CXLIV
SUR XES MYSTÈRES. rjg
combien plus ai -je besoin que vous ne cessiez de m'illuininer, et que vous disiez toujours : Que la lumière soit faite !
L'ordre des ouvrages de Dieu,
Dieu a fait le fond de son ouvrage, Dieu Ta orné, Dieu y a mis la dernière main ; Dieu s'est repose.
Quand il a fait le fond de son ouvrage; c'est-àdire , en confusion le ciel et la terre , l'air et les eaux , il n'est point dit qu'il ait parlé. Quand il a commencé à orner le monde, et à mettre l'ordre, la distinction et la beauté dans son ouvrage ; c'est, alors qu'il a fait paroître sa parole. Dieu a dit : Que la lumière soit; et la lumière fut (0. Et ainsi du reste.
La parole de Dieu , c'est sa sagesse ; et la sagesse commence à paroître avec l'ordre , la distinction et la beauté : la création du fond appartenoit plutôt à la puissance.
Et cette sagesse par oîl devoit-elle commencer, si ce n'étoit par la lumière , qui , de toutes les natures corporelles , est la première qui porte son impression? La sagesse est la lumière des esprits; l'ignorance est comparée aux ténèbres. Sans la lumière tout est difforme , tout est confus ; c'est elle qui la première embellit et distingue les objets par l'éclat qu'elle y répand , et dont , pour ainsi dire ,
(0 Gen. 1. 3.
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elle les peint et les dore. Paroissez donc , lumière , la plus belle des cre'atures mate'rielles , et celle qui embellissez toutes les autres; et faites voir que votre auteur est tout lumière en lui-même : que la lumière est le vêtement dont il se pare : Amictus lamine siciit vestimento (i) : que la lumière qu il habite est inaccessible (2) en elle-même ; mais qu elle s'étend , quand il lui plaît, sur les natures intelligentes, et se tempère pour s'accommoder à de foibles yeux : qu'il est beau et embellissant ; qu'il est e'clatant et e'blouissant ; lumineux , et par sa lumière obscur et impénétrable , connu et inconnu tout ensemble. Paroissez , encore une fois , belle lumière , et faites voir que la lumière de l'intelligence prévient et dirige tous les ouvrages de Dieu. Lumière éternelle , je vous adore , j'ouvre à vos rayons mes yeux aveugles ; je les ouvre et les baisse tout ensemble , n'osant ni éloigner mes regards de vous , de peur de tomber dans l'erreur et dans les ténèbres ; ni aussi les arrêter trop sur cet éclat infini, de peur que scrutateur téméraire de la majesté , je ne sois ébloui par la. gloire (3).
C'est à la faveur de votre lumière que je vois naître la lumière dans le monde ; et que suivant vos ouvrages, j'en vois croître peu à peu la perfection; jusqu'à ce que vous y mettiez une fin heureuse et digne de vous en créant l'homme , le spectateur et l'admirateur de tous vos ouvrages, et le seui qui peut profiter de tant de merveilles. Après cela que vous restoit-il que le repos ; pour montrer que votre
C») Ps. Cui. 3. — (») /. Tim. VI. 16, -~ (3) Prov. xxv. 27.
ouvrage
SUR LES MYSTÈRES. 8l
ouvrage étoit parfait , et qu'il n y avoit plus rien à y ajouter ?
Béni soyez -vous, ô Seigneur, dans le premier jour de lumière, où parut la cre'ation delà lumière; et tout ensemble le symbole du jour que vous deviez sanctifier dans le nouveau Testament , qui est le Dimanche y oh reluit tout ensemble , et la lumière corporelle dans cette parole : Que la lumière soit faite (0 : et la lumière spirituelle , dans la résurrection du Sauveur, et dans la descente du Saint- Esprit , qui a commencé à faire naître dans le monde la lumière de la prédication apostolique.
Que ce soit donc là notre premier jour : que ce jour nous comble de joie : que ce soit pour nous un jour d'allégresse et de sanctification , où nous dirons avec David : C'est ici le jour que le Seigneur a fait ; réjouissons-nous , et tressaillons d'aise en ce jour (2). C'est le jour de la Trinité adorable : le Père y paroît par la création de la lumière; le Fils par sa résurrection ; et le Saint-Esprit par sa descente sur ses apôtres. O saint jour, ô jour heureux ! Puisse-tu être toujours le vrai Dimanche, le vrai jour du Seigneur, par notre fidèle obsei-vance; comme tu l'es par la sainteté de ton institution.
Voilà quel est notre premier jour. Mais n'oublions pas le sixième, où l'homme a été créé. Ne nous réjouirons-nous pas en ce jour de notre création ? Elle nous est devenue bientôt malheureuse : et peut-être a-ce été celui de notre chute ; du moins est-il bien certain que celui de notre chute l'a suivi de près.
C») Gen. I. 3. — WjP*. cxvii. 24.
8î« ÉLÉVATIONS
Mais admirons le mystère; le jour où le premier homme , le premier Adam a été créé, est le même où. le nouvel homme , le nouvel Adam est mort sur la croix. Cest donc pour l'Eglise un jour de jeûne et de deuil dans toutes les générations suivantes : jour qui est suivi du triste repos de Jésus- Christ dans le sépulcre , et qui pourtant est plein de consolation par Tespérance de la résurrection future.
O homme ! vois dans ce sixième jour ta perte heureusetnent réparée par la mort de ton Sauveur, Renouvelle donc en ce jour la mémoire de ta création , et la figure admirable de la formation de TEglise , par celle d'Eve notre mère , et la mère de tous les vivans.
