ÉLÉVATIONS SUR L'A CRÉATION DE L'UNIVERS
PREMIERE ELEVATION
Dieu tien est pas plus grande ni plus heureux, pour avoir créé tuniv^ers.
Recueilli en moi-même, ne voyant en moi que péché, imperfection et néant j je vois en même temps au-dessus de moi une nature heureuse et parfaite : et je lui dis en moi-même avec le Psalmiste : V^ous êtes mon Dieu ; vous navrez pas besoin de mes biens (0 : vous n'avez besoin d'aucuns biens. Que me sert, dites -vous par votre prophète, la multitude de vos victimes (^) ? Tout est à moi : mais je n'ai pas besoin de tout ce qui est à moi ; il me suffit d'être, et je trouve en moi toutes choses. Je n'ai pas besoin de vos louanges : les louanges que vous me donnez vous rendent heureux, mais ne me le rendent pas, et je n'en ai pas besoin. Mes œuv^res me louent \^). Mais encore n'ai-je pas besoin de la louange que me donnent mes œuvres : tout me loue imparfaitement, et nulle louange n'est digne de moi, que celle que je me donne moi-même en jouissant de moi-même et de ma perfection.
Je suis celui qui suis (4). C'est assez que je sois :
(')Pf.xv. 2. — W Is. I. 1 1.— (^) Ps. xviii, I. — (4; ExoJ. III. 14.
tout
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tout le reste m'est inutile. Oui, Seigneur, tout le reste vous est inutile, et ne peut faire aucune partie de votre grandeur : vous n'êtes pas plus grand avec tout le monde, avec mille millions de mondes, que vous Têtes seul. Quand vous avez fait le monde, c'est par bonté et non par besoin. Il vous convient de pouvoir créer tout ce qui vous plaît : car il est de la perfection de votre être, et de l'efficace de votre volonté , non-seulement que vous soyez , mais que tout ce que vous voulez soit : qu'il soit , dès que vous le voulez, autant que vous le voulez, quand vous le voulez. Et quand vous le voulez , vous ne commencez pas à le vouloir : de toute éternité vous voulez ce que vous voulez , sans jamais changer : rien ne commence en vous, et tout commence hors de vous par votre ordre éternel. Vous manque-t-il quelque chose, parce que vous ne faites pas tant de choses que vous pouvez faire ? Tout cet univers que vous avez fait, n'est qu'une petite partie de ce que vous pouviez faire, et après tout n'est rien devant vous. Si vous n'aviez rien fait , l'être manqueroit aux choses que vous n'auriez pas voulu faire : mais rien ne vous manqueroit, parce qu'indépendamment de toutes choses, vous êtes celui qui est, et qui est tout ce qu'il faut être pour être heureux et parfait.
O Père éternellement et indépendamment de toute autre chose ! votre Fils et votre Esprit saint sont avec vous : vous n'avez pas besoin de société, en voilà une en vous-même éternelle et inséparable de vous. Content de cette infinie et éternelle communication de votre parfaite et bienheu-
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reuse essence, à ces deux personnes qui vous sont e'gales , qui ne sont point votre ouvrage , mais vos coope'rateurs , ou pour mieux dire, avec vous un seul et même créateur de tous vos ouvrages ; qui sont comme vous, non par votre commandement, ou par un efïbt de votre toute-puissance , mais par la seule perfection et ple'nitude de votre être : toute autre communication est incapable de rien ajouter à votre grandeur, à votre perfection , à votre félicité.
jivant la création, rien néioit que Dieu.
