‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 2)Chapitre 20 sur 46 · LA NATIVITÉ DU SAINT PRÉCURSEUR · texte numérisé non relu

LA NATIVITÉ DU SAINT PRÉCURSEUR

PREMIÈRE ÉLÉVATION

On accourt des environs.

Le terme d Elisabeth étant accompli, les voisins et ses parens accoururent pour célébrer la miséricorde que Dieu avoit exercée (en lui ôtant sa stérilité) et s'' en réjouir avec elle (0. Les vraies congratulations des amis et des parens chrétiens , doivent avoir pour objet la miséricorde que Dieu nous a faite : sans cela , les complimens n ont rien de solide, ni de sincère, et ne sont qu'un amusement.

Dieu dispose avec un ordre admirable tout le tissu de ses desseins. Ilvouloit rendre célèbre la naissance de saint Jean -Baptiste, où celle de son Fils devoit aussi être célébrée par la prophétie de Zacharie ; et il importoit aux desseins de Dieu, que celui quil envoyoit pour montrer son Fils au monde , fût illustré dès sa naissance : et voilà que sous le prétexte d'une civilité ordinaire , Dieu amasse ceux qui dévoient être témoins de la gloire de Jean-Baptiste, la répandre et s'en souvenir. Car tout le monde étoit en admiration ; et les merveilles qu'on vit paroître à la naissance de Jean-Baptiste , se répandirent dans

tout le pays voisin : et tous ceux qui en ouïrent le récit , le mirent dans leur cœur j en disant : Que pensez -vous que sera cet enfant? Car la main de Dieu est visiblement as^ec lui (0. Accoutumons-nous à remarquer, que les actions qui paroissent les plus communes , sont secrètement dirige'es par l'ordre de Dieu, et servent à ses desseins, sans qu'on y pense, en sorte que rien n'arrive fortuitement.

La circoncision du saint précurseur j et le nom qui lui est donné.

Le huitième jour on vint circoncire V enfant; et ils lui donnoient le nom de son père , Zacharie ; mais Elisabeth répondit ^ que son nom étoit Jean. On lui remontroit que personne riavoit ce nom dans leur parenté : et en même temps ils demandèrent par signes à son père , quel nom il lui vouloit donner ; et il éc rivit sur des tablettes j que Jean étoit son nom (2). On connut donc, par le concours du père et de la mère à lui donner ce nom extraordinaire dans la famille, qu'il étoit venu d'en-liaut : Et tout le monde étoit étonné. Le nom de Jean signifie grâce , piété , miséricorde : et Dieu avoit destiné ce nom au précurseur de sa grâce et de sa miséricorde.

Il paroît que Zacharie à qui on ne parloit que par signes (?) , n'étoit pas seulement devenu muet par

(0 Luc. I. 65, G6. — (') Ibid. I. 59, 60, 61 , 62, 63. — (3) Ihiâ. u 62,64.

SUR LES MYSTÈUES. 347

fion incrédulité; mais que l'ange Favoit encore frappé de surdité : mais l'ouïe lui fut tout à coup rendue avec la parole, quand il eut obéi à Tange, en donnant à son fils le nom de Jean. L'obéissance guérit le mal que l'incrédulité avoit causé : à l'instant celui qui n'entendoit rien que par signes, et ne parloit qu'en écrivant, eut la bouche ouy^erte , et entonna ce divin cantique.

Le cantique de Z^acharie, Première partie : quels sont les ennemis dont Jésus-Christ nous délivre : et quelle est la justice quil nous donne.

Béni soit le Seigneur Dieu d'Israël {^). Cesi après être demeuré long -temps muet, une soudaine exclamation pour exprimer les merveilles qu'il avoit été contraint de resserrer en lui-même, touchant le règne du Christ qui étoit venu, et»qui bientôt alloit paroître. C'est ce qu'il voit dans son transport; et il voit en même temps la part qu'aura son fils à ce grand ouvrage , qui sont les deux parties de cet admirable cantique.

