SUITE DES MYSTÈRES DE L'ENFANCE DE JÉSUS- CHRIST
PREMIÈRE ELEVATION
La circoncision : le nom de Jésus.
Le huitième jour étant arrivé , auquel ï enfant devoitêtre circoncis^ il fut nommé Jésus (0. Jésus souffre d'être mis au rang des pêcheurs : il va comme un vil esclave porter sur sa chair un caractère servile , et la marque du pe'che' de notre origine. Le voilà donc en apparence fils d'Adam comme les autres ; pe'cheur et banni par sa naissance , il falloit qu'il portât la marque du péché , comme il en devoit porter la peine.
Cependant au lieu d'être impur comme nous tous par son origine ; par son origine il étoit saint , conçu du Saint-Esprit qui sanctifie tout , et uni en personne au Fils de Dieu , qui est le Saint des saints par essence. L'esprit qui nous sanctifie dans notre régénération est celui dont Jésus-Christ est conçu , dont sa sainte chair a été formée , et qui est infus naturellement dans son ame sainte : de sorte qu'il n'a pas besoin d'être circoncis : et il ne se soumet à cette loi que pour accomplir toute justice , en donnant au monde l'exemple d'une parfaite obéissance.
CO Lucu. ai.
Cependant en recevant la circoncision, // se rendy comme dit saint Paul (0, débiteur de toute la loi, et s*y oblige; mais pour nous, afin de nous affranchir de ce pesant joug. Nous voilà donc libres par l'esclavage de Jésus : marchons en la liberté des enfans de Dieu; non plus dans l'esprit de crainte et de terreur, mais dans l'esprit d'amour et de confiance.
Le nom de Sauveur nous en est un gage. Jésus nous sauve du péché, ainsi qu'il a été dit ; et en remettant ceux qu'on avoit commis, et en nous aidant à n'en plus commettre , et en nous conduisant à la vie où l'on ne peut plus en commettre aucun.
C'est par son sang qu'il doit être notre Sauveur (2). il faut qu'il lui en coûte du sang pour en recevoir le nom : ce peu de sang qu'il répand , oblige à Dieu tout le reste ; et c'est le commencement de la rédemption. Je vois, ô Jésus! toutes vos veines rompues, toutes vos chairs déchirées, votre tête et votre côté percés ; votre sang voudroit couler tout entier à gros bouillons ; vous le retenez , et le réservez pour la croix. Recevez donc le nom de Jésus : vous eu êtes digne , et vous commencez à l'acheter par votre sang. Recevez ce nom , auquel seul tout genou fléchit dans le ciel ^ dans la terre et dans les enfers (^). L agneau qui répand son sang est digne de recevoir toute adoration j tout culte , toute louange , toute action de grâce (4). Etfai entendu toute créa^ ture et dans le ciel et sur la terre, et sous la terre , qui crioient d'une grande voix : Salut à notre Dieu (5).
K^)Gal.\. 1 yi,Z etseqt/. — '[^)Heh. ix.la, i^ctsegtj. — 's?) Philip. l\. 1 0. — vO -^/^oc. V. 12. — 's?] Ibid. VU. 10.
Le salut vient de lui, puisqu'il nous envoie le Sauveur; salut à l'agneau qui est le Sauveur luimême ; salut à nous qui participons à son nom : s'il est le Sauveur, nous sommes les sauves, et nous portons ce glorieux nom devant qui tout l'univers fle'chit , et les démons tremblent. Ne craignons rien, tout est à nos pieds ; songeons seulement à nous surmonter nous-mêmes : il faut tout vaincre, puisque de'jà nous portons le nom du vainqueur. Prenez courage y dit-il (0, fai 'vaincu le monde ; et je mettrai dans mon trône celui cjui remportera la victoire (2).
U étoile des Mages,
Voici les premiers fruits du sang de Jésus parmi les gentils.
Nous avons vu son étoile (5). Qu'avoit cette étoile au-dessus des autres , qui annoncent dans le ciel la gloire de Dieu? qu'avoit-elle plus que les autres, pour mériter d'être appelée l'étoile du Roi des rois, du Christ qui venoit de naître, et d'y amener les mages ? Baiaam , prophète parmi les gentils , dans Moab, et en Arabie , avoit vu Jésus-Christ comme une étoile ; et il avoit dit : // se lèvera une étoile de Jacob (4). Cette étoile qui paroît aux mages, étoit la figure de celle que Baiaam avoit vue : et qui sait si la prophétie de Baiaam nes'étoit pas répandue en
(>)/oa/ï. XVI. 33. — W -r^^woc. ni. ai. — (3) Matth. n. 1,2.— (4) Num. XXIV. 17.
