeurant à La Haye , qui me semble m'avoir fait beaucoup d'honneur, en ce qu'ayant témoigné vouloir dire de moi tout le pis qu'il pouvoit , il n'en a rien su dire qui me touchât.
Je suis extrêmement obligé à M. des Aifiues, et
je veux bien croire que le père ^durdin n'a voit pas compris ma démonstration; car il ny a guère de
LETTRSS. 4l>
geas au monde si effrontés que de contredire à une démonstration qu*iis entendent, quand cène
seroit que de crainte d être repris par les autres qai l'entendent aussi;, et je vois que même vos grands géomètres MM. Fer. et Rob. n'ont pas vu clair en celle-ci : mais cela n empêche pas que la vélitation du père Bourdin ne contienne des cavillatîons , qui n'ont pas élé inventées seulement par Ignorance, mais par quelque subtilité que je n'entends point. £t^ pour son enclouure^que vous dîtes consister en ce qu'il ne pouvolt concevoir comment leau ne retarde point la balle de gauche à droite aussi bien que de haut en bas, i) me semble que je Tdvois assez prévenue, en ce que, page 1 8 , j'avois fait considérer la réfraction dans une toile, pour montrer qu'elle ne se £aût,pointdans la profondeur de l'eau, mais seulement en sa superficie; et eu ce que j'avertis expressément, à la fin de la page 18, qu'il faut seulement considérer vers quel càté se détermine la balle en entrant dans l'eau, à cause que par après, quelque résistauce que l'eau lui fesse, cela ne peut changer sa détermination; comme, par exemple, sî la balle qui est poussée d'A * vers B , étant au point B, est déterminée par la superficie CBË à aller vers 1, soit qu'il y ait de l'air an^essous de cette superficie, soit qui! y ait de leau, cela ne cbaugera point sa dé-
> Figure 4e.
4l9 LETTBE8.
terinmatiou , maib seulement sa vitesse , qui diuiintiera beaucoup plus dans l'eau que dans l'air. Mais je crois que ce qui l'aura aussi embarrassé sera le mot de détermination y qu'il aura voulu considérer sans aucun mouv^ent, ce qui est chimé» rique et impossible; au lieu qu^en parlant de la détermination vers la droite, j'entends toute la partie du mouTement qui est déterminée yers la droite. Toutefois je n'ai pas cru devoir faire men* tion du mouvement en cela, pour n'embarrasser point le lecteur de ce calcul surprenant de la vélltation où il dit que 5 et 4 font 5, et ne perdre point de paroles à l'expliquer; car on peut assez voir en ce que j'ai écrit que j'ai tâché d'éviter les paroles superflues.
J'ai vu la philosophie de M. de Raconis, mais elle est bien moins propre à mon dessein que celle du père Eustache; et pour les conimbres , ils sont trop longs : mais je souhaiterois bien de bon cœur qu'ils eussent écrit aussi brièvement que l'autre, et j'aîmerois bien mieux avoir affaire à la grande société qu'à un particulier. J'espère , avec l'aide de I^eu, que mes raisons seront aussi, bien 4 Té* preuve de leurs arguments que de ceux'des autres. Au reste, la dernière lettre que vous m'avez envoyée m'apprend la mort de mon père dont je suis fort triste, et j'ai bien du r< gi et de n'avoir pu aller cet été en France, afin dt; le voir avant qu'il mou-
I*ETTRS8. 4^^
rût; mais puisque Dieu ne l'a pas permis, je ne crois pcMiit partir d'ici que ma Philosophie ne soit fiiile. Je suis, etc.
A MONSIEUR ***
(Lettre 117 du tome II. Version.)
Monsieur,
Vous me comblez toujorn-s de tant de civilité et de bons offices, que vous me réduisez au point de ne vous pouvoir jamais satisfoîre t mais, à dire le vrai> ce m'est une chose bien agréable et bien avantageuse d*étre vaincu de la sorte. Je suivrai le plu5 exactement qu'il me sera possible vos ordres et vos avis , principalement dans les choses qui regardent la théologie et la religion, où je ne pense pas qu'il y ait 1 len avec quoi ma philosophie ne s'accorde beaucoup mieux que la vulgaire. Et pour ce qui est de ces controverses qui s'agitent aujourd'hui dans la théologie , à cause des &ux principes de philosophie sur lesquels elles sont fondées, je ne m'ingérerai point de les vouloir éclaircir, de peur de passer les bornes de ma profession : mais s'il arrive jamais que mes opinions soient reçues,
4l4 LETTRES.
j ose croire cjue toutes ces coutrover&es céderont,
et qu'elles UHnberoiit d'elles-ittâmes. 11 ne me teste plas à présent qu*un seul scrupule, qui est toùchant
le iiiouvenaent de la terre : et pour cela j'ai mis ordre à ce qu'on consultât pour moi un cardinal qui me fait Thonneur de ro'avouer pour un de ses amis il y a plusieurs années, et qui est l'un de cette congrégation* qui a condamné Galilée; j^appren* drai volontiers de lui comment je me dois comporter eu cela; et pourvu que j'aie de mon côté Home et la Sorbonne, ou du moins que je ne les aie pas contre moi , j'espère de pouvoir tout seul soutenir sans beaucoup de peine tous les efforts de mes envimix. Quant aux philosophes, je ne leur dédare la guerre que pour les obliger à une paix : car , m'apercevant déjà que secrètement ils me veulent du mal , et qu'ils me dressent des embûches, j'aime bien mieux leur faire une guerre ouverte, afin qu'ils soient, ou victorieux, ou vaincus, que dVttendre à ks recevoir à mon désavantsiga Je ne pense pas aussi que ma philosophie me doive faire de nouveaux euueniis; bien au contraire, j'espere qu'elle me procurera de nouveaux amis et de nouveaux défenseurs: que si néanmoins le contraire arrivoit, mon esprit n'en sera point abattu pour cela, et je ne laisserai pas durant la guerre de jouir en mon intérieur d une paix et d'une tran-
■ « Barberin, etr Bagné n'en étolt pat. «•
L£TTR£S. -/|l5
quillité aussi profonde que j'ai fail jiLsqii'à présent au milieu de mou repos.
Je commence maintenant à m'apercevoir que je ne suis pas tout-a-fait malheureux ; et je vous confesse que j'aurois tort de me repentir d'avoir mis mes écrits en lumière, sachant qn^nne personne de votre mérite se donne la {n i ne de les lire avec attention , s'étudie à les bien comprencire, et me sait gré de les avoir publiés. Mais comme il y en a fort peu rpn vous ressemblejil en cela, j'ai sujet de vous rendre grâces, et vous suis infiniment obligé de Finsigne £aiveur que je reçois de tous, d'avoir bien vouhi vous ruettre de ce petit nombre , et même d'y paroitre comme un des plus considérables; ce que je dis, non seulement en égard aux assurances que vous me donnez de votre amitié , mais aussi pour les belles et savantes remarques dont vcnis avez accompagné votre lettre. Et véritablement mes pensées sont si conformes à celles qui sont couchées dans cet écrit , que je ne me souviens point d'avoir rien vu jusqu'ici où tout ce qu'il y a de moelle et de substance ( poiu aiii^i dire ) dans ma Métaphysique soit mieux compris et renfermé que là-dedans. Et afin que votirs ne croyiez pas que je ne dis ceci que par manière de compliment et que je ne parle autrement que je ne pense, jè marquerai ici deux ou trois endroits qui sont les seuls où j^ai remarqué que vous vous étiez éloi-
4l6 LETTâBS.
gné, non pas de mon sens, mais de la façon urdioaire dont je m'exprime. 11 y en a deux en la quatrième colonne; le premier contient ces roots : ni Dieu n'a pas non plus la faculté de se priver de $on exUunce s car par ce mot de faculté nous entendons ordinairement quelque perfection ; or ce seroit une imperfection en Dieu de &e pouvoir priver de sa propre existence : c'est pourquoi, pour obvier aux calomnies des médisants, je serois d'avis que vous vous servissiez de ces mots, el il répfÂgne qw Dieu $0 puisse priver de sa propre existences ^ quUl la puisse perdre d'aiUmre , etc.
Lu second est ou vous dites que Dieu est la cause de soi-même : mais pourceque ci-devant quelques uns ont mal interprété ces paroles, il me semble qu'il est ù propos de les éclaircir en leur donnant l'explication suivante : être la cause de soi-même ^ c'est-à-dire être par soi et n'avoir point d'autre cause de soi-même (fue sa propre essence , que l'on peut dire en être la cause formelle.
Le troisième endroit que j'ai remarqué est vers la tin de vusaiiiiolations, où vous dites que ia matihre est la machine du mondes au lieu de quoi j'aurais mieux aimé dire que le monde ^ comme une machine , est composé de matière, ou bien que les choses naturelles n'ont point d'autre cause de leur mouvement que les artificielles y ou quelque cho$e.de semblable.
LBTTABS. 4^7
Mais ces fautes sont si légères et de si petite conséquence, que j'en trouve beaucoup plus à corriger toutes ks fois que je repasse les yeux sur mes propres écrits; et nous ne pouvons jamais être si exacts eu ce que uoiis iaisoua, que nous ne iaisr sions aux ducaneurs aucune matière pour exercer leur style. Au reste, je ne pense pas qu'il y ait rien qui porte plus les hommes k une mutuelle amitié que la con&rmité de leurs pessées : c^est pôur^ quoi, comme je me persuade aiséaient q^ue voi|s tieudrez la promesse que vous me laites d'une par* fidle- aoiitié) dé même aussi je tous priede ae point douter du zèle et de Faffection que j'ai pour vous. Je suia, eip.
A MONSIEUR
, (Lettre ii8 du tome II.)
Monsieur,
Je suis bien aise que k liberté que j'ai prise de vous écrire mon sentiment ne vous ait pas ét^ désagréable, et je vous suis oUigé de ce que vous témoignez le vouloir suivre , nonobstant que véus ayez des raisons au contraire que je confesse être
4l3 L£TTEK8.
très fortes : car je ne cloute point que votre esprit ne TOUS puisse fournir de meilleurs di vertissemenit que ne&it le tracas du monde; et bten que la coutume et l'exemple fassent estimer le métier de la guerre comme le plus noble de tous, pour moi^ qui le con'^ sidère en philosophe, je ne l'estime qu'autant qu*il vaut , et même j'ai bien de la peine à lui donner place entre les professions honorables, voyant que l'oisiveté et le libertinage sont les deux principaux motifs qui y portent aujourd'hui la plupart des hommes » ce qui fedt que J'aurois un regret inconsolable s'il vous y mésarrivoit. Enfin j'avoue qu'un homme incommodé de maladie se doit estimer plus vieux qu'un autre, et qu'il vaut mieux se retirer sur son gain que sur sa perte. Toutefois , pourcequ'au jeu dont il est ici question je ne crois point qu'il y ait aucun hasard de perte, mais seulement de gagner ou ne gagner pas , il me semble qu'il est assez à temps de sen retirer lorsqu'on ny gagne plus. Et pourceque j'ai vu souvent des vieillards qui m'ont dit avoir été plus makains en leur jeunesse que beaucoup d'autres qui sont morts plus tôt qu'eux, il me semble que, quelque foiblesse ou disposition du corps que nous ayons , nous devons user de la vie et en disposer les fonctions en même façon que si nous étions assurés de parvenir jus* qu'à une extrême vieillesse : bien qu'au contraire, quelque force ou quelque santé que nous ayons ,
LSTTRS5. 4^9
n^QUS devions aussi être préparés à recevoir la mort isans regret quand elie viendra » parcequ'elie peut venir à tous moments, et que nous ne saurions £aire aucune action qui ne soit capable de la causer : si noas mangeons un morceau de pain, il sera peut-être empoisonné ; si nous passons par une rue, quelque tuile peut>étre tombera d'un toit qui nous écrasera , et ainsi des autres. C'est pourquoi , puisque nous vivons parmi tant de hasards inévitables, il me semble que la sagesse ne nous défend pas de nous exposer aussi à celui de la guerre , quand une belle et juste occasion nous y oblige , pourvu que ce soit sans témérité, et que nous ne refusions pas de porter des armes à l'épreuve autant qu'il se peut. Enfin, jecroisque, quelque agréablesque soient lesdivertissements que nous choisissons de nous-mêmes, ils ne nous empêchent point tant de penser à nos incommodités que font ceux auxquels nous sommes obUgés par quelque devoir, et que notre corps s'accoutume si fort au train de vie que nous menons, qu'il arrive bien plus souvent quon s'incommode en sa santé lorsqu'on le change, que non pas qu^on la rendemeilleure, principalement quand le changement est trop subit : c'est pourquoi il me semble que le meilleur est de ne passer d'une ex- . trémité à l'autre que par degrés. Pour moi , avant que je vinsse en ce pays pour y cherciier la solitude, je passai un hiver én France à la campagne,
4dO LKTTBXS.
OÙ je fis mon apprentissage ; et si j etoia eoga^iiè ep quelque train cle vie dans lequel mon indisposition ne me permît pas de persister long-temps, je m voudrois point dissimuler cette indisposition , mais plulèt la &m paroître plus grande qu'elle ne serait, afin de me pouvoir dispenser honnêtement de toutes les actions qui lui pourroient nuire , et ainsi , prenant mes aises peu à peu, de parvenir par degrés à une entière liberté.
Je sais bien que vous n^avez point al&ire de ees gros livres ; mais afin que vous ne me blâmiez pas d'employer trop de temps à les lire « je ne les ai pas Toulu garder davantage : il est vrai que je ne les ai pas tous lus, mais je crois néanmoins avoir vu font ce qu'ils contiennent. Ledit N. a quantité de ibrfiinteries , et est plus charlatan que savant : il park entre autres choses d'ime matière qu'il dit avoir eue d'un marchand arabe ,,qui tourne nuit et jour vers le soleil. 8i cela étoit vrai la chose seroit curieuse; mais il n'explique point quelle est cette matière Le père Mersenne m'a autrefois mandéque c'étoit de la graine d'héliotropium , ce que je ne crois pas véritable , si ce n'est que celte graine ait plus de force en Arabie qu'en ce paya^ car j'eus ' assez de loisir pour en fiiire l'expéTience , mais elle ïie réussit point.
