‹ ŒuvresChapitre 12 sur 30 · I.ETTIIS · texte numérisé non relu

I.ETTIIS

ANNÉE l636.

AU R. P. MERSENNE'

> (Lettre iit du tome If.)

Mon RÉVÉREND PÈRE,

Il y a environ cinq semaines que j'ai reçu yoa dernières du dix-huit janvier ^et je n'avois reçu les précédentes que quatre ou cinq jours auparavant; ce qui m'a fait différer de vous faire réponse a été que j'espérois de vous mander bientôt que j'étois occupé à faire imprimer, car je suis venu à ce dessein en cette ville; mais lesN.% qui témoignoient auparavant avoir fort envie d'être mes libraires , s'imaginant , je croîs , que je ne leur échapperoîs pas lorsqu'ils m'ont vu ici , ont eu envie de se faire prier , ce qui est cause que j'ai résolu de me pas-

( • t63& , nan. «

J'jG LETTRES.

ser d'eux ; et quoique je puisse trouver ici assez d'autres libraires , toutefois je ne résoudrai rien

avec aucun que je n'aie reçu de vos nouvelles , pourvu que je ne tarde point trop à en recevoir | et si vous jugez que mes écrits puissent être imprimés à Paris plus commodément qu'ici, et qu'il vous plut d'en prendre le soin , comme vous m'avez obligé autrefois de m'offrir , je vous les pourrois envoyer incontinent après la vôtre reçue. Seulement y a-t-il en cela de la difficulté, que ma copie n'est pas mieux écrite que cette lettre , que l'orthographe niUes virgules n'y sont pas mieux observées , et que les figures n'y sont tracées que de ma main 9 c'est-à-dire très mal ; en sorte que si vous n'en tirez l'intelligence du texte pour les interpréter après au graveur , il lui seroit impossible de les comprendre; Outre cela , je serois bien aise que le tout fut imprimé en fort beau caractère et de fort beau papier, et que le libraire me donnât du moins deux cents exemplaires, à cause que j'ai envie d'en distribuer à quantité de personnes : et afin que vous sachiez ce que j'ai envie de faire imprimer , il y aura quatre traités , tous français , et le titre en général sera : Le projet d'une science universeliè qui puisse élever notre nature à son plus haut degré de perfection ; plus , la diûptriqjue , les météores et la géométrie . où les plus curieuses matières (jue l'auteur ait pu choisir ^ pour rendre preuve

Digitizoa Ly

de la science uinvertelle qu'il propose^ sont expliquées en telie torte que ceux mêmes qui n-ont point étudié (es peuvent entendre. En ce projet, je découvre une partie de ma métbod<s; je tâche à démoutier l'existence de Dieu et de Fâme séparée du corps, et j'y ajoute plusieurs autres choses qui ne seront pas , je crois , désagréables au lecteur. £n la Dioptrique, outre la matière des réfractions, et Tinvention des lunettes, j'y parie aussi fort particulièrement de l'œil , de la lumière , de la vision , et de tout ce qui appartient à la catoptrique et à l'optique. Aux Météores , je m'arrête principalement sur la nature du sel , les causes des vents et du tonnerre, les figures de la neige, les couleurs de Tarc-en-ciel, ou je tâche aussi à démontrer généralement quelle est la nature de chaque ccjuleur, et les couronnes ou haUmee f et les soleils ou parhelia, semblables à ceux qui parurent à Rome il y a six ou sept ans. £nân , en la Géométrie » je tâche à donner une façon générale pour résoudre tous les problèmes qui ne l'ont encore jamais été ; et tout ceci ne fera pas, je crois, un volume plus grand que de cinquante ou soixante feuilles. Au reste, je n'y veux point mettre mon nom, suivant mon an* denne résolution, et je vous prie de n'en rien dire à personne, si ce n'est que vous jugiez à propos d'en parler à quelque libraire, afin de savoir s'il aura envie de me servir , sans toutefois achever ,

s'il vous pkit , de conclure avec lui qu'après ma réponse; et «or oe que vous me leres la £iveur de me mander, je me résondrai. Je serai bien aise aussi d'employer tout autre , plutôt que ceux qui ont correspondance avec N. %qui sans doute les en aura avertis , car il sait que je vous en écris.

Mais j'ai employé à ceci tout mon papier, il ne m'en reste fdns que pour vous dire que , pour examiner les choses* que Galilée dit de motu , il &udroit plus de temps que je n y en puis mettre à présent.

Je juge rexpérience des sons qui ne vont pas plus vite selon le vent que contre le vent être véntafcle, au meîns umum, car le mouvement du son est tout autre que celui du vent. Je vous remercie aussi de celle de la balle tirée vers le zénith , qui ne r0tombe*|»oi!Rt, ce qui est fort admi^ rabk. Je ne suppose point la matière subtile dont je vous ai parlé plnsielkirs fois , d'autre matière que les corps terrestres; mais comme Fait est plus liquide que Teau, ainsi que je la suppose encore beaucoup plus liquide ôn fluide et pénétrante que Pair. Pour la réflexion de l'arc, elle vient dc ce que la figure denses pores étant corrompue , la matière sobtfle qni passe au travers teaà à les rétablir, sans qu'il iniporle de quel côté elle y entre. Je suis , etc.

' «« Elwîvir, »•

(Lettre 102 du IcnmU.)

