A UN HÉVÉREND PÈRE JÉSUITE
, ([Lettre 83 du tome It ) . •
V Mon Ri6viREjn> PÈRE. '
Je suis extrêmement aise d'apprendre , par la lettre qu'il vous a plu m écrire , que je.sui^ encore > si heureux ^ue d'avoir ^lart en votre souvenir, et en votre affection ; je vous remercie aussi de ce qué vous me promettez de £aire examiner le livre que je vous ai envoyé , par'oéifx-des vôtr^ qui se plaisent le plus en telles matières , et de m'obliger tant .que de m'envoyer leurs* censures ; je souhaiterois seulement, outre cela , que vous voulussiez prendre la peine d'y joindre les vôtres ; car je vous • assure qu'il n'y en aura, point dojnt l'autOTitépiuase plus en mon endroit, ni auxquelles je défère plus volontiers. Il est vrai que cenx- de mes amis qui ont déjà vu ce livre m'ont appris qu'il fallpit du temps et de l'étude pour pouvoir bien en juger, k
• «Cette lettre est écrite au même jésuite que la 78*"' de ce volume. » Ce jésoite avoit écrit nue lettrçde remerciement à M. Descartes, qui lai •>*récrit cette lettre. Elle est apparemqiiènt écrite vers le moi» d'octobre » 1J537." »
LE-TTAKS. 335
cause que les coiiiinénœnieDt»(au moins ceux de la Dioptriqueet des Météores ) ne peuvent être bien persuadée que pai^ la. connoissaiice de toutes les choses qui suivent après ; et que ces choses qui suivent ne pettvent être bien entendues, si on ne se souvient de toutes ceibs qui les précèdent : c'est pourquoi je vous aurai ulie très particulière obligation s'il vous plaît d'en prendre la peine, ou de faire aussi que d'autres la prennent. Car eu effet y je n'ai autrè dessein que celui de m^nstriiire y et ceux qui me reprendront de quelque faute me feront toujours plus de plaisir que ceux qui me donnent des louanges. Au reste, il n'y a personne qui me semble avoir plus d'intérêt à examiner ce livre que ceux, de votre compagnie : car je vois déjà que. tant de personnes se portant à ciroire ce qu^il contient, que,( particulièrement pour les Météores) je ne sais pas de quelle &çon ik pourront doréna-r vant les* enseigner, comme ils font totis les ans en la plupart de vps collèges, s'ils ne réfutent ce que, j*en ai . écrit 9 ou s'ils ne le siiiyept. £t pourceque je sais que la principale rsdson qtrî lait que les vôtres rejettent fort soigneusement toutes sortes de nouveauté» en matière de philosophie , est la crainte qu'ils ont qu'elles ne causent quelque changement, en la théologie, je yeux ici particulièrement vous avertir qu'il n'y a rien du tout à craindre de ce côté-là pour les miens, et que j'ai
554 liKTTRKS,
sujet' de rendre grftcës à Dieu de œ que les opinions qui m'ont semblé les plus vraies en la physique, par la considération des causes naturelles, ont toujours éfcé celles qui s'accordent le mieux de toutes avec les mystères de la reli^on ; comme j^espère faire voir, clairement aux occasions. £t cependant je vous supplie de me continuer là fiaiveur de votre affection, et de croire que je serai toute ma vie, etc. .
A M. PLEMPIUS ■.
(Lettre 7 du tome II. Versioii. ),
MoiisiEi}*a,
« - • J'ai reçu vos lettres avec les réflexîpns de M. Fro-
moiidus, qui m'ont été très agréables ; mais, pour vQusdire la vérité, je ne pensois pas devoir les reeevoir sitôt, car j a vois appris peu de semaines auparavant que vous n'aviez pas encore vu mon livre; et plusieurs de ceux à qui je l-ai ici donné pour en faire la lecture m'ont témoigné n'avoir pu en faire iiucun jugement équitable qu'api^ l'avoir lu et
* •< Cette lettrr est du 27 novembre 1637. Voyez les raisons dans le « nouveau cnhier. « • • '
LETtR]£S. . 355
relu plusieurs fois; c'est pourquoi* je me sens aujourdiiuî d'autant phis obligé à Bf. Fromondus eé
à vuiii), maib à vqus surtout, mousieur, de l'applaudissement qu'il a reçu, et qui est beaucoup au<-de88us de celui que j'oserois avouer qu'il ait pu luériter , luars dout je ue doute point qu'il ne £sûile attribuer la meilleure partie à l'affection que vous avez pour moi ; et à M. Fromondus , de la diligence qu'il a apportée à le lire, ef, de la Êsiveur qu'il m'a faite de m'en écrire ses sientiments; et certes il me semble que dans le jugement d'un si grand homme, et si bien versé dans les matières dont je traite, je vois comme ramassées les opinions de beaucoup d autres. Mais néanmoins pourceque je reconnois qu'en plusieurs, endroits il fie prend ps^ mon sens, je ne puis encore bien conjecturer dé là ce que lui-même ni les autres en pourront dire après une revue plus exacte; et je ne puis non plus demeurer d'accolti de ce que vous dites, que mes explications peuvent bien être, rejetées et méprir sees • mais non pas combattues et réfutées par raison; car n'admettant aucuns principes qui ne soient très manifestes, et ne considérant rien autre chose que les grandeurs, les figures, et le mouvement, à la façon des mathéinatidei» ,* je me suis fermé tous les subterfuges des philosophes, et la moimlre erreur qui se sera glissée en mes prin« cipes pourra facilement être aperçue et réfutée par
une démonstratiofi madiéaiatîque ; mais au contraire, ce qui sera tellement vrai et assuré qu'il
' ne poun*a être renversé par aucune telle démonstration ne sera pas, comme j'espère, méprisé imptmément, du moins par ceux qui font profession d'enseigner. Car encore qu'il semble que je ne ^sisse que proposier ce que je dis, sans le prouver, Itest
■* toutefois très facile de tirer des syllogismes de mes expliqatioiis, par le moyen desquels les autres opinions touchant les mêmes . matières seirOnt^ si manifestement détruites, que si cependant quelques uns les veulent défendre, ils auront bien de la pdnê k 'répondre à -cem qui entendent, toes , principes, et peut-être même ne Iç pourront-ils (aire sans s'exposer à la risée de ceux, qui les écouteront; «
Je sais bien que le nombre de ceux qui pourront entendre ma géométrie sera fôrt petit, car ayant omis toutes les choses que je jugeôis' n'être pas inconnues aux auUes, et^yant tâché de comprendre ou du moins dfe toucher plusieurs choses en peu de paroles (voire même toutes celles qui pourront jamais être trouvées en cette science ), elle ne demande pas seulement^es lecteurs très^vants
dans toutes les choses qui jusqu'ici ont été connues .danslagéc»nétrie et, dans l'algèbre, mais aussi des ' personnes très laborieuses, très ingénieuses et ^ très attentives. J'ai appris qu'il ) en avoit deux en votre
pays , Wendelinus et Wander-Wegen : je serai bien aise d'apprendre de vous le sentînient qu'ib en auront, et aussi ce que les autres en pourront juger. J'attends avec grande ^impatience vos opinions touchant le mouvement du coeur, et vous prie de lùe les envoyer au plus tôt, et aussi de me faire savoir , s'il vous plait, si M. Fromoudus a été satisfiùt de mes réponses; vous me ferez plaisir de le saluer de ma part. Pour ce qui est des philosophes de Leyde , jet ne puis vous en rien dire , car j'«vois quitté le pays avant que mon livre fut publié: jusqiies à présent, autant que je le puis savoir, votre prophétie se trouve véritable aussi bien pour eux que pour les autres, caniictiere omnêê, personne ne dit mot. Adieu, conservez -moi toujours en l'honneur de vos bonnes grâces, <car je suis, etc.