SUK LES MTSTÈUES. 3qI
Orient et dans l'Arabie, et si le bruit n'en etoit pas venu jusqu'aux mages ? Quoi qu'il en soit, une' étoile qui ne paroissoit qu'aux yeux , n'étoit pas capable d'attirer les mages au Roi nouveau né; il falloit que l'étoile de Jacob , et la lumière du Christ (0 se fût levée dans leur cœur. A la présence du signe qu'il leur donnoit au dehors , Dieu les toucha au dedans par cette inspiration dont Jésus a dit : Nul ne peut venir à moi si mon Père ne le tire (2).
L'étoile des mages est donc l'inspiration dans les cœurs. Je ne sais quoi vous luit au dedans ; vous êtes dans les ténèbres et dans les amusemens , ou peutêtre dans la corruption du monde; tournez vers l'Orient , où se lèvent les astres ; tournez-vous à Jésus- Christ qui est l'Orient, où se lève comme un bel astre l'amour de la vérité et de la vertu. Vous ne savez encore ce que c'est, non plus que les mages; et vous savez seulement en confusion que cette nouvelle étoile vous mène au roi des Juifs , des vrais enfans de Juda et de Jacob : allez, marchez, imitez les mages. Nous usions vu son étoile j et nous sommes venus (5) ; nous avons vu et nous sommes partis à l'instant. Pour aller où? nous ne le savons pas encore; nous commençons par quitter notre patrie. Quittez le monde de même ; le monde pour lequel la nouvelle étoile , la chaste inspiration qui vous ébranle le cœur, commence à vous insinuer un secret dégoût. Allez à Jérusalem , recevez les lumières de l'Eglise ; vous y trouverez les docteurs qui vous interpréteront les prophéties, qui vous feront entendre les
(0 Luc. II. 32. — (») Joan. vi. 44- — (3) Matth, 11. a.
desseins de Dieu ; et vous marcherez sûrement sous cette conduite.
Chrétien , qui que vous soyez qui lisez ceci ; peutêtre, car qui peut pre'voir les desseins de Dieu ? peut-être qu'à ce moment l'ëtoile se va lever dans votre cœur ; allez , sortez de votre patrie , ou plutôt sortez du lieu de votre bannissement que vous prenez pour votre patrie , parce que c'est dans cette corruption que vous avez pris naissance. Dès le ventre de votre mère , accoutumé à la vie des sens , passez à une autre région; apprenez à connoître Jérusalem, et la crèche de votre Sauveur, et le pain qu'il vous prépare à Bethléem.
Qui sont les Mages ?
Les mages , sont-ce des rois absolus, ou dépendans d'un plus grand empire? ou sont-ce seulement de grands seigneurs, ce qui leur faisoit donner le nom de rois selon la coutume de leur pays ? ou sont-ce seulement des sages, des philosophes, les arbitres de la religion dans l'empire des Perses , ou , comme on l'appeloit alors, dans celui des Parthes , ou dans quelque partie de cet empire , qui s'étendoit par tout l'Orient? Vous croyez que j'aille résoudre ces doutes , et contenter vos désirs curieux ; vous vous trompez ; je n'ai pas pris la plume à la main pour vous apprendre les pensées des hommes : je vous dirai seulement que c'étoient les savans de leur pays ,
$VTi LES MYSTÈRES. 3ç)^
observateurs des astres , que Dieu prend par leur attrait, riches et puissans, comme leurs pre'sens le font paroître ; s'ils étoient de ceux qui pre'sidoient à la religion, Dieu s'étoit fait connoître à eux, et ils avoient renonce au culte de leur pays.
C'est à quoi doivent mener les hautes sciences. Philosophes de nos jours, de quelque rang que vous soyez , ou observateurs des astres , ou contemplateurs de la nature inférieure , et attache's à ce qu'on appelle physique, ou occupe's des sciences abstraites qu'on appelle mathe'matiques , où la ve'rité semble présider plus que dans les autres : je ne veux pas dire que vous n'ayez de dignes objets de vos pensées ; car de vérité en vérité vous pouvez aller jusqu'à Dieu , qui est la vérité des vérités, la source de la vérité, la vérité même , où subsistent les vérités que vous appelez éternelles, les vérités immuables et invariables, qui ne peuvent pas ne pas être vérités, et que tous ceux qui ouvrent les yeux voient en eux - mêmes , et néanmoins au-dessus d'eux-mêmes, puisqu'elles règlent leurs raisonnemens comme ceux des autres, et président aux connoissances de tout ce qui voit et qui entend , soit hommes , soit anges. C'est cette vérité que vous devez chercher dans vos sciences^ Cultivez donc ces sciences -, mais ne vous y laissez point absorber. Ne présumez pas , et ne croyez pas être quelque chose plus que les autres, parce que vous savez les propriétés et les raisons des grandeurs et des petitesses : vaine pâture des esprits curieux et foibles , qui après tout ne mène à rien qui existe , et qui n'a rien de solide, qu'autant que par Tamour de la vérité et l'habitude de la connoître dans des
objets certains , elle fait chercher la ve'ritable et utile certitude en Dieu seul.
