‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 2)Chapitre 17 sur 46 · XII.^ SEMAINE · texte numérisé non relu

XII.^ SEMAINE

PREMIERE ELEVATION

L'annonciation de la sainte Vierge : salut de range.

Av sixième mms de la grossesse d'Elisabeth , l'ange Gabriel fut enwojré dans une ville de Galilée j nommée Nazareth ^ à une vierge quun homme appelé Joseph , de la maison de David j avoit épou" sée; et le nom de la vierge étoit Marie (0.

Dès que nous voyons l'ange saint Gabriel envoyé, nous devons attendre quelque excellente nouvelle sur la venue du Messie. Lorsque Dieu voulut apprendre à Daniel homme de désirs l'arrivée prochaine du Saint des saints , qui devoit être oint et immolé (2), le même ange fut envoyé à ce saint prophète. Nous venons encore de le voir envoyé à Zacliarie ; et à son seul nom nos désirs pour le Christ du Seigneur doivent se renouveler par de saints transports.

Ce n*est pas dans Jérusalem , la ville royale , ni dans le temple qui en faisoit la grandeur , ni dans le sanctuaire qui en est la partie la plus sacrée , ni paimi les exercices les plus saints d'une fonction toute divine , ni à un homme aussi célèbre par sa

(') Luc. 1. 26, 27. — 0) Dan. ix. 21 et seqq.

vertu que par la dignité de sa charge ^ et par l'éclat d'une race sacerdotale , que ce saint ange est envoyé à cette fois. C'est dans une ville de Galilée, province des moins estimées , dans une petite ville dont il faut dire le nom à peine connu. C'est à la femme d'un homme , qui , comme elle , étoit à la vérité de la famille royale , mais réduit à un métier mécanique. Ce n'étoit pas une Elisabeth , dont la considération de son mari faisoit éclater la vertu. Il n'en étoit pas ainsi de la femme de Joseph , qui étoit choisie pour être la mère de Jésus; femme d'un artisan inconnu, d'un pauvre menuisier; l'ancienne tradition nous apprend qu'elle gagnoit ellemême sa vie par son travail ; ce qui fait que Jésus- Christ est appelé par les Pères les plus anciens : fahri et quœsiuariœ Filins.

Ce n'est point la femme d'un homme célèbre , et dont le nom fût connu : elle avoit épousé un homme nommé Joseph; et on Vappeloit Marie. Ainsi, à l'extérieur , cette seconde ambassade de l'ange est bien moins illustre que l'autre. Mais voyons le fond, et nous y découvrirons quelque chose de bien plus élevé.

L'ange commence par ces mots d'une humble salutation : Je vous salue , pleine de grâce : trèsagréable à Dieu : remplie de ses dons : le Seigneur est avec vous , et vous êtes bénie par-dessus toutes les femmes (0. Ce discours est d'un ton beaucoup plushaut que celui qui fut adressé à Ztacharie. On commence par lui dire : Ne craignez point , comme à un homme qu'on sait qui a sujet de craindre ; et vos (0 Luc. I. 28, 29.

prières j, lui dit-on, sont exaucées. Mais ce qu'on annonce à Marie, elle ne pouvoit pas même l'avoir demande', tant il y avoit de sublimité et d'excellence. Marie, humble, retire'e, petite à ses yeux, ne pensoit pas seulement qu'un ange la pût saluer, et surtout par de si hautes paroles : c'est son humilité qui la jeta dans le trouble. Mais l'ange reprit aussitôt : Ne craignez point, Marie (0. Il n'avoit point commencé par-là, comme on a vu qu'il lit à Zacharie : mais quand Marie eut montré son trouble causé par sa seule humilité, il fallut bien lui répondre : Ne craignez point j, Marie , uous avez trouué grâce dewant le Seigneur : p^ous concevrez dans votre sein,, et vous enfanterez un fils (2). Votre conception miraculeuse sera suivie d'un enfantement aussi admirable. Il y en a qui conçoivent, mais qui n'enfantent jamais, qui n'ont que de stériles et infructueuses pensées. Mon Dieu ! à l'exemple de Marie, faites que je conçoive et que j'enfante. Et que dois-je enfanter, sinon Jésus-Christ? Je vous enfante^ disoit saint Paul (3), jusqua ce que Jésus- Christ soit formé dans vous. Tant que Jésus-Christ, c'est-à-dire , une vertu consommée n'est pas en nous, ce n'est encore qu'une foible et imparfaite conception : il faut que Jésus- Christ naisse dans nos âmes par de véritables vertus, et accomplies selon la règle de l'Evangile.

Cet homme que Jésus aima (4), quand il le vit si bien parler du précepte de l'amour divin, n'avoit encore pourtant qu'une simple et foible conception :

(0 Luc. 1. 3o. -*(') Ibid. 3i. — (3) Gai. vi. 19. — (4) Marc. \. "21 et seqq.

SUll LES MYSTÈRES. 2'JJ

et dès qu'il lui fallut quitter ses richesses qu'il aimoit , il se retira avec larmes, et abandonna l'ouvrage où Jésusl'avoitappelé. Celui qui vouloit encore uJler ensey^elir son père , avant que de suivre le Sauveur (0 , ne l'avoit conçu qu à demi : et quand on l'a enfanté, on ne connoît ni d'excuse, ni de retardement. On ne se laisse non plus rebuter par aucune difficulté. Et quand Jésus-Christ nous dit : Les renards ont leurs tanières, et les oiseaux leurs Tiids ; mais le Fils de l'homme n'a pas ou reposer sa tête (2) : ceux qui cherchent encore un chevet, et le moindre repos dans les sens , n'ont pas enfanté Jésus. Ce qu'ils regardent comme grand , n'est qu'une imparfaite conception , un avorton qui ne voit jamais le jour.

La conception et T enfantement de Marie : le règne de sonjils et sa divinité,

F'ovs concevrez et enfanterez un fils , et vous lui donnerez le nom de Jésus , de Sauveur. // sera grand (5) ; non pas à la manière de Jean , qui étoit grand comme le peut être un serviteur : mais celui-ci sera grand delà grandeur qui convient au Fils. Aussi l'appellera-t-on : Le Fils du Très-haut (4). Et ce ne sera pas par une simple dénomination ou par adoption, comme les autres qui sont appelés enfans de Dieu. Il sera le Fils de Dieu effectivement , le Fils

(0 Matth. VIII. ai. — (') IbLâ. 20. — (3) Luc. i. 3i , 32. — (.4) Ibid,

O.'jS KLÉVATIONS

unique , le Fils par nature : c'est pourquoi on lui en donnera le nom avec une farce particulière. Il ne faut pas croire que ce soit un terme diminutif, de dire que Je'sus sera appelé le Fils de Dieu (0; autrement on pourroit dire de même , que ce que dit l'ange, qu'Elisabeth e^z appelée stérile (2), est une espèce de diminution de la stérilité : au contraire , il faut entendre une véritable et entière stérilité.

