IL
Mon révjékend père ,
Je ne vous écrirois point à ce voyage , si je n'a
vois peur que Vous le trouvassiez étrange comme à l'autre fols , car je n'ai guère de choses à vous mander; mais je vous supplie très humblement , une fois pour toutes, de vous assurer qu'il n'y a rien au monde capable de changer ni d'altérer le désir que j'ai de vous servir , et que je ne crois jamais au rapport de personne , en ce qui peut tourner au désavantage de mes amis /si ma propre expérience ou des démonstrations infaillibles ne m'assurent de la même chose. Ybus pouv^
I Première mahi: « x63o , juia. » — > Seconde main : « lo janvier «» l63i. Voyez la page 1 1 du Doave«a cahier. »
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^gO LETTRES.
avoir remarqué comment je me suis gouverné en- ^ vfers le sieur N.Vaï^qwel i« e'ai témoigné aucun refroidissement, jusques à ce que ses propres lettré m'en donnassent juste occasion , quoique je fi^se d'ailleurs très assuré de la vérité; et vous coniioissiez bien un autre homme % avec qui je fais 'encore profession d'amitié,, bien que, sans compter ce que vous m'avez écrit, trois autres personnes différentes m'ont assez mapdede ses nouvelles pour nie donner sujet de m^ii plàindiré. Au reste, ne pensez pas que j'écrive ceci pour faire aucune comparaison , mais seulenïent pour vous assurer que je ne suis nullement soupçonneux, ni de facile créance, et que ceux qui me font l'honneur de m'aimer véritablement se' doivent assurer qu'encore .que tous les hommes du monde joae témoignassent le contraire, ils ne seroient pas suffisants pour me le persuader , ni empêcher de leur rendre le réciproque. Mais vous savçz combien je suis négligent à écrire; et si j'y manque une autre fois, comme je ferai, s il vous plaît, bien souvent, quand je n'aurtfi pas asse^ de matière pour r^plir le papier, et qu'il n'y aura rien de pressé, je vous supplie et vous conjure de croire que je ne laisserai pas pour cela d*étre parfaitement votre serviteur , de vous honorer, et de me ressentir votre obligé toujours de plus en phis.
■ « Fenier. » — * «Beceoifttt, fitrtMf* »
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LST7ESS. l8l
Je vous dirai que je suis main tenant après à déméier le chaos pour en &ire sortir de la lumière, qui est l'une des plus liantes et des plus difficiles matières que je puisse jamais entreprendre, car toute la physique y est presque comprise. J*aî raille choses diverses à considérer toutes ensemble, pour trouver un biais par le moyen duquel je puisse dire la "vérité sans étonner l'imagination de personi^,,*m choquer les opinions qui sont Gommiinément reçues: c'est pourquoi je' désire prendre un mois ou deux à ne penser à rien autre diose. Cependant, toutefois, je ne laisserai pas d'être bien aise de savoir ce qu'auront dit de mes lettres ceux à qui j'écrivis dernièrement, et aussi M. Mydorge, k qui j'avois écrit auparavant; et de quoi vous ne me mandez rien en votre dernière; mais si quelqu!un m'écrit encore par hasard, je ne suis pas résolu de leur finre réponse, au moins de long-temps après, et ils pourront excuser ce retardement sur la distancé des lieux, d'autant qu'ils ne savent pas où je suis.
Pour les lignes dont vous m'écrivez, je ne sau-r rois m'exempter d*en parler sufiisamment en mon traité; mais ce^est si peu de chose, que je m'étonne qu'il y àh, quelqu'un qui pense que les autres l'ignorent: c'est une grande marque de pauvreté que d'estimer beaucoup des choses de si peu dé valeur, et qui.iie sont pas rares à çaus^ qu'elles
l8d LETTRES.
sont difïiciies, mais seuieiiieut à cause quil y a peu de gens qui daigiieiit prendre la peine de les chercher. Pour le livre à tirer des armes, il est de plus d apparence que d'utilité; car encore que l'art éoit 'très bon , il n'y est pas toutefois trop bieii expliqué : les libraires en paient ici cinquante francs sans être reliée et je n'en donnerois pas un lésion pour mon nsage. Je ne pense pas qu'il faille croire ce que vous me mandez du diapiant.
