BOSSE ET DESARGL'ES
voix aux nouveaux officiers qui doivent eslre eliis : yous obligerez toute la compatjnie. et en particulier Monsieur,
Vostre très-humble serviteur.
Le Brun.
Mais que peut on dire encore Je ces deux ou trois Messieurs d'avoir après ma sortie sous une fausse exposition dans une requeste présentée au conseil des finances, et sans m'y avoir l'ait appeler, obtenu le 24 novembre 1602 un arrest, qui me deffend de prendre la qualité d'Academiste en fait de peinture et de sculpture, n'y de faire aucune assemblée pour raison de ce, et lequel ainsi que j'ay dit, ils n'ont osé jusques à présent me faire signifier.
Quelques amis m'ont assui'é que cette brigue a esté jusques au point (jugeant encore d'autruy par elle mesme) de vouloir par force et contre tout droit, obliger de leurs disciples ou élevés (tjui avoieut fait une académie entre-eux sans leur permission) d'avoiier que c'estoit moy qui m'en esloit fait le chef, et bien qu'ils protestassent au con-
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traire, et mesnio avec serment, ils leur soi'itinrenl que cela estoit, et qu'ils ne seroient point receus à dessiner en l'Académie s'ils ne l'avouaient; ce qui m'a donné lieu de croire, que c'est sans doute sur cette chimérique pensée qu'ils ont obtenu cet arrest par surprise.
Or, ayant esté prié par de mes amis de rendre témoignage à la vérité, pour le bien de ces esludians ; j'écrivis une lettre h Messieurs de l'Académie, afin de désabuser ceux qui pouvoient en estre innocemment prévenus, laquelle avant que d'estre ouverte fut jettée au feu par un de ces téméraires entreprenans, qui prévoyait bien que son contenu ne pouvoit luy apporter et à sa cabale que de la honte et delà confusion, de sorte que sur ce procédé et cet arrest, je n'ay pu découvrir d'autre sujet qui peut avoir porté M. le B. de dire imprudemment à de ces amis et des miens, que s'il m'en eust voulu comme je croyois, qu'il avoit eu occasion et pouvoir de me faire incastrer.
Je laisse donc à juger quelle satisfaction peuvent avoir des personnes d'honneur, d'estre d'une compagnie ou communauté ou une seule et deux ou trois de brigue, disent et entreprenent de faire de telles choses et d'autres si opposées à ses sta-
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tuts et à ses ordonnances, sans aucun fonrlement.
Mais maintenant, ce qui doit satisfaire en quelque sorte ceux aiment la vérité, le scavoir et le bon ordre est l'espérance que par celuy qu'à présent Monseigneur Colbert y fait établir de jour en jour, ces cabalistes n'en useront plus de la sorte, quoy que l'on ne doive pas douter, qu'il n'y faille employer du temps, et surtout à y bien fonder les véritables et universels principes, règles et pratiques de ces deux beaux arts, sans lesquelles on ne peut faire d'excellens disciples et acaderaistes ; au lieu que sur les ouvrages et sur les raisonnemens de quelques-uns , bien qu'en quelque estime à présent, on y remarque des erreurs très-grossières contre les règles de l'art ; et ce qui m'a foit surpris est, que M. le B. ayant souvent dit que les règles de perspective estoient la raoinsdre partie de son artj que par ces œuvres on remarque qu'il en aye si peu de connoissance.
Mais pour faire, s'il se peut que le dit sieur et ceux de son party ne me croyent point d'humeur à leur en vouloir pour tout leur procédé contre moy, je les assure Dieu aydant qu'alors qu'ils voudront, soit en particulier ou en telle et si bonne compagnie qu'il leur plaira, s'edaircir des choses qui sont
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dans mes traitez, et aussi des erreurs qu'ils ont commises en plusieurs de leurs ouvrages contre les règles de leur art, non seulement en leurs premiers, mais aux derniers qui me sont connus, tant de peinture que d'estampes , exécutées sur leurs desseins ; je promets de les leur résoudre et monstrer cordialement et sans emportement, quand ils le désireront faire dans cet esprit.
