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RECONNAISSANCE

DE MONSIEUR DESARG\T:S,

Placée en tète du Traité de la coupe des pierres de Bosse 1643.

le soubs-signé confesse aiioir veu ce que M. Bosse a mis dans ce \olume-cy, de la pratique du trait pour la coupe des pierres en l'architecture, reconnois que tout y est conforme à ce qu'il a \oulu prendre la patience d'en ouyr et conceuoir de mes pensées, et espère que par cela seul on connoistra que l'autheur des premiers cahiers des libelles que le sieur Melchior Tauernier a fait imprimer de diuerses méthodes pour pratiquer la perspective et d'auis charitables sur mes œuures (lequel, en ce qu'il celé son nom et me nomme souuent nouueau Maistre et nouueau Docteur, m'aduertit que j'aye à le nommer Vieux), n'est pas, non plus que les autheurs des autres deux cahiers de ce libelle d'aduis, vn de ces excellents hommes aux sciences que i'ay supliez de vouloir dire leur sentiment de mes projets, et que, au contraire, il n'a pas vne bien grande connoissance ni de la théorye, ny de

470 T' Ri (.ONNAISSANCi; Dr. DESARGUES.

la pratique tics traits pour les arts de perspective et cadrans au soleil, non plus que de la coupe des pierres sur laquelle il s'arreste dauantage et dilate plus amplement son escrit, et où l'on voit, à la \évïié, qu'il en a ouy parler h quelques ouuriers, il voudroit persuader aux crédules qu'il entend mon projet à fonds, et, en effet, il monstre qu'il ne l'entend pas; en ce qu'il en escrit des choses si peu raisonnées que je luy cotteray très-volontiers, s'il vient à se nommer et à vouloir reconnoistre franchement la vérité, sans employer ainsi toutes sortes de moyens pour l'ohscurcir ; mais ces façons de faire iusqnes à cette heure font douter qu'il se puisse iamais résoudre à cela. Quand il a veu qu'il ne pouuoit entendre mes propositions, ni conséquemment connoistre s'il y a de l'erreur, et qu'il luy estoit aisé de ne rien dire qui vaille et imposer hardiment tout sans dire son nom, il s'est mis à escrire contre moi des galimatias d'un estaleur sur théâtre, artificieux et pleins de faiblesses, d'équiuoques, d'ambiguïtés, de raespris, d'injures, d'inuectiues et de menaces, que ie passe iusqu'à ce qu'il se nomme, et par ce moyen, il essaye à me susciter d'ennemis oénéralement tout ce qu'il y a de personnes qui font profession de science ou

J" RECONNAISSANCF DE DESARGUES. 471

(l'art, ai k taire ou mesconnoistre ou leietler de chacun les manières de mon inuention, pour en pratiquer les susdits, et, ce qui est surtout rfmar- QUABLE, il y a falsifié mes escrits et raporté des faits diuersifiez et commentez à sa poste; voicy en partie comment :

Dans mon proiect du trait pour la coupe des pierres, i'ay dit que les excellents contemplatifs et habiles hommes en la géométrie ot autres sciences, qui ont donné les mains à ma manière de pratiquer la perspectiue, estoient suppliés d'honorer encore mes autres proiects de leur bon examen , et, parlant de ce que i'aurois intention de faire de ces proiects aux occasions, i'ay dit ces mots : aduenant qu'on les nettoyé; finalement i'ai dit que si auant leur nettoyement, la courtoisie de quelqu'vn les honoroit de ses corrections, aux manquements qui peuuent y estreîiOTEZ, contre les règles du raisonnement pour en establir et démonstrer les propositions , il en seroit remercié par escrit public ; mais que ie n entends poirft du tout parler à ceux qui, comme ce vieux maistre, ne sçauent faire que des gloses d'vne autre sorte , et ce vieux docteur m'impose que i'inuite les sçauants à nettoyer mes proiets et à les débrouiller et purger des impuretés

472 T" KECONNAISSANCE DK Dl SAUGUES.

(jue j'y ay laissées, et en agraue le crime h son possible.

Dans ce project mesme, j'ay dit que la perspective des ombres du soleil se fait d'vne manière autrement aisée que celle d'vne figure que monsieur Poussin, très-excellent peintre François, auoit enuoyée do Rome, pour faire voir à Paris; sans dire que cette figure fust de la production ni de l'ouvrage de monsieur' Poussin , comme aussi ne Testoit-elle pas : et qu'vn ouurier la pouuoit entendre et pratiquer auec plus d'auance en vn jour qu'en quinze, à la manière de cette figure envoyée de Rome; et ce vietix docteur m'impose d'auoir dit que ie donneray plus de connoissance en vn jour des choses concernants la peinture, nottammenl des ombres que ledit sieur Poussin, en quinze jours, par la figure qu'il en traça à Rome et qu'il enuoya pour en faire part à la France, et ensuitte il en tire vne conséquence à sa mode.