Monsieur ,

J'étais hors de cette ville lorsque vos lettres , avec les observations que vous m'avez fiiit la faveur de m'envoyer y sont arrivées , et je n*y suîs retourné que sept ou huit jours après , ce qui est cause que je ne vous al pas écrit plus tôt pour vous en remercier ; car j'eusse bien désiré par même moyen vous pouvoir rendre compte profit que j'en aurois retiré; mais, ayant changé de logis depuis ce temps-là, je n'ai point eu encore ass^ de loisir pour mettre feau de la mer à la question, afin de voir si je pourrois découvrir fa causd de sa lumière.

Pour votre observation touchant les parâies i tantla vôtre queceDedeSichardus* mecouflrmetit

> « Je crois cette lettre écrite a M. €ovn. Van Hooghelaad», qniiâ»* » raeurnit à Leydë. Je la croift éorite en mars i636, à Anstecdaiu, pot » de temps après son retour de Frise. » — Pliu>bas : « i636., à Amsterdam* .» Voyez le nnuvran rallier, pag9 39. *•

* « Wilh. Sobickardns. *

^ ij ... L.y

flSo L£TTRES.

entièrement en Topinion que j'en avois , de sorte que je n y désire rien davantage. Toutefois je ne

vous renvoie point encore le livre ; car, jugeant • que vous n^en êtes point pressé, j'ai cru £ûre mieuxd'attendreàqiK Iqiie autre commodité; mais, en revauciie, je vous ferai ici part d'une autre observation que j'ai faite il n'y a que dix jours, étant la nuit sur le Ziiyderzée, pour passer tle Frise à ^ Amsterdam. J'avois tenu le soir assez long-temp^ ma téte appuyée sur la main ^oite , de laquelle je fermois l'œil dfoit , et je tenois cependant l'autre tout ouvert ; lorsque l'air étant assez obscur , on apporta une chandelle dans la chambre où j'étob , et incontinent, ouvrant les deux yeux, j'aperçus deux couronnes autour de cette chandelle , plus parfaitement colorées que je n'eusse cru qu'elles pou voient être, et telles que vous les voyez ici représentées. A' est le cercle extérieur de la plus grande , qui étoit d'un rouge fort bien coloré ; B est l'intérieur de la même, qui étoit bleu; les autrès couleurs de l'arc-en-ciel se pouvpient bien un peu remarquer entre ces deux cercles , mais elles u'y occupoient que fort peu d'espace ; C est l'intervalle qui étoit entre les deux couronnes , lequel paroi ssoit autant ou plus noir que tout l'air d'alentour; D est la couronne inlérieuré qui n'étoit qu'un seul cercle fort rouge , ainsi que le précé-

dent f seulement voyoit-ou qu'il étoit plus chargé de couleur en dehors qu'en dedans. Cest l'intervalle qui étoit entre ce cercle rouge et la flamiue de la chandelle , lequel étoit tout blanc et comme lumineux. Or j'eus assez de loisir pour observer toutes ces choses, car elles durèrent toujours jusqu'à ce que je me fusse endormi , ce qui ne fîit que deux ou trois heures iipres ; et ce que j'appris de ceci lut. que les couleurs de ces couronnes sont disposées tout au contraire de celles qui parois* sent autour des astres , a savoir le rouge en deliors , et qu'elles ne se formoient point daus^l'air, mais seulement de la disposition de mes yeux: car fermant l'œil droit, je ne les voyois pointdu tout , et fermant le gauche 9 je ne les en voyois pas moins , et mettant seulement le doigt entre mon œil et la flamme de la chandelle , elles disparoissoient. Cette expérience m'a tellement plu que je ne la veux pas oublier en mes Météores, et je pense en pouvoir assez rendre raison. Je vous remercie très humblement des p£Bres que vous me faites pour me loger , mais il y auroit de l'inconstance à quitter sitôt le lieu où je ne fais que d'entrer ; ce n'est pas que je ne ressente extrêmement les obligations que je vous ai de Taffection que vous me témoigne^ en toutes choses 9 et qift je ne fusse très aise de pouvoir faire en revanche tout ce que vous témoignez désirer : car je suis , etc.

aSjl LETTRES.

AILM ik * * t m. . .

(Lettre io3 du tome II. ) MOfifSlEUR,

Je vous remercie des lettres que yoiis m'aves fait la faveur de m'eiivoyer, et je suisbie» aise d*ap-

prendre que M. de Balzac se souvient encore de mok * jétois quasi en dessein de lui écrire à ce voyage »

raais j'aime mieux attendre encore quelque temps, et cependant , si par occasion vous le voyez , vous m'obligerez de Fassurer de mon s^ice. Je voiis prie aussi de £aiiremes baisemains à M. Sarrazin, et lui dire que je le remercie très humblement du livre qu'il a eu autrefois intention de nL'en¥oyer9.et que je n*eusse pas manqué de lui écrire pour l'en .remercier , si celui auquel il l'avoit baillé eût eu soin de me te faire tenir.

Pour les lunettes, je vous dirai que depuis la condamnation de Galilée, j'ai revu et entièrement achevé le traité que j'en avois autreCcûs commenoi ;

• «Cette lettre est adressée » je crois, à M. Mydôrge, et écrite Fm » it>t6, au moi& de mars. Voye/.-eu les raisons dans le nouveau cahier y » page aa. »

tt- rayant entièrement séparé de mon Monde, je

me propose de le faire imprimer seul dans peu de temps: toutefois, pourcecpi'il s'écoulera peut'-étre enoore*pi|is d'un an arant qu'on lè puisse voir imprimé , si M. N ' . y désiroit travailler avant ce temps^là, je le tiendrois à.&veur, et je m'offre de faire transcrire tout ce que j'ai rois tou» chant la pratique, et de lui envoyer quand il lui ^ira.

