‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 9 sur 15 · L£TT · texte numérisé non relu

L£TT

fois on sd^fie aatre chose par le nom de Socrate que par le nom d'homme, à savoir les dlCCérences individuelles ou particulières; de même le mou* vement déterminé n'est point différent chi mouyementy mats néaomoins la dét^minaliou est au* tre chose que le mouvement»

Secondement, il n'est pas vrai que la cause ef- 0ciente du mouvement soit aussi la cause efficient^ . de la détermination; par exemple, je jette un^ balle contre une muraille, la muraille détermine" la balle à revaiir vers moi, mais elle n'est pas la cause de son mouvement.

Troisièmement, il use d'une subtilité très légère quand il demande si la détermination est dans le mouvement comme dans un sujet; comme s*il étoit ici question de savoir si mouvement est une substance ou un accident; car il n*j a point d'in* convénient ou d'absurdité à dire qu'un accident soit le sujet d'un autre acddeut, comme on dit que la quantité est le sujet des autres accidents; et quand j'ai dit que le mouvement étoit à la détermination du mouvement comme le corps plaii est à son plan ou à sa surfiioe, je n'ai point entendu par là faire comparaison entre le mouvement et le corps comme entre deux substances ^ mais seulement comme entre deux choses concrètes, pour montrer qu'elles étoient difiérentes de celles dont on pouvoit faire l'abstraction.

LEXTBESi

£iifin, c'est très mal a propos qu'il conclut qu'une déterjumation étaut changée , les autres te doivent être aussi; paroeque, dH-il^ toutes ces déterminations ne sont qu un accident sous divers noms : si cela est, il s'ensuit donc que selon hii l'homme et Socrate ne sont qu'une n|éme chose sous deux noms ciiiït rents, et partant pas une différence individuelle de Socrate ne sauroit périr, par exemple, la coonoissanoe qu'il à de la philo» Sophie, qu'en même temps ilnecesse d'être homme. Ce qu'il dit ensuite, à savoir qu'un mouvement n'a qu'une détermination, leat le même que si je disois qu'une chose étendue n a qu'une seule figure , ce qui n'empêche pas que cette figure' ne se puisse diviser en plusieurs parties comme la détermination le peut aussi être.

Ce qu'il reprend en la Bioptrique, page lô, Usât voir seulement qu'il ne cherche que les occasions de reprendre, puisqu'il me veut imputer jusqu'aux fautes de l'imprimeur; car fai parlé en ce lieu là de la proportion double, comme de la plus simple, pour, expliquer la ckose plus facilement , à cause que là vraie ne peut être déterminée, pour« ce qu'elle change à raison de la diversité dès sujets. Mais si dans la figure, la ligne HF n'a pas ét飻ite justement double de la ligné AH, c'est la fiiute de rim primeur/ et non pas la mienne. Et en ce qu'il * dit être contre rexpérience, il se trompe entière^

LETTllES, * 49*

roeiit, à cftose qa'en csela l*expérieDce varié selon

la variété de la chose qui est jetée dans Teau, et de la vitesse dont, eiie est mue. £t je ne me suis pas IBJS en peine 4e corriger en ce liea-là la faute de

riioprimeur, pourceque j ai cm aisément qu'il ne se trouveroit point de lecteur si stupkle, qu'il eut de la peine à comprendre qu'une ligne fi&t double d uue autre, à cause que la iigure en représente luie qui n'a pas cette proportion, ni qui fut aussi peu juste que de dire que pour cela je méritoîs d*étr6 repris. Eiïdn iursquil dit que j approuve cette partie de ces écrits que je- né reprends points et dont je ne- dis mot, il se trompe encore; car il est plus vra; que c'est que je n'eu ai pas &tit assez de cas pour croire que je dusse m'emplojer à la réfuter.

AU R. P. MERSENNE'

(l«ettre S'i du tome II.)

Mon révérend père,

Ce mot n'est que pour vous dire que je n'ai pu encore pour ce voyage vous envoyer ma réponse

» " Cette lettre rêpondaut à une da P. Mersenne, datée du ig janvier, doit être du aâ février. >»

aux objections 9 partie à cause que j'ai eu d'autres, occupations qoi ne m'ont quasi pas laissé un jour

libre , et partie aussi que ceux qui les ont faites semblent n'avoir rien du tout compris de ce que j'ai écrit, et ne Tavoir lu qu'en courant la poste, en sorte qu'ils ne me donnent occasion que de répéter ce que j'y ai déjà mis , et cela me fait plus de peine que s'ils m'avoient proposé des difficultés qui donnassent plus d'exercice à mon esprit : ce qui soit toutefois dit entre nous, à cause que je serois très marri de les désobliger , et vous verrez par le soin que je prends à leur répondre , que je me tiens leur redevable, tant aux premiers qu'à celui aussi qui a fait les dernières , que je n ai reçues que mardi dernier, ce qui fut cause que je n'en parlai point en ma dernière , car notre messager part le lundi.

J'ai parcouru le livret de M. Morin ' , dont le principal défaut est qu'il traite partout de Tinfîni, comme si son esprit étoit au-dessus, et qu'il en put comprendre les propriétés , qui est une faute commune quasi à toiLs , laquelle j'ai tâché d'éviter avec soin ; car je n'ai jamais traité de finfuii que pour me soumettre à lui, et non point pour déterminer ce qu'il est ou qu'il n'est pas. Puis avant que de rien- expliquer qui soit en controverse dans son sadème théorème, où il commence k vouloir

» n De Deo. »

prouver que Dieu est, il appuie sou raisouaement MU* ce qu'il prétend avoir réfuté le mouvenient de la terre, et sur ce que tout le ciel tourne autour d'elle , ce qu'il na nullement prouvé; et il suppose aussi. qu'il ne peut y avoir dénombre infini, etc.^ ce qu'il ne sauroit prouver non plus , et ainsi tout ce qu'il met jusqu'à la ûn est fort éloigné de l'évidence et de la ca*titude géométrique qu'il semble promettre au commencement. Ce qui soit dît aussi, s'il' vous plaît, entre nous, à cause que je ne désire nullement lui déplaire*

Je viens de recevoir votre dernière du dix neuvième janvielr, avec le papier de 'M. des Argues , que je viens de lire tout promptement. L'invention en est fort belle, et d'autant plus ingénieuse , qu'elle est plus ^simple ; car il n'y a pas grande d\£ficnlté à reconnoître qu'elle est conforme à la théorie , en considérant seulement que ces trois premières verges représentent trois lignes droites en la superficie du cône que décrit l'ombre du soleil ce jour-là, et que leur rencontre est le sommet de ce cône : que le triangle est imaginé inscrit dans le cercle de l'cquateur , duquel il trouve le centre par la rencontre des deux perpendiculaires sur les deux côtés de ce triangle, et que la ligne tirée de la rencontré de ces perpendiculaires à l'un des angles est le rayon de ce cercle, d'où le reste est évident.

494 litTTBteB.

Mais il me semble que pour la pratique, l'usage de ces deux fib de métal n'est pas si exact «que s'il &isoit faire uii triangle de carton ou autre matière, dont on appliqueroit les trois a&gl^ aux trois divisions marquées sur les verges , après y avoir fait un trou rond de la grosseur Ju style , dont le centre seroit en la rencontre des perpendiculaires; car en passant le style par ce trou et le haussant jusqu'à la reucontre des trois verges, on le poseroit en sa juste situation.

Je vous prie de l'assurer que je suis fort son serviteur , et le remercie de ce qu'il a souvenance de moi , pour m'envoyer de ses écrits. Je n'ai pu encore étudier son Traité pour la coupe des pierres, à çause que je n'en ai pas reçu les ligures. Si voua m'apprenes quelque chose de ce qu'il dit avoir trouvé touchant l'algèbre , je pourrai peut-être juger ce que c'est en peu de mots; mais pour ce qui est de se servir en même façon du piu» et du minm, ^ c'est chose que nous avoub toujours pratiquées. Je vous suis extrêmement obligé de tous les bons avis que vous me donnez touchant ma Métaphysique et autres choses.

Je prétends que nous avons des idées non seulement de tout ce qui est en notre intellect , mais même de tout ce qui est en fa volonté : car nous ne saurions rien vouloir, sans savoir que nous le voulons , ni le savoir que par une idée , mais je ne

metB point que cette idée soit diiSéreate de l'action ' Hiéine.

Il n'y aura, ce me semble, aucune difiiculté d'ac* commoder la théologie à ma £siçon de philosopher; car je n'y vois rien à changer que pour la transsub* stantiation, qui est extrêmement claire et aisée par mes principes, et je serai obligé de Texpliquer en ma Physique, avec le premier chapitre de la Genèse, ce que je me propose d'envoyer aussi à la Soii>onne9 pour être examiné avant qu'on l'imprime : que si vous trouvez qu'il y ait d autres choses qui méritent qu'on écrive un cours entier de théologie , et que vous le vouliez entreprendre , je le tiendrai a iaveur, et vous y servirai en tout ce que je pourrai.

J'ai connu autrefois un M. Ohaveau, à hi Flèche, qui étoit de Melun; je serai bien aise de savoir si ce ne seroit point celui-là qui enseigne les mathéinatiques à Paris ; mais je crois qu'il s'alla rendre jésuite , et nous étions lui et mbi fort grands amis. J'ai reçu il y a déjà quelques semaines le livre de M. de la N. , et un aulre du dixième livre d'Euclide, mis eu François; mais, pour vous avouer la vérité i sur ce que M. de Z. m'avoit dit , avant que de me les envoyer, qu'ils ne contenoient rien de fort exquis , et que j'avois d'autres occupations, je les d laissé reposer après avoir In deux on trois heures dans le premier , sans y rien trouver que des

paroles. Je ne crch point qu'il faille rien changer de ce que j'ai mis au commencement de ma Métaphysique à roccâsion du sieur N. 1 car c'est le moins que j'ai pu et que j'ai cru avoir dû dire sur ce sujet; car je me seroîs fait tort de n'en avoir point du tout parlé » vu que son écrit a été vu de plusieurs, et je vous assure que je me soucié aussi peu qu'il le fasse imprimer, que j'ai fait du pentalogos que vous avez vu. Je croi^donc qu'en faisant imprimer ' ma Métaphysique^ il sera bon d'y mettre ce com-. mencement, afiii qu on voie que ce que j'avois écrit dans le discours de ma Méthode n'est que la même chose que j'explique plus au long; mais il est vrai que pour faire écrire des copies ce sera assez de commencer par l'abrégé que je vous ai envoyé.

le serai bien aise qu'on me fasse le plus d'objections, et les plus fortes qu'on pourra, car j'espere que la vérité. en paroitra d'autant mieux; mais je vous prie de fsiire voir ma réponse et les objection» que vous m'avez déjà envoyées à ceux qui m'en voudront faire de nouvelles , afin qu'iis ne me pro* posent point ce à quoi j'aurai déjà répondu. J'ai prouvé bien expressément que Dieu étolt créateur de toutes choses , et ensemble de tous ses autres attributs ; car j'ai démontré son ( xistence par l'idée que nous avons de lui, et même parcequ'ayant en nous cette idée nous devons avoir été créés par lui ; mai$ je vois qu on prend plus garde aux titres

lETTRES. 497

qni sont dans les livres qa'à tout le reste: ce qui

me fait penser qu'au titre de la seconde méditation de mente humana , on peut ajouter ^uod ipsa »it no- Uar qmm t&rpuê » hfin qu'on im croie pas que f aie voulu y prouver son immortalité, et après, en la ^ troisième de Deo quod exiitat, el la cinquième de mentia rerum materialium^ et iterum de Deo quod existât, en la sixième rfe exiFientia rerum mater ia^ Uum, et reali mentis à corpore dUUnetione : car ce sont la les choses k quoi je désire quV>n prenne te plus gai tic ; mais je pense y avoir mis beaucoup d'jivtr^ choses, et je vous dirai entre nous que ces six méditations contiennent tous les fondements de jma physic^ue, mais il ne le faut pas dire s'il vous plaît, car ceux qui favorisent 4^ristoteferQient peui^ être plus de difficulté de les approuver; et j'espère que ceux qui les liront s'accoutumeront insensiblem^t à mes principes ) et en reconnoitrtmt la vé« rité avant que de s'apercevoir qu'ils détruisem ceux d'Aristote*

1 — iT"h'in'r>rvaTniiT^iT"ini^T>Tnn^riri'ifi'i^ri^-i-iri->ririftfW>iVir>f>rif^

AU R. P. MER SENNE •

(Lettre Z09 du tome m.)

