‹ ŒuvresChapitre 29 sur 30 · t bien que vous ayez très- dairement dé · texte numérisé non relu

t bien que vous ayez très- dairement dé

' montré, suivant votre supposition, que le temps

5i(> LETTRES.

des deux rayons MN, NH, pris ensemble, est plus bref que celui de deux autres, quels qu'ils soient, pris aussi ensemble, ce n'est pourUnt pas la raison de la brièveté du temps qui porte ces deux raypns par ces deux lignes. Car seroit-il bien possible qu'un rayon qui est déjà dans Tair, qui a déjà sa direction toute th oite , et qui ne tend nullement ailleurs, sitôt qu'on lui oppose de Teau ou du verre , s'avisât de se détourner ainsi qu'il fait ^ pour le seul dessein d aller justement chercher uik point où son mouvement composé soit le plus bref de tous ceux qui y peuvent aller du lieu de son départ? cette raison seroit bien métaphysique pour un sujet purement matériel. Ne doit-on pas plutôt croire, ainsi que j'ai déjà dît, que, comme c'est la force du mouvement et sa détermination qui ont conduit ce rayon dans la première ligne qu'il a décrite , sans que le temps y ait rien contribué , c'est le changement qui arrive dans cette force et dans cette détermination qui lui fait prendre la route de l'autre qu'il a à décrire , sans que le temps y contribue, puisque le temps ne

produit rien?

8. £nfin, la différence que je trouve entre M. Descartës et vous, est que vous ne prouvez point, mais que vous supposez pour princip^f que la lumière passe plus aisément dans les corps rares que dans les denses; au lieu que

M. Descartes prouve, et ne suppose pas simplement, ainsi que vous dites, que la lumière passe plus aisément dans les corps denses que dans les rares. Car, posé votre principe, et posé encore que la nature agisse toujours par les voies les plus courtes 9 ou les plus promptes, vous concluez fort bien que la lumière doit suivre le chemin qu'elle tient dans (a réfraction ; là où M. Descartes , sans rien suj^ser, se sert seulement de l'expérience même pour conclure que la lumière passe plus aisément dans les corps denses que dans les rares, et donne en même temps le moyen de mesurer la proportion avec laquelle cela se fait. Et pourcoqu'il jugeoit bien que l'expérience journalière que nous avons du contraire pourroit nous donner lieu de nous en étonner, il eu rend la raison physique dans la vingt-troisième page de sa Dioptrique, à laquelle on peut avoir recours.

Mais s'il est vrai que la lumière passe plus diffidlemènt dans les corps rares que dans les denses, comme la raison alléguée en ce lieu-là pai iNI. Descartes semble le prouver; et s'il est vrai aussi que la nature n'agisse pas ^toujours par les voies les plus promptes , comme Texemple de la balle qui passe de l'air dans l'eau le justifie, adieu toute votre démonstration ; et même, comme vous dites avoir autrefois proposé vos difficultés à M. Descartes , à lui, dites-vous , viventi aîque sentienii, sans

5l8 LETTBKS.

que ni lui ni ses amis vous aient jamais satis&it , ne poiuToit-on pas aussi dire qu'il vous a Mt réponse de son vivant , et ses amis depuis sa mort, tibi, inquam, viventi^ et ni$i,dieere nef m enet» ad^

derem, et non intelligenti , puisqu'il y en a qui se persuadent de labien entendre? £t, enfin, comme vous dites que la nature semble avoir eu cette déférence et complaisance pour M. Descartes, de s'étre.rendue à lui» et lui avoir découvert ses vérités sans s'y laisser forcer par la démonstration , ne peut-on pas dire que vous avez forcé la géométrie, toute sévère qu'elle est, à vous en fournir une par le moyen de cette double fausse position? Après quoi je laisse aux plus sévères et plus clairvoyants naturalistes à juger qui de vous deux a le mieux rencontré dans la cause qu'il a assignée à la réfraction.

Gela n'empêche pas qu'à considérer les choses

d'une autre façon , je ne sois d'accord avec vous qveJa nature agit toujours par les voies les plus courtes et les plus promptes; car, comme elle n'agit que par la force qui l'emporte nécessairement, et qu'elle est toujours déterminée dans son action, elle fait toujours tout ce qu elle peut faire ; et ainsi, quelque route quelle prenne, c'est toujours la plus courte et la plus prompte qui se pouvoit eu égard à toutes les causes qui l'ont fait agir et qui l'ont détem(ûnée.

