‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 2)Chapitre 19 sur 46 · XIV.-^ SEMAINE · texte numérisé non relu

XIV.-^ SEMAINE

LES EFFETS QUE PRODUIT SUR LES HOMMES LE VERlîE INCARNÉ IWCOWTIIVENT APRES SON INCARNATION.

PREMIERE ELEVATION

Marie va visiter sainte Elisabeth.

Aussitôt après que Marie eut conçu le Verbe dans son sein , elle part et marche avec promptitude dans le pays des montagnes de Judée (0 , pour visiter sa cousine sainte Elisabeth. Ne sentons- nous point la cause de cette promptitude, de cette élévation, de cette visite? Quand on est plein de Jésus-Christ , on l'est en même temps de charité , d'une sainte vivacité, de grands sentimens; et l'exécution ne souffre rien de languissant. Marie qui porte la grâce avec Jésus- Christ dans son sein , est sollicitée par un divin instinct à l'aller répandre dans la maison de Zacharie , où Jean-Raptiste vient d'être conçu.

C'est aux supérieurs à descendre , à prévenir. Marie qui se voyoit prévenue par le Verbe descendu en son sein , pouvoit - elle n'être pas touchée du désir de s'humilier , et de descendre à son exemple ? Jésus devoit être précédé par saint Jean au dehors ; mais au dedans, c'est Jésus qui le devoit prévenir, qui le devoit sanctifier. Il falloit que Jean reçût de Jésus la premièi'e touche.de la grâce,

(OZuc.l.Sg.

Si vous sortez , âmes saintes et cachées , que Ce soit pour chercher les saintes , les Elisal)eths qui se cachent elles-mêmes ; allez vous cacher avec elles : cette sainte socie'té honorera Dieu , et fera paroître ses grâces.

Dans toutes les visites que nous rendons , imitons Marie ; rendons-les en charité ; alors sous une simple civilité , il se cachera de grands mystères ; la grâce s'augmentera ou se déclarera par l'humilité , par l'exercice d'une amitié sainte.

Cultivez , âmes pieuses , les devoirs de la parenté* Soyez amies, femmes chrétiennes , comme Marie et Elisabeth; que votre amitié s'exerce par la piété; que vos conversations soient pleines de Dieu : Jésus sera au milieu de vous, et vous sentirez sa présence.

Hommes, imitez aussi ces saintes et humbles femmes. O Dieu ! sanctifiez les visites ; ôtez-en la curiosité ^ l'inutilité , la dissipation , l'inquiétude , la dissimulation et la tromperie : faites-y régner la cordialité et le bon exemple.

Jésus-Christ moteur secret des cœurs : di\>ers mous^emens quilexcite dans les âmes dont il s'approche.

Merveille de cette journée! Jésus -Christ est caché, et c'est lui qui opère tout : il ne paroît en lui aucun mouvement, il meut tout, non -seulement Marie et Elisabeth, mais encore l'enfant qui est au sGfin de sa mère , agissent sensiblement. Jésus qui est

SUR LES MYSTÈRES. 33l

en effet le moteur de tout, est le seul qui paroît sans action , et son action ne se produit que par celle qu'il inspire aux autres.

Nous voyons ici dans ces trois pei'sonnes sur lesquelles Je'sus-Christ agit, trois dispositions différentes des âmes dont il approche : Dou me vient ceci j dit Elisabeth (0? Elle s'e'tonne de l'approche de Dieu; et n'en pouvant de'couvrir la cause dans ses mérites, elle demeure dans l'e'tonnement des bonte's de Dieu. En d'autres âmes Dieu opère le transport, et de saints efforts pour les faire venir à lui : c'est ce qui paroît dans le tressaillement de saint Jean - Baptiste. Sa dernière opération est la paix dans la glojûfication de la puissance divine ; et c'est ce qui paroît dans la sainte Vierge. Voyons donc dans ces trois personnes si diversement émues , ces trois divines opérations de Jésus-Christ dans les âmes : dans Elisabeth , fliumble étonnement d'une ame de qui il approche : dans Jean-Baptiste , le saint transport d'une ame qu'il attire; et dans Marie, l'ineffable paix d'une ame qui le possède.