D» Leyde, U t$ ma» ffiix.

Je VOUS envoie enfin ma réponse aux objections de M. Ârnanit , et je vous prie de changer les cho* ses suivantes dans ma Métaphysique , afin qu'on puisse connoître par là que j'ai déféré à son jugement, èt ainsi que les autres , voyant combien je suis prêt à suivre conseil , me disent plus francheliient les raisons qu'ils auront contre moi^ s'ils en ont , et s'opiniàtrent moins à me contredire sans i^isoQ.

La première correction est m synùpsi adquartam

meditattonem. Apre-s ces mois cjuam ad rclufua in^ uUigenda 9 où je vous prie d'ajouter ceux-ci .* ( Sed ibi intérim est advertendum nuUa modo agi de pec" catûjVel crrore (jui committitur in perse cutione boni etmaliy $ed de eo tantum qui cohtingit in dijudicatione veri et faUi^ née ea epeetari qwB ad fidem pertwêni^ vel ad vitam agendanif sed speculativas tantum, et

■ « Cette lettre cet h 39* dee maniucrit» de lahice. «•

$oUui luminiê natwralU ope eogniUu veritates), et de les enfermer dans une parenthèse, afin qu'on voie

(ju ils ont été ajoutés.

Dads la sixième méditation, page 96, après ces mots : Cum autkorem meœ originit adhue ignorarem^ je vous prie de mettre (veL saUem ignorare me fin^ ^erm) aussi entre parenthèse. '

Puis dans ma réponse aux premières objections, où il est question , an Deus dici possU esse a se ut a eauta, à Tendroit où sont ces mots: jâdeo ut ei putarem nullam rem idem quodanwiodo esse posse erga u ipsam, etc., je vous prie de mettre à la marge : Notandum estperkac verba nihilaliad intei* iigi, quam quod alictijus rei essentia talis cssepostitp ' ut nuUa,cama efficiente indigeat ad exUtendum^

£t un peu plus bas, où sont ces mots: Jto, ètiam si Deus nunquam non fuerii , quia tamen ille ipse est éjui ee rêvera conservât^ etc., je vous prie aussi de mettre à la marge : Notandum etiam hie non intèl" ligi conservationem quœ> fiât per positivum uUum catuct effieientii inpixwn; eed tantum, quod Dei éêsentia iit talis ut non posêit non semper existera

£t trois lignes plus bas, ou sont ces mots : Etsi snimii qui putant impossibiie e$$e ut aiiquid $it causa efjficiens euîtpsiusj non soleant, etc. je vous prie de corriger ainsi le texte : Elsi enim ii qui non nisi ad propriam et sirictam efficientis iignifieatianém atten^ dentés, cogitant impossibiie esse ut aiiquid sit causa

500 LtiTTTlIES.

effiùiêfu kiiipHUê^ nuiiuimque hic atiud anHim genuê efficienti aruthgum hemn kabere animadi^ertunt, non ioleant , etc. Car mon intention n'a pas été de dire que alHfuid point esse eauset efficient $ui ipsius , en parlant de efficiente proprie dicta , mais seulement que lorsqu'on demande un aiiquid possit esse a se, cela ne se doit pas entendre, de efficiente proprie dicta ^ paiceque, comme j'ai dit, nugatoria es^ct ^umsUoi et que Taxiome ordinaire de Técole, nihil patest esse causa ef^dens sut ipsius , est dàtuse qu'on n'a pas entendu le mot a se au sens qu'on doit ' entendre; en quoi je n'ai pas voulu toutefois aper* Idment blAmer l'école.

Je vous prie aussi de n'.oublier pas la correction dont je vous ai éôrit dans mei précédentes pour la fin des mêmes réponses, où sont ces mots, deinde 'quia cogitare nonpossumus, etc., car, pendant que mon écrit n'est pas imprimé « je pehse aVoir'droit d*y changer ce que je jugerai à propos. Je pense aussi avoir quelque droit de désirer que dans les objections de M. Arnatdt, vers la fin de belle où H examine an De us sit a se ut a causa , et où il cite de moi ces paroles ; Adeo ut si putarem nuilam rem idem esse passe erga seipsam^ etc., qu'on mît, idem quodammodo esse, etc. Car ce mot quodamuwdu , qu'il a oublié V change le sens, et il est ce me sem*^ blé mieux que je vous prie de l'ajouter dans son texte , que si je l'accusois dans ma réponse de n'a-

UTT|t£$. Soi

voir pa^ cité ie mien fidèlement , outre qu'il semble ne ravoir omis que par oubliance. Car il conclut,

cum eindcfilissiinum sit nihil ullo modo cr^a se ipium, etc., où son uUa modo se rapporte à mon

Je poi/rrois en même lacua vous prier de mettre au Gommenceineut de la même objection , où ii cite de moi ces mots : lia ut Deus quodammodo idem prœslet respecta sui ipstus^ etc., de mettre» dis-je, ceux-ci, lia ut lieeai nobii cogitare Deum 4fuôdammado idem prmttare , etc. , comme II y a dans mon texte. Et un peu plus bas où il me cite, disant que effieienti$ signifieatio non videtur ila ess^jr^P' tringenda^ il omet la principale rnison que j'entai donnée, qui est que nugatoria quœstio esset, etc., et rapporte seulement la inoins principale; niais j'ai remédié à cela tout doucement par ma réponse; c'est pourquoi il importe moins de le ciianger , et il ne lefaudroit pas faire sans sa permission.

Je vieusà votre dernière du deu\ii uie mars, que j ai reçue il y a huit jours, car je nai point eu 4^ vos lettres à ce voyage : vous y parlez de Topinion de l'Anglois qui veut que la rcflexion iles corps ne se fasse qua cause qu ils sont repoussés c^omme par un ressort , par les autres corps qu'ils rencontrent; mais cela se peut réfuter bien aisément par l'expérience. Car s'il étoit vrai , il faudroit gu'en pressant une balle contre une pierre dure, aussi

5od. LETTRS5.

fort qu'elle frappe cette même pierre quand elle est jetée contre elle, cette seule pression la pût Êiire

bondir aussi haut que lorsqu'elle est jetée contre. £t cette expérience est z\séé k &ire , en tenant la balle du bout des doigts , et la tirant en bas contre une pierre qui soit si petite qu'elle puisse être entre la main et la balle , ainsi que la corde d'un arc de bois est entre la main et la flèche, quand on la tire du bout des doigts pour la décocher; mais on verra que cette balle ne rejaillira aucunement , si ce n'est peut-être fort peu en cas que la pierre se plie fort sensiblement comme un arc. £t pour leur, faire avoufr que la balle ne s'arrête en aucune façon au point de la réflexion , il leur faut faire considérer que si elle s'arretoit quand la réflexion se iisiit justement à angles droits, elle devroit aussi s'arrêter quand ils sont tant soit peu moindres, et ainsi par degrés, encore qu'ils soient les pins aigus qui puissent être , car il n'y a pas pins de raison pour l'un que pour l'autre ; mais ces angles plus aigus sont les angles de contingence, qui se trouvent en tous les points imagina])les qui sont en la circonférence d'un cercle, en sorte qu'il iaudroit imaginer que lorsqu'une balle se meut en rond , elle s'arrête eu tous les points de la lienc qu'elle décrit ^ ce qui ne se peut soutenir que par une opiniâtreté ridicule; si ce n'est qu'on avoue aussi qu elle s'arrête en tous les points de son mouvement

LETTRES. 5o3

quand elle va en ligne droite; car on ne yolt pdnt qu'elle aille notablement plus TÎte en droite ligne qu'en rond. £t si on veut qu'elle s'arrête en tous les points de son mouvement, ce n'est rien de particulier de dire qu'elle s'arrête aussi au point de réflexion; et il leur faut expliquer la cause qui lui Êdt reprendre son mouyement après qu'elle l'a perdu en chacun des points où elle s'arrête, ainsi qu'ils prétendent la donner par leur ressort , qui le lui £ut reprendre au point de la réflexion. Mais je ne me souviens point d'avoir ilit que ses conclusions touchant la réfraction suivissent mal de ses suppositions; car en effet je crois qu'elles suivent bien , et il n'est pas malaisé de bâtir des principes absurdes dont on puisse conclure des vérités qu'on a apprises d'ailleurs ; .comme si je disois omnit equus est raiionalis, omnis homo est equus; erga onrnU homo est rationalU : la conclusion est bonne, et l'argument est en forme , mais les principes ne valent rien.

Je suis bien aise que M. Petit ait pris quelque

goût en ma Métaphysique ; car vous savez qu'il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se convertit , que pour mille justes qui persévèrent.

Je vous laisse le soin de tous les titres de ma Alé-» taphysique; car vous en serez s il vousplait le parrain : et pour les objections, il est fort bon de les nom mer primœ ohjectwneê, gecundœ objectiçnes, etc.,

So4 LETTRES.

«I après de mettre, ntpanm ad objêeUmm » (dut&t.

que êolutiones objecttonum , afin de laisser juger au lecteur si mes réponses en contiennent les solutions ou non. Car jl &ut laisser mettre êolùiwnBê

^ ceux qui n'en clonueut que de fausses , ainsi que

ce sont ordinairement ceux qui ne sont pas nobles qui se vantent le plus de l'être.

Je ne vous envoie pas encore le dernier feuillet de ma réponse à M. Amault, où j'explique la trau»-. subèian^ation suivant mes principes; car je désira auparavant lire les Conciles sur ce sujet , et je ne les ai encore pu voir. Je suis, etc.

R. P. MEKSENNE ». •

(Lettre S4 du tome n.)