Car je leur souhaite de cœur et d'affection, et principalement à M. le B (puisque la haute estime qu'il s'est acquise sur tout entre un grand nombre d'estudians, pourroit en quelque partie luy estre nuisible et à eux) qu'ils ayent du moins une connoissance en gros nette et distincte, à quoy doit servir pour les objets qu'ils veulent représenter en leurs tableaux et desseins; l'élévation de l'œil, la dislancCy et enfin leur dégradation perspective sur \q plan d'assiette ; puisque scachant ces choses et les pratiquant ; ils les y pourront placer convenablement ; et mesme s'il leur faut représenter des élefans, des chevaux, ou tels autres animaux qui paroissent tirer un char, ils n'y en mettront pas un si grand nombre de front, qu'ils soient obligez à cause de leur mauvaise position d'en oster la moitié; et que mettant aussi l'horizon ou point de l'œil
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bioii l)ns dans un tableau, composé de plusieurs Hgures humaines et autres; comme par exemple une bataille approchant de celle de l'Empereur Constantin, faite par R. d'Vrbix, si ils n'ont égard h cette élévation de l'œil et de dégradation perspective, ils tomberont dans l'erreur de représenter des figures humaines, des chevaux qui auront trois ou quatre fois plus de longueur et de largeur qu'ils ne devraient ; et mesnies qui montreront leur dessous au lieu du dessus, puis le coslo en place d'une partie du devant et du derrière ; et nombre d'autres fautes très considérables, dont lapins part sont collées en mon livre des Leçons, et auquel j'explique ce qui les a fait commettre, puis le moyen de s'en corriger.
Et arrivant encore qu'ils composent de ces tableaux ou desseins remplis d'objets pris des ouvrages d'excellens peintres, ils seront aussi assurez qu'il est dangereux d'en user ainsi, si l'on n'est entendu à les placer suivant lesdites sujet lions ; car bien que ce coppiement puisse estre pris sur de bons ouvrages, cela n'empeschera pas (|u'estauz placez inconsideremment en divers endroits de ces tableaux, qu'ils n'y fassent {li moins d'un exlrruie hazard) un très mauvais elfet.
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Or, toutes ces erreurs et inéprises ne sont pas dès je ne scay quoy d'optique^ ou de petites émissions de choses qui ne vont pas chercher le point de veuê, comme a dit cl écrit M. Felibicn, mais de très grossières, quoy quelles ne scient pas reconnues d'abord de tout le monde.
Mais scachanl Ijien et universellement les pratiques géometrales et perspectives, l'on évitera tous ces deffauts, et plusieurs autres amplement déduits en mes traitez, comme aussi ceux que j'ay remarquez en des thèses exécutées par d'excellens graveurs, sur les desseins de M. le B. qui est d'y mettre nombre de points de veiies en lieu d'un seul, puis des corps géometraux pour des perspectifs, et ensuitte des figures tant debout que couchées, ou de nécessité il faut supposer qu'il y eust des trous ou fosses faites exprès sur le plan d'assiette, et autres solides, pour y faire entrer ou loger une partie de leurs corps, jambes et pieds.
Et par ce que des personnes mal informées ont pu croire sur le rapport d'autruy, que feu M. DE- SARGUES et moy estions d'humeur à attaquer par écrit imprimé ceux qui n'aquiessoient pas à nos sentiments; je les prie de se souvenir qu'il n'y a rien de plus opposé à la vérité; car les affiches et
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Utiles ecrils de nostre pari, n'ont paru en public, qu'en suitte des affiches et libelles diffamatoires de nos envieux cachez, puis qu'ils n'y ont osé mettre leurs noms, à la reserve d'un des disciples de celuy qui ayant de propos délibéré malicieusement et à faux cilté il y a du temps, des erreurs dans les œuvres de feu M. DESARGUES et souvent dit, que quand mesme il n'y en aurait point, qu'il ne laisseroit pas d'écrire qu'il en avoit trouvé, lequel disciple a aussi témoigné avoir si bonne opinion de luy à l'exclusion des autres, qu'il a creu avoir du sens au delà des plus excellens géometies, architectes et peintres, tant anciens que moderne, ce qui lui a fait comme a son dit maistre innover des choses non seulement très faibles, mais aussi très fausses; et où à bien paru en cet art do pourtraiture et peinture sa foiblesse; c'est d'avoir averty ceux qui s'y veulent rendre scavans, de fuire les règles géometrales et perspectives, et d'avoir mesme inconsidérément avancé, qu'il n'y a que l'instinct seul du dessinateur et du peintre, qui doit agir dans ces ouvrages, et plusieurs autres choses aussi peu vrayes et raisonnaldes.
