ONCTION DE JÉSUS-CHRIST : SA ROYAUTÉ : SA GÉNÉALOGIE : SON SACERDOCE
PREMIERE ELEVATION
JO onction de Jésus - Christ et le nom de Christ.
O Christ ! 6 Messie ! ô vous qui êtes attendu et donne' sous ce nom sacre', qui signifie l'oint du Seigneur ! apprenez - moi dans l'excellence de votre onction , l'origine et le fondement du christianisme. Et puisqu'il est écrit, que \ onction nous apprend tout; et encore : que nous avons ï onction, et que nous sas>ons toutes choses (0 : quand est-ce que cette onction nous doit enseigner, sinon lorsqu'il s'agit d'expliquer l'onction qui vous faisant Christ , nous fait aussi chre'tiens par la communication d'un si beau nom ?
O Christ ! vous êtes connu de tout temps sous ce beau nom. Le Psalmiste vous a vu sous ce nom, lorsqu'il a chanté : Votre trône , 6 Dieu ! est éternel : et ojotre Dieu vous a oint d'une huile ravissante (^v. C'est vous que Salomon a célébré, en disant dans son divin cantique : Votre nom est une huile j un baume répandu (3). Quand l'ange saint Gabriel a annoncé le temps précis de votre venue, il s'en est
{^) I.Joan.iî. 20,27. — {^) Ps. xhiy. '^.S.'—9)Cant.i. 2.
SUR LES MYSTÈIVES. 3n
expliqué , en disant : Que le Saint des saints serait oint; ef que V Oint ou le Christ serait immolé (0. Et vous-même qu'avez-vous prêché dans la synagogue , lorsque vous expliquâtes votre mission? Qu'avezvous, dis-je, prêché que ce beau texte d'Isaïe : L'esprit du Seigneur m'a enyojé ,et c'est pour cela qu'il ma oint (2).
Vous avez paru vouloir expliquer par ce texte d'Isaïe, que vous êtes oint par le Saint-Esprit ; et n'est-ce pas aussi ce qu'a enseigné votre apôtre saint Pierre au saint centurion Cornélius, lorsqu'il lui prêclia Jésus de Nazareth : et comment Dieu rauoit oint du Saint-Esprit et de puissance pour opérer des prodiges ^ et remplir toute la Judée de ses bienfaits (5).
O Christ ! encore un coup, faites -moi connoître comme fit saint Pierre au saint Centenier, comment votre Dieu vous a oint du Saint-Esprit : et rendezmoi participant de cette onction.
Comment le Saint- Esprit est en Jésus-Christ,
Le Saint-Esprit est en nous comme y venant du dehors, comme reçu par emprunt j il n'est point notre propre esprit ; mais il est le propre esprit de Jésus- Christ : Il prend du sien : le Verbe divin le produit avec son Père j et quand il a été fait homme,
(0 Dan. IX. 21, 24, 25,26. — (0 Is. lxt, i. Luc. iv. 18. — (3)^c^ X. 38.
3l3 ÉLÉVATIONS
il a produit ce Saint-Esprit, comme un esprit qui lui étoit propre, dans l'homme qu'il s'est uni(0.
Ainsi, quand les hommes font des miracles par le Saint-Esprit, c'est en eux un esprit qui vient du dehors et par emprunt; mais, dit doctement et excellemment saint Cyrille d'Alexandrie: Quand Jésus- Christ chasse le démon j et fait d'autres miracles par le Saint-Esprit j comme il ï assure lui-mênfie^, il a^it par un esprit qui lui est propre et qui est en lui comme dans sa source.
De là vient qu'il Ta reçu avec une entière plénitude : E esprit ne lui est pas donné auec mesure (2)^ mais sans mesure et en plénitude parfaite , pour être répandu sur nous , et afin que nous tous reçussions ce que nous avons de sa plénitude (5). Ce qui a fait dire à Isaïe : Le Saint-Esprit se reposera sur lui (4) ; et selon une ancienne version : Toute la source ^ toute la fontaine du Saint-Esprit descendra sur lui.