Mon RÉvéREHD PÉRE,

J'ai été deux ou trois voyages bans vous écrire, partie à cause que j'ai eu peu de cboseft à vous

■ « Cette lettre n'est pas datée; mais comme dans la 40*^ de.s mancucnt» 4eLdiire» fixement datée dn 3i mars 164 M. DeicHrtMdit ffiikyM denMvm* k la oampiigae, k une demi-lieae de Leyde, et fu^aa eooMaf»ccnent de ocU*.^ il «'excaM d'avwr été trois «emaiiies mus écrire , sar ce qae ton HÎoiir à b cunpagDe ra rendn pliu oé^Sgent, Il «tt aisé de co^jaclvior ^e cette lettre est datée du aa avril 1641.

I*£TT&£â. 5o5

mander, et partie aussi que le séjour de la campagne m-a renda un peu plus négligent que je u'étois auparavant ; je n^ai pas laissé toutefois de chercher la question de M. des Argues, car la façon dont vous me l'avicà proposée étoit telle , qu'il n'eût pas été honnête que je m'en fusse excusé ; maïs pourceque je n'avois pas encore achevé il y a huit jours que j'appris par votre lettre que M. de Rob. l'avoit trouvée, il me sembla que je ne m'y devois pas arrêter davantage , car le calcul en est fort long et difficile, et en effiet je n'y ai pas pensé depuis.

Les lieux de saint Aupnsîin cités par M. Ai nault sont en la seconde page, Ubri secundi de iibero ar- Htricr, eapite tertio. Puis en la neuvième page il cite, de animœquantitate, cap. 1 5, et Soi, 1. 1 , cap. 4o. Mais au principal passage qui est en la pénultième page, tria ênim êunt^ ut sapienter monet Jugusli-* nus, elc, 9 a il oublié de citer le livre. Je me remets, entièrement à vous de ce qui concerne rappr<d>ation et l'impression de ma Métaphysique, car je sais que vous en avez plus de soin que je n.en pQurrois avoir moi-même , et vous pouvez mieux juger ce qui est expédient ^ étant sur les lieux, que je ne puis faire d'ici.

J'admire les objections de vos docteurs, à sar voir que nous n'avons point de certitude, suivant ma philosophie , que le pri^e^ tient l'hostiç a Tautel , ou qu'il ait de l'eau ppur baptiser , etc.

5o6 L£TX&£&

Car qui a jamais dit , ménie entre les philosophes de l'école, qu'il y eût autre certitude que morale de telles choses ; et bien que les théologiens disent qu'il est de la foi de croire que le corps de Jésus- Christ est en r£ucharistie , ils ne disent pas toutefois qu'il soit de la foi de croire qu'il est en cette hostie particulière, sinon en tant qu'on suppose ex fide humana quod saeerdos hatuerit voluntatem eomeerandi^ et quod verba pranunciarit , et tit rite ordinatus ^ et ta lia quœ nuiio modo mnt fide.

Pour ceux qui disent que Dieu trompe contînuellement les damnés, et qu'il nous peut aussi continuellement tromper, ils contredisent au fondement de la foi et de toute notre créance, qui est que Deus meniiri non poiest^ ce qui est répété en tant de lieux dans saint Augustin , saint Thomas, et autres, que je m'étonne que quelque théologien y contredise , et ils doivent renoncer à toute certitude s'ils n'admettent cela pour axiome que Deue n(m failere potest.

Pourceque j'ai écrit que l'indifférence est plutôt un défaut qu'une perfection de la liberté en nous, il ne s'ensuit pas de là que ce soit le même en Dieu ; et toutefois je ne sache point qu'il soit de fide de croire qu'il est indifférent, et je me promets que le père Gib. ' défendra bien ma cause en ce point-là, car je n'ai .rien écrit qui ne s'accorde

' m Gibienf. »

LSTTRBS. '

avec ce qu'il a mis dans soa livre dê Uà^taU. Je n'ai point dit en aucun lieu que Dieu ne concourt

pas immédiatement à toutes choses, et j ai assuré expressément le contraire en ma réponse au théolo^en. Je n*ai pas cru me devoir étendre plus que j'ai fait en mes réponses à l Angiois, à cause que ses objections m'ont semblé si peu vraisemblables» que c'eût été les faire trop valoir que d y répondre plus au long.

Pour le docteur qui dit que nous pouvons dou-

ter si nous pensons ou non, aussi bien que de toute autre chose , il choque si fort la lumière naturelle, que je m'assure que personne qui pensera à ce (^u il dit ne sera de son opinion.

Vous m'aviez mandé ci-devant qu'en ma réponse à l'Anglois j'ai mis le mot ideam deux ou trois fois fort proche l'un de l'autre, mais il ne me semble pas superflu, à cause qu'il se rapporte à des idées différentes; et comme les répétitions sont rudes eu quelques endroits, elles ont aussi de la grâce en quelques autres.

C'est en un autre sens que j'enferme les imaginations dans la définition de cogilatio ou de la pensée,

et en un autre que je les en exclus, à savoir, formm

Uo mêntiê imaginanlU êipe ad i$Uu 9fecU$ u ean^

verienliê est cogilatio.

5oS LETTRES.

La lettre où vous m'écrivez cî-devant les objec* tions du earmrian "dent avoir été perdue, si ce n'est que vous ay^ oublié de les écrire ^ car je ne les ai point, sinon ce que vous lii'en avez écrit depuis,

à savoir que nul nerf ne va au conarion ^ el qu'il est trop mobile pour être le siège du sens commua; mais ces deux choses sont entièrement pour moi :

car M chaque nerf étant destiné à quelque sens ou mouvement particulier, les uns aux yeux^ les au- > très aux oreilles , aux bras, etc, si quelqu'un d'eux se rendoit au conanon plutôt que les autres, an pourroit inférer de là qu'il ne seroit pas le siège du sens commun , auquel ils se doivent tous rapporter en même façon, et il est impossible qu'ils s'y rapportent tons autrement que par Tentremise des esprits, comme ils font dans le eanarion. Il est cer* tain aussi que le siège du sens commun doit être fort mobile, pour recevoir toutes les impressions qui viennent des seiis; mais il doit être tel qu'il ne puisse être mù que par les esprits qui transmettent ces impressions, et le eonarion seul est de cette soi te.

Anima en bon latin signifie <i^«m^ êiveoris haiiium , d'où je crois qu'il a été transféré ud signtficandam mentem, et c'est pour cela que j'ai dit que iœpe êtmitw pro re earporeu. *

L'axiome que quod pote$t faeere tnajuê, pôieti êtiam minus, s entend in eadem raiione operandi.

vei in fis (fuœ rci^uirunl eandem poientiam. Car, iiitcr ,homimi, qui douU$ que tel pourra faire un bon discours qui ne sauroit pourcelà fiiireime knfeme.

Le iiiuthématicien de Tiibiiige est Schickardas , 4liquçi j'ai cru faire plus d'honneur en le nommant par. le nom de sa viiie que par le sien, à cause qu'il est trop rude et peu connu; mais pour ceux qui disent que j'ai pris, queiqu'autre chose de lui que la simple observation que je cite, ils ne disent pas la vérité : car je vuu& assure qu'il n'y a pas un seul mot de raisonnement en son livret allemand, que j'ai ici, qui fût à mon u^age , non plus que dans la lettre, latine que M. Ga. ' a écrite à M. fi..^ sur ce même phénomène, car je juge que c'est lui qui vous a fait ce discours. Mais il a tort s'il s'offense xle ce que j'ai tâché d'écrire la vérité d'une chose dont il avoit auparavaint écrit des chimères, on s'il a cru que je le devois citer en ce lieu-là, où je n'ai eu de lui une seule chose, sinon que c'est de ses mains que Inobservation du phénomène de Rome, qui est à la tin de mes Météores, est venue »jDil:.Een.,«t de.lààmoiy comme'par les mains deî messagers et sans qu'il y ait tïen oontribué; et j'au-* •rois cru lui £aire plus de tort si javois averti les lecteurs qu'il a écrit de ce phénomène , que je n'ai fait de m'en taire.

* «OmmhU*** • « «r Rmery. •

5lO LIBTTRKS.

Pour les objections pourront encore venir contre ma Métaphysique, je tAcherai d'y répondre ainsi qu'aux précédentes, et je crois que le meilleur sera de les &ire imprimer telles qu'elles seront, et au même ordre qu'elles auront été faites , pour conserver la vérité de 1 histoire » laquelle agréera plus au lecteur que ne feroit un discours continu, où je dirois toutes les mémos choses. Je croi^ avoir ici répondu à tout ce qui a été dans vos lettres.

Je' ne &is point encore réponse auï deux petits feuillets d objections que vous m avez envoyées, à cause que vous me mandez que je les pourrai joindre avec celles que je n'ai pas encore reçues, bien que vous me les ayez envoyées il y a huit jours, mais à cause que celui qui demande ce que j'entends par le mot idea semble promettre davan* tage d'objections , et que la £diçon dont il commence me fait espérer que celles qui viendront de lui seront des meilleures et des plus fortes qui se puissent £adre : si par hasard il attendoit ma réponse à ceci, awit que d'en vouloir envoyer d'autres, vous lui en pourrez flure savoir la substance, qui est que par le mot idea j'entends tout ce qui peut être en notre pensée, et que j'en ai distingué de

trois sortes, à savoir (fuœdam uuit advenliUa. y comme l'idée qu'on a vulgairement du soleil, aiim

» « Cet .il ticle n'est point de cette lettre , mais de la 4a* de& manuscriu de Laliire, dntée le i6 juin 1641. »

LBTTREft. Su

faetm vel faetitim^ au rang desquelles oa peut met- Ire celles que les astronomes font du soleil par

leur raisonnement y et aliœ innatœ, ut idea Dei, men- . fi>i coffCfit^ triangulit et generaliter omnes quœ ali' qua$ eêêentias v$ra$, immuiabileê etiBtemas, repre^ tentant. Jam vero si ex idea facta^ concLuderem idf fuod ip$am faciendo explicite. poitUf e$$et manifeeta petitio prtncipity sed quod ex idea innata aliquideruam quod (fuidem in ea implicite contineùatur, sed tamen friue in ip$à non advfrtebam, ut ex idea trianguU, quod ejus très anguli sint œquales duobus rectis; aat ex idea Dei quod existât, etc, , tanlum abest ut sit petitio prinmpii, quin potius est etiam seeundum jéris»

tolelem jnodus clc?}wns(randi oniuLuin pcrfcctissiinuîi ^ nempe in quo vera rei de^initio habetur pro medio.

A M. REGIUS '

{Lettre 84 àa tome L Version.}

Moursifeua,

J*aiirois tort de me plaindre de votre honnêteté et de celle de M. de Hais de m'avoir fait Thonneur

t <■ C'est nne réponse à une lettre de M. Leroi, datée da a r mars 1 64 1 ; c'est pourquoi je la date du 1 1 mai 1641. »

5LS LCTTSSi.

de luellre mon nom au commencement de vos thèses; iBab je ne sais bonnement comment m'y

prendre pour vous en £aire mon remercîment. Je vois seulement un surcroît de travail pour moi, paroequ'on Ta croire dans la soite que mes opinions ne diffèrent plus des vôtres, et que je n'ai plus d'eiLCuse à l'avenir pour m'empéclier de défeodre de tontes mes forces ^fos propoâtloBS, ce qui me met par conséquent dans la nécessite d'examiner avec un soin extrêm%ce que toos m'aves envoyé pour lire, de penrde passer qudqiie chose que je ne voulusse pas soutenir dans la suite.