Pour la variation de l'aimant, j'ai toujours cru
LETTKEB. 4^1
qu elle ne procédoit que des inégalités de la terre, en sorte que raiguiUe se tourne vers ie coté où il j a le plus de la matià^ qui est propre à Tattiret, et pourceque cette matière peut changer de lieu dans ie fond de la mer ou dans les concavités de la terre , sàns que k» honimes le puissent savoir ^ tl inV semblé que ce changement de variation, qui a été observé à Londres 9 et aussi en qualques ai^tr^Mr droits, ainsi que rapj:»orte ^otve Kirkeite'4 éloît seulement une question de fait, et que la philosophie n*j avoit pas grand droit . ^ / b .
Vous m'avez obligé de m'avertir du passage de saint Augustin auquel mon Je pense, donc je êuUj a quelque rapport; je l'ai été lire aujourd'hui en la bibliothèque de cette ville, et je trouve véritablement qu'il s'en sert pour prouver la certitude de ÎKrtre être , et ensuite pour fidre vœr qu'il y a en nous quelque image de la Trinité, en ce que nous l^ommes, nous savons que nous sommes, et noun àhnons cet être et cette science qui est en nous ; au lieu que je m'en sers pour faire counoitre que ce mot qui pense est wm subteianee immatérieUe, et qui n'a rien de corporel , qui sont deux choses fort différentes; et c'est une chose qui de s>oi est si simple et si naturelle à inférer » qu'on est, de ce qu'on doute , qu'elle auroit pu tomber sous la plume de qui que ce soit : mais je ne laisse pas d'être bleu
aise d'avoir rencontré avec saint Augustin | quand ce ne seroit que pour fermer la bouche aux petits.
esprits qui ont tâché de regabeler sur ce principe. Le peu que j'ai écrit de métaphysique est déjà en chemin pour aller à Paris, où je crois qu'on le fera imprimer ; et il ne m'en est resté ici qu'un brouil* Ion si plein de ratures , que j'aurois moi-même de la peine à le lire , i^e qui est cause que- je ne puis vous l'offrir ; mais sitôt qu'il sera imprimé , j'au-^ rai soin de vous en envoyer des premiers , puisqu'il vous plaît me £ure la faveur de le vouloir lire , et je serai iort aise 'en apprendre votre jugement.
Encore 'que la principale raison qui m'a fait vous importuner pour l'adresse de mes rêveries, de mé^ taphy&ique sQÎt que j'ai recherché cette occasion pour les pouvoir soumettre à votre censure, et vou^ prier de m'en apprendre votre jugement, si est-ce que, pensant aux afhires infinies qui, si elles ne sont suffisantes pour vous occuper , ne peuvent au moins manquer de vous interrompre , j 'appréhende bien fort que vous n'y puissiez prendre de goût ni
' « Ce dernier alinéa paroit être an fragment d'one lettre adressée k M. de Znytiichem, d*aataot que ce fat aon moyen et par son adreaae qœ Descartea .«oolot envoyer d'abord à Faria aoa Trmtééê JtfîAiiyi^«f«e. Voyes la lettre 48 de ce volnnie , datée da x i novembre» D partit , par le eommencement de ce fragment et de cette lettre 4S , qne ce fragment cet dTone lettre adreaaée à M. de Zny^cfaern , et dattSe du 1 1 novembre tSio.»
de plaisir , à cause que je ne me persuade pas qu'il ftoit possible d'y en prendre aucun , je dirois, à méditer sur les mêmes matières que j'ai traitées » si je ne craignois pai la de vous en dégoûter de telle sorte que vous ne daignassiez les regarder; mais je dirai , si ce n'est qu'on prenne au moins la peine de lirf^ tout d'une haleine les cinq premières médita tions^ avec ma réponse de ce qui est à la ûu des sixièmes objections ^ et qu'on n'écrive brièvement bur un papier les principales conclusions , afin qu'on en puisse mieux remarquer la suite. Je serois malitvisé de vùns avertir de cela, si je le &isois comme pour vous donner quelque instruction que vous pouvez prendre meilleure de vous - même ; mais poùrceque cette instruction vous coûteroît liccessaireraent le temps et la peine de parcourir une partie de cet écrit , et que je ne le fais que pour vous épargner Tun et l'autre , je m'assure que vous trouverez b(jn que je vous prie Je ne point commencer à lire ces rêveries que lorsqu'il vous plaira y perdre deux heures de suite , sans être diverti par personne , et je serai toute ma vie , etc.
4js4 LIXXASS.
A MONSIEUR *"
(Lettre 3i du tome IL)
. Ji»-M- 'i'ui^ab
:^ï yQa% D-aviez jamais dit aucun. J^iep, dAiiOMÂ^ je n'aurois peut-être jamais eu de familiarité ave(^ a^çuii prêtera ile.çes qu^r,tki3^ cat. j^ ciW»^êMtffc'«T deu3^,^^iit l'un est M. 9ju^Dius,,d0<{iU'jfiiiTÎ^ qui§ la connoissance par Testime qu'il a voit ouï que vous fusiez du petit Traité 4e i^,usk]u^^i|i(^ aiitrrfois échappé de ines maips; et lVMIi^çA^iW lutiAie ami , M. Bloemert, que j'ai aussi couuu par «ç^eme^occasio^. Ce que je u'écris pa$ à 4ei|%ei9i4^ vous en faire des reproches : car au contraire jeries ai trouvés si ]^raves gens, si vertueux et ^i^xi^mpt^ 4^ qualités pour lesquelles j'ai <^utmp^ pays d'évité la fréqueutation de ceux 4e leur^rtibe, que je compte leur connoissance entre les obligations que je vous ai; mais je suis bien aise d'avoir ce prétexte pour excuser trn })eu Timportunité dlï la prière que j'ai ici à vous faire en leur faveur. Ils désirent une grâce de 'son Altesse , et pensent la
* «Zaytlichem» 1640.»
pouvoir obtenir de sa clémeDce par votre interc^ion. Je ne «ai* point le particulier de leur tffidte; muft.si vous permettee à M. Bloemeri de vous en entretenir, je m assure qu'il vous lexpoaerii en telle sorte, que vous ne trouvères rleti d'incivil en sa requête , ni moins de prudence «t de raison en ses discours qu il y a d art et de beauté dans ies.airs que compose son ami; et je dirai sealexsmt ici que je crois les avi»r assez fréquentés pour conncHtre qu'ils ne sont pas 4e ces siinpies qui se persoadent qu'cm ne peut être bon catho* liqiie qu'en fiiVornant le parti du roi qu'on nomme catholique, ni de ces séditieux qui le persuadent aux simples, et qu'ils sont trop dans le bon sens et dans les manfnes de la bonne morale. À quoi j'ajoute qu'ils sont ici trop accommodés et trop à leur aise dans la médiocrité de leur condition ecclésiastique, et quils chérissent trop leur liberté, pour n'être pas bien aiiectionués à ietat dans lequel ils vivent. Que si on leur impute à crime d'être papistes , je veux dire de recevoir leur mission du pape, et de le recounoitre en même façon que font les cadioUques de France et de tous les autres pays où il y en a , sans que c^a donne de j^^ousie aiux souverains qui y commandent, c'est un crime «i commun et si essentiel à ceux de leur profession , que je ne me saurois persuader qu'on le veuille punir à la rigueur en toub ceux qui en sont
4a6 LBTTRSS.
coupables; et si quelques uns en peuvent être exceptés, je m'assure qu'il n'y en a point qui le méritent mieux que ceux-ci , ni pour qui vous puissiez plus utilement vous employer envers son Altesse; et j*ose dire que ceseroit un grand bien pour le pays que tous ceux de leur profession leur ressemblassent. Vous trouverez peut-être étrange que je vous écrive de la sorte de cette affaire, principalement si vous savez que je le fais de mon mou< vement, sans qu'ils m'en aient requis et nonobstant que je juge qu'ils ont plusieurs antres amis, dont ils peuvent penser que les prières auroîent plus de force envers vous que les miennes, et même que je sais que l'un d'eux tous est très connu; mais je vous dirai qu'outre l'estime particulière que je lais d eux , et le désir que j'ai de les servir , je considère aussi ei^ ceci mon propre intérêt : car il y en a en France entre mes faiseurs d'objections qui me reprochent la demeure de ce pays , à cause que l'exercice de ma religion n'y est pas libre; même ils disent que je ne suis pas en cela si excusable que ceux qui portent les armes pour la dé^ fense de cet état, pourceque les intérêts en sont joints à ceux de la France, et que je pourrois faire partout ailleurs le même que je £us ici; à quoi je n'ai rien de meilleur k répondre y sinon qu ayant ici la libre fréquentation et l'amitié de quelques ecclésiastiques, je ne sens point que ma conscience
LBTT&X8. 4^7
y soit contrainte. Mais si ces ecclésiastiques étoient estimés coupables, je n'espère pas en trouver, d'autres plus innocents en ce pays, ni dont la fréquentation soit pius permise à un homme qui aime si passionnément le repos qu'il veut éviter même les ombres de tout ce qui poùrroit le troubler, mais qui n'est pas pour cela moins passionné pour le service de tous ceux qui lui témoignent de l'affeotîon , et vous.ra*en avez déjà témoigné en tant d'oc^ casions, qu'encore que je ne pour rois rien obtenir de vous en celle^i , je ne laisserois pas d'être toute ma vie, etCr
AU R. P. MËRSENNË ■.
(LeUre 5o du tome II.)
Mon RsviasND pèee.
Je ne viens que de recevoir vos lettres une beure ou deux avant que le messager doive retourner:, ce qui sera cause que je ne pourrai pour cette fois répondre à tout ponctuellement; mais pourceque la dîfliculté que vous proposez pour le eonarùm
' « On Toit Uen qn« cette lettre est écrite «a mois de diemibre 1640. Je h ûxe en 3t déeenbre. •
4^8 XITTRXS.
semble être ce qui presse ie pltis , et que rhoaneur que me &it celui qui ^eut défendre publiquement
ce que j'en ai touché en uja Dioj)trique m'oblige à tâcher de lui aatisiaire , je ne veux pas attendre à l'autre voyage à tous dire que glanduia fiUntOr
ria a bien quelque rapport cum glanduia pineaii, en ce qu'elle est située comme elle entre les carolidés et en k ligne droite par où les esprits Tiennent du cœur vers le cerveau , mais qu ou ne sauroit soupçonner pour cela qu'elle ait même usage , à cause qu'elle n'est pas comme Vmtre dans le cerveau, mais au-dessous et entièrement séparée de sa masse dans une concavité de l'os sphénoïde qui est faîte exprés pour la recevoir, eiiam infra duram meningem, si j'ai bonne mémoire, outre qu'elle est entièrement immobile» et nous éprouvons en imaginant que le siège du sens commun, c'est-à-dire la partie du cerveau en laquelle l'âme exerce toutes ses principales opérations , doit être mobile. Or ce n'est pas merveille que cette glanduia piiuiiaria se rencontre où elle est , entre le cœur et le eaAanum^ à cause qu'il s'y rencontre aussi quantité àt petites artères qui ooàiposént le plexus mirabilis, .et qui ne vont point du tout jus- ^'au cerveau; car c'est quasi une rjègle générale partout le corps, qull y a des glandes où plusieurs branches de veines ou d'artères se rencontrent; et ce n'est pas merveille aussi que les carotides en-
XiBTTKES. 4^9
▼oient en ce Ueu-là plusieurs branches, car il y «a ftut pour nourrir les os et les autres parties, et
aussi ])onr séparer les plus grossières parties du sangi des plus suixtiies qui montent seules par les branches les plus droites de ces carotides, jusqu'aii dedans du cerveau où est le conanum. Et il ne £atut point concevoir que cette séparation se iieisse autrement que nmelumieey de même que s'il flotte des joncs et de Técume sur un torrent, lequel se divise quelque xpart en deux branches, on verra que tous ces joncs et cette écume iront se rendre en celle où Teau coulera le moins en ligne droite. Or c'est avec grande raison que le conarium est semblable à une glande , k cause que le principal office de toutes les glandes est de recevoir les plus subtiles parties du sang qui exhalent des vaisseaux qui les environnent, et le sien de recevoir en même façon les esprits animaux. Et d'autant qu'il n y a que lui de partie solide en tout le cerveau qui soit imique , il faut de nécessité quil soit le siège du sens comniu n . c est-à-dire de la pensée , et par con séquent de l'âme. Car l'un ne peut être séparé de Tautre; ou bien il feut avouer que Fâme n'est ]ioint inunédiatement unieàaucune partie solide du corps, mais seulement aux esprits animaux qui sont dans ses concavités, et qui rentrent et sortent continuellement ainsi que l'eau d'une rivière , ce qui seroit estimé trop absurde; outre que la situation du co-
430 LCTTREft.
mrium est telle, qu'on peut fort biea eutendre comment iesimag^ qui viemient de$ deux yeux, on les sons qui entrent par les deux oreilles , etc. , se doivent unir au lieu ou ii est, ce qu'elles ne tauroient fidre dans les concavités , si ce n'étoit en celle du milieu ou dans le conduit au-dessus duquel est le conarium , ce qui ne pourroit suffire , à cause qae ces concavités ne sont point distinctes des ailles où les images sont nécessairement doubles. 61 je puis quelque autre chose pour et lui qui vous avoit proposé ced, je vous prie de rassurer que je ferai très volontiers tout mon possible pour le satisfaire.