Croyons donc que Jésus est appelé Fils , parce qu'il l'est proprement , effectivement ,, naturellement : par conséquent uniquement j Dieu en qui tout est parfait , devant avoir un Fils parfait et par conséquent unique. Et c'est pourquoi , Dieu lui donnera le trône de David son père selon la chair. ^ Ce trône que David même voyoit en esprit, lorsqu'il disoit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Sojez assis à ma droite (5) ; c'est son Fils et son Seigneur tout ensemble. Ce trône de David son père , n'est que la figure de celui que Dieu , qui l'a engendré avant ï aurore (4) ^ lui prépare. // aura donc le trône de David son père ^ et il régnera éternellement dans la maison de Jacob (5). Quel autre peut régner éternellement , qu'un Dieu à qui il est dit : Votre trône, ô Dieu , sera éternel (6) ? Et c'est pourquoi on ne verra point la fin de son règne.

O Jésus ! dont le règne est éternel, en verra-t-on la fin dans mon cœur ? Cesserai-je de vous obéir ? Après avoir commencé selon l'esprit, fînirai-je selon la chair ? Me repentirai-je d'avoir bien fait ? Me livrerai-je de nouveau au tentateur , après tant de

(1) Luc. I. 35.— W Ibid. 36. — (3) Ps. cix. I. MaUh. xxii. 43, 44. — CO Ps. cix. 3. — C5) Luc. 1. 33. — (Gj Ps. xnv. 7. Heb. i. 3.

saints efTarts pour me retirer de ses mains? L'orgiieil ravagera-t-il la moisson si prête à être recueillie ? Non, il faut être de ceux dont il est écrit : Ne cessez point de traînailler ^ parce que la moisson que vous avez h recueillir ne doit point souffrir de défaillance (0.

La virginité de Marie : le Saint-Esprit surs^enu en elle : son Fils saint par son origine.

Dieu qui avoit pre'destiné la sainte Vierge Marie pour l'associer à sa très-pure ge'ne'ration , lui inspira l'amour de la virginité dans un degré si ëminent , que non-seulement elle en fit vœu , mais que même après que l'ange lui eut de'clarë quoi fds elle devoit concevoir , elle ne voulut point acheter l'honneur d'en être la mère au prix de sa virginité.

Elle repond donc à l'ange , Comment cela sfi fera-t-il ^ puisque je ne connais point d homme (2)? c'est-à-dire, j'ai re'solu de tout temps de n'en point connoître. Cette résolution marque dans Marie un goût exquis de la chasteté , et dans un degré si émirent qu'elle est à l'épreuve , non-seulement de toutes les promesses des hommes, mais encore de toutes celles de Dieu. Que pouvoit-il promettre de plus grand que son Fils , en la même qualité qu'il le possède lui-même ; c'est-à-dire, en la qualité de Fils? Elle est prête à le refuser s'il lui faut perdre sa vi: -

(0 Gai vî. 9. — W Luc. 1. 34.

28o ÉLÉVATIONS

ginité pour Tacquerir. Mais Dieu à qui cet amour acheva, pour ainsi dire, de gagner le cœur, lui fit dire par son ange : Le Saint-Esprit surviendra en vous ^ et la "vertu du Très-haut vous couvrira (0. Dieu même vous tiendra lieu d'e'poux ; il s'unira à votre corps ; mais il faut pour cela qu'il soit plus pur que les rayons du soleil. Le très-pur ne s'unit qu'à la pureté ; il conçoit son Fils seul dans son sein paternel , sans partager sa conception avec un autre : il ne veut , quand il le fait naître dans le temps , le partager qu'avec une vierge, ni souffrir qu'il ait deux pères.

Virginité', quel est votre prix ! Vous seule pouvez faire une mère de Dieu; mais on vous estime encore plus qu'une si haute dignité.

Le Saint-Esprit surviendra en vous , et la vertu du Tres-haul vous couvrira ; et c'est pourquoi la chose sainte qui naîtra en vous , sera nommée le Fils de Dieu (2). Qui nous racontera sa génération (3) ? Elle est inexplicable et inénarrable. Ecoutons néanmoins ce que l'ange nous en raconte par ordre de Dieu : La vertu du Très - haut vous couvrira. Le Très-haut , le Père céleste étendra en vous sa génération éternelle : il produira son Fils dans votre sein , et y composera de votre sang un corps si pur, que le Saint-Esprit sera seul capable de le former. En même temps ce divin Esprit y inspirera une ame, qui n'ayant que lui pour auteur, sans le concours d'aucune autre cause , ne peut être que sainte. Cette ame et ce corps, par l'extension de la vertu générative de Dieu , seront unis à la personne du

(') Luc. 1. 35. — W Ibicl — (3) Is. un. 8.

SUn LES MYSTÈRES. 281

Fils de Dieu ; et dorénavant ce qu'on appellera le Fils de Dieu sera ce tout composé du Fils de Dieu et de l'homme. Ainsi , ce qui sortira de uolre sein, sera proprement et véritablement appelé le Fils de Dieu. Ce sera aussi une chose sainte par sa nature ; sainte : non d'une sainteté dérivée et accidentelle , mais substantivement : Sanctum : ce qui ne peut convenir qu'à Dieu , qui seul est une chose sainte par nature. Et comme cette chose sainte, qui est le Verbe et le Fils de Dieu, s'unira personnellement à ce qui sera formé de votre sang ; à l'ame qui y sera unie , selon les lois éternelles imposées à toute la nature par son Créateur, ce tout, ce composé divin , sera tout ensemble le Fils de Dieu et le vôtre.

Voilà donc une nouvelle dignité créée sur la terre : c'est la dignité de mère de Dieu, qui enferme de si grandes grâces , qu'il ne faut ni tenter ni espérer de les comprendre par sa pensée. La parfaite virginité de corps et d'esprit fait partie d'une dignité si éminente. Car si la concupiscence, qui depuis le péché originel est inséparablement attachée à la conception des hommes , lorsqu'elle se fait à la manière ordinaire, s'étoit trouvée en celleci , Jésus-Christ auroit dû naturellement contracter cette souillure primitive , lui qui venoit pour l'effacer. Il falloit donc que Jésus-Christ fût fils d'une vierge, et qu'il fût conçu du Saint-Esprit. Ainsi donc Marie demeure vierge , et devient mère : Jésus-Christ n'appellera de père que Dieu ; mais Dieu veut qu'il ait une mère sur la terre.

Chastes mystères du christianisme, qu'il faut être

a82 ÉLÉVATIOîS'S

purs pour vous entendre 1 Mais combien plus le faut-il être pour vous exprimer dans sa vie par la sincère pratique des vérités chrétiennes î

Nous ne sommes plus de la terre , nous dont la foi est si haute j et notre con\^ersation est dans les deux (0.

La conception de saint Jean - Baptiste prépare a croire la conception de Jésus-Christ.

L'aivge continue : Et voilà que voU^e cousine Elisabeth a elle-même conçu unjils dans sa vieillesse ; et c'est ici le sixième mois de celle qui étoit appelée stérile ; et qui par-dessus la stérilité naturelle', avoit encore celle de l'âge et de la vieillesse : parce que rien nest impossible à Dieu ('^). Marie n'avoit pas besoin qu'on lui alléguât des exemples de la toutepuissance divine; et c'est pour nous, à qui le mystère de son annonciation devoit être révélé, que l'ange apporte cet exemple. Dieu vouloit néanmoins que la sainte Vierge connût la conception de saint Jean-Baptiste, à cause du grand mystère qu'il nous préparoit par la connoissance qu'on lui donne de ce miracle.

