‹ Œuvres. Réunies et analysées (volume 2)Chapitre 9 sur 54 · BOSSE ET D!:SAR(^,UES · texte numérisé non relu

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dit, il profera <l'un ton fort élevé; voila le livre dont il se faut servir pour ce qui concerne les choses dont nous devons traiter ; mais luy ayant reparty : Je crois, monsieur, que vous entendez seulement de ce qu'il y aura de bon, cela luy fit dire : Quoy de bon, croyez-vous qu'il y ait du mauvais? Et sur le champ luy en ayant fait voir des preuves, il fut fort surpris; ce qui me fit croire, qu'il n'avoit estimé ce traité, que sur un ouy dire, ou jugé, comme on dit, du procez sur l'étiquette du sac, qui est le titre et l'epistre liminaire, laquelle s'adresse à l'illustre et très sçavant premier peintre du Roy, feu monsieur le Poussix, et comme selon toute l'apparence un autre peintre de l'Académie, intéressé eu l'impression de ce livre, devoit estre de la partie, ledit sieur en sortit avec promesse d'y revenir avant que l'assemblée fusl finie, ce que loutefois il ne fit pas. qui fut un trait de sa prudence pour ne pas tomber en confusion devant elle.

N'ayant donc pas fort bien réussi en cette rencontre, on fit courir un bruit que j'avois mal parlé dudit traité de Vincy ; quoy que monsieur le Poussin eusl, ;i ce qu'ils disoient à tort, éclaircy tous les chapitres qui en avoieut besoin et que l'on assuroil aussi en estre plutôt le père que ledit de

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de Vincy, qui esl ce qui m'obligea d'en écrire audit sieur Poussin, à Rome, dont plusieurs de ses ouvrages m'empcschoient de croire ces discours, bien qu'ils fussent (irez de son epistrc liminaire.

Mais l'ordinaire suivant , monsieur Poussi.x m'ayant fail l'honneur d'une réponse, où il me remercie du jugement que j'en avois (ait en sa faveur et où ensuite il nio déclare ses sentiments sur le tout, en disant comme je l'ay dit ailleurs amplement; que tout le bon dudit traitt' se peut écrire sur une feiiille do papier en grosse lettre, et que ceux qui croyenl qu'il approuve tout ce qui y esl ne le connoissent pas ; j'envoyay aussi une coppie de cette lettre à monsieur le B., pour d'autant plus l'assurer de ce que je luy en avois dit, de laquelle pour remerciment je n'en ressus que réponse offensive.

Mon travail manuscrit desdites leçons estant finy l'ayant apporté en l'Académie, et en suitte leu à la compagnie, et fait en(endre en gros les principales figures, elle m'en remercia, et me pria d'avoir la bonté de l'aller expliquer en détail à nos élèves, et trouva mesme à propos que chaque leçons fust signée du professeur ou ancien qui seroit en mois à mesure que je les donnerois, atin que {comme je

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Jeuravois dit) si quelqu'un s'ingeroit de les rendre publiques et se les attribuer avant mon impression on peust faire voirie contraire, ce qu'ayant fait en présence de plusieurs de la compagnie qui voulurent encore y assister, monsieur Bourdon estant de mois signa la première leçon, laquelle estoit un discours de pn''paration aux élevés, pour celle ou il s'agissoit d'opperer de la main, qui est incerée audit Iraité des leçons à présent imprimé.

Ayant commencé dans le mois de monsieur Bourdon: le cours de ces leçons, ainsi que jel'avois promis à la compagnie, je creus estre oblii:é par référence ou civilité de luy demander si elle desiroit que les mettant au jour, ce fust comme un résultat de ses soins ainsi qu'elles avoient esté expliquées et signées, ou bien comme un des miens, lors que je n'estois point de leur corps; de m'en donner un ac'e en forme; et comme monsieur de R., le second directeur, me dit au nom de la compagnie présente, qu'elle n'y ayant rien contribué, je les pouvois faire imprimer eu mon nom seul, cela me fit repartir . que d'autant plus m'en dévoient ils donner un , puis qu'estant de leur corps j'avois esté obligé d'écrire et parler enpluiior, par nous, et non en singidier par nioy, ainsi que mes

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Icrous et leui's signatures en faisoient loy; et sur ce il ne fut rien résolu.