Le cri de sainte Elisabeth et son humble étonnement,

A LA voix de Marie , et à sa salutation , T enfant tressaillit dans son sein ; et remplie du Saint-Esprit elle s écria. Ce grand cri de sainte Elisabeth marque tout ensemble et sa surprise et sa joie ; Fous êtes

(') Luc. 1. 43.

bénite entre toutes les femmes j, et le finit de vos entrailles est béni (0 : celui que vous y portez , est celui en qui toutes les nations seront be'nies ; il commence par vous à répandre sa bénédiction. D'oîi me vient ceci, que la Mère de mon Seigneur vienne à moi (2)? Les âmes que Dieu aborde, étonnées de sa présence inespérée , le premier mouvement qu'elles font, est de s'éloigner en quelque sorte comme indignes de cette grâce. Retirez -vous de moi , Seigneur j> disoit saint Pierre (3) , parce que je suis un pécheur. Et le Centenier : Seigneur , je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison (4). Dans un semblable sentiment, mais plus doux, Elisabeth , quoique consommée dans la vertu, ne laisse pas d'être surprise de se voir approchée par le Seigneur d'une façon si admirable. D'oîi me vient ceci, que la Mère de mon Seigneur , et qui le porte dans son sein, vienne a moi! Elle sent que c'est le Seigneur qui vient lui-même, mais qui vient et qui agit par sa sainte Mère. A votre voix , dit- elle, T enfant que je porte a tressailli dans mon sein (5»), Il sent la présence du maître , et commence à faire l'office de son précurseur ; si ce n'est encore par la voix , c'est par ce soudain tressaillement : la voix même ne lui manque pas, puisque c'est lui qui secrètement anime celle de sa mère. Jésus vient à lui par sa mère , et Jean le reconnoît par la sienne.

Dans cette dispensation des grâces de Jésus- Christ sur Elisabeth et sur son fils à la Visitation de la sainte Vierge , l'avantage est tout entier du côté dç

(0 Luc. I. 4 1 , 42. — W Ibid, 43. — (3) Luc. V. 8. — (''O Mauh. yhi. 8. — (5)Xmc.i. 44.

Venfant. C^est ce qui fait dire à un saint Père (0 : Elisabeth a la première écouté la xwix j mais Jean a le prem,ier senti la grâce. Elisabeth , poursuit saint Ambroise , a la prem,iere aperçu t arrivée de Marie ; mais Jean a le premier senti V avènement de Jésus, llla Mariœ j iste Domini sensit adyentum,

Elisal)eth , comme revenue de son étonnement , s'étend sur la louange de la sainte Vierge. Vous êtes heureuse d avoir cru : ce qui vous a été dit par le Seigneur sera accompli (2). Vous avez conçu vierge , vous enfanterez vierge : votre Fils remplira le trône de David ; et son règne n'aura point de fin.

Croyons donc , et nous serons bienheureux comme Marie: croyons comme elle au «règne de Jésus et aux promesses de Dieu. Disons avec foi : Que votre règne arrive (3). Crions avec tout le peuple : Béni soit celui qui est venu au nom du Seigneur ; et béni soit le règne de notre père David i\),

La béatitude est attachée à la foi. Vous êtes bienheureuse d'avoir cru. Vous êtes bienheureux ^ Siînon^ parce que ce n'est point la chair et le sang qui vous 07it révélé la foi que vous devez annoncer , mais que c'est mon Père céleste (5). Et oii est cette béatitude de la foi? Bienheureuse d'avoir cru : ce qui vous a été dit s'accomplira (^). Vous avez cru , vous verrez : vous vous êtes fiée aux promesses, vous recevrez les récompenses : vous avez cherché Dieu par la foi , vous le trouverez par la jouissance.