C'est pour la gloire de Jésus-Christ le témoignage d'un prêtre célèbre parmi le peuple , et aussi savant que pieux. C'est pourquoi toutes les paroles de son cantique ont de doctes et secrets rapports aux promesses faites à nos pères , et aux anciennes prophéties.

CO Luc. I. 68.

Il commence donc par bënir ce Dieu : Parce quil a visité son peuple , et en a opéré la rédemption , en lui envoyant son Fils , en qui il nous a éles^é un puissant Sauveur dans la maison de Da\>id son serviteuri^). Voilà comme tout le monde connoissoit que le Fils de Marie par elle sortoit de David, et en héritoit la royauté.

Le mot de corne dont il se sert , est un mot de magnificence et de terreur, qui dans le style de l'Ecriture signifie la gloire, et en même temps une force incomparable pour dissiper nos ennemis. C'est ce que devoit faire le Sauveur sorti de David, pour la rédemption du genre humain.

Le saint prêtre nous fait voir deux choses dans cette rédemption : la première , sont les maux dont elle nous affranchit : et la seconde, sont les grâces qu'elle nous apporte.

Premièrement donc : // avoit promis par la bouche de ses prophètes j, quil nous délivreroit de nos ennemis ^ et de ceux qui nous haXssenti'^) . Quels sont les ennemis dont nous devons être délivrés? Ce sont avant toutes choses, les ennemis invisibles qui nous tenoient captifs par le péché, par nos vices et par tous nos mauvais désirs : ce sont là nos vrais ennemis, qui seuls aussi peuvent nous perdre. Jésus -Christ nous délivre aussi des ennemis visi])les, en nous apprenant non-seulement à ne les craindre plus, mais encore à les vaincre par la charité et par la patience, selon ce que dit saint Paul (3) : iVe vous laissez pas vaincre par le nfiauvais , mais surmontez le mauvais par l'abondance du bien : soigneux de gagner par la ^.0 Luc. I. 68, 69. — (') Ihid. 70, 71. — \^) Hom. xii. ao, ai.

charité vos frères qui vous persécutent ; et entassant des charbons sur leurs têtes , pour les échauffer et fondre la glace de leurs cœurs endurcis.

C'est ainsi que le Sauveur nous apprend à vaincre nos ennemis. Mais s'il faut qu'ils soient vaincus manifestement, Dieu les mettra à nos pieds d'une autre sorte , comme il y a mis les tyrans persécuteurs de l'Eglise : et si les Juifs avoient été fidèles à leur Messie, je ne doute pas que Dieu ne les eût tirés de leur servitude d'une manière éclatante, pour les faire marcher sans crainte, et servir Dieu en paix.

Quand donc Dieu fait prospérer son peuple contre les ennemis qui les oppriment; qu'ils regardent ces heureux succès comme une grâce du libérateur qui leur est venu, et qu'ils en profitent pour mieux servir Dieu : autrement , et s'ils en abusent pour mener une vie plus licencieuse, la paix n'est pas une paix sainte et chrétienne, mais un fléau de Dieu plus terrible que la guerre même.

Mais les véritables ennemis dont la défaite nous est promise parle Sauveur, sont les démons nos vainqueurs dès l'origine du monde ; et nos convoitises qui nous font la guerre dans nos membres; et nos péchés qui nous accablent, et nos faiblesses qui nous tuent; et les terreurs de la conscience, qui ne nous laissent aucun repos. Voilà les vrais ennemis, les vrais maux dont Jésus-Christ nous délivre, pour nous faire marcher sans crainte en sa présence (0.

Ce n'est pas assez de nous délivi er des maux : le règne de Jésus - Christ nous apporte la sainteté qui

W Luc. I. 74.