Premièrement, je né m'étonne pas que la moelle de sureau pesé quatre ou cinq cents fois moins que Tor ; mais je ne kisse pas de vous remercier de la communication de votre expérience i, et serai toujours bien aise de savoir celles que vous aurez fiiites. Secondement, je ne sais point si le sureau ou lesapire rendent un son plus aigu que le cuivre; mais je crois généralement que selon que les corpli sent plus secs et plus ^oides , c'est-à-dire plus disposés à recevoir en eux un tremblement plus prompt, ils ont ie son le plus aigu. Troisièmement, ce son ne se feit point par la division des. parties de Pair, mais par son agitation seulement, laquelle accom-> pagne celle du corps résonnant. Quatrièmement, c'est atitre chose des tours et retours d'une corde attachée par les deux bouts, et autre chose de ceux d'une eorde attachée seulement par un bout, et qui a un poids à l'autre botit : car celle-ci se meut de

bas en haut par l'impétuosité ou l'agitatiou qui est en elle, et ne commence point de retourner de haut en bas que cette agitation n'ait été entièrement surmontée par la pesanteur qui Ta fait 4^s«eudre y ce qui est cause qu'elle va fort lentement lorsquelle achève de n^onter; et toutefois je ne crois point pour cela qu'elle s'arrête ^ucuu moment avant que de redescendre. Cinquièmement, je ne crois point aussi que le uiouvement de la cord# attachée par les deux, bouts décrive toujours des cercles parfaits, ou des ellipses parfaites, mais que toutes les inégalités de ces cordes, et les diverses façons» dont elles peuvent .être touchées, apportent dé la variété en la figure de leur mou* vement. Sixièmement, pour la clialeur je ne crois point qu'elle soit la même chose que la lumière , ni aussi que la raréfaction de l'air ; mais je la conçois comme une chose toute différente , qui peut souvent procéder de la lumière, et de qui la raréfaction peut procéder. Je ne crois point non plus que les corps pesants descendent par quelque qualité réelle nommée pesanteur, telle que les philosophes l'imaginçnt , ni aussi par quelque attraction de la terre ; mais je ne saucois expliquer mpn opinion sur toutes ces choses qu'en faisant voir mon Monde avec le mouvement défendu, ce que je juge maintenant hors de saison et je m'étonne de ce que vous proposez de réfuter le livre contra

LETtRFS. 285

mûtum ierrat, mais je m'en remets à votre prudence

Je ' vous assure que tant sVn faut que j'aie témoigné au sieur N ^ que vous m'eussiez parlé de lui , qn au contraire j'ai tâcbé de lui en ôter tout • soupçon , car je ne lui mande point du tout qu'on m*ait rien dit de lui , sinon que je mets en ma , première lettre : Je vou$ redemandai l'année paê^ $ée mon Traité de musique, non pas à la vérité que J'en eui$e besoin, maie poureequ'on^m' avait dit que vous en parliez comme si vous me l'eussiez apprise toutefois Je ne voulus point vous en écrire aussitôt, de peur de paraître trop défiant si Jè doutais de la fidélité d'un ami sur le simple rapport d' autrui. Mais maintenant que, par plusieurs autres témoignages, J'ai reconnu que vous préférez um vaine ostentation à la vérité y et à l'amitié qui a été jusques ici entre nous. Je w%ux vous donner ici un petit mot d'avis, qui est, qtts si vous vous vantez d'avoir eh' seigné quelque chose à quelqu'un , encore que ce que vous dites soit véritable , cela ne laisse pas d'être odieux ; mais si ce que vousr dites est contre la vérité, il est encore plus odieux; ety enfiuy si vous avez ap-

' • Ici ceita lettre, i» - \ .

• « xiÊtn lÊft h Merwmie , 'i63o.;root9et t^oém, jiiiqa*aii second de wla paga470» pit on fragment d'nne lettre éecite en déeemlire i63o. » Toyes-en les ttâêàa» dan» le nonvean cahier, page lô. •»

^ m Beecnao. »

â86 LETTHES.

pris de lui la chose même que nous vous vantez lui avoir apprise, eeruUnment cela eef tout '^à- fait odieux, eta Ce qu'il ne peut dire venir de vous, car je mets Vannée passée que vous n'étiez pas encore venu ici; et l'on m'avoit dit et non pas écrit, pourceque j'ajoute cela m'avoir été confirmé par* 1q témoignage de plusieurs, etc., afin qu'il ne vous le puisse attribuer. Je mets en ma lettre suivante : Je déeire que voue sachiez que ce n^'est ni dê lui ni de personnes mais de vos lettres mêmes que J'ai appris ce que Je trouve à reprendre en voue : conâne en effet dans les deux lettres qu'il m'a écrites, je croîs qu'il y a assez de preuves de sa vanité, pour le fiûre décla^ tel que je dis, devant des juges équi^ tables. Je n*ai pas su depuis de ses nouvelles, et ne pense pas lui écrire jamais plus. ^

