‹ Œuvres. Réunies et analysées (volume 2)Chapitre 11 sur 54 · II · texte numérisé non relu

II

98 ARcniTEcj'iiu: ni: bosse.

« nombre d'excellents géoni(3tres et peintres. > Les planches S, T, V. consacrées à la perspective portent en titre : Avis donné par Bosse à ceux qui prétendent coriger les règles de perspective par des licences et des règles de bien-sceance visionnaire. Il y explique des moyens de tracer la perspective d'une sphère, d'une niche, avec la détermination perspective des lignes de séparation d'ombre et lumière et d'ombres portées. Ce sujet est savamment traité,' et la construction a pu aussi lui être indiquée par Desargues.

La troisième partie, composée de deux planches seulement, traite du tracé des frontons, etc.

Une quatrième partie, composée de deux planches sans pagination, porte pour titre:

REGLE ViMVERSELLE pour décrire toutes sortes d'arcs rampans sur des points donnez de sujétion. Décembre 1672.

On y trouve le tracé des coniques donnés pur certaines conditions. En tète de la seconde page, on trouve ce passage. Pour joindre aux observations. Ces propositions comprennent les démonstra-

AiiciimxTLRi: Di: bosse. 99

lions qui font voir que toutes les sections des pyramides qui ont pour bases des ellipses, des hyperboles et des paraboles sont des sections coniques ; et plusieurs problèmes et théorèmes fort curieux qui avec le temps et l'occasion pourront estre mis au jour.

A l'époque de 1 672 où ce passage a été imprimé, Desargues était mort, ce ((ui n'empêche pas que Bosse a dû se servir des idées que lui avait communiquées son maître ; il est probable qu'il a dii, aussi sur ce sujet, consulter quelque géomètre du temps, probablement de La Hire qui était son contemporain.

La cinquième partie adressée par l'auteur

AVX CVRIEUX ET PRATICIENS

DE l'aRCUITECTYRI-.

Ce chapitre est paginé de 1 à 20 et contient lô tracé et l'ornementation des portes et cheminées. (Sans date.)

— Une dernière planclie de plus grande ditnen-

100 ARCUITlXTlRi: DL BUSSK.

sioii est une comparaison oiilre le (race des colaïuies d'a|)n's Palladio et Vigiiolc.

Revenons au piomier chapitre qui seul contient des travaux de Desargues.

Ce r' chapitre est lui-même divisé par l'auteur en quatre parties:

La première est sur le tracé des colonnes.

La deuxième partie est déduit le moyen de faire que les ornetnents, socles et balustres des degrez ou escaliers de considération^ s'ajustent d'un bout à l'autre et de fond en cime, d'un et d\iutre costc, sans irrégularité, interruption, saultou faulcc rencontre de nombre, de paraleiisme ou geauge à l'entresuite de leurs marches, repos ou paliers, autant que l'occasion le sçauroit permettre,

La troisième partie est une pratique d'arrester en petit un dessein sur le papier et par modelle de reliefs en sorte que voulant le faire construire effectivement en grand, il fasse it l'ail l'e/fct que fan s'est proposé par l'ar resté de ce petit sans estre obligé de défaire et refaire le grand quand il est ainsi construit.

auchitlcturh de bosse. 101

La (jualrii'nK? parlio est consacive h la délermiiialioii (les ombres, etc.

Or les deuxième et troisième partie sont de l'iriveiilioi) de Desargues, comme nous allons le voir d'après des citations de Bosse.

A la page 11, Bosse expose plus en détail, le contenu de chaque partie et voici ce qu'il dit sur la deuxième et troisième.

« Pour les degrez ou escaliers de considération, auant que j'eusse aucune connoissance de celle naturelle entresuitte de leui-s Lalustres et apuis , et des régularitez et simetrie de leurs marches, repos ou pasliers, j'etois estonnc d'en voir les extraordinaires erreurs et les ruptures d'entresuitte piincipalement, eu des lieux où l'on ne manquoit pas de place, comme on les peut voir à Luxembourg, au Palais-Cardinal et à nombre de grandes maisons de cette ville ; ce qui me faisoit croire que l'on ne pouvoit faire autrement jusques à ce que feu M. Desargues me l'eust enseigné et fait connoistre qu'il étoit le premier qui a corrigé cette eiTeur. ')

« L'on verra aussi, en ce traité, si ce que j'ay compris deluy, touchant le moven d'arresterà de-

102 ARCHITFXTL'RE I)F. HoSSF.

meure le dessein d'un Ijastiment, en sorte (ju estant construit en grand il fasse l'efFet que l'on peut s'estre proposé, n'est pas une belle chose et bien pensée, et si l'on n'a pas lieu de croire que les auteurs de ces beaux-ordres ne l'ignoroient pas. >>

Le chapitre qui comprend « l'art de construire les escaliers avec ornemens sans interruption du parallélisme et sans irrégidarité. Page XXXI V, comprend huit planches de gravures entremêlées avec le texte.