RÉPONSE DE M. DESGARTES
▲ QUELQUES OBJECTIONS 0£ M. FROMOHDUS, flOpyjM S4 HPTfkOPE^ $A DI0FTI4QUB ET S^S MÉTEORB^ *.
(Lettre 8 du tome H. Yersiov. )
Il me semble que ce 'n'est pas sans raison que M. Fronu>ndu$ s'est souvenu dans l exorde des obj actioosqu'il a jGûtes contre moi , 4^ la fsiM dlxkm^ non seulement pourcequ'i! m'avertit fort à propos de me donner 4e gayd^ d'embrasser des opinions vaines et trompeuses, au lieu de la vérité (ce xfiia je m'efforcerai de faire autant que je pourrai, et ce que j'ai toujours taché de faire jusques à présent), mais aussi à cause que lui-même, lorsqu'il pense impugner ma philosophie, ne réfute rien autre chose que cette philosophie creuse çt subtile, composée de vide et d'atomes , qu'on a coutume d'attribuer à Démocrite et à Épicure, ou quelques autres qui lui ressemblent et qui ne me regardent point du tout.
' «1 Cette lépoue est adreMée k Mi Plempiat , et écrite le 97 iiovembi*c » 1S37. Voyes^ les reieoiu deas le nooTeaQ eehîen »
Comme , premièrement , quand , sur la page 46 et 47 1a Méthode, il dit que des actions si noëin, t»liê$ que 9ont ia vi$ion^ ei piusieurs autres semblables, ne peuvent venir d'une cause si vile et si grosêière comme est la chaleur naturelle , il suppose <jue jé crois que les bétes yoient tout deibéme que nous, c'est-à-dire en sentant ou pensant qu'elles voient , laquelle opinion on croit avoir été celle d*Épicure; et aujourd'hui même elle. est presque reçue et approuvée de tout le monde ; et néanmoins dans toute cette partie, jusques à la page Go, je fais voir assez expressément que mon opinion n'est pas que les bétes voient connue nous lorsque nous sentons que nous voyons, mais seulement qu'elles voient comme nous lorsque notre esprit étant diverti et fortement appliqué ailleurs , encore que pour lors les images des objets extérieurs se peignent dans la rétine^ et peut -être aussi que leurs impressions iaitos dans les nerfs optiques déterminent nos membres à divers mouvements, nous ne sentons toutefois rien de tout cela , auqtiel cas nous ne nous mouvons point autrement que des aiitomàtes, en qui personne ne dira que la châ- ]^tr naturelle ne soit pas suffisante pour exciter tous les mouvements qui s'y font.
Secondement, quand, sur la page 56, il demande quel besoin il y a de mettre dans les bétes brutes des âmes substantielles, et dit que par là on donne
540 LK'llRES,
petti'être oeàasion aux athées d'exclure du eorpt humain l*âme raisonnable, cela ne regarde personne moias que moi ^ qui crois fermeinent avec Ifsainte écriture, et qui ai expliqué assez clairement, si je ne me trompe, que l'âme, des brutes n'est rien autre chose gue leursang, à savoir celui qui, étant échauflfé dans leur cœur et converti en esprits, se répand des artères par le cerveau en tous, les nerfs et eu tpus les muscles. De laquelle doctrine il résulte qu'il y a une si grande différence entre les âmes des brutes et les nôtres , que je ne sache point que jamais personne ait inventé un argument plus fort et une raison plus puissante pour convaincre et confondre les athées, et pour persuader que l'esprit humain n'est point tiré de la puissance de la matière. Mais , pour ceux, qui attribuent aux bétes je ne sais quelles âmes substantielles , différentes du sang, de la chaleur et des esprits, je les ti'ouve bien empêchés ; car , premièrement , je ne vois pas ce qu'ils ont à répondre au cfaa- • V pitre xvnduLévitique, verset i4 , où il est dit expressément : Car l'âme de toute chair est dans U iang$.et vous ne, mangerez, point le sang d* aucune chair, poureeque râme de la chair est dans le sang. Comme aussi au chapitre xn du Deutéronome, verset a5 : Surtout donne-toi de garde de manger du sang, car ils ont pour âme le sang, et pour cela tu m dois point manger l'âme avec la^chair; et autres
semblables passages 4U1 me semblent beaucoup plus clairs que ceux que Ton apporte contre certaines autres opinions qui sont condamnées par quelques uns pour cela seul qu'elles . semblent contraires à la sainte écriture. De plus, je ne conçois pas aussi comment, après avoir mis si peu de différence entre les opérations de l'homme et celles de la bète, ils peuvent se persuader qu'il y en ait une si grande entre la nature de l'âme raisonnable et celle de Tâme sensitive; que la sensitive, lorsqu'elle est seule, soit d'une nature corporelle et mortelle, et que, lorsqu'elle est jointe à la raisonnable , elle soit d'une nature spirituelle et immortelle. Car en quoi pensez-vous, je vous prie, qu'ils estiment que le sens soit distingué de la raison ? c'est' à savoir en ce que Ja connoissance du sens est appréhensive et simple, et par conséquent nullement sujette â la fausseté ou à l'erreur , et que la connoissance de la raison est un peu plus composée, et qu'elle se peut faire par lés formes et les détours des syllogismes; ce qui ne semble nullement montrer qu'elle soit pLm parfaite , vu principalement qu'ils disent que les connoissances de Dieu et des anges sont simples et intuitives, ou iseulement appréfaensives , et qu'elles ne sont point attachées à aucune forme de raisonnement. En sorte qua leur compte, le sens des bétes ( s'il est permis de parler de la sorte) approchera de plus
près» ile la counoissauce de Dieu et des auges, que le raiaonnenient humain. J'aurois^ pu ajouter crày et plusieurs autres choses semblables, non seule* ment à ce que j'ai écrit de lame de Thomme, mais presque aussi à toutes les autres matières ciont j*ai traité pour fortifier mes propositions; mais j'ai omis tout cela exprès , aiiii de ne rieu enseigner de (aux> en pensant réfuter les autres» et aussi afin de n'instilter point ouvertement à pas une des o}3i nions qui sont reçues dans les écoles.
Troisièmement , quand , sur la page 5o > il dit qu'il ne faut pai qu'il y ait moins de chaleur dans i$ cœur que dan» un fourneau, afin que (es. gouttes de sang puimifkt être raréfiées assez proÉtptemeHt pour le dilater, il semble n'avoir pas pris garde comment le. lait, l'huile, et presque tcxutes les autres liqueurs qui sont mises sur le feu , se dilatent au coninienceuient peu à peu et fort lentement , mais que, lorsqu'elles sont parvenues jusques à un certain degré de chaleur, elles s'enflent tout-à-ceup, et comme en un momen|; en sorte que si ou ne les retire aussitôt «du feu, ou du moins qu'on * ne découvre le vaisseau où elles sont,- afin que les esprits, qui sont la principale cause de cette raréfaction, &i puissent sortir, une bonne partie s'enfuira et s'écoulera dans les cendres. Et ce degré de chaleur doit être divers selon que la natiue de la liqueur est diverse ; car même il y en a de
jLXTTRXS.
telles qui à peine sont tièdes qu'elles se raréfient et se gpi^eiit de k sorte : car, t'il eut observé cela , il eût fiicileniieiit jugé que le sang qui est contenu dan3 les veines de chaque animal approché beaucoup de ce degré de chakur qu'il doit slcquérir dans le cœur afin d y pouvoir êtxfi raréfié presque en un moment.