J'ai pitié de la disgrâce de M. N;., encore qu'il la mérite. Pour la lettre où je parlois 4e lui, je ue suis pas marri que vQuir l'ayes fait voûr i M. N* 9 puisque vous l'avez jugé à propos ; mais j'eusse été bien aise que vous ae la lui eussiea point mise tout^riait entre tes loaiiis, tant à causé que mes lettres sont ordinairement écrites avec trop peu de soin pour mériter d'être vues par d'autres que ceux 4 qui elles sont adressées^ cc^^n^ke aussi pourceque je crains qu'il n'ait jugé de là que je veux fciire imprimer la Dioptrique ; car il me sem-

> « J« croi» qnc e*est de M. Ferrier qu'il parle ici. -

LETTBBS. ÙOJ

bia que jfen mettois quelque chose ailieun qu'à la fin, que vous dîtes avoir ôtée ; el je seroîs fort aise qu on ne sût point du tout que j'ai ce dessein : car, de la ftçon que j'y travaille, elle ne sauroît

être prête de long-temps. J'y veux insérer un discours où je tâcherai d'expliquer la nature des couleurs et de la lumière, lequel m'a arrêté depuis six mois , et n'est pas encore à moitié fait ; mais aussi sera-t-il plus long que je ne pensois, et contiendra quasi une physique tout entière ; en sorte que je prétends qu'elle me servira pour me dégager de la promesse que je vous ai £iite, d'avoir achevé mon Monde dans trois ans, car c'en sera quasi un abrégé , et je ne pense pas après ceci me résoudre jamais plus de £ûre rien imprimer, au moins mot vivant ; car la fiiMe de mon Monde me plaît trop pour manquer à la parachever, si Dieu me laisse viw« assee long-temps pour cela ; mais je ne veux point répondre de l'avenir. Je erois que je irons enverrai ce discours de la lumière sitôt qu'il sera fût, et avant que de vous envoyer le reste de la Dioptrique : car y voulant décrire les couleurs à ma mode, par conséquent étant obligé dy exfdiquer comment la blancheur du pain demeure au saint sacrement , je serai bien aise do le faire examiner par mes amis avant qu'il soit vu de tout le monde. Au reste, encore que je ne me hâte pas d'achever la Dioptrique , je ne crains point du tout

â88 LETTRES.

ne quis miltat falcem in messem alienam ; car je suis assuré que quoi que les autres puissent écrire , s'ils ne le tii^nt des lettres que j'ai envoyées à M. F. % ils ne se rencontreront point du tout avec moi.

Je vous prie, autant qu'il se pourra, d'oter Topinion que je veuille écrire quelque chose à ceux qui la pourroient avoir, et plutôt de leur faire croire que je suis entièrement éloigné de ce dessein : comme de fait, après la Dioptrique achevée, je suis en résolution d'étudier pour moi et pour mes amis à bon escient, c'est-à-dire de chercher quelque chose d'utile en la médecine, sans perdre le temps à écrire poiu* les autres, qui se moqueroient de moi si je faisois mal, ou me porteroient envie si je taisois bien, et ne m- en sauroient jamais de gré , encore que je fisse le mieuic du monde. Je n'ai point vu le livre de Cabaeus De magnetica philoêopkia, et ne me veux point maintenant divertir à le lire*.

Pour vos questions, je n'y saurois guère bien répondre, car mon esprit est entièrement diverti ailleurs; toutefois je vous dirai que je ne crois pas qu'une corde de luth retournât guère plus long* temps m vaeuo qu'elle fait in a$r9; ôar la inème

■ « Fmier. »

" « Si le livre de Cabans n*« ^tê imprimé qtt*en f 63g , ce morceaa est d*sn« aatre lettre. »

LETTRES. Stbg

force qui la fait mouvoir est celle qui la fait cesser à la fin. Comme quand la corde CD ■ est tirée jus-

ques à B, il ny a (jue la tlispositioii qu'elle a de se raccourcir et resserrer dooi-méme, à cause qu^eile est trop étendue, qui la fut mouvoir vers £,'en sorte qu'elle ne devroit venir que jusques à la ligne droite G£D;.et ce qui la fait passer au-delà, depuis £ jusques à H , n'est autre chose qu'une nouvelle force qu'elle acquiert çar l'impétuosité de son . . mouvement; en venant depuis B jusques à £, de sorte que H ne peut être si éloignée de £ comme car cette nouvelle force ne sauroit être si gjçajade que ]apremière« Or, encore qu'à chaque retour que fait cette corde ce soit une nouvelle force qui la fasse mouvoir, il est certain toutefois, qu elle ne s'arrête point un seul moment entre deux retours ; et la raison que vous apportez que Tair ne peut pousser la corde, à cause qu'il est poussé par la corde, est très> claire et très certaine.

J'avois écrit tout ce qui précède il y a quinze jours, et pourceque la feuille n'étoit pas pleine^ je ne vous Tavôis pas envoyée, ainsi que vous m'aviez mandé dans l'un de vos billets; mais je vous l'eusse envoyée il y a huit Jours , sinon que celle que vous m'écriviéz me fut rendue trop tard ; je ne sais si ce n'est point que vous l'eussiez mise au paquet de quelque autre, car je n'étois pas au logis

» figure m.

agO . LETTRES,

quand on l'apporta; ndaîs quand vous ïn'obligez de m'écrire , c'est toujours le plus sûr d'envoyer vos lettres par la yoie ordinaire.