On voit, d'après Bosse, qu'avant Desargues, la plupai't des grands escaliers étaient construits comme l'indique la figure 1 , ayant des ressauts, en dessus et en dessous, à chaque palier, faisant fort mauvais effet, comme l'indique cette figure 1. Desargues a donné un tracé dont le résultat (fig. 2) supprime complètement ces ressauts et les irrégularités qui en résultaient. Son procédé consiste, comme on peut le voir dans cette figure 2. à prendre le nombre de marches qui doit exister entre deux paliers, à augmenter ce nombre d'une unité, et à diviser la distance qui. sur le plan horizontal, sépare deux paliers en un nombre de parties égales au double de ce nombre . laisser aux deux extré-

ARCHlTF.CTLRi: DF hoSSi:, 1 Or!

miU'îs une de ses divisions, et prendre enlr'elles deux divisions pour chaque marche. Ainsi (fig. 2), on veut établir entre les deux paliers six marches, on a 6 + 1=7. On divise donc la distance sur le plan horizontal, entre les pieds des verticales f/ et «6, en 14 parties <'jj;ales, une de ces parties augmentera d'une demi-marche la marche dite paHere et de même une autre demi-marche augmentera la marche palière supérieure, et ensuite chaque marche contiendra deux de ses divisions.

Par cette construction , on voit, en effet, que toutes les droites horizontales et inclinées formant les appuis et les balustres, se rencontreront sur l'une des verticales ci et ab. et qu'ainsi il n'y aura plus de ressauts. On remarquera que, par ce procédé, les paliers sont abaissés d'une demi-hauteur de marche.

Ceux que ce sujet intéresse devront consulter l'ouvrage de Bosse qui renferme des développements étendus.

Sous la fig. 1, pi. XXXIX, on trouve ce passage :

f Plusieurs ont voulu, depuis quelques années.

104 ARCniTFXTCRE DE BOSSF.

coi'i'igï'r rcs ressaules du Ijas cl cinie d'appii\ « ol b; mais ils iio l'ont pu faire qu'on rendant les pilastres ic, ba in(\^aux on hauteur, ou bien la])puy et les balustres et des irrégularités aux piliers ou dos niarclios inégales en hauteur et laigeur (fig. i). »>

« Ceux qui disant que cette pratique estoit connue de tout tenîps. et que ce qu'elle ne s'est pas pratiquée vient du manque de place, feront, s'il lour plaît, cette réflexion qu'encore qu'il n'en nianquast ny à Luxembourg, ny au Palais-Cardinal, ny on une infinité d'autres splendides bastiraents on n"a laissé d'y faire ces fautes, et. au contraire, feu M. Desargues les a fait éviter par sa conduite à l'hostel de l'Hôpital et en des lieux assez resserrez, et, de plus aussi, M. Rougetz, professeur ou Tari de bastiment, auquel j'auois expliqué cette facile pratique. >

Sur la mesme gravure XXXIX. ou Iruuvo encore ce passage :

(•: Dans une lettre que M. D. m'escrivoil de Lion, sur ce sujet, il n a qu'au grand escalier de sa splendide maison de \illo, baslio deiuiis (piol(|ues années, qui ne monte ipTun seul estago, cetl»^ VV'-

ARCHITECTIR',: OH ROSSr. 10.>

trosiiilto (l'oi'nonieiis ii'esl pas gai<lro . iiy col ajiislomont de hahislros, el inesinc qu'ils poiteiit à faux; et, sur ce sujet, je dis que ce ii'esloit pas manque de place iiy d'hommes tenus pour experts en l'art de hastir, puisque c'esloit pour lors \n des fameux architectes de Fraj;cc; car au Palais-Cardinal, qui est de luy, outre qu'il seroit besoin d'vn guide pour en trouuer promptement l'escalier, les erreurs cy devant dictes sont à l'excès, n

« Mais ces particularités ne peu\enl esire découvertes que par de forts géomètres. »

Dans ce passage, on remarquera celte phrase (( puis que cesloil vu des fameux architecte de France etc. » si elle est de Bosse, elle s'adresse ù Desargues ; si au contraire elle est de Desargues, elle est une critique de ce dernier sur la construction de l'escalier de l'hôtel de ville do Lyon, fait probablement sous la direction du célèbre architecte Le Mercier, donl le nom se trouve déjà associé à celui de Desargues dans les conseils qui leur sont demandés pour l'érection de cet iuMel de ville ; et alors cela expli([uerail la critique de l'escalier du palais Cardinal , palais que l'on sait être de Lemercier.

