I.3TTRE
Dance se «trouvera plus agréable quune cousoiinanoe. 4* ^ necomiois poiat de qualités aux 000sonnances qui répondent aux passions. 5. Vous flQi'einpécbe:& autant de mje demander de combien une ccMisoniumoe est pins agréable qu'une autre , que si vous me demandiez de combien les fruits me sont plus agréables à manger qtfeles poissons. 6. Pour les compositions des raisons , nommez-les comme il yous plaira, mais vous voyez dairemept sur votre monocorde comment une' 1 majenre se peut diviser en une ô et une tierce majeure. Pour les neiges, il a un pen neigé ici au même tetops que vous marquez, et fait un peu froid quatre ou cinq jours, mais non pas beaucoup; mais tout ' le reste de cet hiver il a &it si chaud en ce pays , qu'on n'y a vu ni glace ni neige, et j'avois déjà pensé vpiis l'écrire,, pour me plaindre de clique je n^ avois su faire aucune remarque touchant mes Météores. Au reste, si M. Gassendi a quelques autres remarques touchant la neige que ce que j'ai vu dans Kepler et remarqué encore cet hiver', de nive êeaoangabi si grandmê àemrtinttta^ je serai bien aise de l'apprendre; car je veux expliquer les météores le plus > exactement que je pourrai. Je vous prie de me conserver en vos bonnes grâces.
t En niii^e , pais effiné :
«( S*3 n'a fût qn*iiiie seiile observation de nwe sexangula , cet endroit
9> est de i63d. Voyez le i^^ vol. de 5C& Lettres, page loo. »
122 ' L£TTR£S.
J'ai répondu à vos précédentes dès le jaur même que je les ai reçues ; mais vous ne pouviez pas encore avoir ma lettre: lorsque vou& avez écrit vos dernières ; car il faut toujours du moins trois semaines poqr avoir réponse , et le messag^^ n'arrive ici que le samedi au soir ou le dimanche , selon le vent , et s en retourne le lundi au soir , et quelquefois, aux voyages que je n'attcfnds point de vos lettres, il est prêt de s'en retourner avant qu'on me les apporte.
Au reste , vous ne m'étonnez pas moins de me mander que le bon M. N. ' se dispose maintenant pour venir id, que de ce qu*il a quitté l'instrument de M. N. ' sans l'achever, car il ne m'en a rien mandé, et il y a cinq ou six mois que je n'ai reçu de ses nouvelles; et même après lui avoir écrft^deux grandes letti^, qui sembloient plutôt à des volumes, où j'avois tâché de lui expliquer la plus grande partie de ce que j'ai pensé touchant la construction des lunettes, il ne m'a pas fait de réponse , et n'aurois point su qu'il les eût reçues , sinon qu'il y en avoit pour vous au même paquet qui vous ont été rendues , ce qui me faisoit plutQt juger qu'il étoit occupé à d'autres choses , que non pas qu'il pensât à venir ici , vu prin^ cipalement que l'anqée passée, lorsque je l'y avois convié , il m'en avoit ôté toute espérance. Alor&
* M Ferrier. n * « Morin. »
j'étois à Franeker, logé dans un petit château qui esL séparé avec un fossé du reste de la ville , où Ton disoit la messe en sûreté ; et s'il fût venu , je voulois acheter des meubles et prendre une partie du logis poar £Euure notre ménage k part. J'avois déjà fait provision d'un garçon qui sût faire la cuisine à la mode de France, et me résolvois de n'eu changer de trois abs, et pendant ce temps-Ui qu'il auroit tout loisir d'exécuter le dessein des verres , et de s'y s^ler, en sorte qu'il en pourroit par après tirei* de l'honneur et du profit. Mais sitôt que je sus qu'il ne venoit point, je disposai mes aCEsiires en autre sorte, et maintenant je me prépare pour passer en Angleterre dans cinq ou six semaines , comme je pensois déjà vous avoûr écrit. Au reste, quand bien même je demeurerois ici , je ne le pourrois pas avoir jsans incommodité, et entre nous, quand Inen même je pourrois, ce que vous me mandez, qu'il n'a point achevé Tinstrument de M. N. m'en ôteroit l'enyie; car il me mandoit l'année passée que Monsieur , frère du roi , lui avoit commandé de l'achever, et qu'on lui avoit fiiit y^r exprès des étoffes d'Allemagne. Après cela , je ne vois pas quelle excuse il peut avoir ; et, si en trois ans tantôt qu'il est après il n'en a su venir à bout, je ne dois pas espérer (ju'il exécute les verres pour lesquels il lui faudroii prér
* m Ifiiria. »
1^4 L£TXH£S.
parer des machines que je tiras plus difficiles que cet instrument , et jaurois grande honte si, après l'avoir gardé deux ou trois ans 9 U ne venoit à bout
de rien qui surpassât le commun ; on m'en pourroit imputer «la faute, ou pour le moins celle de l'avoir fiut vtenîr ici pour néant II n'est point de jbesoin , s'il vous plaît , de lui parler de ceci , ni V même que je ne suis plus en dessein de le ffoo»voir , sinon que vous vissiez tout à bon qu'il s'y fR^^parât, auqud cas vous lui dires, s'il vous plaît, ■que je vous ai mandé que je m'en ^k>is hors de ce pays , et que peut-être il ne m'y trouveroit plus : que s^il pensoit venir, enc<m que je n^y fiisae pas , pensant y être mieux qu'à Paris ( car ceux qui n'ont pas voyagé ont quelquefm dételles imfiginatîons ), vous le pourrez asstirer qu'il y fait plus cher vivre qu'à Paris, et qu'il trouveroit ici moins de personnes onrieuses des choses qu'il peut £ûre qu'il n'y en a enia plus petite ville de France. Ce qui fait qpe je vous prie de ne lui poînt-dire^non inr tentîon là-dessus , si cela ne lui est nécessaire:^ c'est que je ne crois pas , vu ce qu'il m'avoit mandé auparavant touchant l'état de ses affiûres, qu'il put venir , encore même que je ne l'en priasse, et crois assurément que çe qu'il en dit n'est, qne, par je ne sais quelle humeur, pour s'excuser soi-même de ce qu'il ne tait pas autre chose; mais s'il savoit que je ne fusse plus en volonté de l'avoir avec
LETTRES. ia5
moi , peiit-ètre que ce seroit alors qu'il le désireroit le plus , et qu'il diroit q^u'il s'y seroit attendu^ et que je lui aurois fait perdre beaucoup (Fautres bonnes occasions. Car il y en a qui sont de telle humeur , qu% ne désirent les choses que lorsqite le temps en est passé , et qui inventent des sujets pour se plaindre de leurs amis, pensant ainsi ex* cuser leur mauvaise fortune. Ce n'est pas que je ne Taime, et que je ne le tienne pour un homme tout plein d'honneur et de bonté ; mais pourceque je ne connois que deux personnes avec qui il ait jamais eu quelque diose à démêler , qui sont M. M. et M. M.,' et qu'il se plaint de tous les deux ^ je ne saurois que je ne juge qu'il tient quelque chose de cette humeur, oii il hut dire qu'il est bien malheureux. Enfin , s'il est vrai qu'il ait fût son compte de venir ici , je dois ju« ger par là qu'il met fort mauvais ordre à ses a£bires, vu qu'il ne m'en a rien mandé du tout , et qu'il a été si long-temps sans m'éerire, encore qu'il eût reçu des lettres auxquelles tout autre que moi auroit trouvé mauvais de ce qu'il n'a point £gût de réponse; car, outre que je lui expliquois beaucoup de choses qu'il avoit désirées , je le priois de m*écrire tout plein de petites particularités , à quoi , ce me semble, au moins il devoit répondre. Je me souviens seulem^t de deux , <]ui sont de
* « Mydo^e et Morin. «
me mander "si M. de Balzac ou Mi Seillon serolent '
cet hiver à Paris : j'ai cru. cela trop peu de chose pour vous donner la peine de me l'écrire ;• mais, si * vous le savez, je serai bien aise de l'apprendre. Après tout, je plains fort M. N. ' et voud^ois. bien pouvoir , sans trop d'incommodité , soulagér sa mauvaise fortune ; car il la mérite meilleure, et je ne connoisen lui.de dé£siut, sinon qu'il ne fiiit jàmais sbn compte sur le'pied des choses présentes , mais seulement de celles qu'il espère ou qui sont passées , et qu'il a une certaine irrésolution qui l'empèche d'exécuter ce qu'il entreprend. Je lui ai rebattu presqué la mémechosç en toutes les lettres que je lui ai écrites ; mais vous avez plus de prudence, que moi pour savoir ce qu'il fsiut dire et conseiller.