35o ÉLÉVATIONS

doit avoir deux qualités. La première est exprimée par ces paroles : Afin que nous servions en sainteté et en justice devant lui {^) : c'est-à-dire, dans une parfaite et véritable sainteté qui ne soit point extérieure, et aux yeux des hommes, mais aux yeux de Dieu. Cardans le règne de Jésus-Christ, il ne s'agit pas de purifications extérieures, ni de vaines cérémonies, ni d'une justice superficielle i'^) : il faut être saint à fond, se tenir sous les yeux de Dieu, faire tout uniquement pour celui qui sonde le fond des cœurs , et ne songer qu'à lui plaire. Ce n'est p^s assez, et voici la seconde qualité de la vraie sainteté : il faut persévérer dans cet état : une vertu passagère n'est pas digne de Jésus-Christ. Ceux qui, transportés par la douceur d'une dévotion nouvelle, se retirent à la première tentation, sont ceux qu'il appelle temporels (3) , ou justes pour un certain temps, et non pour toujours. La preuve du vrai chrétien est la persévérance ? et la grâce que Jésus-Christ nous apporte est une grâce qui premièrement nous fait vraiment justes devant Dieu, et secondement nous fait justes, persévérans, marchant courageusement et humblement à la fois , sous les yeux de Dieu , durant toute la suite de nos jours.

Commençons donc une vie nouvelle sous le règne de Jésus-Christ t soyons justes à ses yeux, en exterminant pour l'amour de lui toute tache qui ofïenseroit ses regards, et pratiquant une vertu forme et sévère qui ne se relâche jamais, ni en rien.

CO Luc. I. 75. — W Matth. XV et xxiii. — (3) Marc, iv. 16, 17.

SUH LES MYSTÈRES. 35

Sur quoi toutes ces grâces sont fondées*

Pour exercer sa miséricorde en^ei^s nos pères j et se soutenir de son alliance sainte^ selon qu'il assoit juré à Abraham notre père (0. Il semble qu'il falloit dire que Dieu exerçoit ses miséricordes sur nous en mémoire de nos pères. Mais pour nous ôter davantage toute vue de notre propre justice, et nous faire mieux sentir que nous sommes sauvés par grâce , le saint prêtre aime mieux dire , qu'il exerce sa miséricorde envers nos pères qui lui ont plu , qu'envers leurs enfans ingrats : qu'il nous sauve par sa bonté, et non à cause de nos mérites ; et pour satisfaire à sa promesse, plutôt qu'en ayant égard à nos œuvres qui sont si mauvaise?.

Ce n'est pas qu'il ne faille croire que Dieu donne des mérites à ses saints ; mais c'est que ces mérites sont des grâces: c'est que la grâce qui nous les donne, nous est donnée sans mérite : on a des mérites , quand on est saint ; mais pour être saint, il n'y a point de mérite : la récompense est due après la promesse ; mais la promesse a été faite par pure bonté : la récompense est due encore une fois à ceux qui font de bonnes œuvres ; mais la grâce qui n'est point due, précède afin qu'on les fasse. Enfans de grâce et de promesse, vivez dans cette foi : c'est la nouvelle alliance que Dieu a faite avec nous : Que nulle chair

ne se glorifie en sa présence : et que celui qui se glorifie , se glorifie en notre Seigneur (0.

Quel est le sei'ment de Dieu : et ce qu'il opère.

Selon quil assoit juré à notre père Abraham (2). Je ne puis mieux exprimer le mystère de ce serment, que par ces paroles de Te'pître aux Hébreux (3) : Dans la promesse que Dieu fit à Abraham , n ayant point de plus grand que lui par qui il pût jurer , il jura par lui-même ^ comme il est écrit : J'ai juré par moi-même ^ dit le Seigneur ; et ajouta : Si je ne vous comble de bénédictions , et si je ne multiplie votre . race jusqu'à r infini (4) : suppléez, je serai un menteur, moi qui suis la vérité même. Abraham ^ continue l'apôtre (5), ayant attendu avec patience , a obtenu l'effet de cette promesse ; car comme les hommes jurent par celui qui est plus grand qu eux , et que le serment oii ils font entrer la toute-puissance et la vérité de Dieu dans leur engagement, est la plus grande assurance qiiils puissent donner pour terminer tous leurs différends ^ dont aussi le serment est la décision : Dieu voulant aussi faire voir avec plus de certitude aux héritiers de la promesse , la fermeté immuable de sa résolution ^ a ajouté le serment à sa parole : afin qu'étant appuyés sur ces deux choses inébranlables j par lesquelles il est impos-

