‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 3)Chapitre 28 sur 65 · IO SUR LES FONDEMENS · texte numérisé non relu

IO SUR LES FONDEMENS

tous les pécheurs. Car dès qu'ils ne veulent pas dépendre de Dieu , ils ne veulent donc plus être ce qu'ils sont. Ils combattent en eux-mêmes les premiers principes et le fondement de leur être. Ils corromperit*- leur propre droiture. Ils se rendent contraires à Dieu^ et Dieu par eonsë(Juent leur devient contraire. Ils sont soumis à Dieu comme ji^ge. Il les juge , parce qu'il connoît ce de're'glement. Il les hait, parce que les règles de sa vérité répugnent à leur ifljustite*

RieUj disent-ils, n'est contraire à Dieu, rien ne

lui répugne , rieti ne TolTense , parce que rien ne

lui nuit ni ne le trouble; Dites donc qu'il ne se fait

rien au mohde contre la raison : poussez jusque-là

l'extravagance de votre sens dépravé. Votre bien

vous est ôté , mais la raison subsiste toujours : si

cette foible raison humaine , combien plus la divine

et l'originale ? Il faut qu'elle subsiste éternelle et

inviolable, afin que la justice soit exercée. Et erit

in tempore illo , visitabo super viros dejixos in fœ~

cihits suis ^ qui dicunt in cordibus suis : Nonfaciet

bene Doifiinus et non faciet tnale : et erit fortitudo

eorum in dif^eptionem (0 : « En ce temps-là je visi-

» tei-ai dans ma colère ceux qui sont enfoncés dang

» leurs ordures, qui disent en leur cœur : Le Sei-

» gneur ne fera ni bien ni mal : et toutes leui-s ri-

)) chesses seront pillées ». F^idebitis quid sit inter

justum et impium, inter seMentem Domino et non

serpiientèm ei (^) : ce Vous verrez quelle difféi-ence il

)^ y a entre le juste et l'impie , entre celui qui sert

» Dieu et celui qui ne le sert point ».

CO 5b^/i.i. 12, i3. — <»)^/a/. III. i8.

DE LA VENGEANCE DIVINE. ail

Il faut donc ici vous faire entendre à quoi nous engage notre liberté, et combien elle nous rend responsables de nos actions. Par cette liberté nous faisons la guerre à Dieu. Nous exerçons notre li' berté par une audacieuse transgression de toutes ses lois : nous transgressons l'une et Tautre table. « Tu » adoreras le Seigneur ton Dieu (0 ». Où. lui rendons-nous cette adoration? Se confesse-t-on seulement d'avoir manqué à ce devoir? Comme si ce premier de tous les préceptes n'étoit mis en têtç du Décalogue que par honneur, et emportoit le moins d'obligation ! Sanctifiez les fêtes. Croyez-vous en conscience avoir satisfait à l'intention de la loi par une messe qui dure moins d'une demi-heure, qui n'est jamais trop courte, où l'on est sans attention et sans respect même apparent ? Le jour a vingt-quatre heures ; et le reste devroit un peu participer à cette sanctification. Il me vient dans la pensée d'appliquer ici ce reproche : « Ce peuple » m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de » moi (^) ». Mais nous ne l'honorons pas même des lèvres. Je ne sais qui je blâmerai davantage, ou ceux qui ne l'honorent que des lèvres, ou ceux qui ne l'honorent pas même des lèvres j ou ceux qui ne composent que l'extérieur, ou ceux qui ne composent pas même l'extérieur. Si bien que les fêtes ne diffèrent des autres jours, sinon en ce que les profanations et les irrévérences y sont plus publiques, plus scandaleuses, plus universelles.

Et pour la seconde table qui regarde le prochain, nous attaquons tous les jours son honneur par nos

(0 Deuu VI. i3. — (') Isa, xxix. i3.

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médisances , son repos par nos vexations , son bien par nos rapines, sa couche même par nos adultères. Disons après cela que nous ne marchons pas contre Dieu. Mais voici qu'il marche aussi directement contre nous. Voici Je'sus qui descend de la nue pour détruire ses ennemis par le souffle de sa bouche, et les dissiper par la clarté de son avdnement glorieux.

Le foible s'élève contre le fort, le fort accable le foible. Le fort a offert la paix au foible ; le foible a voulu combattre : il n'y a qu'à voir qui l'emportera et à qui demeurera la victoire. Si résistant hautement à un souverain tel que Dieu , nous ne laissons pas toutefois que de vivre heureux, il s'ensuit que Dieu n'est plus Dieu; nous l'emportons contre lui, et sa volonté est vaincue par celle de la créature. Mais parce qu'elle est invincible , aucun ne peut être heureux que celui qui lui obéit ; et il faut nécessairement que quiconque se soulève contre lui soit accablé par sa puissance.