Pour votre question , savoir si on peut établir la raison du beau , c'est tout de même que ce que vous me demandiez auparavant, pourquoi lui son est plus agréable que l'autre, sinon que le mot de beau semble plus particulièrement se rapporter au sens de la vue ; mais généralement ni le beau ni Tagréàble ne signifient rien qu'un rapport de notre jugement à l'objet, et pourceque les jugements des hommes sont si différents , on ne peut dire que le beau ni l'agréable aient aucune mesure déterminée , et je ne le saurois mieux expliquer que j 'ai
* «'Février. *•
LliTTKES. IS^J
fait autrefois en taa musique. Je mettrai ici les mêmes mots, pourceque j'ai le livre entre mes mains, /nter objecta êenm» , illud non animo gra^ tissimum est quod facillime sensu percipitur , neque eUam quod difficiliwMs ^ quod non iam faeUe, ut naturale deMenum , quo $en»u$ feruntur in objecta plane non impleat ^ neque eiiam tam diffi" eultor ii( temwn fatiget: entre les objets des sens , ceux-là ne sont point agréables que le seus aper- ^it trop facilement , ni ceux aussi qu'il aperçoit avec trop de difficulté , mais seulement ceux en qui la facilité laisse quelque chose à désirer au sens 9 en sorte qu'elle ne remplit pas entièrement ce désir naturel qui emporte les sens vers leurs objets , ou bien ceux en qui la difficulté d être aperçus n'est pas telle qu'elle lasse et fetigue le sens au lieu de le récréer. J'expliquois id quod fa^ eiie vei diffieulêer semu pêreijniur, ce qui peut être aperçu facilepaent ou difficilement par les sens ; cqoùne, par exemple, les compartiments d'un par* terre qui nè consisteront qu'en une ou deux sortes de figures arrangées toujours de même façon se comprendront bien plus aisément que s'il y en ' avoit dix ou douze et arrangées diversement: mais ce n'est pas à dire^pi'on puisse ncwamer absolument l'un plus beau que l'autre ; mais, selon la fantaisie des uns, celui de trois sortes de figures sera le plus beau , selon celle des autres celui de quatre
Iâ8 LEÏTH£S.
' * ' OU âe cinq , elc. Mais ce qui ptairei k plus de gens pourra être nommé simplement le plus beau , ce qui ne sanroit être déterminé. Seconitement , la même chose qui fait envie de danser à quelques uns ^ .peut donner envie de pleurer aux autres ; car cela ne* vient €]tie de ce que les idées qui sont en' notre mémoire sont excitées. Comme ceux qui ont pris autrefois plaisir à dansar lorsqu'on jouoit ttn certain air , sitôt qu'ils en entendent de semblable , Tenvie de danser leur revient ; au contrairo , si quelqu'un n'avoit jamais ouï jouer des gaillardes qu'au même temps il ne lui fût arrivé quelque affliction, il s'attristeroit infailliblement lorsqu'il en ouîroit une autre fois. Ce qui est si certain , que j^juge que si on avoitbien fouetté un chien cinq ou six fois au son du violon , sitôt qu'il ouîroit une autre fois cette musique , il commenceroit à crier et À s'enfuir.
Le son des flûtes s'engendre et se modifie en telle sorte : soit la flûte ABCD, le souffle qui est passé pair A^êtant arrivé i B ,'se divise, et une partie sort par le trou B, l'autre passe tout le long de la flûte jusqu'à I>. Or il faut remarquer que le vent qui sort par B se dissipe aisément en l'air libre, mais celui qui veut passer par le long du tttyau ^ lorsqu'il est encore en ne sauroit aller plus outre qu'il ne chasse l'air, qui lui est tout proche, et que cèlui«ci ne pousse au même instant
le suivant , et ainsi jusqu'à D; et. c'est ce qui iait
que le son se forme en même temps en toute la concavité de la flûte, comme je tâcherai d'expliquer plus distinctement en mon Traité. C'est aussi cela même qui le modifie ; car plus la flûte est longue et plus Tair qui est compris en Jcelle résiste au vent qui sort de ia bouche , et par x;onséquent est cbassé plus lentement» d'où viept que le son ett plus grave. Or ceci se fait en petites secousses , lesquelles correspondent aux tours et retours des cordes. Je n'ai plus rien à dire, sinon que, si par hasard vous rencontrez quelqu'un qui parle de moi , et qui sè sou:vienne encore que je suis au monde, je serai bien aise de savoir ce qu'on en dit, et ce qu'on pense que je fasse et où je suis , etc.
uiyiii^ca GoOglc
AU R. P. MÈRSENNE
(Lettre iî2 du tome L) ' ^ '
, . Mon rkv£R£;kd père,,
Je vous remercie de Tobservation de la Couronne
* qui a été faite par M. Gassendi. Pour le méchant livre, je ne vous prie plus de me l'envoyer, car je me suis maintenant proposé d'autres occupations, et crois qu'il seroit trop tard poiir exécuter le dessein qui m*avoit obligé de vous mander à l'autre voyage que, si c'étoit un livre bien fait, et qu'il tombât entre mes mains, je tâcheroîs d'y faire sur-le-cbamp quelque réponse ; c'est que je peusois qu'encore qu'il, n'y eût que trente-cinq exemplaires de oe livre, toutefois s'iL'étoit bien &its qu'on en feroit une seconde impression, et qu'il àuiroit grand coturs,aitre les ^curieux, quelques défenses qui en puséent être faites. Or je m'étois imaginé un remède pour empêcher cela^ qui me
> «t Cette lettre, jiuqii*«a troîiièine alinéa , est de M. Deecarim , écrite » an P. Meiaenne. Je 1» date dn «o mai lèio, d^Amsterdam. Voyen " raison dans le nonvean gros cahier. »
niriitj.?od by Cjt^A.wtL
LETTRES. l5l
sembloit plus fort que toutes les défenses de la justice, qui étoit, avant qu'il se fit une autre impression de ce livre en cadiette , d'en faire £iiire tine avec permission, et ajouter après chaque période, ou chaque chapitre, des raisons qui prouvassent tout le contraire des sieimes, et qui en découvrissent les faussetés. Car je pensois que, s'il se vendoit ainsi tout entier publiquement avec sa ré* pop^e , on ne daignm>it pas le vendre en cachétte sans réponse, et ainsi que personne n'en apprendroit la fiiusse doctrine qui ia'en fut désabusé au même temps ; au lieu que les réponses séparées qu'on fait à semblables livres sont d'ordinaire de peu de fruit, pouTceque chacun ne lisant que les livres qui plaisent à son humeur, ce ne sont pas les mêmes qui ont lu les mauvais livres qui s'amusent à examiner les réponses. Vous me direz, je m'assure, que c'est à savoir si j'eusse pu répondre aux raisons de cet auteur ; à quoi je«i'ai rien à dire, sinon que j'y eusse au moins fait tout mon possible, et qu'ayant plusieui^ raisons qui me persuadent et qui m'assurent le contraire de ce que vous , m'avez mandéétreen celivre,j'osoisespérerqu'elles lepourroient dussi persuader à quelques autres, et que la vérité expUquée par un esprit médiocre de^ voit être plus fprte que le mensonge ; fût-il mainteifu par les plus habiles gens qui fussent au monde. Pour les vérités étemelles, jè dis 4crechef que
l3â . LETTRBS.
sont verœ aiù posêibiles, quift Dem ilUu veraê aut possibiies cognoscjit , non aUtem conira$ veras a Deo cognosci, quasi independenter ab illo sint verçB. Et si lés hommes lentèndoient bien le sen^ de leurs paroles, ils ne pourroient jamais dire sans blasphème que la vérité de quelque chose précède la connoissance que Dieu en a , car en Dieu ce n'est qu'un de vouloir et de connoitre ; de sorte que ex hoe ipso quod ali^uid vêtit ^ idéo cognoseH, et ,i^eo tantum talis res est vera. Il ne faut donc pas dire que si Deus nùh esseti nUUltfminm istœ vfsritates essent verœ, car l'existence de Dieù est la première et la plus éternelle de toutes les vérités qui peuvent être , et la sefile d'où procèdent toutes les autres. Mais ce qui fait qu'il est aisé en ceci de se méprendre, c'est que la plupart des honmies ne considèrent pas Dieu comme un être infini et incompréhensible, et qui est. le seul auteur duquel toutes, choses dépendent, mâis^îls s'arrêtent aux syllabes de son nom, et pensent que c'est assez le connoitre si on siait que Dieu veut dire le même que ce qui s'appelle Deus en latin, et qui est adoré par les hommes. Ceux qui n'ont point de plus hautes pensées que cela peuvejat aisément devenir athées; et pourcequ'ils comprenneïit parfaitement les vérités mathé' mittiques^et non pas celle de l'existence de Dieu > ce n'est pas merveille s'ils ne croient pas qu'elles eix dépendent. Mais ils devroient juger, au contraire ,
Uiyiiized by
LETTRES. l55
que puisque Dieu est une cause dont la puissance surpasse les bornes de 1 entendement humain , et que la nécessité de ces vérités n'excède point notre couuoissance, qu'elles sont quelque chose de moindre, et de sujet à cette puissance incompréhensible. Ce que vous dites de la production du erbe ue répugne point , ce me semble , à ce que je dis; mais je ne veux pas me mêler de la théologie, j*ai peur même que vous ne jugiez que ma philosophie s'émancipe trop d'oser dire son ayis touchant des matières si relevées
Poui* le libre arbitre % je suis entièrement d'accord avec le R. P. Et, pour expliquer encore plus nettement mon opinion , je tlésire premièrement que Ton remarque que ïindiffirenee me semble signifier proprement cet état dans lequel la volonté se trouve lorsqu'elle n'est point portée, par la con-^ noissatice dé ce qui est vrai, ou de ce qui est bon, à suivre un parti plutôt que l'autre ; et c'est eu ce sens que je l'ai prise , quand j'ai dit que le plus
' « Je suis, i'tc. Ici Unit la lettre. »
» «« Daos les niatiuscrits de M. de la Hire j'ai tiou\c- ct l aliuéa jtl.sr|u^la » ftoivant, décrit en latin, fort raturé et griffonné. 11 est assez di/licile de «• déterminer qna&d cet endroit a été écrit ; néanraoiiiSy comme M. Oee> Gtttes cite rartide 14 d« la ^Irième mcdiuiion ,^ on peot coi^ectarer m qneoel «rtide a été écrit depoia 1640. Greatiin artide qo.^ fmàn rejeter M dans rendrait dea lettrée nbn datéea » et qni ne méritent d*étre ramasséfa *• qa'A rànae de la matière dont ellea traitent. f^ojreM la page ci c de ce » noavcan «ahirr. «
l34 LtlXKti».