Dans une autre assemblée, cette question ayant de rechef esté agité, on me dit de les mettre ainsi qu'elles estoient écrites et signées, mais à condition d'en oster le nom de M. DESARGUES; proposition que je laisse à juger à qui le désirera et laquelle monsieur le B. prit la peine trois heures devant celle de l'assemblée, de me venir dire chez moy, que l'on me la pourroit bien faire ; et en cela il faut que j'avoue qu'il me dit la vérité, car elle m'y fut faite, mais il ne s'y trouva pas.

Donc sur cette proposition assez mal digérée, ils n'eurent de moy qu'un refus, et mesme un peu de blâme, puis qu'ils avoient choisi mon traité de perspective ou le nom de M. DESARGUES est au titre; et comme il se trouva que plusieurs de la compagnie traitèrent de ridicule celte poposition , sept d'entre eux me signèrent un acte, dont la copie est aussi à la lin de ces leçons, pour qu'elle ne leur pust estre imputée avec justice; lequel acte, la cabale essaya de ravoir dans une autre assemblée, sous prétexte de me donner une charge de conseiller en l'Académie ; mais ayant remarqué, qu'elle n'avoit point les grâces et les privilèges de celle des

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prolebscurs, je les eu remeiciay et me retiray en attendant leurs ordres, quand ils seroient plus unis entre eux ; puisque par mes lettres, par l'acte de ces sept messieurs, et par mes leçons signées; je pouvois les mettre au jour comme je voudrois, sans qu'aucun de la compagnie y pust trouver à redire avec justice.

Ce fut donc en suitte, que M. le B. crut avoir trouvé le moyen de faire valoir aux élevés de TAcademie, la perspective coppie qui se déguisoit très mal-en sa maison, pour luy estre dédiée, et de la<pielle il leur eu montra le privilège qu'il disoit venir d'obtenir ; qui est ce qui obligea M. DESAR- GUES, d'offrir libéralement cent pistoles k celuy de nos François, qui feroit plus que luy eu cela.

Mais ce mauvais ouvrage n'ayant paru que trois ans après cette obtention de privilège, ou le trouva si foible et mesrac si ridicule, qu'il fut méprisé au dernier point ; ayant fait des remarques particulièrement sur son misérable déguisement de la nostre. je les présentay imprimées à messieurs de l'Académie, pour qu'il leur en plût en dire leur senlimens, consentant mesme, s'ils le <lesiroient, que monsieur le B. présent, en fist le mesme à condition de donner le sien par écrit signé de luy. quoy

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qu'il témoignasl en qiiel(|iie sorte, eslre l'avocat d« ce coppisle plagiaire, non à la vt^ritt'; pour vouloir plaider sa cause . mais ]>iou pour enipes'clier en fuyant que l'Académie ne jugeast ce difféient; neantmoins tout ne réussit qu'à faire connoistie de plus en plus à la compagnie, qu'il entendoit très-mal à faire élection des véritables, universelles, et faciles règles do son art ; mais bien d'estre tenu par le faible narré de son epistre liminaire, comme auteur, protecteur, approbateur, et guarend de la coppie ridicule, ou plutost de son larcin mal déguisé ; et pour preuve de mon dire, il n'y a qu'a lire ladite epistre, dans laquelle sont d'autres discours autant ridicules et foibles qu'il se puisse écrire.

Voicy encore à mon sens quelque chose de plus éloigné du bien , <|ui fait souvent voir, qu'un abisme eu produit d'autres; car la brigue ayant sceu que la compagnie desiroit reconnoistre mes soins et mes peines, en me baillant cette lettre de conseiller, accompagnée des choses que je croyois estre raisonnable, et mesme que monsieur Bourdo^c et plusieurs autres m'avoieut pressé de signer uu acte sur leur promesse, en m'assurant que la compagnie ne l'avoit jamais entendu autrement : mais

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en rassemblée suivante la biùgue estant de concert, pour prétendre avoir mes lettres et ce qui en dépendoit; M. le directeur ayant demandé si j'eslois de l'Académie, cela me surprit, puisque quelque temps devant, il m'avoit remercié au nom d'icelle et mesme présenté cette charge de conseiller en attendant mieux, qui estoit des gages, quand ilplairoit à Sa Majesté de leur faire toucher les apointements destinez pour sa subsistance.