La première chose donc que je ne sauroîs approuver dans vos thèses, est ce que vous dites que làme de 1 homme est triple: ce mot est une hérésie parmi ceux de ma religion; et, toute religion à part, il est contre toute bonne logi(|tie de concevoir Fâme comme genre doni la pemée , la force végétative^ ' et la force motriee des eepriU amimMux soient les es^ pèces ; car par âme sensttive vous ne devez entendre autre chose qu'une force actrice , à moins de la confondre avec la raisonnable: or, cette force motrice ne diffère pas même en espèce de la force négative, et Tune et l'autre diffèrent en tout de l'esprit ; mais puisque nous sommes d'accord dans la chose, voiu coimne je ni'expiiquerois. Il n*y a qu'une seule âme dans Thomme, c*est - à-dire^ raieonnable ; car il ne £iut compter ppur actions

L£TTRES. 5l3

humaines que celles qui dépendeot de la raison. A L'égard de la force végétative et motrice du corps 4 qui on, donne le nom d'ame végétative et sensi« tive dans les plantes et dans les brutes , elles sont aussi dans rfaomme; mais elles ne doivent pas être appelées dans lui âmes, parcequ'elles ne sont pas le premier principe de ses actions, et elles diffèrent de tâme raiêêimabie en toute manière. Or > là force végétative dans l'homme n'est autre chose qu uue certaine disposition des parties du corps ) qui , etc. £t un peu après, je dirols: mais pour la force sensilive, c'est, etc., cl ensuite: ainsi ces deux âmes ne sont autre chose dans le corps hu* main que, etc. , et ensuite : et comme Yeiprit oii Vâme raisonnable est dihUncte du corps, etc., c*est avec juste raison que nous lui donnons à elle seuU le n6m d*âmê.

£niin, vous dites, Tacte de la volonté et TintelleclioQ diffèrent seulement entre eux, comme différentes manières d'agir par rapport à divers objets; j'aimerois mieux dire seulement comme Taclion et la passion de la même substance; car Tintellection est propreuieul la passion de l'âme, -et l'acte de la volonté son action : mais comme nous ne saurions vouloir une chose sans la comprendre en même temps, et que nous ne saurions presque rien comprendre sans- vouloir en même temps quelque chose, cela fidt que nous ne dis-

tinguons pas fadleroent en elles la paâ&iou lie i aclion»

Quant à Tobsennitioii queTotraYoetiuBafiiite sur

cet article, elle ne vous porte aucun coup; car lorsque les tfayéol^^kiis disent qu'avouiie substance cc*éé0 n est le principe immédiat de son opération ^ ïi& entendent que nulle créature ne peut agir sans le concours de Dieu , et non fo^u'ette doive avoir «me iaoïdté créée dittincte d'elle-même par le moyen de laquelle elle agisse; car il seroit ^ibsurde de dire (^re cette faculté créée peut être le prikicipe immé-

(liât (le ( jiielf|ue opi ration, et que la substance ellemême ne le peut pas. Je ne trouve pas ses anti^ cdastervations dans ce que vous m'avez envoyé , ainsi je ne saui uis en porter aucun jugedidlt. Dans l'endroit où vous parlez des couleurs, je ne vois pas pourquoi vous otez le noir de ce nondm, puisque les autres couleurs ne sont aussi que des modes; je dirois donc seulement c on -range ailsai le noir parmi les -autres €oa1em<s , ^cependant îA n'est autre chose qu'une certaine disposition , etc.

•Sur k jugement où vous dites» si 0U0 n'M pane* iueiie et emeiey il &ut qu'en décidant nécessairement, et-a : au lieu de nécessairement , je meUrois facikment; et fMsu après au lieu de ces mots^ c'eii puurcjuoi elle peut être suspendue , je mettroisi, et elle peut être smpendue ; car ce que .vous ajoutez ne suit point de ce que vous avex dit auparavant , comme

LEnnES, Si s

le mot, 4i'eêt pourquoi^ semble le signifier^ Ce que voQLB ^iles des passions que leur siège est dans le eerveau, cela est fort paradme, et même, à ce que je crois , contraire à vos seutimeuts ; car bie» que les esprits qui Aranient les muscles viennetit

dtl cerveau, il faut cependant assigner pour place aux passions la partie du corps qui en est la plus altéuée, laquelle partiel sans otmOreditte eëeurt e'est pourquoi je diroîs: le principal siège des pa» slons, en tant qu'elles regardent le corps , est dané lé cœur, parceque c'est lui qui en est le plus altéré; mais leur place est dans le cerveau , en tant qu'elles affectent Tàme , parœque râme ne petit somfint hnmédiatewient que par lui ; c*est aussi un para* doxe de dire que la réception est une action, puisqtie.dafis le fond eHe n'est qu'tme passion contraire k ractîon; cependant tous pouvez, ce me semble; retenir vos positions en les expliquant de cette sorte : La réception est une action ou plotàt une pas* sion animale semblable à celle des autom^ites , par laquelle nous recevons le mouvement des choses ; car pour renfiBrmer sous le même genre tout ce qui se passe en l'homme , nous avons joint les passions avec les actions.

le n'ai point examiné ce que vous dites  h fia de la température qui tourne au chaud et au iroid, parceque je ne croîs pas qu'il faille croire à ces choses comme à TEvangile. Je SUIS charmé que

5l6 LBTTESS^

votre, répondaut ait bien fait son devoir. Je ne croijs pas que tous ayez rieo à craindre de oeuz qui vou-> dront exercer leur plume contre vous. Je lirai volontiers tout ce que vous m'enverrez, et je vous écrirai toat ce que j'en penae avec ma liberté ordi* niiire. Je n ai rien écrit du centre de gravité , mais du différent poids des choses graves, selon leur différente distance du centre de la terre; ce que je n'ai que dans mon livre, où j'ai assemblé en ménae temps plusieurs antres choses. Si cependant vous voulez les lire, je vous les ferai tenir par M. Van S.* , la première iois qu'il ira à Utrecht. Je n'approuve pas que vous refiisiez d'appeler les écailles des poissons des corps luisants , parceqii'elles ne poussent pas eiies-mémes les globules de la substance éthérée ; car le charbon allumé ne le fait même pas, mais seulement la matière très subtile, qui pousse tantôt les parties terrestres du charbon, tantôt les globules éthérés. Je ne suis pas bien certain aussi que les veines mésaï aïqnes reçoivent le cb^^^le des veines lactées dans le pancréas; vous ne devez point Fassurer sans une expérience très certaine, ni écrire là-dessus, connue si aucunes veines lactées neportoient le chyle jusqu'au foie, parcequ'il y en a qui assurent en avoir fait l'expérience, et cela me paroît tout-à-fait vraisemblable Je voudrois

f m Snrech. »

> - Cest TopiDiou de B«rtholio. Yoyes la remarque de Lalorge sur rarticlt 3 de l'Homme, »

aussi que tous eflbçassiez oe ({ue tous dites contre Walée du mouirement du oorar, parceque c^estun homme pacifique, et qu'il ue peut vous i*evenir aucune gloire de le contredire. Je ne suis pas aussi de votre sentiment lorsque vous définissez les actions des opérations que Thomme produit |>ar la force de son Ame et de son corps; car je suis du sentiment de ceux qui disent que 1 homme ne comprend point par le moyen du corps, et l'argument par lequel yous tâchez de prouver le contraire ne me £iit aucune impression ; car quoique le corps empedie quelques fonctions de l'âme, il ne peut uéan* moins lui être d'aucun secours pour la connois* sance des choses immatérielles, et il ne peut en cette occasion que lui nuire. Je vous répondis, il y a trois jours, dans ma dernière, sur la triple âme que vous établissez; je n ai rien à ajouter à celleci, que de vous assurer du parfait attachement dé cdui qui est , votre , etc.

K M. UËGIUS

( lettre 4u tcMii« I. Vention. j

Toute notre dispute sur la triple âme que vous établissez est plutôt une question de nom qu'une

question réelle : mais ]^aicequ'il n'est pas [)rr- Hiiâ de dire à uu catholique rouiaiu qu'il y a trois ftmes dans Tiiooime , et que je crains qvLOu ne ni'iiupute ce que vous mettez dans vos thèses, j'aimerois mieux que vous tous abstinssiez de cette mamière de parler; a^ quoique la force négative et seii^itlve dans les brutes soient des actes premiers, ce n'est pas la même chose dans l'homme » parceque l'Ame est première en lui , dn moins en dignité ; 3** bien que les choses qui conviennent sous quelque raison générale puissent être admises par les logiciens, coruriit^ les parties d'un même genre, cependant toute raison générale de cette sorte n est point un véritable genre ^ et il n'y a point de bonne divlsiun, si ce n ebl du véritable genre en

' Celte lettre est, je crais, de la iin lic iiimi. Elle a giaud rapport avec l» prceédente. »

ses véritables espèce», quoique les parties doivent être opposées et diverses ; cependant afin que la ciivi&iou soit baauei les parties ne doivent pas être trop éloignées les unes des autres : car si quelqu'un , par exemple , distinguoit tont le corps humain en deux parties, dans l'une de&queiies il mit seule-» neat le nés, et dans l'au^ tous les autres membres, cette division pècheroit comme la vôtre, parceque les parties seroient trop inégales ; 4" je n'admets point que la force négative it seositive dans les brutes méritent le nom d'âme, comme râme méilte oe nom d^ns Thomme'; mais que le peuple l'a ainsi voulu , paroequ'ii a ignoré que. les bétes ii out point d*âmes, et qne par conséquent le nom d'âme est équivoque à l'égard de l'homiiie et de la béte; 5^ enfin... (£# râ$U manqué, )

iU B. P. MERSËNNE.

(Lettre du tome IlL Version.)

▲ Paris, e« 19 mai 1641.