Jésus est donc oint par le Saint-Esprit, comme l'ayant en lui par sa divinité, comme ayant reçu du Père qui est en lui la vertu de le produire ; comme le donnant en propre à l'homme qu'il s'est uni en unité de personne. Ce qui a fait dire aux saints , qu'il a été oint de la divinité; et c'étoit ce que voyoit ce prophète , lorsqu'en disant , qu'i'Z a été oint par son Dieu (^) , en même temps lui-même il l'appelle Dieu.
Telle est donc l'onction qui a fait le Christ. Ce n'est pas d'une huile matérielle qu'il a été oint , comme Elisée et les prophètes, comme David et les
(0 Joan. XVI. 14. Luc. xxiv. 49. Joan. xv. a6. — i^) Iltid. m. 3\. — (3) Ibid. I. i6. — (4) U XI. 2,3.- C5) Ps. xnY. 8.
SUR LES mtstèhes. 3i3
rois , comme Aaron et les pontifes. Quoique roi , prophète et pontife, il n'a pas été oint de cette onction , qui n'étoit qu'une ombre de la sienne. Aussi David a-t-il dit, quil étoit oint êHune huile excellente j au - dessus de tous ceux qui sont nommés oints (i), en figure de son onction, parce qu'il est oint de divinité et du Saint - Esprit. C'est ainsi que Dieu l'a fait Christ. Et quand il nous a faits chrétiens, de quel autre esprit a-t-il rempli son Eglise naissante ; et par quel autre esprit a-t-il répandu le nom chrétien par toute la terre. Mais ne nous arrêtons pas à cette doctrine, quoique divine et nécessaire ; faisons-en l'application que Dieu nous commande.
m." ELEVATION.
Quel est l'effet de cette onction en Jésus - Christ et en nous.
Par cette onction divine Jésus-Christ est roi, pontife et prophète. Voilà ce qu'il est comme Christ ; et il nous apprend aussi que comme chrétiens , et par Tépanchement de son onction, nous sommes faits rois et sacrificateurs : un sacerdoce royale comme dit saint Pierre (2). Et saint Jean dans l'Apocalypse; Jésus-Christ nous a faits rois et sacrificateurs de Dieu son père (5).
Ayons donc un courage royal : ne nous laissons point assujettir par nos passions : n'ayons que de grandes pensées : ne nous rendons point esclaves de celles des hommes.
(0 Ps. xuv. 8. — W /. Pet. n. 9. — Q) Apoc. i. 6.
3l4 ÉLÉVATIONS
Comme rois, soyons magnanimes, magnifiques • aspirons à ce qu'il y a de plus haut ; mais aspirons comme prêtres et sacrificateurs spirituels, à ce qu'il y a de plus saint. Chre'tiens , nous ne sommes plus des hommes profanes ; nous sommes ceux à qui il est dit : Sojez saints parce que je suis saint (0.
Comment sommes-nous prophètes ? Agissons par un céleste instinct : sortons de l'enceinte des choses présentes : remplissons - nous des choses futures : ne respirons que l'e'ternité. Quoi ! vous vous faites un établissement sur la terre : vous voulez vous y élever; songez au pays oîi vous serez rois : Ne craignez pas j petit troupeau , parce quil a plu a votre Père de vous donner son royaume (2).
Sur deux vertus principales que nous doit inspirer ï onction de Jésus-Christ.
Un des effets principaux de la foi chrétienne et de la sainte onction des enfans de Dieu , est la douceur : Apprenez de moi^ dit Jésus lui-même^ que je suis doux et humble de cœur (3). Isaïe avoit prédit sa douceur par ces paroles que saint Matthieu lui a appliquées: Voici mon serviteur que j'ai élu; mon bien-aimé j ou je me suis plu y et en qui j'ai mis mon affection. Je ferai reposer sur lui mon esprit; et il annoncera la justice aux nations (4). Voilà un mints-
CO /. Pet. 1. 16.— (^) Luc. XII. 32. — C3) MaUh, xi. 29. — 1^) /^<, XLii. 1 ef seqq.