Quatriemcuent , mais il n'y a point de lieu ou il montre plus manifestement qu'il a embrassé les nuages de la philosophie de Démocrite* au lieu de k Jnnon de la mienne, que dan» l'observation qu'il . a faite sur la page 4 de la Dioptrique, où il nie que j'aie bien expliqué comment un corps lumineux transmet ses rayons en un instatnt, par la comparaison (lu bâton d'un aveugle : Pource, dit-il, (/m^ le rayon fui sort du iorpt du êoUil doU fiuiôi êtr^ êempmré à une flèche qui sort d*UH bu, et qui traîne ^ l*air successivement, et non pas en un instant, que, etc. Ne ptend-il pas ici potir n^oi Leucippus^ ou Épicm«, ou 9 comme je crois, Lucrèce, qui, si je ne me trompe , a parlé en quelque endroit de ses vers, déê dardé du uUdL Car pour moi, ne supposant point du tout de vide, mais ayant au contraire expressément dit que tous les espaces depuis le aeieii jAisque» àneus^sont plein»de* quelque corps , »'U vérité wè» fluide, mais aussi pcMir cela même d'autant, plus continu , que j'ai appelé maUère sulh ùU, je ne. vois pas ce que l'on p^ut objecter <^tre
mes compai*aisons , tant celle du bàtou que celle de la cuve pldne de raisins foulés, par lesquelles j'ai expliqué comment les rayons de la lumière se transmettent en un instant. £t s'il dit que ma p\àlosophie est un peii rude et grossière de ce que je crois qu'il y a des corps qui peuvent facilement pénétrer les pores du verre, il me doit pardonner si je réponds que j'estime cette philosophie-là beaucoup plus grossière , et toutefois moins solide, qui soutient qu'il n'y a point de pores dans le verre, à cause que. le son n'y trouve point de passage ; car nous voyons que le son même , s'il n'est tout-à-£sdt ôté par des tapisseries mises au-4evant, du moins est-il beaucoup diminué, et comme étouffé : ce qui suffit pour faire concevoir que le son est de telle nature, qu'il ne peut passer faci* lement par toutes sortes d'ouvertures, mais seulement par celles qui sont assez grandes et larges. Car, pioisqu'il n'est autre chose qu'un mouvement de Tair, ou du moins puisqu'il en dépend , personne ne doit trouver étrange s'il ne peut passer par les ouvertures par où le vent ou bien le corps de l'air tout entier ne peut pénétrer.
Cinquièmement, il m'objecte aussi en ce même endroit -^Uê êi ia Umièrê ne $e tramfére -^ue par certainê corps mus localement, donc tout mouvement d0 ce corps est lumière. Laquelle conséquence me semble être la même que s'il disoit : Puisque le fer
DigitizcG
ne devient point ronge et embrasé qu'il ne soit
chaud, donc toutes les fois qu'il sera chaud en quelque façon, il sera aussi en quelque £aiçon rouge et embrasé. Car j'avoue 'bien que toute iro^ pulsion de la matière subtile qui est parvenue à un certain degré de vitesse cause le sentiment de la lumière ; et c'est ainsi que lorsqu'on est frappé aux yeux, ou qu'on se les frotte un peu fort , il a coutume de nous paroître certaines étincelles , quoique d^aillcnirs il ne vienne vers eui aucuns rayons de lumière : mais je nie qu'un mouvement plus lent et ordinaire de cette madère puisse causer de la lumière , tout de même qu'une chaleur modérée ne sufEt pas pour rendre un fer rouge. £t pour ce qui est des espèces intentionnelles , dont il touche ici quelque mot, s'il entend qu'un aveugle en a aussi besoin pour sentir les objets extérieurs par l'entreinise de son bâton, je le veux bien , car c'est ainsi que je dis qu'il en faut pour la vision.
^xièmement, ce qu'il dit sur là page 1 7 n'être pas démontré assez clairement lui paroitra, comme j'espère.9 évident 9 s'il prend garde à ce qui suit dans la page 1 8 , à savoir que la balle qui est poussée d'A vers B doit au même instant parvenir à quelque point de la circonférence du cercle DI, et à quelque poinf: de la ligne droite FEI : car n'y ayant que le seul point 1, du moins au-dessous de
la toile, dans lequel la Ugae droite F£l coufifs le cercle Di, il paroit nianifestenient que la balle doit
alors aller vers I , et non pas vers D. Septièmement, il concerra aussi en quel detis j'ai
dit que l'air empêche plus le passage de la lumière que ne fait Teau, et rexpérience des plongeons ne lui apportera aucun obstacle, s'il met distinctipB entre la multitude des rayons, et la facilité qae chaque rayoa a séparément de pénétrer tel ou tel corps diaphane. Car je demeure d'accord que Vmt admet en soi beaucoup plus de rayons que non pas l'eau , de la superhcie de laquelle il eu rejaillit beaucoup , et qui pour claire qu'dle sok ne kiase pas d'avoir plusieurs particules terrestres entremêlées parmi, lesquelles -rencontrant les rajonft qui Font pénétrée, . et s'opposant* tantôt aux un» , tMir tôt aux autres, il arrive aisément qu'elles les font tous- réfléchir avant qu'ils Tatent pénétrée Corl avant. Mais cela n'empêche ))as que le même rayon qui passe au. travers de l'air et de l'eau ne passe plus Cadiement par c^e-ci qorpnr celui-là, qui est tout ce que j'at dît ^ et que je pense avow aussi démontré, si j'entends bien ce que c'est qu'une démonstration.
Huitièmement, ce qu'il dit sur la page 5'o mao* <{uer touchant la cause de la diversité des couleurs, il' le trouvera à la fin ''de la page 1 1, et. au» cqmniencement de la 40» expliqué, comme je crois, suf-
fisarament, et de plus démontré plus bas si am». plement, depuis la page 2^4 jusques àla page s6i, que je. u'estiiDe pas qu'il soit uéces^aire de rien ajouter ici davantage.
Neuvièmement , sur la page 3o. // s'étonne de ce que je ne reconnais point d'autre sensation qu£ celle qui $e fuit dam le cerveau. Mais tous les médecins et tous les chirurgiens m'aideront , comme j espère , à le lui persuader ; car ils savent que ceux à qui on a coupé depuis peu quelques membres, pensent souvent sentir encore de la doulei^r dans les parties qu'ils nfont pluis : et ji'ai connu autrefois une jeune fiUe à qui l'on «voit coutumede bander les yeux toutes les fois que le chirurgien la venpit panser d'un mal qu'elle avoit à ta mem^ k cause qu'-elle n'en pouvoit supporter la viie; et ' ia gangrène s'étaut mise à son mal , on fut contraint de te lui couper jusquès èà la moitié du bras, ce qu'on fit sans l'en avertir , pourcequ'on ne la vouioit pas attrister ; et on lui attacha si adroitement plusieurs linges hés l'un sur l'autre en la place de ce qu'on lui avoit coupé, qu'elle demeura lon^ temps après sans le savoir; et, ce qui est en ceci remarquable , elle nelaissoit p^s cependant de sentie de grandes douleurs , tantôt aux doigts , tantôt au métacarpe et tantôt au coude, quelle n avoit plus , k cause que les nerfe de sa matn- et de sbn bras qui finissoient alors vers le coude , et qui au-»
paravant descendoient du cecveau jusques à ces
parties , y étoient mus en la même façon qu'ils auroient dù être auparavant dans les extrémités de ses doigts ou ailleurs , pour fidre avoir à Tâme le sentiment de semblables douleurs ; ce qui sans doute ne fût pas arrivé, si le sentiment de la douleur ou, comme il dit, la sensation se fidsoit dans la main, ou quelque part ailleurs que dans le cerveau.