Marie fut transportée en admiration de la puissance divine dans tous ses degrés. Elle vit que par le miracle souvent répété, de rendre fécondes les stériles , il avoit voulu préparer le monde au miracle unique et nouveau de l'enfantement d'une

{}) Philip. III. 20- — K'>')Luc. I. 36,3;.

vierge; et transporte'e en esprit d'une sainte joie parla merveille que Dieu vouloit ope'rer en elle, elle dit d'une voix soumise : Foici la servante du Seigneur; quil me soit fait selon votre parole (0.

Sur ces paroles : Je suis la servante du Seigneur.

DfEu n'avoit pas besoin du consentement et de l'obéissance de la sainte Vierge , pour faire d'elle ce qu'il vouloit , ni pour en faire naître Jésus-Christ, et en former dans ses entrailles le corps qu'il vouloit unir à la personne de son Fils : mais il vouloit donner au monde de grands exemples; et que le grand mystère de l'incarnation fût accompagné de toutes sortes de vertus dans tous ceux qui y avoient part. C'est ce qui a mis dans la sainte Vierge et dans saint Joseph son chaste époux , les vertus que l'Evangile nous fait admirer.

Il y a encore ici un plus haut mystère. La désobéissance d'Eve notre mère; son incrédulité envers Dieu ; sa malheureuse crédulité à l'ange trompeur étoit entrée dans l'ouvrage de notre perte : et Dieu a voulu aussi par une sainte opposition, que l'obéissance de Marie , et son humble foi entrât dans l'ouvrage de notre rédemption. En sorte que notre nature fût réparée par tout ce qui avoit concouru à sa perte ; et que nous eussions une nouvelle Eve en Marie, comme nous avons en Jésus-Christ un nouvel Adam, afin que nous puissions dire à cette

(0 Luc I. 38.

vierge avec de saints gémissemens : Nous crions à vous, misérables bannis, enlans d'Eve, en ge'missant et pleurant dans cette vallée de larmes : offrezles à votre cher Fils , et nous montrez à la fin ce béni fruit de vos entrailles que nous avons reçu par votre moyen.

C'est ici le solide fondement de la grande dévotion que l'Eglise a toujours eue pour la sainte Vierge. Elle a la même part à notre salut , qu'Eve a eue à notre perte. C'est une doctrine reçue dans toute l'Eglise catholique par une tradition qui remonte jusqu'à l'origine du christianisme. Elle se développera dans toute la suite des mystères de l'Evangile. Entrons donc dans la profondeur de ce dessein : imitons l'obéissance de Marie : c'est par elle que le genre humain est sauvé, et que selon l'ancienne promesse, la tête du serpent est écrasée (0.

Trois vertus principales de la sainte Vierge dans son annonciation.

La sainte virginité devoit être la première disposition pour faire une mère de Dieu. Car il falloit une pureté au-dessus de celle des anges, pour être unie au Père éter^nel, pour produire le même Fils que lui. Il falloit aussi être disposée par la même pureté, à recevoir la vertu d'en-haut, et le Saint- Esprit survenant. Cette haute résolution de renoncer à jamais à toute la joie des sens, comme si on

(') Gen. m. i5.

etoit sans corps ; c'est ce qui fait une vierge , et qui préparoit sur la terre une mère au Fils de Dieu. Mais tout cela, ce n'étoit rien sans l'humilité. Les mauvais anges étoient chastes; mais avec toute leur chasteté y parce qu'ils étoient superbes, Dieu les a repoussés jusqu'aux enfers. Il falloit donc que Marie fût humble , autant que ces rebelles ont été superbes : et c'est ce qui lui a fait dire : Je suis la servante du Seigneur (0. Il ne falloit rien moins pour la faire mère. Mais la dernière disposition étoit la foi. Car il falloit concevoir le Fils de Dieu dans son esprit avant que de le concevoir dans son corps; et cette conception dans l'esprit étoit l'ouvrage de la seule foi : Ou il me soit fait selon votre parole. Par-là donc cette parole entra dans la sainte Vierge comme une semence céleste : et la recevoir en soi , qu'étoit-ce autre chose que de concevoir le Verbe en esprit ?

Ayons donc une ferme foi , et espérons tout de la bonté et de la promesse divine. Le Verbe s'incorporera à nous, et par cette espèce d'incarnation nous participerons à la dignité de la mère de Dieu, conformément à cette sentence du Sauveur : Celui fjui écoute la parole de Dieu et qui fait sa volonté , est mon frère , ma sœur et ma mère (2). Tel est donc le fondement de la gloire de la sainte Vierge. La suite développera d'autres effets de la prédestination de cette vierge , mère de Dieu ; et ce seront les effets du Verbe de Dieu en elle et en nous. Mais avant que de contempler les effets d'un si saint auteur , il faut auparavant en contempler la gvandeur en elle-même.

(») Luc. I. 38. — (')/èiV7. vni. ai.

Yll.e ELEVATION.

Jésus 'Christ devant tous les temps : la théologie de saint Jean l'Ei^angéliste.

Ou vais-je me perdre , dans quelle profondeur , dans quel abîme ! Jésus-Christ avant tous les temps peut-il être l'objet de nos connoissances? Sans doute, puisquç c est à nous qu'est adressé l'Evangile. Allons, marchons sous la conduite de l'aigle des évangélistes, du bien-aimé parmi les disciples, d'un autre Jean que Jean-Baptiste, de Jean enfant du tonnerre {^) y qui ne parle point un langage humain, qui éclaire, qui tonne , qui étourdit , qui abat tout esprit créé sous l'obéissance de la foi, lorsque par un rapide vol fendant les airs, perçant les nues, s'élevant audessus des anges, des vertus, des chérubins et des séraphins, il entonne son évangde par ces mots : ^u commencement étoit le Verbe (2). C'est par où il commence à faire connoître Jésus - Christ. Hommes , ne vous arrêtez pas à ce que vous voyez commencer dans Tannonçiation de Marie. Dites avec moi : Au commencement étoit le Verbe. Pourquoi parler du commencement , puisqu'il s'agit de celui qui n'a point de commencement ? C'est pour dire , qu'au commencement , dès l'origine des choses , il étoit : il ne commençoit pas : il étoit : on ne le créoit pas , on ne le faisoit pas : il étoit. Et qu'étoit-il? Qu'étoit celui qui sans être fait , et sans avoir de commencement, quand Dieu commença tout, étoit déjà?

0) Marc. m. 17. — x') Joan. 1. i.

SUR LES MYSTÈftES. 287

Ë toit-ce une matière confuse que Dieu commençoit à travailler, à mouvoir, à former ?!N on , ce qui étoit au commencement, étoit le Verbe ^ la parole inte'rieure, la pensée, la raison, l'intelligence, la sagesse , le discours intérieur : sermo : discours sans discourir , où Ton ne tire pas une chose de l'autre par raisonnement : mais discours où est substantiellement toute vérité, et qui est la vérité mémo.

Où suis-je ? Que vois-je ? Qu entends-je ? Tais-toi , ma raison : et sans raison , sans discours , sans images tirées des sens, sans paroles formées par la langue , sans le secours d'un air battu , ou d'une imagination agitée , sans trouble , sans effort humain : disons au dedans, disons par la foi avec un entendement , mais captivé et assujetti : ^u commeivcement , sans commencement, avant tout commencement, au-dessus de tout commencement , étoit celui qui est et qui subsiste toujours: le Verbe, la parole, la pensée éternelle et substantielle de Dieu.

