‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 3)Chapitre 27 sur 65 · DE LÀ VENGEANCE DIVINE · texte numérisé non relu

DE LÀ VENGEANCE DIVINE

derer dans leur suite. Voici la première qui se présente : Quod si nec sic volueritis disciplinam ; « Que M si vous ne voulez pas vous soumettre à la disci- » pline ». Il leur met devant ies yeux avant toutes choses la liberté du choix , qui leur est donne'e ; parce que c'est cette liberté' qui nous rend coupables, et dont le mauvais usage donne une prise terrible sur nous à la justice divine.

Pour entendre cette vérité , il faut savoir que Dieu , qui est par nature notre souverain , a voulu Fêtre aussi par notre choix. Il a cru qu'il manqueroit quelque chose à la gloire de son empire , s'il n'avoit des sujets volontaires ; et c'est pourquoi il a fait les créatures raisonnables et intelligentes, qui étant déjà à lui par leur naissance, fussent capables encore de s'engager à lui obéir par leur volonté, et de se soumettre à son empire par un consentement exprès. Cette vérité importante nous est magnifiquement exprimée dans le livre de Josué , où nous voyons que ce fidèle serviteur de Dieu ayant assemblé le peuple , leur dit ces paroles : « Si vous » n'êtes pas contens de servir le Seigneur, l'option » vous est déférée » : Optio vobis datiir : « choisissez » aujourd'hui ce qu'il vous plaira, à quel maître » vous voulez servir, et déterminez à qui vous avez » résolu de vous soumettre » : Eligite hodie quod placetj ciii potissimum servire debeatis {^). Et tout le peuple répondit : « A. Dieu ne plaise que nous » quittions le Seigneur ; au contraire nous voulons » le servir, parce que c'est lui en effet qui est notre » Dieu ». Josué ne se contente pas de cette pie- (•) Jbs. XXIV. i5.

ao'Ô SUVv LES FONDEMEMS

mière acceptation, et reprenant la parole, il dit au peuple : Prenez garde à quoi vous vous engagez ; « vous ne pourrez servir le Seigneur, ni subsister » devant sa face; parce que Dieu est fort, saint et « jaloux, et il ne pardonnera pas vos crimes et vos » péchés » ; JVon poteritis servire Domino : Deus enini sanctus etjbrtis œinulator est v'A Kt le peuple re'partit : « jNon, il ne sera pas comme vous le dites, » mais nous servirons le Seigneur et demeurerons » ses sujets ». Alors Josué leur dit : « Vous êtes donc )) aujourd'hui te'uioins que vous choisissez vous- » mêmes le Seigneur pour être votre Dieu et le » servir : Oui , nous en sommes témoins iv ».

Si j'entreprenois de raconter tout ce qui est à remarquer sur ces paroles, [ il faudroit un ] discours entier : mais [ je me restreins à ] ce qui importe à mon sujet. Vous jugez bien. Messieurs, que Dieu en nous laissant l'oplion ne renonce pas au droit qui lui est acquis. 11 ne pre'tend pas nous de'charger de l'obligation primitive que nous avons d'être à lui, ni nous déférer tellement le choix, que nous puissions sans révolte et sans injustice nous soustraire à son empire. Mais il veut que nous soyons aussi volontairement à lui que nous y sommes déjà de droit naturel, et que nous confirmions par un choix exprès notre dépendance nécessaiîe et inévitable. Pourquoi le veut-il ainsi ? Pour notre peifection et pour notre gloire. Celui à qui nous devons tout , veut pouvoir nous savoir gié de quelque chose : il veut nous donner un titre pour lui demander des récompenses. Que si nous relùsons notre

(0 Jos. xxiT. 16, 18, 19, ao. — i^) Ibid. aa.

obéissance

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obéissance, nous lui donnons un titre pour exiger des supplices.

J'entends ici les pécheurs qui disent secrètement dans leurs cœurs, qu'ils se passeroient aisément de cette liberté malheureuse qui les expose au péché et ensuite à la damnation. Je suis ici pour exposer les vérités éternelles, et non pour répondre à tous les murmures de ceux qui s'élèvent contre ces oracles ; et toutefois je dirai ce mot : O homme, qui que tu sois, qui te fâches de n'être pas une béte. brute, à qui la lumière de ta raison et l'honneur de ta liberté est à charge, cesse de te plaindre de tes avantages , et d'accuser témérairement ton bienfaiteur. Si tu étois indépendant par nature , et que Dieu néanmoins exigeât de toi que tu te rendisses dépendant par ta volonté, peut-être aurois-tu raison de trouver ou l'obligation importune, ou la demande incivile. Mais puisque l'usage qu'il prétend de ta liberté, c'est [ de travailler à ton bonheur en t'assujettissant à son empire ] ; ce qu'il exige est trop aisé, trop naturel et trop juste. On peut sans grand effort se donner à qui on est. Ce seroit peut-être quelque violence, s'il falloit sortir de notre état et nous transporter à un domaine étranger. Il ne s'agit que d'y demeurer et d'y consentir. Enfin quand Dieu exige que nous consentions à être ses sujets , il veut que nous consentions à être ce que nous sommes, et que nous accommodions notre volonté au fond même de notre essence. Rien n'est plus naturel, rien n'est moins pénible, à moins que la volonté ne soit entièrement dépravée.

Aussi faut-il avouer qu'elle l'est étrangement dans

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