106 \R(;hitixti:re de bosse,

Siii' la niêiiie planche XXXIX, se trouve encore ce qui suit :

Le plan d'escalier ci-dessoubs (fig. 4) est de la pensée de feu M. Desargues, lequel a esté construit dans un Itastimcnt neuf du quartier Monl- Marlhe, rue de Cléry , tout h fait semblable; car, pour faire la rampe du milieu plus large, on a rendu celles des costez plus esiroiles et les paliers irréguliers, ainsi que celui (fig. /"), et les marches de la rampe du milieu courbes, connue fig. d, et enfin d'autres particularités de telle nature que ledit Desargues desaprouvoit, lesquels n'y seroient pas sans quelque mésiulelligence qui fit que le bourgeois en confia la conduite à des personnes qui n'entendoient à fonds cette matière. »

'< L'entrée A. de cet escalier est dans l'angle d'une cour, la rampe première CD est opposé de front à l'entrée B, il est double, et ainsi Ton tourne à droite et à gauche de cette rampe du palier EE à ceux FF ; puis desdits FF au palier d'audessus du premier d'entrée CMB lesquels vont aux portes jNN des départements. L'on peut juger qu*au dessus de la porte B, il doit y avoir une fenestre et une galerie au dessus dudit escalier, et lanterne au

ARCniTECTURC DF. BOSSR. 107

milieu par hauts et dans l'augle G un piédestal avec une figure de sculpture; la place estant un peut contrainte, il fut arresté qus les appuis seroient eu fer, el d'autant plus que le hastimenl est petit et simple,

La planche XL a pour titre :

Perron fait, en rann('o l()o3, dans la grande cour du château de Vizile, en Daupliiné, près de Grenoble, appartenant à monseigneur le duc <le l'Ediguieres.

Et à la suite se trouve ce passage :

'* Après que feu M. Desargues eui donné l'ordre de ce perron, estant à Paris et y ayant, h Thostel de Thurenne de cette ville, un escalier à abattre, contraint par la place et estage, il le fit construire de la mesme sorte, ne le pouvant mieux, ce qui est néanmoins très-estimé des entendus en ces sortes d'ouvrages. »

« Acosté Fig. A est en perspective un coin de ce perron, ou l'on voit que l'arreste de l'appuy cdfg rampe paralelemenl à celle des marches et tous les membres d'entre elles, son inperfection n'estant qu'en ces saults de de, r/'sur l'appuy. »

108 ARciiiTECTinr de bossf..

La planche XL! ijui no c'oii{i(?nl f[uo rlii toxlo a pour titre :

« Manière (l'a rrostoi* géomelralement svr le papier les desseins des bastiments, en sorte qu'estant construits en grand, ils fassent l'elTet que l'on s'est proposé. »

« Ce sujet, dû à Désargues, est expliqué dans cette page, nous en extrayons les passages suivants :

« Cette matière demanderoit un plus ample discours pour la satisfaction de ceux qui ont génie à en rechercher le fin, je me contenteray, pour le moment, de ce discours et des deux stampes suivants :

« II faut donc estre certain que tout ce (pii est construit à dessein de plaire à l'œil, surtout des objets qui ouf longueur et largeur, épaisseur ou profondeur, doit estre fondé sur l'optique.

<( C'est pourquoy, afin d'arrester à demeure de semblables ouvrages sur du papier ou par modelle, en sorte d'est re asseuré (]ue les grands fassent l'effet désiré, il en faul faire les ligures d'assiette, ou plan de profd et d'ele\atiou géomeirale. sur une

AiiciiiTECïUUi: Di: imssi:. lOî)

ocliellc un peu sciisildc . et par exemple d'un poulcepour pied ou plus, puis après examiner et considérer l'effet de ces figures en les regardant chacune à part d'un seul œil, comme en borneïanl, et des divers endroits possibles : premièrement de front, de costé, d'en haut, d'en bas, de prez et de loin, d'en dessus, d'en dessous, et généralement de toute façon, à distances proportionnées à la distance et élévation de l'œil, dont le grand estant mis en œuvre pourra estre veu, comme j'ay dit, tant de près que de loin, en approchant et reculant lesdites figures peu à peu de l'œil, ou l'œil d'icelles autant qu'il sera possible , examinant avec soin comment elles touchent ou affectent l'imagination, ou de trop pesant, de trop gresle et de trop petit, puis de convenance ou non, de sortes diverses entre elles, forme, contour et idée, accordante à celle de chacun des autres; et, cet accord ou convenance n'y estant, tascher de l'y faire trouver, et ce en diminuant, augmentant, arrondissant, adoucissant, applatissant, descouvrant, cachant, anoblissant, etc., jusques à ce que de tous costez la chose revienne en agrément et que l'idée n'y trouve plus rien qui luy déplaise. »

(( Or sur tout, je dis que c'est témoigner n'enten-

J 10 AnCHlTlXlLKL DK BOSSi;.