C'est encore pour cette raison qu'il ajoute dans les paroles que j'explique : « Et je briserai votre )) fière et indocile dureté ». Vous vous endurcissez contre Dieu, il s'endurcit contre vous; vous vous attachez contre lui, et lui s'attache contre vous ; vous, en homme, de toute la force de votre cœur; lui, en Dieu, de toute la force du sien, s'il m'est permis de parler ainsi. Hélas! il n'y a point de proportion , et la partie n'est pas égale : mais vous avez voulu le premier vous mesurer avec lui. Vous avez le premier rompu les mesures ; et vous avez rendu juste [ le traitement que vous en avez éprouvé ]. Vous persévérez , et il persévère. Vous persévérez à

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retenir ce bien mal acquis, et je vois toujours dans vos coffres, dit le saint prophète (0, cette flamme dévorante , ce trésor d'iniquité , ce bien mal acquis qui renversera peut-être votre maison, et sans doute donnera la mort à votre ame. Persévérance humaine, opiniâtre , ah ! Dieu vous opposera une persévérance divine, une fermeté immuable, un décret fixe et irrévocable, une résolution éternelle. [Ils sont] incorrigibles : de là il les aura en exécration , parce que les regardant comme incorrigibles, il frappera sans pitié et n'écoutera plus les gémissemens. [ Ils ressentiront] une haine, une aversion du cœur de Dieu.

Rentrez donc , pécheurs, en vous-mêmes, et regardez dans vos crimes ce que vous méritez que Dieu fasse de vous par sa vengeance. [ Rien n'a pu vous toucher ; tous les efforts ] (*) de la bonté de Dieu ont été vains. [ Elle prenoit plaisir à vous faire du bien , et vous , vous n'en avez trouvé qu'à l'outrager ]. Peut-elle souffrir [une si noire ingratitude ] ? Ecoutez cette bonté méprisée , et voyez comme elle vous parle.

SECOND POINT

Encore qu'un Dieu irrité ne paroisse jamais aux hommes quavec un appareil étonnant, toutefois il n'est jamais plus terrible qu'en l'état où je dois le représenter, non point, comme on pourroit croire, porté sur un nuage enflammé, ou sur un tourbillon

(») Mich.xj. 10.

(*) On trouve ici dans le manuscrit cette note : Un mot de la bonté de Dieu. Nous avons tâché de suppléer par les paroles qui «ont entre deux crocheta, ce que l'auteur avoit intention d'ajouter. Edit. de Déforis.

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foudroyant, [avec une voix] toujours menaçante, toujours foudroyante , et jetant de ses yeux un feu dévorant; mais armé de ses bienfaits et assis sur un trône de grâce. Nolite contristare spiriluni sanclum Deiin quo signati estis (0 : « N'attristez point l'Es- 5) prit saint de Dieu dont vous avez été marqués » comme d'un sceau ». U se réjouit en faisant du bien, on l'afflige quand on le refuse. [Ce qui peut] affliger et contrister l'Esprit de Dieu, [c'est] non tant l'outrage qui est fait à sa sainteté , que la violence que souffre son amour méprisé et sa bonne volonté frustrée pai' notre opiniâtre résistance. C'e&t là , dit le saint apôtre , ce qui afflige le Saint-Esprit , c'est-à-dire l'amour de Dieu agissant en nous pour ^agnemos cœurs. Dieu est irrité contre les démons; mais comme il ne demande plus leur affection, il n'est plus affligé ni contristé par leur désobéissance. C'est à un cœur dirétien qu'il veut faire sentir ses tendresses : [il doit y] trouver la correspondance. De là naît le rebut qui l'afflige et qui le contristé, un dégoût des ingrats qui lui sont à charge.

Sicutlœtatus est Dominus hene vohis faciens vosque multiplie ans j, sic lœlabitur subvei^ns aUquedisperdensi"^) : « Comme le Seigneur s'est réjoui en vous » faisant du bien,, ainsi il se réjouira en vous ravai> géant et en vous renversant de fond en comble ». ]L 'amour rebuté, l'amour dédaigné, l'amour outragé par le plus injurieux mépris, l'amour épuisé par l'excès de son abondance fait tarir la source des grâces et ouvre celle des vengeances. Rien de plus furieux qu'un amour méprisé et outragé. Dieu a {}) Ephes.iv.So.^i'^) Deut.xxviu.6Z.