Mettons donc tout notre bonheur dans la foi ; ne «oyons point insensibles à cette béatitude : c'est Jé-

(0 Amlr. Lu. in Luc. n. 23, — (*) Luc. i. 4^. — C^) Mauh. vi. lo. -— C'O Marc. XI. 9 , 10. —■ \^] MuU. ivi. 17. — A Luc. 1. \5.

sus-Clirist Ini - même qui nous la propose ; et la gloire de Dieu et sa volonté se trouvent dans notre be'atitude. Ce qui est bienheureux est excellent en même temps : il est plus heureux de donner que de recevoir; c'est-à-dire, il est meilleur. On est bienheureux de croire ; il n'y a rien de plus excellent ni de meilleur que la foi , qui appuyée sur les promesses , s'abandonne aux bontés de Dieu, et ne songe qu'à lui plaire. Beata qiiœ credidisti.

Le tressaillement de saint Jean.

Quand l'ame dans son ignorance et ses ténèbres ressent les premières touches de la divine présence , après ce premier étonnement par lequel elle semble s'éloigner , rassurée par sa bonté , elle se livre à la confiance et à l'amour. Elle sent je ne sais quels mouvemens , souvent encore confus et peu expliqués : ce sont des transports vers Dieu , et des efforts pour sortir de l'obscurité où l'on est, et rompre tous les liens qui nous y retiennent. C'est ce que veut faire saint Jean ; saisi d'une sainte joie il voudroit parler, mais il ne sait comment expliquer son transport. Jésus-Christ qui en est l'auteur, en connoît la force ; et quoiqu en apparence il ne fasse rien , il se fait sentir au dedans par un subit ravissement qu'il inspire à l'ame. Ame qui te sens saisie d'un si doux sentiment , s'il ne t'est pas encore permis de parler , il t'est permis de tressaillir !

Venez, Seigneur, venez me toucher d'un saint et inopine' désir d'aller à vous. Que ce de'sir s'élève en moi aujourd'hui à la voix de votre mère : faites-moi dire avec Elisabeth : D'où me vient ceci? Faites-moi dire, Elle est heureuse d'm'oir cru, et je veux imiter sa foi. Faites-moi tressaillir comme Jean-Baptiste ; et enfant encore dans la piété, recevez mes innocens transports. Je ne suis pas un Jean-Baptiste , en qui votre grâce avance l'usage de la raison ; je suis un vrai enfant dans mon ignorance, agréez mon bégaiement, Ya j a^ a de ma langue (0 qui n'est pas encore dénouée. C'est vous du moins que je veux; c'est à vous seul que j'aspire ; et je ne puis exprimer ce que votre grâce inspire à mon cœur.

Le cantique de Marie : première partie.

Ces premiers transports d'une ame qui sort d'ellemême, et qui déjà ne se connoît plus, sont suivis d'un calme ineffable, d'une paix qui passe les sens, et d'un cantique céleste.

Mon ame glorifie le Seigneur ; et mon esprit est rai^i de joie en Dieu mon Sauv^eur (2). Que dirai-je sur ce divin cantique ? Sa simplicité , sa hauteur qui passe mon intelligence m'invite plutôt au silence qu'à parler. Si vous voulez que je parle, ô Dieu, formez vous-même mes paroles.

Quand l'ame entièrement sortie d'ellç , ne glorifie

C») Jaem. i. i. — (») Luc. i. 46 et seq.

plus que Dieu , et met en lui toute sa joie , elle est en paix , puisque rien ne lui peut ôter celui qu'elle chante.

Mon ame glorifie ^ mon ame exalte le Seigneur. Après quelle s'est épuise'e à ce'le'brer ses grandeurs, quoi qu'elle ait pensé, elle l'exalte toujours le perdant de vue , et s élevant de plus en plus au-dessus de tout.

3Ion esprit est ra^>i de joie en Dieu mon Sauveur, Au seul nom de Sauveur, mes sens sont ravis j et ce que je ne puis trouver en moi , je le trouve en lui avec une inébranlable fermeté.

Parce qu'il a regardé la bassesse de sa servante. Si je croyois de moi-même pouvoir attirer ses regards, ma bassesse et mon néant m'ôteroit le repos avec Tespérance. Mais puisque de lui - même par pure bonté, il a tourné vers moi ses regards, j'ai un appui que je ne puis perdre , qui est sa miséricorde par laquelle il m'a regardée, à cause qu'il est bon et libéral.