Et vous, observateurs des astres , je vous propose une admirable manière de les observer. Que David étoit un sage observateur des astres , lorsqu'il disoit : Je verrai vos deux , V œuvre de vos mains , la lune et les étoiles que vous a\^ez fondées (0 ! Figurezvous une nuit tranquille et belle, qui dans un ciel net et pur étale tous ses feux. C'ëtoit pendant une telle nuit que David regardoit les astres , car il ne parle point du soleil : la lune et l'armée du ciel qui la suit faisoit l'objet de sa contemplation. Ailleurs il dit encore : Les cieux racontent la gloire de Dieu : mais dans la suite il s'arrête sur le soleil. Dieu a établit , dit-il, sa demeure dans le soleil , qui sort richement paré comme fait un nouvel époux du lieu de son repos (^) , et le reste : de là il s'élève à la lumière plus belle et plus vive de la loi. Voilà ce qu'opère dans l'esprit de David la beauté du jour. Mais dans l'autre psaume , où il ne voit que celle de la nuit, il jouit d'un sacré silence ; et dans une belle obscurité il contemple la douce lumière que lui présente la nuit , pour de là s'élever à celui qui luit seul parmi les ténèbres. Vous qui vous relevez pendant la nuit , et qui élevez à Dieu des mains innocentes dans l'obscurité et dans le silence, solitaires, et vous, chrétiens, qui louez Dieu durant les ténèbres, dignes observateurs des beautés du ciel, vous verrez l'étoile qui vous mènera au grand Roi qui vient de naître.
(0 Ps. VIII. 4- •—(')■?■? XVIII. a, GySfQetseq.
SUR LES MYSTÈRES, BgS
Uou viennent les Mages?
D'où ils viennent ? De loin ou de près ? Sont-ils venus en ce peu de jours qui s'écoulent entre la Nativité et l'Epiphanie , coniine l'ancienne tradition de l'Kglise semble Tinsinuer ? ou y a-t-il ici quelqu'autre secret ? Sont-ils venus de plus loin , avertis peut-être avant la nativité du giand Roi, pour arriver au temps convenHble ? Oui le pouiTa dire , et que sert aussi qne nous le disiqjis? N'est-ce pas assez de savoir qu'ils vicnncnl <ln pays de l'ignorance, du milieu de la gentilité où Dieu n'étoil pas connu , ni le Christ attendu et j)ioin:s ? et néanmoins guidés d'en-haut , ils viennent à Diiîu et à son Christ, comme les prémices sacrées tle rKglise des gentils.
A la venue du Christ, le monde s'ébranle pour venir reconnoître le Dieu véritable , oublié depuis tant de siècles. Les rois d Arabie et de Jliarsis , les Sabéf^ns , les Egyptiens , les Chaldéens , les habilans des ilcs les plus éloignées j viendront à leur tour ponr adorer Dieu, et faire leurs présens (0 au roi des Juifs. Apportez, provinces des gentils: T'ornez rendre au Seigneur honneur et gloire ; ap^ portez-lui (comme le seul présent digne de lui) la glorijication de son nom iV.
Pourquoi Dieu appelle-t-il aujourd'hui des sages et des philosophes ? // nj a pas plusieurs sages ni
{^jPs. Lxxi. 9, lo, II. — W/*^. xxvin. a.
3g6 ÉLÉvATrows
plusieurs sai^ans : il n'y a pas plusieurs riches ni plusieurs nobles parmi vous ^ disoit saint Paul (0, parce que Dieu iwut confondre les savans et les puissans de la terre par les foibles , et par ceux quon estime fols , et ce qui est par ce qui nest pas. 11 veut pourtant commencer par le petit nombre des sages gentils qui viennent adorer Jésus, parce que ces sages et ces savans , dès qu'ils voient paroître Tétoile , et à sa première clarté, renoncent à leurs lumières pour venir à Jérusalem et aux docteurs de l'f'.glise, par oii il faut arriver à ce que Dieu leur inspire de chercher. Soumettez , sages du monde , toutes vos lumières, et celles-là mêmes qui vous sont données d'en-haut , à la doctrine de l'Eglise; parce que Dieu qui vous éclaire, vous veut faire humbles encore plus qu'éclairés.