bas degré de la liberté conaistoit k se pouvoir déterminer aux choses auxquelles nous gommes tout-à-fidt indifférents. Mais peut-être que par ce • mot d'indifférence il y en a d'autres qui entendent cette faculté positive que nous avons de nous déterminer à Fun ou i l'autre de «deux contraires , c'est-à-dire à poursuivre ou à fuir , à affirmer ou à nier une même diose. Sur quoi j'ai à dire que je n'ai jamais nié que cette faculté positive se trouvât en la volonté; tant s'en £siut4 j'estime qu'elle s'y rencontre non seulement toutes les îoh qu'elle se détermine à, ces sortes d'actions où elle n'est point emportée par le poids d'aucune raison vers un côté plutôt que vers un autre , mais même qu'elle se trouve mêlée dans toutes ses autres actionS) en sorte qu'elle ne se'détermine jamais qu'elle ne la mette en usage ; jusque là que lors même qu'une raison fort évidente nous porte à une chose, quoique moralement parlant il soit difficile que nous puissions faire le contraire, parlant néanmoins absolument nous le pouvons : car il nous est toujours libre de nous empêcher de poursuivre lin bien qui nous est clairement connu , ou d'admettre une vérité évidente, pourvu seulement que BOUS pensions que c'est un bien de témoigner par là la liberté de notre franc-arbitre. De plus , il faut remarquer que la liberté peut être considérée dans les actions de la volonté , ou avant qu'elles
soient exercées, ou au moment même qu'on les
exerce. Or il est certain qu'étant considérée dans les actions de la volonté ayant qu'elles soient exercées , elle emporte avec soi Yindifférenee prise dans le second sens que je la viens d'expliquer , et non point dans le premier. C'est-à^lire qu'avant que notre volonté se soit déterminée elle est toujours libre, ou a la puissance de choisir l'un ou l'autre de deux contraires : mais elle n'est pas toujours indifférente ; au contraire, nous ne délibérons jamais qu'à dessein de nous ôter de cet état où nous ne savoirs quel parti prendre , ou pour nous erapééher d'y tomber. £t bien qu'en jMX>pôsant notre propre jugement aux commandements des autres nous ayons coutume de dire que nous sommes plus Ubres à feire les choses dont il ne nous est rien commandé, et où il nous estpermis de suivre notre propre jugement , qu'à faire celles qui nous sont commandées ou défendues, toutefois, en opposant nos jugements ou nos connoissances les unes aux autres , nous ne pouvons pas ainsi dire que nous soyons pluslibres àfaire les choses qui ne nous semblent ni bonnes ni mauvaises , ou dans lesquelles nous voyons autant de mal que de bien, qu'à faire celles où nous apercevons beaucoup plus de bien que de mal : car la grandeur de ta liberté consiste, ou dans la grande facilité que i on a à se déterminer, ou dans le graud usage de cette puissance positive que
l36 LETTRBS.
nous avons de suivre le pire encore que noiis connoissions le meilleur. Or est-fil que si nous embrassons les choser. que notre raison nous per-
. suade être . bonnes , nous nous déterminons alors avec beaucoup de &cilîté; que si nous faisons le contraire, nous faisons alors un plus grand usage de cette puissance positive; et ainsi nous pouvons toujours agir avec plus de liberté touchant les choses où nous voyons plus de bien que de mal que touchant celles que nobs appelons tn^/r^Wntes. Et en ce sens-là aussi*, il est vrai de dire que nous &isons beaucoup moins librement les cbo^ ses qui nous* sont commandées , et auxquelles sans cela nous ne nous porterions, jamais de nousmêmes , que nous ne faisons celles qui ne nous sout point commandées : d'autant que le jugement qui nous £ut cioire que ces chosés-là sont difficiles s oppose à celui qui nous dit qu'il est bon de faire ce qui noi:|s est commandé ; lesquels deux.
^ jugements , d'autant pluti; également ils nous meuvent , et plus mettent-ils en nous de cette indifférence prise dans le sens que j'ai le premier ex* pliqué i c'est-à-dire qui met la volonté dans un état à ne savoir à quoi se déterminer. Maintenant la liberté étant considérée dahsies actions de la volonté au moment même qu'elles sont exercées , alors elle ne contient aucune indiflGk'ence, en quelque sens qu'on la veuille prendre , parceque
ce qui se fait ne peut pas ne se point faire da%s le temps même qu'il se fait ; mais elle consiste seulement dans la facilité qu'on a d'opérer, laquelle, à mesure qu'elle croit, à mesure aussi la liberté augmente ; et alors fsAte librement une chose, ou la faire volontiers s ou bien la Jaire volontairement^ ne sont qu'une même chose. Et c'est en ce senslà que j'ai écrit que je me portois d'autant plus librement à ime chose que j'y étois poussé par plus de raisons , parcequ'il est certain que notre volonté se meut alors plus facilement et avec plus d'impétuosité • '
Je ' trouve que vous avez bien mauvaise opinion de moi , et que vous me juges bien.peu ferme et peu résolu en mes actions, de penser que je doive délibérer sur ce que vous me mandez de changer n>on des&dn ., et de joindre mon premier discours à ma Physique , comme si je la devois/lonner au libraire dès aujourd'hui à lettre vue; et je n'ai^ su m'empêcher de rire en lisant Tendroît où vous dites que j'oblige le monde à me tuer , afin qu'on puisse voir plus tôt mes écrits ; à quoi je n'ai autre chose à répondre , sinon qu'ils sont déjà en lieu
«« fei finit oe fragment. «
* « Antre lettre.— 'I^e mte de œtle lAtre est un fragment de M. Dee- M cârtes adressé an P. Menenne, écrit quelque temps apiès rimpression
« de sa Méthode, cVst-à-<iire v< r.s juillet 011 jioùt de 1637. A oyez, la page » X 1 1 du nouveau cahier i voyez^auj>&i la |>age 26 du |{ro8 cahier. »
l3d • • LETTRES.
et e« ^t2^*que ceux qui m'auroient tué ne les pourroient jamais ayoir, et que si je ne meurs fort à loisir et fort satisfait des hommes qui vivent, ils ne se veiTont assurément de plus de cent ans après ma mort. Je vous ai beaucoup d'obligation des objections que vous m'écrivez, çt je vous supplie de continuer à me mander toutes celles que Vous oirez, et ce en la façon la plus désavantageuse [Sour moi' qu'il se pourra^ ce sera le plus grand plaisir que TOUS me puissiez faire : car je n'ai point coutume de me plaindre pendant qu'on panse mes blessures, et ceux qui me feront.la faveur dem'instruire et qui m'enseigneront quelque chose, me trouveront toujours fort docile. Mais je n'ai su bien entendre ce que vous objectez touchant le titre; car je ne mets pas Traité de la méthode, mais Discours de la méthode*, ce qui est le même que Préface o^ jVvis touchant l?i méthode , poui* montrer que je n'ai pas dessein de l'enseigner , mais seulement d'en parler ; car, comme on peut voir de cfs que j'en dis , elle consiste plus en pratique qu'en théorie: et je nomme les traités suivants des /essais de cette méthode , pourceque je prétends que les choses qu'ils contiennent n'ont pu être trouvées sans elle , et qu'on peut connoître par eux ce qu'elle vaut. Comme aussi j'ai inséré quelque chose de métaphysique , de physique et de médecine dans le premier discours, pour montrer quelle
LETTRES. l39
S eteiul à toutes sortes de matières. Pour votre secoude objection; à savoir que je n'ai pas expliqué assez au long d'où je connois que l'âme est une substance distincte du corps , dont la nature n'est que de* penser, qui est la seule chose qui reand obscure la démonstration toucLant l'existence de Dieu , j'avoue que ce que tous en écrives est très vrai , et aussi que cela rend ma démonstration toncbant l'existence de Dieu malaisée à entendre; mais je ne pouvoîs mieux traiter cette matière qu en expliquant amplement la fausseté ou l'incertitude qui se trouve en .tous les jugements qui dépendent du sens ou de Fimagination, afin de montrer ensuite quels sont ceux qui ne dépendent que de l'entendement pur , et combien ib sont évidents et certains ; ce que j'ai omis tout à dessein , et' par considération , et principalement i cause que j'ai écHt en langue vulgaire , de peut que les esprits foibles venant à embrasser d'abord avidci ment les doutes et scrupules qu'il m'eût fallu proposer ne pussent après comprendre en même façon lés raisoDs par lesquelles j'eusse tâché de les ôter, et ainsi que je les eusse engagés dans un mauvais pas , sans peut-être les en tirer. Mais il y/a environ huit ans que j'ai écrit en latin un commencement de métaphysique où cela, est déduit assez au long ; et si l'on fait une versicm latine d^ ce livre , comme on s'y prépare , je l'y pourrai faire
l40 L£TTR£S. '
raettrç. Cepenclant je me persuade que ceux qui preiulront bien garde à mes raisons touchant TexislencedeDieu les tronyéront d'autant plus démonstratives qu'ils mettront plus de peine à en chercher les défauts; et je les prétends plus claires en elles-mêmes qu'aucune des démonstrations des géomètres , en sorte ({u'elles ne me semblent obscures qu'au regard de ceux qui --ne savent pas alh~ ducere mentem a sensibus, suivant ce que j'ai écrit en la page 38.