Dizièroement , je ne comprénds pas cé qu'il objecte sur la page 169 et i63 , où je traite des météores ; car h ma phUoiophie lui $embU trop grossière de ce qu'eile eonsUhre le$ figures , les gran* deurs , La situation et le mouvement des parties , comme fait la méeaniquè, il condamne ce que j'estime sur toutes choses digne d'être loué, et ce en quoi principalement je me préfère aux autres , et dont je me glorifie davantage , qui est de me servir d'une &çon de philosopher ou nulle raison n'est admise qui ne soit mathématique et évidente, 6t dont les conclusions sont toutes appuyées sur des expériences très certaines ; en sorte que tout ce que nous concluons par ces principes se pouvoir faire , sé £ût aussi en eCTet toutes et quantes fois que nous appliquons comme il faut les choses actives aux passives. Je m'étonne de ce qu'il ne prend pas garde que cette mécanique qui jusqu'ici a été en usage n'est autre chose qu'une
petite partie de ia vraie physique , laquelle , pour n'avoir pu trouver de place chez les sectateurs de la philosophie vulgaire , s'est retirée chez les mathématicieus. Or cette partie de la pliiiosophie est demeurée plus vraie et moins corrompue que les autres, à cause que, se rapportant tout à Tusage et à la pratique , tous ceux qui y manquei^t en la moindre chose ont coutume d'être punis de la perte de tous leurs frais ; en sorte que, s'il méprise ma façon de philosopher à cause qu'elle est semblable à la mécanique , il me semble qu'il £ût la même chose que s il la condamnoit à cause quelle est vraie. £t, s'il ne veut. pas que Teau et les autres corps soient composés de parties distinctes réellement les unes des autres, je le prie de prendre garde que nous apercevons de nos yeux de semblables parties en beaucoup de corps; car nous voyons que les pierres sont composées de petits grains , le bois de petits filaments, et , comme il dit lui-même, les chairs sont composées de petits filets entrelacés les uns dans les autres comme les fils d'une toile , et il n'y a rien ^ de plus conforme à la raison que de juger des choses qui , à cause de leur petitesse, ne peuvent é^e aperçues par les sens^ à l'exemple et sur le modèle de celles que nous voyons. Qu'il se souvienne s^ussi qu'il a dit lui-même, dans, son objection à la page 1649 que l'air et. les. esprits enfermés dans
550 LETTBtS.
l'eau élèvent en sortant les parties supérieures de Peau , ce qui ne peut être entendu, s'il n'avoue que cét air et ces esprits sont composés de plu sieurs particules éparses par<â par-là dans les pores de l'eau. Que si peut-être il craint que lé vide ne rompe l'union qu'il dit devoir être nécessairement entre les parties de l'univers , et &i d'aqtrès semblables fantômes dont la philosophie subtile a coutume de remplir son continu lui font peur, et que pour cela il i^e veuille pas demeurer d'accord que les corps terrestres sont composés de petites parties actuellement divisées, je le prie de lire derechef ce qui est contenu dans la page 164 , et il verra que je conçois chacune de ces particules comme un corps continu divisible à Tinûni , duquri on pourra dire tout ce qi;i'il a démontré dans son traité très subtil de la composition du continu , et même il saura que je ne nie expressément aiîèune de» choses que les autres imâginent de plus dans les corps, outre celles que j'ai la expliquées, mais cependant que ma philosophie grossière et rustique se contente de cè peu de dioses.
Onzièmement , enfin , s'il se persuade que je suppose témérairement et sans fondement ^tf<^ len pariie$ de l'eau êont an peu longues et faites comme des anguilles, et choses semblables, qu il se ressouvienne de ce qui est.mis en la page 76 du livre de la Méthode , et qu'il sdche qiie, s'il vetit pi^ndre
Oigitizeci by
LETTRES. 55 i
la peine de lire avec une attention suffisante tout oe que j'ai écrit dans ies Météores et dans la Dioptrkpe 9 il y trouvera plus de six cents raisons d'où Ton peut former autant de syllogismes pour démontmr les mêmes choses en la manière qui suit. Si Feau est plus fluide et qu'elle ne se gèle pas si facilement que l'huile, c'est une marque que celle-ci est composée de parties qui se joignent lacilement l'une à l'autre , comme font les branches des arbres , et (|ue celle-là est composée de parties plus glissantes , telles que sont celles qui ont des figures cranguilleis ; or est-il qu'on trouve par expérience que l'eau est plus fluide que l'huile , et qu'elle ne de gète pas si facilement : donc c*est une marque que l'buile est composée de parties qui ae joignent facilement Tunç à l'autre, et que l'eau est composée de parties plus glissantes, comme sont celles qui ont des figures d'anguilles. *
De même , s'il est vrai que les linges trempés dans dé i'^au se sèchent plus facilement que ceux qu'on a trempés dans de l'huile, c'est une marque que ks parties de i'eau ont des figures semblables à celles dies anguilles , qui peuvent fiadlemeRl sortir par les pores du linge, et que les parties de l'huile ont des figures semblables à celles des branches d'arbres , qui s'embarrassent davantage dans ces pores; or est' il que l'expérience fait voir que osla «st vrai : donc /etc.
De même, si l'ean est plus pesante que lliiiile»
c est une marque que les parties de Thuile sont comme des branches d'arbres , et que par conséquent elles laissent plusieurs intervalles autour d'elles , et que les parties de Teau sont comme des anguilles , et qu'ainsi elles sont contenues en un moindre espace; or est-il que Texpérienoe nous le fait conngître: donc , etc.
De même, si Feau s'élève plus facilem^tm va* peur , ou, comme parlent les chimistes , si elle est plus volatile que l'huile , c'est une marque que Feau est composée de parties qui, coioame des anguilles , se séparent facilement l'une de l'autre , et que l'huile est composée de parties semblables à celles de branches d'arbres, qui sont davantage entrelacées ; or est-il qu'on trouve cela par expérience: donc, etc.
Toutes lesquelles choses à la vérité étant considérées séparément ne sont que probables , et ne portent pas une entière convictioii, mais étant considérées toutes ensemble ont la force d'une véritable démonstration. Mais si j'eusse voulu déduire toutes ces choses à la &çion des dialecticiens, certainement faurois lassé lia main des imprimeurs, €it Ëitigué les yeux des lecteurs par la grosseur du volume.
Douzièmement, sur la page i6a. // lui êêmhiê
que c'es{ art paradoxe de dire quun mouvement fai-
LETTRKS. 363
bie et lent eauu U sentiment du froid, et qu'un
mouvement fort et prompt cause celui de la chaleur. Suivant quoi il doit aussi trouver paradoxe qu'uu. léger frottement fait dans la main cause le senti* ment du chatouillement et du plaisir , et qu'un plus fort . cause celui de la douleur ; car la douleur et le plaisir ne diffèrent pas moins entre eux que font la cliaLeur et le fî'oid ; et il doit aussi te« nir pour un paradoxe qi|e si nous approchons d'un corps tiède notre main qui est chaude, ce corps nous semble froid, lequel toutefois nous pensons être chaud, si nous le touchons de l'autre main qui est plus froide.
