A M. DE BALZAC
(Lettre 101 do toaie I. ) *
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Encore que , pendant que vous avez été à Balzac, je susse bien que tout autre entretien que celui de vous-même vous devoit être importun , si est-ce
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que je n'eusse pu m'empécher de vous y envoyer
parfois quelque mauvais compliment, si j'eusse cru que vous y eussiez du demeurer si long-temps, comme vous avez fait; mais ayant eu l'honneur de recevoir une de vos lettres , par laquelle vous me £ûsiez espérer que vous seriez bientôt à la cour, je fis un peu de scrupule d'aller troubler votre repos jusque dans le désert , et crus qu il valoit mieux que j'attendisse à vous écrire que vous en fussiez sorti; c'est ce qui ma fait différer d'un voyage à l'autre l'espacer de dix-huit mois ce que je n'ai jamais eu intention de différer plus de huit jours : et ainsi, sans que vous m'ea ayez obligation, je vous ai exempté tout a» temps-là de l'importunité de mes lettres. Mais, puisque vous êtes maintenant à Paris, il faut que je vous demande ma part du temps que vous avez résolu d'y perdre à l'entretien de ceux qui vous iront visiter, et que je vous dis9 que depuis deux ans que je suis de* hors, je n'ai pas été une seule fois tenté dy retour- ^^uei^i^non, depuis qu'on m'a mandé que vous y étiez; mais cette nouvelle m'a &it connoitre que je pourrois être maintenant quelque autre part plus heureux que je ne suis ici;, et si l'occupation qui m'y retient n'étoit, selon mon petit jugement, la plus importante en laquelle je puisse jamais être employé, la seule espérance d'avoir l'honneur de votre conversation , et de voir nsdtre naturelle-
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ment devant raoi ces fortes pensées que nous admirons dans vos ouvrages, seroit suffisante pour m'en faire sortir. Ne me demandez point, s'il vous plaît, quelle peut être cette occupation que j'estime si importante, car j'aurois honte de vous la dire; je suis devenu si philosophe, que je méprise la plupart des choses qui sont ordinairement estimées, et en estime quelques autres dont on n'a point accoutumé de faire cas: toutefois, pourceque vos sentiments sont fort éloignés de ceux du peuple, et que vous m'avez souvent témoigné que vous jugiez plus favorablement de moi que je ne méritois, je ne laisserai pas de vous en entretenir plus ouvertement quelque jour si vous ne l'avez point désagréable : pour cette heure , je me contenterai de vous dire que je ne suis plus en humeur de rien mettre par écrit, ainsi que vous m'y avez autrefois vu disposé: ce n'est pas que je ne fasse grand état de la réputation, lorsqu'on est certain de l'acquérir bonne et grande, comme vous avez fait; mais pour une médiocre et incertaine, telle que je la pourrois espérer, je l'estime beaucoup moins que le repos et la tranquillité d'esprit que je possède. Je dors ici dix heures toutes les nuits, et sans que jamais aucun soin me réveille. Après que le sommeil a long-temps promené mon esprit dans des bois, des jardins, et des palais enchantés, où j'éprouve tous les plaisirs qui sont
imaginés dans les iables, je mêle insensiblement meB rêveries du jour avec celles de la ouit; et quand je m^aperçois d'être éveillé, c'est seulement afin que mou contentemeut ^it plus parËuity et que mes s^s y participent; car je ne suis pas si sévère que de leur refuser aucune chose qu'un philosophe leur puisse permettre sans o£Eenser sa conscience. Enfin il ne manque rien ici que la douceur de votre conversation; mais elle m'est si nécessaire pour être heureux, que peu s'en &ttt que je ne rompe tous mes desseins, afin de vous allw dire de bouche que je suis de tout mon coeur, etc.