MOJS R£VÉE£Ni> PÀR£,

Apre& avoir lu une fois seulement , mais pourtant avec un grand soin , les Méditations que vous avea

bien voulu me confier, elles m'ont semblé tout-à-

520 LBTTRBS.

fait relevées, et pleines de beaucoup d'éruditioo. Il est vrai néanmoins qu'en les Usant plusieurs doutes se sont présentés à mon esprit; mais il ue seroit pas juste que j*en .demandasse la solution à celui qui en est l'auteur, sans les, avoir auparavant relues encore plus d'une fois, et avec toute raltention dont je suis capable, pour voir si je ne pourrai point m'en délivrer moi-même , et me satisfaire làdessus. Il n'y a qu'une seule claose dont je souhaiterois cep&dant d'être éclairci, qui est de savoir , ce qu'il feut entendre par l'idée de Dieu , par l'idée de l'âme , et généralement par les idées des choses insensibles. Le commun des philosophes par ce mot d'idée a coutume d'entendre un simple concept, tel que peut être l'image qui est dépeinte (comme ils disent) en la fantaisie, d'où vidât qu'ils l'appelleiil aussi im fantôme; mais notre auteur dit lui-même que ce n'est pas cela qu'il entend par ridée de Dieu ; et quand il l'entendroit ainsi, im tel fantôme ou une telle image ne pourroit pas être l'idée de Dieu t car Dieu étant infini et incompréhensible ne peut pas être représenté par notre imsgination , qui n'est capable que de représenter des choses sensibles et finies. Mais si j'ai bien compris sa pensée , par cette idée il entend une idée intellectuelle ou raisonnable , que la raison forme ellemême en raisonnant, et que pour cela il n'attribua pas à la fantaisie, mais à l'esprit, à la raison, ou

LBTTRBS. 521.

enfin à l'entendement; en sorte, par exemple, que l'idée fiintasHque du soidl , c'est-à-dire l'idée du soleil en tant (]a\:lle est peinte en la fantaisie, est cette image du soleil qui a toutes ces dimensions ^e, par des démonstrations-astronomiques, nous concevons être dans le soleil. De même , si un polygone de mille côtés se présente à nos yeux, tout aussitôt on en a l'idée qui appartient à Fimaginati(Hi, mais pour celle qui appartient à l'esprit, nous ne l'avons point que nous n'ayons première* ment compté ses côtés.

Maintenant, considéraut par ces exemples la distinction qui est entre les idées , je trouve dans le premier exemple que j'ai allégué, qu'à la vérité j'ai par la vue l'idée du soleil, qui consiste dans un cercle médiocrement grand et très éclatant de lumière , laquelle s'exprime par un seul mot, à savoir, par le nom du soleil; car les noms ne nous représentent ou ne signifient que de simples concepts. Mais quand , après avoir bien raisonné, je viens à conclure que le soleil est plusieurs fois plus grand que cette idée qui paroît à f os yeux , alors ou je me figure un cercle qui lui est égal, et cela n'est encore qu'une idée de l'imagination , ou, sans concevoir le soleil par une autre idée que par celle qui me le représente grand de deux pieds, je ne laisse pas de dire qu'il est beaucoup plus grand qu'il ne nous parmt.

Ûr^ si ce qui est exprimé paur ces pardios doit être appelé du nom d'idée., au même sens que Toii entend l'idée de Dieu , il s'ensiiit que l'idée de Dieu 9e doit exprimer pmr une piropositioBy par exemple par cdle-ci : Dieu existe, et nos pas par m simple nom > qui ne ^auroit être qu'une partie d'une proposition.

Tout de même, l'idée d'un polygone qui se fomi« en nous par la vue est la même dans la fantaisie » soit devant , soit après le dénombrement de aea cà-* tés ; mais l'idée qui s^en forme en moi quand j'en Êûs le dénombrement si toutefois cela se doit appeler du nom d'idée) est un concept composé, qui s'éxpriœe par une proposition, par exemple par ceUe<:i: cette ûgure-là^a mille côtés.

Voilà ce que je conçois touchant la distincticm que notre auteur met entre l'idée qu il dil être dans la fauQtaisie , et celle quïl dit être dans l'esprit, dans l'entendement ou dans la raison. Que si j'ai en cela véritablement atteint le sens de l'auteur, il me semble que sa principale raison, sur laquelle il fonde toute sa preuvê de l'existence de Dieu , n'est rien autre chose quune pétition de principe; car, ou bien il suppose sans le prouver que noua avons en nous ridée de Dieu, et par cette idée de Dieu il entend une connoissauce acquise par ia raison de cette proposition. Dieu exiUe^ et ainsi il suppose ce qu'il dtnoit prouver; ou bien il ne suppose pas, mais

il prouve que nous avons en nous Tidée de Dieu, de ce que uom pouvons prouver par rai6on que Dieu eadite, et ainsi il prouve une chose par ellemême; car c'est la même chose d avoir 1 idée de Dieu, Qju de prouver par raison que Dieu existe* Il y a, ce me semble, un semblable défaut, ou im vice tout pareil dans la façon d'argumenter dont il se sert pour prouver que notre âme n'est pas corporelle; mais je crains que la grossièreté de mon esprit ue m ait empêché hieu pénétrer le véritable sens de Fauteur touchant ces sortes d'idées. Je ne désire pas néanmoins qu'en ma considération vous alliez interrompre un homme que j'apprends être tout-à-faît occupé à travailler à ravancemeiit des sciences; il suffira que nous nous en entretenions iin jour ensemble quand nous nous verrons, et que f aurai relu son traSté; J'eapère qu'alors je pourrai apprendre et découvrir plus par&itement ce qu'il faut entendre par ses idées.

AU R. P. MERSENNE-

(lettre 12^ du tome III.)

Si je ne ine trompe, celui dont vous m'avez lait yoir la lettre latine qu'il vous a écrite n'est pas encore à prendre parti dans le jugement que nous devons faire des choses; il s'exprime trop bien quand il explique ses propres pensées, pour croire qu'il n^ît pas entendu celles des autres; je me ' persuade bien plutôt qu étant prévenu de ses opinions , il a de la peine à goûter ce qui SiOppose à ses jugements. Ainsi je prévois que ce ne sera pas là le dernier difiérent que nous aurons ensemble ; au contraire , je m'imagine que cette première lettre est comme un cartel de défi qu'il me présente pour voir de quelle iaçQU je le recevrai , et si , après avoir moi-même ouvert le champ de bataille à tous venants, je ne feindrai point de mesurer mes armes avec les siennes, et d'éprouver mes forces

I « i*' juillet 1641. V<iy«ft les rusoni dan* le gros cahier. «

L1TTRB8. SaS

contre lui. Je vans avoue que jeprendrois un singulier plaisir d^avoir affidre avecdes personnes d'esprit

comme lui , si , par ce qu*ii m en a fait paroître , il ne me sembloit déjà trop engagé; mais je crains qu'à son égard tout mon travail ne soit inutile, et que, quelque soin que je prenne pour le satisfaire et poiu* tâcher de le retirer du malheureux engagement ou je le vois , il ne s'y replonge plus avant de lui-même, eu cherchant les moyens de me contredire.

Est-il croyable qu'il n'ait pu comprendi Cj comme il dit, ce que j'entends par l'idée de Dieu, par i> dée de l'âme et par les idées des choses insensi-* bles, puisque jc n'entends rien autre chose par elles que ce qu il a du nécessairement comprendre lui-même quand il vous a écrit qu'il ne Tentendoit point? Car il ne dit pas qu'il n'ait rien conçu par le nom de Dieu, par celui de l'âme, et par celui des choses insensibles, il dit seulement qu'il ne sait pas ce qu'il £aiut entendre par leurs idées ; mais s'il a conçu quelque chose par ces noms, comme il n'en faut point douter, il a su on même temps ce qu'il falioit entendre par leurs idées, puisqu'il ne £3tut entendre. autre chose que cela même qu'il a couçu : car je n appelle pas simplement du nom d'idée les images qui sontdépeintes en lafiintaisie; au contraire, je ne les appelle point de ce nom en tant qu'elles sont dans la, fantaisie corporelle;

mais j^appeUe généniement du usom^ d'idée tt»ul ce qui est daus notre esprit , lorsque nous cûncévons

uue ckose, de quelque manière que nous la cou*

Mois j'appréhende quil ne scttt de ceux qui croient ne pouvoir concevoir une chose quand ils ne ae la peurent imaginer, comme s'il n'y avoit m nous que cette seule manière de penser et de concevoir. 11 a hieu reconnu que je u etois pas de ce sentiment; et il a aussi assez montré qu'il n'en étoit pas non plus, puisqu'il dit Jui-méme que Dieu ne peut être conçu par rimagination : mais^si ce n'est pas par rimagination qu^il est conçu , ou l'on ne conçoit rien quand on parle tic Dieu (ce qui niar- (|iienQitunépouvantableaveuglement)90u on le oon* çoit d'une autre manière; mais de quelque manière qu on Je conçoive, on en a l'idée , puisque u(»us ne saurions rien exprimer par nos paroles, lorsque nous entendons ce que nous disons ^ que de cela même il ne soit certain que nous avons en nous l'idée de la chose qui est signifiée par nos paroles.

Si donc il veut prendre le mot d'idée en la façon que j'ai dit très expressément que je le prenois, sans s'arrêter à l'équivoque de ceux qui le restreignent aux seules images des choses matérielles qui se iorment dans 1 imagination ^ il lui sera facile de Tjeconnoitre que par l'idée de Dieu je n'entends autre ciiose qiie ce que tous les hommes ont cou-

LSTTRXS. 627

tume d'énloidre kursqu'ils en parlent, ei que c« qvill faut imsi de nécessité qu'Û ait entendu Im^

même; autrement, comment auroit-il pu dire que Bien est infini et incompréhensible, et qu'il ne peut pâs être représenté par notre imagination; et commeut puuriuit-ii assurer que ces attributs, et une infinité d'autres qui nous expriment sa grandeur lui conviennent, s*ii n'en avoit l'idée? il faut donc demeurer d accord qu on a l'idée de Dieu , et qu*on ne peut pas ignorer quelle est cette idée, ni ce (]ue l'on doit entendre par elle; car sans cela uous ue pourrioi» du tout rien conncMtre de J>ieu 1 et Ton àuroit beaa dire, par exempte ,

qu'on croit que Dieuest^ et que quelque attribut eu periection lui appartient, ce ne seroit rien dire^ puisque cela ne porteroit aucune signification à notre esprit ; ce qui seruit i;i chose la plus impie et la plus impertinente du monde.

• Pour ce qui est de Tâme , c'est encore uae chose plus claire; car netaut, comme j'ai démontré, qu'une chose qui pense, il est impossible que nous puissions jamais penser à aucune chose , que nous u ayons en même temps i idée de notre âme comme d'une chose capable de penser à tout oe que nous pensons. Il est vrai qu'une chose de cette nature ne se saurok imaginer, c'est-à-dire ne se sauroit représenter par une image coif>oreUe; mais il ne s'en fiuit pas étonner : car notre imagination n'est pro-

5d8 LKTTESS.

pre qu'à se représeatet* des choses qui tombent; sous les sens; et pourceque notre âme n*a ni oou*

leur, ni odeur, ni saveur, ni rien de tout ce qui appartient au corps, il n'est pas possible de se limaginer ou d'en former l'image; mais elle n'est pas pour cela moins concevable; au contraire, comme c'est par eUe que nous concevons toutes choses , elle est aussi elle seule plus concevable que toutes les autres choses ensemble.