Puisque fai commencé , je continuerai de parler a mon Seigneur , quoique /e ne sois que poussière et cendre (0. Et de quoi vous parlerai-je. Seigneur? Par où puis-je mieux commencer à vous parler que par oii vous avez vous-même commencé à parler aux hommes ? J'ouvre votre Ecriture , et j'y trouve d'abord ces paroles : ^u commencement Dieu a créé le ciel et la terre (2). Je ne trouve point que Dieu qui a créé toutes choses , ait eu besoin comme un ouvrier vulgaire de trouver une matière préparée sur laquelle il travaillât, et de laquelle il fît son ouvrage. Mais n'ayant besoin pour agir que de luimême et de sa propre puissance , il a fait tout son ouvrage. Il n'est point un simple faiseur de formes et de figures dans une matière préexistente ; il a fait et la matière et la forme , c'est-à-dire , son ouvrage
CO Gcn. xviir. 27. — (») Ibid, i. 1.
dans son tout. Autrement son ouvrage ne lui doit pas tout, et dans son fond il est indépendamment de son ouvrier. Mais il n'en est pas ainsi d'un ouvrier aussi parfait que Dieu. Lui qui est la forme des formes, et l'acte des actes, il a fait tout ce qui est selon ce qu'il est, et autant qu'il est; c'est-à-dire, que comme il a fait la forme, il a fait aussi ce qui étoit capable d'être formé, parce que cela même c'est quelque chose qui ne pouvant avoir de soi-même d'être formé, ne peut non plus avoir de soi-même d'être formable.
C'est pourquoi je lis ainsi dans votre Ecriture toujours véritable : Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre. El la terre étoit inutile y informe , i^ide ^ invisible, confuse : et les ténèbres couvroient la face de F abîme ^ qui étoit la mer. Et V esprit de Dieu , le Saint-Esprit en figure, selon la première signification de la lettre, un vent, un air que Dieu agitoit , étoit porté sur les eaux (0; ou , posoit sur elles. Voilà cette matière confuse , sans ordre, sans arrangement , sans forme distincte. Voilà ce chaos; cette confusion , dont la tradition s'est conservée dans le genre humain, et se vuit encore dans les poètes les plus anciens. Car c'est ce que veuieni dire ces ténèbres, cet abîme immense dont la terre étoit couverte , ce mélange confus de toutes choses, cette informité, si l'on peut parler de cette sorte, de la terre vide et stérile. Mais en même temps, tout cela n'est pas sans commencement, tout cela est créé de Dieu : Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre. Cet esprit, cet air ténébreux qui se portait
(*) Gen. I. I , 2.
sur les eaux j, venoit de Dieu^ et n'etoit fait ni agite que de sa main : en un mot toute cette masse quoiqu informe étoit néanmoins sa créature ; le commencement et l'ébauche , mais toujours de la même main, de son grand ouvrage.
O Dieu, quelle a été l'ignorance des sages du monde , qu'on a appelés philosophes ! d'avoir cru que vous , parfait architecte , et absolu formateur de tout ce qui est, vous aviez trouvé sous vos mains une matière qui vous étoit coéternelle , informe néanmoins , et qui attendoit de vous sa perfection. Aveugles ! qui n'entendoient pas , que d'être capable de forme, c'est déjà quelque forme; c'est quelque perfection, que d'être capable de perfection : et si la matière avoit d'elle-même ce commencement de perfection et de forme , elle en pouri^oit aussitôt avoir d'elle-même l'entier accomplissement.