Quel fut le nombre des Mages ?
Ojv croit vulgairement qu'ils étoient trois, à cause des trois présens qu'ils ont offerts. L'Eglise ne le décide pas ; et que nous importe ? C'est assez que nous sachions qu'ils étoient de ce nombre connu de Dieu , du petit nombre j du petit troupeau que Dieu choi- .««(2). Regardez la vaste étendue de l'Orient, et celle de tout l'univers ; Dieu n'appelle d'aboid que ce petit nombre ; et quand le nombre de ceux qui le servent
(i)/. Cor. T. a6, ^7, 28,— W MaU. vu. j4, aS. xx. i(i. Luc.
SUR LES MYSTÈRES. 3q-j
sera augmenté, ce nombre, quoique grand en soi sera petit en comparaison du nombre infini de ceux qui périssent. Vourquoil O homme Içuiétes-vous pour interroger Dieu (0, et lui demander raison de ses conseils? Profitez de la grâce qui vous est offerte ; et laissez à Dieu la science de ses conseils , et des causes de ses jugemens. Vous êtes tenté d'incrédulité à la vue du petit nombre des sauvés ; et peu s'en faut que vous ne rejetiez le remède qu'on vous présente : comme un malade insensé, qui dans un grand hôpital, oii un médecin viendroit à lui avec un remède infaillible , au lieu de s'abandonnera sa conduite , regarder oit à droite et à gauche ce qu'il feroit des autres. Malheureux , songe à ton salut , sans promener sUr le reste des malades ta folle et superbe curiosité. Les mages ont-ils dit dans leur cœur : N'allons pas ; car pourquoi aussi Dieu n'appelle -t -il pas tous les hommes? Ils allèrent, ils virent, ils adorèrent, ils offrirent leurs présens : ils furent sauvés.
L* étoile disparoît.
Soit que Dieu voulût faire connoître qu'il alloit punir les Juifs ingrats , par la soustraction de ses lumières ; soit que fétoile qui conduisoit au roi pauvre, et fange qui la guidoit , ne voulût point se montrer où paroissoit la pompe d'une cour royale et maligne; soit que Ton n'eût pas besoin de lumièrç ex-
(ï^ Rom. IX. ao.
traordinaire , où luisoit coQime dans son lieu celle de la loi et des prophètes : l'étoile que les mages avoient vue en Orient, se cacha dans Jérusalem (0, et ne reparut aux mages qu au sortir de cette ville , qui tue les prophètes, et qui ne connut pas le jour où Dieu venoit la visiter.
C'est ici encore une figure de l'inspiration. Elle se cache souvent : la lumière qui nous avoit paru d'abord, se cache tout d'un coup dans les ténèljres: l'ame éperdue ne sait plus où elle en est, après avoir perdu son guide. Que faire alors ? Consultez , et écoutez les docteurs, qui vous conduiront par la lumière des Ecritures. L'étoile reparoîtra avec un nouvel éclat. Vous la verrez marcher devant vous plus claire que jamais : et, comme les mages, vous serez transportés de joie. Mais durant le temps d'obscurité , suivons les guides spirituels et les ministres ordinaires, que Dieu a mis sur le chandelier de la cité sainte.
vu/ ÉLÉVATION.
Les docteurs indiquent Bethléem aux Mages,
La lumière ne s'éteint jamais dans l'Eglise. Les Juifs commençoient à se corrompre : et le Fils de Dieu sera bientôt obhgé de dire ; Gardez-vous bien de la doctrine des pharisiens , et des docteurs de la loii"^). Cependant dans cet état de corruption, et à la veille de sa ruine , la lumière de la vérité devoit
(0 Matt. II. 9, 10.— W Marc. xvi. 11,12.
SUR LES MYSTÈRES. 3gg
luire dans la synagogue , et il devoit être toujours véritable jusqu'à la fin , comme dit le même Sauveur, que les docteurs de la loi et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse : faites donc ce qu'ils enseignent (tous ensemble et en corps), mais ne faite s pas ce qu'ils font (0. Tant il étoit véritable que la lumière subsistoit toujours dans le corps de la synagogue qui alloit périr.