Pour ma Métaphysique, vous m'obligez extrêmement des soins que vous en prenez, et je me remets entièrement à vous pour y corriger ou changer tout ce que vous jugerez à propos ; mais jem*étonne que vous me promettiez les objections de divers théologiens dans huit jours , à cause que je me suis persuadé qu'il falloit plus de temps pour y remarquer tout ce qui y est; et celui qui a fait les objections qui sont à la fin l'a jugé de même. C'est un prêtre d'Âlcmaer % qui ne veut point être nommé; c'est pourquoi si son nom se trouve en quelque lieu, je vous prie de Telfacer. 11 faudra aussi, s'il vous plait, avertir Timprimeur de changer les chiffires de ses objections où les pages des Méditations sont ci-^
I 9 Suas donte M. Oit«nit. Toyei la ktte ■aiT«Bfe. >
téeS) pour les £aire accoriier avec les pages imprimé*
Pour ce que vous dites que je n'ai pas mis un mot de rimmortalité de l àme, vous ne vous gix devez pas étonner; car je ne saiirois pas démontrer que Dieu ne îa puisse annihiler, mais seulement qu elle est d'une nature entièrement distincte de celle du èorps^ et par conséquent qu'elle n'est point naturellement siijetle a mourir avec lui, qui I est tout ce qui est requis pour établir la religion ; et c'est aussi tout ce que je me suis proposé de
prouver. Vous ne devez pas aussi trouver étrange que je ne prouve point en ma seconde médi tation que râme soit réellement distincte du corps, et que je me contente de la faire concevoir sans le corps, à cause que je n'ai pas encore en ce lieu- là les prémisses dont on peut tirer cette conclusion; mais on la trouve après en la sixième méditation : et il est à remarquer en tout ce que j'écris, que je ne suis pas Tordre des matières, mais seulement celui des rai* sons, c'est-à-dire que je n'entreprends point de dire en un même lieu tout ce qui appartient à une matière^ à cause qu'il me seroit impossible de le bien prouver, y ayant des raisons qui doivent être tirées de bien plus loin les unes que les autres ; mais en raisonnant par ordre, a faciliaribm ad difficiliora , j'en déduis ce que je puis, tantôt pour ime matière^ tantôt pour une autre, ce qui est à mon
43^ LBTTmSS.
avis le vrai ch^oaiu pour bien trouver et expiicpier la vérité; et pour Tordre des matières, iâ n'est bon que pcHir ceux dont toutes les raisons sont déta-
diées, et qui peuvent uire autant d uoe difficulté que d'une autre* Ainsi je ne jn^ pas qu^ sott an* cuneroent k propos, m même possible, d*insérer dans mes Méditations la réponse aux objections qu'on y pent ûire; car cela en interromproit toute la suite , et même èteroit la force de mes raisons , qui dépend principalement de ce qu'on se doit détourner la pensée des choses sensibles , desqueltes la plupart des objections seraient tirées : mais j'ai mis celles de Caterus à la ûn , pour montrer le lieu où pourront aussi être les autres s'il en vient; mais je serai bien aise qu'on prenne dn temp<v pour les laire^car il importe peu que ce Traité soit encore deux.ou trois ans sans être divulgué : et pourceque la copie en est fort mal écrite, et qu'elle ne pourroit être vue que par un à la idis,ii me semble qu'il ne seroit pas mauvais qu'on en fit imprimer par avance vingt ou trente* exemplaires; et je serai fort aise de payer ce que cela coûtera , car je i'aurois &it faire dés ici , sinon que je ne me suis pas fié à aucun libraire, et que je ne voulois pas qué les ministres de ce pays le vissent avant nos théologiens. Pour le style, je serais fort aise qu'il fut meilleur qu'il n'est ; mais réserv é les fautes de grammaire , s'il y en a y ou ce qm peut sentir la phrase â^nçoise »
LETTRSS. 4^5
comme indubium pomre pour revocare, je crains quMl ne s'y puisse rien changer sans préjudice du
sens, comme en ces mots , ncmpe qiiicquid hactenas ut maxime verum admisi, vel a sensibus vel per 9etutt9 aeeepif qui ajouteroit faUum eue^ comme vous me mandez, changeroit entièrement le sens, qui est que j'ai reçu des sens ou par les sens, tout ce que j*ai cru jusqu'ici être le plus vrai. De mettre erutis fuudamentis, au lieu de su/fossis , il n'y a pas si grand mai, à cause que Tun et l'autre est latin et signifie quasi le même ; mais il me sem-* ble encore que le dernier n'ayant que la seule signification en laquelle je le prends , est bien aussi propre que l'autre, qui en a plusieurs. Je vous en»* verrai peut-être dans huit jours un abrégé des principaux points qui touchent Dieu et 1 âme , lequel pourra être imprimé avant les Méditations , afin qu'on voie où ils se trouvent; car autrement je vois bien que plusieurs seront dégoûtés de ne pas trouver en un même lieu tout ce qu'ils cherchent. Je serai bien aise que M des Argues soit aussi un de mes juges , sii lui plaît d'en prendre la peine, et je me fie plus en lui seul qu'en trois théologiens. Ou ne me fera point aussi de déplaisir de me faire plusieurs objections, car je me promets qu'elles serviront à faire mieux connoitre la vérité , et grâces à Dieu je n'ai pas j^eur de n'y pouvoir satisfaire ; l'heure me contraint de finir. Je suis, etc. 8. »9
A.U R. P. MERSliMNE'.
(Lettre 5i du to\ne II.) ■
Mon révérend pxrk,
Je n'ai point reçu de vos lettres à ce voyage, mais pourceque je n'eus p«is le temps il y a huit jours de vous répondre à tout , j'ajouterai ici c»que j'avois omis. Et premiereuient je vous envoie un' argumem 4ema Métaphysique , qui pourra , si vous l'approuvez, être mis au-devant des six Méditations; ensuite de ces mots qui les précèdent, easdem quas ego ^ Us eonclusionet deducturo» , on ajoutera sed quia in $9» sequeniibuê Med., etc. On poqrra voir 14 en abrégé tout ce que j'ai prouvé de Timmortalifcé de l'âme, et tout ce que j'y puis ajouter en donnant ma Physique ; et je ne saurois sans pervertir Tordre prouver seulement 4ue Tâme est dîs-
« « Cette lettre u'ett pt* datée, mai* par ki premi. lignes on ^oii qii*e11e eet de hflit jcmt» plus tard que la précédente , qui étant fixée «a 3i déeembm» fi» «èliff-ci ao ^jgivter. »
LBTTRBS.
tincte du corps avaal l'existence de Dieu. Ce que ▼pus dites , qu'on ne $ait pa$ si l'idée d'an être trie
parfait n'est point la même que celle du module corforeL, est aisé à résoudre , pai* cela même qui provoque que râme est distincte du corps, à savoir, parceqii'on conçoit toute autre chose en l uii qucn l'autre ; mais il est besoin pour cela de former des Idées distinctes des choses dont on veut juger, ce que l'ordinaire des hommes ne lait pas, et c'est principalement ce que je tâche d'enseigner par mes Méditations ; mais je ne m'arrête pas davantage sur ces objections , à cause que vous me promettez de m'envoyer dans peu de temps toutes celles qui se pourront faire, sur quoi j'ai seulement à vous prier qu'on ne se hâte point: car ceux qui ne [)rt ndront pas garde à tout , et se seront contentés de lire la seconde méditation pour savoir ce que j'écris de l'auie , ou la troisième pour sa^r ce que j'écris de Dieu 5 m'objecteront aisément des choses que j'ai déjà expliquées. Je vous prie, en l'endroit où j'ai mis Juxta ieges logicœmeœ, de mettre au lieu juxta kge$ vera logicœ: cest environ le milieu de mes . réponses ad Caterim, où il m'objecte que j'ai em^ prunté mon argument de saint Thomas; et ce qui me fait ajouter meœ ou verœ au mot logicœ , est que j'ai lu des théolc^iens qui, suivant la logique ordinaire, qamrunl prius de Dca quid sit^ quam qwtsiverinl an «û. Vous avez raison qu'où j'ai mis quûd
fumUat iéeam Dei in §e kakendi €$u non pOÊ$ei
in noitro iniellectu, $i ille, etc. , au lieu de ille il vaut inicux ûitekic} cest environ la quatrième ou cin* quième page de ma réponse aux objections, et il est bon aussi de mettre sui causant au lieu de eausam en la ligne suivante, comme vous remarquez. Pour ce que je mets ensuite que nHul poie$i eue in me, hoc est in mente , cuj'us non $im con$cius, je l'ai prouvé dans les Méditations , et iisuît de ce que l'âme est distincte du corps , et que son essence est de penser. Pour la période où vous trouvez de Tobscurité y que ce qui a la puissance dti créer ou conserver quelqtie chose séparé de soi-même , a aussi à plus foi tu raison la puissance de se conserver, etc., je ne vois guère de moyen de la rendre plus claire, sans y ajouter beaucoup de paroles qui n^atiroient pas si bonne grâce en une chose dont je n'ai touché qu'un mot en passant. 11 est bon où je parle de iH-^ finito de mettre, comme vous dites , infinilum, tfua^ tenus infiruimn est, millo modo a nobis comprehendi; le monde fartasse iimiiibus caret ratione extensionis, ted non ratione potenliœ, inteéUgêntiœ^ etc. Et $ie non onini ex parte iûnitibus caret. Un peu après on peut mettre, comme vous dites , qua de re nuUum dubium e$$e poteH , après le root aliquid reaie , en renfermant entre deux parenthèses ; inais il ne me semble pas obscur de la façon qui! est , et on trouvera mille endroits dans Qcéron qui le sont plus*
LSTTRSaL 4^7
Il me semble bien clair quexislentia possibilis cart" tinelwr in omni eo quod clare inteUigimus quia ex tac ipso quod clare inteiUgimut, tequiiur iUuda Deo passe creari. Pour le mystère de îa Trinité, je juge avec saint Thomas qu'il est purement de la foi, et ne se peut connoître par ia lumière naturelle; mais je ne nie point qu'il n'y ait des choses en Dieu que Dous n'entendons pas, ainsi qu'il y a même en un triangle plusieurs propriétés que jamais aucun mathématicien ne coiiiioitra, bien que tous ne laissent pas pour cela de savoir ce que c'est qu'un triangle. Il est certain qu'il n'y a rien dans l'effet quod non cûtituieuLur formaliter vel eminenter in causa £FficiEiTTE et TOTALi» qui sont deax mots que j'ai ajoutés expressément : or le soleil ni la pluie ne sont point ia cause totale des animaux qu'ils engendrent. J'achevois ceci lorsque j'ai reçu votre dernière let^ tre, qui me fait souvenir de vous prier de m'écrire si vous ayez su la cause pourquoi vous ne reçûtes pas ma Métaphysique au voyage que je vous l'a-r vois envoyée, ni même sitôt que les lettrés que je vous a vois écrites huit jours après, ei si le paquet. • n'avoit point été ouvert, car je Tavois donné au même messager. Je vous remercie du majorém que vous avez changé en majus, coiunie il £iUoit. Je ne m'étonne pas qu'il se tropvç de. telles &utes. en mes écrits; car j*y en ai souvent rencontré moi-même de telles , qui arrivent lorsque j'écris en pensant
ailleurs; rnais je inetonne que trois ou quati'e de mes amis qui ont lu cela ne m avoieïit pas averti du solécisme. Je ne serai pas marri de voir ce que M. Moiin a écrit de Dieu , à cause que vous dites qu'il procède en mathématicien « bien qa inter no$ je n'en puisse beaucoup espérer, k cause que je n'ai point ci-devant oui parler qu'il se mêlât d'écrire de la sorte, non plus que l'autre imprimé à La Rochelle. M. de Z. est de retour, et si vous lui envoyez cela avec le discours de TAnglois ' , je les pourrai recevoir par lui, pourvu toutefois qu'il •oit prié de me les envoyer prompteroent , car il a tant d'autres affaires qu'il les pourroit oublier. Au rester réservé ce qui touche ma Métaphysique , à quoi je ne manquerai pas de répondre sitôt que vous me Taurez envoyé , je serai bien aise de n'avoir que le moibsde divertissements qu'il se pourra, au moins poiir cette année, que j'ai résolu d'employer à écrire ma Philosophie en tel ortlre qu^elle puisse aisément être enseignée; et la première partie que je Êùs maintenant contient quasi les mêmes choses que les Méditations que vous avez , sinon qu'elle est entièrement d'autre style, et que ce qui est mis en IHin tout au long, èst plus abrégé en i autre , et vice versa.
Je crois h'avoiir plus rien à répondre au père B. %
' 1 liomas Hobb^.
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sinon que pour ce qu'il met que d'autres des leurs pourroient encoreme réfuter devant leurs disciples , sans m'appreiidre leurs réfutations, faute d'avoir lu le lieu de la Méthode où je les en prie , je tiens cela pour une défaite, et je vous assure que si je puis apprendre qu'aucun d'eux me fasse injustice, je le saurai faire éclater en bon lieu, et il faudra que je tâche d'avoir ce qu'il dicte fhàlrttehàtit fauchant la réûexiou à ses disciples. Pour le biijet du père Gib. je n'y réponds aussi encore rien ; car puisqu'il veut m'écrîre et faire voir mes Méditations à leur général, je dois attendre cela, et je serai bien aise qu*ils ne se hâtent point. Je vous souhaite une. heureuse nouvelle année.
Jene manquerai d envoyerun traus^ortaM.SoIy, pour le privilège , sitôt qu'il en sera besoin, èt aussi la copie du privilège si vous ne l'avez. Je crois que dans l impressipn il ipe faudra nommer Çartesius, k cause que le nom François est trop rude en latin. Je prie Dieu pour les âmes de MM. Dounot et de Beaugrand ; ma^ pour M. de Beaune je ^rie Dieu qu'il le conserve, car, puisque voiis n'ayez pp^nt de nouvelles de sa mort, je né la veux pas i;roire ni m'en attrister avant le temps, et je le regretterois eittrémement, car je le tiens popr un des meilleurs éspriti^ qui soiént au moiide. Je siiis , etJCi
L£TTH£S.
• AU R, P, MEHSENÎiE".