As^eugles j conducteurs d'a^^eugles j, qui tombez dans le précipice^ ety jetez ceux qui vous suivent{})\ dites-moi, qui a assujetti à Dieu ce qu'il n'a pas fait , ce qui est de soi aussi bien que Dieu , ce qui est indépendamment de Dieu même? Par où a-t-il trouvé prise sur ce qui lui est étranger et indépendant de sa puissance : et par quel art ou par quel pouvoir se l'est-il soumis? Comment s'y prendra-t-il pour le mouvoir? Ou , s'il se meut de lui-même, quoiqu'encore confusément et irréguHèrement y comme on veut se l'imaginer dans ce chaos; comment donnera la règle à ces mouvemens, celui qui ne donne pas la force mouvante. Cette nature indomptable échapperoit à ses mains ; et ne s'y prê-
^^) Maith.XY. 14,
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tant jamais toute entière , elle ne pourroit être forme'e toute entière selon l'art et la puissance de son ouvrier. Mais qu est-ce après tout que cette matière , si parfaite qu elle ait d'elle-même ce fond de son être , et si imparfaite qu'elle attende sa perfection d'un autre? Son ornement, et sa perfection lie sera que son accident , puisqu'elle est éternellement informe. Dieu aura fait l'accident, et n'aura pas fait la substance? Dieu aura fait l'arrangement des lettres qui composent les mots , et n'aura pas fait dans les lettres la capacité d'être arrangées ? O chaos et confusion dans les esprits, plus encore que dans cette matière , et ces mouvemens qu'on imagine éternellement irréguliers et confus! Ce chaos, cette erreur , cet aveuglement étoit pourtant dans tous les esprits , et il n'a été dissipé que par ces paroles : Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre ; et par celles-ci : Dieu a vu toutes les choses qu'il avoit faites j et elles étoient très-bonnes (0 ; parce que lui seul en avoit fait toute la bonté : toute la bonté, encore un coup, et non-seulement la perfection et la fm, mais encore le commencement.
Dieu na eu besoin de trouver ni un lieu pour placer le monde ^ ni un temps pour y assigner le commencement de toutes choses.
FoiBLE et imbécille que je suis , qui ne vois que des artisans mortels, dont les ouvrages sont soumis
(0 Gen, 1. 1, 3i.
au temps, et qui de'signent par certains momens le commencement et la fm de leur Ijavail, qui aussi ont besoin d'être en quelque lieu pour agir, et de trouver une place pour y fabriquer et poser leur ouvrage ! Je veux imaginer la même chose , ou quelque chose de semblable , dans ce tout-puissant ouvrier qui a fait le ciel et la terre : sans songer que s'il a tout fait , il a fait le temps et le lieu ; et que ces deux choses que tout autre ouvrier que lui doit trouver faites , font elles-mêmes partie de son ouvrage.
Cependant je veux m'imaginer il y a six ou sept mille ans, et avant que le monde fût, comme une succession infinie de révolutions et de momens entre-suivis , dont le cre'ateur en ait choisi un pour y fixer le commencement du monde : et je ne veux pas comprendre , que Dieu qui fait tout , ne trouve rien de fait dans son ouvrage , avant qu'il agisse : qu'ainsi avant le commencement du monde il n'y avoit rien du tout que Dieu seul : et que dans le rien il n'y a ni succession , ni durée , ni rien qui soit , ni rien qui demeure , ni rien qui passe ; parce que le rien est toujours rien , et qu'il n'y a rien hors de Dieu que ce que Dieu fait.
Elevez donc , Seigneur , ma pensée au-dessus de toute image des sens et de la coutume , pour me faire entendre dans votre éternelle vérité , que vous qui êtes celui qui est , êtes toujours le même sans succession ni changement ; et que vous faites le changement et la succession partout où elle est. Vous faites par conséquent tous les mouvemens et toutes les circulations dont le temps peut être la
mesure. Vous voyez dans votre éternelle intelligence toutes les circulations différentes que vous pouvez faire ; et les nommant , pour ainsi dire , toutes par leur nom , vous avez choisi celles qu'il vous a plu, pour les faire aller les unes après les autres. Ainsi la première révolution que vous avez faite du cours du soleil, a été la première année; et le premier mouvement que vous avez fait dans la matière, a été le premier jour. Le temps a commencé selon ce qu'il vous a plu, et vous en avez fait le commencement tel qu'il vous a plu ; comme vous en avez fait la suite et la succession , que vous ne cessez de développer du centre immuable de votre éternité.
