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sensé ne veut point de ces grandeurs : il embrasse avec autant d'ardeur des plaisirs mortels, que s'il n'étoit pas né pour une gloire éternelle ; et comme s'il vouloit être heureux malgré son créateur, il prend pour trouver la félicité une route toute contraire à celle qu'il lui prescrit, et n'a point de contentement qu'en s'opposant à ses volontés. Encore si cette vie avoit quelques charmes qui fussent ca- ;pables de le contenter, sa folie seroit en quelque façon pardonnable! Mais Dieu comme un bon père, qui connoît le foible de ses enfans , et qui sait l'impression que font sur nous les choses présentes , a voulu exprès qu'elle fût traversée de mille tourmens , pour nous faire porter plus haut nos affections. Que s'il y a mêlé quelques petites douceurs , c'a été pour en tempérer l'amertume , qui nous auroit semblé insupportable sans cet artifice. Jugez par-là ce que c'est que cette vie. Il faut de l'adresse et de l'artifiee pour nous en cacher les misères ; et toutefois, ô aveuglement de l'esprit humain ! c'est elle qui nous séduit , elle qui n'est que trouble et qu*agitation , qui ne tient à rien , qui fait autant de pas à sa lin qu'elle ajoute de momens à sa durée , et qui nous manquera tout -à -coup comme un faux ami , lorsqu'elle semblera nous promettre plus de repos. A quoi est-ce que nous pensons ?
Où est cette générosité du christianisme, qui faisoit estimer aux premiers fidèles moins que de la fange toute la pompe du monde ? Existlmavi siciit stercora (0 j « Je l'ai regardée comme du fumier » ; qui leur faisoit dire avec tant de résolution : Cupio
CO PliiUp. m. 8.
6o POUR LA FÊTE
dissohi et esse cum Christo (0 : « Je dësire de me voir )) dégajjt^ des liens de ce corps pour être avec Jésus- » Christ » ; qui dans un état toujours incertain , dans une vie continuellement traversée, mais dans les tounnens les plus cruels et dans la mort même, les tenait immobiles par une ferme espérance : spe viuentcs (2), « vivaus par l'espérance». Mais hélas! que je m'abuse de chercher parmi nous la perfection du christianisme! Ce seroit beaucoup si mous avions quelque pensée qui fût digne de notre vocation , et qui sentît un peu le nouvel homme. Au moins, Messieurs, considérons un peu attentivement quelle honte ce nous sera d'avoir été appelés à la même félicité que ces grands hommes qui ont planté TEglise par leur sang , et de l'avoir lâchement perdue dans une profonde paix, au lieu qu'ils l'ont gagnée parmi les combats , et malgré la rage des tyrans , et des bourreaux, et de l'enfer. Heureux celui qui entend ces vérités, et qui sait goûter la suavité du Seigneur! «Heureux celui qui marche innocemment » dans ses voies, qui passe les jours et les nuits à » contempler la beauté de ses saintes lois! Il fleurira » comme un arbre planté sur le courant des eaux. » Le temps viendra qu il sera chargé de ses fruits; il » ne s'en perdra pas une seule feuille ; le Seigneur » ira recueillant toutes ses bonnes œuvres , et fera » prospérer toutes ses actions. Ah ! qu'il n'en sera pas » ainsi des impies! 11 les dissipera dans l'impétuo- » site de sa colère , comme la poudre est emportée » par un tourbillon (5) ». Cependant les justes se réjouiront avec lui : « il les remplira de l'abondance
(»; Philip. 1. a3. — W Âorn. xii. 12. — (>3) Ps. i. i , a, 3, etc.
DE TOUS LES SAINTS. 6l
» de sa maison -, il les enivrera du torrent de ses de'- » lices (0 ». Ah! Seigneur, quil fait beau dans vos tabernacles ! Je ne suis plus à moi quand je pense à votre palais; mes sens sont ravis et mon ame transporte'e, quand je considère que je jouirai de vous dans la terre des vivans. Je le dis encore une fois , et ne me lasserai jamais de le dire : « Il est plus doux » de passer un jour dans votre maison , que d'être » toute sa vie dans les volupte's du monde (2) ». Seigneur, animez nos cœurs de cette noble espérance. Et vous, âmes bienheureuses, pardonnez -nous, si nous entendons si mal votre grandeur, et ayez agréables ces idées grossières que nous nous formons de votre félicité durant l'exil et la captivité de celte vie. Vous avez passé par les misères où nous sommes : nous attendons la félicité que vous possédez : vous êtes dans le port : nous louons Dieu de vous avoir choisis, de vous avoir soutenus parmi tant de périls, de vous avoir comblés d'une si grande gloire. Secourez-nous de vos prières; afin que nous allions joindre nos voix avec les vôtres, pour chanter éter-^ nellenient les louanges du Père qui vous a élus, du Fils qui vous a rachetés, du Saint-Esprit qui vous a sanctifiés. Ainsi soit- il à jamais.
^0 Ps.xxxr. 9. — W Ps. Lxxxiii. 1,2, 10 «f II.