Treizièmement, sur la page i64- H lui semble auisique c'est un paradoxe de dire que le froid raréfie. Mais toutefois il ne satisfait pas à une expérience qui le fait voir manifestement; car, quand il dit que l'air et les esprits qui sortent de l'eau condensée par le froid élèvent en sortant les parties supérieures de Teau qui est renfermée dans un vase, il avoue que Tair et les esprits sortent de l'eau, et qu'ils élèvent ses parties supérieures, et il ne suppose point que rien succède en leur place; en sorte que pour lors cette eau , selon lui , occupe plus d'espace et tout ensemble contient moins de matière qu'auparavant , ce qui sans doute s'ap-* pelle être raréfié par le firoidetnon pas condensé ; car de quelque façon qu'il arrive qu'un corps oc-
cupe plus d'espace qu'il ne faisoit auparavant , cela s'appelle être raréfié. Ce n'est pas. toutefois qu'on doive croire pouf cela que la cause qu'il apporte du soulèvement de l'eau soit véritable; car si l'^ir et les esprits, pour être chauds, étoient chassés hors de Teau par la force du froid, ils devroient passer en un autre lieu où la force du froid seroit moindre, et néanmoins pour l'ordinaire il n'y a point de tel lieu à l'entour, principalement après que la superficie de l'eau est couverte d'une croûte <le glace assez épaisse; il ne &iît pas dire aussi qu'ils tendent à aller en haut à cause qu'ils sont légers, car si le haut du vase étoit exactement fermé, et qu'il n'y eût que le bas qui fut ouvert, cela n'empécheroit pas que l'eau qui se géleroit ne s'en* fiât : et la raison que j'ai donnée du gonflement de l'eau n'est nullement détruite de ce que la glace a coutume de parôitre au haut du vase un peu plus rare et plus poreuse, car cela se fait à cause que les particules de l'eau étant disposées à se plier et courber en diverses manières, comme j'ai dit en cet endroit-là, elles le peuvent plus facilement feire vers la. superficie, où rien ne les empêche de se soulever ou de se plier, que dans le milieu, où elles ne trouvent point de place pour le faire qu'en rompant le vase où elles sont; et de plus^ afin qu'il ne doute point que la même eau condensée au commencement par le froid ne soit ra-
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réfiée peu de temps après par le même froid, il
doit prendre garde que, dans lexpérience que j'ai apportée , elle commence à s'enûer lorsqu'elle est encore tont-à-falt liquide, et un peu auparairant qu'on remarque la moindre particule de glace sur sa superficie.
Quatorzièmement, sur la page i65. Il ne veut pas que les exhalaisons soient élevées en haut par la secousse et l*ébr animent des rayon» du soleil, pawree, dit-il, que Les rayons du soleil ne sont pas des corps. Pour moi je dis en termes exprès, non pas à la vérité que ce soient des corps , mais bien qu'ils sont l'impulsion de quelque corps , ce qui suffit ici : et on ne doit pâs nièr qu'il ne se fasse une telle impulsion à cause, comme il dit, que nous ne la sentons point; car, suivant le même argument^ il. fandroitdire que, toutes les foîs qu'en marcbEint nous ne sentons point Tair, nous marchons dans le "vide ; et même nous sentons aussi manifestement par le toucher les rayons du soleil autant de fois que nous exposons la peau toute nue à ses rayons^ car ils réchauffent , et cette chaleur n'est rien autre chose, comme j'ai dit ailleurs, qu'un certain mouvement excité dans les petites, parties de la pçau par l'impulsion des' rayons du soleil. Mais voyez le peu de probabilité qu'il y a en ce qu'il ajoute^c.'ti^t à savoir, qu» les fumées des eoDkalaieéms, et des «apeurs ne sont chassé en haut quà cause de leur
rareté 9 ou par timpithian de quelquee auirei corps
plus pesants. Comme s'il étoit croyable que les vapeurs et les .exhalaisons, qui ne sont rien autre chose que des particules d^eau et de terre, étant en l'air, qui est beaucoup plus léger quelles, pussent être élevées par Timpulsion de quelques corps plus pesants. Certainement il auroit raison de me reprocher de n avoir jamais lu le Uyre d'Archimède qui traite des corps qui flottent sur Téau, ou du moins de ne l'avoir jamais entendu, si j'avois écrit qu'il contient des choses qui pussent servir à le prouver; mais peut-être qu'il dira que par ces corps plus pesants il entend Tair même, à cause que la . terre et l'eau ont été tellement raréfiées par la force des rayons du soleil, qu'elles sont devenues plus légères que lui; comme s'il étoit aussi le moins du monde probable que les rayons du soleil, qui ne parviennent jamais jusques à l'eau ou à la terre qu'en passant par l'air, pussent raréfier si . peu cet air, qui de soi est très disposé à la dilatation, et au contraire raréfier si fort les. particules de celles-ci , qu'elles devinssent plus légères qiie air.
Quinzièmement, sur la page .8a. Je m'étonne
de ce qu'il veut que la vraie cause pourquoi la superficie extérieure de l'eau est polie, et (ce qu'il ajoute, du sien) uniformém^t ronde, doive être
prise d'Arcbimède, dans le même U\r^ où il traite
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des corps c|ui flottent sur Feau, car tien n'est contenu dans ce livre qui puisse servir à cela, sinon ce postulat, k savoir qtu let parties d'un eorp$ hU' mide étant couchées également y la moins pressée soit chassée de sa place par celle qui l'est davantage ; et la seconde proposition dans laquelle il démontre, ensuite de ce postulat, que la superficie de tout corps humide qui est arrêté et comme en n^pm, en sphérique, et que le centre de eetêe sphère est le même que celui de la terre : ce qui certainement approche fort de la vérité, et même autant qu'il étoit nécessaire pour le dessein d'Archimède, quin'avoit point d'autre but dans tout ce livre que de démontrer combien et comment on doit charger les navires pour faire qu'ils ne soient pas submergés ; mais , à vrai dire, cela ne peut nullement servir pour rendre raison pourquoi la superficie de l'eau est polie : car, au contraire de ce fondement même d'Archimède et de toutes les autres lois de l'équilibre, si on n*a . point égard aux autres circonstances , et surtout à ce frottement réciproque des superficies dont j'ai parlé, il suit très évidemmentqu'elle doit être raboteuse et inégale, pourcequy ayant pour l'ordinaire de petites parties terrestres mêlées parmi celles de Teau, comme il paroît manifestement de ce qu étant gardées quelque temps dans un vase elles vont au fond , et de plus, ayant aussi en soi quelques esprits qui sont plus légers quelles, comme il avoue lui-
même dans l'objection à la page 1 64» U est démontré,
dans la proposition quatrième et cinquième de ce livre d'Archimède, que ces parties de la superficie de Teau qui ont sous -soi plus de ces petites parties terrestres et moins d esprits doivent être un peu plus proches du centre de la terre que les autres parties voisines qui auroient plus d'esprits et moins de ces particules terrestres, et ainsi rendre cette superficie tout-à-£adt rude et mal polie : ou bien, s'il veut que la terre et les esprits , et toutes les choses semblables , soient égales à Teau en pesanteur , lorsqu'elles sont mêlées avec elle , du moins faut-il qu'il avoue que la raison d'Archimède ne sert de rien, sin<m lorsque la superficie de Teau où d'une autre liqueur est une partie de sphère qui a le n^lieu de la terre pour son centre , et partant que dirait-il des gouttes d'eau qui sont pendantes en l'air et des vagues de la mer qui , pour agitées qu'elles soient, ne laissent pas d'avoir toujours leurs superficies très é^les et très pdies.