Je n'oserois'Yous prier de voir M. le cardinal de Baigné à mon occasion, car je ne suis pas assez familia* avec lui poûr cda; mais si vous lui parties par quelque autre rencôntre, et que cela vînt à propos, je ne serois pas marri que vous lui témoi-
gnassiez que je l'honore et l'estime extrèaœnient.
J'avois oublié à lire un billet que je viens de trouver en votre lettre, où vous me mandes avoir envoyé ma lettre à M. Mydorge, et que- vous désirez savoir un moyen de faire des expériences utiles. A cda je n'ai rien à dire après ce que Veruiamius eu a écrit, sinon que, sans être trop curieux à rechercher toutes les petites particularités touchant une matière, il faudroît principalement^ iaire des recueils généraux de to^s les choses les plus communes, et qui sont ti^s cÉrtaines, et qui se peuvent savoir sans dépense : co^me que toutes les coquilles sont tournées en même sens , et savoir si c'est te même aù-deli de l'équinoxial ; que le
DiyitizoQ by ^OOglc
LETTA£$. \bj
corps de tput les animaux est divisé en trois parties, eaputj pectus, çt ventrem; et ainsi des autres, car ce sont celles qui servent ii(ifailliblement en la recherche de la vérité. Pour les plus particulières, il est impossible qu'on n'en fasse beaucoup de superflues et même de &nsses, si on ne connoit la vérité des choses avant que de les faire. Je suis, etc.
AU R. P. MEKSENNE-.
' (LeUre 66 du tome 11. )
J'ai enfin reçu les livres que vous m'avez lait la bveur m'éi^TOyer, ^ vous en rémmâe très humblement : je n'ai encore lu que fort peu de celui du père Gibieuf , mais j'estime grandement
* « Cette lettre est collationnée sur roriginal des m^nscrits de la Hire. » Plus bas ; <• Cette k-ttre est la 6*^ des manuscrits de la Hire. La date étoil
déchirée. Je la tieus écrite le i 3 janvier i63i , y étant beaucoup parlé du présent du P. Gibieaf à M.< Q., de SOU livre imprimé vers le milieu de Tannée x65o. .Voye» le Mm?ea«jMliier. » ~BeMiofMip 4® correction* et d'additio^. ' .
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ce que j'en ai vu, et souscris tout-à-feît à son opinion. M. R. m'a prié de le lui prêter, ce qui m'a empêché de le lire tout entier; aussi qu'ayant maintenant l'esprit rempli d'autres pensées, j'ai cru que je.ne serois pas capable de bien entendre cette matière, qui est à mon avis l'une des plus hautes et des plus difliciles de la métaphysique. Si vous voyez le père Gibieuf , je voUs prie de ne lui point témoigner que j'aie encore reçu son livre, car mon devoir seroit de lui écrire dès maintenant pour Fen remercier; mais je serai bien aise de différer encore deux ou trois mois, afin de lui apprendre par même moyen des nouvelles de ce que je teis^ J'ai lu le livre. des trente exemplaires^ mais je. l'ai trouvé bien au^dessous^de ce que je m'étois ima-^ giné ; et je n'ai point de regret de ne Favoir point reçu plus tôt, car aussi bien n'auroi^-je pas voulu prendre la peine de le réfuter. J'ai trouvé les odes pour le roi fort bien faites, et j'estime fort le dessein de la Bibliothèque univertielle car je m'iina'<gine qu'elle ne servira pas seulement -à ceux qui veulent lire beaucoup de livres % mais aussi à ceux, qui craignent de perdre le temps à en lire de mail-' vais, pourcequ'elle les avertira de ce qu'ils contiennent.
'Je viens maintenant à vos autres lettres : toutes
* U»rei» du nomàre desquels vous sopeziguéfe ne suit pas,,*,
• Fous me mandez fue je la donne à U. Haaendoue^ inais û tfestftn
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LKTTRES. l85
les questions que j y trouve se rapportent à deux, à savoir, à supputer la vitesse d'un poids qui descend, et à coiuioître quelles consonnances sont* les plus douces. Pour la façon de calculer cette vitesse, que je vous avois envoyée, vous n'en devez faire aucun état, car elle suppose deux choses qui sont certainenient fausses, à savoir qu'il y ait un espace tout-à-fait vide, et que le mouvement qui s'y fait soit, au premier instant qu'il commence, le plus tardif qu'il se puisse imaginer, et qu'il s'augmente toujours par après également. Mais, quand cela seroit vrai, il n'y a point de moyen de l'expliquer en d'autres nombres que ceux que je vous ai envoyés, au moins qui soient rationaux; et je ne vois pas même qu'il soit aisé d'en trouver d'irrationaux, ni aucune ligne de géométrie qui en explique davantage.