su 11 LES MYSTÈRES. 3l5
tcre Lien éclatant; mais qu'il est doux en même temps, et qu'il est humble ! puisque le prophète ajoute, et après lui l'Evangeliste : // ne disputera points ni il ne criera points et on n entendra point, sa voix dans les rues j, comme les esprits contentieux et disputeurs la font e'clater au dehors. // ne brisera point le roseau cassé , et il n achètera point déteindre la mèche qui fume encore : Il n'ajoutera point, comme on fait ordinairement parmi les hommes , l'aflUction à l'oppresse' par des reproches amers. Vodà l'esprit de Jésus-Christ et le vrai esprit de Dieu, qui Xi habite pas dans un tourbillon, ni dans le souffle d'un vent violent qui renverse les rochers elles nwntagnes, comme Elie sembloit le penser en voulant tout exterminer et tout perdre ; // n habite pas dans la commotion et l'ébranlement, ni dans le feu qui le suit, mais dans le doux souffle d'un air léger et rafraîchissant (').
Tel est l'esprit du seigneur Jésus. Et c'est pourquoi, lorsque ses disciples vouloient dans l'esprit d'Ëlie et d'Elise'e faire descendre le feu du ciel sur les villes qui leur refusoient le passage, il leur dise it avec sa douceur inefiable : jTous ne savez pas de quel esprit vous êtes C*^) : vous ne savez pas quel est l'esprit de votre religion et de la doctrine du Christ. Quelle fut sa douceur, lorsqu'il dit à celui qui le frappoit : Si j'ai mal dit, faites connoitre le mal que f ai fait; et si j'ai bien dit, pourquoi me frappez-vous (3) ? Et ailleurs : Race incrédule et méchante, jusqu'à quand serai-je contraint d être parmi
(0 ///. Reg. xix. 1 1 , A2...— («) Zac. ix. 55. — (3 Joan. xviii. a3.
3l6 ÉLÉVATIONS
VOUS , et de souffrir vos injustes contradictions ? Toutefois amenez -moi votre fils (0, afin que je le guérisse. Et encore : Femme ^ oh sont vos accusateurs? Personne ne vous a condamnée? Je ne vous condamnerai pas non plus : allez et ne péchez plus (2).
Prenons donc l'esprit de douceur, comme le vrai esprit du christianisme : que l'onction du Saint-Esprit adoucisse notre aigreur et notre fierté. Ne prenons pas ces tons superbes et avantageux ; c'est foi- Liesse que de s'animer de cette sorte : la force est dans la raison tranquillement expose'e : cette force manque , lorsqu'on a recours à cette force hautaine et contentieuse qu'on fait venir à son secours. Quand vous avez à combattre pour la vérité, songez que ce n'est point par d'aigres disputes que l'Evangile s'est établi , mais par la douceur et la patience , en imitant Jésus - Christ, ^Mî s^est laissé non ~ seulement tondre (3) ^ mais encore écorcher sans se plaindre. Ecoutez dans les Actes les prédicateurs de son évangile qui condamnés par les Juifs : Jugez vous-même, leur à\?>oÏQn\.~'ûs y s'il faut vous écouter plutôt que Dieu : car pour nous ^ nous ne pouvons pas dissimuler ce que nous aidons vu y et ce que nous awons ouï l4). C'est dans cet esprit qu'il faut parler à ceux à qui la vérité nous oblige de nous opposer : c'est ainsi que sans disputer et sans se troubler, on les met visiblement dans leur tort. Voilà de vrais chrétiens et de vrais imitateurs du Christ.
Ecoutez encore ce que dit dans le même endroit des Actes son innocent troupeau si injustement maU
(0 Marc. JX. 18. Luc. ix. ^i. — (») Joan. viii. 10, ii. — W /,. îiii. 7. /. Pet. n. 21 , 23, 29. — 'A) Act. IV. 19, 30.