Je vous ai une infinité d'obligations de la peine que vous vous offrez de prendre pour rimpression de lâes éci*its ; mais s'il y faHoit £;iire ^uélque dér pense , je n'aurois garde de souiirir que d'autres que moi la fissent , et ne manquerois pas' de vous envoyer tout ce qu'il faudroit. Il est vrai que je ne crois pas qu'il en fut grand besoin , au moins y a-t-il eu des libraires qui m'ont fait offrir un présent pour leur mettre ce que je ferois entre les mains, et cela dés auparavant méme^ que je sor^ risse de Paris, ni que j'eusse commencé à rien écrire. De sorte que je juge qu'il y en pourra encore avoir d'assez fous peur les imprimer à leurs dépens, et qu'il se trouvera âussi des lecteurs aasez^ &ciles pour en acheter les exemplaires, . et 1^ relever de leur folie. Car, quoi que je fasse, je ne tn^ea cacherai point comme d'ufi érime, mais seulement pour éviter le bruit , et me retenir la même
LBTTASS. l4l
liberté que j'ai eue jusques ici , de sorte qu(; je ne ► craindrai pas tant si qudques uns savent mon nom ; mais maintenant je suisbim aise qu'on n'en parle point du tout afin que le monde n'attende riën V et que ce que je ferai ne soit pas moindre que ce qu on auroit attendu. Je , me moque avec vbus des imaginations de ce chimiste dpnt vous m'écrivez , et crois que sembhbles chimères ne méritent pas d'occuper un seul moment les pensées d'un honnête homme. Je suis , étc
(LeUr« II ciu tome II. Version.)
MoNSlipR
* Je différois de répondre à ce que vous m'avez écrit dernièrement poùrceque je n'avois rien à vous dire que je crusse vous devoir être fort agréable ; mais Aujourd'hui que je m'y vpis invité par celui-là même qui est associé avec vous âu rectorat 9 je vop% dirai librement ma pensée ; car si vous aimez la vérité, et si vous êtes sincère , la li-
* « Celte lettre cet écrite à Isaac Bçeoman , en Mptembfe i63o. >•
L£TTA£â.
berté de mon discours vbûs sera plus agréable qiiie n auFoit été mon silence.
Je vous redemandai l'année passée mon Traité de musique, non pas à la vérité que j'en eusse besoin , mais pouroeqa^on m'avoit dit que vous en parliez comme si vous me l'eussiez apprise; toutefôis je ne voulus point vous en écrire aussitôt, de peur de paroitre trop défiant si je doutais de la fidélité d'un ami sur le simple rapport d'autrui. Mais maintenant que, par plusieurs autres témoignages j'ai reconnu que vous préférez une vaine ostentation àla.vérité, et à l'amitié qui a été^jusqties ici entre nous , je veux vous donner ici un petit mot d'avis, qui est que, si vous vous vantez d'avoir enseigné quelque chose à quelqu'un, encore que ce que vous dites soit véritable^, cela ne laisse pas d'être odieuk ; mais si ce que vous dites est contre la vérité, il est encore plus odieux; et, enfin , si vous avez appris de lui la chose même que vous vous vanteâs lui avoir apprise , certainement cela est tout-à-fait odieux. Mais sans doute que la civilité, du style français vous a trompé, et que vous ayant souvent témoigné de bouche ek par écrit que j'avois appris plusieurs choses de vous, et que j espérois même encore tirer beaucoup de profit de vos observations, vous n'avez point cru m0^£ure tort de confirmer par vos discoiu^s inie chose que je ne faisois point difficulté
de publier moi-même. Quaiit à moi, je me soucie fort peu de tout cela ; mais déférence que j'ai enccMre pour nôtre ancienne amitié m'oblige à vous avertii^ que lorsque vous vous vantez de quelque chose de seipblable devant ceux qui me connoissent , cela nuit beaucoup à votre réputation ; car ne pensez pas qu'ils croient rien de tout ce que vous leur dites, mais croyez plutôt qu'ils se moquent de votre vanité : et il ne vous sert de rien de leur montrer les témoignages que j'en donne dans mes lettres , car il n'y en a pas un qui ne sache que j'ai même coutume de tirer instruction des fourmis et des vermisseaux ; et ils ne croiront jamais que j'aie pu rien apprendre de vous 9 si ce n*est de là même manière que j*ai coutume d'apprendre des moindres choses de la nature. Si vous prenez ceci en bonne part , comme vous le devez, je n'appellerai le passé qu'une erreur et non pas une faute, et cela n'empêchera pas que je ne sois comme auparavant votre serviteur. Adieu.
l44 LETTRES.
(Lettre la du tome II. Version.)
Monsieur/
Yoos vous méprenez beaucoup, et yoys jugez
très mal de la bonté d'une personne fort religieuse % de soupçonner que le P. m'ait fait quelque mauvais rapport de tous; mais, afin que je ne sois point obligé de remettre une autrefois la maiu à la plume pour un semblable sujet, et que l'excuse que j'ai à vous faire pour lui devienne générale pour tous les autres que vous en pourriez pareillement accuser, je désire que vous sachiez une fois pour toutes que ce n'est ni de lui ni de personne , niais de vos lettres méfies, que j'ai appris ce que je trouve ài reprendre en vous; Car, vous ayant pris fantaisie naguère ( aprè^ un silence d'un, an ) de m'écrire dans une lettre que, si je voulms veiller au bien de mes études , je^ retournasse auprès ^
■ «Cette lettre nt écrite à laaac Beecmin, et ett dn 17 octobre » 16S0. »
* <* Le P. Menenne. » . •
VOUS » et que je ue pouvois nulle part profiter davantagi» cfue sous votre discipline, et plusieurs autres discours de cette nature, lesquels vous sembliez m*écrire &milièrenient et en ami , comme àquelqu'nnde vos disciples, qu'aurois-je pu penser autre chose , sinon que vous aviez fait cette lettre afin que, la montrant aux iautrés avant que de me l'envoyer , vous pussiez vous vanter quefavois coutume de recevoir souvent de vos' enseignements; c'est pôurquoi, jugeant qu'ilyavoit là-dessous queiquemauvais artifice, j'ai pensé qu'il iliérito^ quelque réprimande :' 4car je ne' pouvois en aucune façon m imaginer que vous fussiez devenu si stupide,et que vous.vous méconnussiez si fort, que de croire en effet que j'eusse jamais rien appris de vous , ou même que j'en pusse jamais apprendre aucune chose , si ce' n'est de la façon que j'ai coutume d'apprendre de toutes les choses qui . sont en Itt nature, voire même des moindres fourmis et des plus petits vermisseaux. Ne vous souvient-il plus combien , au lieu de m'aider dans, le progrès de mes études, et de me savoir maintenant gré de ce que je vous ai appris , combien , dis-je^ vôus y avez apporté d'empêchement^ lorsqu'étant à D. ' occupé à des considérations dont vousvous confessiez être incapable, vous ne cessiez
de m'impprtuner.pourappronjre de moi certaines
« « Deventer. n ' ' '■
l4(i LETTRES.
choses que j'avois quittées il y avoit ioug-tenips , comme, des exercices de jeimeSsé; roab certes je vois bien par vos dernières lettres que vous n'avez pas eu cela péché par malice , mais, que cW sans doute une maladie qui vous tient. C*^t pourquoi désormais j aurai plutôt la bouche ouverte pour vous plaindre qu^ pour vous quereller ; et ^ pour satisfaire en quelque façon aux devoir^ de notre ancienne amitié , je veux même ici vous en^ seigner quelques remèdes que je pense pouvoir servir à votre guérison. Considérez en premier lieu quelles sont les choses qu'une persoq^ peut apprendre à une autre , et vous trouverez que ce sont' les langues, l'histoire , les expériences et les démonstratioifs "^claires et certaines qui convainc* , qiient l'esprit , telles que sont celles des géomètres ; mais pour les opinions et les maximes» des philosophes , aussitôt qu'on les dit, on ne les enseigne pas pour cela. Platon dit une chose , Âristote en dit une autre, Épicufe une autre, Télésius, Campanella, Brunus , Basso, Vanifius, et tous les novateurs f disent chacun diverses choses. Qui de tous ces geiis-là enseigne à voire avis, je ne dis pas moi , mais qui que ce soit qui aimeja sagesse ? sans doute que c'est cdui qui peut le premier per* suader. quelqu'un par ses raisons , ou du moins par son autorité. Que si quelqu'un, sans y être porté par le .poids d'aucune autorité ni d'aucune
LKTTRBS.
raison qu'il ait apprise des autres, vient à croire
quelque chose, encore qu'il l'ait ouï dire à plumurs, il ne faudra pas croire pour cela qu'ils la lui aient epsisignée ; même il se peut faire qu'il la sache , pourcequ'il est poussé par de vraies raisons à la croire, et que les autres ne l'aient jamais sue, quoiqu'ils aient été dans le même sentiment, à cause qu'ils l'ont déduite de faux principes. Tourtes lesquelles choses sont si claires et si yéritables, que si vous voulez les considérer avec un peu de soin , TOUS connoitrez ^sèment que je n'ai jamais rien appris davantage de votre physique imaginaire , que vous qualifiez du nom de mathémati*co - physique, que j'ai fcit autrefms de la Batrachomyomachie d'Homère pu des contes de la cigogne; car' tenez pour certain que jamsds votre autorité ne m'a servi de motif pour croire aucune chpse, ni que vos raisons né m'ont jamais rien persuadH # Mais vous me direz peut-être que vous avez dit » certaines choses , lesquelles je n'ai pas plus tôt entendues que je les ai cmes-et approuirées ; si cela est ainsi , vous devez croire que je ne les ai pas apprises de vous , mais qu'étant d^jà il y avoit longtemps dans le même sentiment, cela m*a porté à les approuver : mais que cela ne serve point à: fomenter votre loaakdie, de ce que j V voue ici franchement d'avoir approuvé des choses que vous avez dites , car cela est ariî vé si rare*
ï48 LBTT11B9.