Pour ce qui est de la vraie proportion selon laquelle s'augmente et diminue la vitesse d'un poids qui descend dans l'air, je ne la sais pas encore. Il me faudra dans peu de join s expliquer la nature de la pesanteur dans mon traité; si en l'écrivant je trouve quelque chose de cela, je vous le manderai.
encore de retour d'Ângîetene. Vous m^écrit^ez aussi d'une vie de sainte Éiisabeth que 'vous envoyez à M. Reneri pour faire imprimer ; il ne m'en a rien mandé. Mais j'espère le voir ici dans quelques jours ; et s'il faut quelque argent pour cela, je ne manquerai pas (Tjr répondre ou de l'avancer ^ ainsi qu''il sera de besoin. Je -^^is. . .
lS6 L£TTA£S.
Ce que vous demandez d'un levier qui descend est quasi U même chose que des autres poids*
£d quelque façon qu'on conçoive le vide, il est certain qu une pierre qui s'y meut doit aller plus ou moins vite, selon qu'elle aura été poussée avec plus ou moins de force; et que, dans l'air, ce qui la fait aller plus loin une fois que .l'autre, c'est que l'impression qu'elle reçoit (c'est-^-dire la vitesse du mouvement qu'elle a en sortant de la main de celui qui la jette) est plus grande:.
Touchant la douceur des consonnances, il y a deux choses à distinguer, à savoir, ce qui les rend plus simples et accordantes, et ce qui les rend plus agréables.à Toreille : or, pour ce qui les rend plus agréables, cela dépend des lieux où elles sont einployées ; çt il se trouve des endroits où les fausses quintes et autres dissonances sont même plus agréables que les consonnances, de sorte qu'on ne sauroit déterminer absolument qu'une consonnance soit plus agréable que l'autre. On, peut'Seulement dire que, pour l'ordinaire, les tierces et-lessextes sont plus agréables que la qu^te; que, dans les chânt8gais,lestieroesetlessextesmineium sont plus agréables qûe les majeures, et le contraire dam les • tristes , etc. , pourcéqu'iL se trouve plus d'occasions •où elles y peuvent être employées plus agréablement: mais . on. peut dire absolument lesquelles sont les plus -simples euJes plus accordantes, car
ûiyitizea by ^OQgle
cela ne dépend que de ce que leurs sons s'unissent davantage Fun avec l'autre, et qu'dies approchent plus de la uature de l'unisson; en sorte qu'on peut dire absolument que la quarte est plus accordante que la tierce majeure, encore què pour l'ordinaire elle ne soit pas si agréable; comme la casse est plus douce qtie les olives, mais non pas si Agréable au goût. Et pour entendre ceci bien clairement, il £iut supposer que le son n'est autre chose qu'un certain tremblement d'air qui vient chatouiller nos oreilles, et que les tours et retours de ce tremblmmit se fimt d'autant plus vite que le son est plus aigu; en sorte que deux sons étant à l'octave Tun de l'autre, le plus grand ne fera trembler l'air qu'une fois, pendant que le plus aigU le fera trem-^ bler justement deux fois, et ainsi des autres couséfliariÉiÉi£afin il faut supposer que lorsque deux sons Aappent l'air en même temps, ils sont d'au*-' tantj plus, accordants, que leurs tremblements se rencoi^ent plus souvent l'un avec l'autre , et qu'ils causent moins d'inégalité dans le mouvement du c<»rjis de l'air, car en tout ceci je crob qu'il n'y a rien qui ne soit véritable'. Maintenant donc, pour voir à l'œil quand les divers tremblements de deux sdlifM&omméncent ensemble, mettons des lignes pour Ja durée de chaque son , et y faisons des di-
' Toi abusé ici du mot de tremblemeut , que je prends pour chacun dés coups OH petites secousses que se meut le corps qui tremble.
l8S L£ïïa£i>.