Vous avez fait le lieu de la même sorte que vous avez fait le temps. Pour vous, ô Dieu de gloire et de majesté ! vous n'avez besoin d'aucun lieu : vous habitez en vous-même tout entier. Sans autre étendue que celle de vos connoissances , vous savez tout; ou celle de votre puissance, vous pouvez tout; ou celle de votre être , de toute éternité vous êtes tout. Vous êtes tout ce qui est nécessairement ; et ce qui peut ne pas être, et qui n'est pas éternellement comme vous , n'ajoute rien à la perfection et à la plénitude de Têtre , que vous possédez seul. Qu'ajouteroit a votre science , à votre puissance, h votre grandeur, quelque espèce d'étendue locale que ce soit? Rien du tout. Vous êtes dans vos ouvrages par votre vertu , qui les forme et qui les soutient ; et votre vertu c'est vous-même , c'est votre substance. Quand vous cesseriez d'agir , vous n'en seriez pas moins tout ce que vous êtes , sans avoir besoin ni de vous
n 2 ÉLÉVATIONS
étendre , ni d'être dans vos créatures , ni dans quelque lieu ou espace que ce soit. Car le lieu ou l'espace est une étendue; et un espace et une étendue, des proportions, des distances, des égalités, ne sont pas un rien ; et si on veut que vous trouviez toutes faites ces distances, ces étendues, ces proportions, sans les avoir faites vous-même, on retombe dans l'erreur de ceux qui mettent quelque chose hors de vous qui vous soit nécessairement coéternel , et ne soit pas votre ouvrage.
O Dieu ! dissipez ces fausses idées de l'esprit de vos serviteurs. Faites-leur entendre que sans avoir besoin d'être nulle part, ou de vous faire une demeure, vous vous étiez tout à vous-même; et que lorsqu'il vous a plu , sans aucune nécessité, de faire le monde, vous avez fait avec le monde, et le temps et le lieu , toute étendue , toute succession , toute distance; et enfin que de toute éternité, et avant le commencement, il n'y avoit rien du tout que vous seul ; vous seul encore une fois, vous seul n'ayant besoin que de vous-même. Tout le reste n'étoit pas ; il n'y avoit ni temps ni lieu , puisque le temps et le lieu sont quelque chose ; il n'y avoit qu'une pure possibilité de la créature que vous vouliez faire, et cette possibilité ne subsistoit que dans votre toute-puissance.
Vous êtes donc éternellement : et parce que vous êtes parfait , vous pouvez tout ce que vous voulez ; et parce que vous pouvez tout ce que voulez , tout vous est possible ; et il n'est possible radicalement et originairement , que parce que vous le pouvez.
Je vous adore, ô celui qui pouvez tout ! et je me
soumets à votre toute-puissance , pour ne vouloir éternellement que ce que vous voulez de moi , et ne me re'server de puissance que pour l'accomplir.
Efficace et liberté du commandement divin.
Dieu dit : Que la lumière soit ; et la lumière fut (0. Le roi dit : Qu'on marche , et l'arme'e marche ; qu'on fasse telle évolution, et elle se fait : toute une armée se remue au seul commandement d'un prince, c'est-à-dire, à un seul petit mouvement de ses lèvres. C'est parmi les choses humaines, l'image la plus excellente de la puissance de Dieu ; mais au fond que cette image est défectueuse ! Dieu n'a point de lèvres à remuer : Dieu ne frappe point l'air avec une langue pour en tirer quelque son ; Dieu n'a qu'à vouloir en lui-même ; et tout ce qu'il veut éternellement , s'accomplit comme il l'a voulu , et au temps qu'il a marqué.
ILditdonc : Que la lumière soit; et elle fut: Quil y ait un firmament ; et il y en eut un : Que les eaux s'assemblent ; et elles furent assemblées : Quil s'allume deux grands luminaires ; et ils s'allumèrent : Qu'il sorte des animaux; et il en sortit (2) : et ainsi du reste : // a dit ^ et les choses ont été faites : il a commandé „ et elles ont été créées (5). Rien ne résiste h sa voix (4) : et l'ombre ne suit pas plus vite le
CO Gen.i. 3. — W Gen. 1.3,6,9, 14, 20, 24. — C^) Pj. xxxii. 9.