Seizièmement, sur la page 167 et 168. Je me
suis arrêté quelque temps sur cet endroit, et je
n'eusse jamais pu m'imaginer pourquoi il apporte l'exemple des rayons d'une roue, et celui d'un cercle de feu que fait un tison allumé quand il est agité fort vite en rond, pour réfuter ce que j'ai écrit de la rareté des vapeurs, si je ne me fiisse souvenu fort à propos qu'Aristote dit que ia raréfaction se
fait par laiigmentation de la quantité , et qu'ainsi plusieurs de ses sectateurs se persuadent qu'un corps , quand il est raréfié , occupe plus d'espace selon toutes les dimensions, que quand il est condensé; selon laquelle opinion il seroit vrai de dire que les rayons d'une roue , ou un tison de feu agité enrond, nesont pas plus rares et n'occupeut pas plus d'espace lorsqu'ils sont agités que lorsqu'ils sont en repos. Mais ma philosophie s^rossière ne comprend point une telle augmentation de quantité, et je ne conçois point d'autre risu^&ction que celle qui se fait lorsque les parties de quelque corps s'éloignent l'une de l'autre, et que les pores ou intervalles qui sont entre les parties de ce corps s'augmentent et deviennent plus grands : et je ne dis pas que chacune des parties de ce corps ddlit les pores s'augmentent ainsi devienne plus rare, mais seulement que tout le corps se raréfie; et je ne nié pas aussi qull ne puisse y avoir des corps très rares , encore que leurs parties soient en repos et sans mouvement, car c'est ainsi que j'appelle une éponge rare, non seulement lorsqu'elle est sèche, mais aussi plutôt lorsqu'étant pleine d'eau elle s'enfle davantage , car il n'importe pas que ses pores soient remplis ou d'air, ou d'eau, ou de quelque autre matière, pourceque cela n'appartient point à sa nature, mais il n'y a rien de plus évident qu'un mouvement très vite de toutes les parties de
quelque corps peut faire aussi quelquefois que
toutes ses parties s éloignent davantage l'une .de l'antre que si elles étoienteu repos; par exemple» lorsqu'un tison embrasé est violemment agité en rond, il empêche que d'autres tisons ne puissent aussi être agités en diverses manières^dans le même lieu ; en sorte qu'il a ici cherché, de la difficulté où il n'y en a point
Dix-septièmement, sur la page 1 76 et 1 89. Il nie que la saveur du sel consiste en ce que les parties du sel tombent de pointe dans les pores de la langue , pource, dit-il, que si cela est vrai , toutes les fois que par hasard elles tomberont de travers, elles feront sortir quelque autre gout ; mais il doit i^marquer qu'une aiguille ne pique qu'avec la pointe, et qu'une épée ne coupe qu'avec le tranchant, et qu'elle ne peut faire aucune incision avec ses autr^ parties , et que de . même les petites pàrties du sei qui tombent de travers sur la langue ne sont pas plus senties que celles de l'eau douce ; mais, pourcequ'il y a. un§ infinité de telles particules dans lïn seul de ses grains, il est aussi peu possible qu'un de ces grains, en se fondant dans la bouche, n'envoie de pointe* aucunes de ses particules dans les pores de la langue, qu'il se peut faire qu'une personne marche nu-pieds sur des épines sans se blessa. Il ajoute que c'est vai« nement t|ue j espère nie pouvoir démêler d'un si
grand nombre de di£Bicultés par la seule situation
et par le seul mouvemèht local, lesquelles ne peuvent être entendues ni expliquées sans plusieurs autres qualités réelles ; mais s'il veut prendre la peine de faire le dénombrement des problèmes que j'ai expliqués dans le seul traité des météores, et de les 'conférer avec les choses qui ont été écrites par d'autres sur la même matière , dans laquelle il est très bien versé» j'espère qu'il ne trouva a pas grand sujet de mépriser ma philosophie, toute grossière et mécanique qu elle est.
Dix-huitièmément enfin, sur la page 190. Lors* qu'il dit que toutes les variétés qui arrivent au mouvement des vents ne sauroient être entièrement expliquées par l'exemple seul des éolipyles, il est d'accord avec moi , car j'en apporte aussi d'autres causes : mais lorsque, pour en donner la raison, il ajoute que les exhalaisons des vents ne sont pas si étroitement pressées entre les nues et les montagnes qu'elles en sortent et en soient chassées avec autant d'effort que la vapeur qui sort d'une éoUpyle, il semble ne prendre pas assez près garde aux lois de la mécanicjue , par lesquelles on peut aisément démontrer que si cette grande masse d'air qui compose les vents étoit poussée avec autant d'effort qu'a coutume d'être le peu d'air qui sort d'une éolipy le,^ il n'y auroit point d'édifices qui n'en fussent renversés et mis par tarre*
Voilà , monsieur, ce qui m'est venu en l'esprit pour répondre aux objections de M. Fromondus ; que si cela ne le satisiait pas entièrement , ou si peut-être, après un examen plus exact démon livre,
il trouve encore plusieurs autres objections à me £sdre, etc.
A M. PLEMPIUS.
(Lettre 9 du tome II. Versioii.) Monsieur,
Je me réjouis de ce qu'enfin vous avez reçu ma réponse aux objections de M. Fromondus. Mais je m'étonne fort de ce qu'elle lui a donné occasion de croire que j'avois été un peu piqué ou irrité par son écrit ; car je veux bien qu'il sache que je ne l'ai nullement été , et je pense même qu'il ne m'est pas échappé la moindre .parole contre lui dont il ne se soit servi le premier contre moi , et* qui n'ait sa pareille ou même une plus rude en son écrit ; en sorte que, croyant qu'il se plaisoit à ce style, j'ai forcé mon inclination, qui est tout-àfait éloignée de toute sorte de dispute, de peur qu'en soutenant son effort trop lâchement , et
avec trop de moliesse, ce jea lui fïit moins agréable. Et comme ceux qui se font la guerre aux échecs ou aux dames n'en sont pas ordinairement pour cela moins bons amis, jusque là même que Tadresse en ce jeu est souvent la cause ou l'occasion de l'amitié qui se contracte et qui s'entretient entre plusieurs , ainsi j'ai t&dié de mériter sa bienveillance par ma réponse.
Je ne pois attendre aucun jugement assez solide de ceux qui s'étant contentés (remprunter un exemplaire de mon livre l'auront seulement lu à la hâte ; car ce qui est k la fin de diaque traité ne pourra être compris si on n'a présent en sa mémoire tout ce qui le précède , et les preuves de ce qui est proposé au commencement dépendent entièrement de tout ce qui est mis après. Car les choses que je propose dans les premiers chapitres toudiant la nature de la lumière , et touchant la ligure des petites parties du sel et de l'eau douce, et semblables, ne sont pas mes principes, ainsi qu'il semble que vous m'objectiez, mais plutôt ce sont des conclusions qui se démontrent par toutes les choses qui les suivent. Mais on doit prendre pour mon objet formel ( afin d'user des termes des philosophes) les grandeurs, les figures, la situation, et le mouvement ; et les choses physiques que j'explique, pour mon objet matériel. £t les prin,cipes, ou les prémisses, d'où je tire ces conclusions, ne sont autres
que ces axiomes^ sur lesquels les démonstratioDs des géomètres sont appuyées ; par exemple : Le tout est plus grand que sa partie ; si de choêer égales on ôte choses égales, les resies^ seront égaux, etc. , non pas toutefois en tant que séparés de toute matière * sensible, comme font les géomètres, mais en tant qu'appliqués à diverses expériences qui sont connues par les sens et dont on ne peut douter ; comme de ce que les petites parties du sel sont un peu longues et inflexibles , j ai déduit la figure carrée de ses grains, et plusieurs autres choses qui sont très manifestes aux sens. £t mon dessein a seulement été d'expliquer celles-ci par les autres, comme des effets par leur cause, et non pas de les prouver, comme étant déjà assez connues d'ellesmêmes : mais, au contraire, j'ai prétendu démontrer les autres par celles-U ^ comme des causes par leurs effets, ainsi que je me ressouviens d'avoir écrit assez au long en ma réponse ' à la onzième objection de M. Fromondus. Je serai bien aise si le révérend père jésuite' à qui vous avez prêté mon livre écrit quelque chose ; car il n'est pas à croire qu'il puisse rien venir que de bon et de bien concerté d'aucun de cette compagnie ; et d'autant plus que les objections que l'on me proposera seront fortes , d'autant plus me seront-elles agréa-
« Voyez la lettre précédoite.