(')/. Cor. 1. 29, 3 t.— W/:ac. 1.73. — W//eô. vi.-i3, i4, 17. — (4) Ge/î. XXII. 16, 17,18. — (5)ZreJ. VI. i5, 16, 17, 18.

sible

SUR LES mystèhes. 353

sihle que Dieu nous trompe , ( c'est - à ~ dire , sur la parole de Dieu, et sur le jurement qui la confirme) nous ajons une puissante consolation , nous qui avons mis notre refuge dans la possession des biens pro~ posés à notre espérance.

Il ne faut point ici de commentaire ; il n'y a qu'à écouter toutes ces paroles , et nous en laisser péne'trer. Prenons garde seulement, qu'en nous attachant à la promesse , nous ne présumions pas plus qu'il ne nous est promis : Dieu a promis à la pénitence la rémission des péchés ; mais il n'a pas promis le temps de faire pénitence à ceux qui ne cessent d'en abuser.

Seconde partie de la prophétie du saint cantique qui regarde saint Jean-Baptiste,

Et vous y enfant^ vous serez appelé le prophète du Très-haut (0; son prophète particulier et par excellence : prophète et plus que prophète (2), comme l'appelle le Sauveur, puisque non-seulement vous l'annoncerez comme celui qui va venir à l'instant , mais encore que vous le montrerez au milieu du peuple , comme celui qui est venu (5). Fous marcherez devant le Seigneur pour lui préparer ses voies (4). Vodà donc comme Zacharie appelle Jésus- Christ le Très -haut ^ et, le Seigneur; c'est-à-dire, dans un seul verset , il l'appelle par deux fois , Dieu,

{^)Luc.\. 76. — WMaUh.xug. — ^) Joan. i. i5, 26, 27, 29 et seqq. — C4) Luc. i. 76.

BoSSUET. VIII. 33

Voilà donc le caractère de la prophétie de saint Jean-Baptiste , marqué distinctement par Zacliarie, qui est de marcher devant le Seigneur pour lui préparer sa voie. Et ce caractère est tiré de deux anciennes prophéties ; l'une d'Isaïe (0 : Une voix est entendue dans le désert : Préparez la voie du Seigneur ; faites ses sentiers droits. L'autre de Malachie en confirmation (2) : T enverrai mon ange -, mon envoyé paroîtra et préparera les voies devant moi ; et le Seigneur que vous cherchez viendra dans son temple.

C'est ainsi que ce docte prêtre établit par les prophètes la mission de son fds , et le propre caractère de son envoi , qui est de préparer les voies du Seigneur : mais il nous va encore expliquer ce que c'est que préparer les voies du Seigneur : c'est , dit-il (5) , de donner à son peuple la science du salut, pour la rémission de leurs péchés ; qui est le propre ministère de saint Jean -Baptiste, dont saint Paul a dit dans les Actes après les évangélistes , que Jean avoit baptisé le peuple du baptême de pénitence ; leur disant de croire en celui qui alloit venir ; cestà-dire , en Jésus (4).

Venez donc apprendre la grande science , qui est la science du salut ; et apprenons qu'elle consiste principalement dans la rémission des péchés , dont nous avons besoin toute notre vie; en sorte que notre justice est plutôt dans la rémission des péchés, que dans la perfection des vertus.

(0 Is. XL. 3. MaUh. III. 3. Marc. i. 3. Luc. m. 4- — - (*) Malach. m. I. Matth. xi. lo. Marc. i. ii.Luc.vu. 27. — (3) Luc. 1. 77. — (4) Act.xix. 4. MaUh. m. 11. Marc. i. [{.Luc. m. 8. Joan. i. 26, 3i.