visions suivant la durée de chacun de leurs tremblements. Par exemple, la ligne^A me représente un son d'une octave plus bas què oelui qui est représenté par la ligne et par conséquent, chaque tremblement dure deux fois aussi IcHig-temps; j'y fais donc des intervalles deux fois aussi grands, comme TOUS voyez : et C, au contraire, me représente la durée d'un son qui est d'une octave plus haut ; c'est pourquoi j'y fais les intervalles de la moitié pl^s. petits. Je prends, après, qui fait la quinte avec C, et la 1 2 et 19 avec B et A; item E, qui £ait les 4» i\ et 18 avec C,B,A; et F, qui £ut les 3, 1 o et 1 7 majeures avec C,B>A ; et j'y marque les intervalles à l'avenant, ainsi que. vous les voyez mis en chiffres ' : et il est évident en . cette table que les sons qui font les octaves sont ceux qui s''accordent le mieux l'un avec l'autre; ceux qui "font les quintes les suivent^ les qiiartes après,* et <:eux des tierces sont les moins accordants de tous. Il est évident aussi que D s'accorde mieux avéc.B, qui est la 1 a , qu'avec C, et qu'F s'accorde mieux avec A qu'il ne fait avec B ni C; mais on ne peut pas dire qu'£ s'accorde mieux avec l'un des irois, Â,B,G, que ne fait D, ni F mieux qu'£, etc. Vous pouvez àssez de ceci juger le reste. Je ne sàïs pourquoi vous pensez que je tiens que - les trend>le*
* « Après ce mot enclùffres il fyC mettre cette figore* qoi cKA aiiui dans rorigual de M. de la Hire. • Vo;e« figure ao.
L9ÙTTRBS. 1S9
nicnts de la quinte ne se rapportent qu'à chaque sixième coup; car, si je l'ai écrit> c'est €nror eaiand, et je ne l'ai janiais conçu autrément qu'il est uiis ici. Je suis, etc. '
JUGUUUIT DK M. 0£$CA&TES DS QUELQUES UETTUS DK BAUCAC.
(Lettre 100 du tome I. Version.)
Quelque dessein que j'aie en lisant ces lettres , soit que je les lise pour les examiner, ou seulement pour me divertir, j'en retire toujours beaucoup de satisfaction ; et, bieu loin d'y trouver rien qui soit digne d'être repris , parmi tant de belles choses que j'y vois , j'ai de la peine k juger quelles sont celles qui méritent le plus de louange, hsk pureté de l'élocution y règne partout, comme £dt la santé dans le corps, qui n'est jamais plus par- £ûte que lorsqu'elle se £aât le n^olns sentir. La grâce et la politesse y reluisent comme la beauté
> Cette lettre n*est datée ni dans rimprimc m dans les notes manuscrites de ^exemplaire de la BibliothèqniS; mais comme elle se npÎMirte à BtiiMy je la pUMM«T«c les deux, lettres qui loi aont adraaaéet.
igO LETTRES.
dans une feimne parfiiitement bdle , kicpidle ne
consiste pas dans Téclat de quelque partie en par- ' ticuU^ , mais dans un accord et un teiopérament si juste (le toutes les parties ensemble , qu'il n'y en doit avoir aucune qui l'emposte pjarTdessus les autres , de peur que la proportion n'étant pas bien gardée dans le reste , le composé n'en soit moins parËaiitv Mais comme toutes les parties qui ont quelque avantage se reconnoissent facilement parmi les, taches qu'on a coutume de remarquer dans les beautés communes , et même qu'il s'en trouve quelquefois parmi celles où nous remarquons des dé£aiuts 9 qui sont dignes de tant de louanges que par là nous pouvons juger combien seroit grand le mérite d'une beauté parfaite, s'il s'en rencontroit dans le monde ; de même , quand je considère les écrits des autres, j'y trouve souvent à la vérité plusieurs grâces et ornements dans le discours, mais qui ne sont point sans le mélange de quelque chose de vicieux ; et parceque ces pièces , toutes défectueuses qu^elles sont , ne laissent pas de mériter quelque approbatio;i , je connois par là très clairement l'estime que je dois £sdre des lettres de M. de Balzac , où les grâces se voient dans toute leur pureté. Car s'il y en a de qui le discours flatte quelquefois l'oreille , parceque les termes en sont choisis, les mots bien arrangés, et le style diffus, là aussi le plus souvent la bassesse des pen-