ment que le plus ignarant du monde ne sauroit discourir si mal de la philosophie , qu*il n'en pliisse dire par hasard autant qui s'accorde avec la vérité 9 et même plusieurs peuvent savoir la même chose, sans qu'aucun l'ait apprise des autres ; et il est ridicule et- impertinent de s'amuser comme vous faites avec tant de soin à distinguer dans la possession des sciences ce qui est à vous de ce qui n'en est pas , comme s'il s'agissoit de là possession d'une terre ou de quelque somme d'ar- Si vous savez quelque chose , elle àt entièrement à vous , encore que vous l'ayez apprise d'un autre : pourquoi donc,, et quel droit avezvous , ou plutôt quelle malftdie voùs tient qui vous empêche de pouvoir souffrir que les autres qui savent la même diose puissent dire qu'elle leur appartient ? Toutefois je n'ai pas grand sujet d'a- • ,%>ir pitié, de vous; je vois bien que la maladie ▼oos a rendu heureux , et que vous n'êtes pas moins opulent que cet homme qui croyoit que tous les vaisseaux qui abordoient au port de sa ville lui appartenoient.' Mais pardonnez-moi si je vQus dis que vous usez un peu trop insolemment de cette bonne fortune ; car voyez vous-même si vous n'êtes pas injuste. Vous voulez posséder seul, et même vous ne voulez pas que les autres s'aprogent , non seulement ce qu'ils savent , et qu'ils n'ont jamais appris de vous, mais aussi ce que vou&
lettres; * 1^9
oonfessez vous-même avoir appris d'eux ; car vous m'écrivez que l'algèbre que je vous, ai mise autrefois entre les mains n'est plus maintenant à moi. Vous m'avez aussi autrefois écrit la même chose de , mon Traité de musique ^ vous voulez donc ^ à ce que je puis croire, que êes sciences s*effiicênt de ma mémoire , pourcequ'à présent elles sont à vous ; car {Vourquoi m'en demanderies&voûs les ori-; ginaux , puisque vous en avez par devers vous des copies , si vous ne croyiez que par ce moyen je pourrai avec le temps ne me plus souvenir de tQutes les choses qu ils contiennent , et à quoi je ne m'amuse plus il y a long-tçmps, et vous vanter d'en être seul le possesseur ; mais sans doute que vous avez écrit ceci par raillerie , car je sais que votre humeur est plaisante et agréable , et après tout j'aurois de la peine à croire que vous voulussiez fput de bon qu'on crut que quelque chose fût à vous, si vous n'en aviez été le premier inventeur. C'est ce qui faàt que dans votre manuscritvous marquez le temps auquel vous avez pensé chaque chose, afin peut-être que personne ne soit si impadenjt que de se vouloir arroger une chose qu'il aura rêvée toute une nuit plus tard que vous, en quoi toutefois je ne juge pas que vous agissiez assez prudemment : car que sera-cè si on doute une fois de la fidélité de ce manuscrit? Ne seroit-il pas plus sur d'en avoir des témoins ou d'en certifier la
l50 LETTRJiî».
vérité par ^es actes puMics et authentiques? Mais ceirtainement, pour dire la vérité, ces. richesses qui craignent les yoletir% et qui requièrent tant desoin pour les conserver, vous rendent plus misérable qu heureux,. et, si. vous m'ea croyez , vous n'aurez point dé regret de les perdre et tâcherez même de vous en défaire avec votre maladie. Considérez, je vousprie, enyousrmémey^t voyezsi en toute votre vie vous avez jamais rien trouvé ou inventé qui niérite véritablement d^ louanges. Je vous proposeiai ici. trois genres 4e choses que Ton peut trouver. Le premier est de celles que npus pouvons trouver par Ja seule force de notre espritet parla conduite dé notre raison; si vous en aves de ce geur^ qui soient de quelque importance, je confesse que vous méritez quelques louanges,. mais jè nie que pour cela vous deviez appréhender les voleuK. L'esiu est toujours, semblable ài'eàu, mais elle a tout un autre goût lorsqu'elle est puisée à sa source que lorsqu'on 1^ puise dans une cruche ou à son ruisseau; tout c^ qu'on transporto du lieu de sa naissance en un autre se corrige quelquefois^ mais, le plus, souvent se corrompt, et jamais il ne conserve tellement tous les avantages que le lieu de sa naissance lui donne, qu il ne soit très £8icile de recônnoitre qu'il a été transporté d'ailleurs. Vous publiez que vous avez appris beaucoup de choses (le moi; vous me faites honneur.
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LETTRES. l'Jl
mais je n'en demeure pas d^icoord , car si je sais quelque chose, je n'en sais c^e très peu, et noi) pas beaucoup comme vous ditesi mais, quelles- qu'elles soienf , Servez-vous-en si vous pouvez, et vous les arrogez si bon vous semble » je vous le permets : Je ne les al point écrites sur des registres, et n'ai point marqué le temps auquel je les ai pu inventer; et toutefois je suis* très assuré que quand je voudrai que les hommes sachent quel est le fonds de mon esprit, pour petit qu'il soit, il leur sera très âisé de ccmnottre que ces fruits viennent de mon fonds, et qu'ils n'ont point été cueillis dans celui d'un autre. Il y a un. autre genre d'invention ou de choses que l'on peut trouver , lequel ne vient point de l'esprit, mais de la fortune; et j'avoue qu'il dendAilde quelque soin pour être garanti des voleurs, car si vous trouvez quelque chose par hasard, et quié par un semblable , hasard un autre vienne à entendre cela de vous , ce qu'il aura ainsi entendu sera aussi^bien à lui que ce que vous aurez trouvé sera à vous, et il aura mitant de droit de se l'arroger comme vous; mais je nie que de telles • iii^€»tions méritent des lôuanges. Toutefois, pourceqiie 4'ignorance du monde est telle qu'il loue souvent ceux en qui les biens de la fortune abondent, et qu'il ne croie pas que cette déesse soit si aveugle que d'enrichir de ses faveurs ceux qui ne font pdiilt du tout mérité, si elle vous a feit
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part de quelque chose qui soit de oonséquance , et '
qui pour cela vous relève un peu au-dessus des autres, je confesse que vous n'êtes pas tqut-àiait indigne de louange, le dis que cette cko^e doit être de conséquence et relevée au-dessus du couir ninn: car si, par exemple, un misérable' gueux., pour avoir amassé quelques écus en quémandant de porte en porte, s'imaginoit qu'on lui dùt^^endre pour cela de grands honneurs, certainement il seroit digne de la risée de tout le monde. Voyez dpuc, je ypiis prie, diligemment , fçuiUetez votre inanu^ crit, mettez tout en compte, et après cela, ou je me trompa fort, ou je m assure que vou^ ne trouverez pas la moindre chose du vôtf*é qui vaille mieux que . sa couverture. Le troisième genre d'inventions est celui des cboses qui n'étant que de très petite valeur, ou même nullement considérables, ne laissent pas d'être estimées par leurs inventeurs, comme des choses de très grand prix; mais tant s'eki &ut<}ue ces choses-là soient dignes de, quelque louange, qu'au coptrah'e plus leurs possesseurs les estiment et plus ils prennent de soin à se les conserver, plus aussi s exposent-ils à la risée,, et attirent-ils la commisération de tout Je monde. Représentez-vous devant les yeux un aveugle que 1 a variçe auroit rendu si fouqu'ils-amusàt à passerles joursentiersà chercher des pierres précieuses dans les ordures de la maison de son voisin, et que toutes les fois qu!il rencontre-
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roit sous sa main quelque pierrette ou quelque petit morceau de verre , il crût aussitôt avoir trouvé une pierre - fort précieuse , et qu'après én avoir ' ainsi trouvé beaucoup de semblables , et en avoir rempli sa cassette, il se vantât d'être fort riehe, fit parade de cette cassette, et méprisât toutes les autres; ne dir|ez-vous pas d'abprd que cet homme seroit dans nw agréable folie? Que si après cela vous le voylem continuellement attaché à cette cassette , ap]>réhendev les vcdeiurs, et être em sbuci et chagrin de peur de perdre ces richesses qui lui sont inutiles; pour lors y mettant la raillerie à part^ ne le jugenea>vous pas tout-à-fait digne de compassion? Ce n^est pâs pourtant que je veuille comparer votre manuscrit à cette cassette, mais j'ai bien de la peine à cn>iré qu il puisse rien contenir de plus solide que le sont cesSipi^iaFl^les et ces petits morceaux de verre : cfir voj^M^4e quelle importance sont les choses dont VQUS vous vantez le plus; je n'en connois que deux, à savoir, le tremblement eardes, et X hyperbole. Quant à la première, qui regjarde le tremblement ;des copdeS , si vous aviez jamais appris à vos discipW quelque chose de plus relevé que les preiiAiers éléments des sciences, vou^ auriez trouvé dans Aristote cela même que vous dites être vôtre , et pourquoi vous vous plaignez de n'avoir pas reçu de moi des éloges , |i savoir que le^n se fait par le
l54 LETTRES.