Je vous ai trop d'obligation de la peine què vous avez prise de m'envoyer un extrait de ce manuscrit : le plus court moyen que je sache pour répondre aux raisons qall apporte contre la Divinité, et ensemble à toutes celles des autres athées, c'est de trouver une démonstration évidente qui Caisse croire k tout le monde que Dieu est. Pour rooî, j'ose bien me vanter d*en avoir trouvé une qui me satisfait entièrenient et qui me fait savoir plus certainement que Dieu est que je ne sais la vérité d'aucune proposition de géométrie^ mais je ne sais pas si je serois capable de la faire entendre à tout le monde en la même façon que je l'entends, et je crob qu'il vaut mieux ne toucher point du tout à cette matière que de la traiter impar&itement. Le consentement universel de tous les peuples est assez suffisant pour maintenir la Divinité contre les injures dés athées, et un particulier ne doit jamais entrer en dispute contre eux, s'il n'est très assuré de les convaincrq.

J'éprouverai en la Dioptrique si je sois capable d'expliquer mes conceptions et de persuader aux autres une vérité, après que je me la suis persuadée , ce que je ne pense nullement. Mais 'si je trou< vois par expérience que cela hit , je ne dis pas que

t*ETTRBS. 291

quelque joui: je n'achevasse un petit traité de métaphysique, lequel j'ai commenoé étant en Frise^ et dont les principaux point» sont de prouver i'exiâtênce Dieu et ceUe de not âmet , lorsqu'elles

sont séparées du corps , cl'où suit leur immortalité; car je suis en colère quand je vois qu'il y a des gens au monde si audacieux et si impudents que de combattre contre Dieu".

}e suis * marri que M. F. ait fait croire que j'eusse dessdn d'écrire quelque chose, et vous m'obligerez de témoigner tout le contrait^e, et je n'apprends autre chose qu'à escrimer. J'ai compassion avec vous de cet auteur qui se sert de raisons astrologiques pour prouver l'immobilité de la terre; niais j'aurois encore plus de compassion du siècle, si je pensois que ceux qui ont voulu £ùre un article de foi dé cette opinion n'eussent point de plus fortes raisonis pour la soutenir. Pour ce que vous me demandez touchant la réfraction des sons , je vous dirai qu'il s'en faut beaucoup qu'elle se jouisse repaarquer^en eux si facilement qu'en la lumière, à cause que le son se transfère quasi aussi facilement suivant des lignes courbes ou tortues que des droites; /toutefois, pour en parler absolument, il est certain que les sons souffrent réEraction en passant au tra-

• «•'▲«N ]ettt«, kSS4* Ce moomA «liaAi«it éofte au p. ipac^^ » leptmD^ 16)4. VoyvMi Ici raÎMiiM d$m» le luraTeni cahier , ao.

DigitizcG by Li(.)o^le

2Q2 IiETTRBS»

-vert de deux corps différents, et qu'ils se rompent ad perpendieutum dans celui par lequel ils passent le plus aisément; mais ce n'est pas toujours le plus épais et le plus solide par lequel ils passent le plus aisément , ni aussi 1© moins épais^ et j'aurois bien des choses à dire avant que je pusse éclaircir cette distinction suffisamment

Pour cet instrument monocorde qui' imite la trompette, je voudrois en avoir vu l expérience pour en oser dire mon opinion; mais, autant que je puis conjecturer , tout le secret qui y- est w consiste qu'en cela que le chevalet étant mobile et tremblant , ainsi que vous m'écrivez , le son a quelr que latitude, et ne se détermine pas à être grave ou aigu jusqu'à tel degré, par la seule longueur de la corde, mais principalement aussi par sa tension, qui fait qu elle presse plus ou moins ce cbevalet; et ensuite que les tremblements de ce chevalet sont plus ou moins fréquents, avec lesquels se doivent accorder ceux de la corde, et par conséquent la hauteur ou la? bassesse du son. D'où premièrement il est aisé à entendre par les bisséotions (comme vous dites que je vous ai autrefois mandé touchant la trompette) pourquoi ce mo- • nocorde étant touché à vide feit ouir toutes lescohsonnances en même temps ; puis pourquoi étant touché entre les divisions i, a, 3, 4i il ^^it f ouïr aucun son agréable, si ce n'est le même que

LETTRBS.

celui qu'il fait ouïr étant touché sur ces divisions, pouroeque lors les tremblements de la corde ne* peuvent s'accorder avec ceux- du chevàlet , si ce «"n'est qu'ils retienneal la même mesure que sur ces divisions.

Pour Texpérience que vous dites avoir été feite d'un mousquet qui perce plus à cinquante ou cent pas qu'il ne &it à dix ou vingt pieds, si elle est vraie, il faut dire qu'il perce moins à dix ou vingt pieds, à cause que la balle allant trop vite se réfléchit si

' "promptement qu'élle n'a pas assez de loisir pour faire tant d'effet , ainsi qu'un marteau frappant une balle de plomb qui est mise sur une enclume ne l'aplatira pas tant que si elle est mise sur un oreiller.

* Enfin , si le sifflement des balles de canon ne s'en- 'tend pas au commencement de leur mouvement comme k la fin, il £iut penser que c'est leur trop

grande vitesse, qui, ne faisant mouvoir l'air qu'en un seul sens et sans^ lui donner le loisir d'aller et retourner, ne cause aucun son, car vous savez que ces tours et retours de l'air sont nécessaires pour causer le son. Je suis, etc.

A94 LETTAKS.

AU R. P. MERSEINNE'.