En parlant à quelqu'vn de la perfection ou maislre Charles Bressy, maislre masson, a mis le degré d'une maison de mon dessein dans la nouuelle augmentation de cette ville; i'ay dit qu'on y pouuoit grauer que c'est tout ce qu'vn ouurier peut faire de iustesse en semblable conduite d'or-

r* RECONNAISSANCE Dl- DLSARGUES. 'i7?)

iiemens, et ce vieux docteur m'impose d'auoii' dit que i en suis le créateur.

Dans le mesme project encore, i'ay dit que si, lors de son nettoyement, on le veut estendre, on y pourra particulariser iusques à la moindre circonstance de la pratique de chaque exemple; il si Ton veut, on y pourra mettre aussi d'vn mesme temps des manières vniuerselles de trait pour la coupe du bois de charpenterie et de menuiserie. Et ce vieux docteur, afin d'auoir occasion t'c s'égayer en vue de ses pensées, s'est forgé le mol d'adjousler que ie n'ay point employé; veut (jiic bien entendre ma pratique soit le mesme que l'estendre et y adjouster; m'impose que c'est ainsi que i'en parle, en citte mes termes falsifiez et paraphrase après brauemeut là-dessus.

Le dit sieur Bressy a dit qu'ayant esté receu à faire sou chef-d'œuure pour la maistrise en vn temps que i'estois hors de cette ville, il ne l'auoit voulu faire en mon absence par ma manière de trait.

Et ce vieux docteur, après s'estre longuement escrimé contre son ombre, au suject de madite manière, vient enfin à déclamer ainsi.

D'où je conclus, comme ie I'ay déjà fait ès-rai-

474 r' R" CONNAISSANCE DE DESARGUES.

sons pi'('»c«''rlenle.s, que la mr'^thode du sieur Desui- ^iies, pour la coupe des voûtes, n'est aucunement comparable en facilité à l'ordinaire e( commune des architectes, et soustiens en suitte qu'elle n'est aucunement propre à la pratique, et qu'elle se trouue trop embarrassée et embrouillée pour les ouvriers.

Et c'est pour cela, sans doute, que son meilleur escholier, le sieur Charles Bressy , comme luymesme l'a dit à vn mien amy, n'a peu estre receu à faire son chef-d'œuvre sur ce trait, les maistres (le Paris ayant sagement iugé qu'il ne pouuoit légitimement tenir rang parmy les receuables dans la pratique pour estre par trop chimérique et extrauagant, i'entends parloi- du trait du sieur Desargues : car ledit Bressy sçait fort bien l'ordinaire, et ne proposoit celuy-là (|ue pour son plaisir et galanterie.

En confrontant les escrits de l'vn auec ceux de l'autre, on verra que les choses y sont ainsi que ie viens de dire.

La première partie de ma manière de trait se trouue icy expliquée assez au long pour y voir si elle est trop embarrassée et embrouillée pour les ouuriers.

V K1.C0NN41SSANCE DE Dl.SAlUilKS. 17.)

Kt, pour le surplus, voicy un acU' aulhcnlique et irréprochable :

Extrait des registres de la communauté des lurez du Roy, es-œuures de massonnerie de la Préuostê et Vicomte de Paris.

l)v premier iour de septembre 1642, maislre iNicolas Messier. syndic de cette communauté, nous auroit dit que Charles Bressy , maislre maçon à Paris, luy auroit mis ès-mains vne requeste tendant à ce que acte luy soit baillé si, lorsqu'il se présenta à la maistrise, il nous proposa de faire son chef-d'œuvre sur le trait de géométrie du sieur Uesargues, après auoir fait lecture de ladite requeste dont la teneur en suit :

A messieurs les lurez du Roy, es -œuvres de la massonnerie delà Préuoslé et Vicomte de Paris.

Svplie humblement, Charles Bressy, etc.

Par celte requeste, ledit Bressy raporle le discours cy-dessus dudit libelle, et demande a ces maislres lurez acte de ce qui se passa lors de sa

470 ]"' RECONNAISSANCi: DH DESARGCFS.

réception à la maistrise, pour iustifior publiquement qu'il n'est pas véritable.