de cordes , on des autres corps qui frappent l'air. Sans doute qu'Aristote est un voleur ? appelez-le en jugeinent, a6n qu'il .vous re^tue votre ^lénsée. Mais pour moi qu'ai-je fait ? Comme je traitois de la musique, et ayant pour lors expliqué cpielque chose qui ne dépendbit pas de Péxacte cconnois-» sance du son j j'ai ajouté que la même chose pou-^ voit être conçue, soit que Ton dit que le soft -pro^ vînt de ce que loreille étoit frappée de plusieurs coups pair le tremblemènt de l'air, excité par 'ètihâ des autres corps, soit que, etc. Peut-on dire que j'aie, dérobé ce que je ne me suis point ^ttHbué? aT-je dû applaudir à ce que je n'ai pus osé MiMr être, vrai ? et ai-je dû vous attribuer ,uiie chose que tous oeux'qui enseignent, excepté vous, i^nfiôssent avoir apprise d'Aristote ? Qiïoi dortc, ne se*fel*oîèntils pas tous moqués avec raison de mon ignorance? Mais peut-être Qiéritez-vous de grandes louanges pour ï hyperbole que vous m'avez enseignée? Certiunement si je n'avois compassion de votre niai, je ne pourroîs m'empécher de rire, puisque vous ne saviez pas même ce que c'est qu'une hyperbole, si ce n'est peut«être comme le sait un gramimârien. J ai rapporté quelques unes de ses propriétés, à savoir cdle qu'elle a de détourner les rÉytHI» , dont la démonstration m'étoil échappée de la mémoire , et qui , comme il arrive souvent dans les choses les plus faciles, ne se présentoit pas pour
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lors sur-le-chanip à mon esprit; mais je vous ai démontré sa converse clans Tellipse , et vous ai aussi expliqué en même temps certains théorèmes cl où elle pouvoit si facilement être déduite c^ue, pour peu que Ton y prît garde, on ne pouvoit manc|uer de la rencontrer; c'est pourc|uoi je vous ai exhorté de vous exercer à la^chercher, ce que sans difficulté je n'aurois jamais ^it après m avoir avoué si ingénument que vous ne saviez rien dans les coniques, si je n'eusse jugé que la recherche cVune telle chose étoit très facile. Vous avez donc pris la peine de la chercher, vous lavez trouvée, et vous me l'avez montrée : je m'en suis réjoui, et vous ai dit que je me servirois de cette démonstration si jamais j'écrivois quelque chose sur ce sujet. Dites-moi , en vérité, êtes-vous en votre hon sens de me reprocher de ne vous avoir pas en cela rendu, comme à mon maître et à mon docteur, assez d'honneur et de respect? Si vous aviez donné à quelqu'un de vos écoliers qui n'eût jamais encore fait de vers une épigramme à composer, et que vous lui en eussiez dicté de telle sorte le sens et la matière, qu'il n'y eût qu'à transposer un mot ou deux pour mettre l'épigramme en sa perfection, ne seriez-vous pas bien aise s'il réussissoit à transposer ainsi heureusement ce peu (Itî mots.^ n'ajouteriez-vous pas peut-être même, pour Tincitcn' à la poésie, cjue si jamais vous aviez à composer une épigranime sur le même sujet ,
VOUS ne vous serviriez point d'aùMs vers que des
siens? Mais s'il arrivoit que pour cette petite louange il yin^ à côncevoir tant d'esthne de lui qu'il crût être un grand poète , ne vous moqueriez- • ' vous pas de lui comme d'un enfant : et s'il en ve- . noit à ce point que de s'imaginer que vous- lui portassiez envie, et que, se dls|^t votre maître et votre docteur, il dit sérieusement que c'est une chose honteuse à un docteur de ne pas recevoir de son disciple tout l'honneur, etc* ( car je . ne pense pas^ qu'on puisse donner un autre sens à cet etc. ), ne jugeriez-'vous pas avec raison que ce n'est plus la simplicité qui le tx'ompe, comme elle fait un enfant , mais qu'il a l'esprit en quelque fe-" çon troublé ? . Sachez donc qu'il n'y .a point de meilleur remède pour purger la bile, dont vous êtes plein, que de considérer avec quelle justesse cet exemple vous convient. Mais d'autant que jusr qiies à présent j'ai tâché d'ôtcr la cause de votre maladie,. je veux maintenant tâcher. d'en apai^ la douleur. Vous vous plaignez principalement dé ce que, m'ayant quelquefois donné des louanges, je ne vous ai pas rendu la pareille ; mais, afin que vous le saçhiez, vous ne m'avez pas traité en ami •de me louer comme vous aves fait. Ne Vous ai-je pas supplié plusieurs fois de ne me point traiter de la sorte , et même de vous abstenir de parler aucunement de moi? £t la façon avec laquelle j'ai
LBTTRSS. 1 67
toujours vécu par le passé ne montre-t-elie pas assez que je suis ennemi de toutes ces louanges ? non que je sois insensible, mais j)ourceque j'estime que c'est im plus grand bien de jouir de là tranquillité de la vie et d'un honnête loisir, cfue d'acquérir beaucoup de renommée; et que j'ai bien de la peine à me persuader que , dans Fétat où nous sommes et de la façon que l'on vit, on puisse posséder ces deux biens ens.emble. Mais vos lettres montrent daireinent le sujet qui vous a porté à me louer : car, après toutes vos belles louanges, vous ne laissez pas de dire librement que Vous avez coutume de préférer votre Mathématico-physique à mes Conjectures, et que vous le faites savoir à nos àmis. Que vient dire cela, je vous prie? Ne montiez -vous pas par là que vous ne cberchez à me louer que pour tirer plus de gloire de cette comparaison ? et que vous ne rehaussez le siège que vous voulez fouler quafin d'élever d'autant plus haut le trôné de votre vanité? Mais en voilà assez; je veux à présent traiter doucement votre mal , et ne me point servir de plus âpres remèdes : car si je voulois vous traiter selon vos mérites, Vous vous verriez si çhargé de honte et d'infaunie, que j'auroîs plutôt peur de vous désespérer que de vous donner la santé.. C'est pourquoi je me contenterai ici de Vous avertir que si vous aimez les louanges, vous fassiez des choses dignes d'être
l58 LETTRES.
louées, et qui soient telles que vos ennemis mêmes soient contraints de les approuver. Mais , quoi que vons ayez £Ùt n'attendez jamais de louanges ni de vous ni de vos amis, dont les témoignages seroient toujourstenus pour suspects. Ne vous vantez point aussi d'avoir appris aux autres ce que vous ne savez pas encore 9 et ne .vous préférez jamais à personne, f ai honte de me proposer ici pour eiemple; mais comme vous vous comparez souvent à moi.
M'avez-voùs jamais ouï vanter d'avoir rien appris à personne ? me suis-je jamais, je ne dis pas pré* ftré, mais même comparé à aucun P. car, quant au reprqche que vous me faites, sans raison ni fondement, de m'étre quelquefois égalé aux anges , je ne saurois encore me persuader que vous soyez si perdu d'esprit que de le croire. Toutefois, pourceque je reconuois que la violence de votre mal peut être très grandÇ', j'expliquerai ici ce, qui peut vous avoir donné occasion de me faire ce reproche : c'est la coutume des philosophes, et même des théologiens, toutes les fois qu'iU veident montrer qu'il répugne tout-Â-Êdt à la raison que quelque chose se fasse, de dire que Dieu même ne le sauroit faire; et pourceque. cette &çon de parler m'a toujours semblé trop hardie, pour me servir de termes plus modestes, quand i'otcasion s'en présente ( ce qui arrive plus souvent en traitant des questions de
lettres;. iSg
mathéinatique que de philosophie), où les autres diroient qu^e Dieu ne peut faire une cho^e, je me contente seulement de dire qu*un ange ne la sau- •roit £ûre. Et si pour cela vous dites que je m'égaie à Tange, on (lourra dire aussi par la méiae raison que les plus sages du monde s égalent à Dieu. £t je suis bien malheureux de n*avoir pu éviter le soupçon de vanité en une chose où je puis dire que j'a£fec.tois.iine modestie toute particulière. Au reste, je pourrois écrire bien d'autres choses, mais si ceci ne suffit y rien ne peut suffire , çt pour le présent je pensç' avoir satisâdt abondamment à notre amitié; car en vérité vous devez croire que je n'ai point écrit ceci piir un esprit de vengeance , ni pour aucun mal que je vous veuille, mais par une pure aiiection que . j'ai pour vous. Car, preipièrement^ pourquoi serois-je^n colère contre vous ? seroil-ce à cause que vous vous êtes préféré à moi? comme si je. me spuciois de cela, moi qui ai coutume de m'estimer le plus ignorant des hommes; et si j'avois à m'en mettre en peine, ce ne seroit pas que vops vous préférassiez à moi, mais bien que les autres vous y préférassent : car, au contraire, si nous étions eu dispute vous et moi pour cela, je serois bien aise que vous vous en vautassiez, pourceque les autres auroient dau* tant moins sujet ,de le eroiie. Et je témoigne bien n'avoir aucune rancune contre vous, puisque je ne
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VOUS cèle rien de ce que je juge vous devoir être le plus utile ; tar certainement on ne sauroit rien dire ni rien faire de plus utile pour nous que de nous avertir librement de nos erreurs; et, bien que nous puissions quelquefois recevoir des avertissements de nos ennemis mêmes , il vous sera aisé de reconnoître, pourvu que vous ayez le moins .du inonde de bon sens, qu'il y a bîeil de la diflFérence entre leurs avertissements et les miens..L)n ennemi ne tâche qu'à déplaire à celui qu'il reprend , et moi je ne tâche qu a vous remettre dans votre bon sens par ime douce Téprimande. tin ennemi s'abstiendroit de dire aucune parole aigre et fâcheuse , s'il croyoit que celui à qui il en veut eu dût profitér ; et mdi^ au contraire, j'espère que i^ci vous profitera , et je le souhaite , et même je n'ai entrepris à autre dessdn le travail d'une' si longue lettre. Enfin, un ennemi déclame tellement contre les vices de son adversaire, qu'il ne souhaite pas inoins d'être entendu des autres que de lui; et moi, au contraire, je ne découvre les vôtres qu'à vous seul, et jusques à présent jë les al toujours dissimulés aux autres autant que j'ai pu, et les dissimulerai toujours à l'avenir, aiin que vous puissiez plus &cilement sortir dé votre maladie, et revenii* en votre bon sens , pourvu toutefois qu'il y ait encore quelque espérance de giiérison: car si vous persévérez dans votre mal, de peur d'être blâmé
d'avoir autrefois contracté amitié avec un honutae
de votre, humeur, et de passer pour un imprudent dans le choix que je fais de mes amis , je serai contraint de vous abandonner, et de m 'excuser pubUquement, eu faisant savoir à tout le Tr|^nde de quelle façon , par une simple rêncontre et sans aii* • cun choix, j'ai contracté habitude avec vous, pour m'étre rencontré par hasard éh garnison àâm une ville frontière', où je ne pus trouver que vous seul qui entendît le latin. £t je ne cèlerai point que pour lors je ne connus pbink votre mal, peutêtre à cause qu'il n'était pas si grand , ou bien à cause que sachant de quel pays vous étiez j et comment vous aviez été élevé , tout ce que vous faisiez de mal devant moi, je l'attribuois^ plutôt & . rusticité et à ignorance qu'à une telle maladie. Enfin, j'ajouterai comment, après l'avoir connue, j'ai tâché de vous eu guérir par 11^ iremédes très salutaires. Et en vérité c'est ce que je souhaite, aimant beaucoup mieux que vous vous laissiez guérir que d^étre obligé d'en venir à ce point; et si vous le faites ) je n'aurai point de honte de me ' diré votre' ami, et vous ne vous repentirez point d'avoir reçu cette lettre et cet avis.