Après cela je suis obligé de vous dire qœ votre ami n'a nullement pris mon sens, lorsque, pour marquer la distinction qui est entre les idées qui sont dans la âinf aisie et celles qui sont dans l'esprit , Il dit que celles-là s'expriment par des noms, et ceiiesH:i par des propositions : car qu elles s'exprir ment par des noms ou par des propositions , ce n'est pas cela qui fait qu'elles appartiennent a l'esprit ou à Timagination; les upes et les auties se peuvent exprimer de ces deux manières ; mais c'est la manière de les concevoir qui en fait la différence; en sorte que tout ce que nous concevons sans image est une idée du pur esprit , et que tout ce que nous concevons avec image en est une de rimaginaiion. £t comme les bornes de notre imagination sont fort courtes et fort étroites, au lien que notre esprit n'en a presque point, il y a peu de choses même corporelles que nous puissions imaginer, bien que nous soyons capables de les concevoir. £t même

LBTTRBS.

toute cette sdence que l'on pourrai peut «être croire la plus soumise à notre îmaginatton, parce^ qu'elle ue considère que les grandeurs, les figures et les mouvements:, n'est nullement fondée sur

ses fantômes, mais seulement sur les notions claires et distinctes de notre esprit; ce que savent as* sez ceux qui l'ont tant soit peu approfondie. •

Mais par quelle inductioii a-t-ilpu tirer de mes écrits que Tidéo de Dieu se doit exprimer par cette proposition, Dieu ethie, pour conclure, comme il a fait, que la principale raison dont je me sers pour prouver son existence n'est rien autre chose qu'une pétition de principe? Il faut qu'il ait vu bien clair pour y voir ce que je n'ai jamais eu intention d'y mettre, et ce qui ne m'étoit jamais venu en pensée devant que j'eusse vu sa lettre. J'ai tiré la preuve de l'existence de Dieu de l'idée que je trouve en 'moi d'un ètst souverainement par&it,qui est la notion ordinaire que Ton en a ; et il est vrai que la simple considération d'un tel être nous conduit si aisément à la connoissance de son existence, que c'est presque la même chose de concevoir Dieu , et de concevoir qu'il existe; mais cela n'empêche pas que l'idée que nous avons de Dieu ou d'un être souverainement parfait ne soit fort différente de cette proposition, DUa existe, et que l'un ne puisse servir de moyen ou d'antécédent pour prouver l'autre.

Ô5o LBTTESS.

De méûie, il est certain qu'après être venu a connoissance de la nature de notre âme par les degrés que jV suis venu, et avoir par ce moyen connu qu'elle est une substance spirituelle , parceque je vois que tous les attributs qui appartiennent aux substances spirituelles lui conviennent , il n'a pas fallu être grand philosophe pour conclure , comme j'ai fait, qu'elle n'est donc pas corporelle ; mais sans doute qu'il faut avoir rinieliigence bien ouverte, et faite autrement que le commun des hommes, pour voir que l'un ne suit pas bien de l'autre, et trouver du vice dans ce raisonnement : c'est ce que je le prie de me faire voir, et ce que j'attends d'apprendre de lui y quand il voudra bien prendre la peine de m'instniire. Quant à moi , je ne lui refuserai pas mes petits éclaircissements , s'il en a besoin , et s'il veut agir avec moi de bonne foi. Je suis etc.

AU R. P. MERSENNE ■

(Lettre 55 du tome II.)

Mon RiviRENB père,

Je vous renvoie les sixièmes objections avec mes réponses » et pourceque ces objections sont de plusieurs pièces, que vous m'avez envoyées à diverses fois , je les ai transcrites de ma main , en la £piçon qu'il m'a semblé qu'elles pouvoieni le plus cornmodément être jointes ensemble; à savoir, vous m'aviez envoyé deux nouveaux articles en Tune de vos lettres y Tun desquels j'ai ajouté à la fin du cinquième point, après les mots non poterit repe^ rire, ainsi que vous m'aviez mandé ; et pour l'autre, à cause que vous n^aviez point marqué le liéu^ où

• «t Cette lettre est postéricnre k la 4S* det maBni^rits èè XaUte» Hst^ da a3 jain, paûqpie dans ce11e>ci il dit ^(om M. OaMendi « tort 4e .4* plaiiidve, ee ijall nVnroit paa pu dice avant U 43* dea' wnnaerila ^ Itfhire, pnûqae ce fat par cette lettre<U qn*il renvoya an P. MetaMiÉè'lea réponses k AL Gassendi. Qoi plus est» dans cette 55* il csvpio aitFilleraenneleedxièmes objections, qoi n*ont pn être «nvi^ées ava^ laa .dn^ qnîènies; ainsi donc cette 55* est postéiienre k la 43* des nunweiits de Lahire, datée fixement da 3 3 juin 164 1 ; et comme l;Kirre des Méditation'; a paru imprime le a8 août 1641 , je fixe cette lettre le i5 juillet 1641. »

63d LETTRES.

il devait être, j'ai trouvé à propos de le diviser en êéwK partîeè , et de faire le septième point de la

première, et de mettre la seconde à la fin du troisième : puis' enfin j'ai trouvé une nouvelle objection dans la seconde copie que vous m'avez envoyée, de laquelle j'ai composé le huitième point.

Pour les fautes de l'impression, je sais bien qu'elles ne sont pas de grande importance , et je vous assure que je ne vous suis pas moins obligé des soins qpie vous avez pris de les corriger , que s*il n'en étoit resté aucune; car je sais que cela vous a donné beaucoup de peine , et qu'il est moralement impossible d'empécber qu'il n*en demeure toujours quelques unes, principijement dans les éci its d'un autre. J'approuve fort que vous ayez retranché ce que j'avois rais à la fin de ma réponse k M. Ârnault, principalement si cela peut aider à obtenir une approbation, et encore que nous ne l'obtenions pas , je m*as$ure que je ne m'en mettrai pas fort en peine.

Pour M. Gas., il me semble qu'il seroit fort injuste s'il s'offensoit de la réponse que je lui ai faite , car j'ai eu soiu de ne lui rendre que la pareille, tant à ses compliments qu'à ses attaques , nonob*

stunl que j'aie toujours ouï diie que le prcniier coup en vaut deux ; en sorteque, bien que je lui eusse rendu le double, je ne laurois pas justement payé; mais peut-être qu'il est touché de mes réponses , à

cause qu^il y reoonnoit de la vérité, et moi je ne l'ai

point été de ses objections pour une raison toute contraire ; si cela est , ce n'est pas ma faute. Pour<ceque j'ai mis que tatU commode poêsum mpondere, le mot satis commode ne regarde pas la force des raisons , mais seulement la facilité qiie j'aurai à les trouYer, et ainsi il ne signifie autre chose que facile, mais il m'a semblé plus modeste. Et Tautre, que exiiteniia Dei partem dMna essetUia facity ii est bien clair que je n'entends pas parler de parte physica, mais seulement quexisteniia est , comme vous dites, de intrin$eeo eaneepiu esêentiœ divinœ. Et pour ceux qui voudroîent fonder des objections » sur des telles pointillés, ils ne feroient que témoi-gner par là qu'ils n'auroient rien à dire qui fût solide; et ainsi se feroient plus de tort qu'à moi. Au. reste j'ai lu votre Hyperasplstes , auquel je répon* drai très volontiers ; mais pourceque ces réponses se font pour être imprimées, et ainsi que jedoisconsidérer l'intérêt du lecteur, lequel s'ennuieroit de Yoir des redites, ou des choses qui sont hors de sujet, obligez-moi, s'il vous plaît, de le prier auparavant de ma part de revoir ses objections, pour en retrancher ce k quoi j'ai déjà répondu ailleurs, et ce où il a pris tout le contraire de mon sens ) coi&me en son huitième article et ailleurs ; ou du moins, s'il juge que ces choses ne doivent point en être retranchées, qu'il permette qu'on

imprime son nom « pour me servir d'excuse envers

les lecteurs , ou bien eaiiii je lui répondrai pour vous prier de lui £ûre voir ma réponse, et à oeox qui auront TU ses objections, mais non point pour les faire imprimer , de crainte qu on ne m'accuse d'avoir voulu grossir le livre de choses superflues.

Je n'entends pas bien la question que vous me &ites, savoir si dos idées s'expriment par un simple tenue , car les paroles étant de l'invention des hommes , on peut toujours se servir d'une ou de plusieurs pour expUquer uue même chose ; mais j*ai expliqué en ma réponse ad prtffiof objeeUanet comment un triangle inscrit dans un carré peut être pris pour une seule idée ou pour plusieurs , et enfin je tiens que toutes celles qui n'enveloppent aucune affirmation ni négation nous sont innatœ; car les organes des sens ne nous rapportent rien qui soit tel que lldée qui se révdlle en nous à leur occasion , et ainsi cette idée a dû être en nous au^ paravant. Je suis, etc.

A MONSIEUR

(Lettre 56 du tome IL)

Monsieur,

Je tiensàtrésgrandeiaveur d'être en lasouveDance d*tine personne de votre mérite, et je suis très obligé au révérend père Gibieuf des soins qu'il daigne prendre pour moi ; ce n'est pas d^aujourd'hui qu'il a commencé à me témoigner de la bienveillance « corame aussi réminence de sa vertu et de sou savoir m'a donné il y a long-temps une très ps^rticulière inclination à l'honorer. La réputation du révérend pere de La Barbe a passé aussi jusqu'à rnoi dans le désert , et je serois bien aise de pouvoir entièrement satisfaire aux trois points où vous svez. pris la peine de m'avertir qu'il trouve principalement de la difficulté dans ces petits commencements de niétapli)si(|ue que j'ai ébauchés; mais

t « GeUn lettw est écrite à H. rtbbé Oeltmiay. Voyw la i'* page de

"h àe» mtmuciits de M. de Lahire. Elle est éeiite en même temps qao

la 55* , puisqa'ici il dit qu'il envoie les deruiervs objcctioufi eu réponse au 1*. Merscnne, pour impriinor ; et couinie cVstdaa» la lettre 55' , datée du I .S jii ill< t I 1 , qo'il a envoyé au P. Mcrscuuc ses deruierc* objcctioi>A| jeiÎM cette ietlre-ci au x5 juillet iG4<. »

53& ' LETTAE4.

pourceque vous ne les avez touchés qu en trois mots, j'ai peur de n'arofr pu deviner la source des difficultés qu'il y trouve , ce qui est cause que j'ai seulement parlé à la fin des demières objections que j'envoie au révérend père Mersenne de la plus générale occasion pour laquelle il me semble que la plupart ont de la peine à remarquer la distinc* tion qui est entre l'âme et le corps: c est à savoir, que les premiers jugements que nous avons faits dès notre en&nce » et depuis aussi la philosophie vulgaire, nous ont accoutumés à attribuer au corps plusieurs choses qui n'appartiennent qu'à l'aine^ et d'attribuer à l'âme plusieurs chosfes qui n'appartiennent qu au corps ; et qu'ils mèleiit ordinairement ces deux idées du corps et de l'âme en la composition des idées qu^Is forment des qualités réelles et des formes substantielles, que je crois devoir être entièrement rejetée; au lieu qu'en bieo examinant la physique, on y peut réduire toutes les choses qui tombent sous la connoissance de l'entendement à si peu de genres* et desquels nous avons des notions si claires et si distinctes les unes des autres, qu'après les avoir considérées , il ne me semble pas qu'on puisse manquer à reconnoitre si, lorsque nous concevons une chose sans une autre, cela se fait seulement par une abstraction de notre esprit , ou bien à cause que ces choses sont vérita« blement diverses : car en tout ce qui n'est se-

paré que par abstracdon d'esprit, on y remarque

nécessairement de la conjonction et de l'union, lorsqu'on les considère ïuu avec l'autre ; et on n'en sauroit remarquer aucune entré l'âme et le corps, pourvu qu un ne les conçoive que comme il les faut concevoir, à savoir Tun comme ce qui remplit Tes^ pace, et l'autre comme ce qui pense; et en sorte qu après l'idée que nous avons de Dieu, qui est extrêmement diverse de toutes celles que nous avons des choses créées , je n'en sache point deux en touie la nature qui soient si diverses que ces deux-là; mais je ne propose en ceci que mon opi* nion, et je ne l'estime point tant, que je ne fusse prêt de la changer , si je pouvois apprendre mieux, de ceux qui ont plus de lumière. Ët je suis, etc.