traité : Seigneur^ qui avez fait le ciel et la terre , regardez les menaces de nos ennemis , et donnez à a)os serviteurs d' annoncer votre parole en toute confiance j puisqu'il vous plaît d'étendre votre main pour faire de si grands prodiges par le nom de votre saint fils Jésus (0. C'est ainsi qu'ils veulent parler avec confiance seulement , mais non pas avec amertume ni avec aigreur. Qui met sa confiance en Dieu , ne la met pas dans la violence d'un ton aigre et impérieux : la victoire appartient à la douceur et à la patience ; et Isaïe , après avoir fait Jésus-Christ si humble, si patient et si doux, conclut enfin en disant: qu'z7 remportera la victoire; qail gagnera sa cause en jugement , et que les gentils mettront en lui leur espérance (^). Traitez donc avec douceur l'afTaire de Dieu : soyez de vrais chrétiens, c'est-àdire, de vrais agneaux; et sans murmure, sans bruit, sans avoir aucune teinture de l'esprit de contradic^ tion , montrez autant de tranquillité que d'innocence. Ayez la douceur et la patience sa fille : ces deux vertus sont les deux caractères propres de la piété chrétienne, et les deux fruits de l'onction de Jésus-Christ répandue sur nous.
La généalogie royale de Jésus -Christ.
Ce titre ne m'engage pas à traiter les difficultés ni les contradictions apparentes des deux généalogies
{}) Act.V. 24, 29, 3o. ' — (=») MaUh.nu. 20, 21. /*.xlii. i elseqq.
3 1 8 É L É V A T 1 O JN s
de Jésus- Clirist rapportées dans saint Matthieu et dans saint Luc (0. La lecture que je fais ici de l'Evangile a un autre objet , et je remarquerai seulement :
En premier lieu^ qu'il étoit notoire que Jésus- Christ sortoît de la race de David : tout le monde l'appploit hautement et sans contradiction, le fils de Da\>id (2). Sa généalogie étoit bien connue : et il éioit manifeste aux Hébreux mêmes, quil étoit de la tribu de Juda (3). Il n'étoit pas moins constant qu il en sortoit par David : saint Paul avance et répète comme un fait qui n'étoit pas contredit, qu'z7 est sorti du sang de David (4).
Si donc les évangélistes se sont attachés à marquer la descendance de Joseph, plutôt que celle de Marie, c'est qu'on savoit qu'ils étoient de même race , et si proches parens , que tout le monde connoissoit leur parenté. Aussi , dans l'ordre qui fut donné sous Auguste de faire écrire son nom dans le lieu de son origine : Joseph fut h Bethléem avec Marie son •épouse , pour se faire inscrire avec elle (5). C'en est assez pour fermer la bouche aux esprits contentieux et contredisais , qui voudroient qu'on nous eût donné la généalogie de la sainte Vierge, plutôt que celle de Joseph. C'étoit assez que tout le monde sût qu'ils étoient parens et de même race.
En second lieu , il est inutile de se tourmenter à concilier les deux généalogies de saint Matthieu et de saint Luc. La loi qui ordonnoit au cadet
(0 Mauh. 1. Luc. m. aS, — .('^ Mau. i. 20. ix. a;, xix. 23. xv. 22. XX, 3o, 3i. XVI. 9, i5. Marc. xi. 9, 10. — (3) J£eb. vu, 24. — (4) Rom. I. 3. //. Tim. 11. 8. — C^) Luc. a. i , 3 , 4, 5.
SUR LES MYSTERES. 3ig
d'ëpouser la veuve de son aîné> mort sans enfans, pour en faire revivre la tige , et lui donner une poste'rite' (0 , introduisoit par nécessité parmi les Juifs deux sortes de généalogies, Tune naturelle et l'autre légale. Il y a beaucoup de raison de croire , que saint Matthieu , qui se sert partout du mot à'engendrer (2) , l'a choisi pour marquer plus expressément la généalogie naturelle, plus propre à la désigner , que le terme plus vague et plus général dont s*est servi saint Luc (5). Quoi qu'il en soit, le Saint-Esprit a voulu que nous sussions , qu'en quelque sorte qu'on voulût compter la race de Jésus-Christ , il venoit toujours de Juda et de David, et de la famille royale.