(Lettre Sa da tome IL^
Moir vàvàKESD père ,
Les glaces sont maintenant cause que notre messager arrives! tard, que je ne reçus il y a huit jours votre dernière, du troisième jour de Tan, qu'à l'heure même que l'ordinaire devoit retourner. J'ai été bien aise davoir les objections que vous m'avez envoyées, et je suis obligé à ceux qui ont pris la peine de les faire. La lettre qu'on vous avoit adressée pour moi vient de Rennes, de celui auquel j'avois ci-devant écrit, qui vous en adressera encore ci-a|ji i:s plusieurs autres si cela ne vous importune, car c'est un mien intime ami*, auquel j'ai résolu de laisser tout le soin des affaires que la mort de mon père me peut avoir laissées en ce pays-là, afin de n'être point obligé de partir d'ici que ma Philosophie ne soil achevée et imprimée.
■ " Celle lettre eil do ai janvier} cirily eT<4tli]iit jonn qiit DMOute» avoit reçu la lettre da P. Menenne , du 3 de Fan , quand il écrivoit ceQeci; or il falloit bien encore sept on huit joufs pour le chenuD de la lettre. Dune celle-ci est du ai janvier 1641.1*
* « M. de la Villeneuve da Bonëxic. »
LBITBcES. 44^
Je serai bien aise de recevoir encore d'autres objection des docteurs, des philosophes et des géomèlres , comme vous me faites espérer ; mais il sera bon que les derniers voient celles des premiers, et aussi celles qui m'ont déjà été envoyées» atia . qu'ils ne répètent point les mêmes choses ; et c'est , ce me semble, la i meilleure invention qu'il est possible pour faire que tout ce en quoi le lecteur pourroit trouver de difiiculté se trouve éclairci par mes réponses; car ^espère qu li n y aura ricu eu quoi je ne satisfasse entièrement avec 1 aide de Dieu ; et j'ai plus de peur que les objections que Ton me fera soient trop foibles , que non pas qu'elles soient trop fortes. Mais, comme vous me mandez de saint Augustin , je ne puis pas ouvrir les yeux des lecteurs , ni les forcer d'avoir de l'attention aux choses qu'il &ut considérer pour connoitre clairement la vérité , tout ce que je puis est de la leur montrer comme du doigt. M. de Zuyt. m'envoya hier le livre de M. Morin avec les trois feuilles de FAnglois : je n'ai pas encore lu le premier; mais pour les dernières, vous verrez ce que j'y réponds. Je l'ai mis en un feuillet à part, afin que vous lui puissiez faire voir si vous le trouvez à propos ; et aussi afin que je ne sois point obligé de répondre au reste de la lettre que je n'ai pas encore: car, entre nous, je vois bien qu'il n'en vaudra pas la peine; et puisque c'est un homme qui témoigne
• 44^ UTTRBS.
faire quelque état. de moi, je aérais marri d# à# ctésobliger. Jen'ài fMs peur que sa philosophie tcni-
ble la mienne , encore qu'il ne veuille considérer çomme moi que les figures et les mouvements i ce sont bien les vrais principes, mais si on commet des fautes en les suivant, elles paroissent si clairement k ceux qui ont un peu d'entendement, qu'il ne ûiut pas aller si vite qu'il fait pour y bien réiMsir. Je prie Dieu qu'il vous conserve en santé : nous avons aussi eu ici plusieurs malades, et je n'ai été oc^ cupé tous ces jours qu'à en visiter et à écrire des lettres de consolation.
- Je reviens à totre lettre du vingt-troisième décembre , à laquelle je n'ai pas encore fait réponse.
Le passage de saint Augustin touctiaut ceci^àsavoiry fil» Dieu est ineffabiê, ne dépend que d'une petite distinction qui est bien aisée à entendre ? Nm pos*' lointtt ùmniéi quœ in Deo $unt ver bis compiecti^ nec etiam menu eamprehenderef ideofue Deus e$t ineffà- HUs et inetmprehenêibUh ; sed muttà ionien mtfft r»vera in Deo^ sive ad Deum pertinent ^ quœpouamu» mente Mtlingere, ae verkin exprimere, imo etiam piwrm 4fmm in uUa alia re j ideoque hoe 9en»u Deus eéi mùxime cognoscibilis et effabiU», Tout ce que voub proposez ici de la réfraction est très vrai , k savoirv que la balle qui vient d'A' vers B perdoît'èi quelque point de la ligne AB tout le mouvement
> Figure 41.
LBTTft&S. 44^
qui la f)orte de gauche a droite, sans t ien perdrè dé. celui qui la porte de haut ea bas, elle commeiiflèroît en ce pcnotnlà à descendFe à plomb; et qilë si elle perdoit tout le mouvement qui la porte de haut en ba$ sans perdie laiitre , elle iroit horizontalement de gauche à droite : car perdant ce moi»vement, on perd aussi la détermination qui lui est jointe 9 mais ia détei:mination se peut bien perdre •ans mouvement
Assurez-vous qu il n\ a rien en ma Métaphysique que je ne croie être vel lumim natwrali nûtisiimum , t0tacettraudemomirtttmnfetqm}emetAis£cfndele faire en^ndre à ceux qui voudront et pourront y méditer : mais je ne puis pas donner de l'esprit aux hommes, ni faire voir ce qui est an fond d'un csh* binet a dvs g( us qui ne veulent pas entrer dedans poqr le regarder.
- Je crob bien qu'wler eorpara physiea îl n'y en H guère quœnonatterantur una ab alitSj quia constant $x parUcuiis vartarum figurarum , et fieri povnt al <iem tel éujudibet uitenui iemdëiimi eotporis par^ ticnla sit talis figurœ , et incurrat tali modo in partiêulam oirùf vel eufuàUbet alterius corporiê densiuimi àut dumgitmy fil in iU&m fomt ageref mais ce n'est pas à dire pour cela que minima vis possit ali" ifuaniuhm movere ià ^uod maxime resistiif èt aussi nuUum carpue mavet, met ma^eaiur; et vtErti^itistancë de i aimant ne presse pas ; car on peut dire que cé
444 LSTTEB8.
a'est pas lui immédiateinent qui tire le fer, mais qu il le fait par l'entreinise de quelque matière subtile qui- se meut pour lui : sed et si hoc verum sit de . corporUfu»^ qaU dixit iUi autkari idem esse de amni alla êubêlantia ? nempe nuUam aliam agnoteit , 9ed tn eo errât. De dire que les pensées ne sont cjue tics mouvements du corps, c'est chose aussi apparente que <ie dire que le feu est glace ou que le blauc est noir, etc. , car nous n'avons point deux idées plus diverses du blanc et du noir que nous en avons du mouvement et de la pensée ; et nous n'avons point d'autre voie pour connoître si deux choses sont diverses ou une même que de considérer si nous en avons deux diverses idées ou une seule. Je ne serois pas marri de savoir qui vous a dit que j'avois ici des ouvriers : car bien que ce soit une chose si éloignée de la vérité qu'il n'y a personne qui me connoisse tant soit peu qui ne saciie assez le contraire» je serois toutefois bien aise de savoir qui sont ceux qui se plaisent à mentir ainsi à mes dépens. Je suis marri de la mort du père Eustache , car encore que cela me donne plus de liberté de faire mes notes sur sa Philosophie, j'eusse toutefois mieux aimé le faire par sa permission, et lui vivant. Je vous prie d'assurer M. de Beaune que je suis extrêmement son serviteur, mais que je n'ai aucune espérance eu ses verres concaves et convexes. Si je fusse allé en France l'été passé, comme
je pensois , il eut été l'un des premiers que j'eusse été voir, càr j'eusse pris mon chemin par Blois tout
exprès , et peut-être t[ue nous eussions pti aviser ensemble à quelque moyen pour les hyperboliques, plutôt en les rendant convexes des deux côtés; mais de faire un concave et un convexe, cest une chose qui me semble trop difficile. Je n'ai pas le loisir d'achever ma réponse atlt objections contre ma Métaphysique, ce qui me contraint d'attendre au prochain voyage à vous les envoyer. Je suis, eta
A .MONSIEUR
(Lettre 107 da tome I.)
MonsiEOE,
Je viens d'apprendre la triste nouvelle dé votre
affliction, et bien que je ne me promette pas de rien mettre en cette lettre qui ait grande force pour adoucir votre douleur , je ne puis toutefois
1 • Cette lettre est de M. Descartes à un gentilhomme qai avoit perda son frère, (-oiurae Descartes y dit qu'il avoit senti Hcpnis peu la perle de tlcnv p("rsoTuies qni lui étoient très chères, on loii bien qa^U entend la mort fl<- sDii pére et (1<- sn arrivée sur la liu de 1640. C*est poarqaoi
place cette lettre le io janvier 1641* »
446 UTTEES.
ro'abrteair tâcher, pour voiift ténaoïgiwr au mmnf que j y participe. Jenesob pas de orax qui
eitinjc'nt que les lai iiies et la tristesse n'ap parti enoeiil qo'am femmes^ et que pour paroilre bsmaaa» de ooeur oo se dmve eontraiiidre à nioiitrer toujours un visage traiiquilie; j'ai senti depuis peu la perte de deux permîmes qui m'étoient très proches, ft f ai éprouvé que ceux \\ui me voulaient défendre la triste&se Firritoient, au lieu que j etois soulagé par la complaisance de ceux que je voyois touchés de mon déplaisir. Ainsi je m'assure que tous me soiiiirîrez njieiix si je ne m oppose point à vos larmes , que si j'entreprenois de vous détourner d'un ressentiment que je crois juste; mais il doit néanirioiii-» ) avoir quelque mesure, et comrne ce seroit être barbare de ne se point affliger du tout lors^ qu'on en a du sujet, aussi seroit-ce être trop lâche de s'abandooner entieremeut au déplaisir , et ce seroit £aûre fort mal son compte que de ne tâcher pas de tout son pouvoir à se délivrer d'une passion si . incoiuniotle. La profession des armes en laquelle vou$ êtes nourri accoutume les hommes à voir mourir inopinément leurs meilleurs amis, et il n'y a rien au monde de si iacheux que l'accoutumance ne le rende supportable. Il y a, ce me semble, beaucoup de rapport entre la perte d'une main et d'un frère : vous avez ci-devant souffert la première sans que j'aie jamais remarqué que vous en
fassiez afHigé, pourquoi le seriez-vous davantage de 1» «ecofidd? Si c'est pour votre propre iuteret, il certain que vous la pouvez mieux réparer que l'autre, en ce que racquisitiou d'un fidèle arai peut autant valoir que l'amitié d'un bon irere; et si c*«st pour l'intérêt de celui que ▼eus regrettez t comme sans doute votre e^énérosité ne vous permet pas d'être touché d autre chose , vous savez qu'il n y a aucune raison ni religion qui craindre du mal après cette vie à ceux qui ont vécu en gens d'honneur, mais qu'au contraire l'une et l'autre leur promet des joies et des récompenses. Enfin, monsieur, toutes nos afflictions, quelles qu'elles soient , ne dépendent que fort peu de raisons auxquelles nous les attribuons, mais seulement de l'émotion et du trouble intérieur que la nature excite en nous-mêmes; car lorsque cette émotion est apaisée* encore que toutes les raisons que nous avious auparavant demeurent les mêmes, nou» ne nous sentons plus affligés- Qr je ne veux point vous conseiller d'employer toutes les forces de votre résolution et constance pour arrêter tout d'un coup l'agitation intérieure que vous sentez, ce seroit peut-être un remède plus fâcheux que la lualadie ; mais je ne vous conseille pas aussi d'attendre que le temps seul vous guérisse, et beaU'* coup moins d'entretenir et prolonger votre mal par vos pensées; je vous prie seulement de tâçhtr peu
44^ LXTT&BS.
à peu de Tadoucir, en ne regardant ce qui vous est arrivé que du biais qui vous le peut fiûre pa** roitre le plus supportable, et en vous divertissant le plus que vous pourrez par d'autres occupations* Je sais bien que je ne vous apprends ici rien de nouveau , mais on ne doit pas mépriser les bons remèdes pour être vulgaires, et m 'étant servi de celui-ci avec fruit, j'ai cru être obligé de vous récrire : car je suis, etc.
AU B. p. MERSENNE 'i •
(Lettre 3o du tome III. Version.).
Moif REVEREND PER£ , V ' K-.
J'ai lu une partie de la lettre qiiî vous a été envoyée d'Angleterre » que Jl^^de .ZiiqftUoheiii m'a la faveur de me prétery et je me suis idr^^MiM de ce que celui qui l'a écrite, paroissaot soq
' * Celte lettre est une réponse que Descartes fait anx objections qui venoient originairement de Thomas Hobbes, Anglois, et qni étant alors à Paris, les Hvcit formées a' la sollicitation du P. Mersenne. Cettr lettre n'est pas datée , mais comme Aans la lettre 5a du tome U , datée Jn a i janvier 1641 , et adressée an P. Mersenae , Deseartcs Ini marque qu'il loi envcde cette réponse « i^est nue preave éridcnte que cette réponte est da ai jasTier x64t>*
style hdmnie d'esprit et savant, s'éloigne néanmoins de la vérité eu tout ce qu li propose de lui-même. Je ne répondrai point au commencanieiit de sa lettre, où il parle de Dieu et de Tâme comme de choses corporelles , ni à ce qu'il dit de son esprit interne, et de beaucoup d'autres choses qui ne me touchent point : car bien qrfil dise que ma matière subtile soit la même chose que son esprit iuterue, je nele puis néanmoins reconnoître; premièremént^ parcequ*îl veut que son esprit interne soit la cause de la dureté , quoique ma matière subtile au con* traire soit plutôt la cause de la mollesse; et aussi parceque je ne vois pas par quel moyen cet esprit^ qui de sa nature est ires mobile, peut être si bien renfermé dans les corps durs qu'il n'en puisse jamais sortir, ni comment il se t^lisse et entre dans les corps mous, lorsqu'ils deviennent durs. Mais je viens aux raisons par lesquelles il tâche de réfutei' ma Dioptrique. Premièrement , il dit que j'aurois parlé plus clairement, si, au lieu de dire 1^ déter^ mination, j'avois dit le mouvement déterminé, en quoi je ne suis pas de son avis ; car encore bien que l'on puisse dire que la vitesse de la balle qui va d'A ' vers B soit composée de deux autres vitesses, à savoir de celle d'A vers H , et de celle d'A vers C, j'ai cru néanmoins que je devois m'abstenir de cette fitçon de parier, de peur que par là l'on en vînt à en-
s Figure 4 a*
tendre que^ dans le mouvement ainsi composé , la
quaiitiic de ces vitesses, et la proportion de Tune à 1 autre demeure, ce qui n'est nullement vrai : car , si cela étoit^si nous supposions, par exemple, qu'une balle fut mue d*A vers la droite avec un degré de vitesse, et de haut en bas pareillement avec un degré , elle parviendra au point B avec deux degrés de vitesse, dans le même temps qu*une autre balle qui seroit aussi mue d'A vers la droite avec un degré de vitesse, et de haut en bas avec deux degrés , parviendra au point G avec trois degrés de vitesse, d'où il s*ensuivroit que la proportion de la ligne AB à la ligne AG seroit comme 2 à 3, laquelle toutefois est comme a à r. 10, etc.