Et sur ce qu'il a imposé volontairement saus aucun sujel. en croyanl saus doute fort obliger
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quelques esprits semblables au sien, il pourra voir par cet écrit (s'il le désire) et par mon traité des leçons que j'ay données dans l'Académie, son imposition; quand il a désiré donner ti entendre que ce ([lù m'y avoit fait mal traiter, estoit d'y avoir voulu enseigner de folles, fausses et erronnées doctrines; qui est sans contredit juger de moy par lui mesme, puisqu'apresent, cela lui arriveroit, s'il osoit se trouver en cette Académie pour y enseigner celle qu'il a publiées, et de plus faire en sorte d'en tirer de pareils actes que les miens ; outre le contenu en mes lettres d'Academiste , pouvant avancer avec certitude que son maistre n'y luy ne surpendront jamais que les ignorans, par faire à l'occasion dix fois plus de propositions et de solutions géométriques qu'il n'en faut, pour ensuitte conclure par des faussetez.
Mais pour conclusion , je puis dire et prouver que feu M. DESARGUES et moy, avons esté les premiers qui ont donné au public les vrayes, faciles, promptes et universelles pratiques de perspective , conformes à celles du géometral ; tant pour tracer les contours des objets visibles de la nature, que ceux que l'on peut avoir dans l'imagination, avec les places de leurs jours, ombres et
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ombrages, et aussi la force et la foiblesse de leurs louches, teinles, ou couleurs, pour qu'elles expriment bien leur relief; et moy d'avoir esté le premier qui les ay expliquées dans ladite Académie quatre années de suitte graUiitement, à l'instante prière de ceux qui le l'ont composée les premiers, dont l'illustre sçavant et curieux feu M. de Charmois, en estoit le très digne et premier chef ou directeur; et que les députez pour cet effet, furent MiM. de Là Hyre et Bourdon, accompagnez de Mi\I. Testclin et du Grenier les ATs\EZ;ce que j'ai donc fait pendant ledit temps deux fois chaque semaine avec l'applaudissement de la compagnie, sans considérer quelques intéressez envieux qui proférèrent à tort plusieurs fois, que ces règles broililloit lesprit des élevés; et d'autres que c'estoit leur bailler des verges pour fouetter leurs maistres , et pour leur marcher sur les talions, puisqu'il y en avoit, disoient-ils, qui entrepreuoient deslors de gloser sur leurs ouvrages.
Mais pour rendre sur cela le droit à qui il appartient, j'excepte de se nombre audit temps M. Er- RARD, puis qu'un jour ayant assisté à quelques unes de mes leçons, il dit devant moy aux élevés ces mots : Messieurs, Messieurs, vous estes bien
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plus heureux que nous ii avons esté dans notre temps (festudc; d'avoir de telles règles et préceptes; aussi en devez vous profiter, et croire estre bien obligez à ceux qui vous les donnent, et qui vous les ont procurées.
Je liiiiray doue ce récit par celuy qui selou toute l'apparence eu est la cause, eu disant, quejen'ay jamais connu d'homme qui selon le monde, meritoit moins que l'on prist peine de l'éclairer sur les choses qu'il ignore, puisqu'il mon sens, il n'en recherche pas les moyens par les droites et légitimes voyes; ainsi que l'on peut avoir remarqué dans son procédé ; et eu vérité s'il y avoit lieu de se consoler, sur ce que je ne suis pas le seul qu'il a desobligé, j'en aurois de reste, car le nombre eu est très grand ; mais comme chrestiennement le mal d'autruy nous doit toucher, je concluray eu lui souliaittant une entière prospérité de tous ses bons desseins, jusqu'à quelque degré de perfection qu'il puisse arriver j'en seray ravy.