En troisième lieu , il falloit à la vérité que Jésus- Christ eût pour aïeux tous les rois de Juda sortis de David, afin de marquer au peuple, que vrai roi ^es Juifs , ce titre lui étoit comme héréditaire : mais toutefois l'humble Jésus , à qui Dieu avoit destiné une noblesse royale , ne sort point de cette maison dans son gi-and éclat , mais dans le temps de sa décadence, OLi déchue de la royauté, elle subsistoit dans les plus vils artisans ; par où aussi il devoit paroître que son trône étoit d'une autre nature , et d'une autre élévation que celui de ses ancêtres.
En quatrième lieu , il falloit aussi qu'il naquît de la tribu de Juda ; de laquelle , comme le remarque saint Paul (4) , Moïse na rien prononcé sur le sacerxloce. Car le sacerdoce de Jésus-Christ devant être d'un autre otdre que celui d'Aaron ; si Jésus-Christ
(») Deut. XXV. 5,6. — {"*) Maith. i. 12, i3 et seq. —{})Luc. m. 23, 24. — C4)Zre^. vu. 14.
étoit (le son sang , on auroit cru qu'il auroit tire son sacerdoce comme héréditaire de la famille d'Aaron ; au lieu que , comme on va voir , il le devoit tirer d'une autre origine.
En cinquième lieu , quoique Jésus-Christ dut descendre de Juda , et non de Lévi ni d'Aaron , il convenoit qu'il y eût quelque parenté entre sa famille et celle d'Aaron ; ce qui fait que la sainte Vierge étoit cousine d'Elisabeth, et que ces deux saintes parentes ont eu des ancêtres communs : par où il paroît, qu'encore que le sacerdoce d'Aaron ne pût être celui de Jésus-Christ, il ne devoit pas lui être entièrement étranger, et qu'il devoit y avoir de l'alliance entre les deux.
En sixième lieu , pour en revenir à la famille royale , qui étoit proprement celle du Sauveur , il faut encore observer, que bien qu'il fût le Saint des saints , non-seulement il est sorti de rois pécheurs et médians, mais encore que les seules femmes qu'on marque comme ses aïeules, sont une Thamar, une B-uth Moabite , et sortie d'une race infidèle ; et enfin une Bethsabée, une adultère (0 : tout cela se fait pour l'espérance des pécheurs , dont Jésus - Christ ne veut pas être éloigné , et ne dédaigne pas le sang j mais il s'en monti^e le rédempteur.
Apprenons à mépriser les hommes du monde, si enilés de l'antiquité souvent imaginaire de leur race^ dont ils cachent avec tant de soin les endroits foibles. Ne mettons point notre gloire dans nos ancêtres, dont le plus grand nombre, et peut-être les plus renommés , augmente depuis si long-temps celui des
{}) Matth. I. 3 , 4, 5.
damnés }
damnes; et ne songeons point à nous illustrer par leurs noms maudits de Dieu. Glorifions-nous d'être ses enfans; unissons-nous au Fils de Dieu, et en disant avec saint Paul (0 , quil est le Sauveur des pécheurs j ajoutons toujours avec cet apôtre , des^ quels je suis le premier ; puisque chacun d'un certain côté est le plus grand et le premier , comme le plus ingrat de tous les pécheurs.
Le sacerdoce de Jésus - Christ,
La race dont Jésus-Christ est sorti, étoit vraiment la race royale , et il y a remis le trône d'une manière plus haute qu'il n'y avoit jamais été. Mais en Jésus- Christ , il n'y a point de race sacerdotale ; il n'a ni prédécesseur, ni successeur : il a seulement des figures dont Melchisédech est la plus illustre, et la seule qui paroisse digne de lui. Il n'y a qu'à lire l'épître aux Hébreux; et il n'y faut point de commentaire. On nous y montre tout d'un coup dans la Genèse, Melchisédech sans père , sans mère , sans généalogie , sans commencement de ses jours , et sans qu'on en voie la fin (^) : ce n'est pas qu'il n'eût tout cela , ni qu'il faille donner dans l'erreur de ceux qui ont voulu que ce fût un ange. C'est assez pour être la figure de Jésus-Christ que tout cela ne soit point marqué ; et qu'il paroisse seulement comme sacrificateur du Dieu très-haut, pour offrir à Dieu
CO/. r//7M. i5.— ■(»)^e&. vu. 3.
