‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 3)Chapitre 11 sur 65 · SUR LA RÉSURRECTION DERNIERE. II · texte numérisé non relu

SUR LA RÉSURRECTION DERNIERE. II

soiidre l'œuvre du diable, il de'traiia premièrement le pe'ché, et après par une suite ne'cessaire d'une victoire si illustre et si glorieuse, il abolira aussi la puissance et Fempire de la mort. Ainsi l'apôtre s'écrie .* « O mort , où est ta victoire »? TJhi est , mors„ Victoria tua (0? Mais il faut ici remarquer que tant qu'il restera sur la terre quelque vestige du péché, la mort ne cessera de tout ravager, et exercera toujours sur le genre humain sa dure et tyran nique puissance. Mais à la consommation des siècles , après que le règne du péché sera détruit sur la terre, que toute la pompe du monde sera dissipée , et enfin que tout ce qui s'élève contre la gloire de Dieu sera renversé , alors Jésus-Christ attaquera sa dernière ennemie qui est la mort ; et tirant tous ses enfans d'entre ses mains, il les délivrera pour jamais de cette cruelle , dure et insupportable tyrannie : Novissima inimica destruetur.

Encore que ce triomphe de Jésus-Christ sur la mort ne s'accomplira qu'à la fin des siècles , il se commence dès la vie présente ; et au milieu de ce siècle de corruption, l'œuvre de notre immortalité se prépare. Que devons-nous faire pour concourir à l'opération de la grâce qui nous ressuscite? L'Ecriture nous propose trois principes de résurrection ; la parole de Jésus-Christ, le corps de Jésus-Christ, l'esprit de Jésus-Christ. La parole de Jésus-Christ : « Le temps vient où tous ceux qui sont dans les » sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu » : Venit hora in qud omnes qui sunt in inonwnenlis audient vocem Filii Dei (^). Le corps de Jésus-

(0 /. Cor. XV. 55. — W Joan. v. a8.

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Christ î « Celui qui mange ma chair a la vie éter- » nelle, et je le ressusciterai au dernier jour » : Qui manducat meam carnem habet vitam œternam , et ego resuscitabo eum in no^fissimo die (0. L'esprit de Jésus-Christ : « Si l'esprit de celui qui a ressuscité » Jésus habite en vous, celui qui a ressuscité Jésusj) Christ d'entre les morts, donnera aussi la vie à » vos corps mortels par son Esprit qui est en vous » ; Quod si Spiritus ejus qui suscitasfit Jesum à mor" tuis j habitat in "vobis j qui suscitavit Jesum a mor^ tuis j 'vivijicabit etmortalia corpora vestra propter inliabitantem Spiritum ejus in afobis (2). Ce que nous demande cette parole : ce que nous devons à ce corps : ce qu'exige de nous cet Esprit.

PREMIER POINT

Nous voyons dans l'Evangile deux paroles du Fils de Dieu qui sont adressées aux morts ; l'une à la (in des siècles, l'autre durant le cours du siècle présent. Ecoutez comme il parle au chapitre cinquième de saint Jean : « En vérité, en vérité, je vous le dis, » l'heure vient, et elle est déjà venue, où les morts » entendront la voix du Fils de Dieu ; et ceux qui » l'entendront, vivront » : Amen, amen dicovobis, quia venit hora, et nunc est, quando mortui audient ^vocem Filii Dei ; et qui audierint, viv^ent^^). « L'heure Vient, et elle est déjà ». Remarquez; donc cette parole ne regarde pas la consommation des siècles. Les morts entendront la voix du Fils de Dieu ; c'est ce qu'il a dit auparavant ; « Celui qui » écoute ma parole , et qui croit à celui qui m'a

(0 Joan. VI. 55. — W Rom. vin. 1 1.— (3) Joan. v. 25.

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» envoyé , est passe' (*) de la mort à la vie « : Transiet de morte ad vitam. Mais voici encore une autre parole : « L'heure vient » \ il ne dit plus , « Elle est )) de'jà ; que tous ceux qui sont dans les tombeaux î) entendront sa voix , et ceux qui auront bien fait « sortiront pour ressusciter à la vie , et ceux qui )) auront mal fait sortiront pour ressusciter à leur » condamnation (0 «.Voilà donc deux paroles adresse'es aux morts, parce qu'il y a deux sortes de morts; ou plutôt il y a deux parties en l'homme , et toutes deux ont leur mort. « L'ame, dit saint Augustin (2), j) est la vie du corps, et Dieu est la vie de l'ame « : ainsi comme le corps meurt quand il perd son ame, l'esprit meurt quand il perd son Dieu, Cette mort ne nous touche pas, parce qu'elle n'est pas sensible j et toutefois , chrétiens , si nous savions pe'nétrer les choses , cette mort de nos corps qui nous paroît si cruelle, suffiroit pour nous faire entendre combien celle du pèche' est plus redoutable. Car si c'est un si grand malheur que le corps ait perdu son ame, combien plus que l'ame ait perdu son Dieu ? Et si nos sens sont saisis d'horreur en voyant ce corps froid et insensible, abattu par terre, sans force et sans mouvement; combien est -il plus horrible de contempler l'ame raisonnable , cadavre spirituel et tombeau vivant d'elle-même, qui e'tant se'parée de Dieu par le pe'che', n'a plus de vie ni de sentiment que pour rendre sa mort e'ternelle? C'est donc à

(*) Bossuct remarque dans son manuscrit, que le grec porte le passé : transiwit. Edit, de Dcjhris.

(•) Joan. V. a4, 28, 29. — (') Seim. CCLXXiii. n. i, tom. v, col. I io5.

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ces morts spirituels, (i'est aux âmes pécheresses que Jésus-Christ adresse sa voix pour les appeler à la pénitence. Venithora, etnunc est : « L'heure vient, » et elle est déjà ».

Que si vous me demandez d'où vient qu'il adresse encore à la fm des siècles une seconde parole aux morts qui sont gisans et ensevelis dans les tombeaux, je vous le dirai en un mot , parce que la chose est assez connue L'ame a péché par le ministère et même en quelque sorte par l'instigation du corps; et c'est pourquoi il est juste qu'elle soit punie avec son complice. L'ame s'est aussi servie dans les bonnes œuvres du ministère du corps qu'elle a pris soin de dompter; afin, comme dit TapôtreCO, que la justice de Dieu s'assujettît à elle même nos membres , et leur fît porter le joug honorable de Jésus-Christ et de l'Evangile. Ainsi ce corps , qui a eu sa part aux travaux, doit être aussi appelé comme un compagnon fidèle à la société de la gloire.

Ou si vous vouliez que je vous apporte une raison plus sublime et plus digne encore de la majesté du Sauveur : il étoit juste que le Fils de Dieu ayant pris un corps aussi bien qu'une ame, et ayant uni l'homme tout entier à sa divine personne; il fît sentir sa puissance au corps et à l'ame, et qu'il soumît l'homme tout entier à l'autorité de son tribunal. C'est pourquoi après avoir parlé aux morts spirituels pour ressusciter leurs âmes , il parle à la fia des siècles aux morts gisans dans les sépulcres, pour les en faire sortir et leur rendre la vie : Et quiaudie^ rinty vivent : « Et ceux qui l'entendront, vivront ». (') Hom. VI.

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