AVÉNEMENT DE SAINT JEAN -BAPTISTE, PRÉCURSEUR DE JÉSUS -CHRIST
PREMIÈRE ÉLÉVATION
Les hommes avaient besoin et être préparés a la "venue du Sauveur,
Quelle merveille , dit saint Augustin ( 0 ! saint Jean, n'e'toit pas la lumière : Non erat ille lux ; mais il e'toit envoyé pour rendre témoignage à la lumière : Sed ut testimonium perhiheret de lamine {?■), La lumière a-t-elle besoin qu on lui i*ende témoignage ? Faut-il que qucitprun nous dise : Voilà le soleil ? Ce bel astre n'attire-t-il pas assez les regards , sans qu'on nous le montre au doigt ? Il est ainsi toutefois, dit saint Augustin. Jésus-Christ étoil le soleil j et saint Jean un petit flambeau ardent et luisant (3) ^ comme l'appelle le Sauveur. Et voilà que hous allons chercher le Sauveur par le ministère de Jean, et nous cherchons le jour avec un flambeau. La foiblesse de notre vue en est la cause. Le grand jour nous éblouiroit , si nous n'y étions préparés et accoutumés par une lumière plus proportionnée à notre infirmité : Tarn injirmi sumus -, per lucernam quœrimus diem (4). Le monde est trop afibibli par son péché , pour soutenir dans toute sa force le
(') S. Aug. in Joati. Tract, u. n. 7 et seqq. — (') Joan. i. 8. — (3) Joan. V. 35. — - 0) S.Aug. in Joan. Tract. 11. n. 8.
bonheur que Dieu lui envoie. Confessons notre foi- Liesse et notre impuissance : c'est là le commencement de notre salut. Abaissons-nous vers saint Jean , et apprenons à élever peu à peu nos yeux foibles et tremblans à Je'sus-Ghrist.
Quatre circonstances de la vie et de la mort de saint Jean, préparatoires à la vie et à la mort de Jésus- Christ.
Je découvre quatre choses dans saint Jean, par où il me prépare à Jésus-Christ : premièrement, sa conception et sa nativité: secondement, sa vie étonnante dans le désert dès son enfance : troisièmement, sa prédication avec son baptême : quatrièmement , la persécution qu'on lui fait souffrir; sa prison et sa mort. Quatre mémorables circonstances de l'histoire de saint Jean-Baptiste, que nous remarquerons chacune à sa place , pour nous préparer à voir la gloire du Sauveur.
Suivons donc le saint précurseur, et voyons-le devancer en tout et partout le Fils de Dieu , tant dans sa vie que dans sa mort. Il va être conçu et paroître au monde. Marchez devant lui, saint précurseur , et prévenez les merveilles de la conception et de la naissance de votre maître. Mon ame, sois attentive au grand spectacle que Dieu prépare à ta foi! Seigneur, soyez loué à jamais pour les admi'rables préparations par lesquelles vous nous disposez à recevoir votre Christ !
STJR l;es mtstèhes. 265
Première circonstance préparatoire de la vie de saint Jean-Baptiste : sa conception.
Mon Sauveur devoit naître d'une vierge. Quelle plus belle pre'paration à ce mystère, que de faire naître saint Jean- Baptiste d'une stérile ? Jésus-Christ ne devoit avoir de Père que Dieu. Après Dieu , et sous sa puissance, que pouvoit-on donner à saint Jean-Baptiste, qui en approchât davantage qu'un sacrificateur qui fût en même temps un saint ? Ce fut le caractère de saint Zacharie, père de saint Jean- Baptiste. Il est dit de lui qu'il ctoit sacrificateur , et encore sacrificateur de la race d'Ahia ^ qui étoit la plus excellente. Sa sainteté répondoit à celle de son ministère ; et afin que tout se ressente ici de l'esprit de sainteté, ce fut durant l'exercice de sa fonction que Dieu lui envoya son ange, pour lui annoncer la conception de saint Jean-Baptiste (0.
Jésus - Christ devoit avoir une mère vierge : c'otoit là sa prérogative. Et qu'y avoit-il qui approchât davantage de cet honneur , que de naître d'une stérile , comme un autre Isaac, comme un Samson , comme un Samuel: ces enfans miraculeux de femmes stériles , sont des enfans de grâce et de prières. Et c'est par-là que fut consacrée la naissance de saint Jean-Baptiste , pour être l'avant -courrière de celle du Fils de Dieu.