'^i^) Judith XVI. 17.
corps, que tout suit au commandement du Toutpuissant.
Mais les corps jettent leur ombre nécessairement ; le soleil envoie de même ses rayons ; les eaux bouillonnent d'une source comme d'elles-mêmes, sans que la source les puisse retenir; la chaleur, pour ainsi parler, force le feu à la produire; car tout cela est soumis à une loi et à une cause qui les domine. Mais vous, ô loi suprême, ô cause des causes! supe'rjeur à vos ouvrages , maître de votre action , vous n'agissez hors de vous qu'autant qu'il vous plaît. Tout est également rien devant vos yeux ; vous ne devez rien à personne ; vous n'avez besoin de personne ; vous ne produisez nécessairement que ce qui vous est égal ; vous produisez tout le reste par pure bonté, par un commandement libre; non de cette liberté changeante et irrésolue qui est le partage de vos créatures ; mais par une éternelle supériorité que vous exercez sur les ouvrages , qui ne vous font ni plus grand ni plus heureux ; et dont aucun , ni tous ensemble , n'ont droit à l'être que vous leur donnez.
Ainsi , mon Dieu , je vous dois tout. Je devrois moins à votre bonté , si vous me deviez quelque chose , si votre libéralité étoit nécessaire. Je veux vous devoir tout , je veux être à vous de la manière la plus absolue et la plus entière ; car c'est celle qui convient mieux à votre suprême perfection , à votre domination aljsolue. Je consacre à votre empire libre et souverain, tout ce que vous m'avez donné de liberté.
Les six jours.
Le dessein de Dieu dans la cre'ation et dans la description que son Saint-Esprit en a dictée à Moïse ( 0 , est de se faire connoître d'al)ord comme le toutpuissant et très-libre cre'ateur de toutes choses ; qui sans être astreint à une autre loi qu'à celle de sa volonté, avoit tout fait sans besoin et sans contrainte , par sa seule et pure bonté. Cest donc pourquoi lui qui pouvoit tout ; qui pouvoit , par un seul décret de sa volonté, créer et arranger toutes choses, et par un seul trait de sa main, pour ainsi parler, mettre l'ébauche et le fini dans son tableau, et tout ensemble le tracer, le dessiner et le parfaire; il a voulu néanmoins suspendre avec ordre l'efficace de son action , et faire en six jours ce qu'il pouvoit faire en un instant.
Mais la création du ciel et de la terre, et de toute celte masse informe que nous avons vue dans les premières paroles de Moïse, a précédé les six jours qui ne commencent qu'à la création de la lumière. Dieu a voulu faire et marquer l'ébauche de son ouvrage, avant que d'en montrer la perfection ; et après avoir fait d'abord comme le fond du monde , il en a voulu fau'c l'ornement avec six diflerens progrès , qu'il a voulu appeler six jours. Et il faisoit ces six jours l'un après l'autre , comme il faisoit tou-
(') Gen. I.
tes choses ; pour faire voir qu'il donne aux choses l'être, la forme, la perfection, comme il lui plaît, autant qu'il lui plaît, avec une entière et parfaite liberté.
Ainsi , il a fait la lumière avant que de faire les grands luminaires oii il a voulu la ramasser ; et il a fait la distinction des jours , avant que d'avoir créé les astres dont il s'est servi pour les régler parfaitement; et le soir et le matin ont été distingués, avant que leur distinction et la division parfaite du jour et de la nuit fût bien marquée; et les arbres, et les arbustes , et les herbes ont germé sur la terre par ordre de Dieu, avant qu'il eut fait le soleil qui devoit être le père de toutes Tes plantes ; et il a déta-^ ché exprès les efFets d'avec leurs causes naturelles , pour montrer que naturellement tout ne tient qu'à lui seul , et ne dépend que de sa seule volonté. Et il ne se contente pas d'approuver tout son ouvrage, après l'avoir achevé, en disant «yw^Z étoit très-beau et très-bon ; mais il distingue chaque ouvrage en particulier, en remarquant que chacun est beau et bon en soi-même ; il nous montre donc que chaque chose est bonne en particulier , et que l'assemblage en est tres-bon (0. Car c'est ainsi qu'il distingue la beauté du tout d'avec celle des êtres particuliers ; pour nous faire entendre que si toutes choses sont bonnes en elles-mêmes , elles reçoivent une beauté et bonté nouvelle, par leur ordre, par leur assemblage , par leur parfait assortiment et ajustement les unes avec les autres, et par le secours admirable qu'elles s'entre-doanent.