LETTRBS. 5l9

Après vous avoir ainsi proposé ce qui me .fait persister dans mes premiers sentiments, je ne laisse pas de me sentir obligé de me rendre et d'acquiescer en quelque façon aux vôtres; et, bien loin de vous disputer la gloire d'entrer dans la société de la preuve d une vérité si importante, je peu$e avoir trouvé un moyen qui vous doit mettre tpus deux d'accord , en laissant à chàcim la part qui lui appartient. Il me semble que , comme ia lumière est la plus noble production de la nature, elle la laisse aussi agir d'une manière la plus régulière et la plus universelle , et qu'elle afait que, daps son action, tout ce qu'elle emploie de principes dans toutes les autres causes se rencontre tous ensemble dans[celle-ci : ainsi , pourceque les mouvements des autres corps dépendent de la force qui les meut et de la détermination de cette force, la liuuière, suivant ses lois, tantôt se continue en ligne droite, et tantôt s'en écarte , en s'approcliant ou s'éloignant de la perpendiculaire. Mais pourceque nous voyons aussi que la nature agit toujours par les voies les plus courtes , il falloit que la lumière s'accommodât à cette loi. M. Descartes a fait voir que La lumière suit dans la réfraction les lois ordinaires du mouvement de tous les corps ; et vous, monsieur, avez fait voir que , quoique la lumière semble dans la réfraction prendre un détour et oublier qu'elle doit agir par les voies les plus courtes, elle observe

SaO LETTRES.

néanmoins cette loi avec une exactitude si grande qu'on n'y sauroit rien désirer. Et ainsi l'on peut

dire que vous avez travaillé conjointement avec M. Descartes à justifier en cela la nature, et à rendre raison de son procédé : lui par des raisons naturelles et communes à tous les corps, et vous, monsieur, par des raisons mathématiques tirées de la plus pure et plus fine géométrie; et même , comme cette preuve géométrique étoit la plus difficile à trouver et à démêler, je vejux bien que vous remportiez par-dessus lui , et dès à présent je signe et souscris à une éternelle paix avec vous, et neveux pins désormais contester sur l'inefficacité de votre principe, et sur la différence qui est entre le vôtre et le ^en, puisqu'il conclut avec une même chose, et nous enseigne une même vérité. Je suis, etc.

LETTRE DE Bf. GLERSEUER

A JU. D£ FSaMAT, TOUCHANT LA DIOFTAIQUE.

Monsieur,

C'est par l'ordre de rassemblée qui se tient toutes les semaines chez Mi de Montmort que je vous écris aujourd'hui, pour vous faire une amende honorable d'un méchant mot latiu que j'ai mis dans la lettre que je me donnai l'honneur de vous écrire il y a huit jours , dont je lui fis la lecture mardi dernier : ce fut la seule chose qu'elle y trouva à redire, et je l'avois bien senti moi-même en récrivant ; aussi avois-je tâché de l'adoucir par le correctif qui le précède. Cependant , nonobstant cela , j^en reçus une réprimande publique; et aussitôt je me proposai de vous en faire rues excuses au premier ordinaire , ce que je bis aujourd'hui d'autant plus volontiers, qu'outre que, par cette soumission , je vous ferai counoitre Tingénuité de mon procédé, cela me donnera aussi occasion de vous

523 LBTTHXS.

dire quelque chose que je fiis obligé de répliquer à quelques objections qui me furent faites par

quelques uns de rassemblée , afin de rendre la pensée de M. Descartes , touchant la réfraction , plus claire, par un exemple familier, et qui est tout-àfait propre au sujet. Si je n'avois point été si impatient que de vous envoyer une chose qui étoit prête il y avoit plus de quinze jours , et que l'engagement que j'avois m*avoit obligé de £ûre voir dès lors à M. de la Chambre , j'aurois évité le reproche de la compagnie et ne serois pas tombé dans cette faute.

Biais j'eus peur qu'il me bUût encore différer plus long-temps d en parler à rassemblée, qui avoit déjà remis par deux fois la lecture que jelui en voulois faire, pourcequ'elle vouloit aussi avoir en même temps les sentiments de M. Petit , qui lui avoit £siit connoitre,dès la première fois que votre lettre parut devant elle, qu'il avoit plusieurs choses à dire, et contre ce que vous écrivez à M. de la Chambre , et contre ce que M. Descartes a écrit.