(0 Luc. 1.5,6, et
seqq.
aÔ') ÉLÉVATIONS
Sainte Elisabeth e'toit , comme son mari, d'une vie sainte et irre'prochable devant Dieu et devant les hommes (0. Comme lui elle étoit aussi fille d'Aaron et de la race sacerdotale , qui étoit dans la tribu de Lévi aussi distinguée que la tribu de Lévi étoit élevée parmi les tribus d'Israël. Tout relève la naissance de saint Jean - Baptiste ; et rien ne pouvoit mieux préparer les voies au Messie qui devoit venir.
Outre la stérilité d'Elisabeth, elle étoit, comme Zacharie , avancée en âge : tout s'opposoit au fruit quelle devoit porter. Seigneur, nous sommes stériles : accablés de la vieillesse d'Adam et des anciennes habitudes de la corrupticn, nous ne pourrons produire aucun fruit : mais Dieu se plaît à tout tirer du néant.
La vertu ne vient jamais parmi les hommes que des lieux naturellement stériles : Et ou le péché abonde ^ cest là que la grâce veut surabonder {'^) : c'est à l'humilité à l'attirer. Confessons notre impuissance ; et Jean , c'est-à-dire , la grâce et la colombe j ou le Saint-Esprit j nous sera donné.
La conception de saint Jean-Baptiste , comme celle de Jésus - Christ est annojicée par l'ange saint Gabriel.
Je suis Gabriel^ un des esprits assistans de\^ant DieUj, que le Seigneur vous a envoyé pour vous par"
(0 Luc. I. 5, 6 et seqq. — (') Rom. V. 20.
SUR LliS MYSTÈRES. 267
1er et vous annoncer ces heureuses nou\>elles (0. Dieu destinoit à ce saint archange une bien plus haute ambassade, puisqu'il devoit annoncer Tenfantement d'une vierge ; mais afin de tout pre'parer , et donner foi aux paroles de son ange , Dieu lui fit auparavant annoncer l'enfantement d'une stérile : et avant que de promettre le Christ , il le chargea de promettre son saint précurseur.
Un des caractères des œuvres de Dieu , est de prendre le temps convenable; et c'est là un des traits des plus remarquables de sa sagesse. Zacharie ëtoit dans l'exercice le plus pur de la fonction sacerdotale , qui étoit celui d'oifrir les parfums au dedans du temple sur l'autel destiné à cette fonction ; et tout le peuple étoit au dehors en attente du saint sacrificateur qui devoit sortir du temple , après avoir accompli le ministère sacré. Ce fut à ce moment que l'ange du Seigneur lui apparut du côté droit de l'autel , où il oflicioit (^).
Le trouble dont il fut saisi à la vue de Fange, est l'effet de cette crainte religieuse , dont Famé est occupée , lorsque Dieu se rend présent par quelques moyens que ce soit. L'impression des choses divines fait rentrer Famé dans son néant ; elle sent plus que jamais son indignité : la frayeur qui accompagne ce qui est divin , la dispose à Fobéissance.
Ne craignez point , lui dit cet ange. Comme le premier effet de la présence divine est la frayeur dans le fond de Famé ; le premier effet de la parole portée de la part de Dieu , est de rassurer celui . à qui elle est adressée. V^otre prière est exaucée , et
(0 Luc. I. 19.— - (») Ibid. 9. ,
votre femme conce^^ra un fils (0. Il Tavoit donc demandé à Dieu -, et Jean , comme Samuel , fut le fruit de la prière. Mon ame, prie avec foi et persévérance ; l'ange du Seigneur viendra; une douce confiance se formera; quelque lumière céleste apparoî Ira dans le cœur, et Jean, qui est la grâce, en sera le fruit. Il faut demander ; c'est un acte nécessaire de la soumission qu'on doit à Dieu ; c'est une reconnoissance de sa puissance et de sa bonté : la confiance qui est le fruit d'un pur et fidèle amour , s'y fait ressentir \ c'est-à-dire qu'elle fait ressentir Dieu.
Vous lui donnerez le nom de Jean. Le même ange dit à Marie : Vous aurez un fils et vous lui donnerez le nom de Jésus (2) : et l'imposition du nom de Jean qui est ordonnée par l'ange , est la préparation à un plus grand nom.