// étoile il subsistoit ; mais non comme quelque chose détachée de Dieu: car il étoit en Dieu (0. Et comment expliquerons - nous : être en Dieu , est-ce y être d'une manière accidentelle, comme notre pensée est en nous? Non : le Verbe n'est pas en Dieu de cette sorte. Comment donc? Comment expliquerons-nous ce que dit notre aigle , notre évangéliste ? Le Verbe était chez Dieu : apud Deum : pour dire qu'il n'étoit pas quelque chose d'inhérent à Dieu , quelque chose qui affecte Dieu , mais quelque chose qui demeure en lui comme y subsistant , comme étant en Dieu une personne , et une autre personne

(') Joan. I. 2.

que ce Dieu en qui il est. Et cette personne etoit une personne divine : elle éLoit Dieu (0. Comment Dieu ? Etoit-ce Dieu sans origine? Non : car ce Dieu est Fils de Dieu, est Fils unique, comme saint Jean l'appellera bientôt. Nous aidons ^ dit-il, vu sa gloire comme la gloire du Fils unique ('^). Ce Verbe donc qui est en Dieu, qui demeure en Dieu , qui subsiste en Dieu, qui en Dieu est une personne sortie de Dieu même et y demeurant; toujours produit, toujours dans son sein, ainsi que nous le verrons sur ces paroles : Vnigenitus Filius qui est in sinu Patris: Le Fils unique qui est dans le sein du Père (3). Il en est produit , puisqu'il est Fils : il y demeure , parce qu'il est la pensée élernellement subsistante. Dieu comme lui; car le Verbe étoit Dieu : Dieu en Dieu, Dieu de Dieu, engendré de Dieu , subsistant en Dieu : Dieu, comme lui, au-dessus de tout, béni aux siècles des siècles. Amen. Il est ainsi, dit saint Paul (4).

Ah! je me perds, je n'en puis plus : je ne puis plus dire G^Amen ; il est ainsi : mon cœur dit : // est ainsi} Amen. Quel silence ! quelle admiration ! quel étonnement ! quelle nouvelle lumière ! mais quelle ignorance ! Je ne vois rien , et je vois tout. Je vois ce Dieu qui étoit au commencement , qui subsistoit dans le sein de Dieu ; et je ne le vois pas. Amen ; il est ainsi. Voilà tout ce qui me reste de tput le discours que je viens de faire , un simple et irrévocable acquiescement par amour, à la vérité que laj foi me montre. Amen , amen , amen. Encore une fois : Amen. A jamais , amen.

(0 Joan. I. 2. — W Uid. il^.^{^)lbid. 44- — (4) Rom. ix. 5.

Suite de V Evangile de saint Jean.

Le Verbe au commencement étoit subsistant en Dieu (0. Remontez au commencement de toutes choses ; poussez vos pensées le plus loin que vous pouvez : allez au commencement du genre humain : il étoit, hoc erat (^). Allez, au premier jour, lorsque Dieu dit: Que la lumière soit; // étoit, hoc erat. Remontez. Elevez - vous avant tous les jours au-dessus de ce premier jour , lorsque tout étoit confusion et ténèbres : hoc erat, il étoit. Lorsque les anges furent créés dans la vérité, en laquelle Satan et ses sectateurs ne demeurèrent point : // étoit, hoc erat. Au commencement , avant tout ce qui a pris commencement, hoc erat. Il étoit seul, en son Père , auprès de son Père , au sein de son Père. // étoit, et qu étoit-il ? qui le pourroit dire? qui nous racontera , qui nous expliquera sa génération (3) ? // étoit : car comme son Père , il est celui gui est (4) ; il est le parfait ; il est l'existant , le subsistant, et Tetre même. Mais qu'étoit-il? qui le sait? On ne sait rien autre chose, sinon quil étoit; c'està-dire, qu il étoit; mais qu'il étoit engendré de Dieu , subsistant en Dieu; c'est-à-dire, qu'il étoit Dieu, et qu'il étoit Fils.

Où voyez-vous qu'il étoit ? Toutes choses ont été faites par lui , et sans lui rien n'a été fait de tout ce qui a été fait. Concevons , si nous pouvons , la

(0 Joan. I. 3. — W Ihid. i. — (3) Is. lui. 8. — (4; Exod. m. 14. BOSSUET. VIII. 19

différence de celui qui ëtoit , d'avec tout ce qui a été fait. Etre celui qui étoit, et par qui tout a été fait , et être fait : quelle immense distance de ces deux choses ! Etre et faire , c'est ce qui convient au Verbe : être fait j c'est ce qui convient à la créature. Il étoit donc comme celui par qui devoit être fait tout ce qui a été fait , et sans qui rien n'a été fait de tout ce qui a été fait ? Quelle force , quelle netteté pour exprimer clairement que tout est fait par le Verbe ! Tout par lui , rien sans . lui ; que reste~t-il au langage humain pour exprimer que le Verbe est le créateur de tout, ou, ce qui est la même chose , que Dieu est le créateur de tout par le Verbe? Car il est créateur de tout, non point par effort, mais par un simple commandement et par sa parole, comme il est écrit dans la Genèse (0, et conformément à ce verset de David : // a dit , et tout a été fait, lia commandé et tout a été créé (2). N'entendons donc point par ce par , quelque chose de matériel et de ministériel. Tout a été fait par le^ Verhe j, comme tout être intelligent agit et fait ce qu'il fait par sa raison , par sa pensée , par sa sagesse. C'est pourquoi , s'il est dit ici , que Diieu fait tout par son Verhe , qui est sa sagesse et sa pensée , il est dit ailleurs , que la sagesse éternelle (juil a engendrée en son sein , et qui a été conçue et enfantée auajit les collines , est avec lui j avec lui ordonne et arrange toutj se joue en sa présence , et se délecte par la facilité et variété de ses desseins et de ses ouvrages (5). Ce qui a fait dire à Moïse ,

(') Gen. I. 3, 6 ctseq. — {") Ps. xxxii. y. — i}) Prov. vm. 32, 23 tt SCfjq.

que Dieu vit ce qiiil avait fait par son commandement qui est son Verbe , qu'il en fut content , et vit qù il était bon et très-bon (0. Où vit-il cette bonté des choses qu il avoit faites , si ce n'est dans la bonté même de la sagesse et de la pensée où il les avoit destinées et ordonnées ? C'est pourquoi aussi il est dit, qu'il a possédé j, c'est-à-dire, qu'il a engendré, <|u'il a conçu , qu'il a enfanté sa sagesse j en laquelle il a vu et ordonné le commencement de ses voies (2). // s'est délecté en elle ^ il en a fait son plaisir ; et cette éternelle sagesse, pleine de bonté, et infiniment bienfaisante, a fait son plaisir, ses délices d'être, de converser avec les hommes. Ce qui s'est accompli parfaitement, lorsque le Verbe s'est fait homme, s est fait chair, s'est incarné, et qu'il a fait sa demeure au milieu de nous (^).