(Lettre ^Z du tpme III.) . . •

Mon R^iREND PÈRE y

En me vouknt trop obliger vous m'avez e&tré»

meinent embarrassé ; car j'eusse beaucoup mieux aimé un privilège en la plus simple forme^ ooâimey si je m'en souviens , je vous en avois prié ci-devant expressément , jusque là que j'avois trouvé k ir^ire dans le projet qne vous m'en aviez envoyé auparavant , à cause d'un mot qui me scmbloit trop en ma faveur. Vous me conviez àiaire impri*mer d'autres traités, et vous retardez cependant la publication de celui-ci. Je n'ose écrire tout ce que j'en pense ; mais je vous prie , au nom de Dieu, de &ire, ou que nous ayons au plus tôt qu'il se pourra

* « GettB lettiv «t de JUmcuta aa P. Bfeneniie^ éerile èu vnÛ My, « Yoy«Mn Ict niiont dans le nouTèto cahier, »

le privilège en telle forme que ce puisse être , ou bien au moins de nous écrire qu on a refusé de le donner, ce qué je m'assure qu'on ne fera point , si ce n'est par la faute des demandeurs. Le libraire ne débitera aucun de ses exemplaires ^ ni n'en en« Terra aucun hors de Leyde que cela ne soit , M ayant le privilège, je vous prie d'en envoyer 1 original au *l!daire ' par le premier ordinaire de la poste , et d'en retenir seulement une copie colladonnée , pour servir en cas qu'il se perdît.

ilu. reste , je remarque par vos lettres que tous avez fait voir ce livre à plusieurs sans besoin , et au contraire que vous ne l'avez point encore fait voir .à M* le chancelier , pour lequel seul néanmoins je l'avois envoyé , et je désirôis qu'il lui fut présenté tput entier. Je prévois que vous lui donneree encore juste sujet de nous refuser le privi-> lége , pourceque vous lui voulez demander plus ample qu'il ne doit être , ou bien s'il l'octroie en cette forme, voms serez cause que je lui aurai une particulière obligation pour une chose que je voudrq^s bien qui ne fut point : car, outre que vous 91e faites parler là tout au rebours de mon intention , en me faisant demander octroi pour des livres que j'ai dit n'avoir pas dessein de faire imprimer , il semble que vous me veuillez rendre par force faiseur et vendmir de livres , ce qui n-eat

( « Jean Mm , impriBsor VbraiN A Leyd«. >• .

* L£ÏÏR£S.

ni mon humeur ni ma profession, et s'il y a quelque chose en cela qui me regarde , c'e;5t seulement la permission d'imprimer ; car, ponr le privilège , il n'est que pour le libraire , qui craint que d'autres ne contrefassent ses exemplaires , en quoi Fauteur n'a point ^'intérêt ...

La lettre que j'écrivois à INI. i'abbt'i Delaunay étoit dans Iq paquet de M. N. , et je n avois différé jusques alors à vous l'envoyer que pour vous en épargner le port; mais puisqu'il est d'opinion que je tardois à lui répondre, faute de pouvoir édaircir les choses que j'ai écrites toudbant l'existence de Dieu , elle ne servira pas à l'eu ôter; car je n'ai nullement tâché de le Ëdre , mais* seulemetit de' répondre à son compliment et à Toflre qu'il me faisoit de son amitié. £t résolument, quoi qu'on puisse dire ou écrire, je n'entreprendrai point de satisfaire à aucune question qui sera faite en particulier , principalement par des personnes àvec qui je n'ai point eu ci«devant ^'habitude, mais seulement à celles qui me seront faites en public , suivant ce que j'ai promis en la page 76 du Discours de la méthode.

Pour l'auteur de la Géostatique, il n'a pas fait, ce me semble, un trait d'honnête homme ,. d'avoir retenu la Dioptrique en la &çon que vous mè man- ' dez, et je m'étonne , puisqu'il en fait si peu d'état ,

< Sa uif^e, pois dbeé :« Cettn lettre linit id. <•

de ce qu'il a pris tant de jjeiiie pour la voir avant les autres , et qu'il a même en quelque &çon négligé son honneur pour cet effet. Je vous assure que je lie suis point désireux de voir ses livres^ et qu'encore qu'il y ait long^teiadps que vous m'avez écrit desaGéostatique, je n'ai jamais eu néanmoins aucune envie de la voir, sinon depuis votre dernière que je Tai fait chercher à Leyde , où ne s'étant point trouvée, on m'a offert de la faire venir de Paris; mais je ne l'ai point désicé , parcequ'en effet je ne crois pas qu'un homme de telle humeur puisse être habile homme , ni avoir rien fait qui vaille la peine d'être lu. Que si je l'eusse trouvée, je n'aurois pas manqué de vous en écrire mon opinion , tant à cause que vous le désirez , qu'à cause que vous me mandez aussi que M. des Argues le désire ; cai* lui ayant de l'obligation, ainsi que j'apprends par vos lettres I je serois bien aise de lui témoigner qu'il a sur moi beaucoup de pouvoir,, comme en effet il ne feudroit pas en avoir peii pour m'obliger à reprendre les fautes d'autrui ; car mon humeur ne me porte qu'à rechercher la vérité , et non point à tâcher de faire voir que les autres ne l'ont pas trouvée ; même je ne saurois estimer le^traVail de-^ceux «qui s'y occupent , ce qui a été la première cause qui m'a empêché d'approuver le livre du sieur de la liro^se , et la seconde €sî quli s'est arrêté à reprendre des choses qu'on

2^6 LETTAES.

peut excuser , après quoi il a fini, sans faire voir la suite du raisonnement qu'il réfute; en sorte qu« ceux qui ^ comme moi , n'ont point vu la Géo-» ' statique, ont occasion de juger qu'il s'est contenté de Tégratigner ou de lui arracher les cheveux, et qu'il ne lur à point fi^t de grandes blessures.