Lors à cette demande si j'estois de rAcademie, monsieur le B. prit la peine de dire que non, et mesme que j'y estois entré sans adveii ; mais sur l'heure le contraire ayant paru par la lecture de mes lettres, monsieur le B. repartit que c'estoit monsieur de Chvrmois, notre premier chef ou directeur qui comme mon amy me les avoit données, et quoique cette objection fust eu quelque sorte appuyée par monsieur Errard, on ne laissa pas encore sur l'heure, de trouver dans le livre des délibérations de l'Académie que ces lettres m'avoient esté données du conseulemeut de tout le corps, et mesme de celuy des maistres peintres et sculpteurs, qui dans ce temps-là avoient esté réunis à l'Académie ; or sur celte excellente objection de ces deux messieurs, je leur fis la révérence elles re-

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nierciay des peines qu'il prenoienl pour prétendre me désobliger en se désobligeant.

Mais afin qu'ils ne perdissent pas en cette rencontre, après l'honneur, tous leurs soins, monsieur le directeur me demanda si j'avois mes premières lettres, desquelles luy en ayant présenté coppie (quoy que j'eusse l'original), il me la rcjetta de colère, m'enjoignant d'apporter cet original au premier jour de l'assemblée ; mais l'ayant prié que l'on me tretast ainsi que mes confrères, qui avoient eu leurs secondes avant que d'avoir rendu leurs premières, et mesme je lui en cittay cinq ou six qui estoient présents, lesquels avoient encore les unes et les autres ; cette réponse fit tellement prendre feu à Tesprit de monsieur le directeur, qu'après un serment du plus haut stile, il dit, gue si la compagnie consentoit à me donner mes secondes lettres^ avant que d'avoir rendu mes premières, quil abismeroit CAcademie et rcpr endroit ses deux poutres; or ayant remarqué que nul de la compagnie ne repartit à celte rodomontade, je me retirai, témoignant que je ne voulois pas estre la cause de ce renversement, et surtout de sa plus saine partie, les assurant que j'avois assez de mes lettres, d'actes de signatures, et de la production en public de

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mes leçons; pour faire connoislrc la ju^^lire de ma cause.

Quelques jours après, je leur euvoyay mou Adiki signé, et le suivant de cette rupture, monsieur ComEihLE , professeur s m 'estant venu voir, et m'ayaut raporté qu'il y avoit eu grand bruit quand je me retiray, particulieremeut entre messieurs BocRDON et le Brun, je luy témoiguay que si la plus saine partie de la compagnie , continuoit d'estre sans repartie, quand deux ou trois d'entre eux contreviendroient aux status et ordonnance de l'Académie; qu'ils meritoient bien d'estre traitez delà sorte, qu'avoit fait la brigue et ce diiecteur.

Mais le sujet de la visite dudit Corneille fut de me faire la proposition de la part dudit directeur, de luy vouloir confier mes lettres, comme sachant bien que nous estions amis, et qu'il m aporleroit en suitte le projet des secondes, pour voir si il seroit comme je le desirois; et sur ce je luy reparty, qu'il n'y avoit rien en ma puissance que je ne luy conliast k la réserve de ces lettres, crainte que luy mesmc n'y fust trompé, puisque sans espion jo sçavois un secret, que sans doute il ignoroit ; et de plus qiie monsieur le directeur ayant dit liauteraeut que mon prétendu crime estoit de les avoir

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relus^'es à toul le corps; qu'il n'eust pas esté raisonnable de les confier u un seul de ses membres ; et aussi que je ne pouvois n'y ne devois entendre aux propositions d'un particulier, quoy que directeur, sans l'aveu de la compagnie.

Bit comme jusques-là, cette menace de reprendre deux poutres m'estoit une énigme, monsieur Corneille me dit que ce directeur en avoit fourny deux pour faire un entresolle en l'Académie , et que sans doute c'estoit celles-là qu'il auroit voulu reprendre.

Depuis avoir écrit ce qui précède et ce qui suit ; ayant fortuitement trouvé dans mes papiers un billet de monsieur Le Brun, j'ay creu le devoir insérer icy, pour d'autant plus faire voir s'il a esté bien fondé d'avancer que je n'estois pas de l'Académie.

A Monsieur, Monsieur Bosse,

Monsieur, je vous prie instamment de vous trouver demain premier samedy de ce mois à l'Académie, pour eslre présent à la leclure des nouvelles grâces que le Roy lui a accordée, et donner vostre

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