Délectons-nous donc aussi dans le Verbe, dans la pensée, dans la sagesse de Dieu. Ecoutons la parole, qui nous parle, dans un profond et admirable silence. Prêtons-lui l'oreille du cœur. Disons-lui comme Samuel : Parlez , Seigneur , parce que votre serviteur écoute (4). Aimons la prière, la communication, la familiarité avec Dieu. Qui sera celui, qui s'imposant silence à soi-même, et à tout ce qui n'est pas Dieu, laissera doucement écouler son cœur vers le Verbe, vers la sagesse éternelle, surtout depuis qu'z7 s'est fait homme , qu'// a établi sa demeure au milieu de nous? En nous-mêmes, in nabis, dans ce qu'il y a de plus intime en nous, selon ce qui est écrit : // a enseigné la sagesse à

(») Gen.j. 18, 21, 25, 3i. — W Proi^. vin. 22 — (3) /oa«. i. 14. — ifi) I.Reg. 111. 10,

Jacoh son serviteur j et à Israël son bien- aimé. Apres il a été vu sur la terre ^ et a com^ersé avec les hommes (0.

Que de vertus doivent naître de ce commerce avec Dieu, et avec son Verbe? Quelle humilité! quelle abne'gation de soi-même ! quel de'vouement ! quel amour envers la vérité ! quelle cordialité ! quelle candeur ! Que notre discours soit en simplicité , et sans faste , cela est, cela n est pas (2) ; et que nous soyons vrais en tout , puisque la vérité a établi sa demeure en nous (^).

La vie dans le Verbe : T illumination de tous les hommes.

En lui étoit la vie, et la vie étoit la lumière des hommes (4). On appelle vie dans les plantes, croître, pousser des feuilles, des boutons, des fruits. Que cette vie est grossière ; qu'elle est morte ! On appelle vie, voir, goûter, sentir, aller deçà et delà, comme on est poussé. Que cette vie est animale et muette ! On appelle vie , entendre , connoître , se connoître soi-même , connoître Dieu , le vouloir, l'aimer , vouloir être heureux en lui, l'être par sa jouissance: c'estla véritable vie. Mais quelle en est la source ? Qui est-ce quise connoît, quis'aime soi-même, et qui jouit de soi-même, si ce n'est le Verbe ? En lui donc étoit la

(») Baruc. m. 87. 38. — W Mauh. v. 3;,— Q)J. Joan. i\. la. — . (4) Joan. I. 4-

SUR LES MYSTÈRES. igZ

vie. Mais d'oii vient-elle, si ce n'est de son éternelle et vive génération? Sorti vivant d'un Père vivant, dont il a lui-même prononcé : Comme le Père a la vie en soi ^ il a aussi donné à son Fils d'avoir la vie en soii^). Il ne lui a pas donné la vie comme tirée du néant ; il lui a donné la vie de sa vive et propre substance : et comme il est source de vie , il a donné à son Fils d'être une source de vie. Aussi cette vie de l'intelligence est la lumière gui éclaire tous les hommes. C'est de la vie de l'intelligence, de la lumière du Verbe, qu'est sortie toute intelbgence et toute lumière.

Cette lumière de vie a lui dans le ciel , dans la splendeur des saints, sur les montagnes, sur les esprits élevés, sur les anges; mais elle a voulu aussi luire parmi les hommes, qui s'en étoient retirés. Elle s'en est approchée : et afin de les éclairer , elle leur a porté le flambeau jusqu'aux yeux par la prédication de l'Evangile. Ainsi la lumière luit parmi les ténèbres , et les ténèbres ne Vont pas comprise ('2). Un peuple qui habitoit dans les ténèbres a vu une grande lumière. La lumière s'est levée sur ceux qui étoient assis dans les ténèbres , et dans l'ombre de la mort (3).

La lumière luit dans les ténèbres ^ et les ténèbres ne Vont pas comprise. Les âmes superbes n'ont pas compris l'humilité de Jésus-Christ. Les âmes aveuglées par leurs passions n'ont pas compris Jésus- Christ, qui n'avoit en vue que la volonté de son Père. Les âmes curieuses, qui veulent voir pour le plaisir de voir et de connoître, et non pas pour ré-

(0 Joan. V. 26. — \?) lùiil 1. 5. — K^) MaUli. iv. iG.

gler leurs mœurs , et mortifier leurs cupidités , n'ont rien compris en Jésus-Christ, qui a commencé par faire, et qui après a enseigné (0. Les malheureux mortels ont voulu se réjouir par la lumière (^) , et non pas laisser embraser leui's cœurs du feu que Jésus-Christ venoit allumer (5). Les âmes intéiessées, toutes enveloppées dans elles-mêmes, n'ont pas compris Jésus-Christ , ni le précepte céleste de se renoncer soi-même. La lumière est venue j et les ténèbres ny ont rien compris. Mais la lumière du moins l'a-t-elle compris? Ceux qui disoient : Nous voyons (4), et qui s'aveugioient eux-mêmes parleur présomption, ont-ils mieux compris Jésus-Christ? Non , les prêtres ne l'ont pas compris. Les pharisiens ne l'ont pas compris. Les docteurs de la loi ne l'ont pas compris. Jésus-Christ leur a été une énigme. Ils n'ont pu souffrir la vérité, qui les humilioit , les reprenoifc, les condamnoit; et à leur tour ils ont condamné, ils ont tourmenté, contredit, crucifié la vérité même.

Le comprenons-nous , nous qui nous disons ses disciples , et qui cependant voulons plaire aux hommes , nous plaire à nous-mêmes , qui sommes des hommes, et des hommes si corrompus? Humilionsnous, et disons : La lumière luit encore tous les jours dans les~ ténèbres par la foi et par l'Evangile ; mais les ténèbres n'y ont rien compris j et Jésus- Christ ne trouve point d'imitateurs.

(0 Act. I. 1. ~ W Joan, v. 35. —(3) Luc, xii. 49- —(^) Joan. ix.

SUR LES MYSTÈRES. Sq5

Comment de toute éternité tou tétoit vie dans le Verbe.

Il y a , dans ce verset de saint Jean , une varie't^ de ponctuation, qui se trouve non -seulement dans nos exemplaires, mais encore dans ceux des Pèi'es. Plusieurs d'eux ont lu : Ce qui a été fait étoitvie en lui : Quodjactum est in ipso vita erat. (0. Recevons toutes les lumières que l'Evangile nous présente* Nous voyons ici que tout, et même les choses inanime'es qui n'ont point de vie en elles-mêmes, ctoieht vie dans le Verbe divin, par son idée et par sa pense'e éternelle.

Ainsi un temple, un palais , qui ne sont qu'un amas de bois et de pierres, où rien n'est vivant, ont quelque chose de vivant dansTidée et dans le dessein de leur architecte. Tout est donc vie dans le Verbe, qui est l'idée sur laquelle le grand architecte a fait le monde. Tout y est vie , paix:e que tout y est sagesse. Tout y est sagesse , parce que tout y est ordonné et mis en son rang. L'ordre est une espèce de vie de l'univers. Cette vie est répandue sur toutes ses parties; et leur correspondance mutuelle entre elles et dans tout leur tout , est comme l'ame et la vie du monde matériel, qui porte l'empreinte de la vie et de la sagesse de Dieu.

(0 Joan. I. 3 . 4'

2g6 jêlévAtions

Apprenons a regarder toutes choses en ce bel endroit, où tout est vie. Accoutunaons-nous à rapporter tout ce qui arrive à sa source. Tout est ordonné de Dieu. Tout est vie, tout est sagesse de ce côté-là. Dans tous les biens et dans tous les maux qui nous arrivent , disons : Tout est animé par la sagesse de Dieu. Rien ne vient au hasard. Le péché même , qui en soi est incapable de règle , puisqu'il est le dérèglement essentiel, et qui par cette raison ne peut venir de l'ordre de Dieu ni de sa sagesse , par sa sagesse est réduit à l'ordre, quand il est joint avec le supplice; et quand Dieu, malgré le péché et son énorme et infinie laideur, en tire le bien qu'il veut.