Elle ne craint point après cela de reconnoître ses avantages, dont elle a vu la source en Dieu, et qu'elle ne peut plus voir que dans ce principe : Et a^oilàj dit-elle, çue tous les- siècles me reconnoîtront bienheureuse.

Ici étant élevée à une plus haute contemplation , elle commence à joindre son bonheur à celui de tous les peuples rachetés : et c'est comme la seconde par* tie de son cantique.

Seconde partie du cantique à ces paroles : Le Toutpuissant m'a fait de grandes choses.

Celui qui seul est puissant a fait en moi de grandes choses : et son nom est saint : et sa miséricorde s'étend d'âge en dge , et de race en race sur ceux gui le craignent (0. Elle commence avoir que son bonheur est le bonheur de toute la terre , et qu'elle porte celui en qui toutes les nations seront bénies. Elle s'e'lève donc à la puissance et à la sainteté' de Dieu , qui est la cause de ces merveilles.

Celui qui est seul puissant a fait en moi un ouvrage seul digne de sa puissance, un Dieu homme, une mère vierge, un enfant qui peut tout ; un pauvre dépouillé de tout, et néanmoins sauveur du monde, dompteur des nations, et destructeur des superbes.

Et son nom est saint : Dieu est la sainteté n^éme : il est saint et sanctifiant : et quand est-ce qu'il le paroît davantage, que lorsque son Fils qui est aussi celui de Marie , répand la miséricorde , la grâce et la sainteté, d'âge en âge sur ceux qui le craignent?

Si nous voulons participer à cette grâce, soyons saints ; et publions en même temps avec toutes les nations, que Marie est bienheureuse.

(0 Luc. I. 49, 5o.

BOSSUET. YIII. 2 2

338 élévaïio:ns

Suite du cantique ou sont expliqués les effets particuliers de V enfantement de Marie , et de Tincar^ nation du Fils de Dieu.

Pour expliquer de si grands effets, Marie en revient à la puissance de Dieu : // a^ dit-elle, déployé la puissance de son bras : il a dissipé ceux qui étoient enflés d'orgueil dans les pensées de leur cœur. Il a ren\>ersè les puissans de dessus le trône ; et il a éle\fé les humbles (0. Quand est-ce qu'il a fait toutes ces merveilles , si ce n'est quand il a envoyé son Fils au monde , qui a confondu les rois et les superbes empires par la pre'dication de son Evangile ? Ouvrage où sa puissance a paru d'autant plus admirable , qu'i7 s'est servi de la foiblesse pour anéantir la force , et de ce qui nétoit pas ^ pour détruire ce qui étoit , afin que ne paroissant rien , nul homme ne se glorifie datant lui (2); et qu'on attribuât tout à la seule puissance de son bras. C'est pourquoi il a paru au milieu des hommes comme n'étant rien. Et lorsqu'il a dit : Je vous loue , mon Père j Seigneur du ciel et de la terre , de ce que vous avez caché ces mystères aux sages et aux prudens , et que vous les avez révélés aux petits (3) : n'a-t-il pas véf-itablement confondu les superbes , élevé ceux qui étoient vils à leurs yeux et à ceux des autres ?

Marie elle-même en est un exemple : il l'a élevée

(0/^«f. I. 'ïi, Sa. — ':') /. Cor. I. 37, îï8, 29. — (3)7!/a/f. xi.aS.

SUR LES MYSTÈRES. 33g

au-dessus de tout, parce quelle s'est de'clare'e la plus basse des créatures. Quand il s'est fait une demeure sur la terre, ce n'a point été dans les palais des rois : il a choisi de pauvres , mais d'humbles parens, et tout ce que le monde méprisoit le plus, pour en abattre la pompe. C'est donc là le propre caractère de la puissance divine dans la nouvelle alliance , qu'elle y fait sentir sa vertu par la foiblesse même.

// a rassasié les affamés , et il a renvoyé les riches avec les mains ^ndes (0. Et quand? Si ce n'est lorsqu'il a dit : Heureux ceux qui ont faim ; car ils seront rassasiés (2). Malheur à vous qui clés rassasiés; car vous aurez faim (5). C'est ici qu'il faut dire avec Marie : Mon ame^glorifie le Seigneur, et n'exalte que sa puissance, qui va paroître par l'infirmité et par la bassesse.