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suivi, en nous bénissant, sa nature bienfaisante; mais nous l'avons contristé, mais nous avons afflige son Saint-Esprit; nous avons changé la joie 4e bien faii'e en une joie de punir ; et jl est juste qu i). répare la tristesse que nous Rivons causée à TEsprit de grâce, par une joie efficace, par un triomphe de son icœur, par un zèle de sa justiqe à punir nos ingratitudes , justice du nouveau Test;^ment qui s'applique par le sang , par la bonté même et par les grâces i^ifii^ies d'un Dieu re'dempteur.

Ecce A^nus Dei (0 : « Voici l'Agneau de Die^^ ». Jam enim securis ad rq.dicem pç^ita est (2) ; « J^^ 3) coignée jest déjà mise à la racine v. La coJ^^e approche toujours avec la grâce ; la coignée s'applique toujours par le bienfait mexne ; et si 1^ saj^ite inspiration ne nous vivifie , elle iious t^e. Car d'où pensez-vous que sortent les flammes qui déyor,ent Jes cjiréticns ipgrat$>? De ses autels ^ de ses çacrejnens, de ses plaies, de ce opté oijivert ^ur la cr,oi^ pour nous être une sourcç d'amour infini. C'est de là que sortira rin^digna.tion de la juste furejur, et d'autant plus implacable qu'elle aura été détrempée dans la source même des grâces. Car il es,t ji^ste et très-juste que tout, et les gi'Jces mêmes, tgurn-ent à mal à un cœur ingrat. Opojdsdes grâces rejet^'es! poids des bienfaits méprisés ! [ Au conti-aire ] tout tourne à bien à ceux qui aiment, même les péchés^ dit saint Augustin (5) , qui les abaissent , qui les )iup[iilient, quilesencouragept.

A fauic irœ cohujibce (4) : [Mettcz-nous à cou-

C«) Joan. I. 36. — v») Matth. m. lo. — <}) Dt Corrept. et Grat. n. a4 , tom. x, coi. -jO^. — C'O Jerem. xxv. 38.

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vert] « de la face irrite'e de la colombe ». Operite nos àjacie,,., ^gnii^) : (« Cachez-nous de devant la » face de l'Agneau ». Ce n'est pas tant la face du Père irrité; c'est la face de cette colombe tendre et bienfaisante qui a gémi tant de fois pour eux, de cet Agneau qui s'est immolé pour eux. La croix , la rédemption aggrave la damnation et accumule les crimes; elle y met le comble. Sol obscurabitur et luna non dabit lumen suiim^ et stellœ codent de cœlo , et vir tûtes cœlorum commo\^ebuntur ; et tune parebit signum Filii hominis. Et tune plangent onines tribus terrœ , et videbunt Filium hominis venienterfi in nubibus cœli cum virtute multd et majestate (2) : « Le soleil s'obscurcira et la lune ne 5> donnera plus sa lumière : les étoiles tomberont » du ciel , et les puissances des cieux seront ébran- 5) lées. Mais alors le signe du Fils de l'homme ^) paroîtra dans le ciel , et tous les peuples de la 5) terre seront dans les pleurs et dans les gémis- » semens , et ils verront le Fils de l'homme qui 5) viendra sur les nuées du ciel avec une grande » puissance et une grande majesté ».

Méditons attentivement quelle prise nous donnons sur nous à la justice de Dieu par le mépris outrageux de ses bontés infinies. Qui donne, a droit d'exiger : il exige des reconnoissances : s'il ne trouve pas des reconnoissances , il exigera des supplices : il ne perd pas ses droits. Les grâces que vous méprisez préparent une éternité bienheureuse. « La » grâce , dit le Sauveur , est une fontaine d'eau jail- » lissante » : Fons aquœ salientis (3). Quand donc

C') ytj'oc. VI. jkp. — (*) Mauh. XXIV. 39 , 3o. — \}) Joan. iv. i^.

DE LA VENGEANCE DIVINE. Il']