C'est ce qui a fait dire à saint Paul après David . Bienheureux ceux dont sont remises les iniquités ^ et dont les péchés sont couverts : bienheureux à qui le Seigneur n impute point de péché (i) : afin que nous entendions, que ne pouvant être sans péché, notre vraie science est celle qui nous apprend à nous en purifier de plus en plus tous les jours , en disant avec David : Lavez-moi de plus en plus de mon péché (2).

Cette science est en Jésus-Christ dont il est écrit : Mon serviteur en justifiera plusieurs dans sa science, et il portera leurs iniquités (P). Voilà donc en Jésus- Christ la vraie science de la rémission des péchés , dont il fait l'expiation par son sang, en les portant sur lui comme une victime , mais Jean marche devant lui pour montrer au peuple que c'est en lui que les péchés sont remis.

Passons donc toute notre vie dans la pénitence , puisque la science du salut consiste dans la rémission des péchés ; et ne nous glorifions point d'une justice aussi imparfaite que la nôtre : non qu'elle ne soit véritable , et parfaite à sa manière ; mais parce que la plus parfaite en cette vie doit craindre d'être accablée par la multitude des péchés, si elle ne prend un soin continuel de les expier par la pénitence et par les aumônes. C'est la science que prêchoit saint Jean, en criant dans le désert, et faisant retentir toute la Judée de cette voix : Faites de dignes fruits de pénitence (4).

Par les entrailles de la miséricorde de notre

(i"» Rojn. IV. 7, 8. P s. XXXI. 1 , a. — W Ps. l. 3. — (3) Is. lui. i i. — (4) MaUh. m. 8.

Dieu (0 : c'est uniquement par là que nous trouvons la rémission de nos péchés ; c'est par-là , poursuit Zacharie, que V Orient nous a visité d'en-haut. C'est là un des noms de Jésus-Christ qu'un prophète appelle en la personne de Zorobabel : Un homme 'viendra; et son nom est V Orient (2). Ce prophète c'est Zacharie ; et Zacharie , père de saint Jean en répète et en explique l'oracle. Jésus -Christ est le vrai Orient, lui qui fait leuer sur nous le vrai soleil de justice (5) ; comme disoit Malachie : Pour éclairer , continue ici Zacharie, ceux gui sont assis dans les ténèbres j et dans V ombre de la mort; pour dresser nos pas dans la voie de la paix (4).

Encore qu'on ne vous parle que de la rémission de vos péchés , et qu'elle soit toujours nécessaire durant tout le cours de cette vie ; ne croyez pas que la justice ne soit pas infuse dans vos cœurs par Jésus- Christ. Il n'a pris le nom d'Orient que pour nous montrer qu'il est pour nous éclairer une lumière naissante : // étoit la véritable lumière , qui éclaire tout homme venant au monde (5). Quand cette lumière commence à paroître , elle s'appelle Orient , et c'est un des noms de Jésus-Christ. Comme donc le soleil levant ne dissipe les ténèbres, qu'en répandant la lumière dont il embellit l'univers ; ainsi le vrai Orient , qui se lève vraiment d'en-haut , lorsqu'il sort du sein de son père pour nous éclairer , ne nous remet nos péchés qu'en nous remplissant de la lumière de la justice , par laquelle nous sommes nous-mêmes lumière en notre Seigneur ; car vous

(0 Luc I. 78. — WZacA. VI. 12.— 'i?) Mal. i\. 2. — (4) Luc. i. 7g, Is. IX. 1,2. — K^J Joati, I. 9.

étiez ^ dit saint Paul (0, les ténèbres m.^mes j mais à présent vous êtes lumière ; non point toutefois en vous-mêmes, mais en Jésus-Christ qui vous apprend à marcher toujours les yeux ouverts , et à dresser incessamment vos regards vers lui , par une bonne et droite intention , dont s'ensuivra dans tout votre corps, dans toute votre personne, une lumière éternelle , et un flambeau lumineux dont vous serez éclairé.