C'est là que l'ame trouve sa paix , lorsqu'elle voit tomber toute la gloire du monde, et Dieu seul demeurer grand.

Effets particuliers de T enfantement de Marie dans les deux derniers versets de son cantique.

Les palais et les trônes sont à bas : les cabanes sont relevées : toute fausse grandeur est anéantie : c'est un effet général de l'enfantement de Marie dans toute la terre. Mais ne dira-t-elle rien de la rédemp-

(0 Luc. I. 53.^{'^)Mauh. V. 6.— C3) Luc. yi. 25,

tion d'Israël , et de ces brebis perdues de la maison d'Israël, pour lesquelles son Fils a dit qu'il étoit venu? Ecoutons la fin du divin cantique : Il a pris en sa protection Israël son serviteur (0. Ce n'est .point à cause des mérites dont se vantoient les présomptueux : au contraire il a abattu le faste pharisaïque, et les superbes pensées des docteurs de la loi : il a reçu un Nathanaël , vrai Israélite, simple, sans présomption , comme sans fard et sans fraude : et voilà les Israélites qu'il a protégés ; à cause qu'ils mettoient leur confiance, non point en eux-mêmes, mais en sa grande miséricorde. // s'est som^enu des promesses quil a faites a Abraham et a sa postérité , qui doit subsister aux siècles des siècles (2),

Heureux! que Dieu ait daigné s'engager avec nous par des promesses. Il pouvoit nous donner ce qu'il eût voulu : mais quelle nécessité de nous le promettre? Si ce n'est qu'il vouloit^ comme dit Marie , faire passer d'âge en âge sa miséricorde , en nous sauvant par le don , et nos pères par l'attente. Attachons-nous donc avec Marie aux immuables promesses de Dieu qui nous a donné Jésus-Christ. Disons avec Elisabeth : Nous sommes heureux d'avoir cru : ce qui nous a été promis s'accomplira. Si la proniesse du Christ s'est accomplie tant de siècles après : doutons-nous qu'à la fin des siècles tout le reste ne s'accomplisse ? Si nos pères avant le Messie ont cru en lui : combien maintenant devons-nous croire , que nous avons Jésus-Christ pour garant de ces promesses? Abandonnons-nous à ces promesses de grâce, à ces bienheureuses espérances; et noyons

(OZttc.i. 54. — W/A£W. 54, 55.

SUR LES MYSTÈRES. 34l

dedans toutes les trompeuses espérances dont le monde nous amuse.

Nous sommes les vrais en fans de la promesse ; enfans selon la foi ^ et non pas selon la chair (0 : qui ont été montrés à Abraham, non point en la personne d'Ismaël, ni dans les- autres enfans sortis d'Abraham selon les lois de la chair et du sanc^; mais en la personne d'Isaac, qui est venu selon la promesse , par grâce et par miracles. Abraham a cru à cette promesse : Pleinement persuadé ^ et sachant très-bien que Dieu est puissant pour faire ce qu'il a promis ('^). 11 ne dit pas seulement qu'il prévoit ce qui doit arriver, mais encore qu'il fait ce qu'il a promis ; il a promis à Abraham des enfans selon la foi : il les fait donc. Nous sommes ses enfans selon la foi : il nous a donc faits enfans de foi et de grâce ; et nous lui devons cette nouvelle naissance. Si Dieu nous a faits par grâce selon sa promesse, ce n'a point été par nos œuvres , mais par sa miséricorde qu'il nous a produits et régénérés. Nous sommes ceux que voyoit Marie , quand elle voyoif la postérité d'Abraham : nous sommes ceux au salut de qui elle a consenti , quand elle a dit : Qu'il me soit fait selon votre parole Ç>). Elle nous a tous portés dans son sein avec Jésus-Christ en qui nous étions.