Ce qu'il dit ensuite, à savoir, que la terre ôte ou fait paidre la vitesse qui portoit la balle en bas, est contre mon hypothèse; car j'ai supposé tout au contraire que la balle ne perdoit rien du tout de sa vitesse ; et même contre lexpérience; car autrement une balle tombant perpendiculairement sur la terre jamais ne rejailliroit; je ne vois donc point que ma démonstration pèche en quoi que ce soit : mais il s'est lui-même grandement trom}>é pour n'avoir pas distingué le mouvement davec la détermination; car il est certain que le mouvement ne se doit en aucune façon diminuer , pour £iire que la réflexion se fasse à angles égaux.
De plus, ce qu'il avance comme un principe, à
savoir que ce qui ne cède point à la moindre force ne peut être emporté par quelque force que ce soit, n'a aucune apparence de vérité : car qui croira, par exemple , que le bassin d'uue balance chargé de cent i»vres cède tant soit peu au poids d'une livre qui est niis de l'autre côté , à cause qu'il cède et peut être enlevé par le poids de deux cents livres. Je demeure pourtant bien d'accord que la partie de la terre sur laquelle tombe une balle cède ou prête tant soit peu , comme aussi que la partie de la balle qui touche la terre se recourbe aussi quel* que peu en dedans , et même de ce que la terre et la balle reprennent aussitôt après leur première situation» que cela est en partie .cause du bond de la balle ; mais je soutiens que le bond qu'elle fait est toujours plus empêché de ce que la balle et la terre cèdent Tune et l'autre , qu'il n'est aidé par leur ressort \ et que de là l'on peut démontrer que la réiiexion d'une balle, et des autres semblables corps qui ne sont pas entièrement durs, ne se fait jamais précisément à ani^les égaux ; mais cela se voit sans aucune démonstration par la seule expérience qui nous montre que les balles les plus molles ne rebondissent pas si haut ni par des angles si grands, que celles qui sont plus dures : d'où l'on voit combien vainement et inutilement il apporte pour raison de cette égalité des angles en la réflexion cette mollesse de la terre , vu principale-
ment que de Jà il s'ensuivroit , que si la terre et la balle étuieiit si dures qu'elles ne piissent en au<^ Gune façon prêter ou se courber en dedans ^ il ne se feroit aucune réflexion , ce qui est incroyable et contre le sens commun; et cela fait voir aussi avec combien de raison j'ai supposé que ta terre et la . balle étoient parlaiLement dures , afin de réduire la chose à\in examen mathématique.
Il n*est pas plus henreux'en ce qu^il dit touchant la réfraction ' , lorsqu'il distingue celle qui se fait quand le corps qui est mû parcourt les deux milieux , d'avec celle qui se fait quand il ne les parcourt pas ; car l'une et l'autre se fait d un même coté par un corps de même nature : et il n'a pas assez bien conçu ce que j'ai écrit touchant cela; car je ne dis pas que la lumière se répande plus facilement dans un milieu dense que dans un rare, mais qu'elle se transmet plus aisément dans un corps dui^ que dans un mou , soit que celui-ci soit plus rare ou plus dense que Fautre , à cause que dans un corps dur la matière subtile ne communique pas de son mouvement aux parois des pores dans lesquels elle se trotive ; et j'ai de ceci l'expérience et la raison pour moi , tant en ce qui est de la lumière , qu'en ce qni est des autres corps sensibles et palpables ; et l'exception qu'il apporte, tirée de lapreté d'un tapis ^ n'est aucunement considérable ; car la même
1 u Daus l'ori^iual Ue i^hire : rejlexionetn, «
LETTHE^. 4^5
chose airiTera dans, un tapis de soie ou de cuir , qui n'aura aucune âpreté. Pour ce qu'il dit avoir
été démontré par un sien ami, je ne Tai point vii, et partant je n*en puis rien juger; mais j'admire grandement qu'après cela il ajoute que ma démonstration n'est pas légitime^ quoique néanmoins il n'apporte autre chose pour la combattre, sinon qu'il dit qu'elle contient des choses qui ne s'accordent pas avec Texpériance, lesquelles néanmoins y sont très conformes et sont très véritables.
Mais il semble n'avoir pas bien iciuarquc la difiérence qui est entre la réfraction, d'une balle ou desv autres corps qui tombent dans l'eau, et celle de La lumière , quoique néanmoins il y en ait deux fort considérables. La {première est, que celle de la lumière se Êiit en approchant de la perpendiculaire, et l'autre tout au contraire en s eu eioignant; et bien que les rayons de la lumièrè passent plus facilement au travers de l'eau que de l'air, de la ti'oisiènic pai tjeou environ de l'effort ou de l'impétuosité de leur mouvement, on ne doit pas pour cela s'imaginer qu'une balle doive se ralentir ou être retardée par l'eau de la troisième partie de, sa vitesse, n'y ayant aucun rapport ou convenance entre ces deux choses. La seconde est, qu'une lumière foible et débile soi^re une pareille réfraction dans l'eau qu'une lumière plus forte; mais il n'en est pas de même d'une balle, laquelle étant jetée dans
LETTHES.
l'eau avec grande force n'est pas retardée par elle
d'une si grande partie de sa vitesse, que si elle étoit jetée avec une moindre force ; et partant ce n*est pas merveille s'il dit avoir expérimenté qu'un boulet de canon tiré à cinq degrés d'élévation étoit entré dans leau, et s'y étoit enfoncé au lieu de rejaillir, parcequ'alors peut-être ne s'étoit-tl pas affoibll de la millième partie de sa vitesse. 11 veut après cela faire accroire que j'aie supposé que toute la perte de la vitesse de la balle doit être imputée au mouvement de haut en bas , où au contraire j'ai toujours dit que cette perte devoit être imputée à tout le mouvement pris et considéré simplement. ht quant au moyen dont il se sert pour expliquer la cause de la réfraction, il est aisé de voir qu'il n'est pas fort exact, puisqu'il répugne manifestement à ce qu'il a dit auparavant avoir été démontré par son ami ; c'est à savoir qu'en la réfraction, comme le sinus de l'angle d'une inclinaison est au sinus de l'angle de l'autre inclinaison, ainsi le sinus de l'angle rompu en une inctioaison est au sinus de l'angle rompu en l'autre inclinaison; car de son parallélogramme même il résulte tout une autre proportion entre les sinus que celle-là, et même une proportion fort irrationnelle. Je n'ai pas encore vu le\reste de sa lettre, c'est pourquoi je ne puis ici y répoudre. Je suis, etc.
Ju£TTA£$.
AU ii. P. MEllSENNE.
tkÉwomim oe m. bobbbs a x>a i.ETTmB »KiciDBirTB *.
(liettre 32 du tome III. Version.)
J*ai bien du regret de ce qoc les difficultés que
par votre ordre je vous avois proposées dans ma • dernière n'ont pu plaire à M. Descartes, tant parceque je fais beaucoup d^estime de son esprit , que parceque je ne vois encore aucune raison pourquoi je doive changer ce qu'il reprend en ce que je tous ai écrit; et sans mentir je me corrîgeroîs fort volontiers de mes fautes , si je pouvois reconnoître ei^ quoi je me suis trompé; car jusqiies ici je n'ai encore rien donnéau public, qui me puisse obliger à les déieudre avec opiniâtreté , pour soutenir parlà en quelque façon mon honneur. Toutefois , afin que l'estime quelle qu'elle soit que vous pouvez iaire de moi ne soit point opprimée par l'autorité d^un si grand homme , j'ai cru que je devois répondre ici, avec toute la clarté et la Inièvcté
* • Cette Unn eat dttée de Msle 7 H&vrior 1641 •*
4jC) ï^ettres.
qu'il m'est possible, aux objections qu'il vous
a faites , selon l'ordre e^ue vous me les avez envoyées.
Vous dites premièrement que M. Descartes ne
recoiiuoit point que cet esprit interne que je suppose soit la même chose que sa matière subtile.
A quoi je réponcU » que par cet esprif j'ai dit que j'entendois un corps subtil et fluide;or je ne vois pas quelle différence il y a entre un corps subtil et une.matière subtile.
. £n second. lieu, yoîis apportez les raisons qu'il I a de ne le pas reconnoître, qui sont deux; la première, que je dis que cet esprit iuterne est la cause de la dureté, là où il xeot qu^e sa macère subtile soit la cause de la mollesse; la seconde, parcequ'il ne voit pas comment cet esprit, qui de sa nature est très mobile, peut ^tre si bien renfermé dans les corp$ durs quil jn'en sorte jamais, ni comijoeiitil y entre pour ]tes rçndredurs.
Mais je vous demande, mon révérend père (car c'est vous seul que je tâche majin tenant de satisfaire), vous. ç»t*il impossible d^ concevoir que cet esprit . fluide et subtil puisse avoir un tel mouvement et si prompt, que ses parties feront plus de résistance, ou cè4cront*rooins à notre attouchement et impulsion, que si ces n]èiiie:s parties étoieut mues d'une autre façon et moins vite.? Or qu est-ce qu un corps
L£TTR£S. 4^7
dur, sÀMn celui dont les parties , quànd le tout
subâiiite, cèdent aïoins à l'effort du corps qui est poussé contre lui; et un corps mou, sinon celui dont les parties cèdent davantage? Que si cela est véritable, comme il le peut être (car j'ai seulement supposé cette diversité de mouvement dans les esprits comme ime chose possible), il s'ensuivra que le même corps subtil, ou la même matière subtile» $era la cause de la dureté et de la mollesse, selon qu'elle se mouvra plus ou moins vite, et d'une, certaine ou diiiérente façon« Par conséquent la première raison qu'il allègue pour nier que cet ^sprji interne soit la même cbose que sa matière I subtile, fait plutôt voir la volonté que, la raison qu'il a de contredire. Quant à. la seconde, c'est à savoir, qu'il ne voit pas comment cet esprit, qui de sa natiivç est très mobile, peut être si bien renfermé dans les corps durs qu'il n'en sorte jamais , ni comment il y entre pour le$ rendre durs, je dis qu'elle n'est pas non plus suffisante pour le porter à contredire, mais bien pour faire qu'il examine là chose de plus près et avec plus de soin ; car je n'ai pas dit que les corps devenoient durs par l'entrée de ces esprits, ni qu'ils devenoient mous par leur sortie, mais que ces esprits subtils et liquides pouyoient,.par la véhémence de leur mouvement, constituer des corps durs comme des diamants, et par leur lenteur pouvoieut en constituer de mous,
45d LSTTAES.
coiunie de l'eau ou de l'air. Or cette hypothèse , qui, pour rendre raison de la dureté, suppose dans les corps durs plus de véhémence dans le mouvement des CvSprits que ijon pas dans les autres, ne me semble pas inférieure à celle de M. Descartes, qui la fait consister dans de certains entrelacements et entortillements de ses atomes , par le moyen desquels les parties des corps durs demeurent jointes et attachées les unes aux autres. Car si quelqu'un lui demandoit par quels liens et par quels nœuds les parcelles de ces plus grosses parties qu'il sup* pose être dans les corps durs se joignerit eusemble,^ je m'assure qu'il auroit de la peine à répondre, et qu'il ne pourroit trouver un meilleur moyen pour se démêler d'une semblable question , qu'en supposant un certain mouvement de la matière subtile dans ces atomes mêmes qu'il dit. être les plus petits.