sées répandues dans, un vaste discours satisiiait peu Fattention du lecteur, qui ne trouve ordinairement que des paroles qui ne renferiiieiit que très peu de sens ; et si d'autres au contraire, par, des mots fort signiSk^tife , accompagnés de la richesse et de la sublimité des pensées , sont capables de contenta les plus grands esprits , souvent aussi un style trop concis et obscur les lasse et les fatigue.; que si quelques autres , tenant le milieu entre ces deux extrémités, sans se. souder de la pompe et de Tabondance des paroles, se contentent de les faire servir, selon leur vrai usage , à exprimer simplement leurs pensées , ils sont si rudes et si austères, que des oreilles peu délicates ne les sauraient souffrir ; enfin , s'il y çn a qui, s'adonnant à des études plus faciles et plus enjouées , ne s'occupent qu'à la recherche de quelques bons mots et de quelques jeux de l'esprit , ceux-là pour l'ordinaire font consister mal è propos la politesse du discours ou dans la feinte maijesté de quelques termes abolis , ou dans l'usage fréquent de queiqués mpts étrangers , ou dans la douceur de quel<ques façons de parler nouvelles , ou enfin dans des équivoques ridicules, des fictions poétiques , des argumentations sophistiques , et des subtilités pué* riles : mais, pour dire la vérité , toutes ces gentillesses, ou plutôt ces vains amusements d'esprit, ne sauroient davantage satisfaire des personnes un
peu graves, ([ue les niaiseries d'un bouffon, ou les souplesses d'un bateleur. Mais^ ^laus ces épît^, ni l'étendue d*un discours très éloquent, qui pour^ roit seul remplir suffisamment l'esprit des lecteurs, ne dissipe et n'étouffe point la force des arguments, ni la grandeur et la dignité des sentences, qui pourroit aisément se soutenir par, son propre poids, n'est point ravalée par Tindigence des paroles; mais , au contraire, on y voit des pensées très relevées , et qui sont hors de 1^ portée du vulgaire, fort nettement exprimées par des termes qui sont toujours dans la bouche des hommes et que l'usage a corrigés : et de cette heureuse alliance des* choses avec le discours, il en résulta des grâces si faciles et si naturelles, qu'elles ne sont .pas moins différentes de ces beautés trompeuses et contrefaites, dont le peuple a coutume de se laisser charmer , que le tànt et le coloris d'une belle et jeune fille est différent du fard et du vermillon d'une vieille qui £ut Tamour. Ce que j'ai dit jusqu'ici ne regarde que l'élocution , qui est presque tout ce qu'on a coutume de considérer .dans ce genre d'écrire ; mais ces lettres contiennent quelque chose de plus relevé que ce <jui s'écrit ordinairement à des amis; et d'autant que les ar|[uments dont elles traitent , souvent ne sont pas ildoindres que ceux de ces harangues que ces anciens orateurs décla-^ moient autrefois devant le peuple , je. me trouve
obligé de direid qael<(Qe ehose €ki rate et eseel-
lent art de persuader , qui est le comble et la perfection de Téloquenee. Cet art, comme toutes les autres ehoses , a eu dans tous les temps ses vices aussi bien que ses vertus; car, dans les premiers siède» ou les komines n'étaient pas- enocm civi* lisés , où l'avarice et Tambition n'avaient encore excité aucune dissension dans le monde, et on la langue sans ancnne eontt'ainte soiToit les afiecv tions et les sentiments d'un esprit sincère et véritable, ily a euà la véritédans les grands hommes une certaine force d'éloquence , qui avoit quelque chose de divin, laquelle provenant de l'abondance du hon sens et du'zèledelh vérilé, a retiré des bois les hommes à demi sauvages , leur a imposé des lois , hm a £ût bâtir des villes, et qui' n'a pas éu pluâ^fMâÉ^iQiësance de persuader qu'elle a- eu celle de r^ner. Mais, peu de temps après , les disputes ArliMiRItÉet l'usage fréquent des harangues l'ont ' corrompue chez les Grecs et chez les Romains pMir YàtcAt' trof exercée; car de la bouche des sages , eHe esf passée dans celle dès hommes du commun , qui , désespérant de se pouvoir rendre jtaMee de l'esprit de tem audi«6tii«, eri H^èm^ plbyant point d'autres armes que celles de la vérité, oM iiÉf ieifièiirs au!K sopfaismes et aux vaines sùbfi'- Vtès ân Asooûrs; et , btën qu'itsf surpribsitot asses souvent l'esprit des personnes simples et peu pru-