Chantons donc sa béatitude avec la nôtre : publions qu'elle est bienheureuse; etaggrégeons-nous à ceux qui la regardent connue leur mère. Prions cette nouvelle Eve qui a guéri la plaie de la pre-

C>) Gai. IV. 28. Rom, ix. 7 , 8. -- C» )-«oot. ly.ao, ai. — (3)/;ac.i. 38.

niière, au lieu du fruit défendu dont nous sommes morts, de nous montrer le fruit be'ni de ses entrailles. Unissons-nous au saint cantique , où Marie a chanté notre délivrance future. Disons avec saint Ambroise (0 : Que rame de Marie soit en nous pouj^ glor^yier le Seigneur : que t esprit de Marie soit en nous pour être ravis de joie en Dieu notre Sauveur. Comme Marie , mettons notre paix à voir tomber toute la gloire du monde , et le seul règne de Dieu exalté, et sa volonté accomplie.

Demeure de Marie avec ElisahetJi,

Marie demeura environ trois mois dans la maison d Elisabeth : et elle retourna en sa maison (*^). La charité ne doit pas être passagère. Marie demeure trois mois avec Elisabeth : quiconque porte la grâce ne doit point aller en courant, mais lui donner le temps d'achever son œuvre. Ce n'est pas assez que l'enfant ait tressailli une fois, ni qu'Elisabeth ait crié : ^ous êtes heureuse ; il faut fortifier l'attrait de la grâce : et c'est ce qu'a fait Marie, ou plutôt ce qu'a fait Jésus , en demeurant trois mois avec son précurseur.

Regardons ce saint précurseur sanctifié dès le ventre de sa mère. Comme les autres il étoit conçu dans le péché : mais Jésus-Christ a voulu prévenir sa naissance , et la rendre sainte. Il a voulu qu'il fît

(0 Amlv. in Luc. l. ii.n. aC. — C') Luc. i. 58.

son ofiîce de précurseur jusque dans le ventre de sa mère. Il ne faut pas s'étonner , si dès le commencement de l'évangile de Tapôtre saint Jean , on voit Jean-Baptiste si étroitement uni à Jésus. Jean-Baptiste , qui riétoit pas la lumière , devoit pourtant et devoit avant sa naissance, et dès le sein de sa mère, rendre témoignage à la lumière (0, encore cachée. Il n'étoit pas la lumière : puisque conçu dans le péché , il attendoit pour en sortir la présence du Sauveur.

llj auoit une véritable lumière qui illumine tout homme venant au monde ('^) : et c'est par cette lumière que Jean a été illuminé, afin que nous entendions , que s'il montre Jésus-Christ au monde , c'est par la lumière qu'il reçoit de Jésus-Christ même. O Marie! ô Elisabeth ! ô Jean ! que vous nous montrez aujourd'hui de grandes choses î Mais, ô Jésus, Dieu caché, qui sans paroîtrc faites tout dans cette sainte journée , je vous adore dans ce mystère et dans toutes les oeuvres cachées de votre grâce !

Savoir si la sainte Vierge vit la naissance de saint Jean, l'Evangile n'a pas voulu nous le découvrir. Elisabeth étoit dans son sixième mois, quand Marie la vint visiter : elle fut environ trois mois avec elle : elle étoit donc ou à terme ou bien près de son terme : et l'Evangile ajoute aussi, que le temps d Elisabeth s'accomplit {^) : insinuant, selon quelques-uns, qu'il s'accomplit pendant que Marie étoit avec elle : mais qui osera l'assurer, puisque l'Evangile semble avoir évité de le dire? Quoi qu'il en soit , ou Marie attachée à sa solitude , et prévoyai\t

(0 Joan. 1. S. — W Ibùl. 9- — (3) Luc. i. 5^.

l'abord de tout le monde au temps de Tenfantement d'Elisabeth , le pi evint par sa retraite : ou si elle est demeure'e avec tous les autres , elle y a été humble et cachée, inconnue , sans s'être fait remarquer dans une si grande assemblée, et contente d'avoir agi envers ceux à qui Dieu l'avoit envoyée. O humilité ! ô silence qui n'a été interrompu que par un cantique inspiré de Dieu , puissé-je vous imiter toute ma vie !

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SUR LES mystèhes. 345

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