£n troisième lieu, vous dites qu'il ne demeure pas d'accord qu'il eut parlé plus clairement, si, au lieu de dire la détermination, il avoit dit le mouvement déterminé, et voici sa raison. Car, dit-il, encore bien que l'on puisse dire que la vitesse de la balle qui va d A vers B soit composée de deux autres vitesses, à savoir, de celle d*A vers H , et de celle d'A vers G, j'ai cru néanmoins que je devois m'abstenir de cette £içon de parler, de peur que l'on ne vint à entendre parla, que la quantité do
LBTT&£S. 4^9
ces vitesses et la proportion de l'une à l'autre, demeurent dans le mouvement ainsi composé , ce qui n'est nullement vrai. Car si cela étoit, si nous supf» posions par exemple qu'une balle fut mue d'A vers la droite avec un degré de vitesse et de haut en bas pareillement avec un degré, elle parviendra au point B avec deux degrés de vitesse, dans le même temps qu'ime autre balle qui seroit aussi mue d'A vers la droite avec im degré de vitesse, et de haut en bas avec deux degrés, parviendra au point G avec trois degrés de vitesse. D*où il s'ensuivroit que la proporlion de la ligne AB à la lii,i-e AG seroit comme a à 3, laquelle toutefois est comme a àr. lo. '
Je réponds à cela , que puisque M. Descartes confesse qu on peut dire que la vitesse de la balle qui va d'A vers B est composée de deux autres, à savoir de, celle d'A vers H, et de celle d'A vers C, il devoit aussi confesser que cela est vrai, puisqu'il dit lui-même qu'im philosophe né peut rièn*dire en bonne philosophie qui ne le soiL Mais il s'est abstenu de cette façon de parler, parceque de là îl semble, dit-il, qu'on en peut conclure une chose fausse ; c'est à savoir, que la raison de la ligue A B à la ligne AG n^est pas comme a à r. i o, mais comme a à 5. Toutefois je ne vois pas qu'en cela il ait eu raison : car si c'est à tort qu'on en infère cette fausseté, il ne devoit pas se mettre en peine
des paralogisnies dans lesquels les autres pouvoiçiit tomber. Aussi je ue puis croire que ce soit cela qui l'ait empêché de s'en servir; c*e$t plutôt qu'il - a cru lui-même qu'on eu pouvoit véritablement tirer cette conséquence; car on voit en elfôt qu il la tire ^ mais par un faux raisonneinent , ainsi que je vais vous faire voir. Car bien que nous supposions qu'une balle soit mue d'A vers la droite avec un degré de vitesse , et de haut en bas avec aussi un
, degré, ce n'est pas à dire qu'elle parvienne en B avec deux degrés de vitesse; de même si elle -est nîue vers la droite av ec un degré de vitesse, et de haut en bas avec deux degrés / elle ne parviendra ■ pas en G avec trois degrés de vitesse , comme il le prétend ou le suppose. Et pour le prouver, supposons les dei^^ lignes droites AB , ACI, incbnées l'une vers l'autre en sorte qu'elles fassent un angle droit, ^ et que la vitesse d'A vers B soil à la vitesse d'A vers C comme AB est à AC, ces deux vitesses composent la vitesse qui est de B* vers C. Je dis que la vitesse de B vers C, est à la vitesse d'A vers C, ou bien à celle d'A vers B , comme la droite est à la droite AC, ou AB. Maintenant du point A soit menée la ligne AD perpendiculaire à BC, et par le même point
. soit menée la ligne FA£ , parallèle à la méoie ligne BC; puis des poinib ii et C soient abaissées ^pr F£ les perpendiculaires Bl'^ C^^ ^^^^^
que le mouvement J'A vers li est composé des deux mouvements d*¥ vers  et d'F vers B , le mouvement composé AB ne contribuera pas plus de vitesse au mouvement de B vers C, que lui eu peuvent contribuer les deux dont il est composé, à savoir FA et FB. Mciis celui de FB ne contribue rieu au mouvement de B vers C , car il est déterminé vers le bas, et ne tend point du tout de B vers C. Il n'y a donc que celui de FA qui sert au mouvement de. B vers C. De même on prouvera, que le mouvement ÂC ne contribue au mouvement de D vers C que par celui de AE. Mais la vitesse que le mouvement AB tire de celui de FA, et par laquelle le mouvement AB contribue à celui de B vers C , esta la vitesse totale d AB, comme FA ou BD e$t à AB. De même la vitesse que AG tire d'AË est à la vitesse totale d*AC comme AE ou DC est à AC. Par conséquent les deux vitesses qui contribuent au mouvement de B>ers C, jointes ensemble, sont à la seule vitesse qui est AG, ou à celle qui est en AB, comme la toute BG est à la ligne AG ou AB. Et partant , en la figure précédente, les vitesses d'AB, AG seront entre elles comme les lignes mêmes AB, AG; c'est-à-dire comme r 2 à r 5, ou bien comme r 4 à r 1 o, ou enfin comme a à r 1 o, et non pas comme 2 à 3; ce qui montre que cette absurdité ne suit nullement de cette façon de par- . 1er, ainsi que le croyoit M. Descartes. Et, par là ,
46a LETTRES.
VOUS voyez, mon révérend père, combien il est facile aux plus savants mêmes de tomber quelquefois
en paralogisme par la trop grande confiance qu ils ont en leur capacité.
En quatrième lieu, vous me mandez qu'il dit que je ne devois pas dire que la terre faisoit per* dre la vitesse de la balle, parcequ'il avoit supposé le contraire, et que cela est contre rexpcrience; autrement une balle tombant perpendiculairement sur la terre jamais ne rejailliroit.
Je réponds que dans ma lettre je n'ai point du tout changé ou détruit son hypoliiese, mais jai dit que lui-même Favoit renversée, et partant qu'il n'avoit pas dù s en servir (car , quant à mon Opinion, j'estime que le mouvement ne se peut perdre ou 6ter ni pourtant diminuer). Mais afin que vous puissiez juger vous-même s'il a détruit ou non son hypothèse, servons-nou^ de sa figure. Il suppose qu'A • se meut vers B , et qu'il va toujours d'égale vitesse, mais néanmoins qu ii ne suit pas toujours la même détermination, c'e$t-à«dire que le mobile va toujours aussi vite, mais qu'il ne va pas toujours par le même chemin ou par la même ligne de direction; je lui accorde. De plus,' il dit que la détermination qui fait que le mobile va d'A vers B, est composée de deux autres, dont l'une le porte en bas, k savipir d*A vers C, et Tau-
* Figure 44-
LUTTRES. 4^3
Ire vers la droite ou d'A vers H; je lui accorde aussi* De là, il croit prouver que le mouvement qui a
fait aller la balle d'A jusqu'à B, la doit après cela faire aller de B vers F par Tangle FBE égal à langle ABC sans changer ou détruire son hypothèse; et c'est ce que j'ai nié. Car quand la balle qui se meut d*A vers B sera parvenue au point B, elle doit perdre la détermination qu'elle avoit d'aller en baSy c'est-à-dire d'AU vers CB ; il lui reste donc la détermination cjnelle avoit d'aller vers la droite, ou d'AC vers lilij oi, selon lui, elle retient toujours le même degré de vitesse qu^elle avoit au commeur cément, elle ira donc dans le même temps au point G de la circonférence du cercle AFG. Il a donc du montrer que la balle retenant toute la vitesse qu'elle avoit quand elle s*est tnue d'A vers B, il étoit impossible qu'elle allât plus loin dans la détermination vers la droite que jusques en ce qu'il n'a pu faire sans prendre cette détermination d'A vers H ou vers la droite pour un mouvement. Aussi y a-t*il de l'apparence qu'il l'a prise pour un mouvement, puisque , dans la démonstration qu'il apporte, il lui attribue la quantité; car la détermination ou le chemin que suit la balle n'a point de quantité, sinon en tant que selon ce chemin elle décrit une ligne d'une telle ou telle longueur. Or maintenant, si ces deux terminations, l'une pcr* pendiçulaire et l'autre latérale^ sont des mouve-
ineiits , il èst manifeste que quand la balle est parvenue au point B , elle perd cette partie dé son mouvement qui la portoit d*A vers C, et partant après avoir rencontré la terre au point B elle va moins vite qu elle n'alloit auparavant; ce qui ren-r verse entièrement son hypothèse. Quant à ce qu'il ajoute, qu'il est coiitie Texpérience que la lerie &$se perdre la vitesse qui portait la baile en bas, puisque nous voyons que les corps qui tombent perpeiidiculairement sur la terre rejaillissent aussi perpendiculairement, je m'étonne comme il pré* tend que l'expérience nous puisse apprendre, savoir, si la réUexiou qui se fait vers la perpendiculaire vient de ce que le mouvement ne se perd point, ou bien de ce qu'il se restitue par la force du ressort; car ce même etiet se peut faire de ces deux manières. Et je demeure d'accord que l'expérience nous apprend que la réflexion se fait à angles égaux, mais elle ne nous apprend pas par
quelle cause.
Eu cinquième lieu, vous dites que M. Descartes demeure volontiers d'accord que la partie de la terre sur laquelle tombe la baile cède tant soit peu , et que l'endroit de la balle qui touche la terre se courbe aussi un peu en dedans, et que l'une et Tautre , savoir la balle et la terre, se restituent en leur premier état, et que néanmoins il lui semble que cet axiome, à savoir,, ce qui ne cède point à la
lettres;
moindre farce ne peut être emporté par quelque fort» iftttf ee sait^ n'a aucune apparence de mérité*
Réponse. J'avois pourtant montré que si cette moindre force ne fait tant soit peu céder le corp» contre lequel elle heurte ou qu'elle rencontre, le double de cette même force ne sera pas suiiisaut, à cause que deux fois rien ce n'est rien ; et ainsi multipliez cette force tant qu*î! vous plaira, ce ne sera toujours rien : ce qui sans doute est une démonstration dont il ne nous a point fait voir le vice. Mais il se contente de dire que cela répugne à l'eXfpérience, parceque^si vous mettez dans une balance cent livres^ ces cent livres seront mues et emportées par deux cents livres que vous mettrez de l'autre coté, et ne le seront point par une livre; comnie si j'avois dit que la moindre force suffit pour mouvoir de sa place non seulement la partie qu'elle heurte et qu elle touche , mais aussi tout le corps qui est attaché à cette partie. Quand il demeure d'accord que la partie de la terre que rencontre la balle cède quelque peu à son effort , entend-il que toute la terre change de place? Je ne le crois pas. Pourquoi donc ne sera-ce pas assez, pour la preuve de ma proposition , de dire que de même que la terre est pressée et enfoncée en partie par l'effort d'une balle qu ou a jetée contre, de même aussi le fléau d'une balance est un peu tiré et déprimé ou abaissé en partie par le poids d une balle qui y est sus-
466 LSTTRXt.
pendue. £t de même que la force dont une balle est pouaaée contre la terre, étant multipUée, 6«£|t pour mouvoir toate la terre; de même aussi la force du poids d'une livre ou d'une balle, ou si 'TOUS voulez même d'une plume , étant multipliée, suffit pour enlever le poids de cent livres.
jEin sixième lieu, quant à ce que vous dites qu'il soutient que le bond ou le rejaillissement d*une balle est toujours plus empêché de ce que la balle et la terre cèdent lune à Tautre, qu'il nest aidé par leur ressort ; et que de là , Ton peut démontrer que la réflexion d'une balle, et des autres semblables corpfi qui ne sont pas tout-à-fait durs, ne se £|jt jamais précisément à angles égaux : je réponds que cela est vrai à Tégard d'une balle et des autres s^blables corps ; parceque , non seulement leur vitesse est continuellement diminuée par la pesanteur, mais aussi parceque les corps sur lesquels ils tombent no récompensent jamais parfaitement la perte de cette vitesse; c'est pourquoi quand je me suis servi de l'exemple d'une balle pour le rapporter à la réflexion que fait la lumière, je supposois que son mouvement ne se dlminuoit point en allant, et que celui quelle perdoit à la rencontre du corps qui lui faisoit résistance lut étoit entièrement restitué. Mais quant à la lumière dont le mouvement n'est point empêché ou diverti ni par la pesanteur ni par la légèreté , et dont la
LETTRES. fyê'J
«latière est très mobile, et partaut dont tout le mouYement peut très aisément être restitué par le corps qui lui fait résistance, il est évident que l'égalité des angles 4 iucidence et de réflexion peut aisément être expliquée par ce ressort des corpSw En septième lieu, il dit que c'est vainement et inutilement que j'apporte pour raison de Tégalité des angles de réâexion cette mollesse de la terre,
vu principalement que de là ii sY'iisui\ roit (pie , si la terre et la balle étoient si dures quelles ne pussent en aucune façon se plier ou courber en dedans, il lie se feroit aucune réflexion; ce qui est, dit*il , incroyable et contre le bon sens. Je lé^ ponds premièrement, que je n'attribue point la réflexion à la mollesse de la terre, non plus qua celle du verre ou de Tacier; mais que rexpérienoe m'a appris que plus les corps qui se rencontrent «ont durs, et plus forte est la réflexion, pourvu que leur dureté ne soit pas actuellement infinie (ce qui est impossible) ; car si leur dureté n^t pas actuelleoient intiuie^ elle cédera à quelque force, et partant aussi à la moindre comme j'ai montré ci-devant ; or les choses dures, plus dures elles sont, et plus fortement elles se restituent et font ressort, c>st pourquoi la réflexion en est d'autant plus grande ou plus forte. Que si quelqu'un vouloit supposer que la dureté fût actuellement inûnie (ce que je tiens impossible), tant de la part du
corps qui en rencontre un autre que de la part
de celui qui est rencontré, jinnais personne ne pourra counoitre par expérience s'il se feroit réflexion ou non. Car, par exemple, qiie le corps qui descend par la ligue AB' soit infiniment dur, et que celui sur lequel il descend, et qu'il rencontre au point fi le soit aussi, quelle raison peut-il y avoir pourquoi il ne s'arrête pas en B , ou pour^ quoi (posé qu'il se puisse rompre) une partie ne se mouvra pâs par la ligne BG, et Fautre par la ligne BD? Que s'il tombe obliquement sur CD par la ligne £B, qui empêche (posé qu'il se rompè) qu'une partie , et peut-être la plus grande , ne s'en aille par BC, et que la moindre aille par BD? car, de ce que nous voyons que cela se fait autrement, cela peut venir de ce qu'il n'y a point de corps qui soient mtinmient durs.