322 ÉLÉVA.TIOJVS
du pain et du vin ^ et ensuite le présenter à Abraham , pour le bénir,, et en sa personne bénir comme supe'rieur tout le sacerdoce lévitique , en recevoir la dîme (0, comme un hommage qui étoit dû à Texcellence de son sacerdoce , et la recevoir en même temps de Lévi et d'Aaron lui-même , et de toute la race sacerdotale , puisqu'elle e'toit en Abraham comme dans sa tige ; et cette dîme n'est autre chose que la de'pouille des rois vaincus , dont la de'faite paroît n'être accorde'e à Abraham, que pour honorer Alelchisédechj ce grand pontife j ce roi de justice j roi de paix , qui est l'interprétation de son nom et 4e la "ville ou il règne. Dans toute la suite de l'histoire on ne dit pas un seul mot de Melchisëdech , il n'y est marqué que pour cette divine fonction ; et tout d'un coup neuf cents ans après , David en voyant le Christ qu'il appelle son Seigneur ^ à la droite de Dieu en grande majesté et puissance : engendré du sein de Dieu devant l'aurore : vainqueur de ses ennemis qui sont h ses pieds : vainqueur des rois ; lui adresse ces mots avec serment : F'ous êtes prêtre éternellement selon F ordre de Melcliisédech (^) ; vous n'avez point de devancier ni de successeur : votre sacerdoce est éternel; il ne dépend point de la promesse adressée à Lévi , ni à Aaron et à ses enfans. Et voici , conclut saint Paul , dans un nouveau sacerdoce , un nouveau service et une. nouvelle loi (5).
Venez , Jésus , Fils éternel de Dieu , sans mère dans le ciel , et sans père sur la terre ; en qui nous
C») Gen. XIV. i8, 19, 20. Heh. vu. i , 2, 4 et secjq. — (') Pi. cix. I , a , 3 , 4 » 5. -^^3) Jieb. vu. 22 et seç.
voyons et reconnoissons une descendance royale; mais pour ce qui est du sacerdoce , vous ne le tenez que de celui qui vous a dit : Vous êtes mon Fils : je vous ai aujourd'hui engendré (0. Pour ce divin sacerdoce, il ne faut être né que de Dieu ; et vous avez votre vocation par votre éternelle naissance {'>-). Vous venez aussi d'une tribu à laquelle Dieu na rien ordonné sur la sacrijicalure. La vôtre a ce privilège délre établie par serment, immobile, sans repentance et sans changement ; le Seigneur, dit-il , a juré , et ne s'en repentira jamais. La loi de son sacerdoce est éternelle et inv^iolable (5). Vous êtes seul ; vous laissez pourtant après vous des prêtres , mais qui ne sont que vos vicaires ; sans pouvoir offrir d'autres victimes que celle que vous avez une fois olTe.rte à la croix , et que vous offrez éternellement à lia droite de votre Père.
Ecoutons notre loi en la personne de Jésus-Christ, tant que nous sommes de prêtres du Seigneur. S'il a été di t à Lévi , à raison de son ministère sacré : Vous êl.es mon homme saint, à qui j'ai donné la perfection et la doctrine (4) ; et que pour cela il doit dire à son père et à sa mère : Je ne vous connois pas ; et à ses frères : Je ne sais qui vous êtes ; et il n'a denfans que ceux de Dieu. Si c'est là^ dis- je , la loi de Lévi et du sacerdoce mosaïque, combien pur, combien détaché de la chair et du sang doit être le sacerdoce chrétien, qui a Jésus-Christ pour auteur , et Melchisédech pour modèle ! Non , nous ne dev'ons connoître d'autre emploi, d'autre fonc-
(0 Ps. n. 7. —. W Kth, VII. 16. — (3) Ihid. 1 3, 14, 20, 21 , 24. — (4) Dqui. xxxiii. 8,9.