17 octobre i63o.
' • A Breda. »
$ Il
AU R. P. MERSENNE '
• # * , (LettveGi du toine IL)
Je ne reçois jamais de vos lettres que ce ne soient de nouvelles obligations que je vous ai , et que je n'y reconnoisse de plus en plus le bien qqe vous me voulez ; je suis seulement marri de n^avoir pas tant d'occasions de vous servir ici où je suis , comme v^iis en avez de m'obliger là où vous êtes. Je regrette les quinze jours- que vous avez été trop tôt à Liège *; nous eussions bien pu nous promener durant ce temps-là. Pour votre fortuné d'Anvers, je ne la trouve pas tant à plaindre y et je crois qu'il est mieux que la chose se soit passée ainsi que si on eût su long-temps après que vous étiez venu en ces' quartiers^ comme il étoit malaisé qu*on ne le sût.
Pour M. je ne sais s'il ne nous veut point un peu de mal, à mon occasion, aussi bien que fait
^ « Getfe lettie est écrite dans le iiioi*\de wfvtmitin i63o. Vojes le » f^qport cpi'elle a tnc la ift'.de ce toI. » • * « Foor kt eanx de Spa. >»
LETTRE^. lÔJ
le sieur N,, quoique ce soit sans que je lui en aie donné aucun sujet : mais il m'a fait réprimande eu cdie que je vous ai mandé qu'il m'avoit écrite, où, entre autres choses, il met ces mots : C unique Mn^ennuê tuus totau diez in likro tmo manmcripto ' versaretur, atque in eo pleraque ^ quœ tua esse existi» mabat^videretf et ex Umpore iliii addito, de illorum ^ aulkore m$rilo dubittti^ f id guod res erat, iUi tibe^ rius fortassis j quant tibi aut illi placuit, aperui. Ce' mot seul a été cause que je lui ai bàt réponse; car sans cela je n'en eusse pas pris la peine; et je l'ai commencé en ces termes; Multum* aberras a vero, et maligne judieai de religiotiêêimi viri humanitate , si quid mihi de te a P. M. renuniiatum fuisse suspieérie } M ne plures àlios eogat eseuiare, eeire de-hes, me non eJfillo, nec ex ullo alio, sed ex tuis ipsis aifkifif^f^i* j ^U(E in te repreiwndo cognovisse, etc. Eiisaite|jèiiiî £ùs un long discours, où je ne parle d'autre chose que des impertinences qui sont dans les 4eniièri3» qu'il m'a écrites, les^elles je garde • avec les secondes réponses que*j j ai faites: car si j'écrivois jamais de la morale , et que je voulusse etjpliquer combien la sotte gloire d'un pédant èst ridicule , je. ne la saurois mieux repr^enter qu en
" >• Ce maupscrit n'étoit pM' Forigniiil dn pcdt Tnnté de It mtuiqae , » éoril de la nuiii de M. lîeecartee. *•
* « Celte lettre , dont il est ici perlé , &it la la* de ce yolnme. •*
l64 LETTRES.
Pour la distinction du retour de la corde, in jnineipium, médium, et fthem ou gùietem, l'^périence que vous me mandez de l'aimant suffit pour montrer que nuUa talis est quies $ c^r, si elle montre 9 comme vous concluez fort bien , que ce n'est pas l'agitation de l'air qui est cause du mouvement, il suit de là nécessairement que la puissance de se mouvoir est daÉs*la chose même, et par conséquent qu'il est impossible qu'elle se repose pendant que cette puissance dure; mais si la corde se reposoit après le premier tour, elle ne pourroit plus retourner d'elle-même comme elle fait, car il faudroit que la puissance qu'eUe a de se mouvoir eut cessé pendant ce repos.
Pour N. % il a bien tort de se plaindré des cartes . que je lui envoyois ; ce seroit à moi à m'ex) plaindre ^ à qui elles ont coûté de l'argent, et non pas à Jut, à qui elles n'ont rien coûté, et qui peut-être a feint ne les avoir pas reçues, de peur de m'en avoir obligation ; car on m'a assuré qu'elles avoient été bien adressées : mais 'ne serai pas marri qu'on sache que je vous ài lémcHgné que^c'étoit un homme de qui je fais fort peu d'état, d'autant que j'ai reconnu qu'il n'effectue jamais aucune chose de ce qu'il entreprend , et outre cela qu'il a Fâme peu généreuse. Il n'est pas besoin qu'on sache plus particulièrement en quoi j'ai sujet de le blâmer ,..pour€equ'îl
' ». Ferrier,
LETTRES. l65
ne me semble pas seulement digue que je oie iàche contre Itii : toutefois, si quelqu'un pensoit que j eusse tort, lui ayant autrefois témoigné de Tailection y de rabandonner mainteuant du tout, je vous écrivis une lettre lorsque vous étiez, je croîs, à Anvers, par laquelle vous me pourrez justifier s'il vous plaît. J'ai reçu une lettre du mésa^N., il y a huit jours, par laquelle il me convfe, comme de la part de M. de MarcheviUe, à faire. le voyage de Constantinople. Je me suis moqué de cela; car, outre que je suis maintenant fort éloigné du des-* sein de voyager, j'ai plutôt cru que c'étoit une feinte de mon homme, pour m'obliger à lui répondre, que non pas que M. de Marcheville, dé qui je n'ai point du tout l'honneur d'être connu , • lui en eût donné charge , connue il me mande : toutefois, si par hasard cela étoit vrai, ce que vous pourrez, je crois, savoir de M. Gassendi, qui doit fiûr^ le voyage avec lui, je serai bien aise qu'il sache que je me ressens extrêmement obligé k le servir pour les honnêtes. oUres qu'il me fait, et que feusse chéri une telle occasion il y a quatre ou cinq ans, comme l'une des meilleures fortunes qui m'éùssent pu arriver; mais que, pour maintenant, je suis occupé en des desseins qui ne me* la peuvent permettre; et M. Gassendi n^'obligeroit extrêmement s'il vouloit prendre la peine de lui dire cela de ma part, et de lui lénioignei i^ue je lui
l66 LETTRES*
suis très humble serviteur. Four^NM comme ce n*est pas un homme sur les lettres de <juî je me voulusse assurer pour prendre quelque résolution, aussi n'aî-je pas cru lui devoir faire réponse. Je serois bien aise que vous fassiez voir à M. Gassendi cette partie de ma lettre, et que vous l'assuriez que je l'estrtne et honore extrêmement. Je lui eusse écrit particiflièrement pour cela, si j'eusse, pensé que ce qti*on me mandoit fut véritable : au reste, je serois bien aise qu on sache que je ne suis pas, gr&ces à Dieu , en condition de voyager pour chercher fortune, et que je suis assez content de celle que je possède pour ne me mettre pas en peine d*en avoir d'autre; mais que si je voyage quelquefois, c'est seulement pour apprendre, et pour contenter msL curiosité. Si vous voyez le père Gibieuf ^ vous m'obligerez extrêmement de lui témoigner combien, je l'estime,, lui et le père Gondran , et combién je vous ai témoigné que j'appfotkv#is et suivois les opinions que vous m avez dit être dans son Uvre; lùais que jé ne ,lui en ai osé écrire, pourceque je suis honteux de ne l'avoir encore pu recouvrer pour le lire, n'en ayant eu des nouvelles que depuis que vous avez été hors dé Paris : je ne serois pas marri qu'il sache aussi plus particiihèrement que les autres que j'étudie à quelque autre chose qu*à l'art de tirer des armes. Pour les autres vous m'avez .obligé de leur parler ainsi que vous
LBTTftBS. 167
avez bit* Je ne me saurois imagiiier qu'en ce que TOUS me mandes de la duplication du cube , il puisse y avoir de quoi s'arrêter une demi-heure;, car si on la veut démontrer par les solides, la tliose est possible, coiiirae vous savez que j'en, ài autrefois £ut Toir la construction k M. Hardy et à M. My^ dorge , laquelle M. Myd<Mrge a fort bien démontrée; mais si on la pense trouver autrement, il est certain qu'on se méprend. AL N. a tort s'il s'ofifense de ce que j'ai plutôt écrit à M. N. qu a lui , car je sew iNen aise qu'il sacbeque ce n'est pas toujours è^ux que j'estime et honore le pins, à qui j'écris M plus, et^que j'ai quantité de proches parents et titilÉèv/paKticQliers amis à qui je n'écris jamais , et qui je m'assure ne laissent pas de maimeç, d'autMiUfiii iifi ^vent bien que cela n'empécbe pas que je ne fusse toujours prêt de les servir si j'en avbis ies. occasions t et qu'il doit croire le semblable; flMiîs que pour des lettres de complhnènt^ il me faudroit avoir un se(^ét2^re à mes gages si je vou- .lois écrive à tous cen «{ne j'estime, et que j^ pense
être de mes amis. J'ai écrit audit sieur N. ' pour l'inciter à travailler aux verres , et poiu* lui donna: de petites commissions k Paris, desquelles je n'eusse jpas vquIu importuner AL ^ J'ai qu^n-
* « Fenieiu »
• « Cette lettre est le i ot^ da 3*^ vol. , d*oà M. CleiMlier a ratnnclié » tout ce qjoà ne r^wdoit point ïn ectencw , et-dans laquelle M. Oescarles
i68 LETTRES.
tité d'amis qui devroieat s'offenser par même rai^ son , s*ib savôient que jè veux bien écrire à mon petit laquais, et que je ne leur écris pas , et vousmême vous devriez vous ottewfk deœ que j'ai écrit à M. N. avant que de vous écrire. Pour les modèles qu'il se repeut d'avoir taillés, ne craignez pas qu'ik manquent à la postérité , car il verra non seulement, qu'on n'en aura que faire, mais qu'il seroit même impossible de s'en servir.