Et en suitte de la transcription de cette requeste, il ya:

La compagnie a arresté de donner là-dessus audit Bressy et autres qu'il appartiendra l'acte qui s'ensuit :

Novs soubs-signés , ayant veu et considéré la requeste cy-dessus à nous présentée par Charles Bressy, maistre masson à Paris, ensemble le libelle et les paroles dont il est fait mention; luy auons octroyé acte de sa demande auec celuy qu'il a désiré de nous : c'est pourquoy nous déclarons à tous qu'il appartiendra, que nous auons assisté à la réception dudit Charles Bressy à faire son chefd'œuure, et à la maistrise en l'art de massonnerie : attestons et certifions qu'il ne nous proposa point de faire son chef-d'œuvre sur le trait dudit sieur Desargues, et que partant c'est vne chose suposée et controuuée de dire que ledit Bressy n'a peu estre receu à faire son chef-d'œuure sur ce trait, et que nous ayons jugé que le trait dudit Desargues ne pouuoit légitimement tenir rang parmy les receuables dans la pratique pour estre par trop chimérique et exirauagant; ce que nous assurons auec

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nos seings pour seruir ce que de raison audit Bressy et autres qu'il apartiendra. Fait à Paris, le premier septembre 1642.

Signé : David, Marie, Ponsard, Benoist, De Cotte, DeLespine, ISoblet, Govrgovron, Gamard, et, plus bas, expcdié pour maistre Charles Bressy, et signé Messier.

Sur ces preuues euliu. les gens d'honneur, d'entendement et de probité, iugeront de la procédure de ce vieux docteur, et si c'est de l'esprit de charité qu'il parle et qu'il agist, ou bien de l'esprit de colère et de mensonge.

Quand à moy, ie luy veux donner de quoy me conuaincre quand i'assure qu'il n'entend pas à fonds ma manière de trait.

Entre plusieurs sortes d'en acheuer la préparation générale, il y en vue après laquelle, pour trouuer les paneaux, il ne faut plus mener qu'vne seule ligne pour chacun, et l'on a de quoi le faire. Or, ie n'ay pas voulu dire cet acheuement à monsieur Bosse, auant son deuxième volume de cette matière, afin que ce vieux docteur ait cependant moyen de la trouuer s'il peut, et en la publiant par

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auance iustifier qu'il m'entend à fonds, autrement on ne le croira pas.

D'ailleurs il a dit que la conduite des ornemens au noyau d'un degré, comme le susdit, est vne chose si triuiale qu'on berneroit dans les atteliers ceux qui professent les ornemens et ne la sçauroienf pas, et moi ie dy qu'à faute de m entendre à fonds il ne scauroient déterminer sur le champ, comment il faut procéder pour cette conduite en l'exemple que ie luy pourray proposer an besoin : conséquemment il s'est jugé lui-mesmeà estre berné dans les atteliers s'il ne peut satisfaire à ma proposition.

Et d'autant que, par ses œuvres, il donne à croire qu'il a interest dans quelque liure du trait pour la coupe des pierres, pratiqué sans doute à la vieille manière, ie luy veux donner ce bon aduis qui est, qu'en cette vieille manière on n'a pas toujours esté si précis que de raison, et qu'il est demeuré des erreurs en la première et en la deuxième teste, qui sont cause qu'il faut retondre la pierre au lieu de la simplement ragréer ou réparer après qu'elle est taillée : et que ces erreurs-là peuuent estre corrigées, et ne sont pas excusables à un vieux docteur.

A Paris, ce 20 juillet 164.).

Desargves.

2"*' RECONNAISSANCE DF, DESAIIGIES. 479

RECONNAISSANCE DE MONSIEUR DESARGVES Placée en tête de la gnomonique de Bosse 1643.

Je soubs-signé confesse avoir veu ce que M. Bosse a mis dans ce volume cy de la pratique des cadrans au soleil ; reconnois que tout y est conforme à ce qu'il a voulu prendre la patience d'en ouïr et conceuoir de mes pensées ; et espère que par cela seul, on connaistra que l'autlieur anonyme du deuxième cahier du libelle que le sieur Melchior Tauerniei' a fait imprimer d'aduis chantable sur mes œuures, et qui est vn prétendu examen de ma manière vniuerselle déposer l'essieu et tracer les heures égales à la Françoise d'vn cadran, n'est pas non plus que les autheurs des autres deux cahiers du mesme libelle, vn de ces excellents hommes aux sciences que i'ay supplié de vouloir honorer mes projets de leur bonne correction

Et qu'il est de ceux qui ne scauent faire que d'autres sortes de gloses, auxquels i'y ai déclaré que je baisais les mains.