Pour moi , qui ne m'étois pas trouvé à l'assemblée quand votre lettre y fut lue la première fois, et qui me dispensois alors souvent de m'y trouver, à cause de quelques affaires plus importantes que la détention de M. de la Haye, mon gendre, me donnoit, pour poursuivre à la cour sa liberté , je ne Teus pas plus tôt vue que je crus être obligé d'y

faire réponse, comme étant une suite des petit* démêlés que nous avons déjà eus autrefois ensemble sur la même matière , et parce aussi que vous me Élites llionneur de me nommer par trois fois dans votre lettre, et de sembler m'y convier.

J'avois donc préparé ma réponse le plus tôt que j'avois pu, et pensois la faire voir à. la compagnie, mais elle ne le jugea pas à propos , pour ne point prévenir M. Petit dans la repartie qu'il avoit promis de vous faire; mais, craignant que cela n'allât trop en longueur, je me résolus de moi-même samedi dernier de vous Fenvoyer avant que de l'avoir fait voir à la compagnie, de qui j'ai reçu les avis trop tard pour m'empêcher de tomber dans cette fiiute, mais non pas pour vous en&ire mes excuses et vous en demander le pardon.

£t pour le mériter en quelque £siçon , sou£Brez que je m'explique un peu plus au long que je ne fis la dernière fois pour vous faire comprendre ce que je pense de la pensée qu'a eue M. Descartes touchant la réfraction.

Il est certain qu'à considérer tout seul le rayon AB, en tant qu'il -est dans l'air, il ne va ni à gauefae ni à droite, ni en haut ni en bas , mais toute sa tendance est d'aller vers D et n'a qu'une seule direction; mais sitôt qu'on lui oppose un autre milieu , par exemple CliE dans lequel il soit obligé de passer,

= Figure /^(t.

on peut dire, et il est vrai , qu'à l'égard de ce milieu il

a diverses tendances : car si on le lui oppose directement, sa chute est perpendiculaire et n'a qu'une direction à son égard; mais si on le lui oppose de biais, comme il est dans la page 1 7 de la Dioptrique, alors ce rayon à son ^ard a une double direction, l'une qui te fait tendre vers lui, qui est de haut en bas, et l'autre qui le porte de gauche à droite , à laquelle ce milieu n'est point du tout opposé; et si on le lui opposoit d'une autre façon , la même direction qui maintenant est de gauche à droite pourroit être celle qui le porteroit vers lui, et l'autre, celle à laquelle ce milieu ne seroit point opposé ; et selon que ce milieu est plus ou moins incliné à ce rayon, les deux tendances ou directions qu'il a à son égard sont diverses et peuvent avoir l'une à l'égard de l'autre diverses proportions.

Mais quand je parle de tendance , de direction ou de détermination, ne vous allez pas imaginer que j'entende parler d'une direction sans force et sans mouvement , ce qui seroib chimérique et impossible, ne pouvant y avoir de direction sans mouvement ou sans effort; mais j'entends par ce mot de direction ou de détermination vers quelque endroit, toute la partie du mouvement qui est déterminée à aller vers cet endroit-là.

Donc , selon que le milieu est plus ou moins incliné au rayon , la force qui à son égard le porte

vers un certain endroit peut être plus ou moins grande que celle qui le porte vers Fautre. Par *

exemple, siTangle ABC est égal à l'angle A£H, les deux parties du mouvement , dont l'une le porte en bas. et l'autre à droite , sont égales ; s'il est moindre , sa force est moindre , et s'il est plus grand , elle est plus grande ; mais , quelle que soit rinclination du rayon sur le milieu, il y a toujours une partie de la force de son mouvement à laquelle ce milieu est opposé et «ne à laquelle il ne l'est point. Or, tandis que le rayon est dans Tair, la proportion , quelle qu'elle soit , qui est entre ces deux parties du mouvement , que nous supposons uniforme , le porte dans la ligne AB , et tandis que rien ne la change , ou tandis qu'e^es changent en gardant toujours entre elles une même proportion , le rayon va toujours en ligne droite.