• £n huitième lieu, quant à ce que vous dites
qu'il n'approuve pas la distinction que j'ai appur-té^ entre la réfraction des corps qui parcourent les deux milieux, comme quand une balle va et passe de lair clans l'eau, et celle de ceux qui ne les parcourent point, à cause dit41 , qu'aux uns et aux autres la réfraction se fait vers le même endroit quand les corps sont de raéme genre; je réponds que je ne conçois pas bien quels sont les
corps qu'il range sous un même ou sous un dif-
' Figure 4^-
fièrent genre. Pour moi, je conçois deux différentes sortes de propagation du muiivenient, quoique dans un même genre de corps. Car, par exemple » une balle peut rompre le corps dur qu'elle parcourt, et se faire passage au travers, et alors je dis que le chemin de la balle se rompt dans le corps dur en s'éloîgnant de la perpendiculaire; ou bien la même balle peut être repoussée par la dureté du œrps où elle passe , en sorte néanmoins que le mouvement se répand et se continue successivement dans toute i épaisseur de ce corps (ainsi que le mouvement se répand dans toute la cloche quand elle est frappée par un marteau, ou bien comme la lumière se répaud quand elle passe dans un corps plus dur que celui d*où elle venoit ) ; et alors j-ai dit que la réfraction se fait vers la perpendiculaire. Or M. JJescartes n'a point réfuté cette distinction, et partant je ne dois point la changer s'il ne m'apporte quelque raison ou expérience au contraire : car pour les suppositions qu'il avance touchant les parois des pores par où la lumière passe ^ et toncbaiil le plus ou moins de vitcsi^e dans un corps dur que dans un mou, ou dans un dense que dans un rare (car je ne sais pas bien encore lequel des deux je dois dire,just[u a ce qu'il nous ait tlunué ses définitions du corps du]^ et du corps mou, comme aussi celles du dense et du rare, ce qu'il n'a point encore fait dans les écrits qu'il nous a donnés), elles
4jO htl I REi.
ne sont rien moins à mon avis >que des démonstrâ-
lions, puisqu'elles n*en suivent pas les règles et la méthode.
£n neuvième lieu, vous dites que M. Descartes
n'estime pas que j'aie rien dit contre sa démonstration toucliant la réfraction , laquelle pourtant j'avois condai;anée, et quil lui semble que je n'ai pas pris garde à la différence qui est entre la réfraction d'une balle et des autres corps qui tombent on entrent dans l'eau , et celle de la lumière. Je réponds que j*ai fort bien remarqué cette distinction; je Tai même rapportée et soutenue en Tar^ ticle précédent contre M. Descartes qui l'avoit condamnée. Maintenant de savoir si je n'ai rien dit contre son explication de la réfraction,, c'est à vous^ mon révérend père, à en juger, vous qui avez ina lettre entre les mains, li confesse pourtant que je lui ai objecté quelque répilgnance de son hypothèse avec l'expérience , et cela n'est pas peu de chose; cependant il n'y répond point. J'ai à la vérité observé dans les fleuves que l'eau alloit plus vite entre les bateaux qu'aux autres lieux où elle est libre et où elle n'est point empêchée ; mais cet exemple ne se peut appliquer à notre question , parceque dans les fleuves le mouvement plus rapide de l'eau qui coule entre des bateaux vient do son élévation ; et comme elle est en ces lieux-là plus chargée qu'ailleurs, ^a pesanteur lui donne du
mouyemenc et de k vitesse; ce qui ne peut arrifer à k matière subtile qui coule dans lés pores des corps durs ; car il ne se fait là aucune éiévatiou » et cette matière subtile n'a point de pesanteur. De
■ même quand un corps pesant se meut plus lentement sur un tapis de soie que sur^ une table de marbre , cek vient de ce que les parties de devant du tapis, qui sont élevées, s'opposent au corps pesant qui les touche et qui les presse, et empêchent le mouvement du fout , à cause de l'union et de k consistance de ses parties ; mais cela ne peut arriver à la matière subtile qui est fort fluide et qui n*a peint de pesanteur : ajoutez à cela qu'un corps pkt se meut plus facilement sur un tapis de soie y du sens que ses petits poils sont couchés, que de l'autre , pourvu que l'extrémité du corps qui est mû soit tant soit peu élevée au-dessus de i extrémité du tapis 9 et que ses petits poib fie fassent point d'effort pour se restituer en leur situa^ tion : tous lesquels empéciiements ne se rencontrent point dans le mouvement de k matière subtile lorsqu'elle coule dans les pores des corps durs.
£n dixième lieu , M. Descartes se pkint , ditesvous , que je lui veux faire accroire qu'il a imputé toute la perte de la vitesse au mouvement d'en bas , là où au contraire il a toujours très constamment dH que cette perte se doit Imputer à tout le mou* vement considéré simplement.
LXTTBS9.
Réponse. J'avoue quil a dit ea termes exfré» qu'il' âilloit imputer cette perte k tout le mouveinent; mais ayant dit dans le premier exemple qu'il a apporté que la seule détermiuatiou perpendicu-. laire, et' non la latérale ou vers la droite, étoît diminuée par la rencontre de la luile , il a dit par conséquent que tout le mouvement perpendiculaire étolt diminué : car la détermination le peut être, si par elle Ton n'entend le mouvement. Par conséquent , il n'a pas toujours constamment dit que la perte du mouvement se devoit imputer à tout ie mouvement simplement pris. Si donc il se, trouve avoir dit l'une et l'autre de ces deux choses, contradictoires , il ne doit pas trouver mauvais si je lui en attribue Tune , et ce n'est point lui rien imposer ou attribuer à iaux : de plus ^ s'il impute toute la perte de la vitesse k tout le mouvement , et s'il n'en nupute aucune au mouvement latéral ou vers la droite , il faut par nécessité qu'il impute toute cette perte aii seul mouvement perpendiculaire.
Vous voyez, si je ne me trompe, mon révérend
père, par toutes ces réponses, qu il ne m'a pas été difficile de répondre clairement et brièvement néanmoins à toutes ses objections ; d'où il est manifeste que cet homme savant et qui a beaucoup d'esprit, soit par négligence ou par prévention , n'a pas donné assez d'attention aux choses que j*avois écrites : je
I«1STTRBS. 47^
veux bien pourtaDt que vous lui fassiez voir le reste du contenu en cette même lettre, qui concerne la réfraction ; car il verra par là que le parallélogramme dont je me suis servi pour expliquer la réfraction de la balle n'appartient point du tout à la réfiraction de la lumière, comme il s'imagine. Pour ce qui est de cette démonstration de mon ami , si elle ne s'est perdue par l'accident que vous savez , j'es* père l'avoir la semaine prochaine : si je lai, je vous la ferai voir, et je n'empêcherai point aussi que M. Descaries iie la \ oie. J'admire la force de sou esprit, mais je souhaiterois qu'il apportât aux cho-; ses un peu plus de diligence, et si par votre moyen j etois si heureux qu'il la voulût employer à lire mes ouvrages , il n'y a personne à la censure de qui je voulusse plus volontiers les soumettre. Je suis, etc.
AU R. P. MËRSËNNË*.
(Lettre 34 dn tome III. Verdon.) Mon RèvéREXD vkm^
Quoique j'espérasse que ce que j 'a vois dernièrement répondu au commencement d'un certain écrit qui vous avoit été envoyé par un savant an gloîs me dût délivrer de la peine de répondre au reste, toutefois, parceque j'en viens de recevoir tout maintenant de la part de votre révérence les huit dernières feuilles, et que j'apprends en même temps qu'il y en a quelques uns de ceux que Ton met au rang des doctes qui tiennent pour de vraies et légitimes démonstrations ce qui est contenu dans cet écrit, et qui est contraire à ce que j'ai publié depuis quelque temps touchant les réfractions , je pense qu'il est de mon devoir de faire voir ici en peu de mots par quelles marques on peut recon-
* « Descartet re^tè Lejde In troi* premien temSku qui eoanooimt les premières ol^dom de H. HobLes , le 20 janvier ; il y répondit le 9 1. Il y a apparence qae, vers le 7 on 8 février, il reçut le reste, aaqoel il fit la réponse qui fait la 33^ et la 34^^ c'est pourquoi je Axe celle lettre en répense au 8 février 1641. > *
L8TTBBS. 4?^
adtre , ce qui dait être pris en cette metîère pour du Terre ou pour des diamants.
À la fîn de la troisierbe feuiiie, il se sert d'une raison très frivole pour réfuter ce que j'ai éciît dans la page 1 9 de la Dioptrique: car, dit-il , il «'«nsuivroit quiine balie aurait la connaissance des lais de la géométrie ; comme si de ce qu^une chose se fait dans la nature selon les lois de la géométrie, il s'ensuivoit pour cela quily eût de l'entendement ou de la connoissance dans les corps où ces lois s'exécutent. Pour moi, j'ai toujours cru que e t toit assez pour montrer ce qui se feroit, que de £ûre voir que les lois de la géométrie nous enseignoient qu'une telle chose se devoit faire ; et il ne dit rien du tout ici de nouveau , mais seulement il expU«* que un peu plus an long la même chose que j'ai dite, en disant que lorsque l'inclination est grande » la.résistance de l'eau est phis forte que l'impulsiofo vers le bas, ce que j'avois négligé d'expliquer comme une chose que tout le monde peut facilement concevoir ; maïs cependant Texplication qu'il en a iait» le jette par ses principes mêmes dans une grande difficulté : savoir est, comment, selon ses principes, la balle rejaillit à la rencontrede l'eau; car dira*t-ll que cela se fait à cause que la superficie do Tcau se courbe comme fait un arc , et qu'eu reprenant sa première situation elle repousse la balle?
Dans tout le reste, il ne traite que de la réfraction »
47^ LBTTRES.
et dans là première hypothèse il suppose une chose iausse^à savoir, que toute action est un mouvement
local: car, par exemple, lorsqu étant appuyé sur, un bâton je presse ia terre , Faction de ma main est communiquée à tout le bâton et passe jusqu'il la. terre, encore que nous. supposions que ce bâtoii ne se meuve point du tout, non pas même inseosiblement, comme il suppose un peu plus bas.
Pour sa cinquième hypothèse, à savoir, que l'air résiste moins au mouvement de la lumière que ne fait leau ou le verre, il ne la prouve point; cl je demande ici k qui de nous deux on doit ajouter plus de créance , ou à lui qui n'apporte aucune raison de ce qu'il avance, ou à moi qui ai démontré le contraire dans ma Dioptrique. £t< Ion ne doit pas s'imaginer qu^il y ait.en cela quelque vraisemblance de ce que Fair résiste moins au mouvement de nos mains que ne fait Teau ou le. verre ; car faction de la lumière n'est pas dans le corps.de Taîr et de Teau , mais dans une matière très subtile qui est contenue dans leurs pores.
Je veux ici vous avertir par occasion que quand, dans ma lettre précédente, j'ai dit que la lumière ne transmet ou se répand plus facilement dans les corps durs que dans les mous, cela se doit entendre de telle sorte, que cette dureté ne se rapporte pas à rattouchement de nos mains , mais seulement au mouvement de la matière subi lie, du peur que peut-
être quelqu'un ne se persuade qu'il s'ensuit de là que h réfimction doit être bien plus grande dans le verre que dans 1 eau j car , bien que le verre soii beaucoup plus dor que Teaa au respect de nos mains, tootefois il r\e résiste guère davantage au mouvement de la matière subtile.
La première proposition est tout*à-£ût imaginaire , et sa preuve se détruit , de ce qu*il se sert pour la prouver de sa première hypotbèse, qui a déjà été réfutée.
Si dans sa seconde proposition, an lit u de due que la balle est rsjelés, on dit qu'elle est repousêée, en sorte que cela s'entende seulement de Timpid* sien, et non pas du niuuvemeut, cette proposition est vraie 9 et n'est point différente de la mienne. ' Ge qu'il dit dans la troisième, touchant la systole, se détruit entièrement par ce qui a déjà été dit, comme aussi ce qu'il avance dans son corollaire touchant rinclination à se mouvoir, qu'il veut être ua mouvement f et cela par une fort belle raison , à cause , dit-il , que le principe du mouvement est un mouvement, car qui a jamais dit que llnclina' tion à se mouvoir fut le principe ou la preipière partie du mouvraent?
Dans la quatrième proposition il parle mal, quand il dit que le rayon est un espace solide; il auroit peut-être nrienx parié s'il eût dit que c'est une vertu ou une force répandue dans liu espace so-
LSTTASa*
lide ; mais il turoit encore mieux fait si , avec totu ies opticiens^ il i eût coDsidéré seulement comme vtne ligne; car par après il ne ae sert que de la largeur de ce rayon , comme aussi de sa ligne de lumière f pour ionder et établir ses raisons imagi> naires.
Mais sa principale erreur est dans lexplication de la cause physique de la réiraction ciesr9yoii9; car celle qu'il en apporte est non seulement chimérique, mais aussi contraire aux lois de la mécanique. £lle est chimérique, parcequ'elle est fondée sur la largeur qu'il attribue gratuitement aux rayons , et que par après il leur ote dans sa quatorzième proposition^et néanmoins il confessequ'ils se rompent en même façon que s'ils en avoient j et aussi parceque , si cette cause étoit vraie , elle de» vroit plutôt avoir lieu dans le mouvement d'une balle que dans le rayon de lumière, ce qu*ii a néanmoins nié auparavant , et qui est contre l'eupé^ rlence: comme aussi la raison pour laquelle il a voulu ci-devant qu'une balle se ron^pit dans leau ens'éloignantde la perpendiculaire sçpeut miew^ appliquer aux rayons de lumière ou du moins aussi bien qu'au mouvement d une balle , car il n'y feit aucune mentioii du mouvement successif. Ia seconde cause physique qu'il apporte de la réfraction des rayons « dans laquelle il considère le nK>Mvement successif d*un parallélogramme imaginaire.
est contraire aux lois ile la mécanique , tant parcequ'il suppose que ie mouvement de ta partie B ' du parallélogramnie ABCD est autant retardé par la superficie de Teau EDF, lorsqu'elle commence à la pénétrer , qu'un peu après,. lorsque plusieurs parties de la ligne CD sont enfoncées dans Peau , que parcequ'il veut que la vitesse du mouvement soit augmentée au passage que bit le rayon d'mi milieu plus dense dans un plus rare. Et néanmoins il ne sauroit donner aucune raisou de cette augmentation pcar on conçoit aisément que le mou« vement est retardé par la densité du milieu , mais il ne s'ensuit pas qu'où il n'y a pas tant de densité le mouvement s'augmente, mais seulement qu'il est moins diminué ; comme aussi pour d'autres raisons qu'il seroit trop long de rapporter ici.