Jevoùs prie de m'excusér si je ne réponds point à YOtré question toudbant lex retardement que re> çoit le mouvement des corps pesants par l'air où ils ,6.é i^euvent, car c'est une chose qui dépend de tant d'autres que je nW saurois feire un bon compte dans une lettre ; et je puis seulement dire que ni 'Galilée , ni aucun autre, ne peut* rien déterminer touchant cela qui soit clair et démonstratif, s'il ne sait premièrement ce que c'est que la pesanteur, et qu'il n'ait les vrais principes de la physique.

pour votre objection touchant ce que j^ vous ai autrdfois écrit des tremblements d'une cordé , qu'ils peuvent être alternativement inégaux et . égaujc , j'ai à y répondre que 1^ même inégahté âe peut trouver aux tremblements de. tous les autres corps qui ont quelque son , comme des tuyaux d'orgues ou du gosier d'un musicien , etc. ; oar généralement aucun son ne se peut&ire que parle tremblement de quelque corps.

Le jugement que l'auteur de la Géosti^f ique £aut ■

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de mes écrits me touche fort peu, et je. ne suis pas bi^ aise d'être obligé de parler avantageus»ment de moi-même; mais poiircequ'il y a peu de gens qui puissent entendre ma Géométrie, et que vous désirez que je vous mande quelle est Topiliion que j'en ai, je crois qu'il est à propos que je vous dise qu elle est telle que je n'y souhaite rien davantage, et qiie j'ai seulement tâché, par la Dioptrique et par les Météores , de persuader que ma nïéthode est meilleure ipie 4!Qrdinaire ; maïs je prétends Tavoir démontre par ma Géométrie : car dès le commencement j'y résous une question qui, par le témoignage de Pappus, n'a pu être trouvée par aucun des abdens ; et Ton peut dire qu'elle ne l'a pu être non plus par aucun des modernes , puisqu'aucun n'en a écrit, et que néanmoins les plus habiles ont tâohé Retrouver les autres choses que Pappus dit au même endroit avoir été cherchées parles anciens,' comme l'Apollonius Rèdi* vinus , rApollonius Batavus*, et autres, -du nombre desquels il faut mettre aussi M. votre conseiller de' nuupimii et minitnU ; mais aucun de ceux-là n'a rien su faire que les anciens s^ei^gnoré. Après cela, ce que je donne au second livre touchant la pâture et les propriétés des lignes courbes \ et la façon de les examiner, est, ce me semble, autant au-delà de la géométrie ordinaire que iarhétori-r que de C^éron .edt%u-delà de Va h e des en*

iaots. Et je crois si peu ce que promet votre géostatiden, qu'il ne semble pas ntoins ridicule de dire qu'il donnera dans une Préface des moyens pour trouver les tangentes de toutes les lignes courbes, qui seront meilleurs que leà miens, que le sont les capitans des comédies italiennes ; et tant s'en faut que les choses que j'ai écrites puissent être. aisément tirées de Viete, qu'au contraire ce qui est cause que mon traité est difficile à entendre , c'est que j'ai tâché à n'y rien mettre que

" ée que j'ai cru n'avoir point été. su ni par lui ni par aucun autre ; comme on peut voir si on confère ce que j'ai écrit du nombre des racines qui sont en dbaque équation , dans «la page 372, qui

- est l'endroit où je commence à donner les règles de mon Algèbre, avec ce que Yiete en a écrit tout à la fin- de son livre De emffidMiiane œquaiionwn »* car on verra que je le détermine généralement en toutes équations, au lieu que lui n'en ayant donné que quelques exemples particuliers, dont il fait toutefois si grand état qu'il a voulu conclure son livra par là , il a montré qu'il ne le pouvoit dé» terminer en ^|pé|^al. Et ainsi j^ai commencé où il avoit achevé , ce que j'ai fait toutefois sans y penser ; car j'ai plus feuilleté Yiete deptds que j'ai reçu votre dernière quë je n'avois jamais fait auparavant , l'ayant trouvé ici^ par hasard entre les mains d'un de mes amis ; et,* entre nous, je ne

trouve pas qu'il en ait tant su que je peusois , nonobstant qu'il fût fort habile.

Au reste , ayant déterminé comme j'ai fait en cliaque genre de questions tout ce qui s'y peut faire, et montré Ic^- moyens de le faire , je prétends qu'on ne doit pas seulement croire que j'ai lait quelque chose de plus que ceux qui m'ont 'précédé, mais aussi qu'on se doit persuader que nos neveux ne trouveront jamais rien en cette matière que je ne pusse avoir trouvé aussi bien qu'eux, si j'eusse Voulu prendre la peine de le chercher. Je vous prie que tout ceci demeure entre nous, ''car j'aurois gitade confusion que d'autres sussent que je vous ai tant écrit sur ce sujet.

Je n'ai pas tant de désir de voir la démonstration de M. de Fermât contre ce que j'ai écrit de la~ réfrâction,que je vous veuille priér deme l'envoyer par la poste; mais lorsqu'il se présentera commodité de me l'adresser par mer, avec quelques balles de marchandises , je ue serai pas marri de la voir avec la Géostatique et le livre de la Lumière de M. de la- Chambre, et tout ce qui sera de pareille étoffe, non que je ne fusse bien aise de voir promptement ce qu'écrivent les autres pour pu contre mes opinions, ou de leur invention; mais les ports de lettres sont excessifs. Je suis, etc.