324 3ÈLÉVATI0NS
tion , ni avoir d'autre intérêt que celui de Dieu 5 enseignant sa loi et ses jugemens , et lui offrant continuellement des parfums pour l'appaiser. Si nous gardions cette loi de notre saint ministère, on ne verroit pas tous les jours envahir les droits et l'autorité du sacerdoce, qui sont ceux de Jésus-Clirist. Dieu se rendroit notre vengeur, et cette prière de Moïse auroit son effet : Seigneur , aidez vos ministres ; soutenez leur force ; protégez Vœuvre de leurs mains ; frappez le dos de leurs ennemis fugitifs ; et ceux qui les haïssent ne se relégueront jamais (0. Mais parce que plus charnels que les enfans du siècle, nous ne songeons qu'à nous engraisser , vivre à notre aise , nous faire des successeurs , nous établir un nom et une maison : tout le monde entreprend sur nous; l'honneur du sacerdoce est foulé aux pieds.
Vil/ ELEVATION.
Quelle a été l'ohlation de Jésus-Christ; et le premier acte qu'il a produit en entrant dans le monde.
Il a paru, dit saint Paul (2)^ en s' offrantlui-même. pour victime. C'est lui-même , c'est son propre corps, c'est son propre sang qu'il a offert à la croix ; c'est encore son propre corps et son propre sang qu'il offre' dans le sacrifice de tous les jours; et ce n'est pas sans raison que David voyant en esprit le premier acte qu'il prôduiroit en se faisant homme (5), et saint Paul en in-
CO Deui. xxxin. 11. — W Heb. ix. a5, 26. — 0) Ps.xxxn.. 7,8; 9.
SUll LES MYSTÈUES. 32^
terprétant cette prophétie (0 le font parler en cette sorte au moment qu'il entra dans le monde : f^ous n'avez point voulu, dit-il, dhostie et d'ohlation, mais 'VOUS m avez formé un corps; l'original porte : P^ous me rayez approprié ; les holocaustes et les sacrifices pour le péché ne vous ont pas plu ; alors j'ai dit : Me voici j, je viens pour accomplir votre volonté j 6 mon Dieu I et ce qui a été écrit de moi à la tête de votre livre. Par cette parole , Jësus-Christ se met à la place de toutes les victimes anciennes, et n'ayant rien dans sa divinité qui pût être immolé à Dieu^ Dieu lui donne un corps propre à souffrir, et accommodé à l'état de victime où il se met.
Dès qu'il eut commencé ce grand acte , il ne le discontinua jamais , et demeura dès son enfance , et dès le sein de sa mère, dans l'état de victime, abandonné aux ordres de Dieu, pour souffrir et faire ce qu'il voudroit.
Je viens j ^it-ïi, pour foire votre volonté , comme il a été écrit au commencement du livre : in capite lihri. Il y a un livre éternel , où est écrit ce que Dieu veut de tous ses élys ; et à la tête , ce qu'il veut en particulier de Jésus-Christ, qui en est le chef. Le premier article de ce livre , est que Jésus- Christ sera mis a la place de toutes les victimes, en faisant la volonté de Dieu avec une entière obéissance. C'est à quoi il se soumet : et David lui fait ajouter : Mon Dieu , je l'ai voulu; et votre loi est au milieu de mon cœur (2).
Soyons donc, à l'exemple de Jésus-Christ, en esprit de victime , abandonnés à la volonté de Dieu :
(0 Ilcb. X. 5j 6,7. — (») Ps, UXiX. 9.
autrement nous n'aurons point de part à son sacrifice. Fallût-il être un holocauste , et une victime entièrement consumée par le feu : laissons-nous réduire en cendres, plutôt que de nous opposer à ce que Dieu veut.
C'est dans la sainte volonté de Dieu que se trouve l'égalité et le repos. Dans la vie des passions et de la volonté propre, on pense aujourd'hui une chose, et demain une autre : une chose durant la nuit , et une autre durant le jour : une chose quand on est triste, une autre quand on est en bonne humeur ; une chose quand l'espérance rit à nos désirs, autre chose quand elle se retire de nous. Le seul remède à ces altérations journalières , et à ces inégalités de notre vie, c'est la soumission à la sainte volonté de Dieu. Comme Dieu est toujours le même dans tous les changemens qu'il opère au dehors , l'homme soumis à sa volonté est toujours le même. On n'a pas besoin de chercher des raisons particulières pour se calmer : c'est l'amour-propre ordinairement qui les fournit. La souveraine raison , c'est ce que Dieu veut. La volonté de Dieu sainte en elle-même, est elle seule sa raison.