C'est ce qui parut à Jérusalem sur l'interrogation des mages. Les pontifes et les docteurs de la loi allèrent d'abord au but sans hésiter. Le roi ( c'étoit Hérode) les assembla pour les consulter : il faut répondre alors. Quand les rois , qui interrogent , seroient des Hérodes, on leur doit la vérité, lorsqu'ils la demandent; et le témoignage en est nécessaire.
Le roi des Juifs , disent-ils ('^) , doit naître dans Bethléem. Car c'est ainsi qu'il est écrit dans le prophète Miellée (5) : Et toi , Bethléem , tu nés pas la dernière entre les ^villes de Juda : car de toi sortira le chef qui conduira mon peuple d'Israël. Il falloit avoir de la force pour oser dire h un roi si jaloux de la puissance souveraine , qu'il y avoit un roi prédit au peuple, et que c étoit lai qu'on cherchoit; de sorte qu'il étoit au monde : mais il falloit que la synagogue , quelque tremblante qu'elle fût sous la tyrannie d'Hérode, rendît ce témoignage.
Voici encore une autre merveille. C'est à la poursuite d'Hérode que se fait cette authentique déclaration de toute la synagogue. Hérode ne fut poussé à la consulter, que par la jalouse fureur qu'il va bientôt déclarer : niais Dieu se sert des médians et
(0 MaU. XXIII. a , 3. — (») Matth. u. 2,5,6. — (') Mich. y. a.
de leurs aveugles passions, pour la manifestation de ses vérités.
Il y a encore ici un autre secret. Dieu cache souvent ses mystères d'une manière étonnante. Cétoit un des embarras de ceux qui avoient de la peine à reconnoître Jésus-Christ , qu'il paroissoit Galiléen , et que Nazareth étoit sa patrie. Le Christ doit-il venir de Galilée ? L'Ecriture ne nous apprend-elle pas , disent-ils (0 , quil doit naître du sang de David^ et même de la bourgade de Bethléem ^ ou David demeuroit? Et Nathanaël, cet homme sans fard , et ce vrai Israélite , ne fut-il pas lui-même dans cet embarras , quand on lui dit : Nous avons trouvé le Messie : c'est Jésus de Nazareth y fils de Joseph. Quoi , répliqua-t-il , peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth (2) ? N'est-ce pas Bethléem , la tribu de Juda , qui nous doit donner ce Christ que vous m'annoncez ? Quoique Jésus-Christ pût dès-lors leur découvrir le lieu de sa naissance, nous ne lisons pas qu'il l'ait fait. Dieu veut que ses mystères soient cherchés.
Approfondissez humblement : ne vous opiniâtrez pas à rejeter Jésus-Christ, sous prétexte qu'un des caractères de sa naissance n'est pas encore éclairci. Si vous cherchez bien , vous trouverez que ce Jésus conçu à Nazareth , et nourri dans cette ville comme ^ans son pays , par une secrète conduite de la divine sagesse est venu naître à Bethléem. Ainsi ce qui faisoit la difficulté se tourne en preuve pour les humbles : et Dieu avoit préparé cette solution de l'énigme, premièrement par le témoignage des bergers , mais
(») Joan. va. 4> > 4^- — i*) ^^'*'- ^- 45, 4^ j 47-
dans
SUR LES MYSTÈRES. 4oi
dans la suite d'une manière plus éclatante à Tavènement des mages dans Je'rusalem.
La demande qu'ils y firent hautement du lieu où devoit naître le Christ , fut connue de tout le monde : et tout Jérusalem en fut troublé aussi bien quHé^ rode (0. La réponse de l'assemblée des pontifes et des docteurs consultés par ce roi , ne fut pas moins célèbre : et le meurtre des innocens dans les environs de Bethléem , fit encore éclater cette vérité. Accoutumons-nous aux dénouemens de Dieu. Quelle admirable consolation à ceux qui ne savoient pas que Jésus étoit né à Bethléem , quand ils virent cet admirable accomplissement de la prophétie? Avec quelle joie s'écrièrent-ils avec le prophète : Vraiment, 6 Bethléem , tu nés plus comme auparavant , la plus petite des villes , puisque tu seras illustrée par la naissance de celui qui doit conduire Israël (2). La postérité montrera l'étable , ou comme les païens l'appeloient , la caverne où étoit né le Sauveur du monde : et Gelse, quoique gentil, en fait mention (3). Cette petite bourgade demeurera éternellement mémorable ; on se souviendra à jamais de la prophétie de Miellée, qui tant de siècles auparavant a prédit qu elle verroit naître dans le temps celui dont la naissance est éternelle dans le sein de Dieu : et, comme parle ce prophète, celui dont la sortie et la production est de toute éternité (4).