3oa LETTRES.

A M. DE ZUITLIGHEN '.

(Lettre lad du tome I.)

. Monsieur,

Encore que je me sois retiré assez loin hors du monde , la triste nouvelle de ^VQtre affliction n'a pas laissé de parvaaîr josques à moi. Si je vous mesuroisau pied des âmes vulgaires , tristesse que vous avez témoignée dès le comméncement de la maladie de feu madame de Z. ' me feroit craindre qupson décès ne vous fut du tout. insupportable; maîsy nedoutant pôint que vous ne vous gouverniez entièrement selon la raison , je me persuade qu'il vous est beaucoup plus aisé de vous consoler et de reprendre votre tranquillité d'esprit accoutumée, maintenant qu'il n'y a plus du tout de remède, que lorsque vou& aviez encoreoccasion de craindre et d'espérer; car il est certain que Fespérance étant du tout otée^ le désir cesse, ou du moins se re-

' « Cette lettre est éCdte du mois d'avril 1637. Voyez la date de le

• lettre 80 du 3* volume , oà il cet peciè de le mort de medame Znitli*

• àtfin. , arrivée deux aofm anperevent. Vojee le lumvemi cahier. •

* «SoMBiie Baerle. •

LETTRES. . > 5o3

lâche et perd sa force; et quaud on n a peu ou point de dé$ir de ravoir ce qu'on a perdu, le regret n'en peut être fort s^sîble. H est vrai que les esprits foi* bles ne ^)ûtent point du tout cette raison, et que, sans savoir euxrmemes ce qu'ib s'imaginent , ib s'imaginent que tout ce qui a autrefois été peut encore être, et que Dieu est comme obligé de &ire pour Tamour d'eux tout ce qu'ils veulent; mais une âme forte et généreuse comme la vôtre, sachant la con- ' dition de notre nature, se soumet toujours à la nécessité de sa loi ; et, bien que ce ne soit pas sans quelque peine, j'estime si fort! amitié, que je crois que tout ce quel'on souffre à son occasion est agréable, en sorte que ceux même qui Vont à la mort pour le bien, des personnes qu'ils affectionnent me semblent heureux jusques au dernier moment Ae leur vie; et quoique j'appréhendasse pour votre santé pendant que vous perdiez le manger et le repos pour servir vons-^me votre malade, j'eusse pensé commettre un sacrilège si j'eusse tâché à vous divertir d'un office si pieux et si doux. Mais B^aintenant que votre deuU, ne lui pouvant plus être utile, ne sauroit aussi être si juste qu'aupiïravant, ni par conséquent accompagné dq cette joie et satîs&ction intérieure qui suit les actions vertueuses, et fait que les sages se trouvent heureux en toutes les rencontres de la fortune, si je

pensois que votre raison ne le pût vaincre, j'iroi» *

5o4 LETTHES.

import uuément vous trouver ^ et tàcherois par tous moyens à vous diverdr à cause que jé-ne sacbe point (Fa Litre remède pour un tel mal. Je ne mets pas ici en ligne de compte la perte que v^us ayez faite* en tant qu'elle vous regarde et que vous êtes privé d'une compagnie que vous chérissiez extrêmement, car il me semble que les maux qui nous toudient nous-mêmes ne sont point comparables à ceux qui touchent nos amis, et qu'au lieu que c'est une vertu d'avoir pitié des moindrés aâlictions qu'ont les autres , c'est une espèce de lâcheté de s'affhger pour aucune des disgrâces que la fortune nous peut enyoy^; outre que vous avez tant de proches qui vous chérissent, que vous ne sauriez pour cela rien trouvera dire en votre fsuuille , et que quand vous n'auriez que maciame de>y. pour sœiir, je crois qu'elle seule est suffisante pour vous délivrer de la solitude et des soins d'un ménage qu'un autre que vous pourroit craindre après avoir perdu sa compagnie. Je vous supplie d'excuser la liberté, que je prends de mettre ici mes sentiments en philosophe, au même moment que je viens de recevoir un paquet des vôtres, par G. où je ne comprends point le procédé du F. M. car il ne m'envoie encore aucun privilège , et semble m'obliger ^n faisant tout le cou ti aire de ce dont je le prie. Je suis, etc.

' « (*oUa«. M — * w Meraenoe. »

(Lettre* iio 4u tome l.)

MonsiBUR,

Encore que le père Mersenue ait £ût directement contre mes prièrest en disant mon nom, je ne saurois toutefois lui vouloir njal de ce que par son moyen j'ai l'honneur d'être connu d'une pei^ sonne de votre mérite. Mais j'ai bien sujet de m'in* scrire en faux contre un projet du privilège qu'il me mande vouloir tacher d'impétrer pour moi; car il m'y introduit- me louant moi-même, et me qualifiant inventeur de plusieurs belles choses, et me fait dire que j'ofËre de donner au public d'aur très traités que ceux qui scmt déjà imprimés , ce qui est contraire à ce que j'ai écrit tant au commencement de la soixante-dix-^epflSème page du discours qui sert de préface , qu'ailleurs. Mais je m'assure qu'il vous fera voir ce que je lui mande, puisque j'apprends par celle que vous m'avez bit l'honneur de m'écrire que, c'est vous qui m'avez

* «Ceti» lettre est éorite k an uni do P. Menemey en avril 1637. Voy«t-en les raisons dans le noaveaa cahier. ••

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