' « La P. Ciermons. »
bles : c'est pourquoi j'attends avec grande impatience les vôtres touchant le mouvement du cœur.. Et je suis, etc.
* * * Ce ao déoembra 1637.
LETTRE DE M. DE FERMAT
AU R. P. MERSEirifE.
(Lettré 36 du tome III.)
Mon RÉVÉREND PÀRE,
Je vous suis extrêmement obligé dû soin que
vous prenez pour satisfaire ma curiosité, m'ayant bien voulu faire part d'une lettre que je trouve très excellente , soit pour la matière qu'elle contient , soit pour les paroles, dont on s'est $ervi : c'est celle .qui est signée Petite qui. est un nom inconnu pour moi , mais qui m'a donné un très grand désir d'être connu de lui ; je serai ravi qu'il vous plaise de m'en donner le moyen , et j'ai cru que ni vous ni lui ne désapprouveriez pas la liberté que j'ai prise d'effacer sur la fin quelques
* « Geit», lettcé «ft dn s6 novemlire 1637. Voyes les niftomi dm le » noQTeni eahier. « — ^ Pta» fats, éerit et eflao^ : « iSS? , déoemlire. >*
366 ' I.ÊTTRE$,
paroles qui marquoient que ses obj.ections contre la Dîoptrique de M. Descartes étoient plus fortes et tnoins sujettes à réplique que les miennes. Ce n'est pas que j eu doute y puisque; j ai conçu une très grande opinion de son esprit ; mais je désire, si vous Fagréez , d'être un peu mis à Técart , et de voir toutes ces belles disputes plutôt comme témoin que comme partie. Vous ajouterez une très grande obligation à toutes celles que je vous ai déjà , si vous me procurez la vue de ce discours que l'auteur de cette belle lettre promet touchant U réfraction. £t si j*osois espérer la communication des expériences qu'il a faites , peut-être y melerai-je de la géométrie , si je les trouvois conformes à mon sentiment J'attendrai cette satisfaction avec impatience , et vous renverrai par le premier courrier son écrit, que je retiens pour en tirer copie. J'attends aussi par votre Êiveur lés réponses que M. Descartes a faites aux difficulté$ que je vous ai proposées sur sa Dioptriqué , et ses remarques ' sûr mon Traité de masimis et minimis , et de tan ^ gentibuê \ S'il y a quelque petite aigreur , comme il est malaisé qu'i) n'y entait , vu la contrariété qui est entre nos sentiments , cela ne vous doit point détourn'er de me les fidre voir; car je vouB proteste qiie cela ne fera ancun effet en mon esprit,
* « Cela b&x voir qne cette lettre est dn commeneanent de décembre • 1637. j*
qui est si éloigné de vanité , que M. Descartes ne sauroit m'estimer si peu que je ne m*estiine encore moins; ce n'est pas que la complaisance me puisse obliger de ioie dédire d'une vérité que j'aurai connue, mais je vous fais. par là connoitre mon humeur. Obligez-moi, s'il vous plait, de ne différer plus à m'envoyer ses* écrits, auxquels par avance je vous promets de ne faire point de réplique. J'ai fort vu ces jours passés M. d'£spagnet, avec qui je vis de longue main comme un ami intime: s'il va à Paris, comme il çspère, il vous dira qu'il est de mon avis en tous les petits discours que j'ai fiiits, sans en exclure la Dioptrique. J'attends de vos nouvelles, et- suis, etc.
A Tonloiue, ce ao avril x638 '.
Quand vous voudrez que ma petite guerre contre M. Descartes cesse , je n'eu serai pas marri , et si vous me procurez Thonneur de sa connois-
sance , je ne vous en serai pas peu obligé.
< « Cetie d«t» «tt poovoelt» palltt addilioii.*
368 I.ETTR'BS.
LEÏTRE DE M. DE FERMAT
AU R. P. MERSEJNINE,
QUI CONTIENT QUELQUES OBJECTIONS COI(T&£ LK OIOi^TAlQUE
DE M. DSSCA&TES*.
(Lettre 77 du tome III.)
Mon révébenp pèbe ,
Vous me demandez mon jugement sur le traité
de dioptrique de M. Descartes ; il est vrai que le peu de temps què M. de Beaugrand m'a donné pour le parcourir semble me dispenser de l'obli- . gation de vous satisfaire exactement et par le menu, outre que la matière étant de soi très subtile et très épineuse , je n'ose pas espérer que des pensées informes, et non encore bien digérées, puissent vous donner une grande satis&ction. Mais d ailleurs , quand je considère que |a recherche de la vérité est toujours louable , et que nous trouvons souvent à tâtons et parmi les ténèbres ce que nous cherchons , j'ai cru que vous ne trouveriez pas mauvak que je tâchasse à. vous débrouiller
■ « Cvtte lettre est U première^ non» ayons de M. de Fermât. EUe •• est da 9 norenbre xôS?. Voy«s les misons dnis le Boaveaà eabîer. »
iiETTRKS. 36g
une mienne imagination sur ce sujet , laquelle , étant encore obscure eC^embarrassée, j'édaircirai peut-être davantage une autre fois , si mes fondements sont approuvés, ou si je ne change pas moimême d^vis.
La connoissance des réfractions a toujours été recherchée, mais inutilement. Alhasen et Yiteilion y ont travaillé sans avancer beaucoup ; et ceux qui sont venus depuis ont très bien, remarqué que tout se réduisoit à établir une certaine proportion , par le moyen de laquelle, une réfraction étant connue , on pût aisément trouver toutes les autres; de sorte que tous les fondements de la Dioptrique doivent consister en ce point , c'est-à-dire en la convenance et au rapport qu'une réfraction connue a à toutes les autres.
Gela supposé, il a été nécessaire que ceux qui ont voulu établir les principes de la Dioptrique aient cherché celte convenance et ce rapport.
Maurolic , abbé de Messine, 6n son traité posthume Dê lumine et ambra , a soutenu que les angles qu'il appelle d'incidence sont proportionnaux à ceux qu'il nomme de réfraction. Si cette proposition étoit vraie, elle suffiroit pour nous marquer les vraiesi figurçs que doivent avoir les corps diaphanes qui produisent tant de merveilles; maïs pourcequ'elle n'a pas été bien démontrée par
Maurolic, et que l'expérience même semble la con- 6. »4
ô']0 T BTTRBS.
vaincre de faux, il eu est resté assez àM. Descartes pour exercer son esprit , et pour nous découvrir de nouvelles luiuières dans ces corps , qui , pour en être seub capables, n'ont pas laissé de produire jusques à présent de grandes obscurités.
Son traité de la Dioptrique est divisé en plusieurs discours , desquels les principaux sont, ce me semble, les deux premiers qui parlent de la lumière et de la réfraction , pourcequ'ils contiennent les fondements de la science , dont on voit ensuite les belles conclusions et conséquences qu'il en tire.
