‹ Œuvres. Réunies et analysées (volume 2)Chapitre 16 sur 54 · LETTRES DE DESCARTES · texte numérisé non relu

LETTRES DE DESCARTES

('tant dijh accoutumés h ceux d'Apollonius, ne Us cliangeront pas aist-ment pour d'autres, quoique meilleurs, et ainsi les vôtres ne serviraient qu'à leur rendre vos démonstrations plus difficiles, et à les détourner de les lire. Si vous avez le second, il est certain que vos termes qui sont françois et dans l'invention desquels on remarque de l'esprit et de la grâce, seront bien mieux reçus par des personnes non préoccupées que ceux des anciens, et même ils pourront servir d'attrait à plusieurs pour leur faire lire vos écrits, ainsi qu'ils lisent ceux qui traitent des armoiries, de la chasse, de l'arcliilecture, etc., sans vouloir être ni chasseurs, ni architectes, seulement pour en savoir parler en mots propres. Mais si vous avez cette intention, il faut vous résoudre à composer un gros livre, à y expliquer tout si amplement, si clairement et si distinctement, que ces messieurs qui n'étudient qu'en ])âillant, et qui ne peuvent se peiner l'imagination pour entendre une proposition de géométrie, ni tourner les feuillets pour regarder les lettres d'une figure, ne trouvent rien en votre discours qui leur semble plus malaisé à comprendre qu'est la description d'un palais enchanté dans un roman. Et à cet effet il me semble que pour rendre vos démons-

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trations plus triviales, il ne serait pas hors de propos d'user des termes et du calcul de l'arithnit'tique, ainsi que j'ai fait on ma géométrie ; car il est bien plus de gens qui savent ce que c'est que multiplication, qu'il y en a qui savent ce que c'est que composition de raisons, etc.

Pour votre façon de considérer les lignes parallèles, comme si elles s'assemblaient h un but h distance infinie, afin de les comprendre sous le mên:e genre que celles qui tendent à un point, elle est fort bonne , pourvu que vous vous en serviez , comme je m'assure que vous faites, pour donner à entendre ce qui est obscur en l'une de ces espèces, par le moyen de l'autre, où il est plus clair et non au contraire. Je n'ajoute rien de ce que vous écrivez du centre de gravité d'une sphère, car j'ai assez mandé cidevant au père Mersenne ce que j'en pensois, et vous mettez un mot à la fm de vos corrections qui montre ce qui en est : mais je vous demande pardon si le zèle m'a emporté à vous écrire si librement toutes mes pensées, et je vous prie de me croire, etc.

(Page 88, tome 8.)

« C'est pourquoi je vous supplie très humblement une fois pour toutes, non seulement de ne

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coiivior personne h m'envojcr quelque chose <le leurs écrits, mais mc^me de refuser autant ci\ilement qu'il se pourra tous ceux qu'on pourroit avoir envie de ni'envoyer. J'ai excepté toutefois les coniques dé M. Des Argues ; car je lui ai tant d'obligation, qu'il n'y a rien que je ne voulusse faire pour le servir; et cependant entre nous, je ne saurois guère m'iniaginer ce qu'il peut avoir écrit de bon touchant les coniques ; car, bien qu'il soit aisé de les expliquer plus clairement qu'Apollonius ni aucun autre, il est toutefois, ce me semble, fort difficile d'en rien dire sans l'algèbre qui ne se puisse encore rendre beaucoup plus aisé par l'algèbre, etc.

(Page 214, tome 8.)

J'ai reçu aussi l'essai touchant les coniques du fils de M. Pascal et avant que d'en avoir lu la moitié, j'ai jugé qu'il avoil appris de M. Desargues; (1) ce qui m'a été confirmé incontinent après par la confession qu'il en fit lui même.

(Page 231, 8*- vol., 11 juin 1640.)

(1) (Note de Clerselier.) Des personnes qui croient le bien savoir disent que cela peut être faux; mais je ne doute point que M. Descartes ne dise vrai, car il n'étoit point homme à controuver des mensonges.

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