AC U. P. MERSENNE

(Lettre 5; du tome U.)

Mon révérend père,

Je vous SUIS extrêmement obligé de tous les soins que vous prenez pour moi , et du zèle que vous témoignez avoir poui* œqui me touche; mais pourceque j'en ai incomparablement moins que vous, je croirois commettre une injustice si je manquoîs à vous supplier de mépriser entièrement tout ce qu'on vous peut dire à mon désavantage, et de ne prendre pas seulement la peine de Técouter ni de m'en écrire: car, pour moi, il y a luns^-temps que je sais qu'il y a des sots dans le monde, et je fais si peu d'état de leurs jugements, que je serais très marri de perdre un .si ul moment de mon loisir ou de mon repos à leur sujet.

Et pour ma Métaphysic^ue je cessai entièrement

' "Cette lettre n'est point dalt'-e, mais comme M. Descartes écrit au p. MeiscDue sur des objcrtions qu'il lui avoit cnvo^ée^ tonrlidiii sa Métaphy&iqiie , il y a bien de l'apparcKce qu'elle n'étoit pa» eiitièrciueut achever «i*ilDpriiner , ce qui n'a été fait que le %è août 1641; C*r«t pooiquoi je fis* cette lettre au 5 d*«oàt 1641.

d'y penser dès le jour que je vous envoyai ma réponse ad hyperaspisten ; en sorte que mènje je ne Tai pas eue depuis ce temps-là entre mes mains » et ainsi je ne }3iiis répondre à aucune chose de tout ce que vous m'en écriviez il y a huit jotirs, sinon que je vous supphe de n*y penser non plus que moi. J'ai fait, en la publiant, ce à quoi je pensois être obligé pour la gloire de Dieu, la décharge de lua conscience : que si mon dessein n'a pas réussi, et qu'il y ait trop peu de gens au monde qui soient capables d'entendre mes raisons, ce u est pas ma faute, et elles n'en sont pas moins vraies pour cela ; mais il y auroit de ma faute si je m'en fâchois, ou que j'employasse davantage de temps à répondre aux impertinentes objections de vos gens.

J'admire que vous vous soyez avisé de m*envoyer une des lettres de ieu M. après sa mort, vu que vous ne les aviez pas jugées dignes que je les visse pendant sa vie, car cet honiuic n a jamais été capable de rien écrire que des paralogismes très impertinents , quand il a même cherché la vérité: cè seroit merveille s'il l'axoit lencontrée en n'ayant dessein que de médire d'un homme qu'il haissoit, et je ne réponds autre chose à sa belle lettre , sinon qu'il n'y a pas un seul mot contre moi qui ne soit &UX et sans preuve. Je serois bien marri que vous prissiez la peine de m'envoyer ses autres lettres , car nous avons ici assez de papier pour le dernier

usage 9 el elles ne peuvent servir à autre chose. Si

le jeune Schooten ne les entend pas, ce n'est pas ma faute, et en vous le recommandant je ne crois pas vous avoir assuré qu'il fut fort judicieux et tort savant. Je vous ai déjà mandé, touchant la question de géométrie, que je n'ai que faire de perdre du temps à enseigner des gens qui ne m'en sauroient point de gré, et j'ajoute que je les reconnois fort peu capables d'être enseignés, vu qu'ils n'ont pas même su comprendre que quadratum AKaquatur quadratis ex KH et AH ; car AH étant la perpendiculaire qui tombe du sommet du cône sur le centre de l'ellipse cherchée , et IIK étant la commnne section de cette ellipse et de la parabole donnée, il est évident que l'angle AHK est droit; et pour la ligne PB elle n*a garde d'être perpendiculaire sur AH, à cause qu'elle n'est pas dans le même plan , mais elle est parallèle à sa perpendiculaire. Je vous prie derechef de ne m'envoyer plus ni aucunes objections contre ma Métaphysique , ni touchant la géométrie , ni c}ioses semblables , on du moins de n'attendre plus que j'y fasse aucunes réponses.

vri.n.vfc%in^ ^■^^-n^^T^t-^ n ~ ^ ~ ^ * — - ■ - —

AU R. P. MËUSËNNË '.

( Lettre 58 du tome II. )

Mon révérend père.

Je n'ai point reçu de vos lettres à ces deux derniers voyages, et j'ai peu de chose à vous répondre touchant celles que j'avois reçues auparavant; mais j'ai à vous dire que mes Méditatious s'imprimeut en ce pays , et qu'ayant été averti par un de mes amis que plusieurs libraires en avoient envie, et que je ne les pourrois empêcher, d'autant que le privilège du libraire n'est que pour la France, et quils usent ici de toute liberté, en sorte même qu'un privilège des États ne les retiendroit pas , j'ai Inieux aimé qu'il y en eût un qui le fit avec mon conseutement et mes corrections, que non pas que d'autres le fissent sans mon su, et avec beaucoup de fautes : ce qui m'a feît consentir qu'un libraire d'Amsterdam appelé £lzevier l'imprimât, à condition toutefois qu'il n'en enverrait aucuns exern* plaires en France , aHu de ne point faire toçt au

« « Cette lettre est da 17 novembre tS^t, Voyez la 44** des inautiAcrits de Lahire. »

libraire', duquel toutefois je n'ai pas de satis&c- - tion f&kce qu'il ne m'a encore envoyé aucun exemplaire , ui au Maire non plus; car il m'a dit il y a cinq ou six jours qu'il n'avoit pas seulement encore reçu avis du libraire qu*il lui en eût envoyé par mer, mais qu'il lui a voit seulement écrit il y a deux ou trois mois que le livre s'imprimoit, et qu'il lui en énverroit Ainsi il ne doit pas trouver mauvais qu'on l'imprime ici , puisqu'il n'y en veut point envoyer. J'ai seulement à vous demander si vous jugez à propos que j'y fasse ajouter ce que vous aviez retranché de la ixn de ma réponse à M. Arnault% et l'byperaspistes avec ma réponse; et en suite de cela que je fasse mettre au titre erfitw secunda^ priori Parisiis fada emendatior et aue^ tiar. Cette impression ne sera achevée de deux mois, et si les cent exemplaires que vous m'avez mandé que le libraire envoyoit ici sont par les chemins*, ils pourront aisément être débités avant ce temps-là, et s'ils ii y sont pas, il les peut retenir si bon lui semble. J'ai une prière à vous faire de la part d'un de mes intimes amis, qui est de nous envoyer le plan du jardin de Luxembourg, et même aussi des bâtiments , mais principalement du jardin : on nous a dit qu'il y en avoit des plans impri* més; si cela est, vous m'obligerez, s'il vous plaît,

• « Joiy. »

* m Touchant f Eucharistie. « ^

L£TTIl£S.

de m'en envoyer un, ou, s'il n'y en a point, de tacher à ravoir du jardinier qui Fa fait; ou, si vous ne pouvez mieux, de le faire tracer par le jeune homme qui a fait les ligures de ma Dioptrique , et de lui recommander qu'il observe bien toute l'ordonnance des arbres et des parterres, car c'est principalement de cela qu'on a affaire. Je me servirai des adresses de M. P.* pour feire donner à Paris l'argent que cela coûtera , et je ne plaindrai pas d'y employer sept ou iiuit pistoies, si cela ne se peut faire à moins.

Pour Yos questions , la première est touchant * une boule de mail, à qui j'ai dit qu'un mail de deux fois autant de matière n'imprime que le tiers, de son mouvement : ce qui vous sera facile à entendre si vous considérez le mouvement, ou la force à se mouvoir, comme une quantité qui n'augmente ni ne diminue jamais , mais qui se transmet seulement d'un corps eu uu autre, selon qu'un corps en pousse un autre, et qui se répand également en loute la matière qui se meut de même vitesse. Car vous m'avouerez que pendant que le raail touche et pousse la boiile ils se meuvent ensemble, et ainsi que toute la force à se mouvoir qui étoit auparavant dans le mail seul est alors répandue également en toute la matière du mail et de la boule j et que celle qui compose la boule

* « rfoot. <*

544 t.BTTAE8*

n'étant que le tiers de toute cette matière, d'autant que le mail est supposé double de la boule, elle ne peut aussi recevoir que la troisième partie de cette force, li est certain qu'une goutte deau peut être si petite, qu'elle ne pourra descendre dans Tair; et j'en ai vu l'expérience en des brouillards que je Yoyois k l'œil n'être composés que de fort petites gouttes d^eau qui ne descendoient point ; mais l'air étant tant soit peu ému, elles se joignoient plusieurs ensemble, et ainsi devenant plus grosses descendoient en pluie'.

Pour votre expérience de la boule A, qui, étant , poussée contre les boules B et G, pousse la petite par l'entremise de la grosse sans faire quasi mouvoir cette grosse B , la raison s'en peut aisément tendre : car bien qu'au premier moment que ces deux boules B et C sont touchées, elles se meuvent sans doute de même vitesse , toutefois à cause , que B est plus pesante que G, elle est beaucoup plus arrêtée par les inégalités du plan sur lequel elles roulent ; et ce sont ces inégalités qui arrêtent la boule B, et qui ne sont pas capables d'arrêter la boule C : même encore que ces deux boules fussent de même grosseur, celle de devant pourroit aller plus vite que l'autre, car toutes les inégalités du plan qui lui résistent, résistent aussi à celle

' - Je vouj assure que M. Picot ne point en Perse , et qnti n en a ^ aucune pensée. - «

LETTRES. t

qui la suit, et elles emploient conjointement leurs forces pour les surmontar; mais ce qui résiste k la

suivante n'enipcche point pour cela la préccdente, qui pour ce sujet se peut éloiguer d'elle iucoutinent

Les enfants en remuant les jambes montent sur , les chevaux I à cause que ce remuement leur aide à remuer les côtes et les muscles de la poitrine', par TaiJe desquels ils se glissent sur le dos du cheval, mais non pas parcequ'ik battent l'air avec les jambes. Je ne trouve rien de plus en vos lettres à quoi je puisse répondre 9 car pour la descente des eaux je ne m'en suis pas encore éclairci moi*méme, et c'est une étude que je veux iaire à la première occasion. Je suis', etc.