CO G en. I. 3i. Ibid. 4, ct&ecj.
Ainsi la création de l'univers, comme Dieu l'a voulu faire , et comme il en a inspire' le récit à Moïse, le plus excellent et le premier de ses prophètes, nous donne les vraies idées de sa puissance, et nous fait voir que s'il a astreint la nature à certaines lois, il ne s'y astreint lui-même qu'autant qu'il lui plaît , se •réservant le pouvoir suprême de détacher les effets qu'il voudra , des causes qu'il leur a données dans l'ordre commun ; et de produire ces ouvrag^es extraordinaires que nous appelons miracles, selon qu'il plaira à sa sagesse éternelle de les dispenser.
Actes de foi et d'amour sur toutes ces choses.
Vous êtes tout-puissant , ô Dieu de gloire ! J'adore votre immense et volontaire libéralité. Je passe tous les siècles , et toutes les évolutions et révolutions de la nature : je vous regarde comme vous étiez avant tout commencement et de toute éternité; c'est-àdire, que je vous regarde comme vous êtes : car vous êtes ce que vous étiez; la créature a changé, mais vous , Seigneur, vous êtes toujours ce que vous êtes. Je laisse donc toute créature , et je vous regarde comme étant seul avant tous les siècles. O la belle et riche aumône que vous avez faite en créant le monde ! Que la terre étoit pauvre sous les eaux , et qu'elle étoit vide dans sa sécheresse , avant que vous en eussiez fait germer les plantes , avec tant de fruits et de vertus difterentes ; avant la naissance des forêts; avant que vous l'eussiez comme tapissée d'herbes et
de fleurs ; et avant encore que vous l'eussiez couverte de tant d animaux ! Que la mer étoit pauvre dans la vaste amplitude de son sein, avant quelle eut été faite la retraite de tant de poissons ! Et qu'y avoit-il de moins animé et de plus vide que Fair, avant que vous y eussiez répandu tant de volatiles ? Mais combien le ciel même étoit-il pauvre, avant que vouff l'eussiez semé d'étoiles , et que vous y eussiez allumé le soleil pour présider au jour, et la lune pour présider à la nuit ! Que toute la masse de l'univers étoit informe , et que le chaos en étoit affreux et pauvre , lorsque la lumière lui manquoit ! Avant tout cela , que le néant étoit pauvre , puisque ce n' étoit qu'un pur néant! Mais vous. Seigneur, qui étiez, et qui portiez tout en votre toute-puissance : Vous n'avez fait cj^ ouvrir votre main , et vous avez rempli de bénédiction (0 le ciel et la terre.
O Dieu , que mon ame est pauvre ! C'est un vrai néant d'où vous tirez peu à peu le bien que vous voulez y répandre ; ce n'est qu'un calios, avant que vous ayez commencé à en débrouiller toutes les pensées. Quand vous commencez par la foi à y faire poindre la lumière; qu'elle est encore imparfaite , jusqu'à ce que vous l'ayez formée par la charité; et que vous qui êtes le vrai soleil de justice, aussi ardent que lumineux, vous m'ayez embrasé de votre amour! O Dieu ! soyez loué à jamais par vos propres œuvres. Ce n'est pas assez de m'avoir illuminé une fois; sans votre secours je retombe dans mes premières ténèbres. Car le soleil même est toujours nécessaire à l'air qu'il éclaire, afm qu'il demeure éclairé ;