Régnez , ô Verbe î en qui tout est vie , régnez sur nous. Tout aussi est vie en nous à notre manière. Les choses inanimées que nous voyons, lorsque nous les concevons, deviennent vie dans notre intelligence. C'est vous qui l'avez imprimée en nous, et c'est un des traits de votre divine ressemblance , de votre image à laquelle vous nous avez faits. Elevonsnous à notre modèle ; croyons que tout ce que Dieu fait , et tout ce qu'il permet , c'est par sagesse et par raison qu'il le fait et qu'il le permet. Agissons aussi en tout avec sagesse , et croyons que notre sagesse est d'être soumis à la sienne.

Pourquoi il est fait mention de saint Jean-Baptiste du commencement de cet éy^angile.

Il j eut un homme en^ojé de Dieu „ de qui le nom ctoit Jean (0. Ce commencement de l'évangile de saint Jean , est comme une préface de cet e'vangile , et un abrégé mystérieux de toute son économie. Toute l'économie de l'Evangile est , que le Verbe est Dieu éternellement : que dans le temps il s'est fait homme : que les uns ont cru en lui , et les autres non : que ceux qui y ont cru , sont enfans de Dieu par la foi : et que ceux qui ne croient pas , n'ont à imputer qu'à eux-mêmes leur propre malheur. Car Jésus-Christ, qui est venu parmi les ténèbres, y a apporté avec lui dans ses exemples, dans ses miracles et dans sa doctrine, une lumière capable de dissiper cette nuit. Non content de cette lumière; comme les hommes, avec leur infirmité n'auroient pu envisager cette lumière en elle-même, Dieu, pour ne rien omettre, et afin que rien ne manquât à leurs foiblesyeux, pour les préparer à profiter de la lumière qu'il leur oflfroit, et les y rendre attentifs , a envoyé Jean-Baptiste , qui n'étant pas la lumière, l'a montrée aux hommes, en disant : Voilà Tagjieau de Dieu, voilà celui qui est avant moi, et dont je prépare les voies : voilà celui qui est plus grand que moi , et de qui je ne suis pas digne de délier les souliers (2). Toute bonne pensée

(0 Joan. 1. 6. — W IbiJ. 1. 27 , 3q.

agB ÉLÉVATIONS

qui nous sauve, a toujours son précurseur. Ce n'est point une maladie, une perte, une affliction qui nous sauve par elle-même. C'est un précurseur de quelque chose de mieux. Le monde me mépri-^era, on ne m'honorera pas autant que mon orgueil le désire. Je le méprise à mon tour; je m'en dégoûte. Ce dégoût est le précurseur de l'attrait céleste qui m'unit à Dieu. Cette profonde mélancolie oii je suis jeté, je ne sais comment, dans les détresses de cette vie , est un précurseur qui me prépare à la lumière. Viendra tout h coup le tiait divin, qui préparé de cette manière fera son effet. Les terreurs des jugemens de Dieu, qui ne me laissent de repos ni nuit ni jour , sont un autre précurseur ; c'est Jean qui crie dans le désert. Venez , Jésus , venez dans mon ame , et tirez-la après vous par un chaste et fidèle amour.

XIL*^ ELEVATION.

La lumière de Jésus-Christ s'étend à tout le monde,

La véritable lumière qui éclaire tout homme venant au monde , étoit au milieu de nous : mais sans y être aperçue. // étoit au milieu du monde , celui qui étoit cette lumière , et le monde a été fait par lui , et le monde ne Va pas connu. Il est venu chez soi, dans son propre bien , et les siens ne Vont pas reçu (0. Les siens ne font pas reçu: en un autre sens , les siens l'ont reçu : les siens , qu'il avoit tou«

(0 Joan. I. 9, 10, ii.

SUR LES MYSTÈRES. Sg^

cbes d'un certain instinct de grâce , l'ont reçu. Les pêcheurs qu'il appela, quittèrent tout pour le suivre. Un publicain le suivit à la première parole. Tous les humbles l'ont suivi; et ce sont là vraiment les siens. Les superbes, les faux sages, les pharisiens, qui sont à lui par la création , sont aussi les siens ; car il les a faits ; et il a fait comme créateur ce monde incrédule qui n'a pas voulu le connoître. O Jésus ! je serois comme eux si vous ne m'aviez converti. Achevez ; tirez-moi du monde que vous avez fait ; mais dont vous n'avez point fait la corruption. Tout y est curiosité , avarice , concupiscence des jeux : impureté et concupiscence de la chair j et orgueil de la vie (0: orgueil dont toute la vie est infectée. O Jésus ! envoyez-moi un de vos céXesiQS pécheurs (2), qui me lire de cette mer de corruption , et me prenne dans vos filets par votre parole.

«/%'»' W^.-V/VWV'V .

XIIL*^ ELEVATION.

Jésus -Christ de qui reçu, et comment.

Il a donné à tous ceux qui Vont reçu y le pouvoir d'être faits enfans de Dieu, h ceux qui croient en son nom &. Croire au nom de Jésus-Christ, c'est le reconnoître pour le Christ , pour le Fils de Dieu , pour son Verbe qui étoit avant tous les temps , et qui s'est fait homme. Etre prêt à son seul nom , et pour la seule gloire de ce nom sacré, à tout faire , à tout entreprendre, à tout souffrir j voilà ce que c'est

(0 I.Joan. II. 16. — (a) Matth. iv. 19. — (3) Joan. i. 12.

3oo i5lévations

que croire au nom de Jésus-Christ. // a donné le pouvoir h ceux qui y croient^ (ï être faits enfans de Dieu. Admirable pouvoir qui nous est donne' ! il faut que nous concourions à cette glorieuse qualité d'enfans de Dieu, par le pouvoir qui nous est donné de le devenir. Et comment y concourons-nous, si ce n'est par la pureté et simplicité de notre foi ? Par ce pouvoir il nous est donné de devenir enfans de Dieu par la grâce, en attendant que nous le devenions par la gloire, et que nous soyons enfans de Dieu ^ étant enfans de résurrection ^ comme dit le Sauveur luimême (0. Portons donc dignement le nom d' enfans de Dieu. Portons le nom du Christ. Soyons des chrétiens dignes de ce nom. Souffrons tout pour le porter dignement. Que personne parmi nous ne souffre comme injuste ^ comme médisant , comme voleur , ou de la réputation du prochain ou de ses biens : mais si nous souffrons comme chrétiens pour la gloire du nom de Jésus , si nous souffrons à ce titre , nous sommes heureux. Glorifions - nous en ce nom (2). Portons courageusement , mais en même temps humblement , toute la persécution que le monde fait a ceux qui veulent vraiment être vertueux P). Soyons doux, et non pas fiers parmi les souffrances. N'étalons point un courage hardi et superbe, mais disons avec saint Paul : Je puis tout en celui qui me fortifie (4). C'est ce que doivent faire ceux à qui il a donné ce pouvoir céleste de devenir ses enfans.

(0 Luc. XX. 36. —W /. Pet. iv. i5, 16. — i?) II. Tim. m. 12. — ['^^ Philip. IV. i3.

SUR LES MYSTERES. dOI

Comment on devient enfans de Dieu.