Cet enfant vous mettra dans la joie et dans le ravissement ; et la multitude se réjouira à sa naissance (5). C'est ce que l'ange promet : c'est ce que nous verrons bientôt accompli.
Il sera grand des^ant le Seigneur (4). Le même ange, en annonçant Jésus-Christ, répète la même parole : // sera grand; mais il ajoute ; et il sera nommé le Fils du Très-haut (5). Jésus sera grand comme le fils ; Jean sera grand comme un serviteur, comme un héraut qui marche devant son maître, et inspire le respect à tout le monde. Jésus est grand par essence ; et Jean sera grand par un éclat et un rejaillissement de la grandeur de Jésus. Il ne boira point de vin ni de tout ce qui peut eni^
(0 Luc.i. i3. — W Ihid, 3i. — (3) Ihid, i/i.^{^)lbid. i5. — • C5) Jbid. 3a.
vrer ; et il sera rempli du Saint-Esprit des le ventre de sa mère (0. Commençons à voir dans Jean le caractère de la pénitence et de l'abstinence. Seigneur, je le reconnois : c'est lui qui prépare les voies à Jésus , et la pénitence est sa vraie avantcour rière.
C'est aussi un caractère de nazaréen; c'est-à-dire, un caractère de saint , de s'abstenir du vin et de tout ce qui enivre. Tolit ce qui flatte les sens et les transporte, est un obstacle à la sainteté : si vous évitez l'ivresse et la joie des sens, une autre ivresse vous sera donnée ; comme Jean vous serez rempli du Saint-Esprit, et transporté d'une joie céleste. Ne vous laissez donc point enivrer aux charmes des sens : n'attendez pas qtie le vin ,' que la joie du inonde vous renverse entièrement la raison : dès que vous la goûtez , vous commencez à perdre le goût de la grâce , et vous êtes déjà tout troublé : une épaisse vapeur vous olFusque les sens ; elle est douce, il est vrai ; mais c'est par-là qu'elle est pernicieuse ; tout se brouille dans notre cerveau ; et c'est hasard si nous ne tombons dans quelqu'étrange désordre. Fuyons , fuyons : des que le vin commehce h briller et à pétiller dans la coupe ^ il nous trompe en flattant nos sens; mais à la fin il nous mordra comme une couleuvre , et son poison se portera jusqu'à notre cœur (2).
(0 Luc. 1. 15. — W Prov. xxiii. 3i , Sa*
270 ELEVATIONS
Suite des paroles de l'ange : l'effet de la prédication de saint Jean-Baptiste est prédit.
Il convertira plusieurs des enfans d'Israël au Seigneur leur Dieu (0. Hélas! étant, déjà enfans d'Israël , avons-nous besoin d'être convertis ? Ne devons-nous pas avoir conservé la grâce ? Gémissons d'avoir besoin qu on nous convertisse. Mais hélas ! notre état est bien pire , puisque même nous résistons à la grâce qui veut nous changer; et plus durs que des pierres , nous ne voulons pas nous laisser convertir.
Le monde étoit dans un excès de corruption incompréhensible. La loi de Dieu n étoit pas seulement méprisée , mais encore on répandoit dans le peuple des maximes opposées. Il falloit un nouvel Elie pour émouvoir les pécheurs ; il falloit le feu d'Elie pour purifier ces consciences gangrenées. Il y falloit l'esprit et la "vertu d'Elie (2) ^ l'efficace de ses discours et la merveille de ses exemples. Qui nous donnera un Elie pour nous convertir au Sauveur j pour lui préparer les cœurs par la pénitence : pour l'amener l'ancienne discipline , et faire çue les pères reconnoissent leurs enfans ^ par le soin qu'ils leur verront prendre de les imiter ! Faisons revivre nos pères ; ressuscitons la foi d'x^braham ; réveillons cette vigueur apostolique de l'ancienne Eglise. Venez, Elie \
WXkc. I. 16. — (»)/^ttf. 17.
SUR LES MYSTÈÏIES. 2n I
venez pre'dicateurs de l'Evangile , avec une céleste ferveur ; remuez , ébranlez les cœurs ; excitez l'esprit de pénitence ; remplissez-nous de terreur à la vue du juge qui doit venir. Qu'on le craigne afin qu'on l'aime.