Admirons comme Dieu sait troubler les hommes par de terribles difficultés, et en même temps les calmer d'une manière ravissante. Mais il faut être
CO Matth. I. a, 3, 4, 5. — W Ibid. 11. 6. — (3) Orig. contr, Cels. /. 1 . n. 5i . — (4) Mich. v. 2.
attentif à tout, et ne rien oublier: car tout est digne d'attention dans l'œuvre de Dieu -, et l'œuvre de Dieu se trouve en tout , parce que Dieu re'pand partout des épreuves de la foi et de l'espérance. Comynençons par croire , malgré les difficultés : car c'est ainsi que fit le bon et sincère Nathanaël , qui sans attendre l'éclaircissement de la difficulté sur Nazareth , touché des autres motifs qui l'attiroient , dit à Jésus : J^ous êtes le Fils de Dieu : Kous êtes le roi d'Israël. Et Jésus lui dit : Kous verrez de plus grandes choses (0. Parce que vous avez cru d'abord, dès la première étincelle d'une lumière quoique foible et petite encore , de bien plus grands secrets vous seront révélés.
La jalousie et Vhjpocrisie d'Hérode : sa politique trompée,
SiMÉON nous dira bientôt, que Jésus est venu au monde ; ajîn que le secret caché dans le cœur de plusieurs fût réi^élé (2). Quel secret doit êti-e ici révélé? Le secret des politiques du monde; le secret des grands de la terre ; la jalousie secrète des mauvais rois; leurs vains ombrages ; leurs fausses délicatesses ; leur hypocrisie ; leur cruauté : tout cela va paroître dans Hérode.
Au nom du roi qui étoit venu , et à qui il voyoit déjà occuper son trône , touché par l'endroit le plus
CO Joan. I. 49 > 5o. — W Luc. 11. 35.
SUR L'ES MYSTÈllES. Ao3
sensible de son cœur, il ne s'emporta point contre les pontifes qui avoient annoncé ce roi aux Juifs, ni contre les mages qui avoient fait la demande : en habile politique il va à la source, et conclut la mort de ce nouveau roi. ^llez , dit-il aux mages , informez-vous a\fec soin de cet enfant ; et quand vous l'aurez trouvé ^ faites-le moi sauoir , afin que faille aussi F adorer à votre exemple (0. Le cruel : il ne songeoit qu'à lui enfoncer un poignard dans le sein ; mais il feint une adoration pour couvrir son crime.
Quoi donc , He'rode e'toit-il un homme sans religion ? Ce n'est pas là son caractère : il reconnoît la vérité des propliéties et sait de qui il en faut attendre l'intelligence; mais l'hypocrite superstitieux se sert de ses connoissances pour sacrifier le Christ du Seigneur à sa jalousie.
Que de secrètes terreurs Dieu envoie aux âmes ambitieuses ! Hérode n'avoit rien à craindre de ce nouveau roi, dont le royaume n'est pas de ce monde (^) : et lui qui donne le royaume du ciel , il ne désire point ceux de la terre. Mais c'est ainsi qu'il effraie les grands de la terre, si jaloux de leur puissance : et il faut que leur ambition soit leur supplice.
Mais en même temps Dieu se rit du plus haut des cieux de leurs ambitieux projets. Hérode avoit poussé jusqu'au dernier point les raffinemens politiques : Allez y informez-vous soigneusement de cet enfanta). Voyez comme il les engage à une exacte recherche , et à un fidèle rapport : mais Dieu souffle
(0 Maa. n. 8. — W Joan. xvin. 36. — {})Matt. ii. 8.
4o4 ÉLÉVATIONS
sur les desseins des politiques, et il les renverse. Jésus dit à un autre He'rode, fils de celui-ci, et qui comme lui craignoit que le Sauveur ne voulût régner à sa place : Allez , dites à ce renard ( à ce malheureux politique) qu il faut, malgré lui, que je fasse ce que f ai a faire aujourd'hui ^ et demain ; et que ce n'est qu'au troisième jour (et à la troisième année de ma prédication ) , que je dois être con^ sommé (0 par ma mort. 11 est dit de même à son père : Il faut, malgré vos finesses et votre profonde hypocrisie, que cet enfant que vous voulez perdre par des moyens qui vous paroissent si bien concertés : il faut qu'il vive et qu'il croisse , et qu'il fasse l'œuvj'e de son Père pour lequel W. est em^oyé (2). Quand vous aurez trompé les hommes, tromperezvous Dieu ? Votre jalousie ne fera que se tourmenter davantage , quand elle verra hors de ses mains celui qui l'eiFraie. Que craignons-nous dans l'œuvre de Dieu? Les obstacles que nous suscitent les grands de la terre et leur fausse politique ? Quand le monde sera plus fort que Dieu , nous devons tout craindre : tant que Dieu sera comme il est , le seul puissant (3)^ nous n'avons qu'à marcher la tête levée.