Entre des particuliers à qui j'ay distribué de mesdits projets, il y en a vn qui m'a souvent dit,

i80 2'"' IlECONINAISSANCt DE DESARGDES.

que luy ou quelqu'un de ses amis, auait fait sur celui des cadrans plusieurs obseruations, lesquelles estoient à ce que ie voy, la mesnie chose dont ce prétendu examen est compilé.

Quand au commencement, cet homme là me faisoit ces contes, je pensois que ce fust vnc gaillardise; et quand il m'eut assuré qu'il parloit tout à bon, alors je cogneus qu'il a bien plus d'éclat et d'opinion que de fonds, pour voir la généralité des raisons d'vne manière vniuerselle de pratique d'art.

Ces observations viennent à se réduire à trois sortes.

L'vne qui est seule considérable, va directement contre l'essentiel de mes propositions; il dit quelles ne sont pas vniuerselles, et qu'elles ne comprennent pas les plans parallèles au méridien et à l'Equateur, ni les temps des Equinoxes.

Vautre est encore hors de saison; il dit que dans le détail de mes projets, il y a beaucoup à redire sur l'ordre et aux façons d'exprimer, déterminer, prescrire et semblable choses.

La troisième est suspecte, il veut auoir inueuté cy deuant les mesmes choses sur les mesmes données, et plus auantageusement ; alléguant que la Gnomoniquc est son plus grand fort, par la longue

î"" REC0NI\A1SSA!N-«^E UE DESARGChS. i8 1

estude et le nombre des expériences «{u il en a fait.

Sur la première sorte, ie lu) h\ dit qui! ne m'entend pas ; il assure le contraire et ie le laisse dans son opinion.

Sur la deuxième, ie lui ay dit (ju'vn simple brouillard et encore seulement d'vn projet, qu'en \ne autre matière on nommeroit vn esquis ou esbauche, n'est pas vn ouurage à examiner en détail, comme alors qu'il paraistra pour achetié ; que les sçauanls n'en considéreront que le fonds de la pensée; il n'a point fait estât de ces raisons, et ie le laisse encore dans son humeur.

Sur la troisième, ie m'estois abstenu de dire, que si, deuant qu'auoir estudié mon projet, il auoit publié ce qu'il veut aujourd'hui faire passer pour eslre de son inuention. il n'y auait pas lieu de dire qu'il l'y ait pris, le déguise et se le veut attribuer.

Si ce galant homme, ou quoy que soit l'autheur de ce prétendu examen, auoit seulement dit que mes escrits ne sont pas intelligibles ; qu'au moins luy ne les scauroit entendre ; ou bien qu'il ne scauroit comprendre ma façon de conceuoir ces matières vniuerselleraent, ou bien qu'après l'auoir comprise et considérée, il ne la scauroit admettre, r'f qu'elle

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n'est pas receuable, il auroit en cela procédé raisonnablement et en homme de sincérité.

Mais il dit que je ne parle pas à la manière ordiaaire, et veut qu'en mesme temps, on croye qu'il n'a pas laissé de pénétrer fariloment dans mes pensées, et pour le persuader il ne dit pas seulement qu'il m'entend aussi bien que si ie parlois d'sue autre sorte, mais comme s'il estoit le souuerain scrutateur de mes pensées, et que ie deusse inl'ailliblement .souscrire à ses luterprétations. il se lait tout blanc de m'expliquer en terme et par la méthode ordinaire.

En quoy sans doute, il a creu d'aller à la dérobée passer pour maistre et scauaut praticien : et tout au contraire, il a monstre quil est encore petit aprentif. en la théorie et façon générale d'inuenter des manières \niuerselles de pratiques d'arts.

S'il eust voulu se nommer, l'aurai peu lu\ en particulariser les raisons, et ne l'ayant pas lait, il me suffira de dire en gros sur la première sorte de ses obseruations (laissant là ce qui est de la deuxiesme, et en m'en rapportant pour la troisiesme à ceux qui sçauent la portée du personnage) ; que puisqu'il voyoit que ie ne parlois pas à la manière ordinaire, il deuoit aussi penser, et s'il pust esté