Sa cinquième proposition , à savoir, que le rayon qui tombe obliquement doit être considéré comme ayant de la largeur , a déjà été réfutée et répugne k sa quatorzième proposition ; et même la preuve n*en vaut rien , où il avance sans raison et gratuitement qu'on doit prendre garde que le rayon opèire ou s'étend plus loin par une partie de son extrémité que par l'autre, ce que jamais personne ne lui ac cordera , qui voudra considérer le rayon sans aucune largeur.
Ce qui suit jusqu a la quatorzième proposition
■ Figure 46.
4to I.CTT«Eft.
•suit assez hktUf œmizie je pense, de ses principes : îe dk, oanmie jepense, pwœcioeîe ne i» pas la avec a5§ez d'attenticm pour l'oser assurer; mais ce fi'est pas merveille si la vente suit quelquefois de fiutMe» hypothèses; car il a accxmHDodé ces hypothèses à ia vérité qui lui étoit auparavant connue- Sur la fin de cet écrit, il ne propose nen, touchant les conieurs , que je n*aie écrit avant loi , si ce n'est qu li jj explique pas assez cette matière. Et c'est fort mal à propos qu'il dit qu'en supposant connne j'ai fait de petits globes, fai détrait Aa première faypotiàcse ; car eu les décrivant je n ai pas dit quil n*y avait rien dans les espaces que ces petits globes fie remplissent point, et je n'ai pas dû expliquer plus de choses qu'il n eu lalloit pour mon dessein. £nfin , potir le dire en on mot, je n'ai pas trouvé dans tout cet écrit l;i moindre raison qui fiit diffé- • rente des miennes , qu'on pût dire être vraie et lé* Iptime.
AU R. P. MERSENNE
KiPOirSK DB M* DBSCAETEi» A LA UTTEB PB M. HOBBES. ,
(Lettre 35 du tome IIL)
Mon Rim&REiro pàre.
Ayant lu à loisir le dernier écrit de votre Anglois» je me suis entièrement confirmé en l'opinion que je vous mandai il y a huit jours* que pavois de lui , et je juge que le meilleur est que je n*aie point du tout de commerce avec lui , et pour cette fin que je m^abstienne de lui répondre : car s'il est de l'humeur que je le juge , et s'il a les desseins que je crois qu'il a» Il seroit impossible que nous eussions communication ensemble, sans devenir ennemis, et j'ai me mieux qu'il en demeure où il en est. Je vous prie ^ seulement , si tous lui avez
* « Cette lecne est da 4 mu» 1641. Elle va «aiee Ueii jveqii'à la dec^ ai^ ligne de la page 164. Il laat avoir recours i la cofne de M. de Labire,
qoi est la 38* des mannaciits. >»
* ft^/nae. »
' « 7(9 prié aussi à» né hd etmmmniquer que té moins qut vous
pourrez de ce que "VOUS savez de mon opinion f et qui n'est point imprimé ; ccwjeme trompe fort si ce n'est un homme qui cherche dacquérir de la réputation à mes dépens, et par de mauvaise* pratiqttes. Que si vont tui- 8. 3i
promis de me faire faire réponse à ce dernier écrit, de lui dire que je toos ai mandé que ce qui mVm pèche d'y répondre , est que je me promets que VOU& me i&rez la fiaveur de répondre pour moi , et que vous me défendrez beaucoup mieux que je ne me pourrois défendre moi«méme, outre que j*ai des occupations qui ne me permettent en aucune façon de donner du temps à de telles conférences , en buite de quoi yous pourrez l'assurer, s il j avoît encore par hasard quelque autre paquet de lui par les chemins, que je n y répondrai pas lin seul mot, et que ce seroit peine perdue de m'en envoyer davantage. Mais cependant, afin que vens ne pensiez pas que ce soit faute de savoir que dire que je m'abstiens de lui répondre, je mettrai ici mon sentiment touchant les quatre premiers points.
Premièrement, quand j'ai parlé d'esprit, j'ai «Wlem^a^ dit-il, un corp$ subtil et fluide^ donc c'est ia mêtnê chose ^wsamaiiiresubiUe; comme si toutes les choses qui conviennent ensemble sous un certain genre, ou sous quelque générale description « étoient pour cela absolument les mêmes; par exemple, un cheval est un animai à quatre pieds qui a une queue ; et un lézard est aussi un animal
avez promis de me faire faire une répon-,r' a ce- dernier rcru , -tous m'en 9xcmere», s'il vous plaù, envers lui, sur ce que Je m'assure que t^ous me défg$Êdm bêaucoup mieux que je ne me pourrois défendre moi-même.
£t m0H qm 'UOÊiijr ajre» moitu de pMe, fe m'en vaii mettre ici mom
imÊtimmt de tes dix foimtté ■
LJBTTRBS.
àquAtre fktdB qui a une queue; donc un dievâl
et un lézard sout la même chose.
Secondement, puisqu li prétend que son esprit mlerae et ma matière subtile ne aont point difiérents, il a ici a prouver deux cbases qui sont contradictoirement opposées; c'est à savoir, que le même corps subtil en vertu de son agitation est là cause de la dureté, ainsi qu'il estime, et qu'en vertu de la même agitation il est la cause de la mollesse, ainsi que je pense. Mais il change l'état de la question j et après avoir supposé que la dureté dépend d'un mouvement fort vite p et la moJ^ lesse au contraire d'un mouvement plus lent, il prétend que cela su£dt pour son dessein, quoique j'estîme tout au contraire qu'un mouvement fort rite cause la mollesse , et que la dureté vient du repos des parties ; à quoi il ajoute que je fais plutôt voir id la volonté que la raison que j'ai de contredire, à cause que je ne veux pas croire que des choses qui sont tout-à-iait opposées soient une même chose. Mais n'estce pas lui au contraire qui £aiit voir qu'il ue lui importe pas quoiqu'il soutienne, pourvu seulement qu'il ait lieu de disputer? Car que ÎBÔt cdia à l'af&ire , que son corps subtil soit la même chose que ma matière subtile, ou qu'elle ne le soit pas ? vu principalement que si c'est la même chose , je puis dire qu'il a emprunté cela de moi , puisque j en ai écrit le premier ; et qui
art-il de plus hors déraison que de tooloir qnepoai'
lui applaudir, je confesse que je suis dans un sentiment que je n'ai point, et que j*aî déjà plusieurs fois témoigné ne point avoir? Ce qu'il ajoute ensuite . ne l'est pas moins, et il m^attribuo une opinion touchant la dureté , laquelle , comme vous savez , je n*ai jamais eue ; mais je vous prie que par votre moyen il n'apprenne rien de plus de mes principes que ce qu'il en sait déjk
Troisièmement, ce que j'ai avoué dans ma pré^ cédente se pouvoir dire , j ai cru qu'il pouvoit être entendu en un sens auquel il seroit vrai ; mais qall pouvoit aussi être entendu en un autre sens , et inème plus commun, auquel il sera faux; ce qui a hkt que je n*ai pas voulu me servir de cette façon de parier, comme étant moins propre, etquiauroit pu donner aux lecteurs occasion de se tromper; et cela m'a semblé une raison très juste pour ne m'en pas servir; mais il me semble fort injuste de ne la vouloir pas recevoir pour une raison valahle; et même jè le trouve grandement-importun de vouloir inférer de là que je n'ai pas bien entendu la chose, vu que lui-même ne l'entend pas bien encore, comme je ferai voir tout maintenant , et d'oser pro. poser ici pour démonstration une chose qui n'eu a que l'apparence, pouç surprendre ceux qui ne sont pas assez intelligents.
Car, premièrement, je voudrois bien savoir ce
qu'îlsuppoée quand il dit que iaviUued'À ' verêB mit àlatfiUne à' A vêr$ C comme ia ligne À Bàiaiigne
ces deux vitesses composent la vitesse qui est de B vmC, Car il ne peut pas supposer que la balle se meuve en même temps d*A vers B et vers C, puisque cela est impossible; mais sans doute quil a voulu dire la vitesse de fi vers A et G; en telle sorte que Ton conçoive que la balle se meuve de B vers A sur la ligne BA , et que toute cette ligne BA se œeuve vers NC; si bien qu*en même temps la balle parvienne de B en A, et la ligne BA à la ligne NC; >car, par moyen, le mouvement de la balle décrira la ligne BC ; mais peut-être qu'il a embarrassé ce\BL -tout exprès pour faire semblant de dire quelque chose , quoiqu'il ne dise pourtant rien qui ne soit •inutile. Car pour prouver que la vitesse de B vers . C est composée de celle de B vers A, et d'A vers C l il les divise toutes deux en disant » que parceque le mouvement d'A vers B (c'est-à-dire de B vers A) est composé des mouvements de F vers A et de F vers B, le mouvement composé AB ne.contribuera, pas plus de vitesse au mouvement de B vers C qu'en a contribué FA; ni le mouvement composé AC, plus qu'en a contribué AE, etc. D'où il eût du conclure que BC étoit composé de FA et d'AE , et non pas de BA et d*AC : mais cela ne dit rien; car la ligne JFA et AE n'est autre que BC* En quoi il a fiiit de
» rifnre 47.
méfoe que »ii eùl voulu prouver qu'une cognée Mt composée d'uoe forêt et dSihe montagne, k
( a use que la foret a fourni le bois pour laire le manche, et que la mootague a fourni la far. qui a été tiré de ses mines. Et après tout cehi il m'accuse fort civilement d avoir commis un paralogisme; mais en quoi pensez-vous que consiste ce paralo* gisme? en ce que j'ai dit que je n'avcns pas voulu me servir d'une façon de parler si impropre.
Quatrièmement, il montre ici qu*il se trompe en cela même où un peu auparavant il avoit dit^ que Je ne devais point avoir peur des paraiogismcê qm lêê aufret poufoimi'eûmmeUre : car it en oou»met un lui-même, en ce qu'il considère le ujouvement déterminé au lieu de la détermination* £t pour bien entendre ceci , il fiint savoir que le moavement déterminé e$t à la lietcrmination même du mott3mnent comme un corps plan est au p^âh^ou à la surface de ce corps : car de même qu'une suriàce étant changée, il ne s'en^t pas que ie$ autres k aoient ausri, ou qu'il leur arrive plus ou moins de corps, encore qu'elles soient dans le même corps, et qu'elles ne puissent être sans lui ; de même aussi de deux déterminations Tune étant changée , il ne
s'ensuit pas que 1 autre le soit aussi, ou qu'il lui arrive plus de mouvement ou de vitesse, encore que ni Tune ni l'autre ne puisse être sans mouvement.
Que si notre philosophe avoit entendu cela , il ne
LITTRBS. '
pas comni6 ii Édit y (jju^ j6 dcoois avoir déiiion^ tré f 00 ia (mile retenant 0ta$ la viime )qu*eih avoii ^aand elle est venue d*A * vers B y il est impossible ^uqiie puisse aller plus loin vers la même déterminatùm ^ à eav&ir were la dr&ife 9 jmqu'en E ; car il auroit vu que cela même avoit été démontré , de ce. que j'a vois prouva que^la déteroiiaation vers ia droite n'étoitipoint diaa^l éitr le'lii^ peut étie augmenté ou diminué vers ce côté-là, que cette détettniaatioQ n augmente c^a ne dimïnùe à proportion; de méme^W'édrtpo'iié (iet^ changé en sa superficie, q^ue sa superficie ne soit aussi en même temps qhaagi^c;^ et aéanmoîns ia dé* termination n'est pas le mouvement, non plus que ia superticie n'est pas le corps. Et ii n'auroit pas dit après- cela, màintetuM,- détemmuÊitioint èoni dée mcmements, eîe. i ear tes^fët^màinàtiôBS ne sont pas plutôt des mouvements que les superâcies sont des corps; mais il sô ^ompe iui-^ii(iéttiev ^^éè ^U*lt' considère lé moîivenftent déterminé au lieu de la détermination , aiasf que j'avois promis dé- iaire - ¥€ir. .^'atirckis honte'^dera'iacv^^et pàus'ipb^teiriîftaf * à réfuter le reste de ses discouis et de perdre da-» ' vantage de. temps à une cljK>se sir iautile^ G'e8C^ptMir<-' ' quoi je vous pomets de iie«&pci»Éi4ri»ijMil^
* Figure 4$.
■ "Le veste de <Mtte lettve est «lebs le 38^ de» miuueêriki de LiIiiTe , 4 c64x. <*
466 LiETTHES.
à tout ce que yous me pourries envoyer de lui, et
je ne me laisse nullement flatter par les louanges. que vous me mandez qu'il me donne; car je coii«< nois qu'il n'en use que pour faire mieux croire qu'il a raison en ce où il me reprend , et où il m'impute fiiuflsement des fautes* . .
Tous* vos amis ont bien parlé de Varc; mais
M. de Robârval a considéré le premier moment auquel la flèche commence à se mouYCMr» et les autres ont considéré, celui auquel eUe c^e d'être poussée par la corde. Je suis, etc.
Trr DAifs vus autbb lbttrs on tkoitvk ck qui sniT,
TOUT TOtCI LA VEHSIOlf.
Quant i ce que vous me mandée, de TAnglois^
qui dit que son esprit et ma matière subtile sont la.méme chose, et qu'il a expliqué par s<m^mo||renlai lumière et les sons dès Taniiée i65o, ce qu'il croit
être parvenu jusqu'à moi^ c'est une chose puérile et digne de risée. Si sa Philosophie est telle . qu'il ait peur qu'on la lui dérobe, qu'il la publie; pour moi je. lui promets que je ne me hâterai pas . d'un moment à publier la. mienne à son occasion. Ses derniers raisonnements que vous m'écrivez sont aussi mauvais que tous les autres que j'ai vus.de lui. Car, premièrement, encore que lliomme et Socrate ne soient pas deux divers suppôts, toute-
' « Ce pelât dînm nW pa» de cette lettre. •>