O Dieu ! l'incrédulité règne sur la terre. On n'est plus méchant par foiblesse ; on l'est de dessein , on l'est par principes, par maximes. Envoyez- nous quelque Jean-Baptiste qui confonde l'erreur; qui fasse voir que les incrédules sont des insensés. Ramenez-les à la véritable prudence ces incrédules (0 , et ces libertins de profession. La véritable prudence est de ne pas se croire soi-même, et de pratiquer ce que dit le sage : Ne vous fiez pas à votre prudence (2). Mais, Seigneur, confondez aussi l'imprudence de ceux qui disent qu'ils croient , encore qu'ils ne fassent rien de ce qu'ils croient. Ramenez donc les incrédules de toutes les sortes , à la prudence des justes. Les justes sont les seuls prudens , les seuls prévoyans , les seuls sages : ils ont la règle , ils la conservent ; ils ne sont pas humbles en parole, et orgueilleux en efibt ; dévots par contenance, et en clFet intéressés, vindicatifs, téméraires censeurs des autres, sans connoître, sans guérir leurs vices cachés.
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Sur l'incrédulité de Zacharie,
Zacharie répondit : Corhment saurai-je la vérité de ces paroles. Je suis vieux , et mafetp,me est déjà
(0 Luc. I. 17. — W Prov'. m. 5.
avancée en âge (0 ? Stérile dans son meilleur temps , comment pourra-t-elle devenir fe'conde dans sa vieillesse ?
L'incrédulité de Zacliarîe fut suivie d'une punition manifeste. L'ange lui déclara qu'il serait muet (2). C'est un des endroits par où la prédiction de la conception du précurseur est inférieure à celle du maître, où il ne paroît que foi et obéissance. Dieu fit servir la faute et le châtiment du saint sacrificateur à la déclaration de son ouvrage : tout le peuple s'aperçut qu'il avoit eu une vision dans le temple, et par le long temps qu'il y demeura contre la coutume , et parce que , pour s'excuser , et aussi pour faire connoître l'œuvre de Dieu, il faisoit signe, comme iî pouvoit , qu'il étoit devenu muet , pour avoir été incrédule à une céleste vision.
Profitons de cet exemple. Quand vous opérerez en moi pour me convertir. Seigneur, j'espérerai en votre grâce : je ne dirai pas , Je suis stérile , je ne puis entreprendre un aussi grand ouvrage ; je ne serai pas de ceux dont parle saint Paul , qui désespérant d'eux-mêmes j se li\^rent à toutes sortes de désordres (3) ; mais je dirai au contraire avec cet apôtre : Je puis tout en celui qui me fortifie (4).
Dieu est fidèle et véritable , quoique les hommes soient incrédules ; et leur incrédulité n'anéantit pas la promesse de Dieu. Celle qu'il fît faire à Zacharie eut un prompt accomplissement : Elisabeth devint grosse miraculeusement , et il est dit qu'e//e se cacha cinq mois ; parce que c est là, disoit-elle & , ce que
{})Luc. I. 18. — (>) IbiJ. 20,21, aa. — ^ C') Ephes. iv. 19
(4^ PhiUp. IV. 1 3. — (5) Luc. I. a4 , a5,
la
SUll LES MYSTERES. 2^3
le Seigneur a fait en moi , lorsqu'il a voulu me tirer de l'opprobre ou fétois devant les hommes à cause de ma stérilité'. Les grandes grâces demandent un grand recueillement pour être goûtées à loisir et dans le silence , et pour envoyer au ciel ses remercîmens du fond de sa retraite. On ne laisse pas d'entrevoir qu'il entre dans celle d'Elisabeth durant cinq mois , et jusqu'à ce que sa grossesse parût , un secret dessein d'éviter les discours des hommes. Malgré le miracle qui rend féconde une stérile, la conception humaine a dans son fond quelque chose qu'il faut cacher , surtout dans un grand âge : et Ton sait ce que dit Sara dans une occasion semblable (0. Mais nous allons voir une conception où il n'y a rien que de saint, et à la fois de miraculeux. Il falloitque le maître fût conçu d'une manière plus haute que celle du précurseur ; et que le même ambassadeur qui fut l'ange saint Gabriel, en portant à la sainte Vierge une parole plus excellente et plus relevée , eût aussi un succès plus sublime et plus merveilleux.
(0 Gen. XVIII. lo, ii ,12 , i^.
BossuET. vm. iB