Pour dressernos pas dans le chemin de la paix (2). O paix ! le cher objet de mon cœur : ô Jésus ! qui êtes ma paix (5) , qui me mettez en paix avec Dieu, avec moi-même , avec tout le monde : qui , par ce moyen y pacifiez le ciel et la terre (4). Quand sera-ce, ô Jésus ! quand sera-ce , que par la foi de la rémission des péchés, par la tranquillité de ma conscience , par une douce confiance de votre faveur , et par un entier acquiescement , ou plutôt un attachement , une complaisance pour vos éternelles volontés , dans tous les évènemens de la vie , je posséderai cette paix qui est en vous , qui vient de vous , et que vous êtes vous-même ?

Saint Jean au désert des son enfance.

L'enfant croissoit, et son esprit se fortifioit ; et il étoit dans le désert jusqu'au jour de sa m.anifes-

(0 Ephes. Y. 8. — W Luc. I. 79. — (?) Ephes. 11. 14. — (4J Coloss. I. 20.

tation dans Israël (0. Ce que Dieu fait dans cet enfant est inoui. Celui qui dès le sein de sa mère avoit commencé à éclairer saint Jean-Baptiste , et à le remplir de son Saint-Esprit, se saisit de lui dès son enfance ; et il paroît que dès-lors il se retira dans le désert sans qu'on puisse dire à quel âge. Que ne faut-il point penser d'un jeune enfant qu'on voit tout d'un coup après le grand éclat que fit sa naissance miraculeuse , disparoître de la maison de son père , pour être seul avec Dieu , et Dieu avec lui ? Loin du commerce des hommes , il n'en avoit aucun qu'avec le ciel ; il se retire de si bonne heure d'une maison sainte ', d'une maison sacerdotale , d'avec des parens d'une sainteté si éminente , élevés au rang des prophètes , dont il devoit être la consolation ; mais les saints n'en ont point d'autre que de tout sacrifier à Dieu.

Qui n'admireroit cette profonde retraite de saint Jean-Baptiste? Que ne lui disoit pas ce Dieu qui étoit en lui , et pour qui dès son enfance il quittoit tout ? Que ne lui disoit-il point dans ce silence , où il se mettoit pour n'écouter que lui seul ? La langue , dit saint Jacques (2) , est la source de toute iniquité : qui veut fuir le péché doit fuir la conversation. Ce fut l'esprit de saint Jean-Baptiste qui s'est perpétué dans les solitaires. Une voix fut portée à saint Arsène : Fuis les hommes , oui , si tu veux fuir le péché, et ne pécher point en ta langue. Mais à qui cette parole a-t-elle été dite plutôt qu'à saint Jean- Baptiste , poussé au dedans par le Saint-Esprit à se retirer dès son enfance dans le désert ?

(») Luc. 1. 80. — (») Jac. m. 6.

SUK LES MYSTÈRES. 3^9

Tout le reste suivit. Cet homme dès son enfance , d'une retraite et d'un silence si prodigieux , mène une vie si étonnante ; n'ayant pour tout habit quun rude cilice de poils de chameaux ; une ceinture aussi affreuse sur ses reins ; pour toute nourriture des sauterelles , sans qu'on explique comment il les rendoit propres à sustenter sa vie , et du miel sauvage (0 ; et dans sa soif de feau pure. Le désert lui fournissoit tout; et sans rien emprunter des villes ni des bourgades , il n'eut aucune société avec les hommes mauvais , dont il venoit reprendre les vices, et réprimer les scandales.