Les Mages adorent V enfant j et lui font leurs présens.
Après que les mages se furent soumis aux prêtres et aux docteurs, et se furent mis en chemin, selon (0 Luc. XIII. 3a , 33. —W Joan. xv. 34— iC^)/. Xim. vi. i5.
SUTl LES MYSTÈRES. /{.oS
leur précepte ; V étoile paraît de nouveau elles mené oîi éloit l'enfant (0. Fut-ce à l'etable ou à la crèche ? Joseph et Marie y laissèrent-ils l'enfant : et ne songèrent-ils point , ou bien ne purent-ils point pourvoir à un logement plus commode? Contentonsnous des paroles de l'Evangile : L étoile s'arrêta sur le lieu oii étoit V enfant. Sans doute, ou dans le lieu de sa naissance, ou auprès, puisque c'étoit là qu'on les avoit adresses : et on doit croire que ce fut à Bethléem même , afin que ces pieux adorateurs vissent l'accomplissement de la prophétie qu'on leur avoit enseignée. Quoi qu'il en soit : Ils ï adorèrent, et lui firent leurs présens (^).
Faisons les nôtres à leur exemple , et que ces présens soient magnifiques. Les mages offrirent avec abondance , et de For , et les parfums les plus exquis, c'est-à-dire, l'encens et la myrrhe.
Recevons l'interprétation des saints docteurs, et que l'Eglise approuve. On lui donne de l'or comme à un roi : l'encens honore sa divinité ; et la myrrhe son humanité et sa sépulture; parce que c'étoit le parfum dont on embaumoit les morts.
L'or que nous devons offrir à Jésus-Christ, c'est un amour pur ; une ardente charité , qui est cet or appelé dans l'Apocalypse®, T or purifié par le feu qu'il faut acheter de Jésus-Christ,
Comment est-ce qu on achète l'amour ? par Tamour même : en aimant on apprend à mieux aimer j «n aimant le prochain , et en lui faisant du bien , on apprend à aimer Dieu ; et c'est à ce prix qu'on achète son amour. Mais c'est lui qui commence en
CO Matih. II. 9. — W Ibid. 1 1 . — (3) Apoc. m. 18^
i^oG ÉLÉVATIONS
nous cet amour , qui va sans cesse s'epurant au feu des afflictions par la patience.
Je "VOUS conseille ^ dit Jésus-Christ , d'acheter de moi cet or (0. Obtenez-le par vos prières: n'e'pargnez aucun travail pour l'acqueVir. Joignez-y l'encens. Qu'est-ce que l'encens du chre'tien ? L'encens est quelque chose qui s'exhale, qui n'a son effet qu'en se perdant. Exhalons-nous devant Dieu en pure perte de nous-mêmes ; puisque celui qui perd son ame la gagne i"^). Celui qui renonce à soi-même; celui qui s'oublie , qui se consume lui-même devant Dieu , est celui qui lui offre de l'encens. Epanchons nos cœurs devant lui; offrons-lui de saintes prières qui montent ail ciel , tout ensemble qui se dilatent dans Fair , et qui édifient toute l'Eglise. Disons avec David : Xai en moi mon oraison au Dieu de ma vie (5) ; j'ai en moi l'encens que je lui offrirai , et l'agréable parfum qui pénétrera jusqu'à lui. Ce n'est rien , si nous n'y ajoutons encore la myrrhe ; c'est - à - dire , un doux souvenir de la passion et de la sépulture du Sauveur : ensei^elis avec lui j comme dit saint Paul (4). Car sans sa mort il n'y a point d'oblation sainte ; il n'y a point de vertu ni de bon exemple.
Après avoir offert ces présens à Dieu , croironsnous être quittes envers lui ? non , puisqu au contraire, en lui donnant ce que nous lui devons, nous contractons une nouvelle dette (5). Noiu vous donnons , disoit David , parmi ces riches offrandes ^ ce que nous avons reçu de votre main (6). Combien
{^)Apoc. m. i^. — i?)Matt. XVI. 25. Luc. xiv. 33. — 0) Ps.XLug. i— (4) Hom. VI. 4- — ^^^ *^' ^'^S- Serm. 399. de nat. u4poslol. Petr. et Paul. n. 3.— (6} Parai, xxix. 14.