Ils ne sont point nés du sang , ni de la volonté de la chair , ni de la volonté de l'homme ^ mais de Dieu (0. Quoiqu'il nous ait donné le pouvoir de devenir enfans de Dieu , et que nous concourions à notre gëne'ration par la foi , dans le fond pourtant elle vient de Dieu , qui met en nous cette céleste semence de sa parole ; non de celle qui frappe les oreilles, mais de celle qui s'insinue secrètement dans les cœurs. Ouvrons-nous donc à cette parole dès qu'elle commence à se faire sentir , dès qu'une suavité, une vérité, un goût, un instinct céleste commence en nous ; et que nous sentons quelque chose qui veut être supérieur au monde, et nous inspirer tout ensemble et le dégoût de ce qui passe et qui n'est pas , et le goût de ce qui ne passe point et qui est toujours. Laissons-nous conduire ; secondons ce doux effet que Dieu opère en nous pour nous attirer h lui.

Ce n'est point en suivant la chair et le sang que nous concevrons ces chastes désirs. Ce n'est point par le mélange du sang, par le commerce de la chair, par sa volonté et par ses désirs , ni par la volonté de l'homme , que nous devenons enfans de . Dieu. Notre naissance est une naissance virginale. Dieu seul nous fait naître de nouveau comme ses enfans.

CO Joan. I. i3.

302 l^LÉVÀTIOirS

Disons donc avec saint Paul : Quand il a plu à celui qui ma séparé du mojide j incontinent je n'ai plus acquiescé à la chair et au sang (0. Je me suis détaché des sens et de la nature incontinent. Incontinent: la grâce ne peut souffrir de retardement; elle se retire des âmes languissantes et paresseuses. L'épouse fait la sourde à sa voix, et tarde à se lever pour lui ouvrir; elle court pourtant à la fin (2). H n'est plus temps , il s'est retiré ; rapide dans sa fuite autant qu'il étoit vif dans sa poursuite. Tirez-moi , et nous courrons (3). Dès la première touche , il faut courir, et ne languir jamais dans notre course.

Sur ces paroles : Le Verbe a été fait chair. Le Verhe fait chair est la cause de la renaissance qui nous fait enfans de Dieu,

Après avoir proposé toutes ces grâces des nouveaux enfans que la foi en Jésus-Christ donne à Dieu, saint Jean retourne à la source d'un si grand bienfait : Et le Verhe a été fait chair , et il a habité parmi nous ^ et y a fait sa demeure ^ et nous avons vu sa gloire j comme la gloire du Fils unique du Père , plein de grâce et de vérité (4). Pour nous faire devenir enfans de Dieu , il a fallu que son Fils unique se fît homme. C'est par le Fils unique et naturel , que nous devions recevoir l'esprit d'adoption. Cette

(0 Gai I. i5, 16. — (') Cant. v. 2, 3, 5, 6. -- (3) CanU i. 3. — {^) Joan. I. 14.

SUR LES MYSTÈRES. 3o3

nouvelle filiation, qui nous est venue, n'a pu être qu'un écoulement et une participation de la filiation véritable et naturelle. Le Fils est venu à nous, et nous avons vu sa gloire. // étoil la lumière ; et c'est par Te'clat et le rejaillissement de cette lumière que nous avons été re'généiés. // étoit la lumière qui éclaire tout homme qui vient au monde : il éclaire jusqu'aux enfans qui viennent au monde , en leur communiquant la raison, qui toute offusque'e qu'elle est, est néanmoins une lumière et se développera avec le temps.

Mais voici une autre lumière, par laquelle il vient encore éclairer le monde ; c'est celle de son Evangile qu'il oflre encore à tout le monde , et jusqu'aux enfans qu'il éclaire par le baptême: et quand il nous régénère , et nous fait enfans de Dieu , que fait-il autre chose que de faire naître sa lumière dans nos cœurs , par laquelle nous le voyons plein de grâce et de vérité : de grâce par ses miracles , de vérité par sa parole ; de grâce et de vérité par l'un et par l'autre : car sa grâce qu^ nous ouvre les yeux , précède en nous la vérité qui les contente. Dieu qui par son commandement a fait sortir la lumière des ténèbres j a rayonné dans nos cœurs pour nous faire voir la clarté de la science de Dieu sur la face de Jésus-Christ (0. Nous sommes donc enfans de Dieu , parce que nous sommes enfans de lumière. Marchons comme enfans de lumière. Ne désirons point la vaine gloire , ni la pompe trompeuse de la grandeur humaine. Tout y est faux , tout y est ténèbres. Le monde qui nous

{}) IL Cor. XV. 6.

3o4 ÉLÉVATIONS

veut plaire na point de grâce. Je'sus - Christ seul , , plein de grâce et de vérité (0 , sait remplir les cœurs, et seul les doit attirer. La grâce est répandue sur ses Vevfres et sur ses paroles (2}. Tout plaît en lui jusqu'à sa croix ; car c'est là qu'e'clate son obéissance , sa libéralité, sa grâce , sa rédemption , son salut. Tout le reste est moins que rien. Jésus-Christ seul est plein de grâce et de vérité. C'est pour nous qu'il en est plein 5 et tous nous recelons tout de sa plénitude (3).

XVl.^ ELEVATION.

Comment l'être convient a Jésus - Christ, et ce quil a été fait.

Après avoir lu attentivement le commencement admirable de l'évangile de saint Jean, comme un abrégé mystérieux de toute l'économie de l'Evangile ; faisons une réflexion générale sur cette théologie du disciple bien-aimé. Tout se réduit à bien connoître ce que c'est qu'être, et ce que c'est qu'erre fait.

Etre , c'est ce qui convient au Verbe avant tous les temps. Au commencement il étoitj, et il étoit subsistant en Dieu , et il étoit Dieu (4). Il n'est pas Dieu par une impropre communication d'un si grand nom , comme ceux à qui il est dit : F^ous êtes des Dieux y et les enfans du Très-haut (5). Ceux-là ont

(0 Joan. I. i4- — ^*^ ^^^' xï-ïv. 3. Luc. iv. 22. — (3) Joan. 1. 16. «— (4) ma. i. 1. — (5) Ps. Lx.vxi. G.

été

SUR LES MYSTÈRES. 3o5

ëte faits Dieux par celui qui les a faits rois, qui les a faits juges, qui enfin les a faits saints. Si Jésus-Christ n'étoit Dieu qu'en cette sorte , il seroit fait Dieu , comme il est fait homme ; mais non : saint Jean ne dit pas une seule fois qu'il ait été fait Dieu. Il téioity et dès le commencement ^ avant tout commencement, il étoit Verhe , et comme tel , il étoit Dieu. Tout a été fait par lui (0. Le mot di être fait ^ commence à paroître quand on parle des créatures : mais auparavant, ce qui étoit n'a pas été fait, puisqu'il étoit avant tout ce qui a été fait. Et voyez combien on répète cet être fait. Par lui a été fait tout ce qui a été fait , et sans lui rien na été fait de ce qui a été faiu On répète autant de fois de la créature qu'elle a été faite , qu'on avoit répété du Verbe qu'// étoit. Après cela on revient au Verbe : En lui, dit-on, étoit la vie (^). Elle n'a pas été faite en lui. Elle y étoit comme la divinité y étoit aussi. Et ensuite : La lumière étoit qui illumine tou^homme (5). Le Fils de Dieu n'a pas été fiiit lumière ni vie. En lui étoit la vie ; et il étoit la lumière, Jean - Baptiste n'étoit pas la lumière (4). Il recevoit la lumière de Jésus- Christ; mais Jésus-Christ étoit la lumière même. Et quand les hommes sont devenus enfans de Dieu n'est-il pas dit expressément : Qu'ils ont été faits enfans de Dieu (5) ? Mais est-il dit de même , que le Fils unique a été fait Fils unique ? Non. Il étoit Fils unique, et la sagesse engendrée et conçue dans le sein du Père , dès qu'il étoit Verbe ; et il n'a point été fait Fils , puisqu'il est tiré, non point du néant ,

(0 Joan. I. 3. — (») Ibid. 4- — (*) Ibid. g. — ^4) Ibid. 8. — (5) Ibid. 1 2.