Cette vie rude et rigoureuse n'étoit pas inconnue dans l'ancienne loi. On y voit dans ses prophètes les nazaréens qui ne buvoient point de vin ('^). On y voit dans Jérémie P) les réchabites , qui, non contens de se priver de cette liqueur, ne labouroient ni ne semoient, ni ne cultivoient la vigne, ni ne bâtissoient de maison , mais habitoient dans des tentes. Le Seigneur les loue par son prophète Jérémie, d'avoir été fidèles au commandement de leur père Jonadab; et leur promet en récompense, que leur institut ne cesseroit jamais. Les esséens, du temps même du Sauveur , en tenoient beaucoup. La vie prophétique qui paroît dans Elie , dans Elisée, dans tous les prophètes, étoit pleine d'austérités semblables à celle de Jean-Baptiste , et se passoit dans le désert , on ils vivoient pourtant en société avec leur famille. Mais que jamais on se fût séques-

(0 Mauh. m. 4- — W Num. vi. i et stqq. Jud. xiii. 5, 7. Thren^ IV. 'j.Amos, II. II. 1. Mach. m. 49- — ^^) Jerem. xxxy. 5, G, 7 et seqq.

36o ÉLÉVATIONS

tré du monde , et de'voué à une rigoureuse solitude , autant et d'aussi bonne heure que Jean-Baptiste , avec une nourriture si affreuse , exposé aux injures de Tair, et n'ayant de retraite que dans les rochers; car on ne nous parle point de tentes ni de pavillons ; sans secours, sans serviteurs, et sans aucun entretien : c'est de quoi on n'avoit encore aucun exemple. C'est une autre sorte de prodige , que Jean-Baptiste qui avoit senti sur la terre le Verbe incarné dès le sein de sa mère , et à qui son père avoit prédit qu'il en seroit le prophète , et lui devoit préparer les voies , ne quitta point son désert pour l'aller voir parmi les hommes. Il le connoissoit si peu , qu'il fallut que le Saint-Esprit lui donnât un signe pour le connoître , quand le temps fut arrivé de le manifester au monde. Pousser la retraite jusqu'à se priver de la vue et de la conversation de Jésus-Christ , c'est une sorte d'abstinence plus divine et plus admirable , que toutes celles que nous avons vues dans saint Jean-Baptiste. Il savoit que le Verbe opère invisiblement , et de loin comme de près ; il s'occupoit de ses grandeurs qu'il devoit prêcher ; il Fadoroit dans le silence , avant que de l'annoncer par sa parole *, il l'écoutoit au dedans ; il s'enrichissoit de son abondance, de sa plénitude, avant que d'apprendre aux hommes à s'en approcher. Que ne pensoit-il point en attendant ce Dieu^ que personne n avoit <vu', mais que son Fils unique qui étoit dans son sein venoit annoncer (0? C'est ce que saint Jean devoit prêcher ; c'est ce qu'il contemple en secret ; et ne demande à voir ce Fils unique, que dans le temps

(') Joan. 1. 18.

que Dieu le feroit paroître pour le montrer , et lui préparer les voies. Ainsi attaché aux ordres de Dieu , sans s'ingérer de quoi que ce soit, sans aucun empressement de paroître, il passa sa vie dans le désert jusqu'à ce que l'heure destinée de Dieu pour sa manifestation en Israël fût arrivée.

Mourez, orgueil humain, mourez, curiosité, empressement , désir de paroître : si vous voulez préparer la voie à Jésus, et l'introduire dans vos cœurs, mourez tous à la gloire humaine. Mourez-y principalement, solitaires sacrés, imitateurs de saint Jean- Baptiste et des prophètes ; puissiez-vous aimer la vie séparée ; quitter les villes ; aimer le désert; vous en faire un dans les villes mêmes , et recevoir la bénédiction desenfans de Jonadab fidèles aux institutions de leur père. Mais nous , fidèles , soyons-le donc à plus forte raison aux commandemens sortis de la bouche de Dieu. Si les réchabites, si les moines, ont avec raison tant de scrupule, tant de honte de manquer à leurs règles , combien devons- nous trembler à manquer à la loi de Dieu, dit le Seigneur, par la bouche de son prophète Jérémie (0.

(•) Jerem. xxxv. j3, il^etseqq.

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