Bref, la lettre imprimée sans autre nom d'auteur que celuy d'écolier de l'Académie, distribuée chez M. le B. L'extravaganle copie de perspective du sieur I. le B dédiée à M. le Brun. Celle du R. P. B. A. mal nommé la perspective affranchie. Le faible li-
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belle du sieur C dit de F, et sa fausse et particulière pratifjue des jours et des ombres. Puis les ridicules énoncez dans les boufis écrits du sieur G. H. G. dit le P. G., ont estez autant de darls enflammez du malin contre nioy et nies écrits, que Dieu mercy j'ay repoussez et etains avec la seule vérité, ce qui comme je crois arrivera Dieu aydant à tous ceux qui en useront ainsi, et qui enflez de la bonne opinion d'eux mesmes, après qu'on les a instruits gratuitement, pavent d'ingratitude et de méconnoissance ceux qui leur ont fait ce bien.
Pai" Bosse en mars 1666.
ARCHITl-XTURE DE BOSSE.
Le traité d'arcliitccture de Bosse forme un volume in-folio contenant 02 planches avec des gravures entremêlées d'un texte explicatif. Cet ouvrage est un recueil de gravures exécutées par Bosse à différentes époques , comme l'indiquent diverses dates qui se trouvent sur les planches.
Il est divisé en plusieurs parties séparées et dont nous allons indiquer le contenu,
La r° partie, précédée d'une grayure en frontispice est paginée de I à XLIV et a pour titre :
TRAITÉ DES MANIERES DE DESSINER LES ORDRES DE L'aRCHH TECTVRE ANTIQVE EN TOVTES LEVRS PARTIES, ETC.
' Paris avec privilège (sans date, une des planches porte la date 1664.)
C'est dans cette partie que Ion trouve l'indica-
OG ARCniTLCTCllL DL BUSbL.
lioii de divers travaux d'arcliitedure de 1 luseution de Desargues.
La 2' partie, précédée comme la première d'une gravure pour frontispice, est paginée de A h V et a pour titie :
REPRÉSENTATIONS GÉOMETRALES
DE PLtSIERS PARTIES DE BASTIMENTS FAITES PAR LES REIGLES DE l'aRCHITECTVRE ANTIQUE, ETC.
Taris MDCLXxiMii (malsié celle Jale, il y a des planches porlant les dates de 1G62, 1661.)
On y remarque les planclies numérotées N, 0, P, Q qui donnent les manières de décrire les figures ovales droites et rampantes par points donnez et par arcs de cercles à deux on trois ouuerture de compas. Par Bosse, en janvier 16GI, avec privilège.
Les constructions géométriques et perspectives que Bosse donne ici, ont dû lui élre suggérées par Desargues qui vivait encore.
La planche P a pour titre : « Jîrrevrs que commettent dans la pratlique de la pcrspectiue plusieurs qui croycnt la bien sçauoir. »
On voit que cjtte critique s'adresse principale-
Aiicmii'CTLRi: i)i: bossi:. y"
iiit'iil h UJi sit'iir Piclieur, auteur <l un irùlU] do pcrspecli\o (lûdic à M. Le Brun , dans lc(|U(,l se trouve cclfc crrcui" d'avoir, dans la pei'sperlne d'une colonne, employé deux points de vue, <( qui est \nc très-grossiere erreur, en laquelle sont tombez et tombent tous les jours tant l'auteur dudit liure que celui à qui il le la dédié, et qui s'en est rendu protecteur. »
Il répond encore à l'erreur de ceux qui veulent ({u'une rangée de colonnes, mises en pej"specli\e tant à la droite qu'à la gauche du point de l'œil, soient toutes tracées rondes et d'un même demidiamètre, « ce qui est encore très-faux. i>
Il démontre que la perspective d'une sphère et de toute autre surface est l'enveloppe de celles de divers cercles tracés sur sa surface, et il ajoute cette phrase : <( Que quiconque conteste \ne proposition fondée sur la démonstration est ignorant ou malicieux, ou peut estre les deux ensemble, o 11 renvoie à sou traité des Leçons données à l'Académie royale de peinture, et il termine en di- « sant : Quoy qu'en ait escrit depuis peu \n parti- « culier sur la seule bonne opinion de luy mes- « me et contre les démonstrations d'vn très grand