Prenons garde néanmoins que ce ne soit par paresse , ou par une espèce de désespoir , et pour nous donner un faux repos , que nous ayons recours à la volonté de Dieu. Elle nous fait reposer, mais en agissant , et en faisant ce qu'il faut : elle nous fait reposer dans la douleur comme dans la joie, selon qu'il plaît à celui qui sait ce qui nous est bon. Elle nous fait reposer, non dans notre propre contentement, mais en celui de Dieu : le priant de se con-
SUll LES MYSTÈRES. 32^
tenter et de faire toujours de nous ce qu'il lui plaira. Qu'importe de ce que nous devenions sur la terre? Un y a quune chose a vouloir ; cest, Sei~ gneiir,, cT habiter dans votre maison tous les jours de ma vie, pour y voir la volupté du Seigneur ^ y contempler son saint temple ( ' ) , et le louer aux siècles des siècles.
Commençons dès cette vie , et chantons avec David , ou plutôt avec Je'sus-Christ , l'hymne de la sainte volonté: Me voici. Seigneur, et je viens pour accomplir votre volonté ('■*).
Jésus- Christ est le sacrifice pour le péché : excellence de son ablation.
Mon Sauveur ! dans ce verset de David que vous prononçâtes en entrant au monde (5), vous nous déclarâtes, que vous vous mettiez parla volonté de Dieu, à la place de toutes les victimes de l'ancienne loi. Vous n'êtes donc pas non-seulement un holocauste entièrement consumé par le feu de l'amour divin qui absorbe tout en lui-même ; mais vous êtes encore la victime pour le péché (4), sur laquelle on prononce tous les crimes : on l'en charge; on les lui met sur la tête : on envoie après cette victime dans le désert : on la sépare de la société humaine : on l'excommunie. Ainsi a-t-on mis sur vous l'iniquité
(') Ps. XXVI. 4. — W Ps. XXIX. 8, 9. — (3) Ps. XXXIX. 7, 8, 9. —
(4) Ze»^. XVI. 5,6, 20, 21.
de nous tous : Vraiment vous avez porté nos péchés (0. Il a fallu vous mener hors de la ville pour vous attacher à votre croix (2); et vous avez pris sur vous la malédiction qui porte : Maudit est celui qui pend sur un bois infâme (5).
Allons avec larmes confesser nos péchés sur Jésus-Christ. Mettons-les sur lui , afin qu il les expie. Pleurons, pleurons les peines qu'ils lui ont causées : tâchons en même temps de le décharger d'un si pesant fardeau, en nous repentant de nos crimes pour l'amour de lui. O Jésus ! que je vous soulage : faites que je ne pèche plus, et que j'efface par la repentance , mes péchés qui vous ont couvert ^'de tant de plaies.
Brûlez-moi de ce feu que vous êtes "venu allumer sur la terre (4). Consumez toutes mes inclinations par votre amour, et que je devienne cette pure flamme qui n'a que vous pour pâture : Je ariens , mon Dieuj avec Jésus- Christ, pour faire ofotre volonté (5). Heureux qui finit sa vie par un tel acte ! Nous la devions commencer par- là comme Jésus- Christ. Finissons-la du moins en nous consommant dans la volonté de Dieu. Mon Dieu ^ je remets mon esprit entre vos mains (6).
(0/î. LUI. 4, 5, 6. — {^)Heb. xni. ii. ^Q)Deut. xxi. 23. Galnt. 1 3. — (4) Luc. XII. 49. ^ (5) Ps. XXXIX. 7 , 8, 9. — (6) p^.xxx, 6. Luc. xxni. 4^«
SUll LES MYSTÈRES. Bs^