Mais lorsque le rayon AB de la page 1 7 étant parvenu au point B rencontre nn autre milieu , si ce milieu ne présente pas au rayon la même facilité à se laisser pénétrer cpi'avoit l'air, il doit arriver du changement au cours du rayon , à cause que ce milieu n'est opposé qu'à la détermination ou à la partie du mouvement qui le porte vers lui , et non point à l'autre , et s'il présente moins de facilité au passage du rayon que ne &it l'air , la résistance qu'il apporte à la partie du mouvement qui tend vers lui, et non point à l'autre, laquelle

5a6 LETTRES.

en ce point de rencontre demeure précisément

la même, fait que, ny ayant plus la même proportion entre ces deux parties du mouvement , qui ' toutes deux ensemble portoîent auparavant le rayon dans la ligne Afi, elles doivent lui £ûre changer de détermination , et le porter Ters le point où tend la direction qui s'ajuste avec la propor» tlon qui se trouve alors entre elles , et ainsi le faire éloigner de la perpendiculaire.

Que si au contraire le milieu qu'on oppose au rayon AB ' présente plus de facilité à son passage que ne fidsoit Pair, cette nouvelle fiicilité qu'il apporte et qui n'est ressentie que par la partie du mouvement qui tend vers lui , et non point par l'autre , comme j'ai déjà dit, doit changer sa direction, à cause que cela change la proportion qui est entre les deux parties dont le mouvement entier de la balle est composé , et le détourner par conséquent vers la perpendiculaire , ce qui arrive quand un rayon de lumière passe de l'air dans de l'eau ou dans du verre.

£t pour faiciliter la compréhension de tout ceci par un exemple aisé , représentez-vous un corps sphérique bien dur et bien poli, mis sur une planche très dure aussi et très polie , dont le bout s'appuie sur l'extrémité d'une table , en sorte que la planche soit inclinée sur la table et fasse un angle

LSTTRSS. 5557

aigu avec elle'; il est certain que ce mobile roulera sur cette planche, et c'est d'autant plus ou moins vite que la planche sera moins ou plus inclinée sur cette table. Mais , quel que soit le mouvement du mobile sur cette planche , il est certain quà Tégard de la table il a deux déterminations, l'une, qui le porte vers ellé, par laquelle il descend , et l'autre , qui le porte vers l'une des murailles de la * chambre, par laquelle il avance de ce coté-là : et il est si vrai qu'il a ces deux impressions , qu'il les garde encore toutes deux lorsqu'il est en l'air hors de la planche ; et s'il ne lui en restoit qu'une quand il est hors de dessus la planche , il ne suivroit que celle-là seule , par exemple , il tomberoit perpendiculairement à terre sitôt qu'il a quitté la planche, s'il ne lui restoit que celle* de sa chute.

Mais considérez ce qui arrive au mobile quand il est au point où il quitte la planche , et vous verrez qu'il arrive la même chose à la lumière quand elle passe de l'air dans l'eau; et parcequ'alors la partie du mouvement qui porte le mobile en bas trouve plus de facilité ou moins de résistance à son action , quand il est hors de dessus la planche et dans l'air , qu'elle n'a voit quand il étoit sur la planche , et que celle qui le porte vers la muraille demeure la même (bien que ce soit en-

• Figore 5i.

5âÔ l£i;ta£s.

core la même force totale qui pousse en ce pointlà le mobile , et que la force des deux parties de son mouvement prise séparément soit la même ), néanmoins pourceque la proportion qui étoit auparavant entre la feicilité ou la résistance que présentoit le mflieu à ces deux forces est changée, et que dans ce point de sortie il trouve plus de facilité pour descendre qu'auparavant , sans qu'il en trouve ni plus ni moins pour aller vers la muraille, pour cela il arrive qu'il ne suit plus la direction de la ligne qu'il avoit parcourue sur la planche , mais qu'il en prend une autre , laquelle est proportionnée au plus de facilité qui se trouve alors en Tune de ses forces plus qu'en l'autre ; ' ce qui fait que le mobile, en quittant la planche, s'approche de la perpendiculaire , comme fait aussi la lumière, en entrant dans Feau , pour la même raison.

Et c'est à mon sens une des choses des plus aisées à concevoir qu'il est possible , et c'est aussi à mon avis tout ce qu'a voulu dire M. Descartes au sujet de la réfraction. Je ne prétends pas néanmoins pour cela vous avoir persuadé, il suffit que je me sois donné à entendre, afin que vous ne croyiez pas que je siiive aveuglément M. Descartes, ou que je vous contredise de gaieté de cœur. Je vous ressemble en ce point, que je n'aime et ne cherche que la vérité; et cette conformité que j'ai

avec vous me fait espérer q^ue vous ue me désavouerez pas j quand je m^avouerai partout , eta

Pour édaîrdr davantage cette matière , j apporterai encore ici un exemple qui résout à mou avis la plupart des difficultés que Ton peut faire sur ce qu a dit M. Descartes touchant la réfraction dans sa Dioptrique.