SUR LES MYSTÈRES. J\,on
plus avons-nous reçu de sa main cet or de la charité'; cet encens intérieur de notre cœur e'panché dans la prière ; cette pieuse et tendre me'ditation de la passion et de la mort de Je'sus-Christ ! Je le reconnois , ô Sauveur ! Plus je vous offre , plus je vous suis redevable : tout mon bien est à vous ; et sans en avoir besoin , vous agréez ce que je vous donne , à cause que c'est vous-même qui me l'avez premièrement donné , et que rien n'est agréable à vos yeux , que ce qui porte votre marque et qui vient de vous.
Mais que donnerons-nous encore à Jésns-Christ ? le mépris des biens de la terre. Que les mages sortirent contens de trouver le Roi des Juifs, qu'ils étoient venus chercher de si loin, que l'étoile, que la prophétie leur avoit montré : de le trouver , dis-je , ou dans son étable, ou dans un lieu toujours pauvre, sans faste , sans appareil ; qu'ils retournèrent contens de l'usage qu'ils avoient fait de leurs richesses en les lui offrant ! Offrons-lui tout dans ses pauvres : la partie que nous leur donnons de nos biens, est la seule qui nous demeure; et par celle-là que nous quittons, nous devons apprendre à nous dégoûter, à nous détacher de l'autre.
Les Mages retournent par une autre voie,
Après ay^oir adoré T enfant, a\^ertis en songe par un oracle du ciel , de ne retourner plus à Hé rode ^
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ils retournèrent en leur pays par un autre chemin (0. Ainsi fut trompée la politique d'Hërode : mais Dieu veut en même temps nous apprendre à corriger nos premières voies ; et après avoir connu Jésus-Christ , de ne marcher plus par le même chemin. Ne nous imaginons pas qu'un changement me'diocre nous suffise, pour changer les voies du monde dans les voies de Dieu. Mes pensées ne sont pas vos pensées y et mes voies ne sont pas vos voies j dit le Seigneur, Et voyez quel en est Te'loignement : Autant que le levant est éloigné du couchant, autant mes pensées sont éloignées de vos pensées , et mes voies de vos voies (2). Ainsi pour aller par une autre voie , pour quitter la région des sens , et s'avancer par les voies de Dieu , il faut être bien éloigné de soi-même ; et la conversion n'est pas un petit ouvrage.
Nous avons, comme les mages, à retourner dans notre patrie. Notre patrie, comme la leur, est en Orient. C'est vers l'Orient que Dieu avoit planté son paradis \ il nous y faut retourner. Dans quelle sainteté , dans quelle grâce , dans quelle simplicité l'homme avoit-il été créé ? Dieu ï avoit fait droit et simple , et il s'est lui-même jeté dans des disputes infinies (3). Pourquoi tant contester contre Dieu^ Crains Dieu et observe ses commandemens : c'est la tout l'homme (4). Homme, ne dispute plus sur la nature de ton ame, sur les conditions de ta vie : craindre Dieu et lui obéir , c'est tout l'homme. Que cela est clair 1 que cette voie est droite ! que cette doctrine est simple ! On devoit l'apercevoir
(0 Mauh. II. J2. ^ C'O /*. iv. 8 , 9. — (3) Ecch vu. 3o. — ■ (4) Ihià
d'abord , et dès le premier regard se jeter dans cette voie. Pourquoi tant de laborieuses recherches? c'est que l'homme , à qui Dieu avoit d'abord montré son salut et sa vie dans son saint commandement, s'est laissé trahir par ses sens ; et la trompeuse beauté du fruit défendu a été le .piège que l'ennemi lui a tendu : de là il s'est engagé dans un labyrinthe d'erreurs où il ne voit plus d'issue. Revenez^ enfans d'Israël , a votre cœur (0 : connoissez votre égarement; changez votre voie. Si jusqu'ici vous avez cru vos sens , songez à présent que le juste vit de la foi (2). Si jusqu'ici vous avez voulu plaire aux hommes, et ménager une fausse gloire, songez maintenant à glorifier Dieu à qui seul la gloire appartient. Si jusqu'ici vous avez aimé ce qu'on appelle les aises et les plaisirs, accoutumez-vous à goûter dans les maladies, dans les contradictions, dans toutes sortes d'incommodités, l'amertume qui vient troubler en vous la joie des sens , et y réveiller le goût de Dieu.
(0 Is. XhYi. 8. — W Habac. 11.4. -flow. 1. 17.
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