546 LCTTRXS.

A MONSIEUR

( hHUe (|u lia lome H. )

Monsieur ,

Je vous suis très obligé du souvenir qu*il vouj»plait avoir de moi « et je tiens k honneur que vous vouliez savoir mon opinion touchant l'éducation de M. votre ûl&. Le désir que j aurois de vous po^uvoîr rendre quelque service en sa, personne m'empécheroit de vous dissuader de l'envoyer en ces quartiers, si je pensois que le dessein que vous

avez touchant ses études s'y pût accomplir ; mais

» « La 90' est de M. Descarïes à un de ses amis de Tours ou de Rennes , poiaqn'ii dit qae Tatr de La Flèche est voisin de celui à qui il écrit. Cette lettre ne peat Atre écrite nvant la fin de mars 1641 , puisque Descartes y dit: 7'<u logé à Lejyde^ etc. Or, p«r la 40* des nmiucrita de Lihite, datée dn 3i mm 164 1» Dewartee quitta cette maison aa mois d'avifl, pour aller loger à Ejndegeest ; il est donc coostant que oette lettre n'est pas écrite avant la fin de mars 1641 ; die ne pent non pins ètn reecdée dana Pennée l64ay onîaqall dit qu'il n*y a qne quatre on cinq ans qne a*est fifdle réreetion de l*oniTerBité d*Utredit, qui ^ par la première pagedn NarraHo histwiea,i^€Êlt Aéte Tan x636; dooe om pent fixer cette lettre an mois d'août 1641. Ajoutes encore qn*il lait r^>9e de M. Leroy , et il est roostaut que c'a été durant 1641 et 164a qa*a été la plus grande uoion entre Descarte» «t M. Leroy. »

la philosophie ne s'enseigne ici que très mal; les professeurs n'y font que discourir une heure le jour 9 environ la moitié de Tannée , sans dicter ja-* mais aucuns écrits, ni achever ie cours en aucun temps déterminé, en sorte que ceux qui en veulent tant soit peu savoir sont contraints de se faire instruire en particulier par quelque maître ^ ainsi qu'on hït en France pour le droit lorsqu'on veut entrer en office. Or, encore que mon opinion ne soit pas que toutes les choses qu'on enseigne en philosophie soient aussi vraies queFfivangîle, toutefois, à cause qu'elle a la clef des autres sciences , je crois qu'il est très utile d'en avoir étudié le cours entier, éa la &çon qu*tl s'enseigne dans les écoles des jé^ suites, avant qu'on entreprenne d élever scHi esprit au-dessus de la pédanterie pour se faire savant en la bonne sorte. Et je dois rendre cet honneur à mes maîtres , que de dire qu'il n'y a Heu au monde où le juge qu'elle s'enseigne mieux qu'à La Flècbe;. On* tre que c'est, ce me sciiible , un grand changement pour la première sortie de la maison, que de passer tout d'un coup en un pays différent de langue, de façons de vivre et de religion , au lieu que l'air de La Flèche est voisin du vôtre ; et à cause qu'il y va quantité de jeunes gens de tous les quartiers de la France, ils y font un certain mélange d'huniem s, par la conversation les uns des autres, qui leur

apprend quasi la même chose que s'ils voyageoient;

et enfin réalité que les jésuites mettent enti*e eax, en ne traitant goère d*aotTe façon les plus

relevés que les inoiodres, est une invention extrêmement bonne ponr leur ôter la tendresse et les autres défauts qu'ils peuvent avoir acquis par la coutume d etr e chéris dans les maisons de leurs parents. Biais, monsieur, fappréhende qne la trop boiuif opinion que vous m*«wet fait avoir de molmême, en prenant ia peine de me demander mou avis, ne m*ait donné occasion de vous l'écrire pins librement que je ne devois; c'est pourquoi je n y ose rien ajouter, sinon que si M. votre bis vient en cesquartiers^jeleserviraientotttcequimesera possible. J'ai logé à Leyde en une maison où il pourroit être assez bien pour la nourriture; mais pour les études, je crois qu'il seroît beaucoup nneux à Utrecht, car c'est une université qui, n étant érigée que depuis quatre ou cinq ans, n'a pas encore eu le temps de se corrompre, et il y a un professeur, appelé M. leEoy, qui m'est intime ami, et qui , selon mon jugement, vaut plus que tous ceux de Le^de. Je suis , etc»

A M. RËGIUS'.

(Lettre 86 du tome I. Versioi^.)

MOKSIEUB,

«J'ai reçu vos thèses, et je voos:

merctment; je n'y ai rien trouvé cpjû ne «n'y pMb.' Ce que vous y dites de lactioa et dej^^j^siou u(| me paroit point fiiire.de difiicuiié , pourvi comprenne bien ce que signifient ces noms : c'est- i^^'-^ à-dire que dans les choses corporelles toute action et passion consistent dans le seul mouvemênt local, et on l'appelle action lorsque ce mouvement est considéré dans le moteur, et passion lorsqu'il est considéré dans la chose qui est mue ; d'où il s'ensuit aussi que, lorsque ces noms sont appliqués à des choses immatérielles , il &ut considérer en elle^ quelque chose d'analogue au mouvement, et qu'il faut appeler action celle qui est de la part du moteur, telle qu'est la volition dans Tâme, et passion de la part de la chose mue, comme Tinteliection et la vision dans la même âme. Quant à ceux qui croi^t

> « Les trois lettres saiTantcs ont été écrites dans le mois de novenibm. Je ne les date pti, de penr de me tromper. »

550 LeTTUKS.

qu'il £ftut donner le nom d'action à la perception, ib semblent prendre le nom d'action ponr toute

puissance réelle , et celui de passion pour la seule négation de puisaance; cgr comme il$ croient que la perception est une action, ils ne feroient pas aussi difficulté de dire que la récepiiuu du mouvement dans le corps dur , ou la force par laquelle il reçoit le mouvement des autres corps, est ime action , ce qui ne peut pas se dire, parceque la passion qui est corrélative à cette action seroit dans le moteur, et l'action dans la chose mue. A Tégard de ceux qui disent que toute action peut être ôtée de Tag^, ils ne se trompent pas, si par action ik entendent le seul mouvement, sans vouloir' comprendre sous le nom d'action toute force telle qu'est la longueur, la largeur, la profondeur et la force de recevoir toutes sortes de figures et de mouvements; car ces choses ne peuvent non plus être utt es de la matière ou de la quantité, que la pensée le peut être de l'âme. Dans les papiers que tauê m'avez envoyés, page 2 , ligne 7 , sur ces mots, et surtout du cœur, il paroît y avoir quelque erreur de copiste , car les parties ne sont pas pressées par

le ca in\ niais le sang envoyé au foie des antres parties et surtout du cœur facilite la coction. Je no comprends pas aussi ce qui suit sur cette double ligature, et alteruativeroent dissolue à la page 4à moins que vous ne fassiez rexpérience du cœur

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LSTTBSS. 55 1

qu'on peutenâef avec des soufOeta, je ne vous coi^aeiUe pasdemetdie cela^ car je crains que leoniir

étant arraché et froid ne devienne si roide , qu'il ne soit pas possible de l'entier ainsi ; mais TexpérîeooB est &dle à fiure, et si elle réussit » vcms k mettrez comme certaine, sans vous servir de ces eipressions , y«^> il me $mnU0 fue cela €$i «fiist. J*omettrois , si j'étoia à vôtre place , oe que vous dites page 5 de l'aimant, car ces choses ne sont pas encore bien certaines^ non plus que celles de la page 6, touchant les jumeaux et la ressemblance du sexe. Adieu, monsieur, aimezHoaoi toujours un peu, et faites bieo mes compliments à nos amis commu us.

A M. RË6IUS.

( Lettre 87 du tome I. Version. )

Monsieur,

J*at lu fort rapidement tout ce que vous m'aviez ordonné de lire , cVst-à-dire une partie du premier cahier , et une partie du second , et les cinq autres tout entiers. Je n'approuve point ce que

vous dites d^iib votre premier cahier touchant les

choses astriogeutes , celles qui épaississent et les narcotiques ; car vous donne» comme universelle une matière particulière dont uiie chose peut arriver , quoiqu'on puisse imaginer plusieurs autres manières qui probablement peuvent produire le même effet. Daus le second vous dites que l'idiopathie est une maladie subsistante pareliennéme; j'aimerois mieux dire qu'elle ne dépend point d'une autre , de peur qu'il ne prenne fantaisie à quelque philosophe de conclure que vous faites les maladies des substances. Je vais vous dire en deux mots ce que je pense des ûèvres , afin que ma lettre contienne quelque chose , car je ne parlerai presque

pas du reste. La fièvre est donc (Le reste ne se

trouve point,)

Si M* Regiug veut agir en galant homme, il aura la bonté d*y suppléer , en nous renvoyant ce qu'il m deten lui, (Note de Clerselier.)

LSTTRES.

A M. RËGIUS.

• (tiettre 63 du. tome I. Yérsioo.)

J'ai reçu votre lettre dans laquelle vous me proposez deux difficultés sur ce que je vous avois écrit touchant les fièvres. Dans la première vous ciemandez pourquoi J'ai dit que la coûte des accès des fièvres réglées vient presque toujours de la ma^ tièrcj qui a besoin de se mûrir en quelque façon avant de se pouvoir mêler au sang, et que les accès de celles qui ne sont pas réglées proviennent d'une matière qui, se logeant dans quelque cavité , gonjle tellement les parties, qu'elle oblige les pores de s'ouvrir. Il ne vous sera pas difficile de comprendre tout cela , si vous faites attention quil n'y a point de raison qui montre que ces cavités puissent être assez grandes et qu'il s'y amasse assez de matière pour qu'elle se vide régulièrement dans tous les hommes ou chaque jour , ou de deux jours l'un, ou de quatre jours l'un; mais qu'il y en a une qui nous fait , voir pourquoi certaine humeur a besoin d'un jour pour se mûrir, une autre de deux, et une troisième

554 I.ETTRRS.

de trois. Quant à la seconde question , pourquoi ie$ pm# ^Iffiif amortt , fmtte /la m Iférv im du main»

presque toute la matière se purge , vous en trouverez £aidlement k solutioii en remarquant qu'il est beaucoup plus difficile d'ouvrir des pores entière* ment fermés, que d empêcher qu ils se referment quand une fois ils ont été ouverts, en sorte qu'une assez grande abondance de matière doit s'écouler avant qu'ils soient fermés : elle doit même s'écouler presque toute, lorsqu'il n'y a d'autre cavité que celle qui est formée par le concours de cette matière qui dilate par force les parties , parceque les parties dilatées doivent retourner à leur situatioo naturelle avant que les pores soient fermés. Que s'il y a une cavité produite par quelque humeur qui aura rongé les parties, j'avoue qu'après l'expurgation elle demeure pleine de matière corrompue , en sorte que quand les pores sont ouverts , il n'y a que la partie surabondante et qui pousse les côtés de la cavité qui sorte, qui peut être seulement la dixième on la vingtième partie de la matière contenue dans cette cavité; mais comme il n'y a que cette partie surabondante qui allume l'accès de la fièvre , il me semble par conséquent qti'on doive la compter seule : ainsi il est toujours vrai qoe toute la matière de la fièvre se purge dans chaque accès. Quant à la gau^rène, quoique la circulation du sang arrêtée eu quelque partie puisse être quel-

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