Il est constant , par l'expérience , que, de quelque façon que la boule A soit poussée au point B , par les boules D , F , G S et quelles que soient les différentes déterminations dont on peut supposer que celle de leur route soit composée , elles la . pousseront toujours vers H.

Premièrement, pour la boule £, il est clair qu elle la doit pousser vers H , puisque la boule A s'oppose totalement k sa déterminatioii ; mais ce qui çst clair pour la boule E doit pareillement être étendu des autres, qui, bien qu'elles viennent de , biais vers la boule A, ne la touchent au point B, et ne la poussent qu'en tant qu'elles descendent vers H , et non point en tant qu'elles vont vers I ' ou versK; c'est pourquoi elles ne sauroient imprimer d'autre mouvement à cette boule, sinon de la Êûre aller vers H. Or quoique les déterminations des boules D et F soient opposées, en tant que l'une va à droite et l'autre à gauche, elles ne le sont point en tant qu'elles descendent, et ainsi

' Figure $«.

530 LSTTRBS.

elles doivent produire sur la boule A un même effet, qui est de la pousser yers H. * *

Mais si nous supposons que la boule A soit dure et ûnmobile, toutes ces boules, après Tavoir rencontrée 9 seront contraintes de changer la détermination qu'elles avoient d'aller vers H , en celle d'aller ou de réfléchir vers L, et de garder les autres si elles en avoient , auxquelles elle ne peut apporter de changement, à cause qu'elle ne leur est pôint opposée en ce sens-là : et ceci explique la réflexion à angles égaux.

Que si nous supposons que ces boules aient communiqué de leur mouvement à la boule A , ce ne peut être qu'au sens qu'elle leur est opposée ; et partant ce ne peut être que le mouvement vers H qui puisse recevoir de l'altération , et non point celui vers I ou vers K, lequel par conséquent doit demeurer le même en son entier. Si bien que ' ces boules perdant au point B de la force qui les détermine à aller vers H, et ne perdant rien de celle qui les détermine à aller vers I, elles sont contraintes de se détourner, et de prendre en ce moment une autre direction, laquelle elles gardent toujours, quelque résistance que le milieu apporte après cela, qui peut bien les faire aller moins vite, mais non pas changer de direction, à cause qu'il peut bien être opposé à leur vitesse , mais non point à la direction qu'elles ont prise, puisque

LETTRES. 55l

nous supposons qu'ik est également facile ou difficile à s'ouvrir on pénétrer de tous côtés. Et cela explique la réfraction qui s'éloigne de la perpen-* dicnlaire.

Que si au contraire nous supposons que ces boules étant au point fi , la boule A leur cède plus aisément, et les entraîne, pôur ainsi dire, vers H , cela fait que ces boules descendent plus vite , mais cela ne change rien à leur mouvement vers la droite (ou vers la gauche), auquel elle n'est point opposée; et ainsi ces boules, au moment qu'elles sont au point B , étant plus disposées à aller vers H (qu'elles n'étoient auparavant, et n'étant ni plus ni moins disposées qu'elles étoient à aller vers I, elles doivent changer de direction', et la garder après l'avoir prise; et cela explique la réfraction vers la perpendiculaire.

Et pour faire voir que la résistance, plus ou moins grande , du corps du milieu n y fait rien , et ne change point la détermination que la boule prend au point B , considérons ce qui peut arriver à la boule A, selon les différents cas qu'on peut s'imaginer. Par exemple, si la boule E tombe perpendiculairement sur A , et qu'elle lui. corn m unique la moitié de son mouvement, oii ira*t<'elle? sans doute qu'elle ira vers H , et la force qu'elle reçoit en ce moment ne la peut déterminer à aller que vers là ; mais est-ce à dire qu'en allant vers H,

53a T^ETTRES*

elle décrira en deiix moments une ligne aussi longue qu'a Êilt E en un moment? Oui sans doute, si vous

supposez que le milieu qu'elle parcourt lui donne passage aussi facilement qu'avoit fait l'autre ; mais si ce milieu lui résiste davantage , elle en décrira une l>lus courte, comme aussi elle en peut décrire ime égale, ou même une plus longue , si ce milieu résiste aulaut ou moins à la force qu'elle a reçue.