BossuET. vui. ao

3o6 ÉLÉVATIONS

ïhàis de la propre substance éternelle et immuable de son Père.

Il n'y a donc rien en lui avant tous les temps qui ait été' fait, ni qui l'ait pu être. Mais dans le tèiiips qu'a-t-il été fait 1 lia été fait chair (0. Il s'est fait homme. Voilà donc oïi il commence à être fait, quand il s'est fait une créature : dans tout le reste, ilétoiiy et voilà ce qu'il a été fait. De même ( pour bégayer à notre mode , et nous servir d'un exemple humain ) que si l'on disoit de quelqu'un : Il étoit noble , il étoit né gentilhomme ; il a été fait duc , il a été fait maréchal de France. On -voit là ce qu'il étoit naturellement , et ce qu'il a été fait par la volonté du prince. Ainsi en tremblant et en bégayant comme des hommes, nous disons du Verbe, qu'il étoit Verbe, qu'il étôit Fils unique, qu'il étoit iDieti ; et ensuite nous considérons ce qu'il à été fait. Il étoit Dieu dans l'éternité, il a été fait homme dans le temps. Et même saint Pierre a dit : Dieu Ta fait Seigneur et Christ (^). Quant à sa résurrection, son Père lui a donné la toute-puissance dans le ciel et dans la terre (^) : alors il a été fait Seigneur et Christ. Et s'il n'étoit Dieu qu'en ce sens, il auroit aussi été fait Dieu ; mais non. // étoit Dieu, et il a été fait homme . Et en sa nature humaine élevée et glorifiée , il a été fait Seigneur et Christ. Il a été ifait sauveur et glorificateur de tous les hommes.

Ce langage est suivi partout : Celui qui est "venu après moi, dit saint Jean-Baptiste , et que j'ai dû précéder en ma qualité de son précu'rseur, à été

CO Joan. I. 14. — (')^cr. 11. 32. 36. —(3) Jlauh. xxvin, i8.

SUR LES MYSTÈRES. 3o^

fait et a été mis dei^ant moij, et ma été préféré (0^ Sa gloire a été tout à coup faite plus grande que la mienne. En ce sens , // a été fait devant moi. Mais pourquoi : Parce qiiil étoit avant moi y et sa gloire avant tous les temps au-dessus de toute la mienne , et de toute la gloire créée. Voyez, entendez. Il étoit naturellement plus que Jean ; et c'est pourquoi il lui a été préféré. Cette préférence, pour ainsi parler , est une chose qui a été faite ; mais qui n'auroit point été faite, à'i en effet Jésus-Christ, selon sa di* "vinité, n'étoit plus grand que Jean ; et qu'ainsi il lui falloit faire une gloire conforme à ce qu'il étoit.

Jésus-Christ que dit-il de lui-même? Avant que Abraham fût fait , je suis (^). Pourquoi choisir si distinctement un autre mot pour lui, que pour Abraham ; sinon pour exprimer distinctement, que Abraham a été fait, et lui il étoit? Au commencement étoit le Verbe. On dira pourtant qu'i7 a été fait, quand on dira ce qu'il est devenu dans le temps comme fils d'Abraham; mais quand il faut exprimer ce qu'il étoit devant Abraham , on ne dira pas qu'il a été fait , mais qu'// étoit.

Et quand le même disciple bien-aimé dit dès les premiers mots de sa première épître : Ce qui fut au commencement (5) : ou le ce doit être entendu substantivement , comme qui diroit : Ce qui étoit par sa nature et par sa substance, n'est-ce pas la même chose que ce qu'il a dit : Au commencement étoit le Verbe. Et ensuite, lorsqu'il ajoute : Nous vous annonçons la ^vie qui étoit subsistante dans le Père :

(0 Joan. 1. i5. ?io W/iiJ. VIII. 58. — (3)/. Joan. i. 2.

3o8 ÉLÉVATIONS

apud Patrem , et nous a apparu ; n'est - ce pas la même chose que ce qu'il a dit dans son Evangile : En lui étoit la vie ; et le Verhe étoit subsistant en Dieu (0 ? Toujours^ Apud. Et pour parler consequemment, que pouvoit ajouter le même disciple bien-aimé, sinon ce qu'en effet il a ajouté ? Celui-ci^ Jésus-Christ étoit le vrai Dieu ^ et la vie éternelle : Hic estverus Deus ^ etvita œterna (2).

Croyons donc l'économie du salut ; et , comme dit le même disciple bien-aimé : Croyons à l'amour que Dieu a eu pour nous (3). Pour croire tous les mystères que Dieu a opérés pour notre salut , il ne faut que croire à son amour ; à un amour digne de Dieu ; à un amour où Dieu nous donne non-seulement tout ce qu'il a, mais encore tout ce qu'il est. Croyons à cet amour , et aimons de même : donnons ce que nous avons , et ce que nous sommes : établissons-nous en celui qui étoit, en croyant à ce qu'il a été fait pour nous dans le temps. Ainsi ^ dit saint Jean (4) , iious serions en son vrai Fils ; ou, comme lisoient les anciens Grecs , et comme a lu saint Athanase : Afin que nous soyons dans le vrai , dans son Fils (5); dans le vrai , c'est-à-dire , dans son Fils qui seul est vrai , qui seul est la vérité.

Taisez-vous, pensées humaines. Homme, viens te recueillir dans l'intime de ton intime : et conçois dans ce silence profond ce que c'est que d'être dans le vrai , d'éloigner de soi le faux. Quelle solidité ! quelle vérité dans toutes nos actions et dans toutes nos pensées ! Détestons tout ce qui est éloigné du

(') Joan. i. 2, 4. — W /. Joan. v. 20. — Q) IbiJ. ly. 16. —(4) IbiJ. y. 20. —C^) Athan. tom. 2,pat^. G08.

vrai , puisque nous sommes dans le vrai , étant dans le Fils.

Répétons: au commencement étoit le Kerbe ; au commencement, au-dessus de tout commencement étoit le Fils : Le Fils ^ c'est j dit saint Basile (0, un Fils qui ri est pas né par le commandement de son Père , mais qui par puissance et par plénitude a éclaté de son sein : Dieu de Dieu , lumière de lumière , en qui étoit la vie , qui nous Va donnée. Vivons donc de cette vie éternelle, et mourons à tout 3e créé. Amen. Amen.

(0 Orat. deFid. Hom. aS.tom. i. pag. 5oo. JEdit. Bened, tom. a., hom. i5. pag. i3i.

ÉLÉVATIOIVS

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