Voici à peu près son raisonnement: La lumière n'est autre chose que Tinclination que les corps lumineux ont à se mouvoir ; or, cette inclination «lu mouvement doit probablement suivre les mêmes lois que le mouvement même; et partant nous pouvons régler les effets de la lumière par la connoissauce que nous pouvons avoii' de ceux du mouvement.
Il considère ensuite le mouvement d une balle dans la réflexion et dans la réfraction, et pourcequ'il seroît inutile et ennuyeux de copier ici tout son discours , je me contenterai de vous marquer simplement les observations que j'y ai faites.
Je doute premièrement , et ayec raison , ce me semble, si l'inclination au mouvement doit suivre les lois du mouvement même , puisqu'il y a autant
de différence de l'on à FAiitre, que de la puissance
à l'acte; outre qu'eu ce sujet il semble qu'il y a une particulière disconvenance , en ce que le mouvement d'une balle est plus ou moins violent , à mesure qu'elle est poussée par des forces di£férefîtes , là où la lumière pénètre en un instâmt les corps diapbanes , et semble n avoir rien de successif; mais la géométrie ne se mêle point d'approfondir davantage les matières de la physique.
£n la figure par laquelle il explique la raison de
la réflexion , page 1 5 de la Dioptrique , il dit que la détermination à se mouvoir vers quelque coté peut aussi bien que le mouvemént, et généralement que tpute autre quantité , être divisée en toutes les parties desquelles on peut imaginer qu'elle €|st composée, et qu'on peut aisément imaginer que celle de la balle qui se meut d'A vers B ' est composée de deux autres, dont l'une la &it descendre de la ligne AF vers la ligne CE, et l'autre en même temps ' la fait aller de la gauche AG vers la droite F£, en sorte que ces deux; jointes ensemble, la conduisent jusques à B, suivant la ligne droite AB.
Gela supposé, il en tire la conséquence de l'égalité des angles d'incidence et de réflexion, qui est le fondement de la Catoptrique.
Pour moi , je ne saurois admettre son 'raisonne-
• Figure 40.
LBTTES8.
meut pour uue preuve et démoustration légitime : car, par exemple, en la figure d-jointe, en laquelle AF n'est plus parallèle à CB , et où Tangle CAF est obtus, pourquoi ne pouvons-nous pas imaginer que la détermination de la balle qui se meut d'A vers B, est composée de deux autres, dont Tune la fait descendre de la ligne AF vers la ligne C£, et l'autre la fait avancer vers AB; car il est vrai de dire qu'à mesure que la balle descend dans la ligne AB , elle s'avance vers AF, et que cet avancement doit être mesuré par les perpendiculaires tirées des divers points qui peuvent être pris entre A et fi sur la ligne AF; et ceci pourtant se doit entendre lorsqu'A fait uu angle aigu avec AB; autrement, s'il ptoït droit ou obtus, la balle n'avanceroit pas vers AF, comme il est aisé decomprendre. Gela supposé, par le même raisonnement de l'auteur, nous conclurons que le corps poli CE n'empêche que le premier mouvement, ne lui étant opposé qu'en ce senslà ; de sorte que, ne donnant point d'empêchement au second, la perpendiculaire BII étant tirée, et HF faite égale à HA , il s'ensuit que la balle doit réfléchir au point F, et.ainsi l'angle FEE sera plus grand qu'ABC : il est donc évident que de toutes les divisions de la détermination au mouvement qui sont infinies, l'auteur n'a pris que celle qui lui peut servir pour sa conclusion; et partant il a accommodé son médium à sa conclusion , et nous en savons aussi
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LETTRES. 5'j7)
peu qu^auparavant, et certes il semble quWe division imaginaire, quon peut diversifier en une infinité de fitçons, ne peut jamais être la cause d'un effet réel.
Nous pouvons, par un même raisonnement, réfuter la preuve de ses fondements de dioptrique, puisqu'ils sont établis sur un pareil discours.
Voilà mon sentiment sur ces nouvelles propositions, dont les conséquences qu'il en tire, lorsqu'il traite de la ligure que doivent avoir les lunettes, sont si belles, que je souhaiterois que les fondements sur lesquels elles sont établies fussent mieux prouvés qu'ils ne sont pas : mais j'appréhende que la vérité leur manque aussi bien que la preuve.
Pavois ùàt dessein de vous discourir ensuite de
mes pensées sur ce sujet; mais, outre que je ne puis encore me satisfaire n)oi-méme exactement, j'attendrai toutes les expériences que vous avez £adtes, ou que vous ferez à ma prière , sur les diverses proportions des angles d'inclination et ceux de réfraction; vous m'obligerez' beaucoup de m'en faire part au plus tôt, et je vous promets, en revanche, de vous dire de nouvelles choses sur cette matière.
Tout ce que je viens de vous dire n'empêche pas que je n'estime beaucoup l'esprit et l'invention de l'auteur; mais il faut de commune main cher-
LBTTBES.
cher la vérité| que je crois dou^ être encore cachée
sur ce sujet.
Vous m'avez encore envoyé deux discours , l'un contre M. de Beaugrand, et l'autre de M. Desargues. J'avois vu déjà le second, qui est agréable et fait de bon esprit. Pour le premier % il ne peut pas être mauvais si nous en retranchons les paroles d'aigreur ; car la cause de M. de Beaugrand est tout-à- £ut déplorée. Je lui écrivis les mêmes raisons de votre imprimé à lui-même, dès qu'il m'eut envoyé son livre.
J'attends la iisiveur que vousme&ites espérer de voir par votre moyen les autres livres de M. Descartes f et le livre de Galilée de piotu. Je suis., etc.
AU fi. P. MëKSëMNË*.
^(Lettre 78 du tcvroe. m.}
Mon EJbiRjoTD vksxj
Tai été bien aise de voir la lettre de M. de Fermat, et je vous en remercie; mais le dé&ut qu'il trouve en ma démonstration n'est qu'imaginaire ,
> «FaitptrLibiOMe. Yoyes k tome 11 , pageSSo.» * <* Cette lettre cet dn 3 déoephre. n
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et montre assez qu'il n a regardé mon traité que de traYers; je réponds à son objectioli ' dans un papier séparé , afin que vous lui puissiez en* voyer si bon vous semble, et si vous avez envie par charité de le délivrer de la peine qu'il prend de rêver encore sur cette matière. Il faut que la démonstration prétendue de la géostatique soit bien défectueuse, vu que même M. de Fermât, qui est tant ami de l'auteur*, la désapprouve, et que moi, qui ne l'ai point vue , ai jugé qu'elle étoit mal réfutée, pour cela seul que je uai pu m'imaginer qu'elle fut si peu de chose que ce que je voyois être réfuté. Je vous prie de continuer toujours à me mander tout ce qui se dira ou s'écrira contre moi, et même de convier ceux que vous y verrez être disposés à m'envoyer des objections , leur promettant que je leur en renverrai la réponse, comme en e£fet je n'y manquerai pas , ni. aussi de les fiiire toutes imprimer sitôt qu'il y en aura assez pour faire un volume. J'en ai reçu ces jours passés quelques unes de M. Fromondus de Loiivain , auquel j'avois envoyé un livre, à cause qu'il a écrit des Météores. Je lui in répondu dès le lendemain que je les ai reçues: et en effet je me réjouis lorsque jë vois que les plus fortes objections qu'on me £sisse ne valent pas les plus foibles de celles que je me suis faites à
• « Cette lettre fait la 3* de ce volnine. »
* « M. Beaogrand. »