O Seigneur ! donnez-moi la grâce en célébrant la mémoire des six jours de votre travail, de parvenir à celui de votre repos, dans un parfait acquiescement à vos volontés : et par ce repos de retourner à mon origine, en ressuscitant avec vous, et me revêtant de votre lumière et de votre gloire.
L'assistance de la dwine sagesse dans la création de l'unii^ers*
Il n'y a ici qu'à lire ce bel endroit des Proverbes (0 , oii la Sagesse incréée parle ainsi : Le Seigneur m'a possédée , m'a engendrée au corn-
CO Proi'. vni. 21 , 23 , 24, etc.
mencement de ses "voies. Je suis moi-même ce commencement, étant l'idée ouvrière de ce grand arti- , san , et le modèle primitif de toute son architecture; 11 m'a engendrée dès le commencement , et avant qu'il eût rien fait. Avant donc tous ces ouvrages j'étois, et j'étois par conséquent de toute éternité, puisqu'il n'y a que l'éternité avant tous les siècles. De toute éternité^ fai été ordonnée, selon la Vulgate : j'ai été le commandement et l'ordre même de Dieu qui ordonne tout. Tai été fondée ^ disent les Septante : j'ai été l'appui et le soutien de tous les êtres, et la parole par laquelle Dieu porte le monde. J'ai eu la primauté , la principauté , la souveraineté sur toutes choses , selon l'original hébreu. J'ai , été des le commencement , et avant que la terre fût. Les abîmes nétoient pas encore , et moi j'étois déjà conçue , déjà formée dans le sein de Dieu, et toujours parfaite. Devant qu'il eût fondé les montagnes avec leur masse pesante : devant les collines et les coteaux j'étois enfantée. Il n'avoit point fait la terre ni les lieux habitables et inhabitables , selon les Septante; ni ce qui tient la terre en état , et ce qui l'empêche de se dissiper en poudre , selon l'hébreu : selon la Vulgate, les gonds et les soutiens de ce lourd et sec élément. J'étois avec lui , non pas seulement quand il formoit , mais encore quand il préparoit les deux , quand il tenoit les eaux en état, et les formoit en cercle , avec son compas : quand il élevoit les deux : quand il affermissoit la source des eaux ^ pour couler éternellement et arroser la terre : quand il fais oit la loi à la mer, et larenfermoit dans ses bornes : quand il affermissoit la
terre sur ses fonàeinens , et la tenait balancée par un contre-poids : j'étois en lui et avec lai ^ composant, nourrissant, re'glant et gouvernant toutes choses ; me réjouissant tous les jours , et disant à. chaque jour avec Dieu , que tout étoit bon , et me jouant en tout temps : me jouant dans l'univers par la facilite', la variété, et l'agrément des ouvrages que je produisois : magnifique dans les grandes choses, industrieuse dans les petites; et encore riche dans les petites, et inventrice dans les grandes. Et mes délices étoient de converser avec les enfans des hommes : formant l'homme , d'une manière plus familière et plus tendre , comme la suite le fera paroître ; car l'homme mérite bien sa méditation particulière , que nous ferons dans les jours suivans. Cependant, admirons l'ouvrage de la sagesse de Dieu assistante et coopérante avec sa puissance. Louons -le avec le Sage, et mettons en abrégé toutes ses louanges en disant encore aveo lui : Le Seigneur a fondé la terre avec sa sagesse ; son intelligence a établi les deux ; les abîmes sont sortis sous sa conduite; et c'est par elle que la rosée s'épaissit en nuages (0.
Concluons : Dieu a orné et ordonné le monde par sa parole; c'est dans l'ornement et dans l'ordre, que l'opération de sa parole et de sa sagesse commence à paroître, lorsqu'il a mis la distinction et la beauté dans l'univers. Ce n'est pas que Dieu n'ea ait fait le fond, comme l'ordre et l'ornement, par sa sagesse. Car, comme nous avons vu, si la sagesse seule pouvoit ordonner et former le monde, elle K"^) Prow. ai. 19, 20.
seule pouvoit aussi le rendre capable d'ordre et de forme. On attribue donc principalement a la parole et à la sagesse , l'ordre et l'ornement de l'univers : parce que c'est où son opération paroît plus distincte et plus propre. Mais au reste, il faut dire avec saint Jean : Le Verhe éloit au commencement ; par lui tout a été fait ; et rien na été fait sans lui (0. Par lui donc ont été faits le ciel et la terre avec tout leur ornement C'^). Tout l'ouvrage de Dieu est plein de sagesse : et la sagesse nous en doit apprendre le bon usage.
Le premier bon usage qu'on en doit faire , c'est i\e louer Dieu par ses œuvres. Cliantons-lui donc ici en actions de grâces le cantique des trois enfans; et invitant tous les ouvrages de Dieu à le be'nir , finissons en nous y invitant nous-mêmes, et en disant par-dessus tout : O enfans dos hommes , bénissez le Seigneur! Qii Israël bénisse le Seigneur : bénissez-le, vous gui êtes ses ministres et ses sacrificateurs : bénissez -le , serviteurs du Seigneur :. Ames des justes, bénissez-le : bénissez-le , 6 vous tous quiètes saints et humbles de cœur ; louez-le et Vexaltez aux siècles des siècles. Amen (5).
(0 Joa«.i. 1, 3. — WGe/i, ii. i. — (3) £>a/z. m. 82 , 83, 84, ^S , 86, 87.