Je ne pose pas comme principe que, grave sibi imprimii motum primo momento, mais comme une conclusion qui se tire néoès^rement de cer^ tains principes qui me sont évidei^ts, bien que je vous^aie dit plusieurs fois ne les pouvoir -expliquer sinon par un long discours , lequel je ne ferai peut» être de ma vie ; et c'est ce qui m'obligea à Êdre sour vent difficulté de vous. mandep mes opinions; car je ne les écrirois jamais, sinon que je vous honore trop pour refuser aucune chose que vous désiriez» J'estime fort l'expérience de l'aimant que vous m'apprenez, et je. juge bien qu'elle est véritable; elle s'accOTde entièrement aux raisons de mon monde , et me seryira. peut-être , pour les conârr mer. Je suis , etc*
n «voit inséré plnaienn petites comminiaps gai loi importoioit, et aox- *» quelles M. Ferrier aégl%ea de MtiifidM. ComiMres 4Mtt «ndcirift avee b • page $»4deoeMooiidvoIiine,ettoiitceIa«'eoeNdeparfidte^^
( Lettre 6a du tome II. )
MOffSIEURy
Je vous assure que je n'ai point eu dessein de .vous £adre aucun déplaisir , et que je suis tout aussi .prêt de m'employer pour vous , en ce qpi sera de mou pouvoir, comme j'ai jamais été; mais j ai discontinué de vbjw écriFe, pouroeque j'ai vu pariexpérience que mes lettres vous étoient dommageables-, et vous donnoient occasion de perdre, le temps*. J^ar mandéà un de mes amis ce que je reconaois&ois de votrp humeur , pourceque, sachiuit que vous -aviez accoutumé de vous plaindre de tous ceux qui avoient tâché de vous obliger, jV> tois bien aise , si vous veniez quelque jour, à vous plaindre de moi, qu'iine p^^onnç de 'son mérite
» « Cette lettre est écrite à M. Ferricr , au milieu de décembre i.63o. *• Voyez le 3^ vol. des Lettres, depuis la 98 jusqu'à la io3. »
• U Réponse «a paqnet adressé par Gassendi à Renevi, poar M. Dean cartel j «oatniaiit des prièNs et KeuuiaMmdetiom pour il. V^enier. Yf^ez » le iioavcin cellier, pi|p 1 1. »*
et de sa condition ' pût rendre témoignage de la vérité. Je Fai aussi averti de ce que vous m'a\iez écrit de lui , et lui ai fait voir votre lettre ; car étant témoin des obligations que je lui ai , et sachant très certainement que vous ne le blâmiez que pour me prévenir et m'empécher de croire les vérités qu'il me pourroit dire à votre désavantage, desquelles toutefois il ne m'a jamais rien appris , j'eusse cru commettre un grand crime et me rendre •complice de votre peu de reconnoissance si je ne l'en eusse averti. Mais puisque je tiens la plume, il faut une bonne fois que je tâche à me débarrasser de toutes vos plaintes, et à vous rendre compte de mes actions. Si j'eusse dès le commencement connu votre humeur et vos affaires, je ne vous aurois jamais conseillé de travailler à ce que j'avois pensé touchant les réfractions; mais vous savez qu'à peine vous avois-je vu une ou deux fois, quand vous vous y offrîtes, et pourceque j'eusse été bien aise d'en voir l'exécution, je ne crus pas avoir besoin de m'enquérir plus diligemment si vous en pourriez venir à bout , et ne fis point de difficulté de vous communiquer ce que j'en savois; car je jugeois bien que c'étoit un ouvrage qui requéroit beaucoup de peine et de dépense; mais souvenezvous, s'il vous plaît, que je vous dis alors distinctement qué l'exécution en seroit difficile, et que
' « M. Mycloigc. »
je vous assurois bien de la vérité de la chose , mais que je ne savois pàs si elle se |!»ouvoit réduire en pratique, et que cetoità vous d'en juger, et d'en chercher les inventions : cë que je' Vous disois expressément, afin que si vous y perdiez du temps, comme vous avez fait , vous ne m'e^n pussiez attribuer la &iiteni vous plaindre de moi. Depuis , ayant connu les difficultés qui vous av oient arrêté, et ayant pitié du temps que vous y aviez inutilement employé , j'ai pour l'amour de vous abaissé ma pensée jusques aux moindres inventions des mécaniques; et lorsque j'ai cru en avoir assez trouvé jj^btii* fiiirè que la chose pût réussir, je vous ai convié de venir ici poar y jtravailler, et me suis offert d'en faire toute la'dépense et que vous en auriez tout le profit s'il s'en piopvoit retirer. Je ne vois pas encore que vous pui^ei^^MÉis plâindre de moi jusque là. Lorsqiie vous m'eûtes mandé que vous ne pouviez venir idi^iM^ vxnis conviai phis d'y travailler, au dontraire je vous conseillai expressément de vous èriiployer aux choses qui vous apporteroient du profit prélittlt, sans vous repaître dé vaines esprérances. Par après, jugeant par vos lettres que ce que je vàài'ii^dm écrit de venir ici tous avoit diverti de •vos autres ouvrages , et que vous sembliez vous y prépar#, encore que cela vous fùtimpossiblje, afin que vous ne traînassiez pbint deux ou trois aAts', suivant votre humeur, en cette vaine espérance.
l']2 LETTRES.
et qu'au bout du compte, si je n etois plus disposé à vous recevoir , vous ne vous plaignissiez pas de ce que vôus voi^ y ^eriestf préparé, je vous mandai que vou$ ne vous y attendissiez plus, doutant que je sârois peut-être prêt à m'en retourner avant que
vous fussiez prêt de venir; et, pour vous en ôter le désir, je vous écrivis une partie de ce que j'avois pensé et m'offris de vous aider par lettres autant que j'en serois capable : mais , si vous y avez pris garde, je vous avertissois pat les mêmes lettres que vous ne vous engageassiez point à y travailler si vous n aviez beaucoup de loisir ^ et de commodité' pour cela, et que la chose seroit longue et dlfiiciie. Je ne veux pas m'enquérir de ce.que vous
^avez fait depuis, car si vous av^ plus e3timé mes inventions que mon conseil, et que vous y ayez travaillé inutilement, ce n'est pas ma £aiute, puisque Yous ne m'en àvez pas averti.
Vous avez été ensuite de cela sept ou huit mois
'sans m'écrtre; je ne vous en veux point dire la cause, car, vous ne la pouvez ignorer, mais je vous prie aussi.de croire qu.e je l'ai bien sue, encore que personne autre que vous ne ine l'ait apprise , et toutefois que je ne m'en suis jamais mis en colère, comme vous vous imaginez. J'ai seulement eu pitié de voir que vous vous trompjfz vousmême; et pourceque mes lettres vous en avoieat donné la matière , je ne vous ai plus voulu écrire.
Vous savez bien que si j avois eu dessein de vous nuire,- je l'aurois fait il y a plus de six mois, et que si un petit mot qu'on a vu de mon écriture vous a fait recevoir du déplaisir, mes prières et mes raisons et TassisCance de mes amis n'eussent pas eu moins de pouvoir. Je vous assure de plus qui! n'y a pertonne qui m'ait rien mandé à votre désavantage , et que celui ' que vous blâmez de vous avoir prié que vous lui fissiez voir mes lettres, ne l'avoit point &it par une vaine curiosité comme vous dites , mais pourceque je l'en avois très humblement supplié , sans lui en mander la raison, et qu'en cela même il vous pensoit faire plaisir ; mais, afin . que vous ne preniez pas occasion de àùre que j'aie des soupçons mal fondés et que je me sois trompé en mon jugement, je vous prie de £ûre vdir ces mêmes lettres que je vous avois écrites il y a quatorze ou quinze mois , à ceux à qui vous avez donné la peine de m^écrice ; elles, ne contiennent rien que je désire que vous teniez secret, comme vous feignez; et si j'ai quelquefois fait difficulté de le dire à d'anUres , c'a été purement pour l'amour de vous : mais vous savez bien que ceux à qui je vous prie de les montrer ne vous y feront point de tort, et après les avoir vues, s'ils trouvent que j'aie £aiilli en quelque chcfse, et que j'aie eu autre opinion de vous qnv je ne devois, je m'oblige
t m Henenne. «•
de vous faire toutes les satisfactions qu'ils jugeront taisonnables. Je suis, etc,