VOUS êtes touchés, quand vous ressentez quelquefois un certain mépris de cette pompe du monde qui s'évanouit , « de sa figure qui passe (0 », de ses fleurs qui se flétrissent du matin au soir ; quand , dégoûté de vous-même et de votre vie déréglée, vous regardez avec complaisance les chastes attraits de la vertu; [vous vous écriez dans l'amertume de votre cœur]: O chasteté! ô modestie! ô pudeur passée! ô tendresse de conscience qui ne pouvoit souffrir aucun crime ! O sainte timidité, gardienne de rinnocence ! Mais ô force à faillir ! ô hardiesse pour s'excuser ! ô lâche abandon d'un cœur corrompu et livré à ses désirs ! Que veut le Seigneur votre Dieu, sinon que vous vous attachiez fortement à lui , et qu'en vous y attachant vous viviez heureux? C'est pour cela que Jésus-Christ est venu au monde « plein de grâce et de vérité (2) ». C'est pour cela qu'il nous a donné tant de saintes instructions^, qu'il ne cesse de renouveler par la bouche de ses ministres. C'est pour cela qu'il a rempli tous ses sacremens d'une influence de vie, afin qu'y participant nous vivions. Si nous savons profiter de tous ces bienfaits, nous acquerrons par sa grâce un droit éternel sur lui-même pour le posséder en paix. Que si nous les méprisons , qui ne voit que nous lui donnons réciproquement un titre très-juste pour nous châtier par des supplices autant inouis que ses bontés étoient extraordinaires? « Comme le Seigneur » s'est réjoui en vous faisant du bien , ainsi il se » réjouira en vous ravageant et en vous renversant » de fond en comble » : Sicut lœtatiis est Dominus

(•) /. Cor. VII. 3i (') Joan. i. 14.

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hene vobis faciens j vosgue multiplie ans ; sic lœtabitur subverlens atque disperdens.

Et en elFet il est juste qu'il mesure sa colère à ses bonte's et à nos ingratitudes , et que sa fureur implacable perce d'autant de traits un cœur infidèle, que son amour bienfaisant avoit employé d'attraits pour le gagner. C'est pourquoi il ne faut pas se persuader que les grâces de Dieu pe'rissent : non , mes Frères , ne le pensons pas. Ces grâces que nous rejetons, Dieu les rappelle à lui-même ; Dieu les ramasse en son sein , oii sa justice les change en traits pe'ne'trans dont les ingrats seront percés. Ils çonnoîtront , les mise'rables , ce que c'est que d'abuser des bonte's d'un Dieu , de forcer son inclination bienfaisante, de le contraindre à devenir cruel et inexorable , lui qtii ne vouloit être que libéral et bienfaisant. Dieu ne cessera de les frapper de cette main souveraine et victorieuse dont ils opt injurieusement refusé les dons ; et ses coups redoublés sans lin leur seront d'éternels reproches de ses grâces méprisées. Ainsi toujours yivans et toujours mowr^s, immortels pour leurs peineç , trop forts pour mourir, trop foibles pour s«;ipporter; ils gémiront éternellement sur des lits de flammes , ou^ très de furieuses et irrémédiables douleurs. Etpousrsant parmi des blasphèmes exécrables mille plaintes désespérées, ils porteront à jamais le poids infini de tous les saci'emens profanés, de toutes les grâces rejetées ; non moins pressés , non moins accablés des miséricordes de Dieu , que de l'excès intolérable de se$ vengeances.

Tremblez donc, tremblez, chrétiens, parmi ces

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grâces immenses , parmi ces bienfaits infinis qui vous environnent. Les saintes predicajtions sont un poids terrible ; les saints sacr^mens, les inspirations^ les exemples bons et mauvais qui nows avertissent chacun à leur manière, le sile»<ce mèfm d'un Dieu^ sa patience, sa longanimité, son attente; q le poids terrible ! Tous les mouvemens de la grâce sont d'un poids terrible pour nous. Jl n'y a rien à négliger dans notre vie. No^tie desitiné« , notre ;étjat, notre vocation ne souffrant rien de médiocre. Toujt nous sert ou nous nuit infiniment. Chaque moment de notre vie, chaque respiration, chaque battement de notre pouls , si je puis parier de la sorte , ichaqiie éclair de notre pensée a des suites e'ternelles. L'éternité d'un côté, et l'éternité de l'autire. Si vous suivez fidèlement l'instinct de la grâce , l'éternité bieniieureuse y est attachée. Si vous manquez à la gi'âce , une autre éternité vous attend, et voi^s méritez un mal éternel , pour avoir perdu volontairement un bien qui le pou voit éire.

TROISIÈME rOIlNT.

Il reste à considérer la troisième peia« dont Dieu menace sou peuple rebelle, laquelle il a plu au Saint-Esprit de nous exprimer en ces paroles que je répète encoix; une fois : « Puisque vous n'avez » pas voulu servir le Seigneur vatre Dieu dans la » joie et Fallégressc de votre cœuj', au milieu de » l'abondance de toutes sortes de biens; vo*is servi- » rez à votre ennemi que le Seigneur enverra contre » vous, dans la faim, dans la soif, dans la jaudité, » et dans un extrême besoin de toutes choses; et cet

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