(Iro pas lu belle coiislructioii de ces ouvrages, lois ([ue l'on y employé du temps et de l'argent à faire ce qui ue s'en verra pas, et qu'il ne suffit pas "de scavoir seulement cette raison d'optique et de perspective qui oblige h eslever sur les dez ou socles, les ordres des colonnes posez sur d'autres, afin que la corniche du premiei" n'en cache les bases ou bas des piédestaux. »

« Mais comme il y a des personnes qui combattent souvent ce qu'ils n'entendent qu'en partie, et qui disent que l'on n'est pas obligé de regarder un édifice d'un seul endroit, ce qui est vray; /toutefois il conviendroit mieux, à mon avis, qu'il fist de divers endroits un médiocre agrément qu'vn plus grand d'vn seul, surtout quand tous ces endroits sont également destinez à estre vêtis, ce qui ne détruit pas ma proposition et moins encore les ligures qui suivent, et leurs discours qui achèveront mieux la déduction du total, prenant garde qu'en celle (lig. 4). et dans la planche 1 1, après le discours des portes, il y a une méprise <j[ui > est corrigée. *

La planche XLHl, sur laquelle est exposé le sujet ci-dessus, porte en tète ce passage :

AIICHITLCTL'IU; Di: BOSSE. I 1 1

(( Vous a\cz icy TassicKe d'un porlail d église d'un ordre corintliien de la pensée de feu monsieur DESARGUES, pour faire concevoir que les pointées AB, CD, EF, GH et les autres estant continuées en bas, auec celle du milieu IL, s'iront rencontrer eu un point qui est celuy d'où elle ce doit \oir ; et par sa forme ou verra aussi que ledit sieur {DE- SARGUES ) a eu égard à ce qu'on en peut voir de cet endroit tous ces gros et mentis membres, ainsi par ce plan et par ce que deuaut on doit conuoistre que l'on peut arrester sur le papier, le plan d'un édifice, de sorte qu'estant construit en grand, il fasse la \ision désirée, supposant qu'il y ait au dessein le mesme nombi-e de petits pieds de son échelle qu'en doit avoir le grand de celle du Pied de Roy. »

(( Or, cette pratique l)ien entendue et exécutée ainsi par dessein ou modelle, on doit estre en repos de l'exécution en giand, puisqu'il fera l'effet désiré (scauoir) selon que l'on aura, comme je Tay dit, l'œil et le goust lîn aux belles choses.

Dans mon traité des leçons dans l'Académie Royalle de la peinture et sculpture, il y aura en^ core quelques particularitez sur ce sujet. »

112 Ar.ciiiTLcmu: de Rossn.

Nous avons cru devoir (loiiiier un (.'xdait assez étendu dos réllexioiis de Bosse sur ce sujet appaiteiiant cntil'rement à DESARGUES, ot qui consiste dans la nécessité à tout architecte de soumettre, avant l'érection d'un édifice, chacun de ses plans aux épreuves de la perspective; et pour cela, sur chacun de ces plans, il faut rapporter l'œil de l'observateur aux divers endroits oii on doit naturellement se placer pour examiner cet édifice, et alors pour chacune de ces positions de l'œil, examiner attentivement chacun de ces plans de manière à pouvoir les corriger des effets désagréables produits par les diverses saillies, sur l'ensemble du inonument.

Cette idée de Desargues est très-judicieuse et me semble malheureusement trop négligée de nos jours.

Ces extraits de l'architecture de Bosse sont d autant plus intéressants qu'ils confirment ce que nous a\oins déjà annoncé; c'est que Desargues était véi'ilablement arcliitecle, et que, dans cet art de l'architecture . on lui doit plusieurs perlectionnements importants.

AHCIIITICTIRI' DE BOSSL. 113

Bosse a composé encore d'autres ou\ra;j(s, Is cataloffiie des livres qu'il a mis au jour par impression, se trouve à hi lin du livie aviuil poui' litre : Le peintre converti/ , etc.

Nous avons donné une analyse de ceux seulemont (|ui ont rapport h Desargues.

NOTICES SUR DESARGUES

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