2"" RECONNAISSANCl!: DK DESAH<VUES. 183

scauaiit ; il auroit veu, que ie ne conçois pas toujours ces matières comme luy à la manière ordinaire que luy peut auoir esté enseignée; car les scauants l'ont veu par le seul mot de but, lequel i'ay suffisamment expliqué dans mon projet des coniques, duquel il a eu sans doute vn exemplaire; et le sens commun luy auroit dicté, qu'en m'allant expliquer ainsi quil a fait selon sa pensée à l'ordinaire, il ne m'expli(|ueroit pas suiuant la mienne, et qu'il s'alloil conséquemmenl escrimer contre son ombre.

le veux dire qu'au lieu d'examiner et expliqu e mon projet, suiuant ma pensée et façon de conceuoir ces matières dans l'vniuersel; comme c est l'vnique façon légitime de faire des scauants, et la raison de le vouloir; il l'a examinée selon sa façon de conceuoir dans le particulier, et l'a expliquée suiuant sa pensée et manière de conceuoir ; qui est vne façon de procéder que ie laisse à nommer à vn autre.

Voila comme afin d'auoir de quoy se chatoiiiller pour se faire rire et monstrer quil ne scait pas mal discourir et railler sans fondement; il se fait soymesme des monstres de sa propre idée; puis il s'égaye en les combattant.

484 2"" RECONNAISSAISCE Dl. I)i:8AR«U:S.

Car au lieu qu«^ je propose vue niariicn! vjiiutMselle, il vint par ses explications en tennes à i'ordiimire. et par ses additions, ;i en faiiv vue manière particulière; puis il s'efforce de nionstrer qu'elle n'est pas vniuerselle.

défaisant il combat seulement son explication et non pas ma pensée, à la<jiiell«; il u es( point encore arriué.

C'est pourquo\ nonobstant le jn'uit (|u'il scauroit faire, mes propositions ne laissent pas d'estie vniuerselles à ma façon de conceuoir (je m'en rapporte aux sçauants) et de comprend le les plans parallels au Méridien, et à l'Equateur, et ausM les temps des Equinoxes, encore qu'il n'en \o)e pas les démonstrations.

le ne veux pas dire, qu'après que par le mol but il aura cogneu la sorte de pensée que i entends exprimer, il ne puisse peut estre aperceuoir comment c'est que les plans parallels au plan méridien y sont compris.

Mais j'oserois bien asseurer qu'il n'arriuera point de soy mesme à connoistre comment c'est que les plans parallels à lEquateur y sont aussi compris ; et qu'il dira perpétuellement (jue cela ne peut estre.

2"°' RECONNAISSA.NCi: DE DESARGUES. 185

Ce qui me le fait cioire, est qu'il n'a pas seulement sceu comprendre pour le mettre comme il le faut dans le dil prétendu examen, ce que je luy ay bien- voulu dire de bouclie, louchant vn equierre à poser l'essieu durant les equinoxes, et dont pour cause ie n'ay pas voulu parler dans mon projet ; et aussi qu'il n'a pas sceu voir, que la façon de trouuer la position de ressieii comme il propose auec seulement des fileis souples, attachez l'vn à l'autre, et fendus en croix, ne scauroit estre bonne pour l'exécution effective ; et encore, qu'il n'a pas veu que des verges à viue areste, et des règles sont vne mesme chose, que des filets de metail et de soye ou de chanure ne sont toujours que des filets.

Je ne doute pas que sa façon de faire ne puisse bien surprendre quelqu'vn de* ceux qui n'entendent rien à ce dont il parle ; mais non pas les autres ; et pour moy je lui accorde volontiers ce quil veut qu'on croye de luy, c'est à sçauoir qu'il a fait beaucoup de recherches dans les arts, en iastonuanl sans raisonnement ; qu'il ne débite pas mal ses denrées; ne raille point de mauuaise grâce, et ie ne contesteray jamais là dessus avec luy.

A Paris, ce dernier septembre 1643

Desargves.

•'ï86 :V" R (;i>NN\TSS\NCr. I>!. DESARGns.

Extrait du privilège.

Par grâce et privilège du Roy, donné à Saint- Germain- en -Lave le 3 novembre 1642 , signé Lotis et plus bas Svbilt. — A la réquisition de Girard Desargues de la ville de Lyon , qui a instriiil Abraham Bosse de, la ville de Tours, graueur en taille douce, de ses manières universelles pour pratiquer diuers arts, <;omme la perspectiue à la manière même dont ou travaille eu geometral, le trait pour la coupe des pierres en l'architecture, les quadrans au soleil et autres lesquelles iceluy Desargues avait ci-devant commencé de publier en divers exemples et projects. il est permis au dit Abraham Bosse de graver, faiie graver, et imprimer, vendre, etc.

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