Que si nous supposons que c'est l'une des autres boules CD, FG, qui rencontre A au point B , il s'ensuivra la nu me chose, à savoir, quelle sera contrainte par la force qu'elle recevra de prendre sa détermination vers H comme auparavant, au moment même qu elle en est touchée; et la quaUté du milieu ne changera point cette détermination, sinon qu'ayant reçu moins de force, parceque n'étant touchée que de biais elle n'est pas poussée par toute la force de la boule qui la touche, elle ira moins vite.

Que si nous supposons que la boule A étoit déjà en mouvement et se mouvoit vers 1, la chute de l'une de ces boules sur elle n'apporte aucun changement k la déterminaMon qu'elle avoit à aller vers là , c'est-à-dire à toute la force de son mouvement qui la dcterminoit à aller vers I , et par- •tant elle doit continuer d'y aller comme elle fiaisoit auparavant; mais elle doit aussi aller en même temps vers le coté où la détermine l'impression

qu'elle a nouvelleinent reçue parla chute de Fune

de ces deux boules , si bien que dès ce momeut elle doit prendre sa direction.

Mais si nous supposons que le milieu où elle se trouve après cela lui résiste davantage que ne fai^ soit l'autre, c^ ne change point la détermination qu'elle a prise, mais fait seulement qu'elle le parcourt moins vite qu'elle n'auroit £ût; car enfin la proportion qui étoit en ce moment entre ses deux forces l'a déterminée à aller quelque part, et quelque facilité ou difficulté qu'apporte ensuite le corps du milieu qu'elle doit parcourir, comme elle est égale en tout sens, cela ne peut rien changer à la détermination qu'elle a prise en sa superficie^ et ne la doit ni plus ni moins détourner, et la même proportion est ici gardée qu'entre de forts ou de foibles mouvements également propor«» tionnés.

Pàr ezonple^que la boule A' soit poussée par deux forces égales vers B et vers C en même temps, que doit-il arriver si elle est dans l'air? Il arrivera que ces deux forces ayant un grand effet sur elle ,

la pousseront en un moment jusques en 1); mais si elle étoit dans l'eau , alors ces deux forces, n'ayant pas un si grand effet sur elle, ne la pousseront que jusques en E, mais elle ne changera point [nniv cela de direction.

' Figure 53.-

£t ce que je dis de la boule A, qui est poussée par des forces égales dans deux milieux différents, se doit entendre tout de même de toute autre sorte de proportion qui soit entre ces deux forces; savoir est que la diversité du milieu ne change point la direction à laquelle les forces qu'elle a la déterminent au premier moment ^ mais peut seulement clianger sa vitesse.

Par exemple, que la boule A soit poussée en même temps" par deux forcés dont l'une la pousse du double plus fort vers C que l'autre ne fait vers B, • que doit-il arriver si elle est dans Tair? Il arrivera que ces deux forces ayant un grand effet sur elle, la pousseront en un moment jusques en mais si elle étoit dans l'eau, alors ces deux forces n'ayant pas un si grand effet sur elle , mais ne laissant pas de l'avoir de tous cotés proportionné à leur force, parceque Feau s'ouvre également de tous cotés , ne la pousseront que jusques en mais elle ne changera point pour cela de direction, laquelle elle prend dès le premier moment.

Et ainsi ayant égard aux premières suppositions que fait M. Descartes , lorsqu'il se sert de l'exemple d'une balle pour expliquer la réflexion et la réfraction dans le chapitre second de sa Dioptrique, c'est-à-dire supposant que ni la pesanteur ou la légèreté de la balle, ni sa grosseur, ni sa figure, ni aucune telle cause étrangère ne cbange son

cours, ce quil dit ensuite est véritable, c'est à savoir qu'il ne fitnt considérer, que la détermination que prend la balle au moment qu'elle est au point B, sans se mettre en peine de ce qui peut arriver de changement en sa vitesse dans le milieu qu'elle parcourt par après, pourceque c'est seulement au point B qu'elle est contrainte de changer de direction, à cause du changement qui arrive en ce point dans la proportion qui est entre les deux forces qui composent tout son mouvement; et la direction qu'elle a une fois prise au point B, elle la garde par après et la suit plus ou moins vite selon le plus ou moins de résistance du milieu.

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